Catégorie : Justice

The Unfounding of Rapes

When I look at sexual assault numbers – cases reported and the proportion that lead to charges – I am always reminded of a favourite Seinfeld episode about a car rental reservation that did not produce a car. Seinfeld says to the clerk, “You know how to take a reservation. You just don’t know how to hold the reservation. And that’s really the most important part of the reservation, the holding. Anyone can just take them.”

In 2010, queried about the fact Saint John had the second highest rate of sexual assaults reported to police, a Saint John police Inspector said he was “absolutely proud of that number being high.” He was probably even prouder the next year when Saint John had the highest rate of reported sexual assaults of the 100 municipalities considered across Canada.

So the police know how to take a complaint. Do they know what to do with that complaint?

Saint John has had a high rate of sexual assaults for decades. Don’t go crediting new victim support programs or improved police training or recent attitude shifts. The reported rates have been high for longer than that. Saint John has also historically had a low rate of charges being laid following those reports of sexual assaults.

From the late 1980s to 2012, New Brunswick’s rate of reported sexual assaults was higher than the Canadian average *

Now, thanks to some good journalism by the Globe and Mail, we find out that while  nationally 19% of reports of sexual assault were determined to be “unfounded” (2010-2014) – dramatically more than for other types of crime, New Brunswick’s rate is 32%**. That’s partly due to Saint John which had a 51% rate of “unfounded” reports. Fredericton police have a 16% rate. Codiac RCMP, 33%. Go figure.

Unfounded means the investigating officer does not believe a crime occurred.

Might some of those officers’ beliefs be unfounded?

Are New Brunswickers who report sexual assault less credible than other Canadians?

Why would people who walk into the Saint John police station to report a sexual assault be more likely to be making up the story, given all that we know that discourages people from reporting sexual assaults?

Why do police not clear the charges using the other checkboxes: “not enough evidence” “complainant doesn’t want to proceed with charges”? Is there some bureaucratic benefit to clearing it as “unfounded”? Once they are “unfounded”, no one counts them as unsolved. The Globe states: “Inflated unfounded rates create the impression that police receive fewer complaints of sexual assault than they actually do. In turn, that gives the appearance that more complaints lead to an arrest.”

So I ask the proud police inspector, why are Saint John sexual assault victims so keen to report if little happens after they lay complaints? Or are you just proud police know how to take a complaint? Anyone can just take them.

 

 

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* Statistics Canada, Canadian Centre for Justice Statistics; CANSIM table 252-0051.  These statistics were publicized and denounced by the New Brunswick Advisory Council on the Status of Women in the Status Report it published from early 1990s to 2011 when the Council was abolished by the provincial government. The government then pledged it would continue to publish the Status Report. It has not been published since 2014

** http://www.theglobeandmail.com/news/investigations/compare-unfounded-sex-assault-rates-across-canada/article33855643/#saint-john-nb

Les jeunes et les vieux qui m’agacent

Lorsqu’il n’est plus acceptable de vitupérer certains groupes, y’en a toujours d’autres, que tu peux vitupérer et demeurer fréquentable.

Alors que j’écris, on peut encore se moquer de ben du monde – les jeunes, les vieux, les croyants de certaines religions, les politiciens, les fonctionnaires …

Dernièrement, j’ai eu des conversations troublantes avec des gens que j’aime, impliqués dans des causes que j’aime.  Des jeunes se plaignaient que ceux d’une autre génération dans l’organisme sont un problème, que ces vieux et vieilles coupent les ailes aux jeunes. À d’autres moments, dans d’autres contextes, des vieilles/vieux m’ont dit que « la relève » ne comprend pas les enjeux, et vont nous faire perdre les acquis gagnés, etc. À une autre occasion la conversation a commencé avec ‘Ah, le jeune monde d’aujourd’hui, tsé’…

Je ne sais pas ce que je leurs ai répondu. Ce que j’ai pensé, dans tous ces cas : VOUS CROYEZ VRAIMENT QUE LE MONDE EST EN NOIR ET BLANC ?  VOUS CROYEZ QUE JE PENSE COMME TOUS LES AUTRES DE MON ÂGE ? En majuscule, je pense ça. Quand je pense en majuscule, je ne peux pas répondre. J’ai des feux d’artifice à l’intérieur, et je me tais.

J’aimerais dont bien que l’âge fasse une différence, que les jeunes soient différents des vieux, j’aimerais croire que la prochaine génération nous sauvera de notre bêtise. Mais même Darwin ne promettait pas une évolution si rapide.

Et je ne crois pas pour une minute que les jeunes sont pires que les aînés. En fait, je ne pense pas que les générations sont bien différentes. Il n’y a que des individus et dans chaque génération il y a plus de diversité que de traits caractéristiques de la génération.

Il me semble que les jeunes sont tout aussi stupides – et à l’occasion brillants – que les vieux et les vieilles. Et malheureusement, ces vieux sont aussi stupides et tout aussi rarement brillants que leurs ancêtres et leur progéniture.

Pis si au moins, comme disait Les Colocs, y’en avait moins de pauvres crétins.

Depuis longtemps je remarque que des parents vous décriront « les jeunes d’aujourd’hui »… selon ce qu’ils voient des amis de leurs enfants.  Ainsi les jeunes d’aujourd’hui seraient plus ambitieux, plus blasés, plus drogués, plus sérieux, selon la petite clique que leurs propres enfants fréquentent. Savez-vous combien de cliques, de coteries, il y avait dans mon école secondaire ? Des douzaines. À en croire les gens d’aujourd’hui, il n’y avait alors que les hippies, mais il y avait les Stephen Harper et bien d’autres genres, je vous assure.

Aux jeunes qui croient que tous les jeunes pensent comme eux et que ceux qui ne pensent pas comme eux, c’est parce qu’ils sont d’une autre génération, je leur conseille qu’ils élargissent leur cercle de connaissances – tous les jeunes ne pensent pas comme vous. La chose est ailleurs. Ton problème avec les vieux, ce pourrait-il que ce soit une question d’attitude et d’approche ou que tu as tombé sur les mauvais vieux ?

Aux vieux qui crient que les jeunes vont gâcher leur vie ou gaspiller les acquis durement gagnés, je dis, vous voyez-vous faire ? Vous connaissez combien de jeunes en fait ?

Mettez-moi dans une cohorte de personnes de mon âge ou dans une de gens 30 ans plus jeune que moi, j’y trouverai autant et aussi peu d’âmes sœurs dans un groupe que l’autre. Ce qui en décide est ailleurs que leur âge.

Les médias et les sociologues à court d’idées ont inventé les générations alphabet – X, Y, Z – comme si à tous les 25 ans la société produisait une nouvelle gang qui pense et agit tous pareils, et différemment des générations précédentes.

Il peut exister des conflits de génération. Et il est vrai que les sociétés évoluent. Mais ce dont je vous parle n’a rien à voir à cela. Ça rappelle plutôt la discrimination. Blâmer l’âge, c’est comme blâmer une race, c’est une invitation à cesser de penser.

Qu’est-ce qui était si difficile ?

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a proposé une loi créant un conseil des femmes indépendant. Il a donc abandonné la structure interne, Voix, que les gouvernements avaient baptisé « indépendante » sauf que le comité interne n’a jamais pu se mettre à l’oeuvre, dépenser son budget ou embaucher du personnel.

La loi proposée aujourd’hui est une chose positive. Bravo au premier ministre qui a accepté de changer son idée. Brava à Voix qui a éventuellement accepté qu’il n’y avait aucune autre façon d’avancer.

Cependant.

Avait-on vraiment besoin d’apprendre que sans statut, on est rien – surtout pas indépendante ? Ce dernier siècle de l’histoire des femmes n’a-t-il pas été une lutte pour statut et indépendance ?

N’importe qui qui sait quelque chose du fonctionnement des gouvernements et des politiques sait qu’une entité ne sera indépendante que si elle dépend d’une loi. N’importe qui qui connaît les questions féminines – la controverse qui les entoure et le type de changement qu’elles exigent – sait que cette législation devra être forte.

Un gouvernement sait comment créer un organisme indépendant. Ils le font lorsqu’ils créent des commissions et des conseils – les bureaux d’ombudsman, de défenseur de l’enfant, des langues officielles. Mais pour les femmes, ils n’ont pas suivi la formule consacrée. Pour les femmes, ils ont créé un comité interne et ont dit « la bonne entente nous mènera loin, chère. »

Sans statut, on est invisible. S’il y a quelqu’un qui sait ça, ce sont les femmes.

Mais c’est une journée positive. Après cinq ans sans conseil indépendant, et trois ans à mettre tant d’effort et d’argent dans un exercice frustrant et inutile, il y aura une loi. Je peux vous fournir la liste des occasions manquées entretemps, depuis 2011.

Aux petites jeunes assises autour du feu, je leur ai toujours dit : « vous verrez, mes belles, quand y’a toi pis le gouvernement dans une confrontation à la mort, ce que tu veux avoir à portée de main est une loi et un microphone. C’est comme ça que tu maintiens la bonne entente dans la cabane, et que tu fais des changements. »

 

Was that so hard?

The New Brunswick government has introduced a law to create an independent women’s Council. That means it gave up on the internal committee structure, Voices, which governments insisted was independent except the committee found it could not work on its priorities, spend its budget or hire staff.

The legislation proposed today is a good thing. Bravo to the Premier who allowed his mind to be changed. Brava to Voices who eventually saw no other way to make it work.

But.

Did we really need to learn that without status, you’re nothing, and certainly not independent? Ain’t that what the last century of women’s history has been about, getting status and independence?

Anyone who knows how government works knew an independent body required legislation. And anyone who knows women’s issues – the controversial nature of much of it, the kind of change they require – knew that only strong legislation would work.

Governments know how to set up an independent body. They do it for commissions, advisory groups, advocacy offices – the ombudsman, official languages, child advocacy, and other offices. For women, they didn’t follow the template.  For women, it was “let’s just have an internal committee? Can’t we all get along?”

Without legal status, you don’t have status. Women of all people know that, over and over.

So this is a good day. After 5 years without an independent Council, and 3 years where so much effort and money was put in a frustrating unnecessary exercise, there will be a law. I could give you a list of lost opportunities since 2011.

Like I tell the young’uns around the fire, when you face a showdown with government because you think women should be treated as equals, as some of us have, what do you do? What do you reach for? You reach for the law, and the microphone.  That’s how we all get along, and get change done.

 

It’s Aboriginal People’s Turn

A shorter version of this commentary was published by New Brunswick Telegraph Journal on April 22, 2016.

I have a bias in favour of aboriginal people.

They saved my ancestors, when we first arrived and during the Terror years in the eighteenth century. They live among us yet we know nothing about them. Despite our best efforts, their culture is still alive, for the most part, and for now.  We share a country – theirs – but they don’t have our quality of life.

They have a great sense of humour, in my experience. Despite what has happened to them and their current situation, they are not terrorists. Today’s aboriginal peoples are survivors of ethnocide attempts. And those attempts may yet be “successful”.

They saved my ancestors. Some of my ancestors were First Nations.

For those reasons, I have a bias in favour of aboriginal peoples.

But that’s not why I think Canada’s most critical issue is the aboriginal peoples.

Rather, it’s because we won’t have any peace until we address this issue. Not that we will be badgered and harassed by the concerned parties – we might be. And not because Canada’s reputation will suffer – it does, but not enough. The issue of the aboriginal peoples is our most important because we are in the wrong. And if we don’t address it, we are only delaying it.

It’s like living on stolen money. Can we be fully happy and secure doing that?

So Canada has a problem: us. We are the aboriginal peoples’ problem.

Around here, First Nations did not cede their land, but that hasn’t meant much. Governments gathered them in camps and then imposed a form of government that did not give them the same rights as non-Aboriginal citizens, and which often did not respect treaties. The Indian Act continues to have harmful impacts on their communities.

Thousands of aboriginals, some as young as five, were taken from their parents and sent to residential schools to “eliminate parental involvement in the intellectual, cultural, and spiritual development of Aboriginal children”, the official mandate of those schools, the last of which was closed in 1996.

The Truth and Reconciliation Commission, whose work between 2008 and 2015 was financed by the survivors of these schools, has excellent resources for us to learn more. Seven generations went through the hell of those schools. The Commission concluded that it will likely take another seven generations to create a healthy relationship between us and them. We need to get moving.

The past is not as important as what we do in the present.

Thankfully, a majority of Canadians favour making the aboriginal issue a political priority. One could be surprised at that, since the horrors visited upon the aboriginal peoples seem to have had little power to wrest us from our lethargy on this issue. We’ve shown we can mobilize for refugees, but thousands of disappeared aboriginal women, thousands of aboriginal youth who commit suicide, thousands of aboriginals living in Third World conditions don’t seem to move us to action. I believe the problem is partly that this is not a case where, like a character said in a George Bernanos novel, we can “come across an injustice… about my own size, not too strong or too weak for me” and “jump on its back and twist its neck. »

We will not make this right with just sympathy and social work.

Political decisions brought us to this point, where posttraumatic stress syndrome is practically in the DNA of many aboriginals, as they have said. You think excuses apologies and ceremonies will fix that?

It is a political problem and a question of justice. We will have to recognize and act on their right to a fair share of territory and resources.

We will have to negotiate nation to nation, as between equals. The end result should be aboriginal peoples as independent and happy as we are.

Luckily, the new government is making noises in that direction: to attack the issues nation to nation.

There is something about our own size: Keep them to their word. Put the issue at the top of our list of priorities for the country. It’s time.

This is a question of justice to be resolved, with a few centuries of delay, so that we can all enjoy this great and young country.

Blasphèmer pour défendre le dieu

Charlie Hebdo continue d’être lui-même, mais depuis que des tueurs ont décimé son équipe de journalistes, on remarque une volonté chez un certain secteur de l’humanité de faire le procès du journal. Comme si la question est toujours à régler à savoir si la tuerie de janvier 2015 était justifiée. Comme si la liberté d’expression était réservée à nos amis.

Dans l’état du monde, Charlie Hebdo n’est pas pour tout le monde. Sauf si tu y mets l’effort ou t’es habitué à la satire militante. Mais nous, en raison de l’industrialisation de notre humour et de notre culture, on est plutôt habitué à l’humour au degré 0, et inhabitué aux discussions des idées. Donc face à la tradition satirique européenne, on vire su’l’top comme dit Hilaire.

Entourée de tes amis les plus proches, qui connaissent tes valeurs et interprètent tes commentaires et tes exagérations avec l’avantage de ce contexte, tu dis des choses que des étrangers pourraient bien comprendre de travers.

De même que pour comprendre Charlie Hebdo, il faut l’avoir lu, pas seulement regarder les dessins, hors contexte.

Mais voici quand même :

Dans le Charlie Hebdo de cette semaine, une caricature, d’un genre assez fréquent dans ce journal, fait réagir certains. Le genre en question : une idée qui coupe le souffle, qui horripile même, mais, qui, une fois que tu y penses, ne fait que te mettre devant toi-même, ou d’exposer une réalité sociale de façon crue pour mieux la dénoncer. Le blasphème pour défendre le dieu.

La caricature en question* demande ce que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi, cet enfant réfugié mort sur une plage dont la photo a fait « découvrir » la crise des réfugiés. Le dessin répond « Tripoteur de fesses en Allemagne », faisant référence aux agressions de masse ayant eu lieu à Cologne la veille du Jour de l’an.

C’est dérangeant qu’on se sert de cet enfant, bien qu’il est vrai que le monde s’est servi de l’image de cet enfant au point qu’il est un personnage public, et que dire du fait que d’autres photos d’enfant mort ou souffrant n’ont pas l’effet Aylan et des réfugiés de d’autres coins ne valent pas les réfugiés syriens.

C’est provocant qu’on peint ce réfugié « bon » de la même brosse qu’on se sert pour peindre les réfugiés « mauvais », bien qu’il faut dire que c’est ce que font les bigots et xénophobes, non ? Il y en a pour suggérer que tous les croyants de telle religion ou tous ceux de telle origine sont terroriste/violeur/etc.

Eh bien voilà. C’est ce que la caricature me dit : qu’il est ridicule de peindre un groupe ou un individu de cette façon.

Nous aurions intérêt à encourager bien d’autres critiques et questionnements de nos attitudes au sujet des réfugiés. On n’a pas besoin d’être Charlie pour voir que nous ne pensons pas très claire au sujet des réfugiés, de l’immigration et des droits.

 

*Un de plusieurs dessins sous l’en-tête ‘La France, c’est pas c’qu’on dit’.

 

We’ve got it covered, girly

The New Brunswick government is finally doing analysis of the potential impact of its decisions on gender equality. Now there’s good news. Each option under study for a new program, or changes or cuts to programs, will be analyzed for its impact on gender (as well as potential fiscal and economic impacts).

Some applause has come from women’s groups, though it was muted: they want to “see the documents”.

But overall, that’s good news, right? How hard can it be? How can anything go wrong?

Well, let me count the ways.

 

What we know:

The government says its employees did a gender-based analysis.

 

Which suggests:

The government is only going ahead with policies that have a positive or neutral impact on equality, that pass the “gender” test.

Their gender-based analysis includes all genders, all women, all men, and the relative situation of all New Brunswickers in all their diversity.

 

What we fear:

“Mr. Minister, here’s the impact analysis for gender on that proposed policy. We found that it would set back equality between women and men. We recommend against that policy. In fact the committee says “Under no circumstances should …””

“Excuse me. You did a gender-based analysis? I can say that?

“Yes, but…”

“Thank you.”

“Mr. Minister, I’m happy to inform you that we did a gender-based analysis on your platform policies. However, we did not have any statistics by race, income group, location, and, actually, sex was a problem too. But we have a feeling this will play well.”

“Good job once again, thank you.”

 

There is no reason to mistrust this government over any other. But giving any party-cum-government the power to self-police is never a good idea. Think of what recent NB governments have done to pay equity analysis*.

Finally, remember Sheila Fraser, Canada’s super Auditor General? She “found out” the federal government on this issue in 2009. A House of Commons Standing Committee requested that her office examine how well the federal government was implementing gender-based analysis. Fraser asked Treasury Board and other departments to provide their gender-analysis documents. “We-l-ll, actually there are no records, but…”, came the response. “But…”

No documentation, no analysis, she concluded.

 

* https://rosellam.wordpress.com/?s=paid+too+much

Une Course d’aveugles

Mon gouvernement nous trouve tanants et veut nous envoyer à une institution. Au moins on nous envoie à Dialogue NB et pas la SPCA. Donc je m’informe quel est ce groupe que je ne connais point, et je vois que ça existe depuis longtemps – who knew? – et que son activité de l’année est une course qui a lieu demain, 14 août 2015.

La Course étoilée pour le dialogue a lieu la nuit sur 5 et 10 km le long des sentiers de Fredericton. On vous invite à venir courir et dialoguer. Avec une lampe et des bâtons lumineux.

Je ne me moque pas. C’est ça que c’est.

Ce serait plus croyable comme embuscade, c’est ma première réaction. Je me raisonne et me dit que c’est peut-être une farce. Tsé, proposons une activité si folle, si peu pertinente au problème énoncé, qu’on ne peut que pouffer de rire, anglo et franco d’une seule voix.

Je ne comprends plus rien. Je sais juste qu’il faut se méfier de gens qui t’attendent au coin de la grange avec un fanal et un bâton.

L’Acadie rétrécit à vue d’œil

Par une journée de gros frette de février 2006, je me suis rendue après l’ouvrage à une conférence à Fredericton par l’historien de Yale University, John Mack Faragher, reconnu « historian of the American Frontier ». Je n’avais pas encore lu son livre alors tout récent, « A Great and Noble Scheme, The Tragic Story of the Expulsion of the Acadians from their American Homeland ».

Quelque temps plus tard, j’ai lu son livre, une lecture ébarouissante.

Je me rappelle comme une plaie les premières minutes de sa conférence. Le monde assemblé ce soir-là était surtout des historiens amateurs et professionnels de Fredericton, Moncton et du Maine, surtout des hommes d’un certain âge. Après les premières minutes de mise en situation par M. Faragher, ces hommes se mouchaient ou avaient les yeux à l’eau. Moi je reprenais mon souffle et avais la gorge trop grosse pour poser mes questions. M. Faragher avait, avec une innocence simple, décrit ce qu’il savait de Pointe Sainte-Anne, ce qui est aujourd’hui Fredericton – que c’était le siège d’échanges entre peuples autochtones depuis temps immémoriaux, que les Acadiens y avaient vécu pendant une centaine d’années avant les troubles, et que très près d’où nous étions, en un même mois de février, en 1759, le colonel britannique Monckton, entre autres, y avait mené un massacre connu pour avoir été particulièrement barbare. 2 000 soldats britanniques montaient la rivière Saint-Jean pour purger les terres. M. Faragher décrit le scalpage de familles acadiennes entières à Pointe Sainte-Anne, le viol de femmes, après avoir amarré l’homme de la maison à une chaise, avant de tuer tout le monde et de mettre le feu. Et pire. Disons que ce n’était pas l’analyse géopolitique sobre d’un incident historique qu’on nous sert souvent.

Récemment, lorsque le maire de Fredericton exprimait à quel point il est exaspéré de voir que les Acadiens sont encore là et prennent de la place, j’ai repensé à cette conférence de M. Faragher. Et au fait que cette « capitale » n’est toujours pas une terre d’accueil. J’en aurais long à dire sur ce Fredericton.

Quelle annus horribilis, par moment, en Acadie jusqu’à date, hein ? Je ne pense pas seulement au maire Brad Woodside et aux organismes anti-francophones qui poussent comme des champignons dans la merde. Je réagis surtout au fait que ces choses peuvent se faire sans qu’une belle masse de politiques ou d’anglophones raisonnables se lèvent, ou lèvent le petit doigt.

Faut-il être malchanceux pour que, juste en même temps, la SANB soit « en réparation ». Et le gouvernement, comptant pour une fois une belle bouillée d’Acadiens, qui semble croire que c’est là la raison même qu’il ne peut pas se permettre de nous défendre.  Peut-être qu’entre-temps la SPCA pourrait nous venir en aide ?

Pis la réponse du gouvernement à la suggestion de la Commissaire aux langues officielles que les plus hauts des hauts fonctionnaires, s’ils sont vraiment les plus brillants, devraient être bilingues. Le gouvernement ne lui a pas même laissé finir sa phrase avant de la dénoncer.

Pis notre journal national, important comme il est quand même, y’a du monde comme moi qui diront qu’ils ont plus d’espace à donner aux concours de beauté bidons qu’à ces enjeux déterminants pour l’Acadie.

L’Acadie rétrécit à vue d’œil.

La seule Acadie qu’il va nous rester bintôt est celle de la musique et des arts, parce que tout le monde, y compris « nos amis les ennemis », nous aime lorsqu’on s’en tient à ça. Ils aiment notre « joie de vivre », qui a plus à voir avec Maurice Chevalier qu’avec nous autres Acadiens, rescalpés malcommodes.

Peut-être qu’il y a moyen de négocier pour que les prix Éloizes ajoutent au moins des catégories « projet de société »? Question de tiendre en vie cette idée folle pour un boute. Tsé, un prix Espoir et un prix Désespoir. Un prix Résistant et un prix Vendu. Un prix Événement Bénaise, et un prix Événement Misère noire.

Cette année je réclame pour moi le prix  « Il pleure dans mon cœur ».

A vulgar, ferocious and true ally

I am perplexed, confused and a bit obsessed by the reaction of some to Charlie Hebdo. Like one is perplexed, stunned even, when two of your best friends don’t like each other. How could that be? What is going on? WTF?

I have theories about those who like to say that Charlie Hebdo is racist or who cannot support its brand of expression. Not all of them are based on the fact that these people are mostly Anglophones, and some non-French-readers at that.

Yesterday, I was finishing reading the Charlie Hebdo of April 22, still buoyed by my having been able to find a copy while travelling, and excited by some of the ideas in the texts and cartoons that as always stand against the right things with unlimited outrage. I was thinking of tweeting a few of the ideas but then I find that in the last hour certain people, almost all Anglophones, are reacting on the Internet to what they seem to have agreed to pretend is a cartoon from the latest Charlie Hebdo. Except it’s not in there, I just finished reading it. The fact that the rumour is false does not stop anyone, even journalists, from denouncing and retweeting, some finding justification for the assassination of Charlie Hebdo workers last January. The cartoon was not published in CH but it could have been, it was that type. But I noted the bullying behaviour. Among cartoons that were in the latest CH on the same topic: the cover depicts the leader of the right-wing racist party Marine Le Pen as the ship figurehead on the Titanic, singing that tiresome song from the movie, with African immigrants on the boat yelling “shut up”, and with the title « A Titanic a week ». Other cartoons on the subject of the African immigration tragedies showed piranhas complaining that they cannot be expected to take in all of the world’s poor, and one showed Europe handing a child’s ducky ring buoy to an immigrant.

And this is the type of cartoon that some call racist?! Consider the message, ask with whom sympathy lies, consider that leaders and indifference are being accused and shamed.

Those are the cartoons. The texts in Charlie Hebdo leave no doubt for whom or what they have contempt, and what they are advocating.

Yes, Charlie Hebdo is like that friend who is a bit juvenile and sometimes over the top in their righteous reaction to injustice, who uses absurdity to fight absurd situations. They are a vulgar, ferocious and true ally. And what? The only approved allies are those exactly like us? The only tolerable support for our ideals are those expressed exactly as we express them, in a tea room with pinkies raised?

A few hours later, I hear the news that a handful of authors are not in agreement with PEN United States, the association fighting for freedom of expression, giving an award to Charlie Hebdo. They are just a handful and 800 others are attending the gala, but still, how can one live by the pen and support censure?

I feel that this issue is telling, that it’s at the heart of something important. Otherwise sensible, educated people, writers even – France Daigle, Michael Ondaatje… – refuse to support Charlie Hebdo, a case of freedom of expression, (and in CH’s case, freedom to mock racists and exploiters). They can’t support CH even when they are of the same opinion? Why, because CH doesn’t denounce politely? Or are they only able to understand a cartoon at the first degree – a good guy, a bad guy and a clear comforting message?

This missing the boat on Charlie Hebdo is sometimes a question of people blindly following others on social media, ganging up on a chosen target, without checking out the facts. Or people with hang-ups about propriety or authority, or France.

I know that anyone who reads Charlie Hebdo can support its existence. And I know few with a negative opinion of it actually read it.

Un allié vulgaire, féroce et juste

Je suis perplexe, déconcertée, un peu obsédée par la réaction de quelques-uns à Charlie Hebdo. Comme on serait perplexe, blessée même, si deux de nos meilleures amies ne s’aimaient pas. Tsé, on se dit, cosse qui se passe, pis WTF ?

Hier, je terminais la lecture du Charlie Hebdo du 22 avril, toujours ravie d’en avoir trouvé une copie et surtout, comme toujours, exaltée suite à la lecture des textes et des caricatures qui défendent la bonne cause avec une indignation sans limite. Je pensais gazouiller au sujet des textes lus donc je me mets sur Internet, et découvre que dans la dernière heure, certains – surtout des anglophones – réagissent à ce qu’ils se sont mis d’accord de prétendre être une caricature dans le dernier Charlie Hebdo. Sauf qu’elle n’y était pas – je finissais de lire le numéro, je sais. Ça ne semble pas déranger que la rumeur est fausse, les dénonciateurs y trouvent presque la justification des meurtres des travaillants de Charlie Hebdo de janvier dernier. La caricature en question n’est pas dans CH, mais elle aurait pu y être – elle est du genre. D’autres avec les mêmes idées y sont : la couverture du numéro que j’avais lu montre une Marine LePen figure de proue sur le Titanic chantant la chanson tannante de ce film, et des immigrants africains, condamnés comme on le sait, qui lui crient « ta gueule », avec l’entête « Un Titanic par semaine ». À l’intérieur, parmi les caricatures sur d’autres sujets, plusieurs portent sur cette immigration damnée, dont une où les piranhas se plaignent qu’ils ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde. Un autre montrant l’Europe offrant une bouée de sauvetage d’enfant à un immigrant. Et un autre montrant les immigrants dans un bateau périlleux se disant « Pourvu que le copilote ne soit pas dépressif… »

Ces caricatures seraient racistes, disent certains !?! Non. Quel est le message? La sympathie qu’on éprouve est pour qui? N’est-ce pas qu’on y afflige les dirigeants ?

Pis ça c’est yinque les caricatures. Les textes dans Charlie Hebdo laissent aucun doute qui ils méprisent et pour quoi ils revendiquent.

Oui, Charlie Hebdo est comme ce cher ami, cet allié un peu juvénile qui déborde dans ses injures – qui fait appel à l’absurde lorsque l’injustice dénoncée est absurde. C’est un allié vulgaire, féroce et juste. Et quoi ? Les seuls alliés fréquentables sont nos semblables ? Le seul appui tolérable est celui exprimé à notre façon, dans les salons de thé avec le petit doigt levé ?

Quelques heures plus tard, j’apprends qu’une poignée d’écrivains ne sont pas d’accord avec le prix que va accorder PEN United States, l’association pour la liberté d’expression, à Charlie Hebdo. Ils ne sont qu’une poignée alors que 800 autres vont assister au gala de présentation du prix, mais quand même, je me dis, comment tu peux vivre de ta plume et être pour la censure ?

Je sens que ce qui se passe est révélateur, éloquent, le nœud de quelque chose important.

Des gens sensibles, éduqués, des écrivains mêmes, – France Daigle, Michael Ondaatje… – refusent de se ranger derrière ce cas de droit à la liberté d’expression – c’est Charlie Hebdo donc c’est question du droit de se moquer des racistes, des ripoux, des exploitants des petites gens. Ils ne peuvent pas se ranger derrière Charlie Hebdo, même s’ils sont du même avis général ? Quoi, parce que Charlie Hebdo ne dénonce pas poliment ? Ou est-ce que leur petite tête ne comprend une caricature qu’à son premier degré ? Tsé, le méchant et le bon, et un message clair, non exigeant et réconfortant.

Voir du bon monde être tant à côté de la traque par manque de rigueur, de vision, de responsabilité, ça me fait me demander si je suis aussi aveugle ou fais preuve d’autant de « légèreté » dans ce que je dénonce comme étant raciste, sexiste, exploitatif…

Cette incompréhension de l’intention de Charlie Hebdo, est-ce que ce serait un mécanisme de protection, … mais contre quoi?

Je me calme parce que je sais que celle et celui qui a lu Charlie Hebdo l’appuie. Sont rares celles et ceux qui ont une opinion négative sur Charlie Hebdo et qui l’ont lu.

A joke is a serious thing

A slightly different version of this text was published by the New Brunswick Telegraph Journal on January 24, 2015.

I was once at an international conference where women from a Third World country spoke eloquently about not wanting to live in a society where there was as much freedom as there is in “Western countries”. It came down to freedom being scary. They felt better protected under repressive state and religious laws. The eloquence did not convince me but I felt for them. They also spoke eloquently about why polygamy had benefits: it gave them live-in sisters – the other wives – and it provided relief from and help with the job of taking care of the man. (I thought that more convincing, though it was basically about the same thing.) That discussion decades ago, though not persuasive, was a lesson in relativity and humility.

I was reminded of that in the aftermath of the Charlie Hebdo assassinations when a few commenters said the magazine should not have exercised its freedom of expression so much.

Freedom is scary. It is for adults only. It means risks. The alternative has even more risks.

But first, who says the Charlie Hebdo workers were killed because of their cartoons? The killers did. Killers have been known to say they killed someone because she burnt his toast, so excuse me if I form my own opinion.

Given that the Charlie Hebdo killers could hardly believe their action was going to forever stop such cartoons, let us concede that their reason might be something else – maybe to radicalize others, or give the troops something to cheer about or because they belong to a criminal gang and that is what gangs do to build their reputation.

So I don’t think the men who killed the Charlie Hebdo workers did it because they were offended by vulgar cartoons.

But do let us talk of Charlie Hebdo because I want to argue for more satire in our world. Among my favourite Charlie cartoons, the one with a prophet or a god crying because it is so, so hard being adored by asses. The one where a god organizes a supper as in the movie Dinner for Schmucks (Dîner des cons) with religious organizations as the guests. Coluche, the comedian who launched soup kitchens in France, making a soup of politicians because he despairs of soup kitchens. Two terrorists with “bomb” belts facing each other: the Israeli’s belt is new housing for Jerusalem, the Palestinian’s belt is bombs.

What is offensive is not the Charlie Hebdo cartoons but the world they denounce.

No one should be able to yell Fire! in a crowded theatre nor advocate killing. Limits to freedom of expression protect from potential harm. Apart from that, we must be able to say what we want. We may be shunned for it, but we should not be killed or arrested. Lire la suite

Pourquoi Charlie Hebdo est important

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie Nouvelle le 21 janvier 2015.

Je me souviens, lors d’une conférence internationale en France, avoir entendu des interventions spontanées éloquentes de quelques participantes venues de pays du Tiers monde disant qu’elles ne voudraient pas vivre dans une société offrant autant de libertés que les « pays de l’Ouest ». La liberté faisait peur. Elles disaient se sentir plus en sûreté vivant sous des lois étatiques et religieuses contraignantes. Leur éloquence ne m’a pas convaincue mais j’ai compris. J’ai compati. Elles ont également parlé éloquemment des bénéfices de la polygamie : elles y gagnaient des sœurs et elles obtenaient de la relève et de l’aide avec le soin de l’homme. Cette discussion il y a des décennies, bien que non convaincante, m’a été une leçon de relativité et d’humilité.

Je m’en suis souvenue après l’assassinat des associés de Charlie Hebdo lorsque quelques commentateurs ont voulu dire que Charlie Hebdo n’aurait pas dû exercer sa liberté d’expression avec autant de vigueur.

La liberté nous fait peur aussi. Elle comporte des risques. Pas autant que l’alternative, rappelons-nous.

Ce serait criminel de blâmer même un peu Charlie Hebdo et ce serait tragique si on tire de ce massacre une leçon de retenue, de ne pas dire ce qui doit être dit par crainte d’offenser.

Ce n’est pas parce que Charlie Hebdo est source de vérité ou qu’il est exemplaire qu’il faut protéger son droit de faire ce qu’il fait. C’est parce que le droit de pouvoir tout dire est important à notre bonheur. Tout dire en tout temps n’est pas recommandé et comporte ses risques – on sera exclu de bonne compagnie par exemple (mais on ne devrait pas être tué ou arrêté). Mais si nous, petites gens, acceptons des limites à notre liberté d’expression qui s’éloignent du strict nécessaire pour éviter les torts potentiels, nous serons certains de le regretter, comme l’histoire nous le dit. La dénonciation, y compris par la satire et le ridicule, c’est utile quand tu as peu de pouvoir.

Les gouvernements et les religions examinent s’ils ont à agir suite à ce genre de tuerie. Nous avons à agir également : protéger notre droit à la parole, à la satire, au ridicule, au blasphème même. La propagande institutionnelle – quelle qu’elle soit de la part de ceux qui veulent notre travail, notre argent, notre âme, notre docilité – a la vie trop facile. «Le ridicule est une puissante barrière contre les extravagances des sectaires », disait Voltaire.

Accorder du crédit à l’idée que les tueurs n’ont fait que réagir à l’offense faite à leur foi, c’est comme croire le violeur qui dit qu’il a été provoqué. La « raison » des tueurs était sans doute plutôt pour radicaliser d’autres personnes ou faire vibrer leurs collègues, ou simplement parce qu’ils sont membres d’une organisation criminelle et c’est ce que font ces gangs pour forger leur réputation. L’usage abusif des dieux, ce sont les intégristes et les idéologues qui le font, pas les Charlie Hebdo.

Si Charlie Hebdo n’est pas un summum, il est quand même un intervenant intéressant pour les gens ordinaires. Parmi mes caricatures préférées de Charlie Hebdo, celle du dieu ou du prophète qui pleure qu’il est dur, dur d’être aimé par des cons. Celle d’un dieu qui organise un repas du genre du film Le Dîner des cons avec des organisations religieuses comme invitées. Celle où le défunt Coluche, crédité pour avoir lancé les soupes populaires Restos du cœur, fait une soupe avec les politiciens parce qu’il en a ras le bol des soupes populaires. Les deux terroristes qui s’affrontent avec des ceintures à « bombe”, l’un israélien dont la ceinture contient des nouveaux logements pour colons en Jérusalem et l’autre Palestinien avec une ceinture d’explosifs.

Disons que ce n’est pas ces caricatures qui sont le problème mais le monde qu’elles dénoncent.

Women become adults in New Brunswick

A slightly different version of this text was published by the CBC NB website on November 28, 2014.

New Brunswick women would have had better access to abortion a long time ago if:

  • Canada still had standards that provinces had to respect in order to receive funding for health services;
  • Then-premier Frank McKenna had had the ovaries to protect women’s rights;
  • McKenna had not set the tone for the next 25 years with his, ‘I’m the sheriff here’ response to the Supreme Court of Canada decision on abortion in 1988 and Dr. Henry Morgentaler’s clinic services;
  • The Charter of Rights and Freedoms had a mechanism to put into place access to its theoretical rights;
  • The anti-choice people did not scare the bejesus out of you, me, civil servants, politicians, health professionals and media;
  • New Brunswick politicians had acted as if they knew their role is to ensure respect of citizens’ rights — even those rights and those citizens they do not like;
  • The world was not so obsessed with women’s sexuality and morals;
  • A New Brunswick woman with means had ever not had access to an abortion and gone to court to challenge the political criteria for that medical procedure.

None of those things transpired, so Premier Brian Gallant was the one who will go down as having changed things up – the one to end New Brunswick’s guardianship system over pregnant women and to grant them full adult status in decisions regarding their body.

Yesterday’s announcement by Premier Brian Gallant was welcome, abolishing the McKenna regulations that had recreated the obstacles that had been banned by the Supreme Court.

Brian Gallant should get much credit, but save some of it for those feminist groups, some who worked clandestinely, over several decades.

The closing of the Morgentaler clinic also contributed to creating the necessary conditions, but the times were generally ripe.

In fact, part of the credit for creating the favourable conditions for this announcement should go to the religious opponents who did not evolve with the times, and the Conservatives who hardened into fundamentalists on this issue – both seemed increasingly unreasonable to normal people.
(This reminds me of author Elspeth Tulloch’s comment, in her book on the history of New Brunswick women, about how long it took for our right to vote to be recognized, “The anti-suffragists in New Brunswick were indeed beginning to look ridiculous by the spring of 1917.”) Lire la suite

Le premier ministre de l’égalité des femmes

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle le 20 novembre 2014.

Le premier ministre Brian Gallant est ministre responsable de l’égalité des femmes. C’est un retour à la pratique originale au Nouveau-Brunswick de donner la responsabilité de ce dossier au premier ministre.

Lorsque cette nouvelle fut annoncée, quelqu’une a gazouillé, « Un homme ?!? » Ma réaction a été, « Je préfère que le ministre responsable de cette question soit le premier ministre – et j’aimerais bien également que le premier ministre soit une femme ». Le dossier de l’Égalité des femmes gagne en importance du fait qu’il repose au bureau du Premier ministre. Cette attribution est également justifiée du fait que l’instauration de l’égalité requiert une approche transversale en raison du nombre de domaines concernés.
Le premier ministre a dit que son choix d’avoir cette responsabilité démontre que la question de l’égalité des femmes sera au premier plan de ce gouvernement.

La première question dont il doit traiter, puisque qu’il avait dit qu’il en traiterait « rapidement » s’il était élu, est d’identifier les obstacles à l’accès au service d’avortement et de les abolir. La fenêtre de « rapidement » se ferme. Heureusement, la solution est simple. Il n’a qu’à abolir les critères politiques pour cette intervention médicale et qu’il assure que l’avortement, comme toute intervention médicale, soit accessible du fournisseur le plus approprié dans le cadre le plus approprié.

Ce qui va prendre plus de temps sont les questions connexes. Toutes ces questions reliées à la santé de la reproduction que le Nouveau-Brunswick néglige, et paie cher, tels les taux élevés de mères adolescentes, les services de sage-femme et les services de santé sexuelle. Si la santé de la reproduction comprend aussi la possibilité d’avoir le nombre d’enfants qu’on souhaite, je suis d’avis que des services abordables et de qualité pour la garde des enfants est une question qui relève de la santé de la reproduction, mais je reconnais que l’argument plus convaincant pour ce genre de service est leur effet de stimulant économique.

Le premier ministre devra également régler le cas de l’agence invisible « Voix des femmes », créée in extremis par le gouvernement précédent pour faire oublier son abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme. ‘Voix’ ne s’est prononcé sur aucun dossier, bien que les neuf mois depuis la nomination de ses membres ont été débordants de dossiers de première importance aux femmes du Nouveau-Brunswick. Monsieur Gallant préférera peut-être une option autre que ‘Voix’ – il est certainement raisonnable de douter de l’autonomie de ‘Voix’ et de son habilité à s’occuper des questions d’importance aux femmes.
Le premier ministre devra également corriger les failles flagrantes de la méthode utilisée depuis sept ans pour le calcul des ajustements relatifs à l’équité salariale. Faites-le correctement ou ne le faites pas du tout. Lire la suite

Who you gonna call when you need an ambulance?

This commentary was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on November 1 2014.

It is mindboggling to me that New Brunswick taxpayers frequently cannot get service in their official language and there’s no outrage by politicians, no shame, no change.

On the other hand, and in the spirit of fairness, I do acknowledge everyone is able to pay their taxes in their language. That is not lost on me.

But call an ambulance or get health services in your language? Don’t count on it.

Of all things, emergency services should be bilingual. In times of panic, who can even remember how to yell for help in another language, let alone describe symptoms?

In New Brunswick, no one should even have to, if they speak one of the official languages.

The owner of a daycare called 911 when a child was having difficulty breathing. The three ambulance attendants who responded were unilingual in a language other than hers and the child’s. The owner relied on her teenage son to act as an interpreter.

A clinic called 911 for an immediate transfer to a hospital of a woman who had gone there. The two ambulance attendants who arrived could not communicate with the patient or her spouse.

A man felt discomfort while at a restaurant and an ambulance was called. None of the three ambulance attendants could speak the language of the patient and his family.

A woman dialled 911 while her brother was having a hypoglycemic attack. The two ambulance workers who arrived were unilingual in the language that the patient does not speak.

A woman received a call in the night from her sister who said she could hardly breathe. She called for an ambulance and raced to her sister’s home. She was prevented from going to her sister’s side. A firefighter was acting as interpreter, since no ambulance attendant could speak the patient’s language. It was noted that the firefighter, not being a real interpreter, was unable to translate certain terms.

A man found his wife on the kitchen floor, called 911 and was soon met by four firemen and two unilingual ambulance attendants who started work on her. An attendant asked him a question, which he did not understand. Asked repeatedly the same unintelligible question with increasing urgency, with precious seconds passing, the husband says “Yes!”. The 56-year old woman is transported to hospital and dies. The husband, in shock, accosts the attendant to ask, “What did you ask me earlier?” Not important now, was the answer. A nurse comes to calm the situation and tells him the question was whether his wife left instructions that she should not be resuscitated. The widower believes she could not have been resuscitated, which the autopsy confirmed, but says New Brunswick is playing with lives.

Just a few incidents of the last five years. The last one is still under investigation but the others have been confirmed.

Does anyone not survive the inadequate communication capacity of Ambulance NB? If you don’t have someone with you when you call an ambulance, who knows? Lire la suite

Do you like your politics same-sex or opposite-sex?

This commentary was first published in the New Brunswick Telegraph Journal October 6, 2014.

Now is the time for all good men to come to the aid of their party to fix the problem that the party is mostly men. Good men but hey, there’s stuff you haven’t lived, and this is not a same-sex democracy. And frankly, some of you are there because you are men.

Now is the time to change things, early in a new government term. The tradition is to wait until just a couple of months before a provincial election, and reporters ask you whether there will be more women running for your party, and you say, we really, really want more women. Then, it’s too late. And you can’t say that anymore. You’ve been saying that since 1935, when New Brunswick women were first allowed to run as candidates. It’s old. Psychiatrists have a word for people who do the same thing over and over and expect different results.

This is not a same-sex democracy, so your party needs women. Fortunately, there are a lot of good women. Many of them are looking at you, not impressed. And fortunately, it is possible for parties to become more diversified – all the other provinces are doing better than New Brunswick, as are most countries.
Political parties are gatekeepers to the Legislature, plus they receive significant public funding, so they have a responsibility to act, and we have a responsibility to demand it.
However, it’s not just a party problem. The government has the main responsibility to act, especially since the New Brunswick legislature is spectacularly lacking in diversity. Before last month’s election, about 90% of the seats were occupied by men. Now it’s 84%. In the past, it’s been as low as 82% male. It goes up and down like that, from tragic to marginally less pathetic.

The government has a responsibility to enhance democracy. I mean, who deserves 84 percent of the seats when they are 49 percent of the population? If you think our Legislature has so many males because candidates are chosen on merit and women don’t make the grade, then let me doubt that your female ancestors are proud of you, and that you really value democracy. And I’ll bet you’ve never sat in on the goings on at the Legislature. Lire la suite

Murder-suicides are none of our business?

A modified version of this text was published in the NB Telegraph Journal of Sept. 26, 2014 (without the list of murderers and victims).

We think that much has changed for battered women – and it’s true that doctors and most clergy will no longer tell her to go back home and try harder to be a good wife, and police will not rebuff her by saying her assault is a private matter. And yes, some victims can now find a refuge to run to.

But that is far from the feminist dream of ending violence. We don’t end anything by merely helping victims. Sometimes we perpetuate.

There is even a type of violence against women that remains a private matter. Murder-suicides.

New Brunswick has the worst rate of murder-suicides in Canada. If you did not know that, it’s not surprising. To know that, you would have to read news briefs, where you regularly learn that another man shot his partner – the most frequent scenario – then killed himself. Police announce they are investigating two deaths (unless there were also children killed) and that they are not looking for any suspects. A few days later, police confirm, following the autopsy, that it was a murder-suicide and that, at the request of the family, other details – names, who killed whom, history, etc. – will not be made public. Those grieving families deserve our consideration, but this is not a private crime. Public interest requires that we know that it happened, or else no one will care, no one will be outraged, nothing will change. It also requires that we know what happened in order to avoid future cases, especially if you have the worst rate of murder-suicides in the country.

There was a time when families did not want the battered wife and mother to lay a complaint. Eventually, we realized that it was in everyone’s interest, especially wives’ and mothers’, to treat assault of women as a crime.

If they could, would victims of murder-suicides say something different than grieving families say?

When a spousal murder is not followed by a suicide, we don’t worry about the fact some grieving families don’t like to see their issues in the media, because we still have to concern ourselves with justice and the public interest.

Setting aside the long list of women in New Brunswick killed by a partner who doesn’t then commit suicide, let us limit ourselves to murder-suicides in New Brunswick since 2010. Lire la suite

Women’s jobs are paid too much?

* This commentary was pubished in the New Brunswick Telegraph Journal on September 17, 2014.

Home support workers in New Brunswick were happy to hear that they will be getting an increase thanks to the pay equity evaluation that the provincial government launched in 2006 and finished recently. That evaluation concluded that home support workers were getting $2.15 less per hour than they should have been. They will soon be getting what pay equity determines the job should be paid.

Or will they?

The New Brunswick pay equity evaluation was undertaken after much lobbying, over decades, by workers, women’s groups and unions.

But usually, in other jurisdictions, there is public debate, legislation, and an independent body directing how to do pay equity properly. How did we ensure that government did pay equity evaluation properly?

In New Brunswick, it seems governments just got ‘something’ done any old way.
Workers in home support, child care, transition houses and community residences had their job descriptions examined under the recent pay equity evaluation.
The results were astounding.

In this in-house government process, which went on under two governments, from 2006 to 2014, only four out of the dozen or so job categories studied were found to deserve significant pay adjustments. Three of those four were being paid close to minimum wage levels. (Thank you for minimum wage levels.)

Home support workers were lucky to be among those few who deserved something, eventually bringing their hourly pay to $13.15. Workers in child care centres responsible for special needs children were also found to be underpaid – by $2.52 per hour: their hourly wage will eventually be $12.52. Caregivers in adult community residences were found to be underpaid by $2.85 per hour, eventually bringing their wage to $14.80 per hour. Supervisors of adult caregivers, underpaid by $0.83 per hour, will eventually have an hourly wage just over $16.

But the astounding part was that the government concluded that the pay of most female-dominated jobs it examined was excessive. Administrators in the child care sector are paid $2.16 per hour too much. Support workers in transition houses are being paid $2.21 per hour too much, and outreach workers in transition houses, $5.39 per hour more than they are worth.
These jobs are paid less than similar jobs in other provinces, yet they are being paid too much? But New Brunswick’s cost of living is not significantly lower than the average across Canada.
The governments’ “made in New Brunswick” pay equity results seemed odd to me. They seemed odd to the New Brunswick Coalition for Pay Equity, too, so they asked distinguished economist and pay equity expert, Ruth Rose, of Montreal, to look at how our provincial government had done the pay equity evaluations.
A few months later, Ruth Rose reported back:

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Les emplois traditionnellement féminins… trop payés ?

Ce texte a été publié dans l’Acadie Nouvelle le 16 septembre 2014.

Les travailleuses des services de soins à domicile au Nouveau-Brunswick étaient heureuses d’apprendre qu’elles recevront une augmentation de leur salaire grâce à l’évaluation d’équité salariale lancée par le gouvernement provincial en 2006 et complété récemment. Cette évaluation a conclu que ce personnel était payé 2,15$ moins que ce qu’elles devraient recevoir. Elles recevront bientôt ce que l’équité salariale a déterminé est la vraie valeur de leur travail.

Mais est-ce vrai ?

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick accepta d’entamer l’évaluation d’emplois après de nombreuses années de pression des travailleuses, des groupes de femmes et des syndicats.

Dans d’autres juridictions, un tel exercice est d’habitude encadré par une loi et effectué par un organisme indépendant ayant une expertise dans l’équité salariale. Comment a-t-on assuré que l’évaluation faite ici a été faite correctement ?

Il est permis de craindre le pire.

Les emplois dans les soins à domicile, les services de garde d’enfant, les maisons de transition et les résidences communautaires ont été examinées et une évaluation de l’équité salariale effectuée.

Les résultats étaient étonnants.

L’exercice, fait à l’interne sous deux gouvernements de 2006 à 2014, a conclu que seulement quatre de la douzaine de postes méritaient une augmentation. Trois de ces quatre emplois recevaient à peu près le salaire minimum. Une chance qu’on a des niveaux minimums.

Le personnel de services de soutien à domicile était chanceux d’être de ces rares qui ont eu quelque chose de ce processus, et que leur salaire horaire sera bientôt 13,15$. Le personnel responsable des enfants avec des besoins spéciaux dans les services de garde a eu droit à une augmentation de 2,52$ l’heure, faisant passer leur salaire à 12,52$. Les fournisseurs de soins aux adultes dans les résidences communautaires ont eu droit à une augmentation de 2,85 $, faisant passer leur salaire à 14,80$, et leurs surveillantes auront droit à une augmentation de 0,83 $.

Mais le plus étonnant était que le salaire de la plupart des postes à prédominance féminine est excessif selon cet exercice. Les administrateurs dans le secteur de la garde d’enfants percevraient 2,16$ l’heure en dessus de la valeur de leur poste ; les travailleuses de soutien dans les maisons de transition, 2,21$ en trop ; et les travailleuses d’approche dans les maisons de transition, 5,39$ en trop.

Les salaires de ces postes sont plus faibles ici que dans les autres provinces, mais nos travailleuses sont trop payées ? Alors que le coût de la vie ici n’est pas sensiblement inférieur à la moyenne canadienne ?

La méthode « faite au Nouveau-Brunswick » pour calculer l’équité salariale a semblé bizarre à la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, qui a donc demandé à l’économiste de renommée et experte en équité salariale Ruth Rose de Montréal d’examiner la méthode utilisée par notre gouvernement. Lire la suite

Tele-care or Dial-a-prayer?

A slightly modified version of this text was published by the N.B. Telegraph-Journal on July 28, 2014.

The subject is abortion but the most important thing has little to do with abortion.

New Brunswickers learned in June that the popular information service of the provincial Department of Health, Tele-care (811), has a policy to direct to NB Right to Life anyone who doesn’t have a family doctor and is seeking an abortion.

Call me naïve, but I thought the Dracula effect – shedding light on evil – would end it. But they are still doing that, I had occasion to call them recently.

Tele-care does not direct these women to walk-in clinics, nor to the government’s own sexual health centers, nor to the registry for persons without a family doctor that Tele-care maintains for the government, nor to the two hospitals which perform some abortions. Tele-care directs them instead to that faith-inspired organisation dedicated to the idea that you will not have an abortion, and ready to tell you whatever it takes to stop you. It would be less dishonest if Tele-Care simply told those women that they cannot have an abortion and so, here is the number to contact to give up your baby for adoption.

I don’t think we appreciate the importance of this policy of deceit – the breach of trust between citizen and government, and between health professional and patient. If a government can set aside its sacred duty to serve all objectively, in order to advance a biased view, showing contempt for rights, especially our right to be able to depend on government information, well sir, then this is a race to the bottom: Be … fundamentalist … in this place.

Is this a cost-saving measure? If you give garbage information when someone asks you a question, they won’t come back. Is it righteousness gone wrong? Is it bullying? It is for a fact disrespectful, discriminatory and irresponsible.

I know this case involves only women who are looking for an abortion, and that it is acceptable and easy to bully or put down these particular women. The public harassment in front of clinics and hospitals (and in hospitals) where they go for the service is organized, systematic and well tolerated here.

It’s only these women, but still. Tele-care is failing in its responsibility. Hello, Dial-a-prayer. You have rheumatism? Try a few prayers to Saint James, or here’s the number of a faith healer. You’re anemic and may need a transfusion? Here’s the number for Jehovah’s Witnesses.

Should battered women expect to be told they need to be in contact with men’s rights organizations to see their point of view? You’re calling to report you didn’t get service in French? Here’s the number for the Anglo Society – work it out.

And what about those “registered nurses” responsible for Tele-care who answer patients’ requests for help. What about that code of ethics? What does the profession have to say about having to read a political script? You have a health question? Here’s political propaganda. You want a health procedure? Here’s a number for a political-religious procedure.

A government ordering health professionals to wilfully mislead citizens …
Just thought we should note our passage to a state one degree closer to fundamentalist rule.

Télé-soins ou Télé-saints ?

Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 26 juillet 2014.

Le sujet est l’avortement mais le plus important a peu à voir avec l’avortement.

On a appris en juin que le service d’information du ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick, Télé-soins (811), dirige vers N.B. Right to Life tout appel de femme sans médecin qui cherche un avortement.

Il ne la dirige pas vers une clinique sans rendez-vous, ou vers les centres gouvernementaux de santé sexuelle, ou vers le registre que maintient Télé-soins pour personnes sans médecin, ou aux deux hôpitaux de la province qui pratiquent l’avortement. Il la dirige plutôt vers ce groupe d’inspiration religieuse voué à l’idée que tu n’auras pas d’avortement, et qui prendra tous les moyens pour t’en empêcher. Ce serait moins malhonnête et cruel si Télé-soins répondait à ces femmes qu’elles ne peuvent pas avoir d’avortement et donc voici les numéros où communiquer pour donner l’enfant en adoption. Les appels en français à Télé-soins sont également orientés vers le service unilingue anglais de NB Right to Life, sans préavis dans mon expérience. Mais ça, c’est peut-être une chance, pas un passe-droit.

Je suis convaincue que nous n’apprécions pas l’importance de cette politique de tromperie – l’importance du bris de confiance entre citoyen et gouvernement, entre professionnel de la santé et patient. Si un gouvernement peut abuser de son rôle auprès des citoyens afin de promouvoir un point de vue biaisé ou religieux, aux dépens des droits des citoyens, dont le droit de se fier à l’information donnée par son gouvernement, eh ben, la société dégringole vers le bas.

Être … intégriste…, ici on le peut.

Je sais que ce cas n’implique que des femmes qui veulent accès à l’avortement et qu’il est acceptable et facile d’intimider ou de s’en prendre à ces femmes. Le harcèlement public devant les cliniques ou les hôpitaux où elles se rendent pour l’intervention est organisé, systématique et bien toléré.

Ce ne sont que ‘ces femmes’, mais quand même. Télé-soins manque à sa responsabilité. Bonjour, ici Télé-saints. Tu as des rhumatismes? Essaye une prière à Saint-Jacques le Majeur. Tu es anémique et tu contemples une transfusion sanguine ? Voici le numéro des Témoins de Jéhovah.

Et que dire au sujet des « infirmières immatriculées » responsables de ce service qui répondent ainsi aux demandes d’aide? Que dire de leur code d’éthique ? Tu demandes un conseil de santé ? Voici une propagande politique. Tu veux une intervention de santé ? Voici une intervention politico-religieuse.

Un gouvernement ordonne à des professionnels de la santé de tromper volontairement les citoyens.

Il me semblait qu’il fallait remarquer ce passage à un état un degré rapproché à l’intégrisme.

New and invisible

This column first appeared in the New Brunswick Telegraph Journal of July 19, 2014.

If you’re a small-c conservative government of the sort that New Brunswick perpetually has, what could be better than getting rid of an independent agency concerned with something you don’t give a farthing about – say, women’s issues? Getting rid of it and then coming back with a toothless version that you can still point to – such as at election time.

Even better than that would be if the media were to buy into that sleight of hand.

In 2011, Premier David Alward abolished the Advisory Council on the Status of Women, but then, due to the protests, promised a new version of an independent body on women’s issues. Finally, in 2013, the government announced it was creating « Voices of New Brunswick Women Consensus-Building Forum”, and, just over five months ago, appointed its 15 members.

However, to date, this new agency cannot be contacted by phone, email, or social media. It has no office, no staff, and, to my knowledge, has yet to be heard on any issue. Not abortion, not the feminist issues that should be part of the upcoming provincial election, not the treatment of prostitutes or prostitution law, not pay equity, not aboriginal women, not the many cases of violence against women, not International Women’s Day nor Mother’s Day. Neither has it said anything about its mandate, its vision, its resources and its independence.

So, unless this new “agency” does something worthwhile, soon, are we to conclude that government took advantage of a situation and replaced the independent Council with an entity so circumscribed and limited in its resources that it will be incapable of ever bothering government?

Here is why I’m not impressed yet: Lire la suite

Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins NB

Mesdames, je viens de composer le 811 de Télé-soins – service téléphonique gratuit, bilingue et confidentiel du gouvernement du N.-B. « où des infirmières immatriculées…  » – parce que je devais trouver où référer quelqu’une qui veut un avortement mais trouve difficile pour l’instant de faire face à la bureaucratie d’un avortement au N.-B.
Je m’identifie et leur présente la situation.
On me dit de dire à ma femme d’aller à son médecin de famille.
Ouain ben, elle est une de celles-là qui n’en ont pas, de pro-choix au moins.
Oh, laissez-moi lire les nouvelles consignes. Bon, voici les numéros où la référer, Madame : 1-866-980-2273. Ou puisque tu es à Fredericton, 459-5901.
Merci.
Je compose.
NB Right to Life. Hello.
Sorry no one speaks French.
Sûrement…, l’autre numéro…
NB Right to Life. Hello
Sorry no one speaks French.
Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins : si je téléphone avec une question ayant affaire à mon arthrite, vous me donnez le numéro d’un guérisseur religieux ou d’un médecin ?

Une amie vient de me rappeler qu’il y a des centres de santé sexuelle au N.-B. Pourquoi vous ne me référez pas là? Au moins on se serait débarrassé de moi en français.
http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/ministeres/bmhc/maladies_transmissibles/content/centres_de_santesexuelle.html

Pour en finir avec l’avortement

Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte.
La clinique Morgentaler ferme aujourd’hui à Fredericton. Même celles de nous féministes qui s’opposent à des services privés dans le secteur de la santé reconnaissent que cette clinique a rendu service dans notre contexte. Si le service d’avortement n’est pas accessible, c’est nous qui décidons et pas la femme enceinte.
Si McKenna n’avait pas fait son shérif, donné le ton et déclaré la guerre à la clinique, si les autres politiciens, alors et depuis, n’étaient pas épeurés jusqu’à en perdre l’esprit, si le gouvernement du Nouveau-Brunswick veillait au respect des droits, même ceux qu’il n’aime pas, si les tactiques des anti-choix ne faisaient pas si peur à moi, toi, aux journaux Irving, aux politiciens, aux médecins, aux fonctionnaires, si le Canada avait des normes pour l’accès aux services de santé, si le monde n’était pas si obsédé par la vie sexuelle et morale des femmes…
Si tu adoptais une tactique des fanatiques anti-choix et communiquait – en privé ou en public – avec les candidat-e-s de ta circonscription à l’élection provinciale qu’il va y avoir dans 2 mois, pour lui dire que tu veux que cette question soit résolue et que les femmes aient accès aux services publics de santé pour cette intervention.

La gestion des causes incommodes*

Si tu es un gouvernement conservateur avec un petit c, comme l’est celui du Nouveau-Brunswick depuis des lunes, plutôt qu’abolir un conseil indépendant sur une cause ‘incommode’ – disons par exemple la condition de la femme – il vaut mieux l’abolir puis en recréer un qui n’en est pas un, mais qui est là pour être paradé au besoin, par exemple quand il y a une élection.

Et même encore mieux que ça ? Ce serait que les médias reprennent et répètent ce que dit le gouvernement – qu’il a ‘remis les choses en place’.

L’éditorial de l’Acadie Nouvelle du 24 juin 2014 disait au sujet de l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick en 2011 par le gouvernement provincial : « À peine deux ans plus tard, le gouvernement Alward annonçait qu’il financerait un nouvel organisme, Les voix des femmes du Nouveau-Brunswick. Ses preuves restent encore à faire, mais sa simple existence reste une belle victoire pour toutes les Néo-Brunswickoises… » et «En l’espace d’un mandat, le gouvernement a plié. »

Et si le gouvernement n’avait pas plié, mais avait plutôt saisi l’occasion des protestations pour finaliser la disparition d’une voix indépendante en installant une entité si encadrée, si circonvenue et si limitée dans ses ressources qu’elle ne peut plus incommoder le gouvernement ?

En tout cas, voici pourquoi je dis qu’il est trop tôt pour dire Brava :

Voix des femmes a été annoncé il y a plus d’un an, et les membres ont été nommées il y a cinq mois. Mais l’agence n’est toujours pas accessible par téléphone, par courriel ou par les médias sociaux, n’a ni employées ou bureau, et ne s’est pas prononcé sur un dossier à ma connaissance. Ni l’avortement, ni les femmes en politique ou les enjeux féministes de l’élection provinciale de cet automne, ni le traitement des femmes prostituées ou les lois sur la prostitution, ni l’équité salariale, ni les femmes autochtones, ni les taux élevés de violence faite aux Néo-brunswickoises, ni la journée internationale des femmes ni la fête des mères. Rien non plus sur son mandat, sa vision, ses ressources et son indépendance.
Le Conseil consultatif était un organisme créé par une loi adoptée par l’Assemblée législative.
Voix des femmes n’a ni loi, ni ordre en conseil, ni mandat connu.
Le Conseil était mandaté par la loi de porter à l’attention du public et du gouvernement les questions d’intérêt aux femmes, de recommander des lois et des politiques, d’assurer la collecte, l’étude et la diffusion d’information, et de favoriser le réseautage entre les organismes féminins.
Nous n’avons qu’un communiqué de presse gouvernemental, mais Voix des femmes doit « promouvoir l’égalité des femmes et des filles et améliorer leur vie ».
Le Conseil consultatif contrôlait près de 600 000 $ par an en fonds et accès à des services.

Selon les communiqués, Voix des femmes a peut-être accès avec des conditions non dévoilées à 200 000$ en argent et en services.

Laissez-moi rêver un instant : Voix des femmes pourrait déclarer qu’il opère sous la Loi créant le Conseil consultatif sur la condition de la femme ou une loi semblable, et attend que le gouvernement – celui-ci ou le prochain – confirme leur nomination en vertu d’une telle Loi. Il pourrait également mettre ses critères pour son indépendance : un mandat clair et connu qui comprend l’autorité de rendre public ses avis, le pouvoir de choisir ses activités, ses priorités et ses recommandations et de décider de la dépense de son budget, et le contrôle de l’embauche et la direction de son personnel. Si elles n’ont pas tout ça, le gouvernement peut cesser de dire que Voix est indépendant.

Les membres de Voix des femmes sont 15 Néo-brunswickoises, représentantes de groupes ou individus, nommées par la ministre. Elles sont d’excellentes nominations. L’organisme serait-il pris dans un piège par le dévouement de ses membres à la cause de l’égalité – un dévouement exploité ? ‘J’ai été si bas tellement longtemps, que cela ressemble à une remontée?’ Sinon, pourquoi le silence alors que les Néo-brunswickoises font si pauvre figure dans tant de domaines, au Canada pour commencer ?

Ces dernières décennies, plusieurs gouvernements provinciaux auraient aboli le Conseil consultatif s’ils avaient pu. Année après année, le Conseil maintenait des positions tannantes pour des gouvernements tannés des positions féministes. Le Conseil maintenait sa position pour l’accès à l’avortement et aux contraceptions, même d’urgence; il insistait que les questions féministes ne se confinent pas au domaine social mais ont affaire aux réformes économiques, fiscales et électorales, et que l’équité salariale était une question de droits humains, non pas des mots à éplucher dans une plateforme électorale.

Sais-tu à quel point un tel Conseil peut être agaçant et menacé dans un système politique comme nous avons ?

C’est pourquoi moi, avant de dire Brava !, j’exige que Voix des femmes fasse quelque chose, n’importe quoi, qui met l’intérêt des femmes au Nouveau-Brunswick en premier.

Le dénouement dépend en partie de David Alward, de la ministre Marie-Claude Blais, des co-présidentes Kim Nash-McKinley et Phylomène Zangio, des membres individuelles Kyla LaPointe, Noëlla Richard, Paulette Sonier Rioux et Stéphanie Beaulieu, et des représentantes du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, du YWCA de Moncton, du Urban Core Support Network, du Sussex Committee for the Prevention of Family Violence, du Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Fredericton, du UNB Women’s Studies, de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, et de l’Association des CBDC du Nouveau-Brunswick.

En fait, le dénouement dépend de l’ensemble des femmes du Nouveau-Brunswick.

Mieux un vide qu’une fiction.

*Ce texte a été d’abord publié dans l’Acadie Nouvelle du 14 juillet 2014.

Une chance qu’on a les pauvres

Le Nouveau-Brunswick a un deuxième plan pour réduire la pauvreté. Il est audacieux : il reconnaît ouvertement qu’il n’est pas important de réduire la pauvreté, il suffit d’avoir un plan qui parle de la réduire. En fait, il suffit de faire une liste des choses que les gens t’ont dit qu’ils aimeraient. Parce que les rencontres avec les gens, ça il y en a en masse. On aura brûlé une génération de personnes qui veulent le changement avec tout ça …
Quelles mesures nous permettront de savoir qu’on a atteint les objectifs ? Ça c’est une question pas gentille et tu n’as évidemment pas bu assez de l’eau du puits. Parce que c’est la pensée qui compte. Il est important de rencontrer des personnes vivant dans la pauvreté, donner quelques montants pour des projets et ainsi atteindre les vrais objectifs de cet exercice: satisfaire les politiciens qui veulent quelque chose à faire miroiter afin d’« éloigner de moi cette coupe », combler les non pauvres qui souhaitent que la pauvreté leur soit rendue plus tolérable, et acheter la coopération des associations oeuvrant avec les affligés de la pauvreté qui vivent de miettes et ne peuvent être blâmées de vouloir survivre.
Des objectifs qui semblent adéquats pour tenir en vie cet exercice de misère que le Nouveau-Brunswick a entamé, bien que les médias et certains politiciens dans l’opposition laissent voir un certain désenchantement avec cette dernière sortie de la société de la couronne de la pauvreté.

Y’a une photo qu’il faut tu vois

Mais avant, dis-moi qu’est-ce qu’on fait quand quelqu’un veut se faire appeler quelque chose, mais il ne l’est pas, cette chose? Tu veux être respectueuse mais tu respectes la vérité aussi … Tsé, quand la province du Nouveau-Brunswick veut se faire appeler bilingue, mais tu peux pas appeler Ambulance NB en français. Ou quand Irving veut qu’on sache qu’il plante des forêts alors que tu sais que ce sont des plantations. Ou si Stephen Harper voulait que le nom de son parti revienne à ‘Progressiste conservateur’ !

Que faire.

En tout cas. Ceux-autrefois-appelé-pro-vie, mieux connu comme les zélés, ont tenu une procession devant le Parlement à Ottawa cette semaine. Dieu y était, selon leur dire. En tout cas, il y avait du monde, avec leurs enfants et des pancartes de photos de fétus ensanglantés.

Surgit alors une femme pas d’accord avec eux.

Une Femen, ce groupe de femmes qui utilisent les atouts qu’elles ont pour revendiquer des changements. (Elles se dénudent.)

Voyez la photo.

 Image

Photo : Tony Caldwell, Ottawa Sun

On peut dénigrer et harceler les femmes en public, montrer aux enfants des photos de chair ensanglantée,… mais des seins, quelle horreur. Cachons les yeux des pauvres enfants.

Les Femen sont bonnes pour nous montrer plus que ce qu’elles pensaient montrer.

 

Si tu crois que les temps sont durs…

S’attendre à l’équité salariale alors que le Nouveau-Brunswick fait face à des temps durs, est-ce raisonnable ? Nous qui revendiquons l’équité salariale recevons à l’occasion les expressions indulgentes de gens qui semblent penser, « Ce n’est vraiment pas le moment de demander pour plus. D’accord sur le principe, mais les temps sont durs… »

Si tu crois que les temps sont durs, essaie de vivre avec le salaire moyen des emplois dits de femme. Si tu vis avec une injustice salariale, crois-tu que les temps sont moins durs ?

Les temps ne sont pas durs pour les gros employeurs (les Walmart, Irving, McDonalds, Costco etc) et pourtant ils ont des réductions d’impôts provinciaux*. Des réductions qui ajoutent à la « nécessité » de couper dans les services publics, qui bénéficient justement ceux ayant des faibles salaires. (Ou est-ce que les coupures dans les services sont le but et les réductions d’impôt, le moyen ?) (*Businesses reap big property tax savings under new plan, CBC NB, http://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/businesses-reap-big-property-tax-savings-under-new-plan-1.2610390 )

Si les gouvernements provinciaux successifs du Nouveau-Brunswick avaient parlé et joué franc dans le dossier d’équité salariale depuis le début, nous serions bien plus proches de l’équité.

En 1987, en pleine campagne électorale, les chefs des partis politiques (McKenna, Hatfield et Little) ont participé à un débat sur la condition des femmes. Tous ont promis d’instaurer l’équité salariale. L’élu McKenna, qui n’avait pas voulu spécifier si cela comprendrait le secteur privé (où la grande majorité de nous travaillons), a fait adopter une loi en 1989 touchant les employé-e-s des ministères seulement, « une première phase » qui n’en a pas eu d’autre dans le règne McKenna. Selon un sommaire par le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B., cette loi « a permis de réduire l’écart salarial pour 96% (3 960 sur 4 142) des employées dans des emplois traditionnellement féminins. L’augmentation salariale moyenne était de 1,31 $ l’heure, allant de 12 cents à 5,38 $ l’heure. L’application de la loi en 1994 aux employées de la Partie 2 (conseils scolaires) a mené à des augmentations semblables. »

Le gouvernement Lord qui a succédé a mis sur pied un plan sur cinq ans (2005-10) qui encourageait et aidait les employeurs du secteur privé à instaurer l’équité salariale. Après cette période, une évaluation indépendante devait jauger quel progrès avait été atteint, et si le progrès n’était pas important, le gouvernement devait adopter une loi. L’initiative a été lancée mais les rapports d’étape ont cessé après trois ans et aucune évaluation indépendante n’a été faite après les cinq ans écoulés.

Une loi adoptée par le prochain gouvernement (libéral) ne touche que la fonction publique. Et l’application d’une soi-disant « méthodologie » pour mesurer l’iniquité dans certains postes a « bénéficié » d’un manque de rigueur (pour vous convaincre de mes dires, lisez si ce n’est que le sommaire de ce « Commentaires sur les résultats du programme d’équité salariale du gouvernement du Nouveau-Brunswick dans les secteurs non légiférés », de la Coalition pour l’équité salariale au N.-B., http://www.equite-equity.com/userfiles/file/Brief_2012_pay_equity_3groups_FRE%281%29.pdf ).

Récemment, lors de son congrès des politiques, le Parti libéral du Nouveau-Brunswick a adopté une résolution, qui paraîtra ou non dans la plateforme du parti pour l’élection de cet automne, voulant qu’un gouvernement libéral exige « que les entreprises qui souhaitent faire des affaires avec le gouvernement aient établi l’équité salariale au sein de leur entreprise ».

Forte de l’expérience des actions et tergiversations des dernières décennies, je prédirais qu’une telle clause tel quel n’aura aucun impact – sauf de nuire à la confiance publique dans le concept d’équité salariale. Si « équité salariale » n’est pas définie et qu’aucune certification est prescrite pour vérifier si elle existe ou non, un mécanisme bidon de certification sera créé et même les chameaux passeront dans le chas de l’aiguille…

En politique, je brûle des lampions

Je brûle des lampions pour que Justin Trudeau fassent l’affaire, soit la personne pour la job. Je n’ai jamais été de ce parti, ou d’aucun autre, mais la prochaine élection (prévue pour octobre 2015), notre seule chance de sauver des meubles au Canada – c’est-à-dire sortir les conservateurs – repose sur ses chances de gagner.

Donc je brûle des lampions, ou plutôt je fais l’équivalent pour les athées, je parle toute seule. « Woyons, Justin, ça pu de bon sens, y faut que tu sois paré pi bon, pi que tu gagnes. Es-tu sûre que tu prépares ben ton coup? … »

Si Mulcair avait autant de chances pan Canada, je serais heureuse de lui allumer des lampions et lui diriger mes marmonnements. Mais difficile d’espérer qu’il l’emportera, sauf en coalition.

Il y a longtemps que je vote de façon stratégique, sans honte et pour la bonne cause. Je ne me pose presque plus la question : ton cœur choisirait qui ? Parce que notre système donne trop de pouvoir au premier ministre et trop peu aux députés, on ne peut pas voter que pour un tel candidat. Parce que notre système biaise le résultat du scrutin, on perd son vote si on ne vote pas dans le contexte du probable, c.-à-d., de façon stratégique, pour celui des partis en tête qui fera moins de mal et moins honte et peut gagner.

Dans l’Actualité d’octobre 2011, le chroniqueur, chercheur et futur ministre PQ Jean-François Lisée signait un texte « Comment battre Harper en 2015 ! ». Sa proposition n’est pas très praticable – elle avait de bon qu’elle se terminait en 2020 avec Harper demandant l’asile politique au Texas – mais l’idée d’organiser demeure bonne.

Juchés sur les épaules d’un géant

« Si un individu laissé à lui-même sur une île déserte est incapable de produire un bien donné, alors il ne mérite pas entièrement les bénéfices qu’il peut en retirer sur le marché. »
C’est une citation d’un livre récemment lu qui était de ceux qu’en lisant, on regrette ne pas l’avoir lu plus tôt, et qu’aussitôt terminé, on veut le faire lire par certaines personnes si pas tout le monde. Dans ce cas, il s’agit du livre « La juste part – Repenser les inégalités, la richesse et la fabrication des grille-pains », de David Robichaud et Patrick Turmel, deux philosophes qui en moins de 100 pages, présentent une analyse de ce qui est juste dans la distribution de la richesse et des impôts dans une société avancée, avec un œil sur les libertés individuelles.
Les philosophes devraient se faire entendre plus souvent sur nos questions d’actualité. Si la politique est trop importante pour la laisser aux politiciens, il est ici démontré que l’économie est trop importante pour n’écouter que les économistes sur le sujet. (Il faut admettre que certains économistes ont des interventions semblables, bien que souvent livrées de façon moins compréhensibles).
« Dès notre naissance, nous baignons dans une tradition culturelle qui dépend notamment d’une adaptation à un environnement physique et sociopolitique et a répondu à des besoins collectifs. Nous profitons aussi des connaissances et du savoir-faire des générations passées. Bref, une multitude d’instruments physiques (comme une lance ou un ordinateur) ou symboliques (comme le langage ou la morale) ont permis de rendre la vie individuelle et sociale plus facile, confortable et efficace, et déterminent le genre de civilisation dans laquelle nous vivons et les possibilités qu’elle nous offre. »
Dans un monde où on est censé croire que la seule action possible des gouvernements est de réduire l’impôt des riches (c’est supposément la seule condition sous laquelle ils continueront de jouer avec nous), et les services à la collectivité, il est bon de se rappeler l’apport de cette collectivité et que « la valeur marchande de tous les biens, services ou idées dans les sociétés modernes avancées a une dimension radicalement collective, et ne peut être entièrement attribuée au mérite, aux talents ou aux efforts d’individus ».
Je me permets plusieurs extraits mais encourage la lecture du bouquin au complet. Ce qu’il faut faire pour comprendre la référence aux grille-pains dans le titre. Lire la suite

Y’a plus que la question Morgentaler

Si on va débattre la question de l’accès à l’avortement au Nouveau-Brunswick, voici des points souvent oubliés que j’aimerais ajouter au mélange :

Plan B – Quand tu sais que, vivant au Nouveau-Brunswick, t’aurais probablement pas d’avortement, il devient plus important encore d’avoir accès à la pilule du lendemain (contraception d’urgence, ‘Plan B’ – même affaire). Elle sert dans les 72 heures après que t’as eu des relations sexuelles non protégées – t’as été agressée, le condom a déchiré, t’as oublié de prendre tes anovulants, t’as utilisé des antibiotiques qui ont nui à l’efficacité de tes anovulants ou t’as omis de te protéger. Santé Canada permet aux pharmacies de vendre ces pilules sur les étagères. Icitte au N.-B., nos pharmaciens se mêlent de la vie privée des femmes autant qu’un politicien… Ils pourraient mettre ces pilules sur leurs étagères et les vendre à 20$ – même une ado pourrait se les payer. Mais la dernière fois que j’ai vérifié, ceux qui la vendent au N.-B. la gardent derrière leur comptoir, donc il faut leur demander, répondre à leurs questions, souvent à la caisse ! (« Est-ce que ton cycle menstruel est régulier ? Quand as-tu eu des rapports sexuels non protégés ? » …) et payer des frais de ‘consultation’ (20$, même si t’as 40 ans, t’en es servi plusieurs fois et n’as point besoin de consulter). Y’a pas de controverse dans la pilule, elle ne fait pas avorter, elle prévient la grossesse – si t’es enceinte, ça ne changera pas ton état. Ce sont des hormones similaires aux contraceptifs oraux, administrées à des doses différentes. (Certains pharmaciens au N.-B. refusent par religiosité aiguë de les vendre, comme certains de nos médecins refusent d’aider une femme non mariée au sujet de la contraception.)

Filles-mères – « La baisse plutôt marquée entre 2002 et 2003 dans la proportion des grossesses s’étant soldées par un avortement était accompagnée d’une hausse de la proportion de grossesses se soldant par une naissance, surtout chez les adolescentes plus jeunes. », selon le Bureau du médecin-hygiéniste en chef au Nouveau Brunswick. (www2.gnb.ca/content/dam/gnb/Departments/h-s/pdf/fr/Publications/Indicateurs_sante1.pdfa baisse)
En 2002, l’hôpital ‘anglaise’ de Moncton a annoncé que les avortements n’y seraient plus pratiqués – manque d’appui par le provincial, intimidation des médecins et de l’hôpital par les anti-choix, etc. Alors qu’en 2002 au N.-B., 36 pour cent des grossesses chez les filles de 17 ans et moins se terminaient en un avortement thérapeutique ; en 2003, seulement 18 pour cent.
Suite à la perte du service à Moncton, le Nouveau-Brunswick a connu la réduction du nombre d’avortements la plus importante au Canada. Cette diminution a touché surtout les adolescentes.
En 2006, au tour de l’hôpital Everett-Chalmers de Fredericton d’abandonner la procédure pour un peu les mêmes raisons. Suite à un effort gargantuesque par les femmes et du Conseil consultatif, le gouvernement provincial a éventuellement organisé un accès à l’avortement – à 2 endroits secrets de la province mais c’est à toi d’apprendre où dans les quelques semaines que tu as suite à avoir appris que tu es enceinte – si tu n’as pas de médecin familial, abandonne avant de commencer. Reste qu’en 2009, le nombre de naissances pour 1 000 filles de 15 à 19 ans était de 21 au N.-B., mais de seulement 14 au niveau canadien. Honte.

Les gynéco – La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada a envoyé une lettre au gouvernement du Nouveau-Brunswick vers 2005 disant qu’il n’est pas nécessaire qu’un avortement soit effectué par un spécialiste dans une salle d’opération d’un hôpital. Ailleurs au monde, dans la plupart des cas, des médecins de famille effectuent des avortements dans des cliniques.

Sans chirurgie – Si j’avais à orienter quelqu’une cherchant un avortement, je l’encouragerais de s’informer si l’avortement « médical » est possible dans son cas. Il s’agit d’obtenir de son médecin, ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour provoquer, chez elle, un avortement non chirurgical. C’est la méthode utilisée pour la majorité des avortements en France, Royaume-Uni, les pays scandinaves. Branchons-nous.
http://www.canadiansforchoice.ca/francais/optionsabortion.htm
http://www.arcc-cdac.ca/fr/postionpapers/18_Diff%E9rentes-m%E9thodes-davortement-aper%E7u.pdf

Avortement et l’opinionite

Si jamais il va y avoir du changement au Nouveau-Brunswick autour de la question de l’accès à l’avortement, ce sera soit parce que Santé Canada a exigé que la province respecte les engagements (aucune chance), ou parce qu’un tribunal a reconnu que les agissements de la province ne sont pas légaux (trouve-moi une femme qui n’a pas pu obtenir un avortement et qui est riche, et ça pourrait marcher), ou parce que les houmes à l’Assemblée législative décident d’agir en adulte (yeah right, pis pendant une année électorale). Non, décidément, l’espèce humaine a le temps d’évoluer au point où les femmes n’ont pas besoin d’aide pour avorter avant que se passent ces autres éventualités.

Disons que je ne mets pas d’espoir dans les pétitions non plus – en tout cas les religieux vont obtenir encore plus de signatures, leur dieu ne leur laisse pas de choix – surtout parce que mon droit à mon corps n’est pas une question d’opinion de signataires.

Non, le changement viendra peut-être si chacune de nous – qu’on soit juste tannée à mort de voir le sujet de l’avortement revenir sur la table, qu’on soit personnellement touchée par la situation ou toutes les variations entre ces états – si chacune disait à toutes les occasions « Je renonce à devoir avoir une opinion sur la vie sexuelle ou morale des femmes. Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte. Le service doit être accessible parce qu’autrement c’est nous qui décidons pour elle. Je sais que je renie la culture religieuse de mes ancêtres et la tendance politique des temps. »

L’avortement, intervention politico-religieuse

Imaginons que la clinique Morgentaler était pour fermer au Nouveau-Brunswick. Qu’est-ce qui arriverait ? Les 600 quelque femmes qui y avaient recours (ce nombre en 2009 était supérieur au nombre de femmes obtenant un avortement défrayé par l’assurance-maladie) auraient un enfant non voulu, les bien nanties se rendraient à Halifax, au Québec, ou au Maine pour un avortement ou les bien branchées tenteraient de satisfaire les exigences politiques pour une intervention médicale (et certaines de ces dernières abandonneraient ou seraient rejetées et se trouveront dans les 2 autres catégories). (Les TRÈS bien branchées continueront d’obtenir discrètement, de leur médecin ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour un avortement « médical », càd non chirurgical.)

Voyez-vous, au N.-B., on n’a jamais reconnu le droit des femmes de décider de leur corps. Lorsque la décision de la Cour suprême du Canada a tout changé dans le reste du Canada, ici, McKenna a dit « c’est moi le shérif ici » et tout est resté pareil. La signature de 2 médecins, la pratique dans un hôpital, par un gynécologue, etc. c’est resté pareil comme avant. Personne au fédéral ou dans les systèmes juridique ou de santé n’a réagi. Alors que le N.-B. prétend préférer des gouvernements qui ne s’ingèrent pas dans la vie privée et qui réduisent les dépenses publiques, on trouve les moyens de se payer des critères politiques à une intervention médicale. Médicale, tu dis ? Au N.-B., c’est plutôt une intervention religieuse. Des critères qui font que des femmes ont des enfants qu’elles ne veulent pas …

Voyez-vous, ici, on aime mieux que quelqu’un d’autre que les femmes décide. Le gouvernement, les chevaliers de colomb, les religieux. Non, c’est pas yinque ça. C’est plutôt qu’à tout coup, on ne veut pas en parler. Pour dire encore plus vrai, ça nous fait rien ce qui arrive à ces femmes enceintes. On s’en moque autant que ce qui arrive aux femmes tuées par leur partenaire (Dis-moi ce qui a été fait, avec suite et résultats, pour comprendre et prévenir n’importe quel de ces deux phénomènes.)

Pour sûr on ne veut pas l’aider à avoir accès à un avortement : l’intimidation individuelle et institutionnelle, dans la rue, dans les forums, dans les hôpitaux, est pratiquée sans conséquences pour arriver à cette fin. Qu’elle ait un enfant non voulu, et vive dans la pauvreté, dans la violence, dans l’impossibilité de réaliser son potentiel, qui en parle?

Que dirait le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B. si Alward ne l’avait pas aboli? Que ce n’est pas à une clinique privée d’offrir un service essentiel de santé.

Que devrait faire le gouvernement? Exiger que les pharmacies du NB cessent d’être un obstacle à l’accès à la contraception d’urgence. Abolir les restrictions politiques à l’avortement – cesser de gaspiller des fonds publics en exigeant que deux médecins soient consultés, que l’intervention soit pratiquée par un gynécologue, que l’intervention soit pratiquée dans un hôpital… Enquêter sur le nombre grandissant de naissances à des adolescentes. Enquêter sur le nombre élevé d’agressions sexuelles au N.-B. Collaborer avec les médecins pour faire mieux connaître la méthode non chirurgicale d’avortement.

Que devrait faire les femmes ? Tu en parles !

Vous avez appelé une ambulance, Mister?

Vous avez appelé une ambulance ?

Pardon me? Oh you’re the ambulance. Come in. Over here.

Quel est le problème ?

I don’t understand you. He’s over here. Come. Help him.

Merci. Qu’est-ce qui est arrivé ?

Are you talking French? What’s wrong here? I called for an ambulance.

Du calme. Nous allons lui donner les meilleurs soins possibles, mais il nous faut connaître les symptômes. Il a mal où ?

E a what ? What’s happening here? Are you really the ambulance? I’m calling the police…

Hello police. I need help. I called the ambulance and they arrived but they only speak French. What? WHAT? Oh, OK. Dearie, they say I have to take it up with the Supreme Court. You go on ahead. I’ll join you in the hospital. Don’t worry. This won’t take long.

Pauvreté – je ne trépigne pas d’impatience

L’an prochain, en théorie, il sera révélé si le Nouveau-Brunswick a rencontré son objectif de réduction de la pauvreté : en 2010, nous nous étions engagés à réduire la pauvreté monétaire de 25 pour cent avant 2015 ! Pis, tant qua faire, la pauvreté monétaire extrême de 50 pour cent, aussi avant 2015.

Disons que je ne trépigne pas d’impatience avant la grande révélation. Surtout quand je lis les comptes rendus des efforts faits pour réaliser une réduction. Une prière à Saint-Antoine de Padoue aurait des meilleurs résultats, il me semble.

Lorsque les partis politiques du Nouveau-Brunswick se sont mis d’accord pour travailler ensemble en vue d’un plan de réduction de la pauvreté, vers 2009, on aurait cru, si on se fiait au bruit médiatique, que c’était un événement significatif en soi. Pourtant, ce n’est pas si rare que les partis soient en collusion : dites-moi pas que vous pouvez distinguer les Libéraux des Conservateurs, lorsque chacun est au pouvoir, sur les dossiers de l’avortement ou de la réforme électorale. Ou, maintenant, de la pauvreté. Agir en collusion leur est utile pour enlever un irritant que ni l’un ni l’autre ne veut confronter pour de vrai.

Dans tous les cas, on a eu notre ‘stratégie’ de réduction de la pauvreté (2010) – une liste d’épicerie pour dire vrai, et non pas une stratégie, qui voudrait dire, tsé, des actions cohérentes suivant une logique séquentielle. Et pour dire que dans certains pays, grâce à des efforts mieux pensés, par exemple, les familles monoparentales ne sont pas archi-pauvres, avoir un salaire veut dire t’es pas pauvre, et les tarifications citoyennes, pour les garderies, les contraventions, les permis de conduire, les repas à l’école, etc, sont différenciées selon la capacité de payer, selon ta carte indiquant ton quintile.  Admettons que ce n’est pas le niveau de discussion qu’il y a eu au Nouveau-Brunswick.

Il y a eu enthousiasme pour la stratégie pas seulement parce que tout le monde, dont la presse, a prétendu qu’un accord entre partis est rare et signifie qu’on est prêt à prendre les grands moyens, mais aussi parce que personne n’en revenait qu’un Irving était assis avec une assistée sociale, un Oland itou, et des entrepreneurs avec des travailleurs pauvres à la même table ! On aurait cru que les lois de la physique avaient été enfreintes, que des aimants qui devraient se repousser tout d’un coup s’attirent.  Ça fait nouvelle ça, au N.-B.  Un Irving qui se demande comment contrer la pauvreté. 

Personne n’a remarqué qu’aucun des comités créés par le gouvernement n’a inclus un regroupement féministe, un groupe de femmes dont le mandat est de mettre de l’avant les intérêts de l’égalité. Ce doit être parce qu’au N.-B., on aime traiter des problèmes séparément – tsé comment on sauve sur les salaires des aidantes en littératie, des enseignantes de maternelles, ou des aides familiales, puis ensuite on étudie pourquoi les femmes gagnent moins que les hommes.

Quelles sont les chances d’un plan de réduction de la pauvreté qui prétend en partant que les causes et les portes de sorties de la pauvreté sont les mêmes pour les hommes et les femmes. On a un taux très élevé de naissances aux adolescentes ainsi qu’un accès très limité aux services de garde, aux avortements, à l’aide juridique en matière civile, à l’équité salariale, etc., et on est censé croire que cela n’affecte pas un sexe plus que l’autre et cela n’a rien à voir avec la pauvreté ? (Aux hommes à énumérer des aspects de la culture qui affectent les hommes en situation de la pauvreté).

Il est permis de douter que nous faisons le nécessaire pour réduire le niveau de pauvreté. Ce qui a été fait au niveau provincial pour appuyer la transition vers l’emploi et l’alphabétisation, pour atteindre un salaire viable et pour mousser les économies locales – tsé, ces interventions qui pourraient avoir un vrai impact – ont été médiocres ou non existantes. Pas beaucoup des 158 projets mis en branle autour de la province par des comités locaux dans le cadre de la Stratégie de réduction de la pauvreté vont aider de façon significative. Un centre de jeunes organise des journées ‘spa’ pour filles de familles pauvres, avec des coiffeuses et esthéticiennes bénévoles ; et pour celles à l’école secondaire, on leur fourni des robes de bal de finissants. C’est là une des « histoires de réussite » mises de l’avant par la Société d’inclusion économique et sociale, la société de la couronne créée pour chapeauter les efforts.

D’autres histoires parmi les 158 projets : quelques jardins communautaires, des programmes d’achat de nourriture en vrac à rabais, de la formation à l’entraide pour personnes ayant vécu des problèmes de santé mentale, d’itinérance ou de dépendance qui sont prêtes à aider d’autres rencontrant ces problèmes, etc. Certains projets ont des chances de changer des vies mais même ceux-là touchent très peu de personnes, dans un petit coin de la province, et dans une langue seulement souvent. Tant d’efforts et de fonds publics pour 158 « projets pilotes ».  Si tu dis le faire pour lutter contre la pauvreté, tu peux faire ce que tu veux, même si ta principale contribution sera de maintenir la pauvreté ou la rendre plus tolérable pour les non pauvres.

Il est vrai que le gouvernement a augmenté les taux de base de l’assistance sociale et du salaire minimum, mais pas assez pour devancer l’inflation et gagner du terrain.  Le nouveau programme de services dentaires et de la vue pour enfants dans les familles à faible revenu est bien, mais cela ne réduit pas le nombre de familles à faible revenu. Le régime promis pour une assurance pour les médicaments sur ordonnance est bienvenu mais n’aura pas un grand impact statistique.

S’il y a un aspect du plan de réduction de la pauvreté qui sera atteint, ce sera probablement d’améliorer l’inclusion économique et sociale. Après toute, s’il y a un pauvre – ou un entrepreneur – qui n’est pas sur un comité de la Stratégie, c’est parce qu’ils n’essaient pas. La Société a un conseil d’administration de 22 personnes (avec un président et 4 co-présidents), trois comités aviseurs avec chacun 12 membres, 12 réseaux d’inclusion avec près de 200 personnes sur leurs conseils, etc…

Entretemps, le taux de pauvreté ne bouge pas, ou s’il bouge ce n’est pas toujours dans la bonne direction.

Des choses à apprécier

Je trouve il semble facilement des situations et des actions qui m’indignent et me portent à écrire. Il m’arrive, plus rarement, d’être impressionnée ou reconnaissante pour une situation ou une action. L’autre jour, en lisant une chronique de Bernard Richard dans l’Acadie Nouvelle, j’ai eu ce sentiment et j’ai pensé à un nombre de personnes et groupes qui méritent d’être appréciés.

Monsieur Richard, ancien politicien, réprimandait son ancien parti et celui qui l’a remplacé au pouvoir pour les mêmes agissements. Voir cette analyse tirée de sa chronique : « Les initiatives annoncées par le gouvernement Graham promettaient aux électeurs que leur vote compterait, que le système fonctionnerait et que leur voix serait entendue. Un peu plus de deux ans plus tard, l’annonce de la vente des actifs d’Énergie NB à Hydro-Québec a éclaté comme une bombe. Les pourparlers menant à l’annonce s’étaient déroulés en secret… Le dossier d’Énergie NB, entre autres, a ouvert la porte toute grande à David Alward et, pour la première fois dans notre histoire, il a défait un gouvernement après un seul mandat. M. Alward avait bien appris sa leçon, promettant de consulter la population et critiquant sévèrement la décision du gouvernement Graham dans le dossier d’Énergie NB. Pourtant, peu de temps après son élection, c’est au tour du gouvernement Alward de s’aventurer dans le secteur énergétique sans informer et sans consulter avant de prendre sa décision, annonçant une stratégie agressive pour le développement du gaz de schiste par fracturation hydraulique. »

Les anciens politiciens qui contribuent de cette façon sont si rares qu’on doit applaudir, et maudire les autres.

De même, deux groupes m’épatent par leur travail et leur longévité.

La Coalition pour l’équité salariale est un regroupement provincial actif depuis 13 ans, arrivant à survivre sans financement gouvernemental depuis quelques années. En fait, la Coalition termine une autre campagne de financement. Sans pouvoir offrir de reçus pour fin des impôts, la Coalition réussi à ramasser 75 000$ à 90 000$ par an.  Chapeau !  Et l’objectif – l’équité salariale ou la comparaison de la valeur d’emplois non identiques – n’est pas facile à expliquer. Leurs tactiques sont toujours amusantes, justes et ou tranchantes. Peu de provinces ont un tel groupe, et aucune n’a de tel groupe ayant autant de visibilité et de respect populaire. On veut leur souhaiter longue vie, mais évidemment il faut plutôt leur souhaiter un succès rapide et l’équité jusqu’à la fin de leurs jours.

Le Front commun pour la justice sociale, qui « milite pour construire au Nouveau-Brunswick une société plus humaine », que ça, impressionne par sa constance et sa visibilité. Ce regroupement de personnes vivant ou ayant vécu dans la pauvreté fait souvent parler de lui et rares sont les journées spéciales ou événements provinciaux reliés à l’économique où les représentants du Front ne sont pas cités. Ils fonctionnent avec peu de fonds et mènent présentement une campagne d’un an pour amasser 30 000$. L’automne dernier, le Front commun a lancé une campagne pour faire de la pauvreté un enjeu électoral lors de la prochaine élection provinciale en septembre 2014. Car, comme ils le rappellent, plus de trois ans après l’adoption d’une loi visant la réduction de la pauvreté, « il y a encore des milliers de citoyennes et de citoyens qui vivent dans la pauvreté… Ce sont principalement les travailleurs à petit salaire qui travaillent, en majorité, au salaire minimum, soit à plein temps ou à temps partiel, dans les secteurs du commerce de détail, de l’hébergement, des services de restauration, et les industries saisonnières… » Ils ont une idée juste de la pauvreté, ses causes et son utilité sociale, et donc, sont actifs dans des dossiers tels que la révision de la Loi sur les accidents de travail, l’Assurance-emploi et les femmes, le budget et les revenus provinciaux. Justice sociale et non charité !

Si bilingue voulait dire bilingue

J’ai comme l’impression que « bilingue » n’est pas une appellation contrôlée. En tout cas pas au Nouveau-Brunswick.
Je ne suis pas la cour suprême, mais je statue comme simple citoyenne que pour se dire bilingue, la province devrait me permettre de faire affaire avec le gouvernement dans ma langue – au minimum faire des choses comme voter ; parler à l’ambulancier qui répond à mon appel d’urgence ; recevoir des services à l’hôpital.
À ce sujet :
Je n’ai jamais pu voter en français. J’ai 61 ans. C’est sans doute ma faute, j’ai résidé à Fredericton ou dans le mauvais quartier de Moncton. Si jamais je réussis à voter en français, je ne saurai que faire du lendemain du scrutin, jusqu’à date presque toujours dédié à déposer une plainte auprès du bureau responsable – tsé, celui qui te dit c’est ton élu qui décide de l’embauche des employé-e-s des bureaux de scrutin.
Je n’ai jamais eu à appeler l’ambulance mais je lis les plaintes au sujet du manque de service et je lis surtout les doléances de la Commission aux langues officielles, qui nous assure – 45 ans après l’adoption de deux langues officielles au Nouveau-Brunswick pour l’amour – qu’elle a fait part de préoccupations aux dirigeants d’Ambulance NB. Préoccupations. En 2014. Aucun commentaire d’Alward ou des députés acadiens.
Je n’ai jamais eu de services en français à l’hôpital de Fredericton. Jamais. Il y a 13 ans que je demeure à Fredericton.

Ils veulent s’accaparer du 8 !

Y a-t-il plus niaiseux, pour ne pas dire insultant et infantilisant, qu’un gouvernement, surtout en l’occurrence celui de Stephen Harper, qui prétend décider du thème d’une journée de revendication pour l’égalité ? Surtout l’égalité entre les sexes. Depuis quelques années, le gouvernement fédéral émet un communiqué en février du genre « Voici le thème retenu pour la Journée internationale de la femme », le 8 mars.
On est-y à la maternelle ? Ils savent-y ce qu’est la Journée des femmes – la revendication de droits, de changements, d’accès à des services ?
Bien sûr ils savent et sans doute c’est là pourquoi les gouvernements tentent de s’en accaparer et de détourner la journée, premièrement à une journée « de la femme » et non des femmes, et aussi en faire une célébration du statu quo.
Cette année, les enfants, le Canada a retenu le thème suivant, « Force des femmes. Force du Canada. De la création d’entreprises à la création d’emplois, les Canadiennes vont de l’avant. »
C’est quoi ce délire ? On travaille t-y toute pour les conservateurs ? C’est pas par là qu’on va trouver l’égalité.
En 2012, le thème qu’on a voulu nous vendre était Force des femmes, Force du Canada – Les femmes dans les collectivités rurales, éloignées et nordiques : clé de la prospérité du Canada.
2010: Force des femmes. Force du Canada. Force du monde.
2009: Force du leadership. Force des femmes. Force du monde: Égalité.
2008: Des femmes fortes font la force du monde.
Bon, on comprend. On est forte, on ne doit pas compter sur le gouvernement comme allié pour des changements, on est toute seule.
Pire encore il y a des groupes de femmes qui attendent de savoir ce que M. Harper pense qu’on devrait célébrer avant de décider de leurs activités de la Journée. Misère noire. On ne serait pas sorti dousse qu’on était s’il y avait seulement des groupes aussi dociles.
Enfin, si Stephen peut, je dois.
Mesdames, le thème que je propose pour la Journée internationale DES FEMMES en 2014 est: Être féministe c’est ne pas se faire dire quoi penser ou célébrer ou revendiquer, surtout pas aujourd’hui. C’est dire le changement qu’il nous faut.

Inégalité habilitante des autres inégalités

On ne sait jamais d’où viendront les idées qui nous poussent à l’action, ou dans mon cas, à la rédaction. Cette fois, je remercie le média paresseux et malhonnête qui a interviewé encore une fois l’employé d’Halifax du Canadian ‘Taxpayers Federation’ comme s’il représentait les intérêts des Néo-brunswickois ordinaires. Entre de tels média, les politiciens qui font payer pour une rencontre avec eux et ceux qui n’ont que faire d’un système politique ravigoté, il n’y a pas grand place dans l’agora pour le citoyen, même moins pour la citoyenne.

On parle beaucoup des inégalités dans les revenus – avec raison puisque au Canada, l’écart économique s’agrandit plus rapidement que la moyenne des pays riches.

Ce qui me préoccupe autant, ce sont les inégalités dans les voix entendues. Les voix qui comptent pour les médias et les politiques, y compris en Acadie et au Canada, sont de moins en moins celles du monde ordinaire. Les représentants de gouvernements font ouvertement fi des priorités des gens ordinaires ou des intérêts d’une société en santé. Ils sont si dispo pour rencontrer le monde des affaires, aller pêcher au Gulch, mais se font si rares pour les regroupements de citoyen-ne-s. Les médias sollicitent peut-être nos commentaires sur leur page Facebook, mais les dossiers qui les intéressent, les événements auxquels ils accourent, les points de vue reflétés dans les questions posées sont souvent autres que ceux des citoyen-ne-s ordinaires.

Bien sûr, s’ils ne s’intéressent pas à nous, nous on s’intéresse de moins en moins à eux, et vice versa. Ce n’est pas ces politiques et leurs amis qui en souffrent. D’autres plus cyniques diront que notre désintéressement est le but des agissements de la classe politique des dernières décennies. Nous pouvons nous désintéresser mais cela ne change rien au fait que la politique et les questions médiatisées décident de matières qui nous touchent : du salaire minimum à la protection à l’environnement, de la qualité – la présence même – des services publics à la création de l’égalité entre les sexes, entre les groupes linguistiques, entre les citoyens.

Sur chacune de ces questions, ce ne sera pas le Canadian ‘Taxpayers Federation’ qui vont défendre vos intérêts. (À moins que vous êtes de ceux qui, par exemple, gagnent le salaire minimum et pensent que votre situation s’améliorera si le gouvernement réduit les impôts. Ce masochisme, sans doute un produit de la même hégémonie politique que ce texte tente de dénoncer, devrait être le sujet d’un billet.) Comme l’a dit Jody Dallaire au sujet de la ‘Federation’ dans une chronique en janvier 2013, «  niveau crédibilité, c’est comme si 1 pour cent de la population décidait de fonder une association nommée ‘Nous sommes les 99 pour cent’ ».

L’excellente organisation canadienne Samara a récemment publié les résultats d’entrevues de citoyens «désabusés», ce 40 pour cent de la population n’ayant pas voté à la dernière élection fédérale. Samara a aussi rencontré des personnes qui participent à la vie politique et conclut que les deux groupes ont nombreux points en commun. Les personnes désabusées ne sont pas indifférentes ou peu informées, mais à la suite de leurs interactions avec le système, elles se sentent étrangères du système politique. Elles ne voient pas pourquoi elles « participeraient à la vie politique alors que le monde politique ne se souciait pas d’eux… » «  Si des raisons concrètes les ont amenés à se désintéresser de la politique, il est possible de les y intéresser de nouveau concrètement. De ce que nous avons entendu, les attentes des participants ne sont pas élevées. Ils souhaitent simplement sentir que les politiciens au pouvoir sont à leur écoute, et que la politique peut leur être utile au quotidien…»

Je nous sens complices

Nous méritons des médailles de déshonneur pour les taux de violence faite aux femmes et une autre de ces médailles pour notre insouciance devant cette situation.

Un sondage de 2009 nous apprend que 48 pour cent des francophones au Nouveau-Brunswick ne voient pas comme un crime le fait de violer son épouse, comparativement à 21 pour cent des anglophones. 74 pour cent des francophones, et 33 pour cent des anglophones, ne voient pas comme un crime le fait qu’un homme gifle sa petite amie lorsqu’il pense qu’elle a flirté avec un autre. (1)

Deux des trois villes canadiennes ayant le taux le plus élevé d’agressions sexuelles signalées à la police sont au Nouveau-Brunswick : Fredericton et Saint-Jean.

Statistique Canada nous informe également que la province affiche le taux le plus élevé de meurtres-suicides familiaux au pays. (2)

Ce sont ces drames qu’on tait qui me préoccupent :

Les Leclair de Kedgwick, 65 et 64 ans, morts après qu’il ait tiré sur elle puis s’est tué.  Le couple Haché de Caraquet, à peu près du même âge, morts également à la suite d’un meurtre suicide. Les Moreau de Sainte Anne du Madawaska, du même âge, morts de la même façon. Les Guitard de Charlo, 51 et 59, morts de la même façon. Les Tozer de Cassilis, 75 et 73 ans, morts de même. Les Michaud de Saint-André, 70 ans, il a tiré sur elle puis sur lui-même. La dame Wylie de Moncton tuée par un ami dont le nom n’a jamais été donné parce qu’il s’est tué par la suite. La dame de Clifton tuée par son ami qui s’est ensuite tué. Les Sharpe de la région de Fredericton, 38 et 47 ans, morte elle aussi de la main de celui qui s’est ensuite tué.

Et ce ne sont là que les meurtres-suicides. Et que ceux depuis 2010.

Pourrait-on avoir un débat de société soutenu à ces sujets ?  Bien sûr, nous entendons parler des femmes battues grâce aux services que nombreuses communautés organisent pour elles. Mais c’est là où s’arrête la discussion. Rien sur l’incidence hallucinante, sur la prévention, sur les hommes, sur les causes.

Dans le cas des meurtres-suicides, le coroner de la province n’aide pas en taisant les faits quand les familles en deuil le demandent. Ainsi, dans l’espace de 1-2 jours, l’histoire disparaît. Dans les médias, ces cas sont si fréquents et « ordinaires » que certains ne dépassent pas la rubrique des « Brèves ». Moyennant de se tuer lui aussi, le meurtrier réussit son coup de tuer et de taire.

Les gouvernements provinciaux successifs n’ont pas voulu stimuler le débat nécessaire. Et le Comité d’examen de la mortalité liée à la violence familiale qui, cinq ans après sa création, n’a toujours pas contribué, devrait être reconnu comme un modèle failli.

Je nous sens complices avec le meurtrier parce que nous lui permettons de garder cachés ses méfaits, et complices avec cette violence historique faite aux femmes – une des causes de l’inégalité intériorisée et sociale des femmes.

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  1.  Sondage attitudinal à propos de la violence faite aux femmes, Harris Décima pour le gouvernement du Nouveau-Brunswick, 2009. www.gnb.ca/0012/violence/PDF/AttitudinalSurvey-f.pdf
  2.  La violence familiale au Canada: un profil statistique, 2011, Statistique Canada www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2013001/article/11805/11805-2-fra.htm#a1

Voix des femmes

Fière-toi pas trop vite, dirait Marichette

En réaction aux bons choix faits dans la sélection des membres du nouvel organisme gouvernemental Voix des femmes (un « forum de concertation ») par la province du Nouveau-Brunswick, je suis … hésitante …

L’annonce pourrait être la continuation de la mainmise malveillante d’un gouvernement sur toute indépendance d’une agence sur les questions féministes. Le forum est créé pour remplacer le Conseil consultatif sur la condition de la femme, aboli brusquement au début du mandat du gouvernement Alward (qui avait promis six mois plus tôt dans son programme électoral de travailler avec le CCCF ; j’étais alors directrice générale).

Mais l’annonce pourrait autant être la proclamation d’une correction à cette mauvaise décision d’abolir le Conseil (mais 3 ans plus tard!?), décision qui avait soulevé tant de réaction en 2011 !

Mais il est quand même inquiétant, et bizarre, qu’on sâve (‘sache’ pour les non Acadiennes) si peu sur ce « forum de concertation ». Quinze femmes convoquées par le gouvernement pour un « forum » sur des questions choisies par le gouvernement (pour se « concerter » ?), ce n’est pas un conseil indépendant sur les questions décidées par les femmes. Surtout dans le contexte d’un gouvernement qui prépare des élections où il n’est pas le favori.

Non, non, j’m’dis, c’est bon signe qu’ils ont pris tant de soin pour le choix des membres… Toutes ces bonnes femmes et ces bons groupes qui vont siéger « sur le sein » de Voix des femmes, je leur fais confiance, c’est prometteur …

Mais, mais, j’me réponds, ça serait pas la première fois qu’on remplace quelque chose d’utile par du paraît bien (‘quelque chose de bidon’, pour vous autres). Ni la première fois qu’on ‘a’ du bon monde par l’usure, en appliquant un protocole de bonne entente qui n’est que du tais-toi et fais nous bien paraître.

Dites-moi juste qu’elles vont avoir l’autorité et les moyens de faire à leur idée surtout dans les temps durs, qu’elles auront un devoir incontournable de nous dire cosse qé quoi ; qu’elles n’ont pas été créés pour se réunir avec le gouvernement mais pour aussi et surtout rencontrer les femmes et le public.

J’hésite parce que j’ai ces questions et bien d’autres…

Charité de mauvaise conscience

De ces choses qu’on ne peut dire sans être rabat-joie :

Ces activités dans les écoles et universités (et que les médias rapportent sans question) qui encouragent les jeunes à la charité, comme si c’était la solution à quelque chose :

  • Une école de Moncton a invité les élèves à apporter des vieux jeans pour les démunis, dans le cadre d’une promotion de la chaîne Aéropostale qui offrait aux donnants un rabais de 25 pour cent à leur magasin. Ils en ont apporté plus de 1200. « On les encourageait en disant qu’ils allaient redonner à la communauté en plus d’obtenir un rabais de 25 pour cent chez Aéropostale. C’est motivant de donner à la communauté. » Qu’a-t-on appris cette journée-là à l’école ? Qu’on peut monnayer les pauvres? Qu’il y a des chanceux et des quêteux ? Ç’aurait été sitant plus intéressant d’organiser quelque chose qui réveille aux causes de la pauvreté, qui aurait (exemple imparfait) amené les jeunes à questionner le pouvoir d’achat du salaire minimum ou le salaire minimum comme fief des politiciens…
  • Des étudiant-e-s d’une université de la province, examinant la problématique de la pauvreté dans leur cours de criminologie, ont organisé une collecte de mitaines. Tout le campus a contribué. C’est pourtant à l’université qu’on devrait développer l’analyse critique. Les pauvres qui recevront des mitaines, eux, vont probablement avoir l’esprit critique plus développée, les mitaines aidant. Proposons aux étudiant-e-s de se pencher sur ce qu’a dit Roland Barthes au sujet de ces alibis qu’on s’autorise pour « substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice ».
  • Des élèves d’une école sont organisés pour faire une collecte de dinde à la période des fêtes. Eh, même une institution supposément apolitique comme CBC organise des collectes de dinde pour les pauvres. Pourquoi ils n’organisent jamais des sessions de lobbying ou d’action directe, en appui des solutions à la pauvreté. Ce seraient des actions politiques, soit, … autant que la charité annuelle qui rend possible et confortable notre inaction à l’année.

« Quand je donne à manger aux pauvres, on me dit saint ; quand je demande pourquoi les pauvres ont faim, on me dit communiste, » comme l’a dit l’évêque brésilien Hélder Cãmara.