Que feraient les anglophones ?


Voilà mon nouveau critère, ma nouvelle source d’inspiration.

Que dirait ou ferait une personne qui a grandi et évolue dans tous ses droits, qui s’est toujours exprimée dans sa langue, qui s’attend au respect de ses droits de citoyen du Nouveau-Brunswick ? What would anglophones do?

Tu reçois un message de ton gouvernement – une lettre, un courriel – ou tu vois une publicité ou un gazouilli du gouvernement, et tu ne comprends à peu près rien en raison de la pauvre qualité de la langue. Tu dois lire la version originale – dans l’autre langue officielle – pour comprendre.

Si c’était les anglophones qui recevaient du gouvernement des messages incompréhensibles dans leur langue, what would anglophones do?

Tu dois t’exprimer dans l’autre langue officielle pour te faire comprendre du policier, de l’agent de sécurité à l’aéroport, du professionnel de la santé. Que feraient les anglophones ?

En conversation avec un bureau gouvernemental, on te demande tôt ou tard si tu peux t’exprimer dans l’autre langue – la condition pour recevoir le service dans les délais prévus. Que feraient les anglophones ?

L’ambulance arrive avec deux si pas trois employés qui ne parlent pas ta langue. What would anglophones do?

Tu veux communiquer avec un ministre et tu dois le faire dans l’autre langue dans le cas de 15 des 17 ministres courants.  Que ferait un anglophone ? Ton organisme doit rencontrer des hauts fonctionnaires pour faire avancer votre cause et doit décider de le faire dans l’autre langue ou de rencontrer avec des assistants et aides des hauts fonctionnaires, c’est-à-dire avec ceux qui parlent votre langue.

Lors de la campagne électorale provinciale, aucun débat des chefs dans ta langue n’est prévu et à la longue, les groupes et les citoyens cotisent afin d’avoir un semblant de débat dans ta langue, sauf que la moitié des chefs seront entendus via les interprètes.

Que feraient des gens qui savent qu’ils méritent mieux ?

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Sacrifices to the gods

This text was first published in the New Brunswick Telegraph Journal, on March 18, 2019.

I’m awaiting New Brunswick’s 2019 budget like every feminist waits for the next setback. I would love to be wrong and I’ll gladly celebrate the budget on March 19 if I am wrong.

For a time I had hope that the Blaine Higgs and Kris Austin’s reign would be tempered by their declared faith in evidence-based policies. But since then, we have been told that chocolate milk is good for children, especially poor children, and that ambulances on their way to help bleeding citizens are being stopped by language requirements. Plus, we are given a rigged survey on French immersion that will be a case study in comedy schools.

The Blaine Higgs throne speech at the end of 2018 made no mention of feminist issues – not even the only woman-related Higgs election promise, though I am not ready to complain. Mr. Higgs’s promise, out of the blue and sought by no organization, was to create a New Brunswick Advisory Council on Women’s Health, and a $5 million research trust. That sound heard at the time was a collective « Huh? ». Now, if Higgs had committed to gender inclusive analysis, some would take him more seriously.

The speech made no mention of that promise, nor of women, gender inequality, pay equity, violence against women, child care, or gender analysis. For Mr. Higgs and Mr. Austin, talking about women seems as taboo as talking about sex.

The best feminist moment in the last 12 months in New Brunswick came when the New Brunswick Women’s Council, which Mr. Higgs said during the campaign would continue to be funded by his government, denounced this government’s fetish phrase: « common sense. » The Women’s Council reminded us that this term has often been used to maintain the status quo and deprive some groups of their rights.

“Common sense” presumes a common and universal point of view, said the Council, even when such a consensus does not often exist. Certain groups know that “common sense” can be a signal that their needs will be dismissed as frivolous.

At least, we can celebrate the recent announcement that the expansion of child care centres begun by the previous government will be continued. But keep a close watch on the implementation, the wages offered in this « women’s work » and the respect for the rights of francophone children.

Some believe that this first Higgs budget will at least address the fight against poverty and mental health needs, issues that most impact women. But it seems that for Mr. Higgs and Mr. Austin, poverty means social assistance, and social assistance means people who have to find a job.

With such novices at the controls, things could just get worse.

Cuts are a religion for some, sacrifices offered to the gods. It’s akin to Puritan minimalism. Nothing to do with reviving the economy. Blaine Higgs and Kris Austin have this faith.

The Speech from the Throne stated: « Every dollar we spend imposes a tax on the hard work of our children, our grandchildren. »

Well, every dollar we do not spend can also weigh heavily. It’s a question of judgment and planning. In many cases, we either pay a lot now or we pay much more later. Investments produce results, not austerity. There is evidence, if anyone bothers to look.

Les budgets qui font peur

Ce texte a été publié dans l’Acadie Nouvelle le 15 mars 2019.

J’attends le budget 2019 du gouvernement du Nouveau-Brunswick comme toute féministe attends le prochain choc. Tout en me disant que j’aimerais énormément de me tromper et de pouvoir célébrer le budget ce 19 mars.

J’avais espoir, il y un temps, que le règne Blaine Higgs-Kris Austin serait tempéré par leur profession de foi dans les politiques fondées sur des faits et des preuves. Mais depuis ce temps-là, on nous a dit que le lait au chocolat serait bon pour les enfants, surtout les enfants pauvres, et que des ambulances en route vers des mourants étaient immobilisés par la loi sur les langues officielles. Et on nous vend un sondage truqué sur l’immersion en français qui sera un cas d’étude dans les écoles d’humour.

Le Discours du trône Blaine Higgs-Kris Austin n’a fait aucune mention de questions féministes. La seule promesse électorale à connotation féministe de Blaine Higgs n’y est même pas reprise, bien que je ne m’en plains pas. C’était une promesse sortie de nulle part, revendiquée par aucun organisme – il promettait un Conseil consultatif sur la santé des femmes, et une fiducie de recherche de 5 millions $. On a pu entendre un hein collectif des féministes. Si seulement Higgs s’était engagé à l’analyse inclusive selon les sexes, on pourrait y croire.

Le Discours n’a fait aucune mention de ça, ni des femmes, de l’inégalité entre les sexes, de l’équité salariale, de la violence faite aux femmes, des garderies, de l’analyse inclusive. Parler de femmes semble être aussi tabou que de parler de sexe pour M. Higgs et M. Austin.

Le meilleur moment féministe dans les derniers 12 mois au Nouveau-Brunswick a été quand le Conseil des femmes du Nouveau-Brunswick, que M. Higgs a dit en campagne continuerait d’être financé par son gouvernement, a dénoncé l’expression fétiche de ce gouvernement, « gros bon sens », rappelant que cette expression a souvent été évoquée pour maintenir le statu quo et priver certains groupes de leurs droits. « Le gros bon sens présume un point de vue commun et universel » disent ces femmes, alors qu’un tel consensus n’existe pas souvent.

On peut au moins célébrer l’annonce récente que l’expansion des centres de garde des enfants entamée par le gouvernement précédent sera poursuivie. Mais surveillons de près l’implantation, les salaires offerts dans ce « travail de femme » et le respect des droits des enfants francophones.

Certains pensent que ce premier budget Higgs-Austin traitera au moins de la lutte à la pauvreté et des besoins en santé mentale, des dossiers avec impact direct sur les femmes. Mais pour Higgs-Austin, pauvreté veut dire assistés sociaux et assistés sociaux veut dire des gens qui doivent trouver un emploi. Avec de tels novices aux contrôles, les choses pourraient empirer.

Les coupures sont une religion pour certains, des sacrifices qu’on offre aux dieux. Ça s’approche du minimalisme puritain. Rien à voir avec relancer l’économie. Blaine Higgs et Kris Austin ont cette foi. On peut lire dans le Discours du trône, « Chaque dollar que nous dépensons pèsera lourdement sur nos enfants et nos petits-enfants ». Eh bien, chaque dollar que nous ne dépensons pas peut peser lourd itou. C’est une question de jugement et de planification. Dans bien des dossiers, on paie maintenant ou on paie davantage plus tard. L’investissement et non pas l’austérité donne des résultats. Il y a des faits et des preuves, si jamais quelqu’un croit dans cette sorte de chose.

Bravo aux batailleuses de tout âge

Le quotidien Acadie Nouvelle a publié mon billet suivant le 8 mars 2019.

Un tribunal fédéral a récemment donné raison à une femme du Nouveau-Brunswick qui argumentait que le Régime de pensions du Canada enfreint ses droits constitutionnels. La dame de 88 ans s’est représentée elle-même devant le Tribunal de la Sécurité sociale. Heureusement, le militantisme des femmes canadiennes n’a pas d’âge.

Pendant des décennies, le problème de la pauvreté des femmes âgées était rendu pire par les régimes de pension de retraite du Canada. Les pensions provenant d’un emploi et les pensions de vieillesse n’ont jamais accordé beaucoup d’attention aux femmes et au rôle qui leur était attribué. Comme le Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme l’avait signalé au Parlement en 1983, la pauvreté était la norme pour les femmes âgées au Canada, peu importe si elle travaillait sur le marché du travail à plein temps ou à temps partiel, si elle retournait à un emploi rémunéré après avoir eu des enfants ou si elle était femme au foyer.

La plupart des régimes ne prévoyaient pas de prestations de survivant – la pension du mari mourrait avec lui. Élever des enfants ne comptait pas comme une contribution à la société ou à une pension du gouvernement. Souvent les femmes mariées ne pouvaient occuper des postes permanents, et les emplois occasionnels ou à temps partiel n’offraient aucune pension. De nombreux régimes de retraite excluaient les travailleuses. De nombreux régimes obligeaient les femmes à prendre leur pension plus tôt que les hommes. Les pensions de veuve prenaient fin lors du remariage. La transférabilité étant limitée, les femmes étaient perdantes lorsque leur emploi était interrompu par l’arrivée des enfants ou par le transfert du mari. Les règles relatives à la séparation et au divorce étaient dévastatrices pour les femmes, y compris pour le partage des pensions et de l’épargne. Et les pensions des femmes étaient, et demeurent, faibles parce que les emplois peu rémunérés produisent des pensions faibles.

Depuis, beaucoup de choses ont changé, grâce au mouvement féministe. L’entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits et libertés en 1985 a été un tournant. Mais même aujourd’hui, il existe encore des dispositions injustes en matière de pension.

Ce que Robena Weatherley, de Cambridge-Narrows au Nouveau-Brunswick, a contesté avec succès était un article de la Loi sur le Régime de pensions du Canada qui l’empêchait de toucher une pension de survivant basée sur les contributions de ses deux maris défunts.

Cet article de loi date de 1975 et est fondé sur «l’opinion désormais discréditée selon laquelle, lorsqu’une femme se remarie, elle n’a plus besoin de la prestation de survivant, car elle a un nouvel homme pour s’occuper d’elle», comme a écrit le Tribunal (ma traduction). Certaines parties de la loi ont été modifiées lors de l’entrée en vigueur de la Charte des droits, mais pas l’article qui touche Mme Weatherley et de nombreux autres Canadiens qui sont veufs plus d’une fois.

Le premier mari de Mme Weatherley est décédé à l’âge de 36 ans en 1969. Elle a touché une prestation de survivant du RPC, mais celle-ci a pris fin avec son remariage. Après l’entrée en vigueur de la Charte, sa pension de survivante lui a été à nouveau versé. Quand son deuxième mari est décédé en 2012, cette pension lui a été enlevée à nouveau parce que la loi dit qu’une seule pension ne peut être versé même si deux ménages ont cotisé.

Mme Weatherley a dit au Tribunal qu’elle avait trouvé injuste de perdre sa pension de survivante la première fois et injuste de la perdre une deuxième fois. Elle a persisté dans sa demande parce qu’elle estimait que sa contribution au ménage familial était ignorée et qu’elle avait contribué à la pension qui lui était refusée.

Dans sa décision rendue en janvier, le Tribunal a conclu que la Loi sur le Régime de pensions du Canada enfreignait ses droits à l’égalité en vertu de la Charte «et que la ministre n’a pas assumé son fardeau pour établir que c’est une limite manifestement justifiée dans une société libre et démocratique ».

Le Régime de pensions du Canada est un régime contributif et ne devrait donc pas disqualifier les cotisants sur une telle base. Mais même les régimes contributifs doivent avoir des limites pour rester durables. Le plafond qui s’applique à tous les bénéficiaires du RPC s’occupe de cela, a dit Mme Weatherley et ses deux pensions de survivant combinées seraient inférieures au montant maximum autorisé.

« Le gouvernement peut gérer les coûts sans porter atteinte à mes droits », a-t-elle déclaré au Tribunal.

Le Tribunal a convenu que «la ministre a le fardeau de la preuve et n’a pas réussi à établir, selon la prépondérance des probabilités, un objectif urgent et réel pour justifier la limite de la prestation de survivant ».

La ministre fédérale de l’Emploi et du Développement social dispose de 90 jours pour décider d’interjeter appel de la décision.

Bravo aux batailleuses.

Robena Weatherley Wins

A New Brunswick woman has won her claim that the Canada Pension Plan Act infringes her equality rights under the Charter of Rights and Freedoms.

Robena Weatherley, 88, twice widowed, of Cambridge-Narrows, had appealed the section of the Act that prevented her from receiving a pension based on the contributions of both her husbands to the CPP. She represented herself before the Social Security Tribunal.

In a decision given January 12, 2019, the Tribunal agreed with Mrs. Weatherley that the Act infringes her equality rights under the Charter and that the infringement is not justified. (see link to decision at end)

Mrs. Weatherley had argued that the Act arbitrarily excludes people who have been widowed more than once, and that it is discriminatory based on sex and marital status. She said to the federal Tribunal that the law perpetuates the historical disadvantages of widows by undervaluing their contributions within the marriage.

“I have pursued this as a matter of principle at some financial cost to me, not for personal gain but in hopes that this injustice could be corrected for all Canadians in my situation, » said Mrs Weatherley.n droit

The Tribunal concluded, “Section 63(6) of the CPP infringes the claimant’s equality rights under section 15(1) of the Charter and the Minister has failed to meet its burden to establish that it is a demonstrably justified limit in a free and democratic society. The impugned provision is of no force and effect in so far as it relates to the Claimant. She is entitled to her survivor’s pension in relation to both of her marriages.” 

The federal Minister of Employment and Social Development has 90 days to decide whether to appeal the decision.

The Canada Pension Plan is a mandatory contributory pension paid by employees and employers with the understanding that the employee or their survivor will benefit. However, one section of the Act states that, even if more than one survivor’s benefit is payable under the Act, only one will be paid.

In its decision, the Tribunal wrote that this section, which dates from 1975, was based on the “now discredited view that when a woman remarried she no longer needed the survivor’s benefit because she had a new man to take care of her.”

Other parts of the Act were modified when the Charter of Rights and Freedoms came into force in the mid-80s, but not that section which affects Mrs. Weatherley and many other Canadians widowed more than once.

The provisions apply to all Canadians, male and female, but the effect falls largely on women, many of them elderly and in impoverished conditions. Evidence quoted by the Tribunal showed that 81 percent of survivor benefit recipients were women in 2015.

Robena Weatherley’s first husband died at age 36 in 1969. She began receiving a CPP survivor’s benefit after his death. That benefit was terminated when she remarried in 1973 but sometime after the coming into force of the Charter in 1987, the pension restarted. When her second husband died in 2012, Mrs. Weatherley was told she could only receive one benefit, even though both households had contributed. She protested and appealed.

“I thought it was wrong to lose the survivor pension the first time and I thought it was wrong the second time,” said Mrs Weatherley. “I found it hard to accept that my contribution to the family household was ignored and I was denied a benefit to which I had contributed. I considered this to be an important principle. I am happy the Tribunal has agreed. »

The Canada Pension Plan has a “cap » on the maximum amount of survivor benefit or combined benefits. The Tribunal wrote that this will mean persons in Mrs. Weatherley’s situation will not be entitled to receive a combined benefit that exceeds the maximum retirement benefit.

“I recognize that CPP must have limitations in order to be sustainable. But that is taken care of by the cap,” said Mrs. Weatherley. “The pension to which a survivor of more than one deceased spouse is entitled is limited by the maximum monthly amount. In my case, my two survivor’s pensions would be less than the maximum amount. The Government can manage costs without infringing on my rights.”

The Tribunal agreed and wrote, “The Minister has the burden of proof and I find that it has failed to establish on the balance of probabilities, a pressing and substantial objective to justify the limit of one survivor’s benefit.”

The Tribunal also wrote, “It is somewhat self-contradictory that the CPP now recognizes that the claimant was entitled to receive a survivor’s benefit in relation to her first husband while her second husband was alive, but took the entitlement away when he died. If she was entitled to a survivor’s pension in relation to her first husband because of her contributions to the family, there was no principled basis for her to lose that entitlement when her second husband died.”

The decision states, “The Claimant is a member of a historically disadvantaged group and the impugned provision denies her the benefit of a survivor’s pension to which she would otherwise be entitled. She does not take the position that her financial needs are different than those of a once-widowed spouse. Rather, her position is that she is being denied the benefit of her contributions to her first family household which facilitated her first husband’s CPP contributions. She would have made more CPP contributions and as such, have a higher retirement pension, if she had not stayed home to raise her family and support her husband in accordance with the mores, norms and values of her generation. The Claimant’s claim is more than a financial claim, as argued by the Minister. She is being denied the recognition of her contributions to her first family household. This is a refusal to recognize a fundamental aspect of her personal history. It is rooted in the view that the purpose of a survivor’s pension is to replace lost income because a woman was financially reliant on a sole male breadwinner, not to pay an entitlement that she earned. The limit of one survivor’s pension perpetuates the historical failure to recognize women’s non-employment contributions to the family.”

Robena Weatherley called upon two witnesses, Gaila Friars who was recognized by the Tribunal as qualified to give expert evidence concerning the experience of female seniors, and Rosella Melanson who was recognized by the Tribunal as qualified to give expert evidence concerning policy development on women’s issues and gender-based analysis.

________________

Robena Weatherley gagne

Un tribunal a donné raison à une veuve du Nouveau-Brunswick : le Régime de Pension du Canada enfreint ses droits constitutionnels. Voilà ce qu’une femme qui sait qu’elle a raison peut faire…, à l’occasion, si elle vit longtemps, si la constitution protège ses droits, si le système gouvernemental lui donne droit de faire appel sans avocat, si elle est vraiment entêtée.

Robena Weatherley, 88 ans, de Cambridge Narrows, n’a pu intéresser aucun organisme, avocat ou programme d’aide à son cas. Mais elle a persévéré, payé de sa poche et a gagné. C’est pour dire.

Sommaire : Robena Weatherley recevait une pension de survivante du Régime de Pension du Canada après le décès de son premier mari, mort à 36 ans en 1969. Sa pension a été annulée lors de son remariage en 1973, car la loi estimait alors qu’elle n’en avait plus besoin puisqu’elle s’était remariée. La loi a été modifiée en 1987 avec l’entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits et libertés. Mme Weatherley a alors de nouveau perçu une pension de survivant de son premier mari. Cette pension a de nouveau été annulée suite à la mort de son deuxième mari en 2012. Mme Weatherley reçoit alors une pension de survivant basée uniquement sur les cotisations de son second mari. Elle fait appel de l’annulation en 2012 de sa pension de son premier mariage. Ses deux pensions de survivante combinées seraient inférieures au maximum autorisé par le RPC. En octobre 2018, elle s’est représentée elle-même devant le Tribunal de la Sécurité sociale, à Fredericton. Le 12 janvier 2019, le Tribunal déclara que la Loi porte atteinte à son droit à l’égalité en vertu de la Charte

(La décision et le communiqué ne sont qu’en anglais. Le lien vers la décision est donné à la fin de ce texte.)

A New Brunswick woman has won her claim that the Canada Pension Plan Act infringes her equality rights under the Charter of Rights and Freedoms.

Robena Weatherley, 88, twice widowed, of Cambridge-Narrows, had appealed the section of the Act that prevented her from receiving a pension based on the contributions of both her husbands to the CPP. She represented herself before the Social Security Tribunal.

In a decision given January 12, 2019, the Tribunal agreed with Mrs. Weatherley that the Act infringes her equality rights under the Charter and that the infringement is not justified.

Mrs. Weatherley had argued that the Act arbitrarily excludes people who have been widowed more than once, and that it is discriminatory based on sex and marital status. She said to the federal Tribunal that the law perpetuates the historical disadvantages of widows by undervaluing their contributions within the marriage.

“I have pursued this as a matter of principle at some financial cost to me, not for personal gain but in hopes that this injustice could be corrected for all Canadians in my situation, » said Mrs Weatherley.n droit

The Tribunal concluded, “Section 63(6) of the CPP infringes the claimant’s equality rights under section 15(1) of the Charter and the Minister has failed to meet its burden to establish that it is a demonstrably justified limit in a free and democratic society. The impugned provision is of no force and effect in so far as it relates to the Claimant. She is entitled to her survivor’s pension in relation to both of her marriages.” 

The federal Minister of Employment and Social Development has 90 days to decide whether to appeal the decision.

The Canada Pension Plan is a mandatory contributory pension paid by employees and employers with the understanding that the employee or their survivor will benefit. However, one section of the Act states that, even if more than one survivor’s benefit is payable under the Act, only one will be paid.

In its decision, the Tribunal wrote that this section, which dates from 1975, was based on the “now discredited view that when a woman remarried she no longer needed the survivor’s benefit because she had a new man to take care of her.”

Other parts of the Act were modified when the Charter of Rights and Freedoms came into force in the mid-80s, but not that section which affects Mrs. Weatherley and many other Canadians widowed more than once.

The provisions apply to all Canadians, male and female, but the effect falls largely on women, many of them elderly and in impoverished conditions. Evidence quoted by the Tribunal showed that 81 percent of survivor benefit recipients were women in 2015.

Robena Weatherley’s first husband died at age 36 in 1969. She began receiving a CPP survivor’s benefit after his death. That benefit was terminated when she remarried in 1973 but sometime after the coming into force of the Charter in 1987, the pension restarted. When her second husband died in 2012, Mrs. Weatherley was told she could only receive one benefit, even though both households had contributed. She protested and appealed.

“I thought it was wrong to lose the survivor pension the first time and I thought it was wrong the second time,” said Mrs Weatherley. “I found it hard to accept that my contribution to the family household was ignored and I was denied a benefit to which I had contributed. I considered this to be an important principle. I am happy the Tribunal has agreed. »

The Canada Pension Plan has a “cap » on the maximum amount of survivor benefit or combined benefits. The Tribunal wrote that this will mean persons in Mrs. Weatherley’s situation will not be entitled to receive a combined benefit that exceeds the maximum retirement benefit.

“I recognize that CPP must have limitations in order to be sustainable. But that is taken care of by the cap,” said Mrs. Weatherley. “The pension to which a survivor of more than one deceased spouse is entitled is limited by the maximum monthly amount. In my case, my two survivor’s pensions would be less than the maximum amount. The Government can manage costs without infringing on my rights.”

The Tribunal agreed and wrote, “The Minister has the burden of proof and I find that it has failed to establish on the balance of probabilities, a pressing and substantial objective to justify the limit of one survivor’s benefit.”

The Tribunal also wrote, “It is somewhat self-contradictory that the CPP now recognizes that the claimant was entitled to receive a survivor’s benefit in relation to her first husband while her second husband was alive, but took the entitlement away when he died. If she was entitled to a survivor’s pension in relation to her first husband because of her contributions to the family, there was no principled basis for her to lose that entitlement when her second husband died.”

The decision states, “The Claimant is a member of a historically disadvantaged group and the impugned provision denies her the benefit of a survivor’s pension to which she would otherwise be entitled. She does not take the position that her financial needs are different than those of a once-widowed spouse. Rather, her position is that she is being denied the benefit of her contributions to her first family household which facilitated her first husband’s CPP contributions. She would have made more CPP contributions and as such, have a higher retirement pension, if she had not stayed home to raise her family and support her husband in accordance with the mores, norms and values of her generation. The Claimant’s claim is more than a financial claim, as argued by the Minister. She is being denied the recognition of her contributions to her first family household. This is a refusal to recognize a fundamental aspect of her personal history. It is rooted in the view that the purpose of a survivor’s pension is to replace lost income because a woman was financially reliant on a sole male breadwinner, not to pay an entitlement that she earned. The limit of one survivor’s pension perpetuates the historical failure to recognize women’s non-employment contributions to the family.”

Robena Weatherley called upon two witnesses, Gaila Friars who was recognized by the Tribunal as qualified to give expert evidence concerning the experience of female seniors, and Rosella Melanson who was recognized by the Tribunal as qualified to give expert evidence concerning policy development on women’s issues and gender-based analysis.

La décision en anglais seulement à cette date:

On gagne les Jeux de la médiocrité

C’est dommage que les Jeux de la Francophonie soient annulés. Je ne dis pas qu’ils auraient dû être tenus à tout prix. C’est surtout dommage car on ne sait pas clairement qu’ils devaient être annulés. C’est comme si personne n’a vraiment essayé de déterminer nos options, et qu’on a perdu la chose surtout en raison d’une mauvaise gestion et de la politique partisane.

La responsabilité est certainement partagée.

Un comité organisateur qui, deux ans après sa création, était invisible. Qui nous a pas dit quand ils ont su, il y a plus d’un an, qu’ils proposaient un budget gonflé à bloc.

Le gouvernement Gallant qui ne nous a rien dit.

Le gouvernement Higgs qui ne fait pas un réel effort pour trouver des options – pire que cela, le Premier ministre Higgs qui ne semble pas vouloir être vu comme essayant de sauver les Jeux.

Le gouvernement fédéral qui ne veut pas être vu comme essayant d’aider le gouvernement Higgs.

Aucun d’entre eux ne nous a donné de détails sur la composition du chiffre total des coûts, ni si des jeux organisés avec alentour du budget initial étaient totalement hors de question, ni quelles étaient nos options.

Lorsque le Nouveau-Brunswick a su, début décembre, le coût plus élevé proposé pour les Jeux, je craignais que cela n’ajoute à la tension entre les groupes linguistiques. Mais, en gros, cela a été évitée parce que tout le monde a convenu qu’un budget de 130 millions de dollars serait ridicule.

Mais la façon dont la question a été traité ce dernier mois me met mal à l’aise et me fait penser que la question linguistique a eu une influence.

Il semble bien que le Premier ministre Higgs ne voulait pas être vu comme essayant de sauver les Jeux, comme s’il courtisait surtout les partisans du People’s Alliance. Ce n’est pas bon pour le Nouveau-Brunswick.

Il aurait pu envoyer une équipe « SWAT » pour retravailler le budget des Jeux. Il aurait pu essayer de démontrer à Ottawa qu’imposer un partage 50-50 pour de tels événements même à des petites provinces était injuste, d’autant plus que ces « Jeux » sont autant culturel que sportif. Il aurait pu proposer un plan. Il aurait pu se rendre à Ottawa avec un plan. Il aurait pu se rendre à Dieppe-Moncton pour l’annonce de l’annulation.

Au lieu de cela, il semblait inconscient, indifférent et certainement peu enthousiaste.

Higgs doit devenir bien plus à l’aise avec les questions linguistiques. Il a embrouillé le dossier de Ambulance NB en prétendant que c’était un problème de langue, jusqu’à ce qu’il change d’avis récemment. Et sur les Jeux, où il y a un facteur linguistique, il semblait indifférent.

Le résultat aurait peut-être été le même si ce gouvernement avait essayé – les jeux risquaient d’être annulés de toute façon. Mais, moyennant un effort de leadership, on aurait pu éviter le mauvais goût que cela a laissé au Nouveau-Brunswick.

We won the Mediocrity Games

I say it’s a shame the Jeux de la Francophonie are cancelled, which certainly doesn’t mean they should have been held at any cost. Mostly it’s a shame because it’s not been made clear that they HAD to be cancelled. It’s like no one really tried to determine what the options were and we lost the games due to mishandling and partisan politics.

The responsibility is everyone’s here.

An organizing committee that two years after its creation had done boo. That did not tell us when they knew, over a year ago, that they were going with ballooned cost estimates.

The Gallant government that did not tell us anything.

The Higgs government not making a real effort to find options – worse than that, Premier Higgs seeming to not want to be seen to be trying to save the Games.

The federal government not wanting to be seen to be trying to help the Higgs government.

None of them have given us details on what the cost number is composed of, whether games for about the original estimation were totally out of question, what options were available.

When news first came out about the much higher proposed cost of the Games, I feared it would add to the tension between linguistic groups. But much of that was avoided at first, because everyone agreed $130 million was preposterous.

But how it has been handled in the last month makes me uncomfortable, makes me think the language issue did have an influence.

It seemed Premier Higgs did not want to be seen to be trying to save the Games, as if he was mostly courting People’s Alliance supporters. That’s not good for New Brunswick.

He could have sent in a ‘SWAT’ team to work on the games budget, he could have tried to shame Ottawa who is imposing a 50-50 share for such events even on small provinces, especially given these “Games” are cultural as much as sports events, he could have put forward a plan, he could have gone to Ottawa with a plan, he could have gone to Dieppe-Moncton for the announcement of the cancellation.

Instead he seemed unknowledgeable, uncaring, and certainly unenthusiastic.

Higgs needs to become comfortable, become better at dealing with linguistic issues. He muddled the Ambulance NB by pretending it was a language issue, until he changed his mind recently.

And on the Games where there is a language factor, he seemed uncaring.

The outcome might have been the same if this government had tried – the games were likely to be cancelled anyway. But it did not need to end leaving the feelings now being expressed in New Brunswick.

Who led us down the rabbit hole?

This was originally a Twitter thread, published on Jan. 27, 2019.

Now that it’s recognized that the Ambulance NB issue was not a language issue, who else is wondering what were the last months about?

Who led us down the rabbit hole and why?

A management issue that could have been dealt with by applying known solutions was made into a political issue because political parties saw an occasion to make points with some constituents.

The People’s Alliance and other anti-francophone groups made a direct link between bleeding in the ditch and Acadian rights. Higgs’s eagerness to take on linguistic rights as a pretend solution to ambulance management increased after his swearing in.

Ambulance NB, paramedics, experts said language was not the problem. Other jurisdictions reported similar problems.

But no, Higgs and Austin wanted their Wall.

Media let them repeat lies.

A square became a circle.

Flemming was let loose.

They ate crow over the holidays when someone helped them read … the writing on the wall.

No wonder New Brunswick never gets around to setting and focussing on core priorities. We just lost about a year talking about someone’s pet hate instead of the real problem.

Y’a une tiare pour vous

Il y a 5 ans, j’ai publié ce texte. Rien ne change.

Mon doux

Fais quatre colonnes.

Dans une colonne, mets Miss, Ms, Mlle, Mini-Miss, Princesse, Mrs, …
Dans une autre – Teen, Beauty, Charity, Perfect…
Dans une autre – International, America, Galaxy, All-Canadian, …
Et enfin, des localités – Canada, New Brunswick, Maritime, Atlantic, …

Crée-toi un titre en pigeant dans 2 ou plus de ces colonnes et tu peux probablement trouver un concours de beauté pour t’avoir ce titre. Voilà pourquoi, à tout moment donné, une ou plusieurs ‘Miss quelque chose New Brunswick’ (le titre est toujours en anglais) est dans les parages au Nouveau-Brunswick.

Il semble qu’on pourrait toutes être une ‘reine’ de quelque chose.

Dans l’espace d’une semaine ce mois-ci, deux longs articles avec deux Miss Teen quelquechose New Brunswick régnantes dans le seul quotidien acadien. Aucune explication de cette anomalie, de cette prolifération, ou du flair journalistique qui a déterminé que ce pouvait être une nouvelle. On lit que…

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No, you’re the solitude

New Brunswick is going through a bad patch and it will likely get worse before it gets better because the government is an actual participant in the false and divisive things being said and done, something we’ve not had in living memory. I am speaking of the scapegoating of Acadians and linguistic rights for the purposes of political party building by the Conservatives and the Alliance.

I am also speaking of the information, media coverage and conversations that are extremely divergent depending on the language.

However, do not speak of “two solitudes” or I will “horler”.

We are not two solitudes.

Most of us Acadiens know what you are saying. We read English, we read your letters to the editor, the journalism, the editorials. We hear the comments.

Most anglophone do not know what we are saying. The editorials, essays, commentaries, letters to the editor, tweets, conversations of the last months, in French.

Lately, oftentimes, having conversations with anglophones is like trying to bridge an ocean.

So no. We are not two solitudes.

Victims of violence will always be with us?

A version of this text was first published by the New Brunswick Telegraph-Journal on December 13, 2018.

Male on female violence is not like a natural disaster or a spontaneous disorder of unknown origin. But we practically treat it like one. We send thoughts and prayers, organize shelters and vigils, and give aid to victims.That’s about it.

Male on female violence is a preventable problem. Good money should be allocated to prevent it. In New Brunswick, almost all of the spending is on after-the-fact attempts at solutions. Very little is spent before it’s too late to avoid the violence. Prevention of spousal violence is what vaccinations are to infectious diseases, and we are busy still just treating the infection.

Just as charity can prolong a problem instead of fixing it, we can become complicit – part of the problem – when, for good and bad reasons, we only focus on the victims of the aftermath. If we only reduce the consequences but not the causes, are we making the status quo comfortable instead of changing it?

It has been about 40 years since New Brunswick started talking about battered women, which we later called domestic violence, wife abuse, woman abuse, spousal violence or intimate-partner violence.

We now have a network of good services for victims – transition houses, second stage housing, outreach services, counselling. Front-line professionals of all types have had training to identify and deal with victims.

There is one specialized domestic violence court, located in Moncton. There is some counselling for perpetrators if you can find it and get it.

There are annual special days, weeks, and months commemorating violence against women, ribbon-cutting and ribbon-wearing, and men walking in red high heels to raise funds for victims.

What we don’t have – or the public cannot obtain – is good information on the incidence of this violence, on rates of recidivism, on justice outcomes.We used to have access to most of that information thanks to publications by the now-defunct Interdepartmental Working Group on Family Violence Statistics and the abolished Advisory Council on the Status of Women.

What we also don’t have are evaluations of the effectiveness of current programs on the incidence of violence. Millions in government and fundraised dollars are spent. I believe governments and societies should monitor what they care about, what they are committed to and expect to improve.

What we also don’t have is “literacy” about the causes of this violence. There have been no provincial public awareness campaigns confronting the causes, no sustained mutually reinforcing actions that challenge gender roles and other causes of the violence.

I could believe that our attitudes have changed about violence against women. It has been quite a few years since the last time I was told I am breaking up families by helping victims leave, and also everybody seems willing to open up their wallet to help fundraisers on this issue. But I still can’t be certain that attitudes have changed. The results of the survey of New Brunswickers’ attitude to spousal violence that the provincial government commissioned Harris/Decima to do in 2009 was certainly depressing, but the worst thing about that survey is that attitudes had sometimes worsened since 2002 when a similar survey had been done by the government. The idea behind the first survey was to measure the attitudinal problem, then conduct an awareness campaign like some other jurisdictions had done, and then remeasure attitudes. New Brunswick backed away from the public awareness campaign for no known reason, but did redo the survey. In 2009, one in three men agreed with thestatement « Violence against women often happens because the woman is really provoking it by nagging or criticizing her partner », and almost that many women and men believed it is not a crime if a husband forces his wife to have sex with him.

Finally, and this is my point, even our victim-focussed programs that were created to give us precious learnings about what’s missing can be run any which way and nobody notices. After a decade of lobbying by feminist groups, New Brunswick created a Domestic Violence Death Review Committee through the Coroner’s Office to examine all such deaths and find lessons learned. What could we do differently? What did the perpetrator or victim need that might have avoided the eventual tragedy? Created in 2009, it published a mediocre study in 2013, then annual reports that tell us nothing. The Committee never seemed to accept the role that such Committees play in some other jurisdictions, where they have made a difference by speaking to the community about what might have been done differently to save lives. Instead, the New Brunswick committee has been secretive and bureaucratic, and has played no role in helping us honour the dead and understand what happened, and prevent.

I suggest it’s time for New Brunswick’s Auditor-General to take a look at government spending on this issue. Is it another case of spending funds with no regard to effectiveness?

Les victimes seront toujours avec nous ?

Ce commentaire a été publié en premier par l’Acadie Nouvelle, le 6 décembre 2018.

La violence faite aux femmes par leur partenaire n’est pas un trouble spontané, ou une catastrophe naturelle imprévisible. Pourtant, c’est ainsi que nous en traitons. Nous offrons nos pensées et nos prières, organisons des refuges et des vigiles et aidons les victimes.

Cette violence est un problème évitable. Une forte part des fonds qu’on y investit devrait chercher à l’empêcher. Mais au Nouveau-Brunswick, presque tous les fonds qui y sont consacrées servent à panser la situation après coup. On dépense très peu avant qu’il ne soit trop tard, pour éviter la violence. La prévention de cette violence est ce que sont les vaccins contre les maladies infectieuses, mais à date nous ne faisons que traiter les infections.

Tout comme la charité peut prolonger un problème au lieu de le régler, nous pouvons devenir complices – contribuer au problème – lorsque, pour de bonnes et de mauvaises raisons, nous ne faisons qu’aider les victimes. Si nous ne nous attaquons qu’aux conséquences et pas les causes, n’est-ce pas que nous rendons le statu quo confortable, au lieu de le changer?

Cela fait environ 40 ans que le Nouveau-Brunswick a commencé à parler des « femmes battues », un phénomène qu’on nommera plus tard violence domestique, violence conjugale, violence entre partenaires intimes.

Le Nouveau-Brunswick a maintenant un réseau de bons services pour les victimes -maisons de transition, logement de deuxième étape, services de proximité, counseling. Les professionnels de première ligne de tous types ont été formé pour identifier et traiter les victimes.

Il existe un seul tribunal spécialisé en matière de violence familiale, situé à Moncton. Il existe des services pour les partenaires agresseurs, si vous pouvez les trouver et les obtenir.

Chaque année, des journées, des semaines, et des mois spéciaux sont consacrés à la commémoration de la violence à l’égard des femmes, des rubans sont portés et coupés et parmi la myriade de projets de financement de services aux victimes, il y a celui des hommes défilant à talons hauts rouges.

Ce que nous n’avons pas – ou qui n’est pas divulgué – est une bonne information sur l’incidence de cette violence, sur les taux de récidive, sur les résultats de la justice. Voilà quelques années, nous avions accès à la plupart de ces informations grâce aux publications du groupe de travail interministériel sur les statistiques de la violence familiale, aujourd’hui disparu, et du Conseil consultatif sur la condition de la femme, aujourd’hui aboli.

Nous n’avons pas non plus d’évaluations de l’efficacité des programmes actuels sur l’incidence de la violence. Je suis d’avis que les gouvernements et les sociétés contrôlent ce qui leur est important, ce à quoi ils s’engagent à améliorer.

Ce que nous n’avons pas non plus, c’est un public qui est connaissant quant aux causes de cette violence. Aucune campagne provinciale de sensibilisation du public n’a été menée pour s’attaquer aux causes. Il faudrait une stratégie de mesures durables se renforçant mutuellement et mettant en cause les rôles et les normes ayant trait aux hommes et aux femmes et les autres causes de la violence.

Je pourrais croire que nos attitudes à l’égard de la violence faite aux femmes ont changé. Après tout, cela fait des années que je n’ai entendu que nous brisons les familles en aidant les victimes à partir, et de nos jours, tout le monde semble disposé à ouvrir son portefeuille pour les collectes de fonds pour les victimes. Mais je ne peux pas être certaine que les attitudes ont changé. Les résultats du sondage sur les attitudes à l’égard de la violence conjugale que le gouvernement provincial a commandé de Harris / Decima en 2009 étaient certes déprimants, mais le pire aspect de ces résultats est que les attitudes s’étaient quelquefois détériorées depuis 2002, quand un sondage similaire avait eu lieu. L’idée de la première enquête avait été d’évaluer ou il y avait problème, puis de mener une campagne de sensibilisation, puis de réévaluer les attitudes. Le Nouveau-Brunswick a abandonné, pour une raison inconnue, son idée de faire une campagne de sensibilisation, mais a refait le sondage quand même. En 2009, un homme sur trois était d’accord avec l’affirmation « La violence faite aux femmes arrive souvent parce que les femmes la cherchent vraiment en faisant des remarques et en critiquant leur partenaire « , et presque autant de femmes et d’hommes pensaient que ce n’était pas un crime si le mari oblige sa conjointe à avoir des relations sexuelles avec lui.

Enfin, et voilà mon point principal, même les programmes créés pour nous donner des renseignements précieux sur le problème ne sont pas efficaces et personne ne le remarque. Après une décennie de pressions exercées par des groupes féministes,le Nouveau-Brunswick a créé un Comité provincial d’examen de la mortalité liée à la violence familiale, par l’intermédiaire du bureau du coroner, afin d’examiner ces décès et de tirer les enseignements. Que pourrions-nous faire différemment? De quoi l’agresseur ou la victime avait-il besoin pour éviter la tragédie éventuelle? Créé en 2009, il a publié une étude inadéquate en 2013, puis des rapports annuels qui ne nous disent rien. Le comité n’a jamais semblé accepter le rôle que jouent de tels comités dans certaines autres juridictions,où ils aident la communauté à comprendre et à sauver des vies. Au lieu de cela, le comité du Nouveau-Brunswick est bureaucratique et s’entoure de secrets.

La vérificatrice générale du Nouveau-Brunswick aurait peut-être intérêt à examiner les dépenses du gouvernement dans ce domaine qui se font avec trop peu d’égard pour l’efficacité et l’amélioration.

No matter the problem, language is the problem?

A version of this commentary was published by New Brunswick Telegraph Journal on November 16, 2018.

The first decision that Blaine Higgs seems about to make as Premier is spectacular, and not in a good way. It could be a case study for years to come.

Mr. Higgs is making the first issue he wants to address about language, while saying it is not about language, and while neglecting to investigate the actual causes of the issue. Will he mess unnecessarily with what has been a settled issue?

The context is important.

New Brunswickers are specifically mentioned in the Canadian Constitution as having certain additional constitutional rights.

Our Legislature, under a Conservative government, unanimously adopted quasi-constitutional legislation reiterating and detailing those rights.

Multiple investigation reports by the Officer of the Legislature responsible for monitoring those rights urge the government to stop breaking the law in respect of those rights.

A Court of Queen’s Bench order, obtained by New Brunswickers who were denied these rights, requires that the government take action to ensure the rights are real.

More recently, an arbitrator, hired by a union and management quarrelling about overtime and the interpretation of a collective agreement, ruled that all those things – the Constitution, the law, the investigation reports, the court order – are worthy ideals but, insofar as they affect the union and the management providing a public service, the government does not literally have to always protect those rights.

Well, that’s that then, seems to be saying the new government. We can’t very well go against a referee’s ruling. Our hands are tied. Rights will be reduced. We’ll drop the action launched by the previous government to have that arbitrator’s ruling reviewed by a court. This is a gift too good to pass up.

The rights in question relate to being served in one’s official language. The union and management are with Ambulance NB. The willingness to disregard the rule of law is the old anti-bilingual New Brunswick which is finding new strength in the bullying politics happening elsewhere.

But that’s not the worst of it.

Worse than the government’s attitude is the fact that this is being done to address an urgent problem that it is in fact unlikely to solve. The government seems to be seizing the opportunity to reduce language rights because there is a passion for it that has been nurtured and has to be fed. What the issue of language rights has to do with the Ambulance NB staffing shortage problem is unknown, because no one has investigated the causes of that problem. The urgent situation at Ambulance NB could well worsen while the new government pursues a pet solution.

New Brunswick has a shortage of ambulance paramedics, as do some other areas of Canada. There was a meeting this week of the Maritime area paramedic unions to discuss these common staffing problems. A media search also turns up other reports of ambulance staffing shortages elsewhere in Canada – all in areas with no linguistic requirements.

A recent investigation by the Telegraph Journal into the paramedic shortage brought out issues such as the low salary of paramedics relative to other health professionals and other first responders, the overly long turnaround times for ambulances when they arrive at the hospital in almost 40 percent of cases, the large proportion of ambulance time taken up with patient transfers between hospitals, the proportion of those transfer requests that are mislabelled urgent, and the dispatch and monitoring problems related to the management of Ambulance NB by the private company, Medavie, which has been running it for a dozen years.  The newspaper also reported on the regret felt by the former Minister of Health who initiated Ambulance NB because he now believes the structure has become part of the problem.

The new Premier, however, remains focussed on language. In an enigmatic interview with the national television program, Power and Politics, on his first day as Premier, he was asked whether, in order to address the paramedic shortage, he was willing to remove the condition that paramedics be bilingual.

“We met collectively, the Alliance and Medavie and ourselves, … to look at what options exist, and they presented us jointly with some options that do not negatively impact, do not require any changes to the Official Languages Act, but get the job done. In the interim period, about looking at this arbitration case, it makes sense to do what we need to get ambulances on the road but it’s an interim solution as was put forward on the case. We won’t be carrying on fighting this in a court case because it’s not a court case, it was a consent order, it wasn’t a judicial order. And it’s been made to be a language issue when it’s a health issue.”

I note in passing that “collectively” means, apparently, the Progressive Conservatives and the People’s Alliance. I also note his trust in the options that the private company provided.

And I note that he is revolutionizing the legal system with his opinion about a “consent order” – sorry, but it’s a court order for whose violation you can be found in contempt of court.

But the most notable thing in that interview is that, while he continues to see the paramedic shortage as rooted in the language issue, he is saying it’s not a language issue.

Well, ambulance staffing isn’t a language issue as far as we know, but if he reduces linguistic rights in a supposed solution to it, as he seems about to do, it will become one, separate from the staffing shortage.

Currently the only language issue related to Ambulance NB that we know of for certain is its failure to provide services in French.

Brian, we hardly know ye!

I actually hope Brian Gallant decides to stay and do a do-over on his job as a leader. I can’t believe I now think that, but I do, based on the last week. Call me a softie but I think the politically scrawny 32-year old that we elected has finally filled out. He may no longer be the figurehead for the backroom boys or the Machiavellian MLAs of his previous government, several of whom are no longer there.

I think Gallant now knows a few more things and is his own person. (If that is true, I give most of the credit to his wife. I’m partly joking. I don’t know anything about her except for their deportment together.)

Okay, okay, I think that even the old Brian Gallant might well have been better than what we are now about to have.

But up to this point, I had been of the opinion that the Gallant government hardly did anything right during the previous four years (except, interestingly, on a few feminist issues – abortion, pay equity, Women’s Council). I thought the Gallant Liberals deserved to be out of there. I don’t think we now deserve a Higgs and Austin populist show, but until this past week, I was not going to miss Brian Gallant.

His speech on Friday morning did not hit a wrong note and was a balm on the Legislature, on politics. And the interviews he gave after were just as real. He cannot now waver from the sentiments he expressed or else many of us will be even more cynical than we are, – which we thought was already past the point of no return. But I think the man has found his cruising speed.

Maybe the past four years is the price we pay for electing them so young.

I may add to this but in the meantime I commend and recommend this speech: (Gallant speaks from 12min45 to about 40min.)

https://www1.gnb.ca/legis/webcasts/archive/view-f.asp?event=51&lang=o

 

La parité oui mais

Lors de chaque élection, le pourcentage de femmes parmi les candidats et les élus intéresse les médias et le public. C’est une bonne chose, mais…

Il m’arrive de fêter quand il y a peu de femmes candidates ou élues.

Dans le cadre des élections au Nouveau-Brunswick le mois dernier, seulement 30% des candidats du parti anti-francophone et anti-bilinguisme, People’s Alliance, étaient des femmes. Au moins y’a ça, me suis-je dit.

Il m’arrive d’être déçue lorsque des femmes sont élues.

Lorsque les Marine Le Pen ou les Margaret Thatcher de ce monde sont élues, je me dis, parce que vaut mieux être polie des fois, c’est une bonne journée pour ces femmes et je défends leur droit de se présenter.

Il m’arrive de ne pas être attristée par un recul dans le taux de représentation femme-homme.

Lorsque vient une vague d’élections de gouvernements de droite, d’extrême-droite ou même fasciste, souvent le taux de représentation de femmes élues chute. Disons que la parité n’est pas ma préoccupation principale à ces moments-là.

Il y a élire davantage de femmes et il y a politique féministe. On peut dire que c’est une distinction qui ne devrait pas exister, mais elle est réelle parce que le patriarcat, la socialisation au patriarcat et la misogynie sont réelles, ainsi que les partis politiques, leur boys club et leurs méthodes oppressantes.

Si je dois choisir entre voter pour une femme ou voter pour un programme féministe, je penche pour le programme féministe sans aucun pincement au cœur, avec un «V’là !» joyeux même.

La lutte féministe n’a jamais été qu’une lutte pour entrer dans l’arène politique. C’est une lutte pour radorcer le monde.

Les dernières élections au Canada ont continué l’élan vers un plus grand nombre de femmes dans les assemblées provinciales et fédéral. Mais 100 ans après l’obtention du droit de vote des femmes, ce n’est point la parité.

Seulement 27% des députés de la Chambre des communes canadienne sont des femmes, un taux record.

Depuis peu, le Québec détient la palme au Canada avec 42% de femmes, suivi de l’Ontario et la Colombie-Britannique avec 39%. Dans deux autres provinces, les femmes composent plus du tiers de leur Assemblée.

Suite aux récentes élections, le Nouveau-Brunswick n’a pas bougé de son avant-dernière place, devant l’Île-du-Prince-Édouard (qui dépassera probablement le Nouveau-Brunswick lors des élections provinciales en 2019 puisqu’il est prévu que le Parti vert y fera de grands gains, ce qui veut dire de nombreuses candidates).

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Up with Anglophone Rights

The People’s Alliance party has a fixation on bilingualism and it begs an explanation. Actually, it reminds me of the story about a poor farmer who learns that his better-off neighbour has purchased a cow. The poor farmer cries out in anger to his deity, or finds a genie bottle, depending on the versions. He is asked what he would like and he replies, “I would like you to kill my neighbour’s cow.”

New Brunswick must not become a province where others’ gains are seen as our loss. Where we hold everyone back for fear of change. Where we let politics separate us.

New Brunswickers getting service in their official language, is what we want. An award-winning public service delivering that, is what we want.

Would that there were in New Brunswick an anglophone group to promote the interests of anglophones who support bilingualism. That would express outrage at anglophones’ inadequate access to language education, and indignation at the 50-year neglect of such issues. That would denounce the bigotry and cowardice that has fuelled this neglect at their expense. At the province’s expense.

A group that would make appropriate fun of the notion that bilingual school buses are a solution to New Brunswick’s deficit problem. Or that Kris Austin could change the constitution!

A group that would call out the scapegoating of bilingualism whenever they see it. That would call on the need to concentrate on the real causes of New Brunswick problems, instead of rehashing some local prejudices while New Brunswick burns.

A group that would say New Brunswick bilingualism is an asset not a liability.

Instead, in the absence of such a group, we have the People’s Alliance. Taking up all the space with their anti-francophone and anti-bilingualism positions. (I’ve read their – unilingual – platform. There is no misunderstanding.) And no one is pushing back, neither political parties nor anglophone civil society groups.

There was a time when political parties would and did denounce attacks on bilingualism and unfounded statements blaming Acadians for everything. It was particularly noticeable during the short life of the previous incarnation of People’s Alliance – the Confederation of Regions party.

But these days, Acadians and francophones seem to be the only ones openly opposing that message. Which then makes it seem that it’s about language, when it is really about openness and fairness.

I do not have an opinion about anglophone access to language education and French immersion. That’s not my business.

But People’s Alliance would reduce services to francophones and call it “common sense”?

Does common sense no longer mean a shared wisdom? Is common sense now shorthand for, wink wink, we made our mind up so let’s forget about facts and process and do what we want?

To date, the People’s Alliance has managed to outshout most other Anglophones in New Brunswick. On the “problems” of official bilingualism, they say they have the answers – ending duality and the language commissioner, and providing services in your language only if you stay with your kind – which they dress up as “language fairness” and “common sense”. Will they fix racial inequality next?

Are Anglophones being intimidated by the People’s Alliance? Where do reasonable Anglophones stand?

Une Assemblée boussi-boula

Voilà ma 6ième et dernière chronique pour l’Acadie Nouvelle. Je remercie @AcadieNouvelle d’avoir invité des chroniqueurs spéciaux dans le cadre de l’élection 2018.

Les partis politiques au Nouveau-Brunswick nous radotent depuis toujours qu’ils vont faire la politique différemment et il se peut qu’enfin nous les avons forcés d’essayer.

Les Libéraux vont tenter de former un gouvernement en s’alliant comme ils peuvent, et peut-être qu’avant qu’on ait à voter à nouveau qui sera assez sûrement prochainement, les Conservateurs auront aussi l’occasion de tenter de mener la barque. Les coalitions de parti et les alliances dossier par dossier nécessiteront des négociations. Ce qui fait que lorsque le gouvernement tombera et qu’on devra voter à nouveau, on en saura un peu plus sur les valeurs et les qualités de nos politiciens. Qui a la trempe d’un homme d’état conciliateur? Comment vite a-t-on tenté de vendre les droits linguistiques? Et on saura de quel côté notre circonscription penche et on ajustera notre vote en conséquence, hein?

Et on se fera accompagner au bureau de scrutin par une personne qui n’a pas voté cette fois-ci, d’accord? Parce qu’on peut faire mieux qu’un taux de participation de 67 pour cent, étant donné ce qui est en jeu, comme francophones et comme Néo-brunswickois.

Une mauvaise nouvelle est que l’Assemblée nouvellement élu sera composé d’hommes à 78 pour cent. Qui mérite plus de trois-quarts du pouvoir de décision quand ils sont moins de la moitié? D’accord, 11 députées est le plus jamais vu au Nouveau-Brunswick, et, oui, on est passé de tragique à simplement pathétique. Mais avec tout l’effort mis avant l’élection, avec le centenaire du vote provincial des femmes l’an prochain, avec tout le tralala des partis en appui des femmes, et avec l’adoption d’une nouvelle formule de financement des partis qui les récompense plus généreusement pour les votes reçus par leurs candidates que ceux reçus par leurs candidats, on s’attendait à mieux. Mais sachons que les partis principaux n’ont pas saisi les occasions. Des sept députés Libéraux sortants qui ne se représentaient pas à cette élection, le parti Libéral n’a choisi qu’une femme. Chez les Conservateurs qui avaient trois députés sortants qui ne se représentaient pas, une femme a été choisi. C’est du pas sérieux.

Faut se décider, faut se décider

Ce texte était ma cinquième chronique pour l’Acadie Nouvelle, qu’ils ont publié le 18 septembre 2018, dans le contexte de l’élection provinciale le 24 septembre.

 

Peu de nous votons pour un parti en raison d’une promesse dans un seul dossier. La plupart du temps, nous recherchons un candidat et un chef « endurables » et un parti crédible qui a des positions tolérables sur plusieurs dossiers.

Le domaine social n’a pas pris beaucoup de place dans cette élection-ci, mais il y a quelques promesses qui pourraient peser dans nos décisions.

Les Libéraux promettent une loi sur l’équité salariale couvrant les grandes entreprises et les municipalités, les universités et les foyers de soins. On a déjà entendu des promesses à ce sujet sans grand résultat, mais nos ponts et programmes ont aussi été promis plusieurs fois avant d’être réalisés. Le plus grand risque dans le dossier de l’équité salariale est que ce soit fait n’importe comment. Certains exercices d’évaluation de l’équité salariale faits par des récents gouvernements ont été controversés, n’ont pas offert de processus de résolution de disputes et ont démontré que les experts et les organismes comme la Coalition pour l’équité salariale et les syndicats doivent être à la table. Le programme du Parti vert promet également une loi à ce sujet mais les Progressiste-conservateurs n’en font pas mention.

La promesse par plusieurs partis d’augmenter le taux du salaire minimum est à noter. La promesse par ces mêmes partis d’augmenter les salaires des employées des foyers de soin est davantage une réponse à une crise de recrutement que justice sociale.

Une promesse intéressante qui n’aura probablement pas grand impact est celle du Parti Vert : il commanderait une enquête publique sur la suffisance des revenus de retraite des citoyens. On se rappellera que la motivation initiale de David Alward pour les changements faits aux régimes de pension des employés gouvernementaux était d’aussi d’améliorer les régimes du secteur privé. Ce volet a vite été oublié alors qu’on a ambitionné sur les régimes des fonctionnaires. Pourtant ce sont des cas grotesques de perte de pension dans le secteur privé qui avait lancé son initiative – rappelons-nous les tragédies qu’ont vécues les employés de Fraser et Nackawic

Parlons de l’éléphant

Ce texte est la quatrième chronique que j’ai publiée dans l’Acadie Nouvelle (11 septembre 2018) en prévision de l’élection provinciale le 24 septembre.

Il y a des mauvaises passes dans toute campagne électorale. Des matins où on se dit si un autre candidat dit une autre stupidité en évitant les questions importantes, on va jurer.

L’Acadie aurait besoin de défenseurs, on promet des permis de chasse au dindon. Quand on meurt de soif, il y a toujours quelqu’un pour t’offrir un chandail. En parlant de soif, il paraît que l’eau de la baie de Shédiac est bonne à boire – voyez le ministre de la Santé en boire.

On lit bien d’autres âneries dans cette campagne. Il y aura à peu près un foyer de soin pour chaque aîné. Blaine Higgs est le sauveur attendu des francophones. Kris Austin n’est pas anti-francophone, seules ses politiques le sont. Un tour de passe-passe avec la taxe de carbone fera disparaître les changements climatiques et le gouvernement fédéral, et, tant qu’à se moquer des changements climatiques, nos tarifs d’électricité faibles seront bientôt encore plus faibles. Les partis n’ont pas eu le temps de lire les rapports sur les langues officielles de la dernière année, autrement ils se feraient un plaisir de les commenter. Les fleurons acadiens de Blaine Higgs adorent son idée d’avoir des ambulanciers et des fonctionnaires unilingues qui apprendront le français à l’exemple de Higgs. Les organismes acadiens devront payer pour l’interprétation simultanée de Higgs lors du débat en français.

À part ça, tout va très bien, Madame la Marquise.

L’éléphant ? Les questions de langue et de l’Acadie, qui sont si pertinentes dans cette campagne, et la peur bleue des partis principaux face à ces questions est si paralysante, que nous en sommes à une impasse des plus malsaines. Ça rappelle le dossier de l’avortement où dans l’absence de courage, la consigne était le silence. Et comme pour l’avortement, la population est plus raisonnable et tolérante que pensent les politiciens et il suffirait de quelques gestes pour changer la réalité.

La seule chose inspirante lue cette semaine, et à ma surprise, est le programme du Parti Vert. C’est un document qui se tient.

Allez voir : (https://d3n8a8pro7vhmx.cloudfront.net/nbgreens/pages/3552/attachments/original/1535375918/french_platform.pdf?1535375918)

C’est d’l’ouvrage, voter !

Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 4 septembre 2018, la troisième de six chroniques qui m’ont été demandées par le quotidien avant l’élection au Nouveau-Brunswick le 24 septembre.

 

Il est possible de se faire mal en votant. D’accord, il est plus probable de se faire mal en ne votant pas, mais parlons de ceux qui manient leur scrutin avec trop peu de soin.

Pour regretter son vote, il suffit d’un peu d’inattention, d’un geste automatique, ou de s’éprendre d’un candidat et ne pas penser au parti qu’il représente et combien peu de pouvoir a un député.

Il suffit de vouloir punir le parti au pouvoir pour une action sans avoir égard à qui sera donc élu, et on peut finir en se punissant soi-même.

Ou il suffit d’oublier que le système électoral que nous avons est brutal – il se fout du vote individuel et ne récompense que le plus fort, qui emporte tout. Tu décides d’écouter ton cœur et voter pour un tiers parti même s’il y a une lutte serrée entre deux partis, entre le bien et le mal disons ? Tu pourrais regretter de t’être permis ce plaisir. Mais si le tiers parti de ton cœur a une chance dans ta circonscription pour une fois, c’est le moment de foncer.

C’est de l’ouvrage, voter habilement. Il faut du jugement et il faut s’informer. Heureusement il y a des sites et des journalistes pour ça. Il y a aussi des sites biaisés et mal informés.

Les élections ne sont pas un sondage. Voter c’est une action, avec des conséquences. C’est embaucher quelqu’un pour soigner nos intérêts.

Je ne pense pas à un parti ou un conflit de cette élection en particulier en faisant ce rappel. J’ai assez d’exemples d’ailleurs. Lors de l’élection états-unienne serrée de 2000, ceux qui ont voté pour Ralph Nader au lieu du candidat démocrate ont permis à George W Bush de faire sa guerre.

Ces électeurs moins nantis qui ont voté pour Trump parce qu’ils aiment qu’il dérange les bien-pensants.

Ces électeurs partout qui votent pour la réduction des impôts alors qu’ils sont les premiers à bénéficier de la solidarité et du bien commun rendus possible par les impôts.

Bravo, bof, et sifflets

Ce texte fut publié par l’Acadie Nouvelle le 28 août 2018, la deuxième de six chroniques qui m’ont été demandées par ce quotidien dans les semaines précédant l’élection au Nouveau-Brunswick.

Il est rare qu’un dossier social soit un enjeu d’une élection. Pour une question féministe, c’est presque de l’ordre du jamais vu.

Ce fut vu au Nouveau-Brunswick lors de la campagne électorale de 2014. Pour tout dire, un autre miracle attesté avait déjà eu lieu ici en 1987, quand les chefs de parti ont tenu un débat uniquement sur l’équité salariale et l’égalité des femmes.

En 2014, c’est l’avortement qui a retenu quelque peu l’attention suite à la fermeture de la clinique Morgentaler deux mois avant l’élection. Sa fermeture voulait dire que personne en quête d’un avortement ne pouvait plus éviter le parcours d’obstacles politiques. Brian Gallant, quelques semaines après son élection et sans l’avoir promis en campagne, a aboli ces restrictions médiévales. Récemment, la province est devenue la première à offrir l’accès universel à la pilule abortive. C’est un bout de chemin.

Une autre préoccupation vive en 2014 était le statut précaire de l’agence avisant le gouvernement sur les questions féminines. Après l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme par les Conservateurs, la réaction fut telle que ces mêmes Conservateurs, peu avant l’élection de 2014, ont recréé une semblance d’agence, … sans indépendance. Une fois élu, Brian Gallant a fait adopter une loi protégeant le nouveau Conseil des femmes et a doublé son budget. Du beau boulot.

On note également l’adoption d’une loi incitant financièrement les partis politiques à recruter davantage de candidates, une mesure recommandée depuis plus de 10 ans.

On n’est pas autant impressionné par ce qui s’est fait depuis la dernière élection pour réduire la pauvreté – l’indexation du taux de salaire minimum au coût de la vie, c’est beau mais quand le taux est crève-faim, un pourcentage de rien donne rien.

Contre la violence faite aux femmes, les seules nouveautés sont de l’aide aux victimes, celles qui survivent, et non pas de la prévention.

Ce gouvernement a annoncé qu’il fait une analyse inclusive selon le genre avant de prendre toute décision, mais faute de preuves, personne ne l’a cru.

Quant à l’équité salariale, c’est une semi-déception. Ce gouvernement a corrigé un peu plus de l’injustice vécue par les employées du gouvernement depuis toujours, mais il n’a pas fait ce qu’il avait promis pour les autres femmes, soit la majorité qui travaille dans le secteur privé.

L’essentiel à retenir de ce bilan des quelques gains est qu’ils sont très précaires.

Le social n’est pas du luxe

Cette chronique a été publiée en premier par l’Acadie Nouvelle le 21 août 2018, la première d’une série de six chroniques pour eux sur les dossiers sociaux et l’élection provinciale qui aura lieu le 24 septembre 2018.

On peut avoir l’impression que les dossiers que le Nouveau-Brunswick doit confronter sont surtout économiques. On aurait raison. Et on peut avoir l’impression que ces questions « économiques » se résument à comment appuyer les entrepreneurs afin qu’ils se fassent davantage de profit. On aurait tort.

L’économie doit autant aux questions sociales qu’au marché, et les familles et les services publics ont autant à voir avec la production de richesses que les entrepreneurs. Une société saine dans une économie saine, c’est un but rationnel.

En fait, l’économie, c’est comment on s’organise, ce sont les choix qu’une société fait pour répondre aux besoins et réaliser son potentiel, ses choix des critères à respecter et des risques acceptables.

L’économie d’une société reflète ses valeurs. Ainsi on peut renoncer à certaines industries et occasions afin de ne pas mettre à risque le bien-être de notre environnement ou de nos gens, comme on peut n’appuyer que les entreprises offrant des emplois à salaire viable, comme on peut juger que les garderies sont aussi importantes pour se rendre au travail que les ponts et les chemins.

Les garderies sont justement un domaine qui a vu des améliorations importantes ces dernières années ici. Qu’a eu à dire le chef du People’s Alliance Party suite aux récentes annonces? Que la province ne peut se payer un autre programme social, surtout quand on gaspille déjà tant pour la dualité, dit-il, alors qu’il faut se concentrer sur notre déficit budgétaire. Rentrez à la maison, mesdames, fermez les services, messieurs, éteignez les lumières, citoyens.

On devrait accepter l’austérité et les coupures parce qu’il faut « surtout pas laisser un fardeau de dette à nos enfants et petit-enfants » ? Mais on ne veut pas leur léguer une économie ou une société morte non plus. Et dites donc où et quand l’austérité a ramené la prospérité, parce que ça, personne ne le dit. Tant qu’à dépenser de l’argent qu’on n’a pas, mieux vaut le faire afin de créer de la capacité que de dépenser davantage en catastrophe plus tard.

Les questions sociales feront des apparitions dans la campagne électorale. Mais il faudra veiller à ne pas se laisser faire accroire que le social doit attendre l’économique. Parce que là il faudra obtenir une réponse à savoir pourquoi il faut laver la vaisselle si on n’a pas mangé.

Beware of common sense

It’s getting harder to respect “common sense”. One of the first times I doubted the term was when Stephen Harper called his bill to allow certain scary rifles that the RCMP had prohibited, the “Common Sense Firearms Licensing Act”.

Then I saw some Anglophone New Brunswickers argue that it was just common sense that school buses should carry both Francophone and Anglophone children and also common sense that the bus drivers should not have to be bilingual. It occurred to me that “common sense” no longer meant what I thought it meant.

When people from Darlings Island who couldn’t find Lamèque Island even if you told them it was in New Brunswick suggested we should abolish official bilingualism and use “common sense” instead, I decided common sense is indeed suspect.

When New Brunswickers argued that it is only common sense to have a referendum on rights issues, I saw that the problem with the phrase is not that it is meaningless, it is that, in New Brunswick at least, it has been transformed into something else. A rhetorical cover with which to cloak antisocial motivations and actions.

 

Now, weeks away from a provincial election, it looks like “common sense” may replace the usual campaign clichés like “change”, “vote for change”, “choose progress” in the election campaigns. There is that to look forward to.

For the last year or so, spokespersons for the Conservative party, official name Progressive Conservatives, have been using the term “common sense” as a stand-in for their solution to various issues. For example.

« It’s one of these common sense things. You don’t have to legislate it or anything like that. »

« We say New Brunswick can be better if our schools, our ethics and our economic common-sense are as good as our people. »

« Higgs said he is hopeful communities will work together and sort out bus issues in a common sense way. »

In 2016, candidates for the leadership of that Conservative party – Jake Stewart and Mike Allen especially – vied for ownership of the slogan “common sense”. The eventual leader, Blaine Higgs, has been more restrained but has been known to call up “common sense” as a fix for whatever ails us.

However, the People’s Alliance of New Brunswick is definitely ahead in laying claim to the phrase “common sense”. It’s in every sentence, letter to the editor, and slogan. Many of their candidates can also lay claim to the most comments that are racist, homophobic and anti-Acadian, but we will try not to connect those opinions to their claim to be the party of “common sense”.

 

“Common sense” seems very useful in shutting down discussion. It seems to say there is only one answer, and we all know what that is, so stop wanting a different answer. It is shorthand for “let’s skip analysis and debate, let’s do what I, or the mob, wants”.

If we are so divergent in what we mean by “common sense”, then it isn’t common. “Common sense” is a hollowed-out term, and no longer an adequate answer to a question.

Admittedly, I am of a group that has been ill-served by “common sense”. A few decades ago we were told that common sense dictated that we stay home, make babies, not be admitted to certain professions, not participate in political debate.

Much longer ago, common sense had it that the world was flat.

These days, when I want my rights and someone doesn’t agree, I hear that common sense requires that there be a compromise. Reminds me of some young couples I sat through an evening with once, an event very tedious but which has provided me with much lore all these years since. One gem was from a couple, married a handful of years, who insisted on sharing the secrets to their “success”, which included, said she, “He does not like pork, so we compromised and we never have pork in the house.”

In New Brunswick these days, that might count as a common sense compromise.

So I say, beware of common sense.

Instead, ask for reasoning, process, analysis, democracy, rule of law.

This could be the election where we learn to distinguish between “common sense” and good sense.

Mixed, not Métis

I wrote and published this text in French in July 2018. Following expressions of interest from non-francophones, including from Indigenous persons, I put together this translation, with help. The French remains the definitive text.

I want to talk about Acadians who make me ashamed. For once, I don’t mean elected officials. I mean Acadians who proclaim themselves « Métis » out of the blue because they just heard that there might be some benefits attached to that designation.

Most have known all their lives that they have an Indigenous ancestor. But favourable legal decisions for the Indigenous or rumours of easy money suddenly made them proud of this ancestor, no matter how remote or uncertain the ancestor may be. Of our 1,000 or so ancestors since the arrival of the first Acadians, they’ve decided it is the Indigenous ancestor or the handful of Indigenous ancestors who will define them from now on.

This new pride could have motivated them to support First Nations and demand that Acadian associations do the same.

No, the new pride of the born-again Acadian “Métis” only pushes them to buy a « Métis » card from the local scheming “metis” association, a card made to look exactly like a First Nations’ card. They will use the card to try to avoid paying sales taxes, they will flash it to demand hunting and fishing rights and otherwise try for the « big life » of First Nations, which were the arguments used to sell these cards. The number of people living in the Maritimes self-identifying as Métis in recent Censuses has exploded.

They are so proud of their Indigenous ancestor that some denigrate First Nations. Let us share quotes from their associations: « We are the first aboriginals. » « We are more Métis than the Métis in the West. » « We only want what the other aboriginals have. »

As a fisherman from Pont-Landry denounced in 2000: « There are fishermen who fight against Native people obtaining fishing rights, but who have their membership card (Métis) to claim the same benefits as them, should they succeed at having their rights recognized. »

These pretenders have also declared that there are Métis communities! It is not just in Amazonia that one can discover unknown tribes. In Acadie also! Some wannabe Métis say they grew up in secret communities of « Métis ». In these places, the « Métis » knew who they were. « Acadian » was code for Métis, or something like that, it’s unclear.

Some other so-called « Métis » say they never knew they were « Métis » – the fault of Acadie and historians – but they have just had their DNA analyzed and bingo! Those have not yet heard about the clause in legal decisions stating that one criteria for being Métis is to be a member of a Métis community. They may be revising their memories of their early life.

The fact that First Nations say there are no Métis or Métis communities in the Maritimes does not seem to trouble those Métis wannabes, who also do not worry about whether or not their new-found kin is proud of them.

When we forced First Nations on reserves, when we removed their children to put them in residential schools, these people and communities who claim to be of the same race did not come out of the woods. They sure do know when to have their moment of epiphany, when it is time to grab the loot.

Other Acadians and natives have denounced these opportunists.

« I’m not Métis … my mother would have told me », is how sociologist Joseph-Yvon Thériault titled his text published by Astheure in 2016.

« Acadians, stop this silliness. It’s shameful!” tweeted Acadian Vanelle @teesock this month in response to news that an Acadian « Métis » association says that the Western Métis language, Michif, is spoken in Nova Scotia.

« Twenty years ago, even Indians did not want to be Indian. Today, everyone wants to be, » Len Tomah, the regional leader of the Assembly of First Nations for New Brunswick and Prince Edward Island, declared recently. Lire la suite

Pas mal métissée, mais pas Métis

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie Nouvelle le 20 juillet 2018.

Je veux vous parler d’Acadiens qui me font honte. Et pour une fois, il ne s’agit pas d’élus. Je veux dire les Acadiens qui se proclament « Métis » un bon jour parce qu’ils viennent d’entendre dire qu’il y aurait peut-être des avantages à ça.

La plupart ont su toute leur vie qu’ils avaient un ancêtre autochtone, mais c’est une décision juridique favorable aux autochtones ou une rumeur de gains faciles qui les a rendus fiers de cet ancêtre, aussi lointain ou incertain soit-il. Des quelque 1 000 ancêtres qu’on a depuis l’arrivée des premiers Acadiens, c’est l’ancêtre ou la poignée d’ancêtres des Premières nations qui va dorénavant les définir.

Cette nouvelle fierté aurait pu les motiver à appuyer les Premières nations et à exiger que les associations acadiennes fassent de même.

Non, la nouvelle fierté des nouveau-nés « métis » les pousse à s’acheter une carte de « métis » à l’association arnaqueuse du coin, carte faite pour ressembler exactement celles des Premières nations, carte qu’ils vont tenter de se servir pour éviter de payer des taxes sur des achats et qu’ils brandiront en revendiquant leurs droits de chasse et pêche à l’année, ou de vivre la « grosse vie » des Premières nations, des arguments de vente de ces cartes. Le nombre de personnes aux Maritimes s’auto-déclarant Métis dans les recensements a explosé ces dernières décennies.

Si fiers de leur ancêtre autochtone sont-ils que certains dénigrent les Premières nations. Citons leurs associations : « Nous sommes les premiers vrais autochtones ». « Nous sommes plus métis que les Métis de l’Ouest ». «On ne veut que ce que ces autres autochtones ont déjà ». Comme un pêcheur de Pont-Landry dénonçait en 2000, « Il y a des pêcheurs qui se battent contre les autochtones pour ne pas leur donner le droit de pêcher, mais qui ont leur carte de membres (Métis) pour avoir les mêmes avantages qu’eux si jamais ils viennent à gagner leurs droits. »

Ces poseurs nous annoncent également qu’il y a des communautés métisses ! Il n’y aurait pas qu’en Amazonie qu’on découvre des tribus inconnues. En Acadie itou! Certains affirment qu’ils ont grandi dans des communautés secrètes de « métis ». Dans ces places, les « métis » savaient qui ils étaient.  « Acadien » était code pour métis, ou quelque chose comme ça, c’est flou.

Certains autres prétendus « métis » disent qu’ils n’ont jamais su qu’ils étaient « métis » – la faute de l’Acadie et des historiens – mais ils viennent de faire analyser leur ADN et bingo ! Ceux-là n’ont pas encore entendu parler de la clause dans les décisions juridiques qui dit qu’un des critères pour être Métis, c’est être membre d’une communauté Métisse. Leurs souvenirs de vie pourraient bientôt changer.

Que les Premières nations soient d’avis qu’il n’y a pas de Métis ou de communauté Métis dans les Maritimes ne semble pas troubler ces aspirants métis, qui ne se demandent pas non plus si la parenté est fière d’eux.

Quand on forçait les Premières nations dans des réserves, quand on enlevait leurs enfants pour les mettre dans les écoles résidentielles, ces personnes et communautés qui se réclament de la même race n’ont pas sorti du bois. Elles savent choisir le moment pour avoir leur épiphanie, pour s’approprier le butin de l’autre.

D’autres Acadiens et autochtones ont déjà bien dénoncé ces opportunistes.

« Je ne suis pas Métis…ma mère me l’aurait dit », titre le sociologue Joseph-Yvon Thériault dans un texte publié par Astheure en 2016.

« Acadiens et Acadiennes, arrêtez vos gestes. C’est honteux cecitte! » tweetait l’Acadienne Vanelle @teesock ce mois-ci en réaction à la nouvelle qu’une des associations de « métis » acadiens dit que la langue des Métis de l’ouest, Michif, est parlé en Nouvelle-Écosse.

« Il y a 20 ans, même les Indiens ne voulaient pas être indiens. Aujourd’hui, tout le monde veut l’être! » a ironisé récemment Len Tomah, le chef régional de l’Assemblée des Premières et nations du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard.

« Tout au long de l’histoire, nous avons résisté à la colonisation et nous avons parlé des horreurs contre les peuples autochtones. Où étaient ces Métis pendant tout ce temps? » soulève Jarvis Googoo, un avocat mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse.

 

Il est important de dénoncer cette situation pour plusieurs raisons. C’est de la foutaise. Les Premières nations ne méritent pas ça et ont droit de s’attendre à ce que leurs amis dénoncent ces « Acadiens ». Ça fait honte à l’Acadie. Ils cherchent à falsifier l’histoire.

La pire conséquence potentielle des manigances des pseudo « métis » serait que cela nuise aux droits et bénéfices des Premières nations. Ce serait l’ultime appropriation.

 

Je suis Acadienne, donc je suis métissée, c’est-à-dire j’ai des ancêtres de diverses origines ethniques. Mais je ne suis pas Métis dans le sens politique et juridique canadien, même si j’ai des ancêtres des Premières nations.

Presque tout humain est métissé. C’est ça l’amour, l’histoire, le viol, la vie. On a du sang des autochtones de l’Europe, de l’Afrique, de l’Amérique du Nord, et d’ailleurs. Cela ne change rien à notre citoyenneté, nos droits, les réalités politiques. Sauf que depuis que j’ai découvert que j’ai du sang écossais, français et portugais, je vends des « passeports » à ces pays. Ça vous intéresse? Dix piastres pour l’étude de votre filiation, un peu plus pour le passeport et vous devriez être bon pour demander les bénéfices et pensions dus aux citoyens de ces pays.

Ces « métis» me rappellent les disciples de Trump qui, tannés d’être les perdants du système capitaliste, décident qu’ils n’ont pas à changer ce système, il suffit de construire un monde alternatif, de viser les cibles faciles.

Ces « Acadiens-métis » se sentent peut-être délaissés, les héritiers d’une histoire inachevée. Ça porte à l’idée un autre monde alternatif.  Un monde où les Acadiens demandent un dédommagement, un Fonds acadien, un territoire pour être acadien. Quelqu’un vend des cartes pour ce monde alternatif-là ?

Pardon si vous n’êtes pas bilingue

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie Nouvelle le 9 juillet 2018.

Il y a bien des années, j’ai passé un souper évidemment inoubliable avec une tablée de couples en vacances romantiques. Une soirée pénible, plus jamais répétée. Parmi les conversations subies avec ces couples jeunes, blancs, états-uniens et chrétiens, cette perle de ce couple qui pensait qu’on serait intéressé aux raisons pourquoi leur mariage, vieux d’une poignée d’années, était heureux.

Elle me confie, « Bien sûr, nous avons fait des compromis. Il n’aime pas le porc. Donc, nous n’avons jamais de porc dans la maison. »

Je pense à ce couple, qui avait trouvé leur compromis en compromettant la définition de compromis, lorsque je vois certains « arrangements » qu’on a au Nouveau-Brunswick par rapport à la langue. Lorsque je suis en conversation avec un bureau gouvernemental et on me demande tôt ou tard do you speak english, par exemple. Le mariage néo-brunswickois n’est pas lui non plus à l’étape de l’épanouissement.

J’ai eu dernièrement l’occasion de discuter avec plusieurs anglophones au sujet des langues. L’émotion ambiante à chaque fois: ces personnes auraient préféré être ailleurs. Elles arrivaient pâle, comme un prisonnier à l’échafaud, une enfant au dentiste, un chevreuil dans des phares. Souvent elles exprimaient une détresse d’avoir à parler de ça. Non pas qu’elles appuyaient tous pleinement le bilinguisme ou la dualité.

Ça m’a fait penser ce que, au fond je savais sans y avoir pensé consciemment, que les anglophones un peu ouverts préfèrent ne pas parler de droits linguistiques. Avoir à parler de ça, c’est un échec, c’est l’abysse, c’est la dispute conjugale qu’on voulait éviter.

Le mariage n’est pas facile avec un partenaire comme ça. Mais se pourrait-il que nous autres Acadiens avons peur itou? Ou le même espoir que si on n’en parle pas, ça va s’arranger?  Ce n’est pas la peur bleue de certains anglophones, mais il se peut qu’on ait un problème aussi.

En 2016, la tension linguistique était devenue telle dans les médias anglophones que Brian Gallant a fait quelque chose. Il a donné le même discours sur le vivre-ensemble à Caraquet et à Saint John. Un bon discours qui pourtant a insisté à nombreuses reprises sur un point bizarre.  Il a dit plusieurs fois qu’il comprenait que les anglophones ont de la difficulté. « S’il y a 10 francophones et un anglophone dans un groupe, tout le monde finit par parler anglais… Beaucoup d’anglophones m’ont dit qu’ils trouvent cela frustrant parce qu’ils veulent vraiment pratiquer leur français, mais on ne leur donne pas la chance de le faire. »

Et ensuite, « Je comprends que cela complique pas mal les choses pour les anglophones. C’est beaucoup plus facile pour un francophone entouré d’anglophones d’apprendre une langue seconde. Les anglophones qui veulent vraiment apprendre le français ont souvent peu de chances de s’exercer. Et les francophones bien intentionnés compliquent la situation pour ces anglophones lorsqu’ils ne parlent pas français avec eux. »

Et plus tard, « J’ai vu ce phénomène dans presque tous les cadres sociaux imaginables. Lorsqu’il y a un anglophone dans un groupe de francophones, le groupe parlera anglais. Voilà pourquoi les anglophones qui veulent apprendre le français sont si désespérés, et je cite, pour avoir des institutions « bilingues » où ils peuvent pratiquer le français. »

Il dira aussi, « Je pense aussi que les francophones découragent les autres francophones d’utiliser le français. Tout comme les anglophones se font critiquer pour ne pas parler suffisamment bien en français. Les francophones font la même chose entre eux. »

Il semblerait qu’on ne peut pas bien faire, que c’est notre faute partout. Il semblerait que nous devrions tous devenir des tuteurs de langues, au lieu de revendiquer des services dans notre langue ou des institutions à nous. Il semblerait que le premier ministre a donné la moitié d’un discours.

Qui aurait deviné que le cœur des anglophones souffrait de ne pas pouvoir parler français? Pourtant le discours des anglophones était depuis toujours que le français leur était rentré dans la gorge de force. Il est vrai que récemment j’ai trouvé bizarre l’entêtement de certains de vouloir envoyer leurs enfants à l’école dans les mêmes autobus que les nôtres, mais je ne leur prêtais pas de si nobles intentions. Qu’ils se dotent des moyens qu’il leur faut pour devenir bilingue, pour l’amour. Aurait fallu qu’on leur enseigne comment revendiquer?

Les Acadiens perdent du terrain au Nouveau-Brunswick. C’est évident dans les expériences quotidiennes, dans les statistiques et en politique. L’absence de progrès dans l’obtention du service en français, même pour les éléments de base comme les soins de santé, et l’absence de stratégie pour du progrès. L’incivilité de plus en plus tolérée lorsque ces questions sont soulevées. La baisse récente du pourcentage de Néo-Brunswickois qui utilisent le français comme première langue. Le gouvernement qui refuse ces dernières années de se préoccuper du statut de l’égalité linguistique et du fonctionnement du bilinguisme en s’assurant qu’il respecte ses propres lois linguistiques. La perte de contrôle de certains segments de services tels que les services extra-muraux et les maisons de retraite, en raison de la privatisation. La réticence à prioriser l’égalité linguistique dans la planification des services, de la privatisation et de l’immigration.

Nous ne vivons pas les meilleurs temps politiques du Nouveau-Brunswick. Nous avons traversé des années d’improvisation politique. Les bancs du gouvernement Gallant comptaient la plus forte proportion de francophones de tous les gouvernements et pourtant, en raison de la politique partisane et du manque de courage, de compétence et de vision, c’est le gouvernement qui a le plus nui à la capacité des Acadiens à se développer. L’opposition a été d’une aide précieuse au gouvernement.

Je ne modifierai rien à ce que je fais déjà quand on ne peut pas me servir dans ma langue, quand un apprenant du français devient pénible en conversation, ou quand un politicien veut me culpabiliser pour l’unilinguisme des anglophones. Je modifierai ce que je m’attends de nous, des institutions et événements acadiens et francophones.

French New Brunswick is losing ground

This text was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on June 23, 2018.

As an Acadian New Brunswicker, I can tell you my community is losing ground. We have used the courts and the ballot box, laws and community organizing and fundraising. We’ve survived, but things are not going great. And, to tell you the truth, we still don’t have what you have in English New Brunswick.

What has been your best strategy for obtaining service in your language? What exactly do you do when you can’t get served in English? I don’t mean the everyday stuff, like buying milk and bananas at the corner store. I mean what do you do when the government office, or your MLA, or the day care operator, or the nurse can’t speak English? You obviously have better strategies than we, French-speaking New Brunswickers, do. Do you pay extra to be guaranteed service in your language?

When you have an emergency and you go the hospital or call an ambulance, how do you prepare? People I know call their bilingual children to come over so that when the ambulance gets there, they will be understood. Others ask around or search on the internet how to say in English, « it hurts like hell right here. » What do you say when the ambulance person speaks in another language? Are charades or software apps useful? Or do you just hope for a fast ride to the hospital?

What has been your best strategy for the survival of your language? Could I attend the meetings where you strategize on ways to avoid assimilation? What measures does your community take to ensure your language and culture survive?

These questions are important to New Brunswick. If we can’t empathize and be rational about English and French co-existence, if we can’t see that French and English co-existence is important, we won’t get around to our real issues.  There are New Brunswickers who blame other New Brunswickers for wanting what they have, and there are New Brunswickers who want to make New Brunswick better for all.

That Acadians are losing ground is seen in everyday experiences, in statistics and in politics.

The lack of progress in obtaining service in French even for basics such as health care, and the lack of a plan for progress.

The incivility increasingly shown and tolerated when these issues are raised in person or in the media.

The recent decline in the percentage of New Brunswickers using French as their first language – to 31.9 per cent in 2016 from 33.8 in 1971.

The government unwillingness these last few years to concern itself with the status of linguistic equality and how bilingualism is working, with ensuring it is following its own language laws.

The loss of control of some segments of services such as extra-mural services and nursing homes, due to privatization.

Politicians’ fear, nay disdain, for discussing these issues, their dismissive treatment of reports by the Commissioner of Official Languages, their unwillingness to prioritize linguistic equality when planning services, privatization, immigration.

In about three months, we will have a provincial election. The campaign leading up to it could go a few different ways regarding the language question.

Maybe it will be avoided. In that case, we’ll deal with it after the election.

Maybe one party will force the other to defend its stand on bilingualism. Maybe Blaine Higgs will force Brian Gallant to either defend linguistic rights or continue to remain silent, forcing him to lose and attract voters with either choice. Maybe Brian Gallant will ask Blaine Higgs, since when did conservatism mean that public workers trump taxpayers?

Maybe the campaign will descend into the abyss of neighbour-bashing and New Brunswick will be shown to be a backward land, where politicians and communities have no idea how to govern themselves.

Maybe reasonable people in the political parties and in the communities will wake up and say stop avoiding the real issues.

The Gallant government benches had the highest proportion of francophones of any provincial government and, yet, due to party politics and lack of courage, competence and vision, this is the government that has done the most damage to Acadians’ ability to thrive. The Opposition eagerly helped the government down that slope. There was the actually wonderful Gallant coming-out speech given in southern and northern New Brunswick: « Hi, I’m Brian, I’m Acadian. » But nothing before or since. Lire la suite

Après l’inondation, le temps des changements

Parmi les événements naturels catastrophiques programmés, il y a les inondations printanières du fleuve Saint-Jean.

Il y avait un temps au Nouveau-Brunswick que seuls ceux qui s’y attendaient étaient inondés, et ça à l’occasion. Les histoires de ces inondations étaient plus nostalgiques que tragiques.

La crue 2018 est venue, a supposément surpris certains malgré l’hiver qu’on a eu, les avertissements météorologiques, les rapports d’études, l’évidence historique et ne parlons pas du changement climatique.

En fait, cela a semblé un désastre en ralenti. Non pas parce que ç’a eu lieu sur une période de semaines, mais parce que nous avions des raisons de l’attendre : le printemps n’était point tôt, les études et les gens informés nous ont avertis que ces événements seront de plus en plus sévères et fréquents, que nos cartes des zones inondables remontent à des décennies, que nous permettons toujours le développement dans les zones inondables connues… C’était un désastre en préparation qui est arrivé, et qui aurait pu être bien pire.

Mais nous voilà. Après la crise, l’après-crise.

L’après, ce n’est pas le nettoyage, ou la décontamination. C’est même pas qui compenser. L’après-crise, c’est l’avant de la prochaine, la période que nous avons pour se préparer en vue de la prochaine inondation. On est possiblement à une dizaine de mois du prochain même événement (sans mentionner les autres événements catastrophiques possibles entre-temps, tsé les feux de forêts, le verglas).

On est une province pauvre comme pas d’autre. Cette inondation, qui n’était même pas record selon certaines mesures, a touché un grand nombre de personnes.

On a des années à rattraper, des lois, des structures, et des opinions à changer mais il n’est pas farfelu de penser à un temps où l’inondation serait un événement naturel spectacle et pas une catastrophe humaine et économique.

Saurons-nous tirer profit de la sensibilisation accrue au problème ? Les questions à résoudre sont urgentes et épineuses.

Allons-nous toujours permettre aux propriétaires de bâtir ou de rebâtir dans les zones d’inondation ?

Comment éloigner les résidences des zones inondables ?

Comment réagir aux pertes des propriétés qui ne sont pas des résidences principales ?

Quel impact a la coupe à blanc dans nos forêts et l’augmentation de l’activité forestière autour des cours d’eau sur les risques d’inondation ?

Comment est-ce que nos routes même la Transcanadienne sont si vulnérables à l’inondation et qu’avons-nous à faire pour éviter de répéter ces erreurs?

Comment amener les régions sans structure de gouvernance locale à une forme de municipalisation, puisque cette crise comme chaque crise démontre les problèmes que cause cette manque d’organisation.

Le leadership, la coopération et la bonne volonté si bien démontrés pendant la crise devront être présents pour traiter de ces questions dans cette prochaine étape.

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** Ces réflexions sont un résumé de mes pensées suite à ma participation au Political Panel de l’émission Shift de CBC radio Nouveau-Brunswick les vendredis. Écoutez la discussion du 12 mai 2018 (20 minutes, avec Duncan Matheson, Michael Camp et moi) au :  https://t.co/EIgxnHrQDr

Transparently secretive is the new transparent

The New Brunswick government does not want us to know how much it is paying Shannex because that would make for more competition for Shannex, and that company hopes to win more contracts with the province. **

That does not make sense. Why is the government agreeing? The government has its reasons. We don’t know what they are. We only know their reasons require obscurity.

I can understand that a business does not want to make public what it charges or how many sales it has with a client. A business only has their own interests to protect. That’s capitalism.

That such a business, when it accepts government money, would still prefer not making anything public, I can even understand that. That’s capitalists.

But that the government agrees with this is wrong. Who is protecting our interests if not them? Government spending must be transparent. Competing bids are good, right? It’s our money, not Shannex’s, right? This government campaigned on greater transparency, right?

That the judge who agreed with keeping this secret accepted the argument that making it public would give competitors an edge shows that our problem goes beyond a government with suspect priorities. Might it be that our laws value private profit over citizens’ interests? We can only hope that Green Party Leader David Coon will be able to appeal that decision and / or that the Auditor General will once again come into the room to be the adult. The Right to Information Commissioner has already said that the information should be public, but the government refuses.

Is New Brunswick going to have government by preferred-suppliers? Medavie does the health care and ambulance, Irving the forest resources, Shannex the nursing homes? The Legislature will hardly have to meet. Citizens will just receive the companies’ annual reports. Each time part of the government is outsourced like that, citizens seem to lose some of our right to information about the funding or the decisions.

Well, they can outsource all they want, but you don’t outsource responsibility.

Of course another main reason to be opposed to the cozy deal with Shannex is that this is one of those dastard public-private “partnerships” where government pays more than it would otherwise to get something done by paying the private partner’s higher financing rates and, of course, its profit margin. But the government likes these deals because you can do them quickly, like before an election. The Auditor General had recommended in 2009 after the government had made exceptions to the tendering rules to do a first contract with Shannex that an extensive analysis of the efficiency of those public-private deals be done before signing off on more. The analysis has not been done.

Senator Eugene Forsey used to say that the proper role of government is to work for and report to us, like the line in the Newfoundland folksong, “The captain’s below making tea for the crew.” This government is below brewing something, but are we going to be served?

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** Shannex is a private company that runs six New Brunswick nursing homes and has said it wants to win the bids for several more. The Premier recently announced that the government would build 10 new 60-bed nursing homes over the next five years under a private-public partnership model similar to those already signed with Shannex. Green Party Leader David Coon asked for the contracts to be made public in 2016. The Minister released copies with blacked-out information. Mr. Coon went to court and in March 2018 the court decided Shannex’s right to keep secret how much it received from government trumped the public right to know.

Le féminisme est militant ou il n’est pas

Je m’intéresse peu aux débats à savoir si quelqu’un-e se désigne ou non comme féministe. (Je précise cependant, les antiféministes ne sont pas fréquentables.)[1]

Un tel débat importe peu parce qu’on n’est pas féministe, on agit féministe. N’est féministe que celle qui fait féministe.

Le but du mouvement féministe n’est pas de vendre des cartes de membre. Certains se diraient-ils féministes en signe de respect pour le mouvement ? C’est bien beau mais si ça ne change rien dans nos actions et notre militance, n’est-ce pas que l’effet sera de dévaloriser le féminisme, pour ne pas dire dévaliser ? Je me proclamerais athlète triathlon si je n’ai pas besoin de m’entraîner…

Il serait tout aussi bizarre de débattre si on se dit « charitable » sans qu’il soit question de notre pratique de la charité. (C’est là que s’arrêtera cette analogie car la charité n’est que palliatif à la misère et aux maux sociaux.[2]  Le féminisme n’a rien à voir avec palliatif.)

Le féminisme est militant par définition. Mais, féminisme oblige, c’est une militance ouverte. Chacune selon ses moyens. Le projet est sociétal et révolutionnaire, mais les combattantes sont, après tout, des engagées volontaires plus ou moins disponibles pour l’action collective, plus ou moins aux prises avec, ou victimes, des systèmes qu’elles voudraient transformer.

Donc, on fait ce qu’on peut. Je milite, tu milites, nous faisons ce que nous pouvons. Tout effort féministe est travail de valeur égale. Il n’y a pas de quartier général, de formation, de cartes de membre ou de contrôle. Il y a des femmes qui réagissent à l’injustice.

La militance féministe, ou, si tu veux, le féminisme, ne naît pas des femmes. Il naît de l’injustice. Sa source est les incidents de négation de l’expérience, de la valeur et des droits des femmes. La militance féministe est une réaction saine, un réflexe naturel de survie. « Mon féminisme est basé sur une histoire vraie ».

Nombre de femmes militent pour plus d’une cause – nos vies sont l’intersectionnalité incarnée -, femmes, races, habileté, sexualités, classe, environnement. Certaines d’elles ne revendiquent pas l’appellation féministe parce qu’elles ont l’impression que le mouvement n’est pas intersectionnel, ou décolonial, ou ouvert. Cela ne change pas le fait qu’elles agissent féministes.

Si une femme est prise dans la misère patriarcale ou humaine, ses actions féministes sont souvent personnelles et pragmatiques, dans son entourage, pour s’affirmer et améliorer son sort et celui de sa famille. Ses efforts visent à exiger respect et justice comme et quand elle peut, afin de ne pas être agressée, congédiée, abaissée. Mais même celles qui vivent les injustices les plus grandes de tout bord ont mené des actions collectives féministes importantes – la création de services, des luttes pour la syndicalisation, des actions directes contre leur oppression.

Si, par contre, une femme a eu de la chance, a été favorisée par la vie – n’a eu que l’oppression de genre, par exemple – ses actions féministes sont souvent sur des dossiers qu’ont en commun la grande majorité des femmes même si ces dossiers ne sont pas les priorités de celles qui n’ont pas eu les mêmes privilèges.

Par exemple, l’équité salariale. La majorité des femmes profiteraient de l’équité salariale, mais on peut comprendre que les femmes autochtones ou racialisées auraient d’autres priorités.

Le contrôle de son corps – donc l’accès à l’avortement – est un droit et une condition incontournable pour l’équité entre les sexes, mais à tout moment donné, ce n’est pas un problème quotidien ou urgent pour bien des femmes.

Il est commun de penser que ce sont ces femmes fortunées, « bourgeoises », qui mènent le mouvement. Admettons qu’elles sont plus aptes à se déclarer féministe et à vous parler des courants et des théories féministes. Mais les actions féministes et le changement sont menés par des femmes de toutes origines, certaines se désignant féministes.

Le sexisme nous a colonisé tous et chacune, et s’en débarrasser exige un travail intérieur d’analyse critique continue, et une militance avisée. Se considérer féministe signifierait qu’on a fait un bout de chemin sur cette route et qu’on est engagée à poursuivre. On peut espérer que les femmes se disent féministes. Mais l’appellation est une question personnelle assez mineure. Ce qui m’importe est de savoir si on va se voir au front.

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[1] Ce qui suit sont mes réflexions. Je vous fais grâce des expressions qui le rappelleraient.

[2] Inspiré de ce qu’Albert Prioult écrit au sujet de la charité chrétienne dans son introduction à La Comédie humaine d’Honoré de Balzac, édition de 1947, Fernand Hazan.

 

Moi itou, je veux mon moment #MoiAussi

Ce texte a été publié en premier par le site Astheure.com le 31 janvier 2018.

Tu es une employée dans une usine de poisson – ou dans le petit magasin du coin, dans le restaurant du village, dans le bureau d’un courtier d’assurance – au Nouveau-Brunswick. Tu dois, dans le cadre d’une journée de travail typique, te défendre contre les attouchements et les commentaires suggestifs de ton patron. Tu rages, tu crains pour ton emploi, et tu es stressée. Le soulèvement #MoiAussi – tu en as pleuré de joie de voir qu’on s’attardait finalement à cette réalité qui est aussi la tienne, pleuré de déprime de voir que même des femmes riches et privilégiées ont le même problème que toi, et pleuré de rage quand ton patron s’est moqué de ces femmes et t’a demandé, en te tripotant, si t’allais appeler les médias.

Tu es mère monoparentale, et lorsque le propriétaire de ton logement t’a agressé, tu pensais surtout à ne pas faire de bruit parce que ton enfant risquait de l’entendre et tu te décidais à inviter ton petit ami à aménager avec toi, parce qu’il n’y a pas moyen que tu perdes ton logement.

Tu es une employée d’un restaurant genre steakhouse. Ton travail consiste autant à gérer les clients qui réagissent comme prévu à la minirobe que tu dois porter qu’à leur servir un repas.

Je ne suis pas ambivalente devant le soulèvement #MoiAussi et #Balancetonporc. Je suis d’avis que, sans doute, il en résultera du positif. Mais il n’y a pas de raison de croire que ce sera un point tournant. Et c’est déprimant qu’on s’emballe si facilement et qu’on dit de ce phénomène de célébrités qu’il est un mouvement – alimenté comme il est de titillation autant que de féminisme : ces femmes connues, belles, et puissantes, agressées par des hommes connus. Disons que c’était fait pour les médias sociaux.

Qu’importe, si ça peut mener au changement, hein? Mais on ne voit pas de mouvement pour du changement. Qui saisit le moment et exige des modifications spécifiques? Qui se pose la question à savoir ce qui advient des femmes ordinaires quand elles sont harcelées? Quels sont les lois et les mécanismes qui existent ici?

Le mouvement féministe devra prendre le relais de ce soulèvement médiatique et créer un mouvement pour du changement – pour renforcer les lois, ravigoter les commissions qui gèrent les plaintes, financer des campagnes d’éducation publique.

Ou, est-ce qu’on s’est mis d’accord que le seul mécanisme pour contrer le harcèlement est de le dénoncer dans les médias? Que le prix pour une solution est de nous raconter une histoire personnelle. Si oui, ce n’est que voyeurisme, pas du changement social.

Récemment Radio-Canada Acadie a demandé pourquoi la vague de dénonciations de personnalités accusées d’inconduite sexuelle n’a pas atteint l’Acadie. «Est-ce que les femmes y sont plus respectées?» demandait-on. Peut-être avaient-ils mal interprété le sens du mot clic #MoiAussi? Peut-être que leur #MoiAussi était #Nousaussionveutdesvictimes&desagresseursvedettes?

Parce que depuis le temps que des Acadiennes quittent leur emploi n’ayant pas trouvé moyen de faire arrêter le harcèlement, depuis le temps qu’on évite comme on peut certains de notre entourage –  voisin, prêtre, collègue, délégué syndical, médecin, marchand – et depuis le temps qu’on se fait tripoter, insulter, agresser afin de gagner notre vie ou ne pas perdre notre logement, pourquoi n’a-t-on pas pensé qu’il suffisait d’en parler dans les médias? On en a parlé aux ressources humaines, au syndicat, au service de police, aux politiciens, aux avocats, aux recherchistes, aux groupes féministes. Mais oui, pourquoi si peu de dénonciations?

Parce que tu n’es pas Scarlett Johannson ou Julie Snyder. Parce que tu penses que ton patron avait raison – personne ne s’intéresse à des petites comme toi. Parce que personne ne te dit comment ça règlerait ton problème. Parce que tu veux une solution dans la dignité.

Peddling Public Property

Say you’re giving a speech where people are paying $250 per plate, does that affect your speech? (I’m asking for a New Brunswick friend.)

Say you’re the Premier of New Brunswick and you’re giving the State of the Province address. Would you charge $250? Per plate. To New Brunswick citizens.

Brian Gallant is selling his publicly financed persona to fundraise for a local Chamber of Commerce. Hawking a public property through a special interest group. $250 per plate*, 1,000 plates.

I know New Brunswick Premiers have been doing this for like 44 years, but traditions are not always a citizen’s friend.

Give the speech the dignity it deserves.

Can we get in with a NB medicare card if we promise not to eat the caviar?

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*$250 is about 23 hours –  say three 8-hour shifts – of work at minimum wage in New Brunswick – not net. Gross.

Les Acadiennes ne seraient pas harcelables

« La vague de dénonciations de personnalités accusées d’inconduite sexuelle n’a pas atteint, pour l’instant du moins, l’Acadie. Pourquoi ? Est-ce que les femmes y sont plus respectées? »*

Lorsque Radio-Canada Acadie a mis de ses ressources pour produire cette manchette la semaine dernière, j’ai cru qu’on avait enfin un site de journalisme d’ironie. Tsé, parce que de mon expérience, les Acadiens surtout les Acadiennes savent ironiser.

Non. Radio-Canada « Acadie » pose vraiment la question. Pourquoi on n’a pas des victimes dénonçant des harceleurs ?

Ont-ils mal interprété le mot clic #moiaussi ?

#Nousaussionveutdesvictimes&desagresseursvedettes

#Misère

Depuis le temps que les Acadiennes quittent leur emploi à la shop ou comme servante, gérante, caissière, infirmière, directrice. Depuis le temps que certaines belles folles se plaignent à la Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick. Depuis le temps que certaines optimistes envoient des lettres aux quartiers généraux et aux ressources humaines de leur employeur, sans résultat si ce n’est pas de perdre leur emploi. Depuis le temps que des Acadiennes se font frôlées, insultées, agressées, violées afin de participer au marché du travail, ne pas perdre leur loyer, ne pas perdre leurs enfants.

Depuis le temps que tout ça se passe, qui aurait pensé qu’il suffisait que l’agresseur soit important pour que ça intéresse ? Qui aurait pensé que les médias acadiens s’intéresseraient au sujet si seulement on était agressé par des vedettes ?

Entre-temps la Commission des « droits » se fière que le nombre de plaintes pour harcèlement sexuel ne fait que diminuer – il faut 2 ans pour une « résolution » d’une plainte -, les services de police de la province mettent à l’oubli bien des plaintes d’agression sexuelle sans qu’on s’en préoccupe.

Mais oui, pourquoi si peu de dénonciations.

#Misère noire

Si au moins on n’était agressée que par des vedettes.

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* http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/Le-reveil-Nouveau-Brunswick/segments/entrevue/49811/inconduite-sexuelle-acadie-denonciations-forum-nouveau-brunswick?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

** Le club Rotary Resurgo de Dieppe propose le 12 décembre une discussion «  #MoiAussi Moncton pourquoi restons-nous silencieux? »  https://www.facebook.com/events/1944938485829638

Mr Premier: Take lead in prevention of male violence

A modified version of this text, written by Madeleine Delaney-LeBlanc, Anne Crocker and Rosella Melanson, was published in the Telegraph Journal, Times-Transcript and Daily Gleaner on December 6, 2017.

Premier Brian Gallant:

Wednesday, December 6th marks the 28th anniversary of the Montreal Massacre which we continue to memorialize in sadness and in horror. Friday, December 8 marks the 40th anniversary of the creation of the N.B. Advisory Council on the Status of Women. During your term of office, the Province of New Brunswick has introduced initiatives, strategies and legislation directed toward the elimination of intimate partner violence. We have chosen to seize the occasion of this anniversary to urge you to take a leadership role on the issue, because you, as Premier and Minister Responsible for the Status of Women, are in a unique position to do so.

The Second Wave of Feminism beginning in the 1950’s brought women to the realization that if they wished to become full partners in civil society they would need to step up, organize, speak out and demand respect and equality. We have come far. But with regard to the pervasive problem of violence against women and children we find ourselves facing a brick wall. We can’t make it STOP! We have established shelters and sexual assault response centres, we have developed intervention protocols, we have undertaken public education, we have encouraged law enforcement and the judicial system to become more engaged and aware of the dynamic of violence and we have supported the creation of a large body of relevant, useful knowledge through academic and community based research. We will continue our work, but focusing on the victims, as of course we will continue to do, does not get to the root of the problem. The root of the problem is that men are responsible for most of the violence; violence against women and children, violence against other men and violence against the LGBTQ community.

As women, we cannot tell men who they are, how they should perceive their own masculinity, how they can adapt their behaviours to show respect to their partners, to their children, to their students, to their employees and to their co-workers. Men alone must accept that their understanding of the world cannot over-ride the right to personal security and sensibilities of women or “the other”. This can only happen when men of good will, motivated by compassion and a desire for social justice, step forward and assume a leadership role, expose inappropriate behaviour and inspire and encourage other men who truly want to be agents of change, for themselves, for their loved ones and for their communities.

You, Mr. Premier, are in a position to lead this movement. You are in a position to set this in motion. Please speak out. Consider how you can help this movement to start and grow. Whether it be a task force, committee or commission, it should lead to substantive action. Such a group needs to be largely composed of men who are not elected MLA’s, who are committed to the goal of reducing male violence against women, and who represent business, academia, civil service and the professions. We know these men are out there. You can give them the opportunity to effect positive change.

Madeleine Delaney-LeBlanc CM, Chair, NB Advisory Council on the Status of Women (1977-1985)

C. Anne Crocker CM, Vice-Chair, NB Advisory Council on the Status of Women (1977-1980), Member (1980-1983)

Rosella Melanson, Information Officer/Executive Director, NB Advisory Council on the Status of Women (1979-1996 / 2001-2011)

C’est aux hommes d’agir pour enrayer la violence des hommes

Ce texte, signé de Madeleine Delaney-LeBlanc, Anne Crocker et Rosella Melanson, a été publié dans l’Acadie Nouvelle du 6 décembre 2017.

Monsieur le Premier Ministre Brian Gallant,

Le mercredi 6 décembre marque le 28ème anniversaire du massacre de 14 femmes à Montréal, une date que nous continuons de commémorer dans la tristesse et l’horreur. Le vendredi 8 décembre marquera le 40ème anniversaire de la création du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick.

Depuis le début de votre mandat, la Province du Nouveau-Brunswick a mis sur pied des initiatives, stratégies, et législations en vue de diminuer et d’éliminer la violence dans les relations intimes. Nous avons choisi de saisir l’occasion de cet anniversaire pour vous demander d’exercer un leadership de premier plan en la matière parce que, comme Premier Ministre et Ministre de l’Égalité des femmes, vous êtes dans une position unique pour le faire.

La deuxième vague du féminisme, commencée dans les années 1950 a fait prendre conscience aux femmes que si elles voulaient devenir de vraies partenaires égales dans la société civile, elles auraient besoin de s’avancer, de s’organiser, de s’exprimer et de demander le respect et l’égalité. Nous avons fait un bon bout de chemin. Mais en ce qui a trait au problème envahissant de la violence faite aux femmes et aux enfants, nous nous retrouvons devant un mur de brique. Nous n’arrivons pas à l’arrêter ni même à la diminuer. Nous avons ouvert des refuges et des centres d’accueil pour les victimes de violence familiale et d’agressions sexuelles; nous avons développé des protocoles; entrepris de faire de l’éducation publique; nous avons encouragé les responsables de l’application des lois et le système judiciaire à s’engager et à devenir plus conscients des dynamiques de la violence et nous avons appuyé la création d’une grande base de données et de connaissances pertinentes et utiles par la recherche académique et communautaire.

Nous allons continuer cet engagement envers les victimes comme il se doit, mais il est évident que concentrer tous nos efforts sur les victimes ne va pas à la source du problème. La racine du problème, c’est que ce sont des hommes qui sont les plus grands responsables de la violence, que ce soit envers les femmes et les enfants; envers les autres hommes; ou envers la communauté LGBTQ.

En tant que femmes, nous ne pouvons pas dire aux hommes qui ils sont; comment ils devraient percevoir leur propre masculinité; comment ils peuvent adapter leurs comportements pour montrer du respect à leurs partenaires, à leurs enfants, à leurs étudiants et étudiantes, à leur employées et à leurs collègues de travail. Avant tout, ils doivent accepter que leur compréhension du monde ne peut passer-outre au droit à la sécurité personnelle et aux sensibilités des femmes ou « de l’autre ». Pour y arriver il est impératif que des hommes de bonne volonté, animés de compassion et d’un désir de paix sociale, s’avancent et exercent un leadership sur la question; qu’ils dénoncent des comportements inappropriés; et qu’ils inspirent et encouragent d’autres hommes désireux d’être des agents de changement pour leurs êtres chers et leurs communautés.

Monsieur le Premier Ministre, vous êtes en mesure de mener ce mouvement. Vous pouvez le mettre en marche. Nous vous supplions de parler haut et fort. Considérez à quel point vous pouvez aider à démarrer ce mouvement et à le faire grandir. Que ce soit en créant un groupe de travail, un comité ou une commission, l’objectif c’est que l’exercice mène à de l’action sérieuse. Ce groupe doit être largement composé d’hommes qui ne sont pas des élus du gouvernement, qui sont engagés à l’objectif de réduire la violence envers les femmes et qui représentent les milieux des affaires et universitaires, du service civil et des professions. Nous savons que ces hommes existent. Vous pouvez leur donner l’occasion d’effectuer un changement positif.

 

Madeleine Delaney-LeBlanc CM, Présidente du Conseil consultatif sur la condition de la femme du N.-B. (1977-1985)

C. Anne Crocker CM, Vice-présidente du Conseil consultatif sur la condition de la femme du N.-B. (1977-1980), Membre (1980-1983)

Rosella Melanson, Agente d’Information /Directrice générale, Conseil consultatif sur la condition de la femme du N.-B. (1979-1996 / 2001-2011)

Maybe if we called it a start-up

A mental health court*1 will be in operation soon in Saint John.

When Premier Brian Gallant was asked why the mental health court is in only one location, he has replied that once it proves itself there, other parts of the province may get it. But they want to see that it is viable in Saint John first.

Nice idea, this government should have done pilots with many of its other initiatives before implementing them.

But, but, but, we’ve had a pilot project mental health court already. In Saint John! From 2000 to 2004, after which the provincial government made it permanent, since the court only had rave reviews.

Everyone was happy with it except regions outside of Saint John who did not have a mental health court.

Other jurisdictions copied or studied our model. New Brunswick was doing good. Many accused, especially women, have a mental health diagnosis. Treatment is the better option. Especially where current prisons are not good for anyone’s mental health.

Then the government dropped the mental health court in 2013 because it could not be bothered finding a replacement for the retiring judge. Lawyers and citizen groups protested. Whatever.

Last week, when the Premier announced the mental health court pilot, he said, “We did not dare call it a pilot because there was already a pilot. So we’re starting over the initiative. We’ll see whether this can be a success once again and if it is, we’ll see about extending it.”*2 (my translation)

It’s a pilot.

And as he said in Acadie Nouvelle : “Nous espérons que ce programme qui sera recommencé ici à Saint-Jean sera un succès, et si c’est un succès, nous allons certainement regarder à voir ceci dans d’autres régions de la province. » *3

New Brunswick does love its pilot projects when elections are coming up. No, that’s not fair. We love them all the time, as long as they have to do with marginal issues such as violence against women, mental health, poverty reduction*. Oh, the number of successful pilots done in New Brunswick that proved themselves but never went anywhere. There’s a thesis there.

In New Brunswick, when pilot projects are NOT about rights or equality, when they’re about “entrepreneurship”, we call them start-ups. And we invest in them bigly.

Mental health courts have been shown to save lives and money, to free up emergency rooms, first responders, holding cells and prison cells.  We’re to have them only in Saint John? Pity.

Why is the government not speaking to the rest of New Brunswickers who deal with mental health cases daily on the streets, in homes, police cars, courts and jails.

The premier is minister for Saint John.

The government is doing one pilot project in a bicultural, constitutionally bilingual, province. Will the minister responsible for official languages, Premier Brian Gallant, lay a complaint?

The government made no mention of the solid reports by Bernard Richard and Judge Michael McKee on mental health issues in the last decade, which urge more access to such services. *4

And the media is not following this issue and social justice, citizens’ groups and women’s groups have not reacted.

Apart from that, it is great that Saint John has a mental health court pilot project.

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*1. In the mental health court, people with mental illness or intellectual disability who are accused of breaking the law are given the option of treatment. As the independent evaluator said of the New Brunswick program, it “has the ability to really change the things that drive the criminal behaviour” (Mentally ill offenders get court program back in Saint John, CBC News, September 19, 2017). About 80 per cent of those that complete mental health courts do not commit a new offence in the three years after they leave the program.

*2. Téléjournal, Radio-Canada Acadie, 18 septembre 2017. PM Gallant speaks at 1m05 : http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1056529/sante-mentale-intervenants-cour-provinciale-saint-jean .

*3. Acadie Nouvelle, 21 septembre 2017. Après 4 ans d’inactivité, le tribunal de la santé mentale est rétabli.

*4. Ashley Smith: A Report of the New Brunswick Ombudsman and Child and Youth Advocate on the services provided to a youth involved in the youth criminal justice system, 2008 https://www.ombudnb.ca/site/images/PDFs/AshleySmith-e.pdf .  Together Into The Future: A transformed mental health system for New Brunswick, 2009 https://www.gnb.ca/cnb/Promos/MentalHealth/NBMHS-e.pdf

J’ai mon chèque de petite vieille !

À partir de la semaine prochaine, j’ai mon chèque de petite vieille. Je merveille que le gouvernement nous envoie un chèque simplement parce qu’on est (encore) là. On a yinque à se rendre à 65 ans et on reçoit son chèque de la Sécurité de la vieillesse ! Non mais c’est quelque chose. Faisons-en un droit humain universel.

La seule chose semblable serait l’allocation familiale. L’allocation que nos mères ont reçue jusqu’à nos 16 ans. Oh, les histoires entourant cette allocation en Acadie. Par exemple, on entend encore des histoires du temps qu’il n’y avait pas de système scolaire en français en Acadie. Y’en a qui ont répété la 8e année – parce qu’il n’y avait pas de 9e – pour que la famille continue de recevoir l’allocation familiale, de la vraie argent durant la dépression.

Pour bien des femmes, le chèque de vieille était, après celui de l’allocation familiale, le seul chèque à leur nom qu’elle verrait entrer à la maison de leur vie.

Ça se fête.

La tradition dans ma famille est de faire quelque chose que tu te rappelleras avec le premier chèque. Tsé, acheter du homard pour toute ton monde. Les sortir au restaurant galant du coin. Ché pas quoi faire avec le premier. Beau problème. Merci mon privilège d’être née au Canada.

Le régime fête ses 65 ans cette année. Moi itou.

La grâce de la langue

Ce texte a été publié en premier dans l’Acadie Nouvelle du 10 août 2017.

So, qu’est-ce qu’on fait pour faire mentir la prédiction de notre disparition – pour que l’Ode à l’Acadie ne soit pas éventuellement l’hymne funéraire de l’Acadie ?

Il paraît que ce qu’on fait déjà, c’est pas assez.

Un éditorial de l’Acadie Nouvelle, en réaction aux nouveaux chiffres du Recensement, l’a bien dit, « La tendance est lourde et ne se renversera pas de sitôt (…) Est-il même possible de complètement renverser la vapeur ? (…) Le Nouveau-Brunswick ne deviendra pas unilingue anglais demain matin (…) Mais le déclin de notre langue a des conséquences. ».

Vous voyez le ton, comme un médecin qui vous dit, « tu as encore des chances de t’en sortir ».

Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Et premièrement, pourquoi faire quelque chose ? Pour perpétuer ce qui a été ? Pour honorer nos ancêtres et leur acharnement à demeurer qui ils étaient ? Pour faire enrager les Leonard Jones ? Pour que la dernière brique de notre colonisation ne soit pas posée ? Pour résister à la mondialisation, au rouleau compresseur de l’anglais ?

Un brin de tout ça. Et parce que l’Acadie qu’on a bâtie au Nouveau-Brunswick n’est pas rien.

Mais, pour moi, il y a surtout ceci : le bonheur que je ressens d’avoir le français en héritage, le bonheur de profiter de cette langue. C’est là le fonds de ma motivation.

Ce n’est pas dire que le français est spécial ou supérieur, bien que sa littérature et sa richesse ont peu d’égales, et bien que le français est plus précis que mon autre langue. C’est plutôt dire que je veux pour moi, pour les Acadiens à venir, pour le Nouveau-Brunswick, l’accès au monde en français, à la richesse du monde francophone, ses arts, la musique et la littérature, ses vues sur le politique et le monde. Ce n’est pas par devoir que je veux qu’on se batte, mais par goût du plaisir. C’est pour faire continuer le plaisir que je lutterais. Perdre sa langue, c’est gaspiller, c’est perdre un atout.

Toute langue crée son monde, donne une autre perspective. Perdre une langue, c’est réduire sa perspective. Et je suis d’avis que le monde a dont besoin d’autant de façons de voir et de concevoir que possible.

Sauvez les églises si vous voulez. Moi, c’est la langue qui me mobilise. Défendez ou célébrez le chiac si vous voulez. Ça me semble une distraction, utile pour soulever les passions et se penser moderne. Ce qui m’intéresse plutôt serait un débat et une mobilisation autour des conditions nécessaires pour notre survie comme francophones.

Pour moi, être moderne, c’est faire face à une situation, avoir conscience que les faits ont des causes, les actes ont des conséquences. C’est ne pas se conter d’histoires.

J’ai vu les statistiques. On est au front, qu’on soit militant ou irrésistant. On peut trouver ce qu’il faut faire – obliger le gouvernement de gouverner, insister que nos institutions se réveillent, nous outiller avec les idées gagnantes. D’autres ont des idées quant aux actions prioritaires – politique familiale, immigration francophone, enrichissement de l’éducation – et je veux les entendre. Mais je pense qu’il est tout aussi important de savoir pourquoi on veut se battre, que savoir quoi faire pour réussir. C’est cette clarté de motivation qui fait qu’on y met l’effort. Lorsqu’on prise le but, la voie facile est de lutter. Lorsqu’on ne le prise pas, on suit la Sirène de l’assimilation.

Peut-être que demain ça ira mieux. Je nous souhaite la grâce de la langue.

Notes d’observation

  1. Les unilingues francophones

Ces personnes ne comprennent pas la plupart des enseignes commerciales de leur entourage et ailleurs au Nouveau-Brunswick.

Elles ne savent pas que certains concitoyens doutent de leur existence et de leur droit d’exister.

La plupart de ces personnes ont élaboré des stratégies d’adaptation pour fonctionner dans leur société. Par exemple, avant de téléphoner pour une ambulance ou la police, elles font appel à leur réseau de personnes bilingues afin d’être certaines de comprendre et d’être comprises.

Ces personnes n’ont jamais eu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles n’ont jamais eu un poste d’agent de l’Assemblée législative, et rarement un emploi de service direct au public, comme caissier.

Elles comprennent certaines formules en anglais, dont :
« For service in French, press 2 »
« Do you speak English?»
… « I don’t speak French. »

Par contre, certaines autres formulations fréquentes leurs sont inconnues : “I was a government minister, and my lack of French was not a problem”.

Ajout, le 26 juin 2017 : Il semble que la raison qu’elles sont demeurées unilingue n’a rien à voir avec le fait que, aux yeux de nombre de leurs concitoyens, si elles apprennent l’anglais, elles perdront leur droit à un service en français, ou cela réduira la nécessité d’offrir ce service. Peu d’elles ont connaissance de cette réalité qui les attend.

  1. Les unilingues anglophones

Souvent ces personnes ont eu un emploi comme caissier, par exemple au Irving à Bouctouche, au centre d’achat Champlain de Dieppe, ou au Tim Horton de Cap Pelé.

Elles croient qu’au N.-B. tous les citoyens obtiennent service en leur langue.

Nombre d’elles ont détenu ou ont été interviewés pour un poste d’agent de l’Assemblée législative.

Nombre d’elles ont détenu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles pensent que les bons postes au sein du Nouveau-Brunswick vont aux personnes bilingues.

Nombre d’elles sont d’avis que « French is being rammed down our throat”.

Elles ne comprennent pas certaines questions, même en anglais, par exemple, “What has been your best strategy to get service in your language?”

Elles ne savent pas ce qui vient après « For service in English, press 1. »

Ajout, le 26 juin 2017 : Peu de ces personnes se plaignent de ne pas pouvoir parler à leurs petits-enfants en raison de la langue.

Ajout, le 5 juillet 2017 : Ces personnes sont bien plus visibles et bruyantes que les anglophones bilingues, sur les questions de langue.

Sur ces terres Wabanaki

Comme bien des Acadiennes, j’ai des ancêtres autochtones. Des femmes surtout, probablement exclusivement parce qu’il semble pas avoir grands hommes autochtones qui ont marié des Acadiennes. Y’a une thèse là.

Mes grands-mères Micmac, je pense à elles de plus en plus. Je leur dois probablement plein d’affaires.

Probablement le fait que je brûle presque pas au soleil. Le fait que j’aime autant que j’aime ramasser des fruits sauvages et le beau temps qu’on a en se parlant en ramassant. Le fou rire facile, comme nombre d’Autochtones que j’ai connu.

J’aimerais savoir ce qu’elles pensaient en épousant ces Acadiens, en donnant naissance et élevant leurs enfants, mes ancêtres.  Va savoir ce que les femmes ont pensé à travers le temps.

Les Autochtones autour de nous prennent de plus en plus la parole de nos jours. C’est bien leur tour. Certains et certaines semblent même quelque peu optimistes – déterminés en tout cas. On ne cesse de leur donner des raisons de s’organiser, de s’indigner, de nous montrer notre arrogance.

Le 21 juin est la Journée nationale des Autochtones. La saison des pow-wow a débuté. Le Canada fête 150 ans. D’appropriation. Nous aurons bien des occasions d’écouter et d’apprendre si on y est ouvert*. Et tout ce sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui ne l’ont pas cédé à la Couronne.

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* La Commission Vérité et Réconciliation, dont le travail de 2008 à 2015 fut subventionnée par les survivants des écoles résidentielles, a créé des ressources excellentes pour en apprendre davantage.  http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=15

A True And Exact History Of My Illicit Adventures With A Book

Back in 1647, Richard Ligon of England got on a boat to Barbados to try to change his fortune. He lived there three years, then returned to England and later, while in prison for debt, he wrote a book, A True and Exact Historie of the Island of Barbadoes. It was immediately popular, hailed as a scientific environmental study (with pull-out drawings!), now considered “perhaps the most important document regarding English colonization efforts in the 17th-century Caribbean”, a primary source on the West Indies then.

Flash ahead 370 years. In February 2017, I buy the book at Frenchy’s second-hand shop in Oromocto (the 2011 edition, its first reprint since 1673). I am thrilled because I am shortly going to Barbados, by way of a boat going to Europe. (I use boats for transportation across the Atlantic.) The boat will spin its wheels in the Antilles before crossing the Atlantic, and it will be in Barbados for one day. I look forward to reading the book during my week on the boat before I land in Barbados.

I see that the book also tells of Ligon’s stops in the Cape Verde Islands off Africa, on his way to Barbados “to trade for Negroes, Horses, and Cattle which we were to sell at the Barbados”. My boat will also make stops in and around those islands. I am doing his trip in reverse! His voyage took 22 days, mine will take 21.

I examine my prize book before packing it and see that it was purchased in 2012 by Clark University near Boston. I notice a printout tucked into the back pocket and find it is overdue by three months. WTF, eh? I send an email to the address, saying, you looking for this book? They answer “this book was not discarded… It was on loan to another university last semester and should have returned to us… Unfortunately, you purchased a book from Frenchy’s that they had no right to sell. Perhaps if you contacted the owner and showed this e-mail exchange you could be reimbursed? Ultimately, though, this particular copy belongs to Clark University, and we would be extremely grateful for its return…”

I don’t want a refund, I want the book. But a librarian wants it back. And I love librarians.

I write to Frenchy’s to say you sold a hot book. They reply that their suppliers in the U.S. are told to ensure that they are supplying stuff that is legally for sale, and sorry.

I tell Clark University that I will return their book and I mean to. But I’m getting ready for two months away and I neglect shipping it and here I am on the ship to Barbados with the book. But I will return it, and anyway jeez, I know that once I return it, the book will gather dust between doctoral students – and I’m reading it for pleasure. That should count for something.

Anyway, the book is a delight. It’s a sensitive soul’s journal. It’s a pleasant read even if the nerdy gentleman author does go on about everything he sees, fish they catch, the trees, the flowers, the fruits, the character and shape of women, and of their breasts. There are pages devoted to the pineapple (“when it comes to be eaten, nothing of rare taste can be thought on that is not there”). He comments the relations between classes, the beliefs and morals of the enslaved Africans and Indians, the diet fed to slaves and servants, the swimming prowess of slaves, and enough detail and diagrams about the sugar-making process to do it yourself.

The author is a man of his times – he repeats the racist tropes – but he is interested in, even learns from, the locals, the slaves and the servants. For example, among the problems that he deplores that the English planters must face are the potential rebellions of slaves while coming on ships from Africa, which “extremely retard the work of sugar-making”. But he goes to the Master to defend, or on behalf of, a servant or slave. In one incredible exchange with a Master, Ligon is advocating for a slave, Sambo, who wishes to become a Christian. The Master tells Ligon that the laws of England forbid making a Christian a slave. “I told him, my request was far different from that, for I desired him to make a Slave a Christian.” But the Master says once he is a Christian, the slave could no longer be held as a slave and the other planters would not appreciate the precedent. “So I was struck mute, and poor Sambo kept out of the Church; as ingenious, as honest and as good a natured poor soul, as ever wore black, or eat green.” (That law was later changed so you could keep your slave even if they were Christian. Progress, eh.)

I will now return my book to its owners. We’ve had our adventure together.

Barbados book.jpg Me and my book on the bridge, in Bridgetown, that is a successor to the indigenous bridge which the English planters found when they landed in uninhabited/abandoned Barbados in the mid 1600s.

Le mouvement féministe n’est pas une agence de placement

Une version plus longue de ce texte a été publié par le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick le 8 mars 2017

Les femmes n’ont jamais eu autant de savoir et de pouvoir.  Individuellement.

Peut-on en dire autant des femmes comme groupe ?

On se fière avec droit des changements qu’apporte toujours de nos jours le mouvement féministe du siècle dernier. Le niveau d’éducation des femmes aujourd’hui est impressionnant. De même le nombre de femmes qui ont des emplois responsables, certains étant même bien payés, certains même gratifiants. Dans leur vie personnelle et de travail, les femmes ont bien plus d’options qu’il y a 50 ou même 30 ans. Certaines de nous bien plus que d’autres, mais passons.

Individuellement, les progrès sont réels. Mais que dire du projet féministe, du rêve qui a fait entrevoir un monde meilleur. Égalitaire, inclusif, respectueux, épanoui. Le rêve de changer les structures, les motivations mêmes.

C’est ça qui avait fait, du désir simple de liberté, un mouvement révolutionnaire.

On en est toujours et encore à célébrer la première femme à obtenir, à siéger, à diriger, etc. Qui se soucie si elle ne fait qu’accéder à une structure oppressive ? On se préoccupe rarement même de savoir s’il y aura une deuxième femme.

On célèbre et outille la femme entrepreneure bien plus que l’autre 90 pourcent des catégories d’emploi des femmes. Pourquoi ? Qui demande pourquoi ?

Nous devons absolument célébrer lorsqu’une femme réussit, mais le mouvement féministe ne se voulait pas une agence de placement. Où sont les efforts collectifs pour modifier les modèles économiques, de travail, de famille ?

On s’est battu et on a toujours à se battre pour le droit de toute femme qui veut se présenter en politique, même lorsque cette politicienne est du genre Margaret-Thatcher qui n’a pas idée d’avancer le projet féministe. C’était là un volet du mouvement féministe : que les femmes aient droit aux droits de la personne. Bravo.

(La tâche n’est pas si ingrate qu’elle peut paraître. Ces politiciennes qui sont du type que semblent préférer les partis ont l’effet de nous rendre honnêtes : qui peut ensuite dire qu’une femme est meilleure qu’un homme ?)

Mais les autres volets du mouvement – la transformation sociale et  notre décolonisation personnelle et institutionnelle, – étaient ceux qui allaient rendre le monde meilleur pour tous !

Où sont les efforts pour des changements dans les partis politiques et dans la gouvernance permettant une participation comme l’a rêvé le mouvement féministe ? Avons-nous perdu à ce point le désir et l’espoir de changer le monde qu’on ne rêve plus que de nos réalisations personnelles, que de se faire une place dans les structures telles qu’elles sont, que de pouvoir consommer autant que les autres ? Où sont les efforts pour créer des avancées pour toutes ou aucune? Et cette décolonisation, qui n’est qu’entamée tout au plus, doit se faire ; autrement les femmes ne feront que prendre une place dans un monde aussi oppressif que jamais.

De nos jours, on semble vouloir nous dire que la réponse à bien des revendications des femmes est l’autonomisation !, le « self-empowerment » !, le renforcement des capacités personnelles. C’est devenu si populaire qu’on doit questionner à qui ça sert. Ces sessions d’autonomisation si souvent organisées par des gouvernements et des organismes établis, serait-ce afin d’accaparer l’élan des femmes, de se mettre devant la parade pour mieux la rediriger ? À coups de ces sessions, les femmes ont bien reçu le message implicite qu’elles sont fautives : « tout dépend de toi et de ta volonté de corriger ton attitude ». Pourtant une leçon primaire du mouvement féministe était que la société doit cesser de voir les femmes comme des hommes manqués.

Je ne suis aucunement découragée. Les changements des derniers 50 ans ont valu la peine. Nous avons tant de femmes fortes et capables aujourd’hui qu’elles ne peuvent qu’avancer quelques dossiers.

Personne n’avait promis que l’obtention du paradis médité par le mouvement serait rapide, se déroulerait de façon linéaire dans un jardin de rose. La révolutionnaire sait pas que la résistance est aussi forte que les enjeux sont importants. Tout mouvement se heurte à la vie, à la politique, aux courants économiques. Tout pouvoir établi a la tendance de se défendre comme il peut, de répondre surtout aux besoins urgents et ainsi de coopter la première ligne d’attaque.

Je ne suis aucunement découragée parce que je sais que les quelques organismes qui continuent le travail du mouvement entretiennent bien la flamme et que le mouvement sera maintes fois plus redoutable lorsqu’il reprendra ses forces.

Soyez-y. J’y serai.

Who’s Afraid of Women in the House?

The following commentary was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on March 8, 2017.

A hundred years ago, New Brunswick women couldn’t vote. No, this is not going to be about how women today are lucky and better off, or even thankful.

In 1917, women, who had been agitating for several decades already for the right to vote in New Brunswick, had their hopes up. They thought 1917 would be the year, given their war effort and that women from five other provinces had gained it. When a suffrage bill was proposed, women “flocked in such numbers to the Halls of Legislation that they had the Hall itself and the members went to the gallery”, according to the minutes of the Women’s Enfranchisement Association of the times.

But that bill was defeated like others before it, due to indifference and political gamesmanship. Women’s suffrage was a chip in a play between parties. Some would say a political tradition to this day. But on that day in 1917, in a Legislature corridor, women mobbed – terrorized, according to some – some elected members. The 1917 “fiasco” got the political class to see the writing on the wall and New Brunswick women eventually won the vote in 1919. Though women elsewhere usually obtained the right to run for elected office at the same time as the right to vote, in New Brunswick it was another 15 years before that was granted (the idea of women in the House having caused such jocularity when it was suggested).

New Brunswick cannot claim that it has shown a particular appreciation of women or women’s rights in our history. Not that we are significantly worse than other regions, but we’ve managed to make sure we are no better.

These days, we have had the lowest proportion in Canada of elected female members to the provincial legislature for years, though recently Prince Edward Island took over that category. Not because we improved, but because their rate worsened.  Our Legislature is now 84 percent male. It has been as low as 82 percent. It goes up and down from tragic to marginally less pathetic. Who deserves 84 percent of the seats when they are 49 percent of the population? If you think the Legislature has so many males because of the merit principle, go sit in on the goings on at the Legislature.

Women’s low representation is not seen as a problem since there have been no attempts to change it, other than the incantations heard from the political parties before every election: “We really, really want more women.”

Here’s the thing: political parties are gatekeepers, and they receive significant public funding. They have a responsibility to act and for decades now, plenty of examples from around the world of what works. But the government has the main responsibility to act.

In 2003, when the New Brunswick government created the Commission on Legislative Democracy “to strengthen and modernize New Brunswick’s democratic institutions”, its mandate did not include women’s quasi-absence from our Legislature. However, the Commission’s final report, which has been lauded nationally, included a good discussion of the problem and of the levers that must be worked to increase women’s representation and improve democracy.

The Commission gave New Brunswick a plan that could have had us reach 35 percent female MLAs by now. The annual allowance that government gives to political parties would have been increased by $1 per vote for any party where males were no more than two-thirds of candidates. The Commission also recommended that government assist groups to encourage women to get into politics.

New Brunswick is a great place to live. New Brunswickers are kind, plain folks. If only we did our politics more responsibly. That goes for everywhere these days.

Ask me what I want for IWD

(In March 2000, I wrote this text for publication in the New Brunswick Telegraph Journal. Thought about it today when someone asked how I was going to celebrate this damn day.  I would today change somewhat the list of what it would take to make me celebrate it, but heh, blast from the past)

 

If you’re not outraged, you’re not paying attention

Every year around March 8, International Women’s Day, during the many years I was with the Advisory Council on the Status of Women, some reporter would call to ask, “Why do we need a special day as International Women’s Day?”

“To celebrate…,” I would answer.  “To honour…blah,blah … like Labour Day and Mothers’ Day.” (Actually, he was thinking, “Didn’t we do this last year?” and I was thinking, “Couldn’t you think of anything better since last year? If you’re not outraged, you’re not paying attention.”)

But seriously, if I were Queen of the World, I would abolish March 8, International Women’s Day.  On March 9, I would increase the minimum wage to the minimum needed to live at poverty line.  (Fill in the blank: “I believe people who work full-time at minimum wage should be paid less than poverty level because…”) .

I would make schools into community centres with non-profit day care centres, senior centres and youth clubs, which would pretty much end the use of malls as hang outs.

I would revamp the criminal justice system: sentences for crimes against persons would be as severe as those for crimes against property.

I would rewrite the electoral laws.  Anyone wanting to run as a candidate would have to file proof of having sat in a hospital waiting room with a sick child or relative, and a video of them giving the same speech to parents, entrepreneurs, men, women, corporations, unions.

After having served their elected term, politicians would have to either serve time as a social assistance recipient, or as a seasonal part-time split-shift black-hole worker, or actually “spend more time with their family”.

I would require all teenage girls who say, “I’m not a feminist” to write an essay, “Why I believe it’s okay that women earn two-thirds of every dollar men earn” or alternatively, “ I think my future partner should take my name because…”

I would legislate that secretaries should be paid more than janitors, day care workers should be paid more than zookeepers and no one in any corporation or government should earn more than double that of their lowest paid worker.

I would organize a raffle to help pay the tax bill of professional sports (did I mention what would happen to their tax bill?). The raffle prizes would be:

First prize: You get time with loved ones – the rarest commodity.

Second prize: You get to follow a politician or a corporation president of your choice as they try to live on minimum wage for a month – Okay, a week: a month would be cruel.

Third prize: Receive the average wage gap between women and men – yes, you could live on it.

I would have a curfew a few times a month: only women over the age of 65 would be allowed out – do you know how often women that age see the stars and feel free to roam the night?

Employers who fired women because they were pregnant would have to pay child support.

If I were Queen, food banks would be abolished. An emergency committee would be struck – not to deal with the poor, for whom economic and social programs would provide – but to deal with those for whom paying taxes didn’t fulfil their need to be benefactors.

I would end affirmative action programs for men: they would have access to 50 percent of government appointments and elected positions. (You know the drill. In 250 words or less, “Why I believe men should have more than half of the appointments…”)

Then I would rest.  That’s when I would celebrate Women’s Day.

 

Qui a peur des femmes à l’Assemblée ?

Il y a cent ans, les femmes du Nouveau-Brunswick ne pouvaient pas voter. Non, je ne vais vous entretenir sur la chance et le sort heureux des femmes d’aujourd’hui, ni notre reconnaissance.

En 1917, les femmes, qui agitaient depuis des décennies déjà pour le droit de vote au Nouveau-Brunswick, avaient espoir que cette année serait la bonne. Étant donné leur effort de guerre et que les femmes de cinq autres provinces avaient gagné le droit de vote, elles avaient le moral. Lorsqu’un projet de loi sur le suffrage fut proposé, les femmes ont été si nombreuses à se rendre à l’Assemblée qu’elles ont eu la salle à elles-mêmes et les députés sont allés dans la tribune, selon le procès-verbal du « Women’s Enfranchisement Association ».

Ce projet de loi a été rejeté comme d’autres avant lui, en raison de l’indifférence et des jeux politiques. Le suffrage des femmes n’était qu’un jeton dans un jeu entre les partis. Une tradition politique à ce jour, diront mes amies.

Mais ce jour-là en 1917, dans un couloir de la législature, les femmes ont entouré et effarouché des députés, dont Peter Veniot (alias Pierre-Jean Vigneau, de Richibouctou) qui serait cinq ans plus tard le premier Premier ministre acadien de la province. Cet opposant au suffrage féminin était pratiquant de ces jeux politiques au point d’en être un symbole.

Ce « fiasco » de 1917 a fait que la classe politique a réalisé comment les choses tournaient. Les femmes du Nouveau-Brunswick ont gagné le vote en 1919, après 50 ans de lutte.

Alors qu’ailleurs on « accordait » aux femmes le droit de se présenter aux élections en même temps que le droit de vote, la « solution-néo-brunswickoise » était de ne pas faire ça. La suggestion que des femmes pourraient siéger à l’Assemblée ayant suscité tant de jovialité, on a attendu encore 15 ans avant d’accepter cette idée folle.

Ne cherchez pas dans l’histoire du Nouveau-Brunswick un enthousiasme pour les droits des femmes. Non pas que la province soit pire que d’autres en ce domaine, mais nous réussissons à nous assurer que nous ne sommes pas mieux.

Ces dernières années, nous avons souvent été la province avec la plus faible proportion de femmes élues à l’assemblée provinciale, bien que récemment l’Île-du-Prince-Édouard nous a volé ce trophée. Non pas parce que notre taux s’est amélioré, mais le leur s’est empiré.

Aujourd’hui, 84 pour cent de nos députés à l’Assemblée sont des hommes. Ce taux a déjà été aussi peu que 82 pour cent. La représentation féminine tergiverse entre tragique et pathétique.

Quel groupe devrait avoir 84 pour cent des sièges dans une démocratie alors qu’il représente 49 pour cent de la population? C’est le principe du mérite qui détermine les élus, vous dites? Rendez vous à l’Assemblée législative afin de voir travailler nos élus et on s’en reparle.

Cette faible représentation des femmes n’est évidemment pas considérée comme un problème puisqu’aucune tentative de changement n’a jamais été faite, à part les incantations entendues des partis politiques avant chaque élection : « Nous souhaitons vraiment mais vraiment qu’il y ait plus de femmes. »

Voici la chose: les partis politiques contrôlent l’accès à l’arène politique, et ils reçoivent un financement public important. Ils ont une responsabilité d’agir et, ont depuis des décennies déjà une myriade d’exemples à travers le monde de ce qui fonctionne. Mais c’est au gouvernement la responsabilité principale d’agir.

En 2003, lorsque le gouvernement du Nouveau-Brunswick a créé la Commission sur la démocratie législative afin de « renforcer et moderniser les institutions et les pratiques démocratiques », son mandat ne comprenait pas la quasi-absence des femmes de notre Assemblée. Toutefois, le rapport final de la Commission, qui fut loué à l’échelle nationale, comprenait une bonne discussion du problème et des leviers qui doivent être mis en œuvre pour accroître la représentation des femmes et améliorer la démocratie.

Le plan qu’a présenté la Commission nous aurait vu atteindre 35 pourcent de représentation féminine par 2015. La Commission recommandait d’augmenter l’allocation annuelle versée des fonds publics aux partis pour chaque vote obtenu lors de l’élection précédente.  Elle suggérait de verser 1 $ de plus pour chaque vote à tout parti où les hommes n’étaient pas plus que deux tiers des candidats. Le gouvernement devrait également appuyer les groupes qui travaillent à encourager les femmes à entrer en politique, selon la Commission.

Le Nouveau-Brunswick est un bel endroit où vivre. Les Néo-Brunswickois sont des gens gentils et bons. Si seulement nous faisions notre politique de façon plus responsable. Cela va pour partout ces jours-ci.

The Unfounding of Rapes

When I look at sexual assault numbers – cases reported and the proportion that lead to charges – I am always reminded of a favourite Seinfeld episode about a car rental reservation that did not produce a car. Seinfeld says to the clerk, “You know how to take a reservation. You just don’t know how to hold the reservation. And that’s really the most important part of the reservation, the holding. Anyone can just take them.”

In 2010, queried about the fact Saint John had the second highest rate of sexual assaults reported to police, a Saint John police Inspector said he was “absolutely proud of that number being high.” He was probably even prouder the next year when Saint John had the highest rate of reported sexual assaults of the 100 municipalities considered across Canada.

So the police know how to take a complaint. Do they know what to do with that complaint?

Saint John has had a high rate of sexual assaults for decades. Don’t go crediting new victim support programs or improved police training or recent attitude shifts. The reported rates have been high for longer than that. Saint John has also historically had a low rate of charges being laid following those reports of sexual assaults.

From the late 1980s to 2012, New Brunswick’s rate of reported sexual assaults was higher than the Canadian average *

Now, thanks to some good journalism by the Globe and Mail, we find out that while  nationally 19% of reports of sexual assault were determined to be “unfounded” (2010-2014) – dramatically more than for other types of crime, New Brunswick’s rate is 32%**. That’s partly due to Saint John which had a 51% rate of “unfounded” reports. Fredericton police have a 16% rate. Codiac RCMP, 33%. Go figure.

Unfounded means the investigating officer does not believe a crime occurred.

Might some of those officers’ beliefs be unfounded?

Are New Brunswickers who report sexual assault less credible than other Canadians?

Why would people who walk into the Saint John police station to report a sexual assault be more likely to be making up the story, given all that we know that discourages people from reporting sexual assaults?

Why do police not clear the charges using the other checkboxes: “not enough evidence” “complainant doesn’t want to proceed with charges”? Is there some bureaucratic benefit to clearing it as “unfounded”? Once they are “unfounded”, no one counts them as unsolved. The Globe states: “Inflated unfounded rates create the impression that police receive fewer complaints of sexual assault than they actually do. In turn, that gives the appearance that more complaints lead to an arrest.”

So I ask the proud police inspector, why are Saint John sexual assault victims so keen to report if little happens after they lay complaints? Or are you just proud police know how to take a complaint? Anyone can just take them.

 

 

___

* Statistics Canada, Canadian Centre for Justice Statistics; CANSIM table 252-0051.  These statistics were publicized and denounced by the New Brunswick Advisory Council on the Status of Women in the Status Report it published from early 1990s to 2011 when the Council was abolished by the provincial government. The government then pledged it would continue to publish the Status Report. It has not been published since 2014

** http://www.theglobeandmail.com/news/investigations/compare-unfounded-sex-assault-rates-across-canada/article33855643/#saint-john-nb

La grue tristesse

Grue 1.JPGJ’adore ces engins. Et depuis cet automne IL Y EN A UN DEVANT CHEZ MOI ! Plus d’une fois je suis sortie du lit tôt parce que peut-être je verrais l’opérateur de la grue monter l’échelle vers son poste de travail (on m’a dit qu’il monte avec son dîner et son siau). Des fois j’ai presque prié, athée comme je suis, qu’il se rende au faît malgré le verglas ou le -35, ou qu’il finisse sa journée sans incident.

Grue 3 tempête.jpg

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Grue 2.JPG

J’ai surveillé les dizaines d’autres braves hommes – point vu une femme – qui bâtissent cette Hilton qui va bloquer ma vue et dont Fredericton a absolument pas besoin mais que j’adore voir monter !

Mais lundi matin de cette semaine, vers 9h30, tout s’est arrêté. Un travaillant est tombé du 3e étage et est mort. Rien n’a bougé depuis. De ma situation perchée, le site est accablant par son silence et sa fixité. C’est triste.  Grue 4 lune.jpg

I’m with her

New Brunswick women’s march against Trump. January 21, 2017.

Best sign:  this kid.

fton-trump-be-kind

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Runner-up

fton-trump-revolution

L’Acadie !! fton-trump-acadie

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Entre-temps, les enfants trouvent leur plaisir.

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Nous étions quoi, 300 ? Ça change rien, sauf que ça donne du coeur.

What I loved about 2016

The following text was written following my participation in the CBC NB year-end political panel on Shift radio program, December 30, 2016.

I don’t submit well to all exercises. Year-end reviews for example. Year-end reviews are influenced by news headlines which necessarily focus on recent political or legal events and often, also necessarily, negative events like terrorism attacks and natural disasters. It doesn’t seem the right moment to raise long-term trends for how things are going, but that’s what I’m wanting to do.  What made the year tolerable was the knowledge that the bigger picture shows a somewhat different reality than recent events.

The trials and madness of the daily news – especially the tragedy that is becoming the United States – are easier to take knowing that some things have been going in the right direction. There are fewer wars in the world than most other times in history. More than 90% of children in the world are learning to read and write. One out of two humans in the world lives in a democracy. Women have more power, education and rights than ever. World population growth has slowed to a fraction of 1% annually. Extreme poverty in the world has now fallen below 10%. Those are firsts. For as long as such progress continues, and there is no guarantee it will, we improve chances of dealing with the difficulties, such as wars, looting leaders, climate change, fanatic religions. It’s what I loved about 2016.

Having said that, here are some of the trials and madness of 2016 in New Brunswick:

The issue that was there every time I looked up, especially if I was walking around Fredericton, was bilingualism, most often the anti-bilingualism forces. The world is blaming Mr. Trump for his use of fake news, online funny stuff, made-up statistics, but I think New Brunswick haters should get some credit for doing it first. The made-up stories were everywhere about who did or said what, about the percentage of civil service jobs that require bilingualism, about the dollars potentially saved from combining school buses or doing away with duality, or was that doing away with Acadians.  The federal minister for Official Languages just did a cross-Canada consultation on official languages and she said that it was the consultation in Moncton that attracted the most anti-bilingualism forces. Through most of the year the provincial government avoided playing its role on the issue – not defending its policies, not calming the rhetoric and the hate, attacking the Official Languages Commissioner, openly disrespecting her report before and after it was released, telling her that her role is to be a cheerleader not an auditor. Then in September, there was Brian Gallant’s coming out, his saying he is an Acadian, and that New Brunswick’s experience with French-English cohabitation is reasonable. That week, the government spoke and acted responsibly. We shall see if they are consistent on this issue.

The court decision last April that it is unconstitutional to forbid bringing in liquor from other provinces was an important one that will make news again next year. The court decision was the result of the happy circumstance of a determined client, a bright lawyer and a lower court judge who delivered a thesis of a decision – it takes three hours to read. Next year hopefully the Supreme Court will speak on the case, but expect repercussions on similar cases and on other interprovincial trade.

Blaine Higgs’s election to lead the “Progressive” Conservative Party was a surprise of the “all that for that?” sort. Blast from the past. The party doesn’t look like a 21st century party. It actually doesn’t feel like a provincial party.

No, Mr. Gallant, your problem is not that your government has not communicated well about your effort to change the Judicature Act. The problem is that you have not communicated. What is the problem that this is a solution to? Of all the issues in the province that need attention, why is this one getting attention?  If we were handing out stupidity awards, this would get it along with the provincial government’s seemingly natural revulsion for all its independent agencies like the Auditor General, Ombudsman, Official Languages Commissioner etc. You do know, I hope, that these agencies and their commissioners (and judges, by the way) are held in higher esteem by New Brunswickers than are politicians. Oh and give one of those awards to Liquor NB for wanting to sue the Right to Information Commissioner because she wanted information.

If you want to know what will happen in 2017, I will tell you.

Opposition leaders will not like one idea in any Speech from the throne anywhere, and that will still make headlines.

Around the world, people will do terrible things out of love for their god, not caring that that love is not reciprocated.

Women will break some glass ceilings, climb through and someone will raise the ladder behind them.

Many will worry and bemoan NB’s weak performance in various things but no one will worry about the historic hold and ongoing influence of large corporations and fortunes on our economy, politics, and public debates.

Our apathy will prove to be our enemy, once again.

The winners in 2017 will be the ones among us who can find a way to handle news from the United States without giving up on humanity, democracy, or worse, giving up our responsibilities as citizens to keep informed and think critically.

Santé.