L’avortement, intervention politico-religieuse

Imaginons que la clinique Morgentaler était pour fermer au Nouveau-Brunswick. Qu’est-ce qui arriverait ? Les 600 quelque femmes qui y avaient recours (ce nombre en 2009 était supérieur au nombre de femmes obtenant un avortement défrayé par l’assurance-maladie) auraient un enfant non voulu, les bien nanties se rendraient à Halifax, au Québec, ou au Maine pour un avortement ou les bien branchées tenteraient de satisfaire les exigences politiques pour une intervention médicale (et certaines de ces dernières abandonneraient ou seraient rejetées et se trouveront dans les 2 autres catégories). (Les TRÈS bien branchées continueront d’obtenir discrètement, de leur médecin ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour un avortement « médical », càd non chirurgical.)

Voyez-vous, au N.-B., on n’a jamais reconnu le droit des femmes de décider de leur corps. Lorsque la décision de la Cour suprême du Canada a tout changé dans le reste du Canada, ici, McKenna a dit « c’est moi le shérif ici » et tout est resté pareil. La signature de 2 médecins, la pratique dans un hôpital, par un gynécologue, etc. c’est resté pareil comme avant. Personne au fédéral ou dans les systèmes juridique ou de santé n’a réagi. Alors que le N.-B. prétend préférer des gouvernements qui ne s’ingèrent pas dans la vie privée et qui réduisent les dépenses publiques, on trouve les moyens de se payer des critères politiques à une intervention médicale. Médicale, tu dis ? Au N.-B., c’est plutôt une intervention religieuse. Des critères qui font que des femmes ont des enfants qu’elles ne veulent pas …

Voyez-vous, ici, on aime mieux que quelqu’un d’autre que les femmes décide. Le gouvernement, les chevaliers de colomb, les religieux. Non, c’est pas yinque ça. C’est plutôt qu’à tout coup, on ne veut pas en parler. Pour dire encore plus vrai, ça nous fait rien ce qui arrive à ces femmes enceintes. On s’en moque autant que ce qui arrive aux femmes tuées par leur partenaire (Dis-moi ce qui a été fait, avec suite et résultats, pour comprendre et prévenir n’importe quel de ces deux phénomènes.)

Pour sûr on ne veut pas l’aider à avoir accès à un avortement : l’intimidation individuelle et institutionnelle, dans la rue, dans les forums, dans les hôpitaux, est pratiquée sans conséquences pour arriver à cette fin. Qu’elle ait un enfant non voulu, et vive dans la pauvreté, dans la violence, dans l’impossibilité de réaliser son potentiel, qui en parle?

Que dirait le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B. si Alward ne l’avait pas aboli? Que ce n’est pas à une clinique privée d’offrir un service essentiel de santé.

Que devrait faire le gouvernement? Exiger que les pharmacies du NB cessent d’être un obstacle à l’accès à la contraception d’urgence. Abolir les restrictions politiques à l’avortement – cesser de gaspiller des fonds publics en exigeant que deux médecins soient consultés, que l’intervention soit pratiquée par un gynécologue, que l’intervention soit pratiquée dans un hôpital… Enquêter sur le nombre grandissant de naissances à des adolescentes. Enquêter sur le nombre élevé d’agressions sexuelles au N.-B. Collaborer avec les médecins pour faire mieux connaître la méthode non chirurgicale d’avortement.

Que devrait faire les femmes ? Tu en parles !

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