Catégorie : Inégalités

Was that so hard?

The New Brunswick government has introduced a law to create an independent women’s Council. That means it gave up on the internal committee structure, Voices, which governments insisted was independent except the committee found it could not work on its priorities, spend its budget or hire staff.

The legislation proposed today is a good thing. Bravo to the Premier who allowed his mind to be changed. Brava to Voices who eventually saw no other way to make it work.

But.

Did we really need to learn that without status, you’re nothing, and certainly not independent? Ain’t that what the last century of women’s history has been about, getting status and independence?

Anyone who knows how government works knew an independent body required legislation. And anyone who knows women’s issues – the controversial nature of much of it, the kind of change they require – knew that only strong legislation would work.

Governments know how to set up an independent body. They do it for commissions, advisory groups, advocacy offices – the ombudsman, official languages, child advocacy, and other offices. For women, they didn’t follow the template.  For women, it was “let’s just have an internal committee? Can’t we all get along?”

Without legal status, you don’t have status. Women of all people know that, over and over.

So this is a good day. After 5 years without an independent Council, and 3 years where so much effort and money was put in a frustrating unnecessary exercise, there will be a law. I could give you a list of lost opportunities since 2011.

Like I tell the young’uns around the fire, when you face a showdown with government because you think women should be treated as equals, as some of us have, what do you do? What do you reach for? You reach for the law, and the microphone.  That’s how we all get along, and get change done.

 

Du travail à refaire – Journée des femmes

Dresse une liste des domaines où la vie des femmes du Nouveau-Brunswick s’est améliorée dans les dernières décennies, et elle sera longue et impressionnante – nous avons davantage d’autonomie, de droits et, la plupart du temps, de respect.

Ensuite dresse la liste des domaines où l’égalité n’est pas atteinte – celle-là également sera longue … et assez semblable à la première liste. Le travail n’est pas achevé en partie parce que le travail n’est pas bien fait :

Des services de garde inabordables valent autant qu’un pont défoncé lorsqu’il est question de se rendre au travail.

Nous savons recueillir les plaintes d’agression sexuelle, mais nous ne semblons pas savoir quoi faire de ces plaintes.

Nous nous empressons comme pas un autour des femmes victimes de violence, mais faisons peu pour prévenir la violence avant qu’elle ne se produise. Ça semble pervers ça, à la longue.

Lorsque nous les femmes avons dit qu’on voulait un emploi, on n’avait pas d’idée que tant d’emplois payaient en pauvreté.

Mon corps, j’en suis capitaine et maîtresse – c’est pas compliqué mais on est dur de comprenure.

Aussitôt une élection lancée, les partis politiques principaux s’époumonent à dire ‘on souhaite vraiment avoir un plus grand nombre de candidates, … oui, vraiment.’ Pis après chaque élection, les mêmes résultats : peu de diversité. Les incantations n’auraient pas d’effet ?

On se rappelle toutes la première fois qu’on nous menace d’égalité : « Tu veux l’égalité ? On va t’la baillé… » Voici une récente fois : Après de nombreuses années de pression par les femmes, le gouvernement provincial a évalué certains postes à prédominance féminine pour vérifier l’équité salariale. Un tel exercice est d’habitude encadré par une loi et effectué par un organisme indépendant ayant une expertise. Ici, une méthode « élaborée au Nouveau-Brunswick » a donné des résultats étonnants. Le salaire de la plupart des postes à prédominance féminine examinés serait excessif, dont celui des administrateurs dans les services de garde et les travailleuses de soutien et d’approche dans les maisons de transition. Ces postes seraient trop payés alors que leurs salaires sont plus faibles ici que dans d’autres provinces où le coût de la vie est sensiblement le même ? Puis on apprend que la méthode employée par le gouvernement était une « adaptation » des méthodes acceptées d’évaluation des emplois et que chacune des adaptations avait comme effet de réduire la chance qu’un ajustement salarial soit dû.

Comme par hasard.

Un autre exemple du genre, « bon, on va le faire, mais tu ne vas pas aimer » :

Voilà cinq ans ce mois-ci que les Conservateurs de David Alward ont aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme et sa loi – et cela six mois après avoir été élu avec une promesse dans leur programme de travailler en collaboration avec le CCCF (je souris lorsque je me rappelle mon emballement naïf lorsque j’avais lu ça). Suite aux protestations que l’abolition a soulevées, les Conservateurs, rendu proche aux prochaines élections, ont voulu corrigé leur gaffe en créant un comité, Voix, pour aviser sur les questions féminines. Sans loi ou Ordre-en-conseil ou cahier de charge. C’était du classique « il faut faire quelque chose, ceci est quelque chose ».

Les gouvernements savent comment créer une agence indépendante, et ils savent que ce qu’ils ont fait ici ne répond pas à ces critères.

J’étais la directrice générale du Conseil pendant ses dix dernières années, et employée du Conseil pendant près de 20 ans avant ça. Je me souviens de confrontations avec des représentants de gouvernement qui s’opposaient à une position ou un projet du Conseil consultatif, parce que c’était pour eux malcommode, problématique politiquement, ou simplement féministe. Le Conseil a pu continuer sur son chemin lorsque nous avons su répondre, « Ma foi, nous ne faisons qu’essayer de s’acquitter du mandat prescrit par notre loi, parce que nous aurons des ennuis si nous acceptons des fonds publics sans faire le travail. »

Essaye de dire ça sans rien en main. Ce serait semblable à se retrouver dans un pays étranger sans pièce d’identification.

Puis est venu le gouvernement Gallant avec une promesse de donner une vraie indépendance à ce comité.

Vu l’attitude démontrée par ce gouvernement à l’égard de ses agences indépendantes ces derniers temps, il vaut peut-être mieux ne pas attirer d’attention sur Voix des femmes. Être ignorée serait bien s’en sortir, il peut sembler.

Mais voilà plus de deux ans que Voix a été créé et je blâme le manque de statut et de pouvoir accordé au comité pour le fait que Voix n’a pas lancé ses activités. Pourtant il y a tant de dossiers à traiter. Je peux vous en faire une liste. Elle est longue.

Une dernière question. Le gouvernement provincial a récemment annoncé qu’une analyse inclusive selon le genre fera partie du processus de décision du gouvernement. Chaque option qui sera examinée sera analysé pour son impact potentiel sur l’égalité entre les genres. Sauf que les documents ne seront pas rendus publics, puisque, nous dit-on, ils sont des conseils au Cabinet, donc secret. C’est là une façon de faire, mais ce n’est pas la façon transparente et crédible. Ils auraient dû demandé ces analyses d’une entité indépendante, mais même si elles sont réalisées au sein du gouvernement, les études pourraient être publiques sauf les conseils au Cabinet qui se basent sur ces études. Autrement, nous devons présumer que rien n’a changé, surtout vu l’absence d’effet visible de ces analyses, et vu que le gouvernement n’a pas dit qu’il adoptera que les options qui ont un effet positif ou neutre sur l’égalité. On peut présumer qu’une case à cocher a été ajoutée aux documents soumis au Cabinet – Analyse inclusive complétée ? – mais il est sage de demander de voir ces documents et de connaître le processus suivi. Ce n’est pas du cynisme, c’est de l’expérience.

 

 

Getting it Right – Women’s Day

If you were to compile a list of the gains New Brunswick women have made in recent decades, it would be long and impressive. We have more rights, and greater autonomy and standing.

However, if you were also to list the issues that should be addressed in New Brunswick to bring about equality between the sexes, that list, too, would be long, and somewhat similar to the first list. That’s because the job isn’t finished, often because it is being done badly. For instance:

Quality child care remains unaffordable for many and unaffordable child care is about as useful as a washed-out bridge when trying to get to work.

We know how to take a sexual assault complaint. We just don’t seem to know what to do with it.

We have shown we care for female victims of male violence, but we don’t do much to prevent the violence before it starts (which, if you think about it, is kind of creepy).

We wanted jobs, but we weren’t told so many jobs earn you poverty.

What is it about “I’m the boss of my own body” that we don’t understand?

With every election, we get the same results: little diversity, even though every election the main parties say they really, really, yes, really want more female candidates. How can that be? Don’t incantations work?

We remember the first time we are threatened with equality. Here’s a recent example from that « You want equality, you’ll get it with a vengeance! » school of thuggery: when some traditionally female jobs – such as child care administration and transition house work – were evaluated via a « made-in-New Brunswick » pay equity analysis, they were found to pay too much (even though they paid less than similar jobs in other provinces with similar costs of living). The government – both stripes – said they had « adapted » the generally accepted methods for evaluating pay equity, but this had the result of reducing the chance of a salary adjustment to female workers. Some call it an adaptation, I call it rigging the game.

Another recent entry in the « ok, we’ll do it, but you won’t like it » file:

Five years ago this month, David Alward’s Conservatives shocked the province by abolishing the Council, months after being elected on a platform to « work with the Advisory Council on the Status of Women » (I still smile at my naive relief on hearing that). Then, having failed to quell the reaction, they tried to smooth things over before facing another election, by creating an internal committee (Voices) to advise on women’s issues, calling it independent. However, no legislation, no Order-in-Council, no authority to back it up. The old political attempt at « You asked for something, this is something ». Governments know how to create an independent agency, and they knew this was not it.

I was the executive director during the Council’s last ten years, and had worked for it for some 20 years before that. I remember showdowns with government representatives at various levels who were upset by a position or project of the Council because it was politically problematic, inconvenient, or just feminist. We were able to persist and prevail, and continue on our road when we said, « Golly, we’re just trying to fulfill our legislated mandate because if we don’t do our job, you and women will be all over us for taking public funding but not doing the job. »

Try doing that when you don’t have that piece of paper. It’d be like finding yourself in a strange country without identification.

Then came Brian Gallant and the Liberal government which promised to fix this and restore independent status to Voices. Given what appears to be the Gallant government’s attitude towards independent watch-dog agencies, it might actually not be helpful to bring this up. To be ignored is maybe to be let off easy. Still, it’s been two years since the new committee, Voices, was created, and we haven’t heard anything. The likely reasons are the lack of structure and legal status. I raise this because there are a lot of issues that need to be addressed; I can give you a list. It’s long.

One final word: the provincial government recently announced it has begun doing gender-based analysis as part of its policy planning. Each option government is studying will be analyzed for its impact on gender equality. However, the analysis documents will not be made public because they are « advice to Cabinet ». That’s one way of doing it. Not the transparent or trustworthy way. The government should have chosen to have it done by an independent body, but even if it is done in-house, the research, at least, could be made public, and not the advice to Cabinet based on the research. Otherwise, and especially in the absence of any visible effect on policy of these analyses, I assume that it’s still business as usual. We have no reason to believe that anything more than a checkbox was added to ministers’ briefing notes: GBA done? Check. The government hasn’t said whether it is going ahead with policies that have a positive, negative, or neutral impact on gender equality, so what do we know? I don’t doubt that analysis is being done, but we should insist on seeing the analyses and knowing the process. That’s not cynicism; it’s experience.

We’ve got it covered, girly

The New Brunswick government is finally doing analysis of the potential impact of its decisions on gender equality. Now there’s good news. Each option under study for a new program, or changes or cuts to programs, will be analyzed for its impact on gender (as well as potential fiscal and economic impacts).

Some applause has come from women’s groups, though it was muted: they want to “see the documents”.

But overall, that’s good news, right? How hard can it be? How can anything go wrong?

Well, let me count the ways.

 

What we know:

The government says its employees did a gender-based analysis.

 

Which suggests:

The government is only going ahead with policies that have a positive or neutral impact on equality, that pass the “gender” test.

Their gender-based analysis includes all genders, all women, all men, and the relative situation of all New Brunswickers in all their diversity.

 

What we fear:

“Mr. Minister, here’s the impact analysis for gender on that proposed policy. We found that it would set back equality between women and men. We recommend against that policy. In fact the committee says “Under no circumstances should …””

“Excuse me. You did a gender-based analysis? I can say that?

“Yes, but…”

“Thank you.”

“Mr. Minister, I’m happy to inform you that we did a gender-based analysis on your platform policies. However, we did not have any statistics by race, income group, location, and, actually, sex was a problem too. But we have a feeling this will play well.”

“Good job once again, thank you.”

 

There is no reason to mistrust this government over any other. But giving any party-cum-government the power to self-police is never a good idea. Think of what recent NB governments have done to pay equity analysis*.

Finally, remember Sheila Fraser, Canada’s super Auditor General? She “found out” the federal government on this issue in 2009. A House of Commons Standing Committee requested that her office examine how well the federal government was implementing gender-based analysis. Fraser asked Treasury Board and other departments to provide their gender-analysis documents. “We-l-ll, actually there are no records, but…”, came the response. “But…”

No documentation, no analysis, she concluded.

 

* https://rosellam.wordpress.com/?s=paid+too+much

Avortement 2016

L’accès au service d’avortement est meilleur au Nouveau-Brunswick que dans la majorité des autres juridictions du Canada.* L’accès au service d’avortement au Nouveau-Brunswick, et ailleurs, est médiocre, et pourrait être bien moins coûteux.

Le Nouveau-Brunswick a 4 points d’accès à l’avortement, donc 1 pour 95 000 femmes. L’Alberta a 2 points d’accès pour une population féminine de plus de 2 millions, un par million de femmes. Au Québec chacun des 14 7 points d’accès dessert 594 000 femmes. La Nouvelle-Écosse, un point d’accès pour 481 000 femmes. Bien sûr tous les points d’accès ne s’équivalent pas. Par exemple, un des 4 points d’accès au N.-B. exige 700$-800$ pour l’intervention, puisqu’il opère hors du système de santé public (et ne publie pas le nombre d’interventions pratiquées, qui me semble irresponsable). Enfin, certains points d’accès ont une capacité limitée ou un horaire d’opération restreint.

Mais le Nouveau-Brunswick, et la plupart du Canada, pratique encore trop exclusivement l’avortement chirurgical. Alors que la majorité des avortements en Europe sont médicamenteux, ici, à peine 3 pour cent (possiblement jusqu’à 15 pour cent en Colombie-Britannique selon une étude) le sont. Des médicaments provoquant un avortement sont disponibles depuis nombre d’années, mais depuis l’été 2015 le Ru486, plus sûr et efficace, est approuvé au Canada (25 ans après la France !). Il faut un médecin pour le prescrire mais le reste se fait chez soi avec une dernière visite au médecin dans les deux semaines suivantes.

Même quand l’avortement est une intervention chirurgicale, nul besoin de le faire dans un hôpital et les arguments pour préférer la clinique sont nombreux.

Mais nous ne sommes pas près de penser à cette question d’avortement de façon raisonnable.

 

* http://www.cbc.ca/news/canada/prince-edward-island/abortion-access-canada-1.3390494?cmp=rss&utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter ; http://www.arcc-cdac.ca/list-abortion-clinics-canada.pdf

T’es pu au berceau

Si la fête des mères était une fête des … mères et non pas la fête d’expiation de l’exploitation des mères, elle aurait été, ces derniers jours, l’occasion d’une exploration des conditions de cette situation de vie, que d’être mère en Acadie, au N.-B., au Canada.
Au lieu de ça, on nous gave de textes, de publicités et de commentaires gratuits sur la valeur astronomique des fleurs qui vont se vendre (des fleurs cultivées et cueillies par des femmes exploitées dans d’autres pays), comment il est heureux que le homard nouveau sera arrivé pour la fête et comment tout cela prouve que tout le monde aime sa mère.

Des enfants au berceau peuvent prendre leur mère pour acquis. Pas nous.

Les mères sont les PDG de cette économie des soins qui rend possible l’économie du marché. Même de nos jours quand la grande majorité des mères, surtout au N.-B., ont un emploi rémunéré, elles sont les participants du marché du travail qui assument les sacrifices – « fournissent la flexibilité nécessaire» – pour faire en sorte que la famille et le travail roulent rondement.

Je sais que les hommes font leur part comme jamais auparavant – nous avons eu un excellent exemple de la chose dans Jim Prentice cette semaine, qui nouvellement élu député en Alberta, s’est rappelé de ses obligations de père auprès de ses enfants …dans la jeune trentaine, et a démissionné.

Non, mais 269 pères ont pris un congé parental, – et 2,634 mères ! – en 2013 au N.-B. On fait pitié pas à moitié. Le nombre d’heures que les mères consacrent au travail à la maison comparativement au nombre de … minutes des pères… c’est à faire pleurer.

La condition des mères au Nouveau-Brunswick : qui vous en a parlé en anticipation de cette « fête » des mères ? La pauvreté, l’accès aux services d’aide dont ceux de garde, les congés familiaux inexistants, les congés de maladie non payés, les congés de maternité menant à une cessation d’emploi, les plaintes de discrimination, les violences faites aux femmes enceintes, la disparition des services de tribunal familial des dernières décennies, le manque d’intérêt pour le dossier de la santé des mères – les sages-femmes, les césariennes, etc.

Si les besoins des mères ne font pas les manchettes lors de la fête des mères, quand allons-nous en entendre parler ?

Bien des mères ressentent ce manque d’intérêt politique, public, familial pour leurs intérêts. Donc, je recommande que lorsque vous visitez votre mère ce dimanche, et lui donnez la carte ou la fleur, attendez-vous à être questionné – « Merci ben, mais t’as pu 6 ans, donc dis-moi cosse tu fais pour restructurer l’économie pour que le bien-être des familles fasse partie du produit national mesuré, ah pis la paix pour toutes les enfants de toutes les mères. »

Si l’Acadie était féministe

Un sommaire du discours prononcé à l’Université de Moncton campus de Shippagan, le 20 mars 2015.

Je veux premièrement reconnaître que cette activité a lieu sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui n’ont pas cédé ce territoire à la Couronne.

Un projet féministe de société est ambitieux, parce qu’il ne s’arrête pas à se comparer aux hommes, ce qui ne serait pas très ambitieux – et je ne me moque pas des hommes – c’est plus vaste que ça. Une société féministe cherche à éliminer toutes formes de dominations et d’inégalités – entre hommes et femmes, entre les femmes, entre les peuples.

Dans une société inspirée du féminisme, il faudrait par exemple une refonte du système économique et politique afin que l’État soutienne les mouvements sociaux qui luttent contre les inégalités.

Si l’Acadie avait été féministe, du débutEh ben, pour l’être, féministe, il aurait fallu que l’Acadie soit très différente de son temps. Pour commencer, aurait fallu qu’elle ne soit pas sous l’emprise de l’Église, ou que l’Église ait été féministe. Parce que le rôle de la femme était limité, pas seulement par les coutumes et les lois, mais il était fixé par les enseignements de l’église.

Il y a quelques années, Josette Brun, historienne et professeure à Université Laval, a publié une étude Vie et mort du couple en Nouvelle-France. Elle a examiné les rôles joués par les hommes et les femmes au sein du couple et ce qui arrive aux veufs et veuves, de 1710 à 1744, à Louisbourg, Port-Royal (et au Québec). Pour un échantillon de 25 couples de Louisbourg, elle a analysé les archives notariées, la correspondance religieuse et administrative, les recensements.

Elle a trouvé qu’une fois mariées, les femmes, n’importe leur rang social ou l’occupation du mari, sont rarement associées à la paperasse signée devant notaire, … sauf lorsqu’il s’agit de signer pour une dette. Lorsqu’il s’agit de la vie professionnelle du mari, presque rien. Presque pas d’hommes à Louisbourg n’ont donné une procuration à leur femme pour les remplacer devant le notaire. L’homme dirige le couple et la famille. Les femmes sont confinées à la vie privée. Il y a des cas exceptionnels, mais la grande majorité des femmes de cette Acadie sont tenues à l’écart des affaires conjugales. Les veuves sont plus affligées que les hommes par «l’image négative associée à la vieillesse». Celles de plus de 40 ans ont plus de difficultés à se remarier et l’église n’encourage pas ces veuves qui dépassent la quarantaine à se remarier – le but du mariage étant de faire des enfants – elles devraient consacrer le reste de leur vie aux bonnes oeuvres. Aussitôt veuve, l’Église leur enlève le droit de succession au « banc d’église ».

Un âge d’or de la condition féminine en Acadie ? Oublie ça. Ni le contexte colonial ou l’avantage démographique n’ont entrainé une redéfinition des rôles…

Je ne connais rien non plus, au 18e siècle ou au jour d’aujourd’hui, qui me laisse croire que l’Acadie a été féministe.

Bien sûr, il y a eu des femmes fortes, féministes, qui ont agi et réagi au nom de l’égalité ou la dignité – l’idée de féminisme n’est pas né hier, ou dans les années 60.

Mais Acadie féministe ? Non :

Les acadiennes n’ont pas eu droit à l’éducation avant les autres femmes, ni même en même temps que les Acadiens. Les sœurs qui ont voulu organiser des collèges pour filles ont rencontré de l’opposition, de leur archevêque et d’ailleurs, à l’occasion.

Lorsque les femmes du Nouveau-Brunswick pétitionnaient et manifestaient pour le droit de vote – sur une période de 50 ans elles l’ont fait -, les Acadiennes n’y étaient presque pas. À part les lettres de Marichette dans l’Évangéline, les Acadiennes étaient absentes du débat des suffragettes.

Sept ans après l’obtention du droit de vote par les femmes du Nouveau-Brunswick, le journal l’Évangéline publie un éditorial en première page : « L’immense majorité des Acadiens verrait sans objection le rappel de la loi qui donne le droit de vote aux femmes. » Treize ans après l’obtention du droit de vote, le journal Le Fermier acadien publie un article demandant aux bonnes Acadiennes de rester au foyer, de ne pas sortir voter…

La « patente » acadienne n’a pas inclus de femmes, n’a pas travaillé pour l’égalité. Nos Chevaliers de Colomb ne sont pas plus féministes, inclusifs, qu’ailleurs.

Nos curriculums scolaires n’ont pas parlé des femmes plus que les autres ; nous n’avons pas un meilleur taux de femmes dans les domaines non traditionnels, au contraire. Notre Université de Moncton a peu de femmes dans les postes de décision, n’offre pas de programme en études féministes, ses instituts et ses professeurs publient très peu des données ou d’études sur des questions d’égalité ou qui font mention de la variable sexe.

Nos municipalités francophones ont moins de mairesses et de conseillères que les autres, n’ont pas plus de politiques familiales ou d’analyse inclusive.

Les Acadiennes élues au provincial sont rares, et l’élection des premières n’a pas lancer une tendance, loin de là.

L’Assemblée législative compte 8 femmes sur 49 députés, soit 16 % de représentation féminine. La moyenne mondiale toutes chambres confondues est de 22 %. Les États arabes (18 %) font meilleure figure que le Nouveau-Brunswick. En 2006, lorsque Liane Roy, alors consultante, a publié une chronique, Pourquoi si peu d’acadiennes en politique?, elle a suggéré qu’on doit regarder l’éducation des enfants et le statut accordé aux femmes. Elle a aussi dit que très peu d’Acadiennes se sentent interpellés par la politique, qu’elles ne sont pas certaines qu’elles seraient entendues et pourraient faire une différence.

Nos médias ne font certainement pas plus de place aux femmes et aux questions féministes que d’autres médias. Aucune femme n’a occupé un poste d’éditorialiste au sein de L’Évangéline, Le Matin, ou l’Acadie Nouvelle.

Marie-Linda Lord s’est penché sur cette question : « Les études sur les femmes en Acadie sont rares. Il n’existe pas de lignée de femmes porte-parole médiatiques en Acadie. » « Véritable archétype des exclus, la Sagouine est une personnification féminine d’une prise de parole acadienne, voire universelle, qui n’était rien de moins qu’un geste d’affirmation qui a réussi à se faire remarquer. Près de 40 ans plus tard, la Sagouine émerveille toujours, et le succès de cette prise de parole par une femme, même fictive, reste inégalé dans la réalité médiatique acadienne. » * http://www.umoncton.ca/umcm-crea/files/umcm-crea/wf/wf/pdf/ournalisme_en_Acadie__un_enjeu_d__mocratique.pdf

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick a conclu, dans son Analyse de la représentation des femmes dans l’actualité de la presse écrite provinciale francophone Nouveau-Brunswick, publié en 2011 :

Les femmes sont sous-représentées dans presque tous les sujets d’actualité même dans ceux où elles sont en réalité fortement présentes – santé, éducation, communautaire, arts. Dans les 494 reportages de l’actualité de L’Acadie Nouvelle examinés, les femmes étaient 25% des intervenants. Dans les 185 articles traitant d’enjeux relatifs au gouvernement ou la politique, elles étaient 18% des intervenants. L’examen du cahier provincial de L’Étoile a donné des résultats semblables.

Le Regroupement a conclu que la contribution des femmes dans la société n’est pas reflétée justement et les médias participent à cet état de chose. Le groupe a donc produit une liste d’intervenantes prêtes à prendre la parole et l’a diffusée, offert des ateliers pour aider les femmes à se préparer aux entrevues avec les médias et co-organisé un colloque sur la place de la femme dans les médias, avec l’Association acadienne des journalistes. * https://www.youtube.com/watch?v=k4Pr_h96XUI

Ce mois-ci, le journal l’Étoile a publié un long article* sur ce travail du Regroupement féministe, en anticipation de la publication prochaine par le groupe d’une deuxième analyse de la place des femmes dans les médias acadiens. (* Comment augmenter la visibilité des femmes dans les médias acadiens?, 9 mars 2015, L’Étoile.)

Dans l’article, le président de l’Association acadienne des journalistes (AAJ) confie que le genre n’est pas un facteur considéré par les membres de son association lorsqu’ils cherchent des intervenants : « Une des cibles (du Regroupement) était de travailler avec les journalistes pour qu’ils incluent plus de femmes comme sources dans le contenu médiatique. On a essayé de leur expliquer notre réalité, parce que lorsque nous travaillons sur un sujet, on va chercher l’intervenante ou l’intervenant le plus habilité à nous répondre, la personne qui a l’information … On a dit au Regroupement féministe que c’est important de sensibiliser les organisations afin qu’elles donnent plus de place aux femmes, et de sensibiliser les femmes afin qu’elles prennent plus de place ». Lire la suite

La méthode Tout le monde pisse debout

Un sommaire d’un discours livré le 8 mars 2015, Journée internationale des femmes, à Moncton.

Je veux dire premièrement, que je suis fière d’être à une célébration féministe du 8 mars ! Avec la récupération qui se fait de cette journée… Eh ! Y’a des fêtes du 8 mars où y’a un cours de danse du poteau – pole dancing – donc disons Brava à nos organisatrices…

Depuis des années, il m’arrive de dire à certaines personnes, au sujet de la situation des femmes :

Si tu penses que les femmes ont atteint l’égalité, tu connais pas assez de femmes, tu connais pas les statistiques.

Et si tu penses que rien a changé, tu connais pas l’histoire, comment la situation des femmes était pire y’a pas si longtemps.

Mais aujourd’hui, je m’entends aussi dire, …surtout aux jeunes journalistes dernièrement…

Si tu penses que les questions de femmes se limitent à l’avortement, le viol, le harcèlement sexuel et les autres violences faites aux femmes, eh ben, soit tu veux cantonner les femmes, et ça c’est la définition même du sexisme, soit tu connais pas l’envergure du mouvement et des changements nécessaires pour l’égalité.

Les questions de femmes, c’est aussi, je dirais surtout, la réforme fiscale, la réforme du système électoral, les politiques économiques, la démocratie, et la non reconnaissance du fait que l’économie du marché dépend de l’économie des soins.

Les problèmes qui font les manchettes – la violence, le manque d’équité salariale – sont des symptômes. Les hommes qui battent leur femme, ces hommes sont des symptômes. Le salaire payé aux employées de service de garde, c’est un symptôme.

Le vrai problème, causal, est l’inégalité entre les sexes. La non valorisation de tout ce qui est femme. Une inégalité historique, traditionnelle, confortable pour certains, invisible pour presque tout le monde.

Est-ce qu’en traitant des symptômes, on peut espérer réduire le problème de base? J’sais pas.

Si tu traites une infection, peut-être que tu retrouveras la santé.

Mais il faut dire que l’image qui me vient souvent en tête, c’est qu’on est en train d’essuyer le plancher – pis on s’occupe pas assez de fermer le robinet.

C’est comme donner des premiers soins pis prétendre qu’on fait de la prévention. Les services aux femmes, ça ne change pas le monde.

Le mouvement féministe est plus qu’une série de dossiers. C’est une analyse critique de la société, une mouvance pour un monde meilleur, en repensant le monde. Cette analyse critique, provenant d’un mouvement féministe en santé, est importante pour savoir si on travaille sur ce qui est le plus pertinent et prometteur pour l’égalité.

La semaine passée, un nouveau rapport confirmait que les initiatives gouvernementales pour relancer l’économie ont surtout favorisé les hommes, tandis que les mesures d’austérité ont désavantagé les femmes.

C’était un rapport du Québec, par leur Institut de recherche et d’informations socio-économiques. Ils ont analysé les budgets des derniers 6 ans, et conclut que la stratégie de sortie de crise a créé une différence d’environ 7 milliards de dollars entre les hommes et les femmes. Les femmes sont doublement perdantes.

C’est pas unique au Québec. L’Europe a fait des études semblables arrivant à des conclusions semblables.

Ça rappelle le temps au Canada quand, selon les tribunaux, « les femmes étaient des personnes pour ce qui est des peines et des châtiments, mais non pour ce qui est des droits et des privilèges ».

On a réussi des changements dramatiques dans la condition féminine, ces dernières décennies. Mais ce sont surtout les femmes qui ont changé, pas la société. Pensons à notre niveau d’instruction, notre participation sur le marché du travail, au nombre d’enfants qu’on n’a pas.

Ce qui a moins changé sont les systèmes, les politiques, les façons de faire qui favorisent les hommes, mais aussi qui favorisent une vision très restreinte de l’économie, de la politique. Des changements de cet ordre-là attirent la résistance. Lire la suite

Things New Brunswick cannot afford

New Brunswick cannot afford working under the presumption that everybody will benefit no matter how we get New Brunswick’s economy going. We know that places with similar levels of growth can have very different levels of inequality and poverty. You can have a growing economy with small wage earners who are not benefitting. Economists have words for it – “weakening relationship between wages and growth”, “jobs-poor recovery”, “the concentration of wealth’s effect on economies”, “big money’s influence on democratic politics” – words that I am not fully qualified to handle, but I know that, if they don’t take care, even governments that earnestly try to restart an economy may produce results only for certain segments of the population. (And then there might be even fewer citizens able to afford the $300 ticket to hear the “State of the Province” speech by our Premier!) If we want broadly shared economic growth, we must ensure that is what happens, because, in these times, it is unlikely to be created by chance.

New Brunswick cannot afford governments conducting mindless consultations. The way that the process for the program review now underway has started – a four-page note from the minister and two-hour meetings around the province over one month – is not enough to launch a thinking process or a change of course. A coalition of citizen groups has called for a more thoughtful process, suggesting that the government take a few extra months, produce a real discussion paper giving a picture of the situation, the challenges, and some options. When we are simply asked to “name three things that you think government could stop doing to save money” and “three things government could do to raise money”, you will get many knee-jerk reactions, anecdotes, things people have been repeating all their lives – whether they apply to New Brunswick, would save money in the long term, or would hurt more than help. You will get some useful suggestions, but nothing like what would come out of a real process of citizen participation. You can look it up. In times such as these, where we have been told that a race to the bottom is the only way to go, asking for ideas may produce more than one “Kill my neighbour’s cow because I don’t have one” suggestion. Lire la suite

On ne peut pas se payer ça

Le Nouveau-Brunswick ne peut pas prendre pour acquis que nous bénéficierons tous pareillement de la relance de l’économie provinciale. Nous savons que certains endroits avec des niveaux de croissance similaires ont des taux d’inégalité et de pauvreté très différents. Il est possible d’avoir une économie en croissance où les salariés ne profitent pas. Les économistes ont des mots pour ça – « l’affaiblissement des liens entre salaire et croissance », « une reprise non génératrice d’emploi », « l’effet de la concentration des avoirs sur l’économie », l’influence des gros capitaux sur l’économie » -, des mots que je ne devrais pas manipuler n’ayant pas les qualifications requises. Mais je sais qu’un gouvernement bien intentionné peut repartir l’économie et n’avoir que des résultats pour certains secteurs de la population. (Et nous serions même plus nombreux à ne pas pouvoir se payer un billet de 300$ pour entendre le discours sur l’État de la province par le premier ministre.) Une croissance généralisée, qui profite à nous tous, ne se produira pas par hasard. Fais-le savoir.

Le Nouveau-Brunswick ne peut non plus se payer des consultations prêt-à-penser. La révision des programmes a été lancée avec une note de quatre pages du ministre et un horaire de quelques rencontres de deux heures sur une période d’un mois. C’est trop peu pour lancer un processus de réflexion ou un changement de cap. Une coalition importante de groupes citoyens a suggéré un processus plus réfléchi – Brian, prends quelques mois additionnels, présente un vrai document de discussion qui présente un portrait de notre situation, nos défis, et des options.

Lorsqu’on nous demande de nommer « trois éléments que le gouvernement pourrait cesser de financer afin d’économiser » et « trois moyens pour trouver des fonds », je vous gage qu’on aura surtout des réactions impulsives, des anecdotes, des choses que les gens répètent depuis toujours – qu’elles s’appliquent au Nouveau-Brunswick, épargnent de l’argent à la longue, fassent plus de mal que de bien, ou non. Quelques suggestions utiles seront soumises, mais loin de ce qui ressortirait d’un vrai processus de participation citoyenne. Ces temps-ci, alors qu’on nous dit depuis une génération qu’il faut niveler vers le bas, si on nous demande des idées, il y en aura plusieurs qui vont dire « Tue la vache de mon voisin parce que moi j’ai pas de vache. »

Une autre chose que le Nouveau-Brunswick ne peut se payer, ce sont des citoyens qui ne disent pas bou, sauf pour marmonner à eux-mêmes. Je ne vais pas répéter la sainte vérité qu’une démocratie n’est viable que si des citoyens informés agissent de concert et demandent des comptes des politiques responsables. Je vais suggérer que tu te poses la question, avant de t’endormir, « Es-tu certain de ne pas être idiot  ? » « Es-tu certain que les autorités ne se moquent pas de toi ? » Ton monde et le monde que tu laisses à tes descendants sont définis par la politique, comment les politiques décident de dépenser les fonds publics et de répondre aux forces qui veulent ton travail, ton argent, ta docilité. Et toi, tu n’as pas envie de te déranger pour faire connaitre ton point de vue à des élus parce qu’ils sont des idiots ? Si c’était vrai, que des élus soient des idiots serait la meilleure raison de s’impliquer. Informes-toi, remets en question ce que tu penses, impliques-toi, exige une participation citoyenne réelle.

Le Nouveau-Brunswick ne peut surtout pas se payer l’austérité – on y vit déjà. D’autres que moi – des lauréats du prix Nobel et le Fonds monétaire international – te diront de quoi il s’agit : l’austérité ralentit la croissance, et l’espoir. Le Nouveau-Brunswick en mode austérité, ce serait mettre le pied sur son tuyau d’oxygène.

Les valeurs acadiennes

La nouvelle – présentée avec éclat dans une pleine page par mon quotidien national – qu’il y a une possibilité – o mon cœur – que les prochaines Miss Canada et Miss Teen Canada pourraient être Acadiennes m’a mise dans un état.

Non, mais penses-y ! Une Acadienne qui est Miss Canada et une autre Miss Teen Canada ! Eh ben là on dira que les temps ont bien changé ! Parce qu’une Acadienne au trône abolira le concours. Étant Acadienne, elle dira qu’un concours basé sur les restants d’un système discriminatoire n’a pas de raison d’être. Les jeunes – l’espoir de l’Acadie ! – ne sauraient tolérer ça, de la même façon que les Acadiens ne tolèrent plus les politiques qui les font se taire, les font agir contre leur intérêt, les font perdre leur âme pour être acceptés…

Une Miss Canada Acadienne révélera le côté bidon de ces concours. Elle révélera l’histoire trouble du concours, ce que d’anciennes reines ont à dire, comment les profits sont générés, comment ce n’est même pas pertinent de discuter si c’est un concours de beauté ou de personnalité parce que en partant, il s’agit d’une initiative pour tirer le maximum de ce qui reste comme possibilité d’exploitation sexiste dans la société. Si les médias veulent entendre que c’est un concours de personnalité, c’est ce qu’elle dit, le journaliste ne vérifie rien. Pour faire court, elle pourrait inviter tout le monde à visiter le site internet de Miss Canada et Miss Teen Canada. MDR!

Et elle serait couronnée le 8 mars, la Journée internationale des femmes ! Quelle fierté. Et quel soulagement ce serait pour les médias acadiens. Ils n’auraient pas à chercher un sujet « femme » pour le 8 mars – tsé, comme le manque d’action en Acadie contre le manque d’Acadiennes en politique élue, la violence faite aux femmes, l’absence de services de garde abordables et en français, les problèmes causées par l’objectivation des femmes … Ouf. Sauvé !

Je me trouve bien bête parce que ma première réaction, en lisant cet article dans l’Acadie Nouvelle de ce matin, était que le journaliste avait perdu son objectivité devant le sujet, que la rédaction avait sauté une étape à cause des tempêtes, que la tradition acadienne de mollesse face à la lutte au sexisme se maintenait. Mais non, la relève jeunesse nous sauvera.

Le journaliste nous l’affirme ce matin, les deux jeunes femmes «  ont un bel avenir devant elles ».

La perpétuation des inégalités par la charité

Si pour faire ton don « pour aider ceux dans le besoin », t’avais à spécifier si ton intention était de traiter les symptômes ou d’influencer les causes profondes, je devine que, moi et toi au moins, on préférerait s’en prendre aux causes.

Pourtant on n’en a que pour la charité, surtout en ces temps de fête. Des dindes, des boîtes de Noël, des jouets – pour se faire croire qu’on s’occupe de son prochain, ou afin que père Noël ou petit Jésus nous aime parce qu’on n’a pas été bon durant l’année.

Quand le choix est d’être charitable ou d’être Séraphin/ l’oncle Picsou/ Scrooge, tu donnes.

À chaque saison des fêtes, je rage contre la charité, non pas parce que j’haïs Noël, ou suis avare ou dénigre les personnes dans le besoin. Mais parce que je sais que la charité organisée perpétue souvent le problème qu’elle dit soulager, et parce que les chariteux pensent ainsi avoir fait leur part et ne feront rien d’autre. La charité perpétue le problème parce qu’elle remplace la recherche d’une solution ou laisse croire que le problème et la solution sont du niveau de l’individuel. La charité peut coexister avec l’action sur les causes, mais ici, maintenant, le plus souvent elle la remplace.

Même les médias, et même les médias publics, qui ne penseraient jamais faire une campagne pour une augmentation du salaire minimum par exemple, ne se gênent pas pour monter des campagnes de dons d’argent ou de dindes, surtout à ce temps-ci de l’année. Pourtant, la charité, surtout à ce niveau, est un choix politique.

Les banques alimentaires, même les gouvernements n’en ont pas honte de nos jours. Elles subventionnent les employeurs mal-payants, les emplois qui n’en sont pas, et les taux misérables des prestations officielles. Pour les personnes qui y ont accès. On est bien loin d’un revenu minimum garanti, là. Si les médias traitent des banques alimentaires, c’est pour dire que leurs tablettes sont vides ou leur clientèle augmente, jamais pour traiter de l’injustice que représente cette façon de procéder comme société, et comme gouvernement. Lire la suite

Do you like your politics same-sex or opposite-sex?

This commentary was first published in the New Brunswick Telegraph Journal October 6, 2014.

Now is the time for all good men to come to the aid of their party to fix the problem that the party is mostly men. Good men but hey, there’s stuff you haven’t lived, and this is not a same-sex democracy. And frankly, some of you are there because you are men.

Now is the time to change things, early in a new government term. The tradition is to wait until just a couple of months before a provincial election, and reporters ask you whether there will be more women running for your party, and you say, we really, really want more women. Then, it’s too late. And you can’t say that anymore. You’ve been saying that since 1935, when New Brunswick women were first allowed to run as candidates. It’s old. Psychiatrists have a word for people who do the same thing over and over and expect different results.

This is not a same-sex democracy, so your party needs women. Fortunately, there are a lot of good women. Many of them are looking at you, not impressed. And fortunately, it is possible for parties to become more diversified – all the other provinces are doing better than New Brunswick, as are most countries.
Political parties are gatekeepers to the Legislature, plus they receive significant public funding, so they have a responsibility to act, and we have a responsibility to demand it.
However, it’s not just a party problem. The government has the main responsibility to act, especially since the New Brunswick legislature is spectacularly lacking in diversity. Before last month’s election, about 90% of the seats were occupied by men. Now it’s 84%. In the past, it’s been as low as 82% male. It goes up and down like that, from tragic to marginally less pathetic.

The government has a responsibility to enhance democracy. I mean, who deserves 84 percent of the seats when they are 49 percent of the population? If you think our Legislature has so many males because candidates are chosen on merit and women don’t make the grade, then let me doubt that your female ancestors are proud of you, and that you really value democracy. And I’ll bet you’ve never sat in on the goings on at the Legislature. Lire la suite

Women’s jobs are paid too much?

* This commentary was pubished in the New Brunswick Telegraph Journal on September 17, 2014.

Home support workers in New Brunswick were happy to hear that they will be getting an increase thanks to the pay equity evaluation that the provincial government launched in 2006 and finished recently. That evaluation concluded that home support workers were getting $2.15 less per hour than they should have been. They will soon be getting what pay equity determines the job should be paid.

Or will they?

The New Brunswick pay equity evaluation was undertaken after much lobbying, over decades, by workers, women’s groups and unions.

But usually, in other jurisdictions, there is public debate, legislation, and an independent body directing how to do pay equity properly. How did we ensure that government did pay equity evaluation properly?

In New Brunswick, it seems governments just got ‘something’ done any old way.
Workers in home support, child care, transition houses and community residences had their job descriptions examined under the recent pay equity evaluation.
The results were astounding.

In this in-house government process, which went on under two governments, from 2006 to 2014, only four out of the dozen or so job categories studied were found to deserve significant pay adjustments. Three of those four were being paid close to minimum wage levels. (Thank you for minimum wage levels.)

Home support workers were lucky to be among those few who deserved something, eventually bringing their hourly pay to $13.15. Workers in child care centres responsible for special needs children were also found to be underpaid – by $2.52 per hour: their hourly wage will eventually be $12.52. Caregivers in adult community residences were found to be underpaid by $2.85 per hour, eventually bringing their wage to $14.80 per hour. Supervisors of adult caregivers, underpaid by $0.83 per hour, will eventually have an hourly wage just over $16.

But the astounding part was that the government concluded that the pay of most female-dominated jobs it examined was excessive. Administrators in the child care sector are paid $2.16 per hour too much. Support workers in transition houses are being paid $2.21 per hour too much, and outreach workers in transition houses, $5.39 per hour more than they are worth.
These jobs are paid less than similar jobs in other provinces, yet they are being paid too much? But New Brunswick’s cost of living is not significantly lower than the average across Canada.
The governments’ “made in New Brunswick” pay equity results seemed odd to me. They seemed odd to the New Brunswick Coalition for Pay Equity, too, so they asked distinguished economist and pay equity expert, Ruth Rose, of Montreal, to look at how our provincial government had done the pay equity evaluations.
A few months later, Ruth Rose reported back:

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Les emplois traditionnellement féminins… trop payés ?

Ce texte a été publié dans l’Acadie Nouvelle le 16 septembre 2014.

Les travailleuses des services de soins à domicile au Nouveau-Brunswick étaient heureuses d’apprendre qu’elles recevront une augmentation de leur salaire grâce à l’évaluation d’équité salariale lancée par le gouvernement provincial en 2006 et complété récemment. Cette évaluation a conclu que ce personnel était payé 2,15$ moins que ce qu’elles devraient recevoir. Elles recevront bientôt ce que l’équité salariale a déterminé est la vraie valeur de leur travail.

Mais est-ce vrai ?

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick accepta d’entamer l’évaluation d’emplois après de nombreuses années de pression des travailleuses, des groupes de femmes et des syndicats.

Dans d’autres juridictions, un tel exercice est d’habitude encadré par une loi et effectué par un organisme indépendant ayant une expertise dans l’équité salariale. Comment a-t-on assuré que l’évaluation faite ici a été faite correctement ?

Il est permis de craindre le pire.

Les emplois dans les soins à domicile, les services de garde d’enfant, les maisons de transition et les résidences communautaires ont été examinées et une évaluation de l’équité salariale effectuée.

Les résultats étaient étonnants.

L’exercice, fait à l’interne sous deux gouvernements de 2006 à 2014, a conclu que seulement quatre de la douzaine de postes méritaient une augmentation. Trois de ces quatre emplois recevaient à peu près le salaire minimum. Une chance qu’on a des niveaux minimums.

Le personnel de services de soutien à domicile était chanceux d’être de ces rares qui ont eu quelque chose de ce processus, et que leur salaire horaire sera bientôt 13,15$. Le personnel responsable des enfants avec des besoins spéciaux dans les services de garde a eu droit à une augmentation de 2,52$ l’heure, faisant passer leur salaire à 12,52$. Les fournisseurs de soins aux adultes dans les résidences communautaires ont eu droit à une augmentation de 2,85 $, faisant passer leur salaire à 14,80$, et leurs surveillantes auront droit à une augmentation de 0,83 $.

Mais le plus étonnant était que le salaire de la plupart des postes à prédominance féminine est excessif selon cet exercice. Les administrateurs dans le secteur de la garde d’enfants percevraient 2,16$ l’heure en dessus de la valeur de leur poste ; les travailleuses de soutien dans les maisons de transition, 2,21$ en trop ; et les travailleuses d’approche dans les maisons de transition, 5,39$ en trop.

Les salaires de ces postes sont plus faibles ici que dans les autres provinces, mais nos travailleuses sont trop payées ? Alors que le coût de la vie ici n’est pas sensiblement inférieur à la moyenne canadienne ?

La méthode « faite au Nouveau-Brunswick » pour calculer l’équité salariale a semblé bizarre à la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, qui a donc demandé à l’économiste de renommée et experte en équité salariale Ruth Rose de Montréal d’examiner la méthode utilisée par notre gouvernement. Lire la suite

You don’t have confidence in us

One of the worst things someone in a position of authority can do is to show a lack of confidence in those people for whom they’re responsible. A parent who doesn’t encourage a child, a teacher who has low expectations for students, a boss who doesn’t trust an employee.

And politicians who don’t believe in the citizens they represent.

Our provincial politicians often give the impression they don’t have confidence, in us, in the province, in themselves.

The first time I remember thinking that was that morning when we learnt that Shawn Graham wanted to sell NB Power to another province. Part of the strong citizen reaction was brought on by a feeling of insult. That our government thought we could not manage our own resources and our own institutions, that it was best not to consult us before carving up the province, and that we wouldn’t react when such tricks were played on us.

At times, Premier David Alward certainly has given us the same impression – that we aren’t worth much. You’re concerned about your water source because of fracking? What are you talking about, that has nothing to do with it, says the current government. So citizens produced stickers now seen around the province saying “You don’t have a social licence to frack”.

What about those “public consultations” – the anonymous, internet or by invitation only ones – or those consultations that are hardly ended when a document is published – a document that evidently has been in the hands of translation service for a while – that sets out what had originally been the government’s known or likely stand. Citizens who participated in good faith feel like chumps and say never again.

Why don’t they value what we have, what we already do? Why, given our highly rural and low population province, don’t we encourage more cooperatives, social enterprises, development that is really, actually, community-based. Those are solutions made to succeed here. But rarely do governments speak of – or invest in – cooperatives for example, even though it is known that they are a profitable model for marginalized regions.

What if, instead of giving tax breaks to the Walmarts, Costcos and Irvings of this province, the current government had invested in initiatives by us? But our governments, and the handlers they surround themselves with, want to play with the big boys, to play a part in globalization, to make a big play. And in their mind, we aren’t players. Lire la suite

Sois autonome et tais-toi

Sommaire d’un discours que j’ai donné lors du Sommet des femmes, 19 août 2014, Edmundston.

Lorsqu’on dit aux femmes qui revendiquent un changement social, que la solution, c’est d’avoir plus de femmes autonomes, eh ben, grrr.

Bien sûr il faut être autonome. Mais le problème n’est pas un manque d’autonomie.

J’accroche sur le terme ‘autonomie’ premièrement parce qu’on semble nous dire qu’il suffit d’être autonome. Je dénonce toute ‘réponse’ individuelle à un problème ou une situation sociale. C’est trop facile, c’est à côté de la traque, c’est presque blâmer la victime. Il y a trop d’occasions où cela arrive aux femmes. Les femmes revendiquent une solution au problème d’agression sexuelle, on leur donne des campagnes disant aux femmes comment éviter d’être victime. Elles veulent plus de femmes dans les postes élus, on leur dit de voter pour des femmes. Elles veulent qu’on élimine la violence faite aux femmes, on créé des maisons de transition. Elles exigent l’équité salariale, on leur dit de changer de domaine d’emploi.

C’est réduire la chose, changer le sujet, blâmer la victime. Et on se fait prendre à ce discours : on accepte de s’occuper de la livraison de services, ou de travailler sur nous-mêmes. On vient à agir comme si des actions au niveau individuel vont solutionner un problème qui n’est pas individuel.

Le monde aime dire aux femmes quoi faire. Le monde aime retourner la balle à n’importe qui qui demande un vrai changement.

La deuxième raison pourquoi je réagis à l’idée d’autonomie : Les femmes ne sont pas autonomes, et ne seront jamais autonomes. Personne n’est autonome.

Comme Barack Obama a dit, t’as pas fait tout ça tout seul – You did not do it alone.

Ou comme le mouvement des femmes le dit : le personnel est politique, l’économie est bâtie sur le dos des femmes, l’économie du marché dépend de l’économie des soins.

Ce qu’autonome occulte, c’est la notion de citoyenne, de membre d’une communauté, de droits, de société.

Ces dernières décennies, on a vu des changements dramatiques dans la condition féminine, grâce au mouvement féministe. Ça a amené les femmes à une bien plus grande autonomie. Pensons à notre niveau d’instruction, notre participation sur le marché du travail – au Nouveau-Brunswick, autant de femmes que d’hommes sont sur le marché. Pensons à nos nouveaux droits.

Ce qui a moins changé sont les systèmes, la société, les politiques, les façons de faire. Ce sont surtout les femmes qui ont changé, pas la société.

Les femmes sont entrées de façon massive et historique sur le marché du travail, mais a-t-on seulement ajouté une journée de 8 heures à notre journée ?

Il se pourrait encore que notre plus grande contribution à l’économie, – même aujourd’hui – est notre travail non rémunéré, surtout avec la famille et la communauté.

La participation au marché du travail – l’autonomie financière – a certainement été une victoire féministe importante. Mais c’était une petite part de ce que revendiquait le mouvement féministe. Une question centrale au message féministe : les familles sont importantes. Ce n’est pas seulement le travail de production qui importe – mais de reproduction. Les femmes voulaient avoir le choix de participer aux deux domaines, et dans de meilleures conditions.

Dans les années 70 et 80 au N.-B., les femmes ont organisé plusieurs conférences « Femmes et économie » et les femmes y accouraient par centaines – on savait alors toutes qu’on contribuait à cette économie. De nos jours, les gouvernements et le secteur privé réussissent à ramener l’idée d’économie à une définition plus restreinte et exclusive.

On a une révolution incomplète. Pour des millénaires, les femmes étaient confinées au domaine privé – maison, famille, enfants – les hommes avaient droit partout y compris le milieu public – emploi, politique… Les femmes ont réussi à intégrer le milieu public mais ça ne veut pas dire pour autant que ce milieu reconnaît ce changement.

« Le système de retraites et, plus globalement, la protection sociale ont été conçus il y a 70 ans sur le modèle de l’homme soutien de famille, qui travaille à temps plein sans interruption et de la femme au foyer, qui bénéficie de droits dérivés de son statut d’épouse ou de mère. Le mode de calcul fondé sur cette norme désavantage les carrières courtes. » – Discriminées au travail, pénalisées à la retraite, La double peine des femmes, Christiane Marty, Le Monde diplomatique, septembre 2013.

Les efforts pour changer la société pour avoir de meilleures conditions ont rencontré des résistances démesurées, énormes et continues. Lire la suite

Vous n’avez pas confiance en nous

* Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 8 août 2014.

Une des pires choses que peut faire quelqu’un qui est en position d’autorité auprès de d’autres personnes, c’est de démontrer un manque de confiance en eux sans raison. Un parent qui n’encourage pas son enfant, un enseignant qui fait comprendre à l’élève qu’elle ne réussira probablement pas, le patron qui ne se fie pas à l’employé.

Et les politiciens qui ne croient pas dans les citoyens qu’ils représentent.

Nos politiciens provinciaux donnent l’impression qu’ils n’ont pas confiance, en nous, dans la province, dans eux-mêmes.

J’ai pensé ça la première fois lorsqu’on a entendu un bon matin que Shawn Graham allait vendre Énergie NB à une autre province. Une part de la forte réaction citoyenne provenait du fait qu’on se sentait insulté. Que notre gouvernement pense qu’on ne peut pas gérer nos propres ressources et nos propres institutions, qu’il n‘a pas à nous consulter avant de dépecer la province, et qu’on ne réagira pas si on nous fait des mauvais tours comme ça.

À l’occasion, le premier ministre David Alward a certainement lui aussi laissé cette impression, qu’on ne valait pas grand-chose. Ta crainte pour ta source d’eau face à la fracturation pour le gaz de schiste? De quoi tu parles, ça n’a rien à voir, répond le gouvernement Alward. Comme les citoyens s’opposant au gaz de schiste le disent sur les collants qu’on voit dans la province, « Tu n’as pas de permis social pour le fracking ».

Comment réagir devant les consultations publiques bidon ? Par exemple, les consultations anonymes, sur internet, sur invitation – ou les consultations où peu de temps après leur fin, un document est émis – un document évidemment envoyé au service de traduction voilà longtemps – reprenant ce qui était la position connue ou pressentie du gouvernement. Et les citoyens qui avaient participé de bonne foi ont alors honte d’avoir été dupe et ne se mettront jamais à nouveau dans une telle situation d’abus.

Pourquoi personne ne valorise pas ce qu’on a déjà, ce qu’on fait déjà ? Pourquoi, étant donné notre province encore bien rurale et peu peuplée, on n’encourage pas davantage les coopératives, les entreprises sociales, le développement réellement communautaire ? Ce sont des solutions faites pour réussir chez nous. Mais quand avez-vous entendu dire – quand avez-vous vu investir – un gouvernement dans ces modèles pourtant profitables dans des régions marginalisées.

Si au lieu de donner des réductions d’impôt aux Walmart, Costco et Irving de cette province, ce gouvernement avait investi dans des initiatives de chez nous? Mais ces gouvernements et le monde dont ils s’entourent veulent jouer dans la cours des grands, se joindre aux acteurs de la mondialisation, faire un gros coup. Et nous autres, dans leur esprit, on n’est pas des joueurs.

La vente de nos meilleures terres de bleuet sous le nez de nos producteurs a été un autre affront. Comme le chroniqueur, ancien politicien et ancien Ombudsman Bernard Richard a écrit dans l’Acadie Nouvelle : « …le gouvernement actuel semble croire absolument que notre salut ne peut être assuré que par les bons géants… Ça passe surtout par le transfert des ressources publiques au secteur privé, un régime fiscal qui favorise les mieux nantis, une réglementation qui leur laisse le champ libre et une réduction importante des dépenses publiques. La nouvelle stratégie forestière, le don des meilleures terres à bleuets à Oxford et le régime favorisant l’exploration et l’éventuelle exploitation du gaz de schiste en sont les parfaites manifestations. »

Le gouvernement actuel n’a certainement pas inventé le recours aux consultants extérieurs et aux grosses compagnies pour des idées. Ils n’ont fait que continuer ce gaspillage, cette insulte. Ils accordent leur confiance aux consultants, aux grosses compagnies, aux personnes qui gravitent autour d’eux et que du mépris pour les citoyens, les fonctionnaires et les travaillants. Et voilà une des raisons pourquoi nous continuons d’avoir certains des problèmes que nous avons.

Non pas que les citoyens ont toujours raison. Ce qu’il faut faire alors est de rendre accessibles plus de renseignements, créer des arènes de discussion, faire de vrais débats. On peut penser à ces choses. On n’est pas stupide. On est juste traité comme tel.

Pourquoi vous n’avez pas confiance en nous ? Pourquoi nous ne sommes que des figurants dans les dossiers gouvernementaux ? Si on est si nono, pourquoi vous voulez diriger cette province?

New and invisible

This column first appeared in the New Brunswick Telegraph Journal of July 19, 2014.

If you’re a small-c conservative government of the sort that New Brunswick perpetually has, what could be better than getting rid of an independent agency concerned with something you don’t give a farthing about – say, women’s issues? Getting rid of it and then coming back with a toothless version that you can still point to – such as at election time.

Even better than that would be if the media were to buy into that sleight of hand.

In 2011, Premier David Alward abolished the Advisory Council on the Status of Women, but then, due to the protests, promised a new version of an independent body on women’s issues. Finally, in 2013, the government announced it was creating « Voices of New Brunswick Women Consensus-Building Forum”, and, just over five months ago, appointed its 15 members.

However, to date, this new agency cannot be contacted by phone, email, or social media. It has no office, no staff, and, to my knowledge, has yet to be heard on any issue. Not abortion, not the feminist issues that should be part of the upcoming provincial election, not the treatment of prostitutes or prostitution law, not pay equity, not aboriginal women, not the many cases of violence against women, not International Women’s Day nor Mother’s Day. Neither has it said anything about its mandate, its vision, its resources and its independence.

So, unless this new “agency” does something worthwhile, soon, are we to conclude that government took advantage of a situation and replaced the independent Council with an entity so circumscribed and limited in its resources that it will be incapable of ever bothering government?

Here is why I’m not impressed yet: Lire la suite

Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins NB

Mesdames, je viens de composer le 811 de Télé-soins – service téléphonique gratuit, bilingue et confidentiel du gouvernement du N.-B. « où des infirmières immatriculées…  » – parce que je devais trouver où référer quelqu’une qui veut un avortement mais trouve difficile pour l’instant de faire face à la bureaucratie d’un avortement au N.-B.
Je m’identifie et leur présente la situation.
On me dit de dire à ma femme d’aller à son médecin de famille.
Ouain ben, elle est une de celles-là qui n’en ont pas, de pro-choix au moins.
Oh, laissez-moi lire les nouvelles consignes. Bon, voici les numéros où la référer, Madame : 1-866-980-2273. Ou puisque tu es à Fredericton, 459-5901.
Merci.
Je compose.
NB Right to Life. Hello.
Sorry no one speaks French.
Sûrement…, l’autre numéro…
NB Right to Life. Hello
Sorry no one speaks French.
Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins : si je téléphone avec une question ayant affaire à mon arthrite, vous me donnez le numéro d’un guérisseur religieux ou d’un médecin ?

Une amie vient de me rappeler qu’il y a des centres de santé sexuelle au N.-B. Pourquoi vous ne me référez pas là? Au moins on se serait débarrassé de moi en français.
http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/ministeres/bmhc/maladies_transmissibles/content/centres_de_santesexuelle.html

Pour en finir avec l’avortement

Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte.
La clinique Morgentaler ferme aujourd’hui à Fredericton. Même celles de nous féministes qui s’opposent à des services privés dans le secteur de la santé reconnaissent que cette clinique a rendu service dans notre contexte. Si le service d’avortement n’est pas accessible, c’est nous qui décidons et pas la femme enceinte.
Si McKenna n’avait pas fait son shérif, donné le ton et déclaré la guerre à la clinique, si les autres politiciens, alors et depuis, n’étaient pas épeurés jusqu’à en perdre l’esprit, si le gouvernement du Nouveau-Brunswick veillait au respect des droits, même ceux qu’il n’aime pas, si les tactiques des anti-choix ne faisaient pas si peur à moi, toi, aux journaux Irving, aux politiciens, aux médecins, aux fonctionnaires, si le Canada avait des normes pour l’accès aux services de santé, si le monde n’était pas si obsédé par la vie sexuelle et morale des femmes…
Si tu adoptais une tactique des fanatiques anti-choix et communiquait – en privé ou en public – avec les candidat-e-s de ta circonscription à l’élection provinciale qu’il va y avoir dans 2 mois, pour lui dire que tu veux que cette question soit résolue et que les femmes aient accès aux services publics de santé pour cette intervention.

La gestion des causes incommodes*

Si tu es un gouvernement conservateur avec un petit c, comme l’est celui du Nouveau-Brunswick depuis des lunes, plutôt qu’abolir un conseil indépendant sur une cause ‘incommode’ – disons par exemple la condition de la femme – il vaut mieux l’abolir puis en recréer un qui n’en est pas un, mais qui est là pour être paradé au besoin, par exemple quand il y a une élection.

Et même encore mieux que ça ? Ce serait que les médias reprennent et répètent ce que dit le gouvernement – qu’il a ‘remis les choses en place’.

L’éditorial de l’Acadie Nouvelle du 24 juin 2014 disait au sujet de l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick en 2011 par le gouvernement provincial : « À peine deux ans plus tard, le gouvernement Alward annonçait qu’il financerait un nouvel organisme, Les voix des femmes du Nouveau-Brunswick. Ses preuves restent encore à faire, mais sa simple existence reste une belle victoire pour toutes les Néo-Brunswickoises… » et «En l’espace d’un mandat, le gouvernement a plié. »

Et si le gouvernement n’avait pas plié, mais avait plutôt saisi l’occasion des protestations pour finaliser la disparition d’une voix indépendante en installant une entité si encadrée, si circonvenue et si limitée dans ses ressources qu’elle ne peut plus incommoder le gouvernement ?

En tout cas, voici pourquoi je dis qu’il est trop tôt pour dire Brava :

Voix des femmes a été annoncé il y a plus d’un an, et les membres ont été nommées il y a cinq mois. Mais l’agence n’est toujours pas accessible par téléphone, par courriel ou par les médias sociaux, n’a ni employées ou bureau, et ne s’est pas prononcé sur un dossier à ma connaissance. Ni l’avortement, ni les femmes en politique ou les enjeux féministes de l’élection provinciale de cet automne, ni le traitement des femmes prostituées ou les lois sur la prostitution, ni l’équité salariale, ni les femmes autochtones, ni les taux élevés de violence faite aux Néo-brunswickoises, ni la journée internationale des femmes ni la fête des mères. Rien non plus sur son mandat, sa vision, ses ressources et son indépendance.
Le Conseil consultatif était un organisme créé par une loi adoptée par l’Assemblée législative.
Voix des femmes n’a ni loi, ni ordre en conseil, ni mandat connu.
Le Conseil était mandaté par la loi de porter à l’attention du public et du gouvernement les questions d’intérêt aux femmes, de recommander des lois et des politiques, d’assurer la collecte, l’étude et la diffusion d’information, et de favoriser le réseautage entre les organismes féminins.
Nous n’avons qu’un communiqué de presse gouvernemental, mais Voix des femmes doit « promouvoir l’égalité des femmes et des filles et améliorer leur vie ».
Le Conseil consultatif contrôlait près de 600 000 $ par an en fonds et accès à des services.

Selon les communiqués, Voix des femmes a peut-être accès avec des conditions non dévoilées à 200 000$ en argent et en services.

Laissez-moi rêver un instant : Voix des femmes pourrait déclarer qu’il opère sous la Loi créant le Conseil consultatif sur la condition de la femme ou une loi semblable, et attend que le gouvernement – celui-ci ou le prochain – confirme leur nomination en vertu d’une telle Loi. Il pourrait également mettre ses critères pour son indépendance : un mandat clair et connu qui comprend l’autorité de rendre public ses avis, le pouvoir de choisir ses activités, ses priorités et ses recommandations et de décider de la dépense de son budget, et le contrôle de l’embauche et la direction de son personnel. Si elles n’ont pas tout ça, le gouvernement peut cesser de dire que Voix est indépendant.

Les membres de Voix des femmes sont 15 Néo-brunswickoises, représentantes de groupes ou individus, nommées par la ministre. Elles sont d’excellentes nominations. L’organisme serait-il pris dans un piège par le dévouement de ses membres à la cause de l’égalité – un dévouement exploité ? ‘J’ai été si bas tellement longtemps, que cela ressemble à une remontée?’ Sinon, pourquoi le silence alors que les Néo-brunswickoises font si pauvre figure dans tant de domaines, au Canada pour commencer ?

Ces dernières décennies, plusieurs gouvernements provinciaux auraient aboli le Conseil consultatif s’ils avaient pu. Année après année, le Conseil maintenait des positions tannantes pour des gouvernements tannés des positions féministes. Le Conseil maintenait sa position pour l’accès à l’avortement et aux contraceptions, même d’urgence; il insistait que les questions féministes ne se confinent pas au domaine social mais ont affaire aux réformes économiques, fiscales et électorales, et que l’équité salariale était une question de droits humains, non pas des mots à éplucher dans une plateforme électorale.

Sais-tu à quel point un tel Conseil peut être agaçant et menacé dans un système politique comme nous avons ?

C’est pourquoi moi, avant de dire Brava !, j’exige que Voix des femmes fasse quelque chose, n’importe quoi, qui met l’intérêt des femmes au Nouveau-Brunswick en premier.

Le dénouement dépend en partie de David Alward, de la ministre Marie-Claude Blais, des co-présidentes Kim Nash-McKinley et Phylomène Zangio, des membres individuelles Kyla LaPointe, Noëlla Richard, Paulette Sonier Rioux et Stéphanie Beaulieu, et des représentantes du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, du YWCA de Moncton, du Urban Core Support Network, du Sussex Committee for the Prevention of Family Violence, du Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Fredericton, du UNB Women’s Studies, de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, et de l’Association des CBDC du Nouveau-Brunswick.

En fait, le dénouement dépend de l’ensemble des femmes du Nouveau-Brunswick.

Mieux un vide qu’une fiction.

*Ce texte a été d’abord publié dans l’Acadie Nouvelle du 14 juillet 2014.

Gagner fait accourir ceux que ça enrage

Dans les luttes des femmes pour les droits qu’ont les autres humains, il arrive qu’on célèbre une victoire trop tôt et on se fait avoir. On se fie à la promesse arrachée et on n’assure pas la livraison. Il y a des exceptions mais souvent après avoir eu gain de cause, on passe trop vite à la prochaine iniquité à combattre ou à refaire connaissance avec sa famille et la vie, et on n’est plus là pour mettre le changement en place comme il faut. Il me semble qu’il y a une analogie à faire avec l’art de la guerre – quelque chose à voir avec les troupes qui restent après la victoire pour s’assurer que l’ennemi ne reprend pas l’attaque, instaurer la nouvelle gestion, libérer les prisonniers.

Pourtant on sait que gagner fait accourir ceux que ça enrage. Un exemple. Il arrive que des femmes qui ont obtenu des ajustements de salaire grâce à l’adoption de l’équité salariale par leur employeur, voient les hommes, occupant les postes à qui on les avait comparés pour fin d’évaluation, se servir plus tard de l’augmentation accordée aux femmes pour demander des augmentations compensatoires.

La situation entourant l’avortement au Canada est un autre type d’exemple de ce que je veux dire – les femmes ont obtenu la décriminalisation du service d’avortement et puis, si tu es au Nouveau-Brunswick par exemple, rien n’a changé. L’accès est toujours bloqué par ceux qui ne sont pas d’accord avec la victoire.
La plupart du temps, le problème post victoire est causé par l’engagement chancelant de l’autre. L’autre veut bien mais ne veut pas que ça coûte ou que ça dérange ou déplaise à certains. Des exemples.

Lorsque le gouvernement du Nouveau-Brunswick s’est engagé en 2010, à défaut d’établir l’équité salariale pour tous, de le faire dans trois secteurs d’emplois à prédominance féminine –les services de garde d’enfants, des maisons de transition et de soutien à domicile -, qui aurait pensé que l’évaluation conclurait que ces postes sont déjà trop rémunérées (sauf le personnel des services de soutien à domicile et les quelques personnes responsables dans les garderies des enfants à besoins spéciaux). Ces évaluations ont conclu par exemple que les administratrices dans le secteur de la garde d’enfants devraient être payées 12$ l’heure et non 14$ ; et dans les maisons de transition, les travailleuses devraient être payées 13,40$ l’heure au lieu de 15,60$. Le salaire des femmes qui travaillent dans de tels services de proximité au Nouveau-Brunswick pourtant sont très faibles comparativement à 7 provinces examinées, alors que le coût de la vie n’est pas moindre.

Puis on apprend que le gouvernement a « adapté », pour ne pas dire ignorer, les méthodes consacrées pour faire une évaluation d’équité salariale, et, coïncidence, chaque adaptation avait pour conséquence prévisible de réduire les chances qu’un ajustement de salaire serait dû aux femmes. Et les employées des secteurs sous évaluation avaient un statut minoritaire sur les Comités directeurs créés pour superviser le processus d’équité salariale.

La Coalition pour l’équité salariale a documenté le dérapage des bonnes intentions*.

Dans un exercice d’équité salariale où les entreprises n’ont aucun comparateur masculin, il faut choisir des comparateurs externes ou fictives. Le Nouveau-Brunswick a fait appel à la méthodologie du Québec, avec des variations : des emplois fictifs de préposé à l’entretien et de contremaître ont été utilisés comme le prescrit l’approche québécoise. Comme l’a dit l’économiste experte dans le domaine, Ruth Rose, « L’important est d’évaluer les deux comparateurs masculins et les différentes catégories d’emploi à prédominance féminine de façon exempte de biais sexistes, et d’utiliser des salaires de comparaison pour les emplois masculins que l’on retrouve réellement dans le marché du travail…. Puisqu’il y a tellement de latitude dans la façon d’identifier les deux comparateurs masculins, le Règlement du Québec spécifie que « le taux horaire de rémunération attribué à la catégorie d’emplois « préposé à la maintenance » doit correspondre à 60% du taux horaire de rémunération attribué à la catégorie d’emplois « contremaître ». »
Selon la Commission de l’équité salariale au Québec, la norme de 60% est recommandée parce qu’il s’agit de la relativité entre les deux catégories d’emplois selon les données recueillies par Statistique Canada depuis 1991, un sondage en 2004 auprès de 542 entreprises qui avaient réalisé l’équité salariale, les données de la fonction publique québécoise, un sondage des employeurs au sujet des salaires réels versés, les données des recensements des personnes salariées ainsi que l’examen des revenus d’emploi annuels pour six groupes de catégories professionnelles.

Mais, le Nouveau-Brunswick, lui, a décidé de se servir du ratio de 80% parce que… ben aucune raison n’a été donnée, donc la raison semble évidente : Lire la suite

Achetez-vous une catin !

Si on est pour faire une liste des choses que j’aimerais que les parents arrêtent de faire, les concours de beauté pour des filles de 5 ans seraient dans la liste. Bien d’autres affaires aussi.

Ces concours sont risibles, ridicules et nuisibles.

Aux parents irresponsables de Kent-Sud* qui inscrivent leur fillette à un concours de beauté : honte à vous, on récoltera toutes, ces fillettes en premier, ce que vous semez.

Vous pouvez vraiment pas penser à une autre façon d’encourager votre enfant de socialiser que de la faire se maquiller et se parader et quêter des commentaires sur comment cute elle est ? Pis pourquoi une enfant de moins de 10 ans a besoin d’apprendre à parler en public ? Vous savez, hein, que le monde a évolué, que les concours de beauté font rire plus que rien d’autre, que les femmes continuent de souffrir et de lutter contre les effets du fait qu’historiquement on ne les a jugées que pour leur beauté ou leur sexualité, et que l’estime de soi qui est lié à ce que d’autres pensent de ton quotient de cute est le contraire de l’estime de soi.

Achetez-vous une catin et jouez avec, mais laissez ces enfants être des enfants.

*Voir le Téléjournal Acadie de samedi 24 mai vers 3 minutes 30 secondes : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7073688

Une chance qu’on a les pauvres

Le Nouveau-Brunswick a un deuxième plan pour réduire la pauvreté. Il est audacieux : il reconnaît ouvertement qu’il n’est pas important de réduire la pauvreté, il suffit d’avoir un plan qui parle de la réduire. En fait, il suffit de faire une liste des choses que les gens t’ont dit qu’ils aimeraient. Parce que les rencontres avec les gens, ça il y en a en masse. On aura brûlé une génération de personnes qui veulent le changement avec tout ça …
Quelles mesures nous permettront de savoir qu’on a atteint les objectifs ? Ça c’est une question pas gentille et tu n’as évidemment pas bu assez de l’eau du puits. Parce que c’est la pensée qui compte. Il est important de rencontrer des personnes vivant dans la pauvreté, donner quelques montants pour des projets et ainsi atteindre les vrais objectifs de cet exercice: satisfaire les politiciens qui veulent quelque chose à faire miroiter afin d’« éloigner de moi cette coupe », combler les non pauvres qui souhaitent que la pauvreté leur soit rendue plus tolérable, et acheter la coopération des associations oeuvrant avec les affligés de la pauvreté qui vivent de miettes et ne peuvent être blâmées de vouloir survivre.
Des objectifs qui semblent adéquats pour tenir en vie cet exercice de misère que le Nouveau-Brunswick a entamé, bien que les médias et certains politiciens dans l’opposition laissent voir un certain désenchantement avec cette dernière sortie de la société de la couronne de la pauvreté.

Si tu crois que les temps sont durs…

S’attendre à l’équité salariale alors que le Nouveau-Brunswick fait face à des temps durs, est-ce raisonnable ? Nous qui revendiquons l’équité salariale recevons à l’occasion les expressions indulgentes de gens qui semblent penser, « Ce n’est vraiment pas le moment de demander pour plus. D’accord sur le principe, mais les temps sont durs… »

Si tu crois que les temps sont durs, essaie de vivre avec le salaire moyen des emplois dits de femme. Si tu vis avec une injustice salariale, crois-tu que les temps sont moins durs ?

Les temps ne sont pas durs pour les gros employeurs (les Walmart, Irving, McDonalds, Costco etc) et pourtant ils ont des réductions d’impôts provinciaux*. Des réductions qui ajoutent à la « nécessité » de couper dans les services publics, qui bénéficient justement ceux ayant des faibles salaires. (Ou est-ce que les coupures dans les services sont le but et les réductions d’impôt, le moyen ?) (*Businesses reap big property tax savings under new plan, CBC NB, http://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/businesses-reap-big-property-tax-savings-under-new-plan-1.2610390 )

Si les gouvernements provinciaux successifs du Nouveau-Brunswick avaient parlé et joué franc dans le dossier d’équité salariale depuis le début, nous serions bien plus proches de l’équité.

En 1987, en pleine campagne électorale, les chefs des partis politiques (McKenna, Hatfield et Little) ont participé à un débat sur la condition des femmes. Tous ont promis d’instaurer l’équité salariale. L’élu McKenna, qui n’avait pas voulu spécifier si cela comprendrait le secteur privé (où la grande majorité de nous travaillons), a fait adopter une loi en 1989 touchant les employé-e-s des ministères seulement, « une première phase » qui n’en a pas eu d’autre dans le règne McKenna. Selon un sommaire par le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B., cette loi « a permis de réduire l’écart salarial pour 96% (3 960 sur 4 142) des employées dans des emplois traditionnellement féminins. L’augmentation salariale moyenne était de 1,31 $ l’heure, allant de 12 cents à 5,38 $ l’heure. L’application de la loi en 1994 aux employées de la Partie 2 (conseils scolaires) a mené à des augmentations semblables. »

Le gouvernement Lord qui a succédé a mis sur pied un plan sur cinq ans (2005-10) qui encourageait et aidait les employeurs du secteur privé à instaurer l’équité salariale. Après cette période, une évaluation indépendante devait jauger quel progrès avait été atteint, et si le progrès n’était pas important, le gouvernement devait adopter une loi. L’initiative a été lancée mais les rapports d’étape ont cessé après trois ans et aucune évaluation indépendante n’a été faite après les cinq ans écoulés.

Une loi adoptée par le prochain gouvernement (libéral) ne touche que la fonction publique. Et l’application d’une soi-disant « méthodologie » pour mesurer l’iniquité dans certains postes a « bénéficié » d’un manque de rigueur (pour vous convaincre de mes dires, lisez si ce n’est que le sommaire de ce « Commentaires sur les résultats du programme d’équité salariale du gouvernement du Nouveau-Brunswick dans les secteurs non légiférés », de la Coalition pour l’équité salariale au N.-B., http://www.equite-equity.com/userfiles/file/Brief_2012_pay_equity_3groups_FRE%281%29.pdf ).

Récemment, lors de son congrès des politiques, le Parti libéral du Nouveau-Brunswick a adopté une résolution, qui paraîtra ou non dans la plateforme du parti pour l’élection de cet automne, voulant qu’un gouvernement libéral exige « que les entreprises qui souhaitent faire des affaires avec le gouvernement aient établi l’équité salariale au sein de leur entreprise ».

Forte de l’expérience des actions et tergiversations des dernières décennies, je prédirais qu’une telle clause tel quel n’aura aucun impact – sauf de nuire à la confiance publique dans le concept d’équité salariale. Si « équité salariale » n’est pas définie et qu’aucune certification est prescrite pour vérifier si elle existe ou non, un mécanisme bidon de certification sera créé et même les chameaux passeront dans le chas de l’aiguille…

En politique, je brûle des lampions

Je brûle des lampions pour que Justin Trudeau fassent l’affaire, soit la personne pour la job. Je n’ai jamais été de ce parti, ou d’aucun autre, mais la prochaine élection (prévue pour octobre 2015), notre seule chance de sauver des meubles au Canada – c’est-à-dire sortir les conservateurs – repose sur ses chances de gagner.

Donc je brûle des lampions, ou plutôt je fais l’équivalent pour les athées, je parle toute seule. « Woyons, Justin, ça pu de bon sens, y faut que tu sois paré pi bon, pi que tu gagnes. Es-tu sûre que tu prépares ben ton coup? … »

Si Mulcair avait autant de chances pan Canada, je serais heureuse de lui allumer des lampions et lui diriger mes marmonnements. Mais difficile d’espérer qu’il l’emportera, sauf en coalition.

Il y a longtemps que je vote de façon stratégique, sans honte et pour la bonne cause. Je ne me pose presque plus la question : ton cœur choisirait qui ? Parce que notre système donne trop de pouvoir au premier ministre et trop peu aux députés, on ne peut pas voter que pour un tel candidat. Parce que notre système biaise le résultat du scrutin, on perd son vote si on ne vote pas dans le contexte du probable, c.-à-d., de façon stratégique, pour celui des partis en tête qui fera moins de mal et moins honte et peut gagner.

Dans l’Actualité d’octobre 2011, le chroniqueur, chercheur et futur ministre PQ Jean-François Lisée signait un texte « Comment battre Harper en 2015 ! ». Sa proposition n’est pas très praticable – elle avait de bon qu’elle se terminait en 2020 avec Harper demandant l’asile politique au Texas – mais l’idée d’organiser demeure bonne.

Depuis trois ans, Harper majoritaire

Lors de l’élection fédérale du 2 mai 2011, 24 000 000 Canadiens auraient pu voter, 14 800 000 l’ont fait et 5 800 000 de ceux-ci ont voté pour Stephen Harper. Notre système électoral antique et biaisé – et les appels trompeurs ? – aidant, ce 39 pourcent des bulletins de vote étaient suffisants pour que Harper obtienne un gouvernement majoritaire. En fait les 5 800 000 qui ont voté pour Harper ne sont que 24 pourcent du nombre total d’électeurs inscrits (24 000 000).
Tous ces Canadiens qui n’ont pas voté lors de cette dernière élection fédérale, 9 400 000, je mets une partie du blâme sur eux pour le fait qu’on a un gouvernement majoritaire Harper, parce que la majorité de ces désabusés de la politique n’étaient probablement pas des amis de Harper. 9 400 000 adultes qui ont cru que d’autres feraient un meilleur choix qu’eux pour protéger leurs intérêts. On sait que plusieurs des personnes qui ne votent pas sont plus pauvres ou plus jeunes que celles qui votent. Ceux qui votent sont aussi plus religieux et plus conservateurs que ceux qui ne votent pas.
En fait, ce serait le comble de blâmer les individus. Les Canadiens sont dépourvus de choix, désabusés par leur expérience, et certains de nous souffrons d’une forme du syndrome de victime d’abus. Tsé, où suite à nos expériences avec l’autre, on développe « une soumission et ou une apathie qui mine notre estime de soi et amoindrit notre capacité de jugement ». Je pense exagérer seulement un peu.
Ce qui me préoccupe même plus est la possibilité que certains de nous sommes sujets à une forme de syndrome de Stockholm, tsé, où des otages développent une empathie ou prennent la défense de leur ravisseur ou geôlier. Parce qu’il devient apparent que des personnes de la classe moyenne ou pauvre appuient les politiques conservatrices (du parti Conservateur et des autres).
Pourquoi est-ce que des personnes à revenu moyen ou faible appuieraient des politiciens et les partis qui ne veulent que réduire les impôts et démanteler les institutions et les services qui ont créé le niveau de vie canadien dont ces classes ont bénéficié, si ce n’est qu’elles s’identifient aux riches ?
Je cherche à comprendre pourquoi les pauvres votent contre leurs intérêts, pourquoi une certaine partie de la classe moyenne vote à droite. Mes lectures sont à date très insatisfaisantes. Une réflexion que je poursuis, qui me poursuit…
Les essais et les théories sortant des États-Unis sont point très transposables ailleurs, non plus celles de France. Mais un livre lu récemment, titré en français ‘Pourquoi les pauvres votent à droite’, de Thomas Frank (traduction de son livre paru en 2004, ‘What’s the matter with Kansas : How conservatives won the heart of America’), a des idées intéressantes.
Premièrement de la préface par Serge Halimi dans l’édition en français :
« L’insécurité économique déchaînée par le nouveau capitalisme a conduit une partie du prolétariat et des classes moyennes à rechercher la sécurité ailleurs, dans un univers ‘moral’ qui lui, ne bougerait pas trop, voire qui réhabiliterait des comportement anciens, plus familiers… C’est là une vieille recette de la droite : pour ne pas avoir à s’étendre sur la question des intérêts (économiques) – ce qui est sage quand on défend ceux d’une minorité de la population -, il faut se montrer intarissable sur le thème des valeurs, des postures : ordre, autorité, travail, mérite, moralité, famille… »
« Le succès de la droite en terrain populaire ne s’explique pas uniquement par la pugnacité ou par le talent de ses porte-parole. Aux États-Unis, comme en France, elle profita de transformations sociologiques et anthropologiques, en particulier d’un affaiblissement des collectifs ouvriers et militants qui a conduit nombre d’électeurs aux revenus modestes à vivre leur rapport à la politique et à la société; sur un mode plus individualiste, plus calculateur. Le discours du « choix », du « mérite », de la « valeur travail » les a ciblés. Ils veulent choisir (leur école, leur quartier) pour ne pas devoir subir ce qu’il y a de pire ; ils estiment avoir du mérite et n’en être pas récompensés ; ils travaillent dur et gagnent peu, guère plus, estiment-ils, que les chômeurs et les immigrés. Les privilèges des riches leurs semblent tellement inaccessibles qu’ils ne les concernent plus. À leurs yeux, la ligne de fracture économique passe moins entre privilégiés et pauvres, capitalistes et ouvriers, davantage entre salariés et « assistés », Blancs et « minorités’, travailleurs et fraudeurs… »
L’auteur Thomas Frank, parlant de la situation au Kansas et aux États-Unis, vers 2004 :
« Les Démocrates ne s’adressent plus aux perdants du système de libre marché, qui est de plus en plus brutal et plus arrogant chaque jour… La stratégie politique des Démocrates consiste à se contenter de croire que les gens savent exactement où se situent leurs intérêts économiques et qu’ils agiront quasi instinctivement en conséquence… Mais l’erreur fatidique des Démocrates est que les gens ne comprennent généralement pas spontanément la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils ne connaissent pas forcément les choix disponibles pour passer à l’action, les organisations auxquells ils devraient adhérer ni les raisons pour lesquelles ils devraient se battre. Le libéralisme n’est pas une force kharmique qui viendrait faire contrepoids au monde des affaires lorsque ce dernier va trop loin. C’est une création des hommes aussi sujette aux revers et aux défaites que n’importe quelle autre. Prenons notre système de sécurité sociale, notre fiscalité, les règlementations et l’assurance sociale qui sont en permanence visée par la réaction. La sécurité sociale, les services alimentaires et médicaux, comme tout le reste, ne sont pas sortis par magie du sol pour pallier les excès évidents du système de laisser-faire. Non, ce sont les produits de décennies de militantisme, de luttes sanglantes entre grévistes et milices de l’État, de mobilisation, d’information et d’activisme ingrat.
On trouve dans la pratique électorale des travailleurs syndiqués une illustration encore plus claire de l’importance des organisations dans les choix de vote. En 2000, l’électeur blanc moyen de sexe masculin a choisi GW Bush à une majorité confortable. Les électeurs blancs syndiqués ont, de leur côté, voté majoritairement pour Al Gore. On constate le même phénomène quelle que soit la catégorie démographique choisie : femmes, détenteurs d’armes à feu, retraités, etc. Quand ils sont syndiqués, tous penchent à gauche. Et c’est vrai même quand les électeurs syndiqués en question ont peu de contact avec les dirigeants de leurs organisations. Le simple fait d’être syndiqué influe à l’évidence sur la manière dont on considère la politiqu3e et semble vacciner contre la maladie réactionnaire. Dans ce cadre, la question des valeurs n’a guère d’importance alors que l’économie, les soins médicaux et l’enseignement sont les questions fondamentales… »

Les Néo-brunswickoises attendent des nouvelles – Voix des femmes

Le Nouveau-Brunswick a un nouveau conseil aviseur sur les droits des femmes, appelé Voix des femmes. Ceci est peu connu parce qu’il n’y a pas eu de débat officiel ou un événement pour concrétiser sa création et attirer l’attention.

« C’est pour mieux te faire disparaître sans problème, mon enfant »? ou « Sois tranquille, on te sortira du tiroir quand on aura besoin de toi » ??

Peut-être, mais c’est probablement une question de priorité. Le nouveau conseil aviseur est le remplacement par David Alward après 3 ans – le temps d’un mandat tranquille, quoi – du Conseil consultatif sur la condition de la femme. Il avait aboli le CCCF six mois après son élection avec une plateforme électorale qui promettait de travailler en plus étroite collaboration avec le CCCF… (J’étais directrice du CCCF à ce moment, et suis maintenant à la retraite, sans intérêt pécuniaire ou philosophique dans cette affaire, mais je suis d’avis qu’il est évident que le gouvernement avait alors mal fait, que les femmes n’ont pas l’égalité et que les gouvernements ont besoin d’avis… Je demeure intéressée à voir que les questions d’égalité soient traitées).

À mon avis, les 15 femmes nommées par le gouvernement sont potentiellement d’excellentes membres, si la structure et les conditions sont bonnes. Leur nomination, février 2014, a peu attiré d’attention et aucun reportage ou événement n’a présenté au public ses deux coprésidentes, Phylomène Zangio et Kim Nash-McKinley.

À l’opposé des autres organismes indépendants reconnus du gouvernement – tel le Bureau de l’Ombudsman, le Conseil sur la condition des personnes handicapées, et autres – Voix des femmes n’est pas créé par une loi. Aucun document contenant la charge ou le mandat donné par le gouvernement, ce qui accompagne d’ordinaire des fonds, n’a été rendu public.

Deux mois après être nommées, les membres de Voix des femmes apprennent en même temps que le public que la clinique Morgentaler prévoit fermer ses portes en quelques mois. Le premier dossier auquel elles auront à faire face est une des plus anciennes questions féministes, un dossier déterminant et clair pour l’égalité des femmes. On pourrait maudire le moment de ce débat dans la mise en place de Voix des femmes mais, au fond, toute occasion de faire avancer l’égalité doit être célébrée.

Voix des femmes a décidé de ne pas participer dans la réaction et la manifestation organisée par des Néo-brunswickoises à ce sujet, mais éventuellement Voix émet un communiqué revendiquant un meilleur accès public à ce service de santé, un communiqué qui est plutôt ignoré par les médias sauf une brève dans l’Acadie nouvelle. Le surlendemain, la coprésidente interviewée par Radio-Canada Télévision au sujet de l’avortement renie la position prise dans le communiqué : à la question demandant si Voix a une position sur l’accès à l’avortement, elle répond que Voix œuvre pour une société juste, égalitaire et démocratique et doit conseiller le gouvernement, donc il en parlera avec la ministre qui siège à la table de concertation. Il se serait passé quelque chose entre le communiqué et l’interview ? La crise autour de l’accès à l’avortement demeure une excellente chance pour Voix des femmes de se faire connaître et pour contribuer.

Il faut donner la chance à la coureuse mais il faut aussi qu’on sache qu’elle court. La seule raison de recréer un organisme indépendant, Voix, était pour qu’il puisse mettre les intérêts des femmes en évidence. Voix devra démontrer son indépendance dans sa capacité de faire cela. Il doit aussi être transparent quant à son mandat et son fonctionnement. Ce sont aux femmes que les membres de Voix doivent l’honneur d’être en place et ce sont à elles qu’il doit parler.

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Communiqué du gouvernement annonçant la nomination des membres, février 2014 : http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/nouvelles/communique.2014.02.0142.html

Reportage sur Voix des femmes, Radio-Canada, Téléjournal Acadie, 18 avril 2014 : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7048840

Communiqué sur l’accès à l’avortement, Acadie Nouvelle, 16 avril, page 6.

Juchés sur les épaules d’un géant

« Si un individu laissé à lui-même sur une île déserte est incapable de produire un bien donné, alors il ne mérite pas entièrement les bénéfices qu’il peut en retirer sur le marché. »
C’est une citation d’un livre récemment lu qui était de ceux qu’en lisant, on regrette ne pas l’avoir lu plus tôt, et qu’aussitôt terminé, on veut le faire lire par certaines personnes si pas tout le monde. Dans ce cas, il s’agit du livre « La juste part – Repenser les inégalités, la richesse et la fabrication des grille-pains », de David Robichaud et Patrick Turmel, deux philosophes qui en moins de 100 pages, présentent une analyse de ce qui est juste dans la distribution de la richesse et des impôts dans une société avancée, avec un œil sur les libertés individuelles.
Les philosophes devraient se faire entendre plus souvent sur nos questions d’actualité. Si la politique est trop importante pour la laisser aux politiciens, il est ici démontré que l’économie est trop importante pour n’écouter que les économistes sur le sujet. (Il faut admettre que certains économistes ont des interventions semblables, bien que souvent livrées de façon moins compréhensibles).
« Dès notre naissance, nous baignons dans une tradition culturelle qui dépend notamment d’une adaptation à un environnement physique et sociopolitique et a répondu à des besoins collectifs. Nous profitons aussi des connaissances et du savoir-faire des générations passées. Bref, une multitude d’instruments physiques (comme une lance ou un ordinateur) ou symboliques (comme le langage ou la morale) ont permis de rendre la vie individuelle et sociale plus facile, confortable et efficace, et déterminent le genre de civilisation dans laquelle nous vivons et les possibilités qu’elle nous offre. »
Dans un monde où on est censé croire que la seule action possible des gouvernements est de réduire l’impôt des riches (c’est supposément la seule condition sous laquelle ils continueront de jouer avec nous), et les services à la collectivité, il est bon de se rappeler l’apport de cette collectivité et que « la valeur marchande de tous les biens, services ou idées dans les sociétés modernes avancées a une dimension radicalement collective, et ne peut être entièrement attribuée au mérite, aux talents ou aux efforts d’individus ».
Je me permets plusieurs extraits mais encourage la lecture du bouquin au complet. Ce qu’il faut faire pour comprendre la référence aux grille-pains dans le titre. Lire la suite

Avortement et l’opinionite

Si jamais il va y avoir du changement au Nouveau-Brunswick autour de la question de l’accès à l’avortement, ce sera soit parce que Santé Canada a exigé que la province respecte les engagements (aucune chance), ou parce qu’un tribunal a reconnu que les agissements de la province ne sont pas légaux (trouve-moi une femme qui n’a pas pu obtenir un avortement et qui est riche, et ça pourrait marcher), ou parce que les houmes à l’Assemblée législative décident d’agir en adulte (yeah right, pis pendant une année électorale). Non, décidément, l’espèce humaine a le temps d’évoluer au point où les femmes n’ont pas besoin d’aide pour avorter avant que se passent ces autres éventualités.

Disons que je ne mets pas d’espoir dans les pétitions non plus – en tout cas les religieux vont obtenir encore plus de signatures, leur dieu ne leur laisse pas de choix – surtout parce que mon droit à mon corps n’est pas une question d’opinion de signataires.

Non, le changement viendra peut-être si chacune de nous – qu’on soit juste tannée à mort de voir le sujet de l’avortement revenir sur la table, qu’on soit personnellement touchée par la situation ou toutes les variations entre ces états – si chacune disait à toutes les occasions « Je renonce à devoir avoir une opinion sur la vie sexuelle ou morale des femmes. Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte. Le service doit être accessible parce qu’autrement c’est nous qui décidons pour elle. Je sais que je renie la culture religieuse de mes ancêtres et la tendance politique des temps. »

L’avortement, intervention politico-religieuse

Imaginons que la clinique Morgentaler était pour fermer au Nouveau-Brunswick. Qu’est-ce qui arriverait ? Les 600 quelque femmes qui y avaient recours (ce nombre en 2009 était supérieur au nombre de femmes obtenant un avortement défrayé par l’assurance-maladie) auraient un enfant non voulu, les bien nanties se rendraient à Halifax, au Québec, ou au Maine pour un avortement ou les bien branchées tenteraient de satisfaire les exigences politiques pour une intervention médicale (et certaines de ces dernières abandonneraient ou seraient rejetées et se trouveront dans les 2 autres catégories). (Les TRÈS bien branchées continueront d’obtenir discrètement, de leur médecin ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour un avortement « médical », càd non chirurgical.)

Voyez-vous, au N.-B., on n’a jamais reconnu le droit des femmes de décider de leur corps. Lorsque la décision de la Cour suprême du Canada a tout changé dans le reste du Canada, ici, McKenna a dit « c’est moi le shérif ici » et tout est resté pareil. La signature de 2 médecins, la pratique dans un hôpital, par un gynécologue, etc. c’est resté pareil comme avant. Personne au fédéral ou dans les systèmes juridique ou de santé n’a réagi. Alors que le N.-B. prétend préférer des gouvernements qui ne s’ingèrent pas dans la vie privée et qui réduisent les dépenses publiques, on trouve les moyens de se payer des critères politiques à une intervention médicale. Médicale, tu dis ? Au N.-B., c’est plutôt une intervention religieuse. Des critères qui font que des femmes ont des enfants qu’elles ne veulent pas …

Voyez-vous, ici, on aime mieux que quelqu’un d’autre que les femmes décide. Le gouvernement, les chevaliers de colomb, les religieux. Non, c’est pas yinque ça. C’est plutôt qu’à tout coup, on ne veut pas en parler. Pour dire encore plus vrai, ça nous fait rien ce qui arrive à ces femmes enceintes. On s’en moque autant que ce qui arrive aux femmes tuées par leur partenaire (Dis-moi ce qui a été fait, avec suite et résultats, pour comprendre et prévenir n’importe quel de ces deux phénomènes.)

Pour sûr on ne veut pas l’aider à avoir accès à un avortement : l’intimidation individuelle et institutionnelle, dans la rue, dans les forums, dans les hôpitaux, est pratiquée sans conséquences pour arriver à cette fin. Qu’elle ait un enfant non voulu, et vive dans la pauvreté, dans la violence, dans l’impossibilité de réaliser son potentiel, qui en parle?

Que dirait le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B. si Alward ne l’avait pas aboli? Que ce n’est pas à une clinique privée d’offrir un service essentiel de santé.

Que devrait faire le gouvernement? Exiger que les pharmacies du NB cessent d’être un obstacle à l’accès à la contraception d’urgence. Abolir les restrictions politiques à l’avortement – cesser de gaspiller des fonds publics en exigeant que deux médecins soient consultés, que l’intervention soit pratiquée par un gynécologue, que l’intervention soit pratiquée dans un hôpital… Enquêter sur le nombre grandissant de naissances à des adolescentes. Enquêter sur le nombre élevé d’agressions sexuelles au N.-B. Collaborer avec les médecins pour faire mieux connaître la méthode non chirurgicale d’avortement.

Que devrait faire les femmes ? Tu en parles !

Pauvreté – je ne trépigne pas d’impatience

L’an prochain, en théorie, il sera révélé si le Nouveau-Brunswick a rencontré son objectif de réduction de la pauvreté : en 2010, nous nous étions engagés à réduire la pauvreté monétaire de 25 pour cent avant 2015 ! Pis, tant qua faire, la pauvreté monétaire extrême de 50 pour cent, aussi avant 2015.

Disons que je ne trépigne pas d’impatience avant la grande révélation. Surtout quand je lis les comptes rendus des efforts faits pour réaliser une réduction. Une prière à Saint-Antoine de Padoue aurait des meilleurs résultats, il me semble.

Lorsque les partis politiques du Nouveau-Brunswick se sont mis d’accord pour travailler ensemble en vue d’un plan de réduction de la pauvreté, vers 2009, on aurait cru, si on se fiait au bruit médiatique, que c’était un événement significatif en soi. Pourtant, ce n’est pas si rare que les partis soient en collusion : dites-moi pas que vous pouvez distinguer les Libéraux des Conservateurs, lorsque chacun est au pouvoir, sur les dossiers de l’avortement ou de la réforme électorale. Ou, maintenant, de la pauvreté. Agir en collusion leur est utile pour enlever un irritant que ni l’un ni l’autre ne veut confronter pour de vrai.

Dans tous les cas, on a eu notre ‘stratégie’ de réduction de la pauvreté (2010) – une liste d’épicerie pour dire vrai, et non pas une stratégie, qui voudrait dire, tsé, des actions cohérentes suivant une logique séquentielle. Et pour dire que dans certains pays, grâce à des efforts mieux pensés, par exemple, les familles monoparentales ne sont pas archi-pauvres, avoir un salaire veut dire t’es pas pauvre, et les tarifications citoyennes, pour les garderies, les contraventions, les permis de conduire, les repas à l’école, etc, sont différenciées selon la capacité de payer, selon ta carte indiquant ton quintile.  Admettons que ce n’est pas le niveau de discussion qu’il y a eu au Nouveau-Brunswick.

Il y a eu enthousiasme pour la stratégie pas seulement parce que tout le monde, dont la presse, a prétendu qu’un accord entre partis est rare et signifie qu’on est prêt à prendre les grands moyens, mais aussi parce que personne n’en revenait qu’un Irving était assis avec une assistée sociale, un Oland itou, et des entrepreneurs avec des travailleurs pauvres à la même table ! On aurait cru que les lois de la physique avaient été enfreintes, que des aimants qui devraient se repousser tout d’un coup s’attirent.  Ça fait nouvelle ça, au N.-B.  Un Irving qui se demande comment contrer la pauvreté. 

Personne n’a remarqué qu’aucun des comités créés par le gouvernement n’a inclus un regroupement féministe, un groupe de femmes dont le mandat est de mettre de l’avant les intérêts de l’égalité. Ce doit être parce qu’au N.-B., on aime traiter des problèmes séparément – tsé comment on sauve sur les salaires des aidantes en littératie, des enseignantes de maternelles, ou des aides familiales, puis ensuite on étudie pourquoi les femmes gagnent moins que les hommes.

Quelles sont les chances d’un plan de réduction de la pauvreté qui prétend en partant que les causes et les portes de sorties de la pauvreté sont les mêmes pour les hommes et les femmes. On a un taux très élevé de naissances aux adolescentes ainsi qu’un accès très limité aux services de garde, aux avortements, à l’aide juridique en matière civile, à l’équité salariale, etc., et on est censé croire que cela n’affecte pas un sexe plus que l’autre et cela n’a rien à voir avec la pauvreté ? (Aux hommes à énumérer des aspects de la culture qui affectent les hommes en situation de la pauvreté).

Il est permis de douter que nous faisons le nécessaire pour réduire le niveau de pauvreté. Ce qui a été fait au niveau provincial pour appuyer la transition vers l’emploi et l’alphabétisation, pour atteindre un salaire viable et pour mousser les économies locales – tsé, ces interventions qui pourraient avoir un vrai impact – ont été médiocres ou non existantes. Pas beaucoup des 158 projets mis en branle autour de la province par des comités locaux dans le cadre de la Stratégie de réduction de la pauvreté vont aider de façon significative. Un centre de jeunes organise des journées ‘spa’ pour filles de familles pauvres, avec des coiffeuses et esthéticiennes bénévoles ; et pour celles à l’école secondaire, on leur fourni des robes de bal de finissants. C’est là une des « histoires de réussite » mises de l’avant par la Société d’inclusion économique et sociale, la société de la couronne créée pour chapeauter les efforts.

D’autres histoires parmi les 158 projets : quelques jardins communautaires, des programmes d’achat de nourriture en vrac à rabais, de la formation à l’entraide pour personnes ayant vécu des problèmes de santé mentale, d’itinérance ou de dépendance qui sont prêtes à aider d’autres rencontrant ces problèmes, etc. Certains projets ont des chances de changer des vies mais même ceux-là touchent très peu de personnes, dans un petit coin de la province, et dans une langue seulement souvent. Tant d’efforts et de fonds publics pour 158 « projets pilotes ».  Si tu dis le faire pour lutter contre la pauvreté, tu peux faire ce que tu veux, même si ta principale contribution sera de maintenir la pauvreté ou la rendre plus tolérable pour les non pauvres.

Il est vrai que le gouvernement a augmenté les taux de base de l’assistance sociale et du salaire minimum, mais pas assez pour devancer l’inflation et gagner du terrain.  Le nouveau programme de services dentaires et de la vue pour enfants dans les familles à faible revenu est bien, mais cela ne réduit pas le nombre de familles à faible revenu. Le régime promis pour une assurance pour les médicaments sur ordonnance est bienvenu mais n’aura pas un grand impact statistique.

S’il y a un aspect du plan de réduction de la pauvreté qui sera atteint, ce sera probablement d’améliorer l’inclusion économique et sociale. Après toute, s’il y a un pauvre – ou un entrepreneur – qui n’est pas sur un comité de la Stratégie, c’est parce qu’ils n’essaient pas. La Société a un conseil d’administration de 22 personnes (avec un président et 4 co-présidents), trois comités aviseurs avec chacun 12 membres, 12 réseaux d’inclusion avec près de 200 personnes sur leurs conseils, etc…

Entretemps, le taux de pauvreté ne bouge pas, ou s’il bouge ce n’est pas toujours dans la bonne direction.

Une autre chose positive…

L’humeur me passera mais y’a d’autres choses que je veux proclamer que j’apprécie:
Les bibliothèques publiques – Plus d’une mère, surtout celles du type des acadiennes, a béni les saints pour les bibliothèques, ou voué de leur laisser de l’argent, si jamais elle en aurait, parce que ses enfants fréquentaient la bibliothèque publique. Il arrive que la bibliothèque ouvre des horizons que la culture et les pauvres écoles ont de la misère à faire miroiter, ou au moins occupe une jeune pendant des années troubles.
En tout cas, je sais qu’on peut se mettre d’accord que les bibliothécaires sont les meilleures personnes au monde. Point. Elles ont tout le temps possible pour toi, ne veulent que t’encourager dans tes intérêts, ont quelque chose à dire au sujet de tous les livres que tu empruntes et sont les premiers, et premières, nerds. Au Nouveau-Brunswick, elles maintiennent un Service de référence virtuelle où vous posez votre question au personnel des bibliothèques et ils s’engagent à vous répondre dans un délai de deux jours. Amour.
À Fredericton ce mois-ci, la bibliothèque publique du centre-ville se prépare à fermer pour plus de 2 mois pour des réparations. Elle a invité les citoyen-ne-s à emprunter des brassées de livres et de ne les ramener que 2 mois plus tard afin qu’elles n’aient pas à les transborder. Le nombre de personnes qui viennent, fortes de sacs et d’adolescents de somme, vous surprendraient. Bel esprit de communauté.
Comme l’écrivain Jack London, alors déjà célèbre à 30 ans, a écrit à la bibliothécaire qui avait « été la première à me complimenter sur le choix de mes lectures » : « J’étais un petit garçon enthousiaste, affamé, assoiffé – et un jour, à la bibliothèque, j’ai pris un volume de Pizarre au Pérou… En me le rendant, vous m’avez félicité de lire des choses de cette nature… Si vous saviez à quel point vos mots m’ont rendu fier. Je vous dois beaucoup. Vous étiez une déesse pour moi… Aucune femme n’a eu sur moi une aussi grande influence. Je n’étais qu’un gamin. Je ne savais absolument rien de vous. Et pourtant, après toutes ces années, je n’ai jamais rencontré de femme aussi noble que vous. »

Des choses à apprécier

Je trouve il semble facilement des situations et des actions qui m’indignent et me portent à écrire. Il m’arrive, plus rarement, d’être impressionnée ou reconnaissante pour une situation ou une action. L’autre jour, en lisant une chronique de Bernard Richard dans l’Acadie Nouvelle, j’ai eu ce sentiment et j’ai pensé à un nombre de personnes et groupes qui méritent d’être appréciés.

Monsieur Richard, ancien politicien, réprimandait son ancien parti et celui qui l’a remplacé au pouvoir pour les mêmes agissements. Voir cette analyse tirée de sa chronique : « Les initiatives annoncées par le gouvernement Graham promettaient aux électeurs que leur vote compterait, que le système fonctionnerait et que leur voix serait entendue. Un peu plus de deux ans plus tard, l’annonce de la vente des actifs d’Énergie NB à Hydro-Québec a éclaté comme une bombe. Les pourparlers menant à l’annonce s’étaient déroulés en secret… Le dossier d’Énergie NB, entre autres, a ouvert la porte toute grande à David Alward et, pour la première fois dans notre histoire, il a défait un gouvernement après un seul mandat. M. Alward avait bien appris sa leçon, promettant de consulter la population et critiquant sévèrement la décision du gouvernement Graham dans le dossier d’Énergie NB. Pourtant, peu de temps après son élection, c’est au tour du gouvernement Alward de s’aventurer dans le secteur énergétique sans informer et sans consulter avant de prendre sa décision, annonçant une stratégie agressive pour le développement du gaz de schiste par fracturation hydraulique. »

Les anciens politiciens qui contribuent de cette façon sont si rares qu’on doit applaudir, et maudire les autres.

De même, deux groupes m’épatent par leur travail et leur longévité.

La Coalition pour l’équité salariale est un regroupement provincial actif depuis 13 ans, arrivant à survivre sans financement gouvernemental depuis quelques années. En fait, la Coalition termine une autre campagne de financement. Sans pouvoir offrir de reçus pour fin des impôts, la Coalition réussi à ramasser 75 000$ à 90 000$ par an.  Chapeau !  Et l’objectif – l’équité salariale ou la comparaison de la valeur d’emplois non identiques – n’est pas facile à expliquer. Leurs tactiques sont toujours amusantes, justes et ou tranchantes. Peu de provinces ont un tel groupe, et aucune n’a de tel groupe ayant autant de visibilité et de respect populaire. On veut leur souhaiter longue vie, mais évidemment il faut plutôt leur souhaiter un succès rapide et l’équité jusqu’à la fin de leurs jours.

Le Front commun pour la justice sociale, qui « milite pour construire au Nouveau-Brunswick une société plus humaine », que ça, impressionne par sa constance et sa visibilité. Ce regroupement de personnes vivant ou ayant vécu dans la pauvreté fait souvent parler de lui et rares sont les journées spéciales ou événements provinciaux reliés à l’économique où les représentants du Front ne sont pas cités. Ils fonctionnent avec peu de fonds et mènent présentement une campagne d’un an pour amasser 30 000$. L’automne dernier, le Front commun a lancé une campagne pour faire de la pauvreté un enjeu électoral lors de la prochaine élection provinciale en septembre 2014. Car, comme ils le rappellent, plus de trois ans après l’adoption d’une loi visant la réduction de la pauvreté, « il y a encore des milliers de citoyennes et de citoyens qui vivent dans la pauvreté… Ce sont principalement les travailleurs à petit salaire qui travaillent, en majorité, au salaire minimum, soit à plein temps ou à temps partiel, dans les secteurs du commerce de détail, de l’hébergement, des services de restauration, et les industries saisonnières… » Ils ont une idée juste de la pauvreté, ses causes et son utilité sociale, et donc, sont actifs dans des dossiers tels que la révision de la Loi sur les accidents de travail, l’Assurance-emploi et les femmes, le budget et les revenus provinciaux. Justice sociale et non charité !

Si bilingue voulait dire bilingue

J’ai comme l’impression que « bilingue » n’est pas une appellation contrôlée. En tout cas pas au Nouveau-Brunswick.
Je ne suis pas la cour suprême, mais je statue comme simple citoyenne que pour se dire bilingue, la province devrait me permettre de faire affaire avec le gouvernement dans ma langue – au minimum faire des choses comme voter ; parler à l’ambulancier qui répond à mon appel d’urgence ; recevoir des services à l’hôpital.
À ce sujet :
Je n’ai jamais pu voter en français. J’ai 61 ans. C’est sans doute ma faute, j’ai résidé à Fredericton ou dans le mauvais quartier de Moncton. Si jamais je réussis à voter en français, je ne saurai que faire du lendemain du scrutin, jusqu’à date presque toujours dédié à déposer une plainte auprès du bureau responsable – tsé, celui qui te dit c’est ton élu qui décide de l’embauche des employé-e-s des bureaux de scrutin.
Je n’ai jamais eu à appeler l’ambulance mais je lis les plaintes au sujet du manque de service et je lis surtout les doléances de la Commission aux langues officielles, qui nous assure – 45 ans après l’adoption de deux langues officielles au Nouveau-Brunswick pour l’amour – qu’elle a fait part de préoccupations aux dirigeants d’Ambulance NB. Préoccupations. En 2014. Aucun commentaire d’Alward ou des députés acadiens.
Je n’ai jamais eu de services en français à l’hôpital de Fredericton. Jamais. Il y a 13 ans que je demeure à Fredericton.

Ils veulent s’accaparer du 8 !

Y a-t-il plus niaiseux, pour ne pas dire insultant et infantilisant, qu’un gouvernement, surtout en l’occurrence celui de Stephen Harper, qui prétend décider du thème d’une journée de revendication pour l’égalité ? Surtout l’égalité entre les sexes. Depuis quelques années, le gouvernement fédéral émet un communiqué en février du genre « Voici le thème retenu pour la Journée internationale de la femme », le 8 mars.
On est-y à la maternelle ? Ils savent-y ce qu’est la Journée des femmes – la revendication de droits, de changements, d’accès à des services ?
Bien sûr ils savent et sans doute c’est là pourquoi les gouvernements tentent de s’en accaparer et de détourner la journée, premièrement à une journée « de la femme » et non des femmes, et aussi en faire une célébration du statu quo.
Cette année, les enfants, le Canada a retenu le thème suivant, « Force des femmes. Force du Canada. De la création d’entreprises à la création d’emplois, les Canadiennes vont de l’avant. »
C’est quoi ce délire ? On travaille t-y toute pour les conservateurs ? C’est pas par là qu’on va trouver l’égalité.
En 2012, le thème qu’on a voulu nous vendre était Force des femmes, Force du Canada – Les femmes dans les collectivités rurales, éloignées et nordiques : clé de la prospérité du Canada.
2010: Force des femmes. Force du Canada. Force du monde.
2009: Force du leadership. Force des femmes. Force du monde: Égalité.
2008: Des femmes fortes font la force du monde.
Bon, on comprend. On est forte, on ne doit pas compter sur le gouvernement comme allié pour des changements, on est toute seule.
Pire encore il y a des groupes de femmes qui attendent de savoir ce que M. Harper pense qu’on devrait célébrer avant de décider de leurs activités de la Journée. Misère noire. On ne serait pas sorti dousse qu’on était s’il y avait seulement des groupes aussi dociles.
Enfin, si Stephen peut, je dois.
Mesdames, le thème que je propose pour la Journée internationale DES FEMMES en 2014 est: Être féministe c’est ne pas se faire dire quoi penser ou célébrer ou revendiquer, surtout pas aujourd’hui. C’est dire le changement qu’il nous faut.

Inégalité habilitante des autres inégalités

On ne sait jamais d’où viendront les idées qui nous poussent à l’action, ou dans mon cas, à la rédaction. Cette fois, je remercie le média paresseux et malhonnête qui a interviewé encore une fois l’employé d’Halifax du Canadian ‘Taxpayers Federation’ comme s’il représentait les intérêts des Néo-brunswickois ordinaires. Entre de tels média, les politiciens qui font payer pour une rencontre avec eux et ceux qui n’ont que faire d’un système politique ravigoté, il n’y a pas grand place dans l’agora pour le citoyen, même moins pour la citoyenne.

On parle beaucoup des inégalités dans les revenus – avec raison puisque au Canada, l’écart économique s’agrandit plus rapidement que la moyenne des pays riches.

Ce qui me préoccupe autant, ce sont les inégalités dans les voix entendues. Les voix qui comptent pour les médias et les politiques, y compris en Acadie et au Canada, sont de moins en moins celles du monde ordinaire. Les représentants de gouvernements font ouvertement fi des priorités des gens ordinaires ou des intérêts d’une société en santé. Ils sont si dispo pour rencontrer le monde des affaires, aller pêcher au Gulch, mais se font si rares pour les regroupements de citoyen-ne-s. Les médias sollicitent peut-être nos commentaires sur leur page Facebook, mais les dossiers qui les intéressent, les événements auxquels ils accourent, les points de vue reflétés dans les questions posées sont souvent autres que ceux des citoyen-ne-s ordinaires.

Bien sûr, s’ils ne s’intéressent pas à nous, nous on s’intéresse de moins en moins à eux, et vice versa. Ce n’est pas ces politiques et leurs amis qui en souffrent. D’autres plus cyniques diront que notre désintéressement est le but des agissements de la classe politique des dernières décennies. Nous pouvons nous désintéresser mais cela ne change rien au fait que la politique et les questions médiatisées décident de matières qui nous touchent : du salaire minimum à la protection à l’environnement, de la qualité – la présence même – des services publics à la création de l’égalité entre les sexes, entre les groupes linguistiques, entre les citoyens.

Sur chacune de ces questions, ce ne sera pas le Canadian ‘Taxpayers Federation’ qui vont défendre vos intérêts. (À moins que vous êtes de ceux qui, par exemple, gagnent le salaire minimum et pensent que votre situation s’améliorera si le gouvernement réduit les impôts. Ce masochisme, sans doute un produit de la même hégémonie politique que ce texte tente de dénoncer, devrait être le sujet d’un billet.) Comme l’a dit Jody Dallaire au sujet de la ‘Federation’ dans une chronique en janvier 2013, «  niveau crédibilité, c’est comme si 1 pour cent de la population décidait de fonder une association nommée ‘Nous sommes les 99 pour cent’ ».

L’excellente organisation canadienne Samara a récemment publié les résultats d’entrevues de citoyens «désabusés», ce 40 pour cent de la population n’ayant pas voté à la dernière élection fédérale. Samara a aussi rencontré des personnes qui participent à la vie politique et conclut que les deux groupes ont nombreux points en commun. Les personnes désabusées ne sont pas indifférentes ou peu informées, mais à la suite de leurs interactions avec le système, elles se sentent étrangères du système politique. Elles ne voient pas pourquoi elles « participeraient à la vie politique alors que le monde politique ne se souciait pas d’eux… » «  Si des raisons concrètes les ont amenés à se désintéresser de la politique, il est possible de les y intéresser de nouveau concrètement. De ce que nous avons entendu, les attentes des participants ne sont pas élevées. Ils souhaitent simplement sentir que les politiciens au pouvoir sont à leur écoute, et que la politique peut leur être utile au quotidien…»

Voix des femmes

Fière-toi pas trop vite, dirait Marichette

En réaction aux bons choix faits dans la sélection des membres du nouvel organisme gouvernemental Voix des femmes (un « forum de concertation ») par la province du Nouveau-Brunswick, je suis … hésitante …

L’annonce pourrait être la continuation de la mainmise malveillante d’un gouvernement sur toute indépendance d’une agence sur les questions féministes. Le forum est créé pour remplacer le Conseil consultatif sur la condition de la femme, aboli brusquement au début du mandat du gouvernement Alward (qui avait promis six mois plus tôt dans son programme électoral de travailler avec le CCCF ; j’étais alors directrice générale).

Mais l’annonce pourrait autant être la proclamation d’une correction à cette mauvaise décision d’abolir le Conseil (mais 3 ans plus tard!?), décision qui avait soulevé tant de réaction en 2011 !

Mais il est quand même inquiétant, et bizarre, qu’on sâve (‘sache’ pour les non Acadiennes) si peu sur ce « forum de concertation ». Quinze femmes convoquées par le gouvernement pour un « forum » sur des questions choisies par le gouvernement (pour se « concerter » ?), ce n’est pas un conseil indépendant sur les questions décidées par les femmes. Surtout dans le contexte d’un gouvernement qui prépare des élections où il n’est pas le favori.

Non, non, j’m’dis, c’est bon signe qu’ils ont pris tant de soin pour le choix des membres… Toutes ces bonnes femmes et ces bons groupes qui vont siéger « sur le sein » de Voix des femmes, je leur fais confiance, c’est prometteur …

Mais, mais, j’me réponds, ça serait pas la première fois qu’on remplace quelque chose d’utile par du paraît bien (‘quelque chose de bidon’, pour vous autres). Ni la première fois qu’on ‘a’ du bon monde par l’usure, en appliquant un protocole de bonne entente qui n’est que du tais-toi et fais nous bien paraître.

Dites-moi juste qu’elles vont avoir l’autorité et les moyens de faire à leur idée surtout dans les temps durs, qu’elles auront un devoir incontournable de nous dire cosse qé quoi ; qu’elles n’ont pas été créés pour se réunir avec le gouvernement mais pour aussi et surtout rencontrer les femmes et le public.

J’hésite parce que j’ai ces questions et bien d’autres…

Charité de mauvaise conscience

De ces choses qu’on ne peut dire sans être rabat-joie :

Ces activités dans les écoles et universités (et que les médias rapportent sans question) qui encouragent les jeunes à la charité, comme si c’était la solution à quelque chose :

  • Une école de Moncton a invité les élèves à apporter des vieux jeans pour les démunis, dans le cadre d’une promotion de la chaîne Aéropostale qui offrait aux donnants un rabais de 25 pour cent à leur magasin. Ils en ont apporté plus de 1200. « On les encourageait en disant qu’ils allaient redonner à la communauté en plus d’obtenir un rabais de 25 pour cent chez Aéropostale. C’est motivant de donner à la communauté. » Qu’a-t-on appris cette journée-là à l’école ? Qu’on peut monnayer les pauvres? Qu’il y a des chanceux et des quêteux ? Ç’aurait été sitant plus intéressant d’organiser quelque chose qui réveille aux causes de la pauvreté, qui aurait (exemple imparfait) amené les jeunes à questionner le pouvoir d’achat du salaire minimum ou le salaire minimum comme fief des politiciens…
  • Des étudiant-e-s d’une université de la province, examinant la problématique de la pauvreté dans leur cours de criminologie, ont organisé une collecte de mitaines. Tout le campus a contribué. C’est pourtant à l’université qu’on devrait développer l’analyse critique. Les pauvres qui recevront des mitaines, eux, vont probablement avoir l’esprit critique plus développée, les mitaines aidant. Proposons aux étudiant-e-s de se pencher sur ce qu’a dit Roland Barthes au sujet de ces alibis qu’on s’autorise pour « substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice ».
  • Des élèves d’une école sont organisés pour faire une collecte de dinde à la période des fêtes. Eh, même une institution supposément apolitique comme CBC organise des collectes de dinde pour les pauvres. Pourquoi ils n’organisent jamais des sessions de lobbying ou d’action directe, en appui des solutions à la pauvreté. Ce seraient des actions politiques, soit, … autant que la charité annuelle qui rend possible et confortable notre inaction à l’année.

« Quand je donne à manger aux pauvres, on me dit saint ; quand je demande pourquoi les pauvres ont faim, on me dit communiste, » comme l’a dit l’évêque brésilien Hélder Cãmara.