Indignons-nous, bon sang! La lutte des Canadiennes pour l’avortement

Ce texte rédigé à l’invitation du webzine Astheure.com a été publié par eux le 20 mai 2022.

Quand la nouvelle a fait le tour du monde que l’avortement aux États-Unis pourrait être bientôt prohibé, je ne m’attendais pas à une telle réaction de stupéfaction. Après tout, des féministes des États-Unis prédisaient cette nouvelle depuis 20 ans, et la radicalisation de leur Cour suprême et l’évangélisation du Parti républicain n’ont fait que gagner de la vitesse dernièrement.

La réaction au Canada a également été surprenante. La réaction immédiate des médias et de personnages publics était de craindre qu’il y aurait un effet contagion sur le Canada. Vu les différences sur ce sujet, et à bien d’autres plans, entre les deux pays et nos populations, j’attribue cette réaction surtout à l’insécurité canadienne et à l’amorphitude des médias canadiens et du mouvement féministe canadien.

A-t-on cru que le Canada serait infecté aux frontières, comme pour un virus?

Sommes-nous si insécures, si peu connaissant(e)s de notre système, que nous ne savons pas faire la part des choses?

Devrions-nous également nous inquiéter que les femmes au Canada risquent de devoir porter le burqa ou le voile intégral, comme l’Afghanistan vient de l’imposer?

Et pourquoi il n’arrive jamais qu’on se questionne si «l’effet contagion» fera en sorte que le Canada suivra l’exemple des pays qui ont adopté la gratuité de la contraception, la parité dans les postes de pouvoir, le revenu minimum garanti ou l’avortement libre et gratuit?

Nos médias et nos politiciens n’avaient pas à attendre cette nouvelle venant du Sud pour se préoccuper du droit à l’avortement des Canadiennes. Il y avait amplement matière à nouvelle pour une raison toute canadienne. Mais peut-être, hélas, cela ne vaut pas une nouvelle «toute faite» avec son mot-clic provenant des United States?

Le sujet négligé qui n’est pas à l’agenda canadien est l’écart entre le droit et l’accès réel à l’avortement, entre ce qui est dit et ce qui est vécu. Cet écart est grand au Canada, surtout dans les provinces conservatrices, surtout dans les régions non-urbaines. Il est devenu le terrain de jeu de ceux qui méprisent le droit des femmes, c’est-à-dire les gouvernements provinciaux malveillants ou indifférents et les groupes anti-avortement. Si les femmes et les droits des femmes pesaient leur poids dans l’échiquier politico-médiatique canadien, cette question aurait été résolue il y a un certain temps.

Tout cela étant dit, je suis d’accord que le Canada sera en effet affecté par les dérives anti-femmes des États-Unis.

Il se peut que leur crise ne sera pas gaspillée et que le Canada saura saisir l’occasion. Parce que leur crise pourrait vraisemblablement servir à avancer notre accès à l’avortement.

Le jour où la nouvelle des États est tombée, le premier ministre Justin Trudeau a eu pour réaction d’affirmer que «Le droit de choisir est un droit de la femme. Point final». Il a demandé à ses ministres d’étudier comment garantir ce droit «pas seulement maintenant, mais sous n’importe quel autre gouvernement dans l’avenir». Et, peu après, il a annoncé le financement, à coup de millions, de projets dirigés par des organismes féministes en vue d’améliorer l’accès à l’avortement.

La grande majorité des réactions ont été aussi réconfortantes.

Quand, dans la foulée de la couverture canadienne de la nouvelle états-unienne, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a rappelé qu’il est «pro-vie» (un terme propagandiste signifiant «favorable au contrôle étatique du corps des femmes»), cela n’a pas laissé personne indifférent comme par le passé. Cette fois, c’était flagrant. Nous sommes en présence d’un patriarche qui se croit en droit de prêcher et de pratiquer sa religion dans ses fonctions officielles – disons comme un Républicain évangéliste.

D’ailleurs, il y a à peine un mois, on avait noté que le message officiel de Pâques de Blaine Higgs était particulièrement fervent et inapproprié : «En cette fête de Pâques, célébrons la résurrection du Christ, le cœur rempli de gratitude et de bienveillance pour la nouvelle vie et l’amour indéfectible qu’il nous offre librement. Je vous offre une prière de paix, d’espoir et de renouveau.» 

La sortie du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick en réaction à la profession de foi «pro-vie» de Higgs était formidable et empreinte d’un nouveau ton d’indignation qui émerge au Canada. Le Regroupement a affirmé que : «Refuser le droit fondamental aux femmes et aux minorités de genre de décider ce qu’elles font de leur corps, au point de mettre leur vie en danger, ce n’est pas être « pro-vie »». C’est plutôt «faire passer ses convictions personnelles avant le bien-être des gens, sans aucun respect pour les avancées législatives de ces 50 dernières années…ses convictions personnelles « pro-vie » influencent directement sa capacité à gouverner et à prendre les meilleures décisions pour la population qu’il sert. Son refus d’entendre les multiples organismes de défense des droits de la personne sur la question des droits sexuels et reproductifs n’est pas basé sur des arguments économiques, comme il le prétendait jusqu’alors, mais bien sur une idéologie voulant restreindre le droit des femmes et des minorités de genre à disposer de leur propre corps.»

Il faut cultiver cette belle et juste indignation. Il faut apprécier à quel point il est outrageux de tolérer ce que les Canadiennes tolèrent quand ça vient aux droits des femmes.

Imaginez qu’un premier ministre affirmait quelque chose comme : «Je suis d’avis que les personnes de telle couleur ou de telle orientation ont les mêmes droits que moi, sauf quand il est question de leur autonomie personnelle.»

Indignons-nous, bon sang!

La tolérance des infractions aux droits des femmes est telle que, pendant des décennies après la décision Morgentaler en 1988, des provinces, dont le Nouveau-Brunswick et l’Île du Prince-Édouard, ont refusé de s’y plier, et ce, sans conséquences. Le Canada a haussé les épaules. Bien sûr, les services de santé sont une responsabilité provinciale, mais il y a des actions que le fédéral n’a pas prises pour assurer un réel accès et il y a d’autres actions reliées à la santé des femmes que le fédéral ne contemple même pas, comme la gratuité des méthodes de contraception.

L’accès à l’avortement demeure plus facile en région urbaine et dans certaines provinces. La moitié de la centaine d’hôpitaux canadiens qui pratiquent l’avortement se trouvent au Québec. Plusieurs provinces ont peu de cliniques. La situation du Nouveau-Brunswick est empirée par le refus des gouvernements successifs de défrayer le coût des avortements pratiqués ailleurs que dans un hôpital. À part cette politique coûteuse et contraire à la bonne pratique médicale, l’accès au Nouveau-Brunswick est comparable à la plupart des autres provinces : c’est-à-dire qu’il est inadéquat. Le Nouveau-Brunswick compte trois hôpitaux qui pratiquent l’avortement chirurgical, ce qui est le même nombre que le Manitoba et davantage que quelques autres provinces. Le Nouveau-Brunswick a été la première province à offrir la pilule abortive.

Le facteur temps est très important lorsqu’une personne recherche un avortement, et les contraintes à l’accès font que nombre de Canadiennes ne peuvent pas exercer leur «droit». Mais admettons aussi qu’il est difficile d’avoir un portrait, provincial ou national, de l’exercice effectif par les femmes de leur droit à l’avortement, parce que les gouvernements et les services de santé n’offrent pas de données, et parce que le mouvement féministe est peu présent.

Les femmes députées servent-elles la cause ?

Ce texte a été rédigé pour Coop Média NB et publié par eux le 18 mars 2022 dans une version légèrement modifiée.

On nous a dit qu’avec davantage de femmes à l’Assemblée législative, les Néo-Brunswickoises seraient mieux servies par la politique.

Présentement, 14 femmes siègent à l’Assemblée, le plus grand nombre jamais atteint au Nouveau-Brunswick. C’est moins du tiers du nombre de députés dans l’Assemblée, mais 9 d’entre elles sont du côté du gouvernement et 6 des 16 ministres du cabinet sont des femmes, un autre record pour la province.

Est-ce que cela fait avancer l’égalité des femmes ? Est-ce que la condition féminine a fait des gains pour autant ?

Depuis 1867 le Nouveau-Brunswick a élu 47 femmes. La première, Brenda Robertson, en 1967.

1161 hommes, et 47 femmes.

Aldéa Landry. Andrea Anderson-Mason. Ann Breault. Arlene Dunn. Beverly Brine. Brenda Fowlie. Brenda Robertson. Carmel Robichaud. Carole Keddy. Carolle de Ste Croix. Cathy Rogers. Cheryl Lavoie. Dorothy Shephard. Elizabeth Weir. Francine Landry. Georgie Day. Isabelle Thériault. Jane Barry. Jill Green. Joan Kingston. Joan MacAlpine. Kathy Bockus. Kim Jardine. Laureen Jarrett. Lisa Harris. Mabel DeWare. Madeleine Dubé. Marcelle Mersereau. Margaret Johnson. Margaret-Ann Blaney. Marie-Claude Blais. Marilyn Trenholme Counsell. Martine Coulombe. Mary Schryer. Mary Wilson. Megan Mitton. Michelle Conroy. Monique LeBlanc. Nancy Clark Teed. Pam Lynch. Pat Crossman. Pierrette Ringuette. Rose-May Poirier. Sherry Wilson. Shirley Dysart. Sue Stultz. Tammy Scott-Wallace.

Est-ce que ces pionnières ont fait avancer les droits des femmes ?

Ont-elles fait front commun de façon non partisane, à l’occasion, pour obtenir des gains féministes? Si cela est arrivé, personne ne l’a remarqué et les femmes ne l’ont pas célébré. En fait, les prises de bec dans la législature et la condition féminine actuelle au Nouveau-Brunswick nous désabusent de l’idée d’une possible complicité féministe.

À ce sujet, un épisode récent est accablant. En décembre 2020, deux mois après s’être vanté de nommer un nombre record de femmes à son Cabinet, le premier ministre Blaine Higgs a demandé à quatre députées de représenter le parti en chambre, pour rejeter une proposition qui visait à améliorer l’accès à l’avortement, en permettant qu’il soit pratiqué dans des cliniques, comme ailleurs au Canada. Les quatre politiciennes désignées se sont conformées à la demande de Higgs: trois ministres et une députée.

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Do women MLAs serve the feminist cause?

This text was written in French for Coop Média NB and published by them on March 18, 2022. I translated it and offered it to NB Media Co-op, who also published it on March 18, 2022 in a slightly different version than below.

We’ve been told that more women in the Legislative Assembly would result in New Brunswick women being better served by politics.

There are currently 14 women in the Legislature, the highest number ever in New Brunswick. Fourteen women in a 49-seat Legislature is less than a third, but nine of them are on the government side, and six of the 16 cabinet ministers are women, another record for the province.

Does this advance women’s equality?

Has the status of all women improved as a result?

New Brunswick has elected 47 women since 1867. The first was Brenda Robertson in 1967.

1,161 men and 47 women.

Aldéa Landry. Andrea Anderson-Mason. Ann Breault. Arlene Dunn. Beverly Brine. Brenda Fowlie. Brenda Robertson. Carmel Robichaud. Carole Keddy. Carolle de Ste Croix. Cathy Rogers. Cheryl Lavoie. Dorothy Shephard. Elizabeth Weir. Francine Landry. Georgie Day. Isabelle Thériault. Jane Barry. Jill Green. Joan Kingston. Joan MacAlpine. Kathy Bockus. Kim Jardine. Laureen Jarrett. Lisa Harris. Mabel DeWare. Madeleine Dubé. Marcelle Mersereau. Margaret Johnson. Margaret-Ann Blaney. Marie-Claude Blais. Marilyn Trenholme Counsell. Martine Coulombe. Mary Schryer. Mary Wilson. Megan Mitton. Michelle Conroy. Monique LeBlanc. Nancy Clark Teed. Pam Lynch. Pat Crossman. Pierrette Ringuette. Rose-May Poirier. Sherry Wilson. Shirley Dysart. Sue Stultz. Tammy Scott-Wallace.

Did these pioneers advance women’s rights?

Have they on occasion banded together in a non-partisan way to achieve feminist gains?

If they did, no one noticed and women did not celebrate.

In fact, the spats in the Assembly, and the current status of women in New Brunswick, disabuse us of the idea of possible feminist complicity.

In this regard, a recent event is damning. In December 2020, two months after boasting of appointing a record number of women to his cabinet, Premier Blaine Higgs asked four of his MLAs, all female, to represent the party in the Legislature to defeat a proposal under consideration that would have improved access to abortions, by allowing abortions to be performed in clinics, like elsewhere in Canada. The four women complied with Higgs’ request: three ministers and one MLA.

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Where are you, NB Women’s Council?

This is my translation of the text I wrote in French at the invitation of COOP Média NB. My translated text was improved, shortened and published by NBMediaCo-op. The French and English texts published by COOP / Co-op are different, cause this is not a symmetrical province, it’s a bi-cultural province. Bravo. My original text was long, but it had more arguments. So voilà, writer’s cut.

Let’s imagine.

You’re a feminist in a place that has some of the worst family and child poverty rates in the country, that shames itself with its rate of violence against women and its lackluster action on the causes of that violence, that has a history of abysmal minimum wage, that provides minimal access to abortion services and little concern for other aspects of women’s health.

You’re a feminist where they rarely publish data on the status of women and don’t do gender inclusive analyses of its policies and budgets.

You are a feminist in a place where there are few feminist groups, and almost all groups that do feminist work deliver services rather than work for change, because of lack of resources and support.

You are a feminist in a place where the levers for change are limited for a variety of reasons, including the fact that much of the media and successive governments are under the influence – almost admittedly – of a corporation that controls most of the economy and natural resources.

So, you’re a feminist in New Brunswick.

Then, you learn that for a few years there has been an independent entity with a great mandate and a budget of half a million a year – New Brunswick Women’s Council – created by legislation that tells it « to bring to the attention of government and the public issues of interest and concern to women and their substantive equality”; « to be strategic and provide advice on emerging and future issues » and to « represent New Brunswick women » by conducting « research on those areas or matters of importance, interest or concern to women and their substantive equality that the Council considers appropriate », publishing « those reports, studies and recommendations that the Council considers necessary ».

And you learn that there are strong feminists working on the Council.

You’d say, « Come on. If it existed, we’d know about it. Where are the studies, the analysis, the events, where are the efforts to organize feminist resistance? Where are the publications describing the status of New Brunswick women, the research disproving government claims? No, it can’t be. »

In fact, the New Brunswick Women’s Council exists in some form for the last seven years and in its current form for almost six. Its situation could allow it to be a real player in the provincial political arena. But the Women’s Council seems paralyzed. It has not issued an annual report since early 2018. It does not appear before the legislative committee on public accounts, so has not had to discuss its work or defend its budget. It has little presence in the public arena or in the media, even social media.

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Un organisme féministe manque à l’appel

Une version plus courte (et améliorée) de ce texte a été publiée par COOP Média NB le 9 janvier 2022 (« Le Conseil des femmes du N.-B., un organisme qui se démarque par son absence », nbmediacoop.org). Merci à COOP de m’avoir proposé le sujet et pardon de vous avoir soumis un texte de 2 600 mots. Voici le « premier montage » qui contient quelques arguments additionnels.

Imaginons.

Tu es féministe et habites une province où les taux de pauvreté familiale et infantile sont parmi les pires au pays, qui se déshonore avec son taux de violence faite aux femmes et son inaction face aux causes, qui affiche depuis longtemps un salaire minimum abyssal, qui donne un accès minimum au service d’avortement et se préoccupe peu des autres aspects de la santé des femmes.

Tu es féministe dans une province qui publie rarement des données sur la situation des Néo-brunswickoises et ne fait pas d’analyse inclusive genrée de ses politiques et de ses budgets.

Tu es féministe dans une province où il y a peu de groupes féministes et les quelques groupes qui font du travail féministe se consacrent presqu’exclusivement à la livraison de services, faute de ressources et d’appui.

Tu es féministe dans une province où les leviers de changement sont limités et la grosse part des médias et des gouvernements successifs sont sous l’influence – presqu’avouée – d’une corporation qui détient la grosse part de l’économie et des ressources naturelles.

Donc, t’es féministe au Nouveau-Brunswick.

Mais voilà que t’apprends qu’il existe depuis quelques années une entité indépendante ayant un mandat de rêve et un budget d’un demi-million – un Conseil des femmes du Nouveau-Brunswick – créée par une loi provinciale qui l’a mandaté « d’attirer l’attention du gouvernement et du public sur les questions qui préoccupent les femmes et qui concernent leur égalité réelle » et « d’agir de façon stratégique et fournir des conseils sur les questions d’actualité et d’avenir », et de « représenter les femmes du Nouveau-Brunswick » en menant « des recherches sur les domaines qui concernent leur égalité réelle que le Conseil juge appropriés » et en publiant « les rapports, les études et les recommandations qu’il estime utiles ».

Et t’apprends que ce sont des féministes solides qui forment ce Conseil.

Tu dirais, « Ben voyons. Si ça existait, on le saurait. Où sont les études, les rapports, les événements, les dénonciations, où sont les efforts d’organisation de la résistance féministe ? Où sont les recherches démontrant la situation des femmes, et celles réfutant ce que le gouvernement prétend ? Non, j’y crois pas. »

En fait, le Conseil des femmes du Nouveau-Brunswick existe dans une certaine forme depuis sept ans et dans sa forme actuelle depuis presque 6 ans.

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About Those Unilinguals in Bilingual Positions

This is my translation of my text published on November 28, 2021 on my blog and on December 1, 2021 in the daily Acadie Nouvelle. A slightly modified version was published in the NB Telegraph Journal December 13, 2021. Another version, rewritten to order for NB « Media » Co-op so as not to name Mary Simon, was published by them on December 7, 2021.

I’ve recently been informed that, after the appointment of an unqualified person to a position, and once protest has been voiced, it is expected and proper for any protesters to be gracious and supportive of the under-qualified interloper.

It was not explained to me why anyone would do this to themselves.

It’s reminiscent of what battered women used to be told, « Try harder to understand him. »

It’s like saying, well, the thief is already in the house, might as well leave the door open and make him some tea.

Take as an example the appointment of unilingual persons to bilingual positions – a privilege only ever given to anglophones, let us note.

The culprits are, of course, those who appointed these people. They abandoned their responsibilities and chose to sacrifice French-speaking citizens, without reason. For example, Justin Trudeau.

But those who accept a position they know they cannot fill, are not only shameless but also disregard the group they cannot serve and the group’s rights. They accept because they feel entitled. They are accomplices. For example, Brenda Murphy and Mary Simon.

They never have the grace to address themselves to Francophones to acknowledge that they are harming them and collaborating with the disregard of their rights. At most, they sheepishly say they will « improve » their non-existent French, eventually, if they have to, in extremis, while salaried, in the long run. As one person described it on Twitter, « With no obligation to produce results, no set objective, no deadline. »

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Poste bilingue, titulaire unilingue

Ce texte a été publié dans le quotidien Acadie Nouvelle le 1er décembre 2021.

On m’a fait savoir récemment qu’il est de mise, peu après la nomination d’une personne non qualifiée à un poste, passées les réactions immédiates de contestation, qu’il est de mise que les contestataires deviennent gracieux et bienveillants envers l’intrus sous qualifié.

On ne m’a pas expliqué pourquoi on se ferait ça à soi-même.

Ça rappelle ce que les femmes battues s’entendaient dire, « Essaye plus fort de le comprendre ».

C’est comme dire, eh ben, le voleur est déjà là dans la maison, aussi bien laisser la porte ouverte et lui faire du thé.

Prenons en exemple la nomination de personnes unilingues dans des postes bilingues – un passe-droit qui n’est accordé qu’aux anglophones, on s’entend.

Les coupables sont bien sûr ceux qui ont nommé ces personnes. Ils ont délaissé leurs responsabilités et choisi de sacrifier les citoyens francophones, sans raison. Disons Justin Trudeau.

Mais ceux qui acceptent un poste qu’ils se savent incapables de remplir, ces effrontés aussi se moquent du groupe qu’ils ne pourront desservir et de leurs droits. Ils acceptent parce qu’ils se sentent en droit d’occuper un tel poste. Ils sont les complices. Disons Brenda Murphy et Mary Simon.

Ces personnes n’ont jamais la grâce de s’adresser aux francophones pour reconnaître qu’elles leur nuisent et qu’elles collaborent à faire fi de leurs droits acquis. Au plus, elles prennent un air penaud et disent qu’elles « amélioreront » leur français inexistant, enfin, s’il faut, in extremis, à salaire, à la longue. Comme une internaute a écrit sur Twitter à ce sujet, « Sans obligation de résultat, sans objectif déterminé, sans échéance précise. »

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La parité homme-femme : La résistance perdure

Ce texte rédigé pour le pendant français de NB Media Co-op a été publié sur leur site le 11 novembre 2021.

« Parce que c’était 2015 », disait Justin Trudeau, qui avait nommé autant de femmes que d’hommes à son premier cabinet des ministres. Il a répété l’exploit lors du remaniement de 2019 et encore, il y a quelques semaines. Il était le premier à le faire au fédéral en 2015, mais plusieurs provinces avaient déjà eu des cabinets paritaires, en commençant par Jean Charest en 2007.

Mais même aujourd’hui, en 2021, certains critiquent la détermination d’un premier ministre d’avoir un cabinet paritaire, représentatif de la population en termes de sexe, parce que, disent-ils, cela fait passer la compétence au deuxième plan.

Cette critique serait recevable et crédible si ces mêmes personnes avaient, par le passé, exprimé des craintes sur la qualité et la légitimité des cabinets composés presque exclusivement de ceux représentant 49 pourcent de la population: les hommes. Ces cabinets, selon toute évidence, ne profitaient pas de tout le talent disponible. Ou si, par le passé, ces personnes avaient clamé leur admiration devant la compétence éblouissante des formations ministérielles et des gouvernements non paritaires, dominés par des hommes.

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Parlez, parlez, pis (sic) on vous jugera après

La semaine passée, je lisais tranquillement dans ma gazette du matin un bon entretien avec une artiste de Grande-Digue qui semblait ben benaise :

« J’adore l’automne. À la plage, le sable durcit. Tous les coquillages sont plus faciles à ramasser parce que ça ne cale pas. Mon mode de vie, c’est go with the flow…je choisis les couleurs, puis le reste c’est intuitif… Le reste est arrivé par adonnance (sic) parce que je ne voulais pas gaspiller»

« Sic » ?

Sic, c’est le professeur qui t’arrête quand t’as enfin pris la parole, pour corriger une conjugaison, ou ton accent. C’est ceux qui me corrigent encore aujourd’hui, comme s’ils avaient plus d’éducation que moi, comme si ma façon de parler n’était pas un droit et un choix.

J’étais saisie par ce sic. Ce qui m’a fait aller chercher qu’est-ce que c’est que ce sic. C’est-y comme siquer son chien après quelqu’un ? C’est-y pointer quelqu’un du doigt ?

Les livres nous disent que « sic » veut dire « tel que cela a été dit ou écrit, aussi étrange ou incorrect que cela paraisse. »

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I hope you do well by me, and Wela’lin

I wrote this comment in French and it was published in the daily Acadie Nouvelle on Sept. 14, 2021. I translate it to make it accessible to more First Nations persons.

I recently answered someone who was asking if Acadians had any words adopted from the First Nations. I was proud to reply with a few: madouesse, for porcupine as in Madawaska, land of porcupines; mocôque, such a beautiful word for wetlands; mashcoui, the birch bark with which are made canoes, and barquettes for taffy. He then told me that he meant whether Acadie was currently experiencing the same phenomenon as New Zealand with the Māori language.

Instead of instructing him in how to ask a question, I searched to learn what he was talking about.

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On a lâché nos amis, les Premières Nations

Une version légèrement raccourcie et modifiée de ce texte a été publiée dans l’Acadie Nouvelle du 14 septembre 2021.

J’ai récemment répondu à quelqu’un qui demandait si les Acadiens avaient des mots adoptés des Premières Nations. J’étais fière d’en mentionner quelques-uns : madouesse, pour porc-épic comme dans Madawaska, pays de porcs-épics; mocôque, un si beau mot pour des terres humides; mashcoui, l’écorce de bouleau avec quoi on fait des barques, et des barquettes pour la tire d’érable. Il me dit alors qu’il cherchait plutôt si l’Acadie avait présentement le même phénomène qu’en Nouvelle-Zélande avec la langue Māori.

Au lieu de lui enseigner comment poser une question, j’ai été fouiller pour savoir ce qu’il cherchait.

La Nouvelle-Zélande, un pays de 5 millions, colonisé par les Britanniques comme le Canada, a présentement une relation telle avec sa Première Nation que depuis quelques années des mots Māoris sont adoptés par les non Māoris. On dit que ce serait parce que les non autochtones sentent une telle affinité avec les Māoris qu’ils embrassent leur langue, qui est une langue « officielle » depuis 25 ans. Ce peuple autochtone, qui a été forcé dans les écoles résidentielles assimilatrices pendant 150 ans comme au Canada, représente 17 pourcent de la population du pays. En comparaison, les peuples autochtones du Canada ne sont que 5 pourcent de la population canadienne et ont 60 langues, dont plusieurs sont en danger de disparition.

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Questions-réponses sur la lecture

L’émission radio L’Heure de pointe à Radio-Canada Acadie m’a invité à être une des personnes à qui ils demandaient de parler de leurs lectures et leur bibliothèque. Parce que j’avais des notes et que je n’ai pas tout dit dans l’entretien (16 min., https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/l-heure-de-pointe-acadie/episodes/566707/rattrapage-du-lundi-30-aout-2021), je publie une version augmentée de ce que j’avais à dire à ce sujet.

Quelle a été votre lecture de jeunesse ? Le livre qu’il faut lire quand on est jeune, celui qui a éveillé une passion.

J’ai de la misère à penser à un livre, qui doit vouloir dire qu’il n’y en avait pas un. Peut-être la vie d’Albert Schweitzer, que j’ai lu vers l’âge de 10 ans. Le fait qu’il est allé aider des pauvres d’un autre continent, suivant sa philosophie de respect pour la vie, m’a impressionné.

Mais je veux plutôt répondre, c’était pas un livre mais les livres et les bibliothèques publiques.

Nous avons déménagé à Moncton de la campagne quand j’avais 10 ans et j’ai découvert la bibliothèque. À 12-13 ans, je marchais seule de Parkton à la bibliothèque publique au centre-ville, 3 km, à chaque semaine. L’idée de ces bibliothèques m’impressionnait. C’était comme entrer dans un magasin et sortir sans avoir à payer. C’était un bien commun. J’ai compris la valeur d’une société, on peut se doter de biens comme ça.

Bien sûr il y avait aussi que les livres sont une porte sur le monde, sur le temps…

Mais j’ai été surtout impressionné, et je suis demeurée impressionnée, par l’idée et les bâtisses de nos bibliothèques publiques.

À y penser, j’ai beaucoup écrit et tweeté sur les livres, les bibliothèques et la lecture, la quête pour des livres à lire en voyageant, les boîtes de livres autour du monde. Un de mes textes le plus populaire sur mon blogue est mon histoire avec un livre acheté à Frenchy’s au Nouveau-Brunswick et que j’apportais en voyage, texte que j’ai titré Histoire vraie et exacte de mes aventures illicites avec un livre (« A True And Exact History Of My Illicit Adventures With A Book » https://rosellam.wordpress.com/2017/04/16/a-true-and-exact-history-of-my-illicit-adventures-with-a-book/)

Votre lecture incontournable ? Le livre qui a tout changé, celui qu’on recommande, qu’on offre toujours en cadeau.

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Quand les femmes se mêlent de leurs affaires

J’ai contribué ce texte au livre, L’État de l’Acadie, Un grand tour d’horizon de l’Acadie contemporaine, un magnifique opus de 500 pages publié en 2021 sous la direction de M. Landry, D. Pépin-Fillion & J. Massicotte, chez Del Busso.
Dans la version du texte que je reproduis ici, j’ajoute en italiques quelques phrases/citations que j’avais accepté d’enlever afin de le raccourcir pour les fins du livre. Je rétablis aussi mon titre original parce que je l’aime, bien que je suis d’accord dans le contexte du livre, que mon texte soit titré, « Le féminisme ».
(Le livre est dans toutes les bonnes librairies)

Le féminisme en Acadie

Elles sont 145 000 dans les Maritimes[i]. Elles ont le double héritage, la double oppression, le double avantage, la double infériorité et la double revendication, d’être femmes et acadiennes. Elles représentent la moitié de la population acadienne, mais elles constituent, selon leur province, le tiers ou à peine 4 % de la population féminine.

Les hommes acadiens ont ressenti la domination culturelle et l’exclusion systématique des décideurs politiques et économiques; les femmes acadiennes les ont ressenties en pire. Mais elles l’ont également ressenti dans leur communauté acadienne de la part des structures de l’Acadie – les conseils scolaires et les collèges, l’Église, les organismes de représentation acadienne, les coopératives. Elles en ressentent toujours les effets. Le discours nationaliste comme le religieux prônaient l’idéologie dominante du rôle restreint des femmes et l’enrobait de couches contraignantes additionnelles, faisant appel au patriotisme et à la dévotion.

Dans la première moitié du 20e siècle, certains droits, au vote et au salaire égal par exemple, ont été reconnus, mais il n’y a pas d’indice montrant que les Acadiennes ont participé à ces luttes féministes, peut-être parce que ces mouvements ont pris naissance dans les classes bourgeoises, parce que le niveau d’instruction des Acadiennes était faible et parce qu’elles luttaient plutôt pour l’accès à l’éducation.

Mais la vague féministe des années 1960 en Acadie, « loin d’être un premier moment féministe ayant émergé du néant, a été progressivement modelé au fil des décennies et des contextes » comme dit Philippe Volpé[ii].

Les premiers regroupements n’avaient pas une mission nettement féministe, – les Jeunesse ouvrière catholique féminine, les succursales féminines de la Société Assomption, les Instituts des dames/Instituts féminins, les comités auxiliaires, les Dames d’Acadie -, mais ce furent des lieux de sororité, d’éducation et de réveil, des premiers pas vers une prise de parole. Certains de ces groupes ont revendiqué leur langue ou des écoles, ce qui mena pour certaines à une revendication féministe. Comme l’a résumé Madeleine Delaney-LeBlanc, « On se rend compte plus facilement de notre réalité de femme quand on a pris conscience de notre réalité comme minoritaire »[iii].

On notera souvent chez les Acadiennes des actions motivées à la fois par le féminisme et le nationalisme. On pense aux luttes des religieuses pour l’éducation des filles et l’éducation des filles en français. La création de collèges classiques pour les Acadiennes « n’a pas fait l’objet d’un appui unanime au sein même de l’Église », résume Isabelle McKee-Allain, qui ajoute, au sujet de la période d’étatisation de l’enseignement supérieur débutant à la fin des années 1940, « les rapports de force s’articuleront entre des communautés religieuses d’hommes, […] et des communautés religieuses de femmes, qui seront les grandes perdantes »[iv].

« On nous a beaucoup talonné et beaucoup dit : « Vous ne savez pas vous organiser. » Ces personnes étaient des gens d’affaires; les gens qui mènent au plan économique…La réaction qu’on a toujours eue a été de ne pas suivre de conseils… On se disait, si on fait ça, on n’atteindra pas le groupe d’élèves qu’on veut atteindre, parce qu’elles n’ont pas les moyens de payer… Nous ne voulions pas délaisser nos petites filles, celles qui vivaient autour de nous, au profit d’élèves de l’extérieur issues de familles à l’aise. » – Sœur Marie-Dorothée[v].

Le premier groupe acadien se définissant comme féministe semble avoir été un comité créé pour la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada en 1968. Le Groupe de femmes francophones de la région de Moncton avait distribué un questionnaire, publié dans le quotidien L’Évangéline. Dans son mémoire, le seul en français à l’extérieur du Québec, le Groupe dénonçait l’absence des femmes au sein des institutions telles que le journal L’Évangeline et la Société Nationale de l’Acadie. Ce groupe ad hoc deviendra LES FAM (Liberté, Égalité, Sororité, Femmes acadiennes de Moncton) qui jouera un rôle clé dans la création par le gouvernement provincial du Conseil consultatif sur la condition de la femme, qui amorça ses activités en 1977[vi].

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Higgs and his Promises to Women

A year ago at this time, Blaine Higgs had just called an election for mid-September. He had been Premier of a minority government for two years, coupled with the People’s Alliance. His reasons for calling an election early were as self-serving as Trudeau’s are, but Higgs did it when there was no vaccine. He bet, won, and reigns in a majority government for the past year.

Neither in his 2018 election campaign nor last summer’s campaign did Higgs make any promises about women’s equality.

So I want to talk to you about how well he’s kept that promise.

Okay, in 2018, Higgs did make a promise with feminist overtones in his platform, but he never brought it up again, and no one has mentioned it. His promise, made in response to no known demands, was that he would create an institute on women’s health with a $5 million research trust. Big huh?

Also in 2018, when Higgs was cornered by a reporter who asked if he would continue to fund the New Brunswick Women’s Council, he said yes. Once elected, Higgs cut the Council’s funding in half, but the Council, created in 2016, still exists, receiving half a million a year to provide advice to the government and inform the public on women’s equality issues. The Council is mostly silent and has not issued an annual report since March 2018. It had one good moment when, in late 2018, in response to newly elected Higgs’ throne speech, the Council denounced the Higgs/Austin fetish phrase, « common sense, » reminding us that the phrase is often invoked to maintain the status quo and disenfranchise certain groups: “Common sense” presumes a common and universal point of view, said the Council, even when such a consensus does not often exist.

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Higgs et ses promesses aux femmes

Un an passé, à ce temps-là, Blaine Higgs venait d’appeler une élection pour la mi-septembre. Il était premier ministre d’un gouvernement minoritaire depuis deux ans, accouplé au People’s Alliance. Ses raisons pour devancer la date prévue pour une élection étaient aussi intéressées que celles de Trudeau le sont, mais Higgs l’a fait quand il n’y avait aucun vaccin. Il a gagé, a gagné et règne en maître d’une majorité depuis un an.

Ni dans sa campagne électorale de 2018 ni dans celle de l’été dernier, Higgs n’a fait de promesses au sujet de l’égalité des femmes.

Je veux donc vous parler à quel point il a tenu cette promesse.

D’accord, en 2018, Higgs avait fait une promesse bizarre à connotation féministe, mais il n’en a jamais reparlé, et personne ne s’en plaint. Sa promesse, faite en réponse à aucune revendication connue, était qu’il créerait un institut sur la santé des femmes doté d’une fiducie de recherche de 5 millions $. Oui, gros hein ?

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Les coups au cœur qui ébranlent

Ce texte a été publié par le quotidien Acadie Nouvelle le 13 août 2021.

Quand j’ai pensé à ce que j’aurais à dire à la très sérieuse Commission sur la révision de la Loi sur les langues officielles, j’ai vite abandonné l’idée de parler de droits et de clauses de loi. Il y en a d’autres, des compétents, pour faire cette réflexion. Moi je parlerais de l’ambiance au Nouveau-Brunswick pour les gens qui sont francophones. Je parlerais du ressenti et pourquoi je me préoccupe de notre santé collective.

On a tous vu ça, dans un groupe, un lieu de travail ou une classe, quand certains s’en prennent à un sous-groupe de personnes.

De nos jours, on appelle ça de l’intimidation et de la discrimination. Et de nos jours comme toujours, les victimes ressentent ces actions comme un manque de respect. L’intention des intimidateurs est de s’élever en abaissant l’autre groupe, et les victimes intériorisent cette intention. Les victimes peuvent bien penser qu’on les cible parce qu’on les a pesées dans la balance et qu’on a jugé qu’elles valent moins que d’autres.

Et quand ça se passe en public, et qu’il n’y a pas de conséquence, là on comprend qu’on est rejeté. Et l’estime de soi et la santé mentale prennent un coup.

Les femmes ayant grandi dans une famille ou une société misogyne sont certainement le plus grand groupe ayant l’expérience de ce manque de respect collectif. Au Nouveau-Brunswick, les Acadiens ont aussi cette expérience.

C’est pourquoi je me préoccupe pour notre estime de soi collectif en Acadie, pour notre moral, notre fierté.

L’intimidation politique des Acadiens est un fait qu’on n’a pas à chercher pour voir. Le manque de respect à notre endroit au Nouveau-Brunswick nous tombe dessus, des manchettes et de la vie quotidienne.

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Us Squatters

This text was originally written in French and published on August 5, 2021 by the daily Acadie Nouvelle. The original text is also on this blogsite, L’histoire de la honte.

I had the chance to visit the excellent Musée de Kent in Bouctouche this summer. In a room dedicated to Gilbert Girouard, the Member of Parliament representing Kent County from 1878 to 1883, we are told that one of his actions in support of the Acadiens was that in 1882, he had a measure adopted so that parishioners between Bouctouche and Sainte-Marie would obtain “ownership of their land. Previously, they had to pay an annual rent to the Micmacs » (translation).

Surprised by this information, I wanted to know more, so I read the recent book, « Stubborn Resistance, New Brunswick Maliseet and Mi’kmaq in defence of their lands » by Brian Cuthbertson, a historian that New Brunswick First Nations consult to document the history of their lands. The book is an enraging account of the treatment of First Nations peoples  during the period before and after the creation of Canada in 1867.

I learn that Girouard, the second Acadien elected to Ottawa, continued the dubious work of the first Acadien MP, Auguste Renaud, elected in 1867, who also represented the riding of Kent. Girouard and Renaud are almost the only Acadiens in positions of responsibility mentioned in the book, and apart from the fact that they advocate for Acadiens and the others for Loyalists, they seem to be equally unconcerned about the rights of the First Nations.

I thought that « reserve » meant that it was reserved for them. But no. Come a squatter or someone who says to the government, I gave two bucks to an Indian for his 100 acres and here’s the paper the Indian who cannot write gave me, and voilà, the government documents it. I’m only slightly exaggerating.

This was done before and after the Indian Act of 1876. When New Brunswick was established in 1784, the Crown Lands Office had the immense task of granting lots of land to incoming Loyalists and other immigrants. As author Cuthbertson says, there is no evidence that the province was aware of the existence of the Royal Proclamation of 1763 and that it was bound by it. The Proclamation established and organized the British colonial empire in Canada and was intended to pacify relations with the Aboriginal peoples. The Crown gave itself a monopoly on the disposal of Indian lands and the King guaranteed the protection of Indian peoples.

Later, when New Brunswick government officials would visit reserves to announce to the First Nations that they were going to sell sections of their land, Mi’kmaq and Maliseet leaders reminded them that this was in violation of the 1763 agreement with King George III. Oral history was more reliable than British bureaucracy. Not that these chiefs won their case. Today, this Royal Proclamation remains important to the rights of Aboriginal peoples, especially since Aboriginal peoples in New Brunswick never ceded land to the Crown.

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L’histoire de la honte

Ce texte fut publié par le quotidien Acadie Nouvelle le 5 août 2021.

J’ai eu la chance de visiter l’excellent Musée de Kent à Bouctouche cet été. Dans une salle consacrée à Gilbert Girouard, le député fédéral représentant le comté de Kent élu en 1878, on nous dit qu’une de ses actions en appui des Acadiens a été qu’en 1882, il a fait adopter une mesure pour que les paroissiens entre Bouctouche et Sainte-Marie obtiennent « la propriété de leurs terres. Auparavant, ils devaient payer une rente annuelle aux Micmacs ».

Ne connaissant pas cette histoire un peu surprenante, j’ai voulu en savoir davantage et j’ai lu le récent livre, « Stubborn Resistance, New Brunswick Maliseet and Mi’kmaq in defence of their lands » de Brian Cuthbertson, un historien que des Premières Nations du Nouveau-Brunswick consultent pour documenter l’histoire de leurs terres. Le livre est un récit enrageant de la période avant et après la création du Canada en 1867 et le traitement des peuples autochtones.

J’apprends que Girouard, le deuxième Acadien élu député à Ottawa, a continué le travail douteux du premier député Acadien, Auguste Renaud, élu en 1867, lui aussi représentant la circonscription de Kent. Girouard et Renaud sont presque les seuls Acadiens en poste de responsabilité mentionnés dans le livre et à part du fait qu’ils revendiquent pour des Acadiens et les autres pour les Loyalistes, ils semblent tout aussi insoucieux des droits des Autochtones.

Je croyais que « réserve » voulait dire que c’était réservé pour eux. Mais non. Arrive un squatteur ou quelqu’un qui dit au gouvernement, j’ai donné deux piastres à un Indien pour ses 100 acres et voici le papier que l’Indien analphabète m’a donné, et voilà, le gouvernement documente ça. J’exagère à peine.

Ça se faisait avant la venue de la Loi sur les Indiens en 1876, comme après. Lors de l’établissement du Nouveau-Brunswick en 1784, le Bureau des terres de la Couronne avait la tâche immense d’accorder des lots de terre aux Loyalistes et autres immigrants qui arrivaient. Comme dit l’auteur Cuthbertson, tout s’est fait comme si la province n’avait pas connaissance de l’existence de la Proclamation royale de 1763 et qu’elle y était liée. Cette Proclamation organisait l’empire colonial britannique au Canada et devait pacifier les relations avec les Autochtones. La Couronne se réservait le monopole de l’acquisition des terres indiennes et le roi garantissait la protection des peuples indiens.

Quand plus tard, les représentants du gouvernement du Nouveau-Brunswick visitaient les réserves pour leur annoncer qu’il envisageait vendre des sections de leur réserve, des chefs Mi’kmaq et Malécite leur rappelaient que cela allait à l’encontre de l’entente de 1763 avec le roi George III. Comme quoi l’histoire orale était plus fiable que la bureaucratie britannique. Non pas que ces chefs ont eu gain de cause. De nos jours, cette Proclamation royale demeure importante aux droits des peuples autochtones, surtout étant donné qu’au Nouveau-Brunswick, les peuples autochtones n’ont jamais cédé de terres à la Couronne.

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Ces gestes qui changent le monde

J’ai opiné récemment qu’il y a des gestes inutiles qui sont pires qu’inutiles. Faire la charité en réaction aux injustices économiques ou sociales et s’attendre que ça va régler le problème. Ramasser les déchets, pensant sauver la planète. Rendre des situations troublantes « tolérables » …et permanentes.

La réaction à ce que je disais a été réconfortante. Mais on m’a aussi dit, oui mais, quand même chaque petit geste compte, et l’intention est bonne.

Quand l’enjeu est la survie de la planète ou les droits des personnes, et qu’on préfère toujours nos gestes confortables plutôt que de s’attaquer aux causes, on fait pire que rien, selon moi. Si les gens ont droit à la vie, au traitement égal, et au contrôle de leur destin, ils ont droit que ça ne dépende pas du caprice chariteux de nous citoyens.

Oui, les petits gestes bien-intentionnés comptent, autant qu’une prière, mais pas autant que si le Vatican remettait à Haïti tout l’or qu’il lui a pris. Et pas autant que si on se concentrait sur les causes au lieu des symptômes.

Si c’est l’intention qui compte, pourquoi l’intention n’est pas d’arrêter la production de pauvres, d’hommes violents, de pollution et d’exclusion ? Pourquoi l’intention est toujours seulement d’aider les victimes après coup, et de ramasser les déchets ?

J’ai un test que j’utilise pour me décider où je mets mon temps et mon argent : Si des millions de gens faisaient comme moi, faisaient ce que je pense faire pour aider ceux dans la misère ou pour protéger la nature, le problème serait-il réglé?

Si, par exemple, des millions se mettaient à ramasser les déchets au bord du chemin ou de l’eau. Si à tous les coins de rue, on ouvrait des maisons de transition et des soupes populaires. Est-ce que la planète serait sauvée et que la pauvreté et la violence seraient choses du passé? Non.

On fournira pas à essuyer la place, faut fermer pas le robinet.
– proverbe acadien

Il y aurait autant de déchets, de victimes et de pauvres, et la planète brûlerait comme attendu. Et il y aurait autant de salaires non vivables et aussi peu de services parce qu’il y aurait autant de riches et d’entreprises qui ne paient pas leur part d’impôt. Et autant de socialisation à la masculinité toxique.

Les réponses individuelles à un problème collectif sont garanties d’être inefficaces, mais c’est souvent ce que promouvoient nos gouvernements, nos Irving, certains organismes qui dépendent de subventions. On aime retourner la balle à ceux qui demande un vrai changement. Il y avait un temps que les gouvernements s’opposaient aux banques alimentaires, mais ils ont vu que ça sert à enlever l’urgence de la crise, et prévenir d’avoir à faire des changements dérangeants.

La plupart des problèmes – la pauvreté, la pollution, la violence et sa tolérance – résultent de choix politiques conscients. Nos petits gestes donnent à penser que nous croyons que ces problèmes sont inévitables, plutôt que politiques. Des réponses modérées à des situations extrêmes nous sont acceptables.

Les choix sont politiques – proverbe du mouvement féministe.

Que faire mieux que nos petits gestes confortables ? S’il y avait des mouvements sociaux – ces forces qui apparaissent comme une réaction populaire irrépressible à une situation devenue intolérable et exigeant une transformation sociale radicale – on saurait quoi faire et on s’y joindrait. Sont rares les mouvements sociaux et on ne peut pas les faire apparaître par la force de notre esprit, en les voulant.

Si ce ne sont pas des mouvements, il y a quand même autour de nous du militantisme qui vise les causes derrière ces questions. Une fois qu’on s’informe sur les causes et ce qui ferait que nos systèmes économiques et sociaux – c’est-à-dire politiques – ne produiraient plus des pauvres, des travailleurs pauvres, des inégalités, qui ferait qu’on cesserait de mettre en danger la planète, on saura quoi faire.

Les gens qui revendiquent des changements de cet ordre-là – des changements féministes, écologiques, égalitaires radicaux – sont clairement dans une lutte de pouvoir. De tels changements attirent la résistance.

Si tout le monde t’applaudit quand t’essaies de changer le monde,
c’est certain que t’es pas en train de changer le monde – mon proverbe.

Les gestes inutiles pire qu’inutiles

Ce texte a été publié en version légèrement modifiée par le quotidien Acadie Nouvelle le 16 juillet 2021.

J’ai marché le long de plages dernièrement, comme il me faut faire à certaines saisons. Je ramasse les bouts de plastique et de verre que j’y vois, pour que ça nuise pas à l’œil ou au pied. Et pour me donner bonne conscience sans doute. Une fausse bonne conscience, parce que ramasser des déchets pour les déposer dans des sacs en plastique verts qui seront transportés pour être enfouis sous terre, ça figure même pas, selon moi, sur le spectre des actions en appui de la conservation de la nature. Ça ne change certainement rien à la surconsommation et à la production polluante. Ça contribue certainement à cacher le problème.

Ça m’a mis à penser qu’on se fait souvent des accroire comme ça.

« Bravo à moi, j’ai appuyé une cause ! » Je pense même pas de me demander si j’ai eu un effet, et si c’était un effet positif.

Je sais à quel point il est facile de se dire qu’on a agi parce qu’on a, par exemple, refilé ou commenté une actualité politique sur un média social comme Twitter. Pire encore une pétition internet. Alors que ça ne fait pas grand-chose – ou même le contraire d’une bonne chose si ça donne qu’on va croire ne pas avoir à prendre une vraie action de revendication.

Faut dire que nous sommes instruits et encouragés de partout à ne pas se prendre au sérieux comme citoyen. À consommer plutôt que de participer. Même nos gouvernements, surtout au N.-B., nous disent que nous sommes ses clients. Nos systèmes nous aiment comme consommateurs plutôt que comme citoyens.

Pensez comment toute l’industrie du recyclage peut être accusé d’être là pour nous donner bonne conscience et nous permettre de continuer de consommer, parce que si peu du recyclage, qu’on fait comme des robots, aboutit où ça devrait. Mais aussi parce que surconsommer et recyclage font bon ménage. Et si t’apportes tes propres sacs au magasin, tu es proclamé champion du sauvetage de la planète.

Le recyclage aura été le compromis qui nous aura fait perdre l’élan des premiers avertissements de notre planète voilà 40-50 ans. Ça nous a mis sur le mauvais chemin et on semble entêté de consommer jusqu’à notre fin collective.

Recycler, ha.

Tant qu’à faire, aussi bien se féliciter d’avoir vaincu la pauvreté une fois pour toute quand on donne à la banque alimentaire.

Et quand on donne de l’argent aux femmes battues, bravo à nous d’avoir mis fin à la violence !

Et bravo à moi d’être féministe en faisant un choix antiféministe ! parce que le féminisme c’est ce que chaque princesse souhaite que ce soit. Qu’est-ce que c’est que ce slogan, les choix sont politiques ?

Bravo de te féliciter de poser un geste politique quand tu décides de ne pas voter lors d’une élection – les politiciens te remercient de donner beau jeu à leurs fanatiques dévoués.

Bravo d’être fier Acadien dans ton cœur et le 15 août. Tu auras au moins le nom de ce que tu as perdu tatoué sur le cœur.

Moi, j’appelle ça se grandioser, notre façon de se mentir à ces occasions. C’est la sucette qui fait endormir l’enfant, l’opium qui nous rend docile, la tournure de phrase qui nous fait croire qu’on a fait du bien. Yeah right.

Au moins on fait pas de mal ? Même ça c’est point sûr. Notre autosatisfaction et notre manque de rigueur contribuent certainement au fait que la terre brûle, que les problèmes sociaux perdurent, que des politiciens médiocres sont élus et réélus. Ceux qui ont un intérêt dans le statu quo de ce monde doivent se réjouir de l’inefficacité de nos actions.

Il me devient évident que quand il n’y a pas d’action collective batailleuse responsabilisante, il n’y a pas de salut.

Mais ça ce serait une autre chronique. Et j’ai des plages à nettoyer.

Non, évidemment, ça suffit point

Le réseau de santé Vitalité a donné l’ordre « Ça suffit ! », faudrait se taire.

Mais il semble que ça ne me convainc pas autant que la dernière fois qu’on m’a huché « Ça suffit ! », quand j’avais peut-être 10 ans.

Ce n’est plus comme ça que ça marche dans le monde adulte, démocratique, acadien.

Je ne suis pas contre le fait que Vitalité se serve d’argent public pour acheter une pleine page dans notre Acadie Nouvelle pour nous dire de se taire. Si Vitalité veut répondre à cette lettre dans une autre publicité pleine page, bravo pour notre journal.

Avec son memo à l’Acadie, Vitalité semble viser ceux de nous autres qui se sont exprimés récemment dans les multiples lettres qu’a publié l’Acadie Nouvelle en réaction aux déclarations surprenantes, désobligeantes, et insultantes de Vitalité.

Ces lettres d’Acadiens en réaction aux propos de Vitalité étaient particulièrement éloquentes. C’est peut-être ça qui a alarmé Vitalité.

J’ai un palmarès de mes préférées parmi ces lettres qui irritent tant Vitalité.

Gilles Beaulieu qui a écrit le 14 mai « Les propos … de Dre France Desrosiers, en inquiètent plus d’un et force est de reconnaître aussi que ses propos en réjouissent certains… Il aurait été préférable d’entendre Dre Desrosiers nous parler de sa détermination à offrir un service sécuritaire dans la langue de choix du patient dans l’ensemble des services du Réseau de santé Vitalité, peu importe la gravité des défis auxquels est confronté l’organisme. Et, lorsque la situation l’oblige à établir des ponts de services vers d’autres institutions (ex: rediriger les ambulances en situation d’urgence), Dre Desrosiers aurait pu nous rassurer en affirmant sa détermination infaillible à faire valoir ces principes de base chez les points de transferts. »

Claude Snow le 15 mai : « Toute la question du glissement des soins de santé vers le système anglophone, sous prétexte qu’en temps de crise tout est possible, est encapsulée dans la petite phrase suivante, trouvée dans le dossier médical d’un patient francophone qui n’était pas compris par ses soignants: «Does not respond to treatment». On retrouve parfois le même genre de notes en psychiatrie lorsqu’un patient francophone ne comprend pas ce qu’on lui dit: «Does not cooperate with team workers». La collaboration à la bonne franquette, qui semble s’installer entre les réseaux de santé anglophone et francophone et qui prend l’allure d’une générosité accueillante, ouvre une porte qu’il sera difficile ensuite de refermer. »

Le juriste Michel Doucet le 15 mai : « Les commentaires de la Dre France Desrosiers, voulant que son rôle n’est pas de «discuter des droits de la langue» m’ont énormément déçu. Je me serais attendu d’entendre un tel commentaire d’individus ou de partis politiques qui ne cachent pas leur opposition à l’égalité linguistique et qui veulent l’abolition de la Régie de santé Vitalité, mais pas du PDG de ce réseau de santé francophone. »

Rachel McGraw et Shirley McGraw de Dieppe écrivent : « Les propos tenus par la Dre Desrosiers nous ont grandement inquiétées. D’après une étude de 2019 : «l’impossibilité d’obtenir des soins de santé dans sa langue maternelle pourrait avoir un impact négatif significatif sur la qualité et la sécurité des services obtenus»… Il est également inquiétant de constater que le Réseau de santé Vitalité laisse au gouvernement du N.-B. la responsabilité de l’embauche du personnel soignant. Les exigences linguistiques seront-elles respectées? Les décisions de la Dre Desrosiers nous laissent croire qu’elle promeut la vision du premier ministre et de Kris Austin, chef de la People’s Alliance, c’est-à-dire de n’avoir qu’une seule régie dite bilingue. La population francophone du N.-B. est en train de perdre ses droits durement acquis. »

Des anciens médecins de l’hôpital CHU Dumont : « Vitalité a beaucoup de difficultés non seulement à recruter, mais aussi à retenir son personnel infirmier…Nous croyons que cette pénurie est due en grande partie à une centralisation à outrance de la gouvernance de Vitalité et à un manque de gestion locale. »

J’étais parmi la bande de citoyens qui a irrité Vitalité en publiant un texte. Je me cite : « La personne nouvellement embauchée par le gouvernement provincial pour diriger « notre » réseau de santé Vitalité a flatté le grain de ce gouvernement en lui disant « « Forget » the French »…Je sais que ces personnes ont de grosses responsabilités, qu’il y a pandémie, qu’il y a pénurie de professionnels de la santé aux niveaux national et international. Je sais que la pénurie d’infirmières en particulier est grave, et que le Nouveau-Brunswick n’a fait qu’exacerber cette pénurie d’infirmières, prédite depuis des décennies. Ce que je ne comprends pas est que le premier butin qu’elles jettent par-dessus bord est le service en français. C’est comme jeter des faux indices devant les personnes qui pourraient résoudre le problème. ».

Vitalité n’a rien compris et donc ça suffit pas.

Les crises sont des occasions pour nos ennemis

Le journal L’Acadie Nouvelle a publié ce texte le 25 mai 2021.

Tout indique que le Nouveau-Brunswick va encore une fois prétendre s’attaquer à un problème avec le but caché de régler quelque chose d’autre. C’est une façon de faire qui a zéro chance de résoudre nos vrais problèmes.

Nos politiciens nous font ça régulièrement. Parmi les raisons de notre paralysie face à nos problèmes, il y a que le Nouveau-Brunswick a trop de multimillionnaires qui sapent notre richesse naturelle, surtout celle de l’Acadie. Aussi, on a souvent des gouvernements dont la motivation de base, et de leur base électorale, est de ramener l’unilinguisme, non pas de diriger la province. Et de nos jours, au Nouveau-Brunswick comme ailleurs, on a des gouvernements anti gouvernements, formés de trop d’agents pro multimillionnaires, d’agents immobiliers et autres entrepreneurs.

Rien de ça aide notre tâche de confronter les vrais problèmes.

Mais là, je veux vous parler de personnes problèmes parmi nos rangs. Ces personnes qui m’ont rappelé ce mois-ci une vieille citation, « Pour faire un bon ennemi, prenez un ami : il sait où frapper ».

La personne nouvellement embauchée par le gouvernement provincial pour diriger « notre » réseau de santé Vitalité a flatté le grain de ce gouvernement en lui disant « « Forget » French ». Et le syndicat des infirmières, suivant l’exemple de l’association professionnelle des infirmières, a dit aussi pire.

Je sais que ces personnes ont de grosses responsabilités, qu’il y a pandémie, qu’il y a pénurie de professionnels de la santé aux niveaux national et international. Je sais que la pénurie d’infirmières en particulier est grave, et que le Nouveau-Brunswick n’a fait qu’exacerber cette pénurie d’infirmières, prédite depuis des décennies.

Ce que je ne comprends pas est que le premier butin qu’elles jettent par-dessus bord est le service en français. C’est comme jeter des faux indices devant les personnes qui pourraient résoudre le problème.

France Desrosiers et Paula Doucet, les porte-paroles de Vitalité et du syndicat des infirmières, auraient pu nous parler du fait que d’autres régions ont des mêmes problèmes, mais non. Elles ne rappellent pas les problèmes similaires à Saint John, à Fredericton, au Restigouche, à Edmundston, à Caraquet. Elles ont choisi de ne pas nous parler des vraies causes de nos problèmes.

Mais il fallait voir Blaine Higgs rajeuni accepter leur cadeau avec un empressement de petit jeune. Quelle idée ingénieuse ont ces femmes ! Évidemment, dit-il, il faut amalgamer les services des deux hôpitaux de Moncton. N’importe que les deux hôpitaux soient tout aussi débordés l’un que l’autre, et que, comme le médecin Louis-Marie Simard a alors dit, « C’est pas en associant deux pauvres qu’on va faire de la richesse ».

Higgs voit l’abolition du bilinguisme comme la première chose à faire, n’importe le problème, même si la solution au vrai problème doit attendre.

Moi, quand quelqu’un me dit, voici ce qui va résoudre ton problème, avant même qu’il y ait eu discussion du problème – qu’il soit vendeur, ou médecin, ou politicien – je sais que c’est louche. C’est comme quand l’internet me dit que l’urine de chameau va résoudre ma migraine, mon cancer ET mon infection COVID.

France Desrosiers n’a pas raison, légalement ou scientifiquement, de dire que la langue n’est pas importante quand la santé est en question. Une réponse digne de ses responsabilités aurait été, « C’est inacceptable, illégal et dangereux que nous ayions à faire ceci, à envoyer nos ambulances et des services vers le système anglophone. Le réseau Vitalité dénonce le fait que le système de santé du Nouveau-Brunswick ne peut pas traiter les gens dans leur langue. »

Pourquoi les infirmières quittent Vitalité, pourquoi Horizon et Vitalité perdent un si grand nombre d’employés depuis quelques années, pourquoi tant de francophones ne peuvent pas se faire servir en français quand ils sont malade ? Personne ne nous renseigne.

Quand Higgs faisait campagne en 2018, il était Monsieur bottom-line, celui qui promettait de n’agir que selon ce que les faits lui dictaient. Il s’est vite affranchi de l’idée d’avoir à démontrer la preuve de ce qu’il avance. À part la réaction du gouvernement à COVID, le gouvernement n’a pas mis les faits en avant, plutôt ses opinions et ses intentions.

En 2017-18, Higgs nous disait que la raison pourquoi Ambulance Nouveau-Brunswick manquait d’ambulanciers était les exigences linguistiques. N’importe que les responsables d’Ambulance NB le contredisaient, n’importe le nombre de plaintes de francophones pour non-service en français, n’importe le fait que des provinces unilingues ont des problèmes similaires, ça n’a rien changé à son message. Le problème d’Ambulance N.-B. a éventuellement été maté ou résolu par des mesures qui n’avaient rien à faire avec le bilinguisme. Cette leçon-là n’a pas été appris par le gouvernement, ni par les médias ou par nous.

Pour certains, une crise, naturelle ou provoquée, est l’occasion souhaitée pour faire ce qu’on est venu faire.

If Mothers Really Had Their Day

This was a column written for the New Brunswick Telegraph Journal in May 2000. Surprised I am to find it is still relevant 21 years later.

Mothers are glorified, vilified, neglected and put on a pedestal. Mothering is a job: some choose it, some come to it and some never had a choice.

Mothering can bring out the best in people, so most do it well, but others do it terribly, some criminally bad. Some find their life’s meaning in it, some simply enjoy it and a few regret it forever.

But mothering is more than a job because it’s about reproducing ourselves and it involves us in ways primal. Mothering or parenting is what our society is about. We hunt/sow/work in an office to provide for ourselves and our young.

The Ancient Greeks celebrated mothers as part of the spring rites. In the 1600’s, England was celebrating  « Mothering Sunday »: servants had the day off to visit their mothers. Since then, politicians in various countries have instituted Mothers’ days, usually as a way to increase the birth rate after a devastating war  (a smarter alternative would have been avoiding war  . . .  ).

The American President Woodrow Wilson declared the first official Mothers’ Day in North America in 1914, as a diversion from the issue that women were then agitating about: the right to vote. Suffragettes had disrupted his inauguration the previous year and Mothers’ Day was his response.

In our modern societies, mothers subsidize the economy of paid work: they provide the flexibility that has allowed the economy to be less flexible and to « forget » about life outside the workplace. The least we can do for such an important group is to have a special Day; so the least is what we do.  As far as I can figure, in our society, we pay jobs in reverse proportion to their worth.  At the top, instead of income and standing, you get a special Day. That would be why mothers get zilch pay and there is no Chief Executive Officer Day. 

Ask anyone what they value most in life and they will say their children, their spouse, their health.  But we are all expected to accept that in the real world, real ‘value’ is determined by the ‘market’. What is this market ‘value’, if it doesn’t value what we all value?  Methinks maybe it isn’t a value, but an opinion.

Mothers have been organizing to make unpaid work a more visible part of our economy – and they’re talking of something way beyond ‘salaries for mothers’. They want to resolve that discrepancy between what we say we value and what actually gets our economic resources and the attention of politicians. Many believe time-use studies will make motherwork more visible.

Time is the one commodity we all have and in the same quantity, 24 hours, even though some of us have more say in how we spend it than others. Motherwork becomes visible when we look at how people spend their 24 hours. Mothers Are Women is one group that fought to get a few questions in the 1996 Canadian Census measuring unpaid child care, housework and dependant care. (The inclusion of these questions in the 2001 Census is not yet assured.) For example, when responsibility for slashed government programs falls on the « community », i.e. women, we would be able to gauge whether women have the time to do it and what services they might need to do the work adequately if we knew more about time use. New Zealand, Australia and Europe are embarking on extensive time use studies which should allow some realignment of what is viewed as important in their economies. Early reports suggest that household production is by far the biggest sector in the economy. Which puts into question why huge allowances are given to growth industries such as oil, but not to the household sector.

So, visit your mother on Mothers’ Day, but when you hand her that card, be ready if she says, « Yeah, Yeah, but what are you doing about the restructuring of basic economic concepts such as gross domestic product to take community well-being into account? ». 

And if we asked mothers themselves, some might trade in Mothers’ Day for Druthers’ Day as in  »d’ruther have » the children say, « Mom, what can I do for you? » at other times of the year,

    – shorter working hours and less sex segregation at work.

    – shorter working hours and less sex segregation at home.

    – an integrated family policy, so that employment policies, government benefits, daycares and schools all work together instead of at cross purposes. Child-centered communities, where neighbourhoods are geared to children and people at least as much as to cars, where community centers provide early childhood development assistance, affordable licensed child care, youth activities.

     – family-friendly work environments; tax incentives for employers who adopt flexible work schedules and other measures; the same fringe benefits and labour standards protection for part-time workers as full-time workers, on a pro-rated basis.

    – recognition of the contribution of unpaid workers. In family law at least, unpaid contribution to the care of children has been recognized, albeit undervalued. In most other policy areas, including the tax system and government benefit programs, motherwork remains unrecognized.

The few programs which are aimed at mothers are tied to salaried work. Maternity leave could be attached to general programs instead of just employment insurance and all workers could qualify, including self-employed, part-time, casual, and unemployed; we could allow parental leaves on a part-time basis.

Benefits to unpaid workers could include

– extending child care tax deduction to at-home parents, employment re-entry programmes, elder care credit, public « homemakers » pension.

  – a bit of leisure time (and they do mean a bit: a recent survey asked mothers what they would do if they had more free time: take a bath instead of a shower and do the groceries alone were among the answers).

  – the elimination of child poverty: child poverty rates are high (and rising) in Canada compared to other industrialized countries. None are poorer than the children of lone mothers. As Mothers Are Women says, « …women’s responsibility for unpaid work leads to discrimination and poverty. The gender wage gap remains, as wages for women’s paid work continue to be low, especially in the care-giving fields that parallel the « free » unpaid work women do. « 

  – peace in the world for all mothers’ children.

To all mothers, Happy Druthers’ Day.

C’est tu cute votre accent !

Tôt un matin dernièrement, Radio-Canada Acadie a publié sur son site internet un texte sur la pêche aux pétoncles. Une journaliste avait parlé à des pêcheux acadiens du Nouveau-Brunswick.

Le texte commence avec un pêcheux qui répond aux questions de la journaliste, qui le cite et ajoute, « dit-il, avec son sympathique accent acadien » .

Un Acadien se lève un beau matin, en Acadie, va travailler, et si Radio-Canada « Acadie » lui parle, on nous rapporte qu’il parle « avec son sympathique accent acadien ».

On est en Acadie, on parle Acadien.

Radio-Canada Acadie cherche-t-il à confirmer l’impression qu’ils rapportent sur nous et qu’ils sont pas à nous, pas un service où on se parle entre nous ? On sait qu’on est l’équipe junior de Montréal, qu’on est les limbes des jeunes journalistes qui attendent l’appel rédempteur – comme quelqu’un m’a dit, c’est mieux qu’être le purgatoire de Montréal – mais de nous trouver cute est déplacé. Et en passant, il n’y a pas « un » accent acadien.

Ce n’est pas le scandale de l’année ou même de l’heure. La journaliste signifiait qu’elle aime l’accent, je n’en doute pas. On est chanceux qu’elle aime notre accent. Mais, faut dire, si elle trouvait notre accent grinçant, son commentaire n’aurait pas été publié, et s’il l’avait été, on aurait injurié elle et Radio-Canada Acadie, et on aurait classé ça. J’aurais pas pu voir plus clair.

J’ai toujours aimé l’idée exprimée par Beaumarchais, « Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur ». J’y pense à chaque fois que des subalternes louangent publiquement leur patron, leur ministre… Ce commentaire sur notre accent sympathique fait voir une variation de cette expression. Le commentaire se voulait flatteur, et n’aurait pas pu être autre. Mais dans un cas comme dans l’autre, le commentaire est inapproprié.

Ces objets de commentaires que nous sommes ne devrions pas nous sentir comme des animaux dans un zoo à la merci de l’appréciation des visiteurs.  Que tu dises d’une politicienne qu’elle est une bombe ou laide comme un balai, l’un ou l’autre serait vu comme inapproprié et objectifiant, espérons.

Suite à ma lecture de cet article, j’ai disputé sur Twitter.  Twitter en a parlé :

On dirait que l’auteure est du Bas-Canada.

Ça en dit plus sur l’intervieweur que l’interviewé.

On dirait qu’elle a une attitude antipathique en tout cas.

Que veux-tu… quand @iciacadie devient le club école pour Montréal, c’est ça qui arrive. On devient un objet de curiosité.

Les courtes visites touristiques de Radio-Can en Acadie de Montréal pour les pétoncles, le crabe, le homard et … l’accent sympathique !

Et le « digne d’une carte postale »… Il manque plus que la cabane au fond des bois et la chemise de bucheron pour compléter le tableau.

Radio-Canada Acadie a modifié le texte rapidement après que Twitter en a parlé et après que j’ai voulu laisser un commentaire sur leur site, commentaire qui a été désactivé, probablement parce qu’il était du genre ci-dessus – purgatoire, « sommes-nous colorés assez ».

Mais j’ai remarqué qu’ils n’ont fait que remplacer « avec son sympathique accent acadien » par « sur un ton sympathique » sans ajouter une note d’explication, qui serait de rigueur selon mon sens d’éthique. C’est comme réécrire l’histoire.

Une plainte à l’Ombudsman de Radio-Canada a fait qu’une note a été ajoutée à l’article :

 « MISE AU POINT EN DATE DU 7 AVRIL 2021 Cet article a été modifié pour retirer une référence à l’accent acadien d’un des intervenants. En l’évoquant, la journaliste voulait souligner la beauté dudit accent, non le dénigrer. Certaines personnes en ont toutefois été choquées, et nous en sommes désolés. »

À part l’ajout de la note explicative, Radio-Canada Acadie a répondu à ma plainte en disant que « l’appréciation de cette allusion (au sympathique accent) dépend du point de vue du lecteur ». J’ai répondu que cela est vrai pour tout commentaire, même les commentaires qui seraient plus offensants. La question est autre. Est-il acceptable dans un texte journalistique ?

Toute cette question n’est pas la fin du monde. Mais ça vaut une réaction. C’est objectifiant.

Il m’est arrivé à deux reprises que des anglophones d’ailleurs au Canada m’ont dit, en apprenant que j’étais Acadienne, « Say something in Acadian », voulant entendre le fameux accent.

J’ai accédé à leur requête en citant une ligne du poète acadien, Gérald Leblanc, « Fuck ouère off » et leur disant que je ne suis pas un singe. Comme Gérald notait dans sa prochaine ligne, « ça change le rythme ».

Si la journaliste me rencontre au fond d’une jungle dans un pays éloigné, mon accent « surprenant » serait peut-être un détail à noter. Autrement, écoute plutôt ce que je dis.

Difficult Feminists

The New Brunswick Telegraph Journal published a modified and shorter version of this text on April 8, 2021.

Ten years ago this week, the New Brunswick Advisory Council on the Status of Women was abolished. I was the Director at the time, and some people have suggested I should write the Council’s history. Someone should write the history but not me, I ain’t done working on issues and when I am, I’ll rest.

But about that history…

The Advisory Council had been created by Richard Hatfield 35 years earlier. In 2011, six months after the election of a new government, Premier David Alward and Finance Minister Blaine Higgs announced they would abolish the Council, even though their platform had promised to « actively engage » with the Advisory Council specifically. The eight female members on the government side each spoke of how proud they were that the government was abolishing the women’s agency.

Let us simply consider the bizarre comment by Dorothy Shephard: « I understand that women were surprised by this decision…Change can be scary and it is often met with opposition. Nellie McClung met with opposition when she petitioned to give all Canadian women the right to vote, but this change was a good change. Agnes Macphail was met with opposition when she put her name on the federal ballot. She became the first woman elected to Parliament…It was a good change… » I still don’t get it.

And the minister responsible for the Status of Women, Margaret-Ann Blaney, said it was a choice between abolishing the Council or chopping funding for workers who counsel victims of abuse. Blaney was giving a master lesson. Women only have access to the women’s “purse”, not to the global budget.

The spontaneous reaction of the public surprised the government.

The protests and campaigns lasted months.

As Jody Dallaire wrote in her newspaper column, abolishing the Council was inconceivable, like an episode of the Twilight Zone.

In the meantime, we at the Council had nine days before eviction. We saved what files we could, sent archives to the government, which did not seem to care, and enjoyed the noise from the street demonstrations.

We held the planned launch of “Mapping Herstory”, an interactive map of important places in New Brunswick women’s history, a website that was promptly shut down after the launch and is no doubt lost forever.

Prior to the Council’s end,

the last Chairperson published a message to women in the Telegraph Journal, because it seemed that from now on, the work towards equality would have to be done from kitchen tables, with means unworthy of the issues. She wrote: “Have governments produce an independent report on the progress made toward reducing inequality between the sexes. Or else we won’t have a complete picture and will be vulnerable to those who would say that things are going well because government is working on a few non-controversial women’s issues of its choosing… Notice every day until it is no longer true that the worst-paid jobs often involve care work… Remember to have fun, and remember the watchwords of a New Brunswick women’s group active in the 1800s: Agitate, Educate and Organize. It is the only thing that ever improved women’s status.”

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Le féminisme malcommode

Le quotidien Acadie Nouvelle a publié ce texte, dans une version légèrement modifiée, le 29 mars 2021.

Il y a 10 ans cette semaine, le Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick était aboli. Parce que j’étais alors la directrice du Conseil, des gens m’ont suggéré que je devrais écrire l’histoire du Conseil. Bien d’accord que quelqu’une devrait l’écrire l’histoire du Conseil, mais est-ce que j’ai la gueule d’une historienne, est-ce que j’ai fini de gueuler ? En tout cas j’étais occupée autrement.

Mais là je vais parler d’histoire.

Le Conseil, créé 35 ans plus tôt par Richard Hatfield, a été aboli par un nouveau gouvernement qui avait publié dans sa plateforme qu’il s’engageait à « participer activement avec le Conseil consultatif sur la condition de la femme ». Six mois plus tard, David Alward et son ministre des Finances Blaine Higgs, qui était alors qualifié de tout-puissant, abolissaient le Conseil. Dans la semaine qui suivit, les huit femmes élues du côté du gouvernement se diraient fières que leur parti prenait cette action.

Rappelons seulement l’envolée bizarre de Dorothy Shephard appuyant l’abolition du Conseil, « Je comprends que cette décision a surpris les femmes. Le changement fait peur et se heurte souvent à de l’opposition. Nellie McClung a rencontré de l’opposition lorsqu’elle a pétitionné pour le droit de vote des femmes canadiennes, mais ce fut un changement bénéfique. Agnes Macphail a rencontré une opposition lorsqu’elle a fait paraître son nom sur le bulletin de vote fédéral. Elle est devenue la première femme élue au Parlement. Ce fut un bon changement…» (traduction libre, puisque Hansard n’est pas traduit)

La ministre responsable de la condition féminine, Margaret Blaney, dira qu’en raison des directives du ministre Higgs, elle devait couper soit le militantisme du Conseil ou les services aux femmes battues. Admettant ainsi que les femmes n’ont accès qu’à un petit pot, pas au budget global. Et suggérant que celles qui choisiraient le militantisme, abandonnent les femmes battues.

La réaction spontanée du public a surpris le gouvernement. Les manifestations et les campagnes ont duré des mois. Comme Jody Dallaire écrira dans sa chronique dans l’Acadie Nouvelle, l’abolition du Conseil était invraisemblable, comme un épisode de Twilight Zone.

Entretemps, nous au Conseil on avait 9 jours avant notre expulsion des locaux. On sauvait les dossiers qu’on pouvait, envoyait des archives au gouvernement qui s’en fichait et on appréciait le tapage dans la rue. Nous avons tenu comme prévu le lancement du site « Histoire d’elles à la carte », une carte interactive des lieux importants pour l’histoire des femmes au Nouveau-Brunswick, site qui fut aussitôt éteint et qui est perdu à jamais sans doute.

Avant notre expulsion des bureaux fin mars 2011, la dernière présidente publia un message aux femmes. « Il semble que dorénavant, le travail vers l’égalité devra se faire à partir de nos tables de cuisine et entre deux tâches, avec des moyens indignes des enjeux… Exigez que le gouvernement publie régulièrement un rapport indépendant sur la situation des femmes. Sinon, nous n’aurons aucun portrait complet et serons vulnérables à ceux qui veulent nous faire croire que tout est en main parce que le gouvernement s’occupe de quelques dossiers non controversés. Exigez que le gouvernement se soucient de l’impact de leurs initiatives sur l’égalité. Ne tolérez pas un budget, un programme ou une consultation…qui prétend que les différences entre les sexes et les inégalités n’existent pas. »

À la longue, le gouvernement Alward prétendit recréer une nouvelle structure mais interne celle-là, avec un mandat et un statut aussi flou que son nom, « Le Forum de concertation Les voix des femmes ». La mise au silence continuait. Le gouvernement s’est sans doute rappelé qu’un remplaçant docile est mieux qu’une chaise vide. Moi, je préfère un vide à une fiction car la fiction a davantage de défenseurs.

Ce forum a enfin été remplacé par Brian Gallant en 2016 par un Conseil avec un vrai cahier de charge et la même indépendance et le même budget que l’ancien Conseil. On donne la chance à ces coureuses.

Selon les témoignages et les mémoires publiés par les femmes à la suite de l’abolition du Conseil consultatif, il était surtout apprécié pour ses études d’envergure, ses interventions dans les médias pour remettre les pendules à l’heure et les misogynes à leur place, et son effort d’éducation publique, surtout ses conférences, ses campagnes publicitaires et ses publications. Son « Rapport d’étape », un aperçu statistique d’une centaine de pages publié aux deux ans sur la situation des femmes, était bien apprécié des organismes, des journalistes, et des partis de l’opposition.

Si un organisme féministe fait son boulot, il sera perçu à l’occasion comme malcommode ou tannant. À moins qu’il ait affaire à un gouvernement et une société féministes !

Dans les dernières années du Conseil, les gouvernements et les autres dirigeants du statu quo l’ont surtout trouvé tannant quand nous nous sommes insérées dans des débats fiscaux ou économiques. En réponse à la réforme fiscale qu’entamait le gouvernement Shawn Graham en 2008, notre étude commanditée d’une experte en fiscalité de Queen’s University, « Et les femmes alors? Analyse sexospécifique du Document de travail sur le régime fiscal du Nouveau-Brunswick », a dérangé. Lors de chaque réunion, chaque entrevue médiatique des ministres, le non-dit était clair, « De quoi le Conseil se mêle ? Les questions féministes, c’est la violence, la pauvreté, les services de garde ».

C’était là également la réaction à chaque fois que nous publions, lors des élections, un guide genre « Vous voulez mon vote ? ».

Même la vaste campagne du Conseil en appui de l’équité salariale, « Mettez votre fille devant les réalités de la vie : Donnez-lui 79 % de l’allocation accordée à votre fils. » avait ses détracteurs, comme si notre jeu était trop rude, pas assez délicat.

Même les organismes de femmes se font dire de sourire davantage. D’accord pour sourire, si c’est pour mieux montrer les dents.

Des chantiers féministes à occuper

Le quotidien L’Acadie Nouvelle a publié ce texte le 11 mars 2021.

On sait qu’on ne vit pas dans une société féministe quand les chantiers clefs de l’égalité entre les sexes sont presque tous désertés.

Quand un parti politique qui n’a pas fait mention des femmes ou de l’égalité dans son programme électoral – manque qui n’a pas été relevé -, remporte une majorité.

Quand une pandémie ne change rien pour les travailleuses dans les services de soin et autres services essentiels – à part les applaudissements –, ni leur salaire ni leur précarité. Quand on accepte une augmentation de cinq cennes au salaire minimum. Quand le gouvernement décrète que les employées des foyers de soin ne sont pas sous-payées malgré les expertises et même si le manque de personnel dans les foyers de soin est la cause principale des centaines de personnes âgées occupant des lits d’hôpitaux en attendant une place dans les foyers, ce qui fait que nos hôpitaux ont récemment enregistré l’une des pires détériorations dans les temps d’attente au Canada.

Quand l’abandon de l’objectif de la prévention de la violence faite aux femmes est si généralisé qu’on en a que pour les victimes, comme si c’était écrit dans un livre saint que « les victimes seront toujours avec vous », et que les hommes violents sont de ces choses qu’on ne peut pas changer. Quand de nouveaux chiffres qui démontrent que la province est pire que la plupart des autres provinces, qu’il y a même augmentation du nombre de cas, ne provoquent pas l’ombre d’une onde de réaction. Quand le manque de rigueur et de vision fait même alors dire à certaines travailleuses du secteur des services aux victimes que c’est là une preuve qu’elles font du bon travail, comme certains services de police qui nous disent que l’augmentation du nombre de plaintes de viol est preuve qu’ils font leur travail. Des commentaires bien trop intéressés pour prendre au mot, sans preuve et sans évaluation. Une façon de dire tout va bien.

Quand un gouvernement, qui n’a comme priorité que son bilan financier et la réduction des dépenses, ordonne que tous les avortements soient pratiqués là où ils coûtent davantage, les hôpitaux, et jamais dans les cliniques – « c’est pour mieux limiter ton accès, ma chère » -, accepte de payer l’amende qui va avec cette contravention de la loi et de dépenser des milliers en frais juridiques devant les tribunaux pour cette cause évangélique. Quand toutes les femmes élues du parti au pouvoir votent en appui de ces mesures, y compris la ministre responsable de la condition féminine. Sans condamnation par aucune agence mandatée.

Quand les groupes militants intègrent rarement l’égalité linguistique, dans une province où les femmes francophones n’ont pas le même accès aux services que les anglophones. Bravo l’intersectionnalité.

L’espoir en ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, je le pige de l’attitude de certaines femmes.

Des jeunes qui grandissent pensant qu’elles sont égales – un bien meilleur pied sur lequel partir que ce que croyaient d’autres générations de filles et femmes – surtout lorsqu’elles apprendront que ce n’est pas encore vrai.

Des moins jeunes qui ont vu que de grands changements sont possibles et qui bûchent toujours.

Des rares regroupements féministes au Canada qui gardent le moral et tentent de repousser encore et toujours les limites à notre égalité.

Au Nouveau-Brunswick, le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick est le groupe actif sur les dossiers féministes avec une perspective féministe. En fait, la sélection d’activités de la semaine du 8 mars organisées par le Regroupement cette année n’a rien à envier aux années sans pandémie. Allez voir. Bravo.

L’Acadie et la mauvaise volonté

Le Moniteur acadien m’a demandé un texte et l’a publié dans son beau cahier spécial Pour l’amour du Français, mi- février 2021 (https://img1.wsimg.com/blobby/go/16a8b36a-3d95-4a55-9f4e-63c40846e878/Pour%20l’amour%20de%20l’e%CC%81galite%CC%81%20linguistique.pdf ; https://moniteuracadien.com )

Tu sais que t’es Acadien quand tu jongles à au moins deux vérités en même temps.

Par exemple, on est « fortuné » d’avoir les lois et les institutions qu’on a, pour protéger l’Acadie du Nouveau-Brunswick. C’est même spectaculaire ce qu’on a réussi à arracher, de peine, de misère, d’amour et de sang, à travers les siècles.

Et l’autre vérité à jongler, le Nouveau-Brunswick, surtout tout de suite mais depuis un élan, se moque des Acadiens et des lois qui nous protègent. Ça, on n’avait pas besoin d’une pandémie pour nous le montrer, mais elle nous donne tout un exemple.

Le premier ministre et la ministre de la Santé qui parlent yinque en anglais en pleine pandémie, et qui refusent d’être accompagnés de porte-paroles francophones, même après que le Commissariat aux langues officielles a déclaré, après une enquête suite aux plaintes reçues des Acadiens (bravo, nous autres !), que le gouvernement contrevient à la loi. C’est une histoire qui n’est pas finie.

Mentionnons que le premier ministre de la seule province bilingue, et bilingue depuis plus de 50 ans, a dit aux journalistes au début de la pandémie de poser leurs questions en anglais.

Heureusement qu’une employée bilingue nous a sauvé un peu, l’Acadienne Dre Jennifer Russell. Sûrement Higgs va rendre bilingue le poste de médecin en chef de la santé publique ? Sûrement nous allons l’exiger ? Parce qu’il va y avoir d’autres urgences de santé publique.

Enfin, pendant la pandémie le gouvernement Higgs a délégué aux entreprises une partie de la surveillance des mesures sanitaires d’urgence – pensez aux affiches et aux questions à l’entrée des blocs de logement, des commerces et des hôpitaux. Mais le gouvernement n’a pas cru bon d’inciter, de diriger ou de prêcher à ces entrepreneurs de poser les affiches et les questions dans les deux langues, même quand des vies sont en danger. Peu de commerçants ont pris la peine d’imprimer les directives en français. Comme on sait, ce n’est pas seulement nos gouvernements qui nous manquent de respect.

J’aurais pu écrire tout ça avant la damnée pandémie. Les exemples de mépris des Acadiens et de danger pour l’Acadie sont nombreux depuis longtemps.

So, où est-ce qu’elles sont, ces protections obtenues par nos grands efforts, surtout par nos parents et grands-parents ? Je paie autant de taxe que les Anglais. Où est mon gouvernement ?

On me dit que le problème est que nos lois ne nous protègent pas assez contre la mauvaise volonté.

Les innocents sont toujours surpris par la mauvaise volonté des méchants.

L’Acadie est certainement « fortunée » d’avoir été smarte assez de penser à faire inclure, et de réussir avec peine à faire inclure, dans la loi sur les langues officielles une mention que cette loi doit être révisée à tous les 10 ans. Bravo, nous autres.

La prochaine révision est due fin de cette année 2021. Elle aurait été normalement lancée bien longtemps avant asteure. Bravo le respect. Higgs était plutôt empressé à blâmer les Acadiens pour des problèmes comme les lacunes d’Ambulance NB, le coût des services en santé, le manque de bilinguisme des anglophones (et de M. Higgs, nous avons des dialectes, croit-il). Des problèmes qu’ont d’autres provinces, mais au Nouveau-Brunswick, ces problèmes seraient la faute des Acadiens et du bilinguisme. On est utile.

La révision 2021 de la loi sur les langues officielles doit au moins faire en sorte qu’il n’est pas si facile de se moquer de nous et de tout ce qu’on a accompli.

Assurons-nous d’être protégé contre la mauvaise volonté.

Food Banks: Poor Substitute for a Solution

 The recent excellent dossier on poverty in New Brunswick by the daily Acadie Nouvelle (February 5, 2021) made me remember and retrace a column I had written on an aspect of the topic. When I had a weekly political column in the New Brunswick Telegraph Journal, this was published in June 2000. I could write it today.

Recently, a New Brunswick food bank director expressed surprise and dismay that after more than 15 years, the food bank was still in operation. (He shall remain nameless to protect the incredibly naïve). What was the idea in the early 80’s?  « Let’s serve a few meals and end poverty? »  Did we think poverty was a sudden disaster, like the ice storm? There were almost 10 times as many food banks in Canada in 1998 as there were in 1994. Does that make us a more compassionate country, or the opposite of one?

Actually the food banks are working perfectly well, if you know their true purpose. Follow me.

First, we cut social programs. Minimum wages were allowed to stray from anything like the minimum necessary for living, abuse of part-time work was openly tolerated and the unemployed were blamed for unemployment. As I remember it, the thinking was, as John Kenneth Galbraith put it, the rich won’t work if we don’t give them more (tax cuts, etc.) and the poor won’t work if we give them too much.

Second, the public was – is – demoralized and subdued by ‘experts’ saying « the debt is crushing us and the only choice is to cut social spending ». Kind of the equivalent of, ‘Your salary is too low so we have to take one of your children away’.

Finally, people met to discuss how to put an end to the hijacking of public policy by business councils – no, sorry, that was a dream I had. People met to discuss what to do with the new poor. Someone said: We could show solidarity and fight the cuts.  Someone else said: We could propose alternative ways to balance budgets.  Someone else said: I know! We could hand out food to the poor.

So off we went. Food banks and soup kitchens it was. At last count, there were 35 food banks in New Brunswick. Entrepreneurs were pleased. Charity workers were pleased. Even governments were pleased. We all were pleased: we could say we had done something.

The fact that this was not what the poor wanted and that it didn’t really help many of them in the short term and actually hurt them in the long term was not the issue.

Of course, we know that if the poor live in rural areas or they are ill or ill-informed or if they have as much dignity as we do, food banks do not really help them. We also know that food banks depend on volunteers and donations so they vary a lot and not every community has one. We all know that it isn’t the most effective way to help the poor.

We all agree that is not the point. Food banks may not solve the poor’s problem but they solve ours: they make us feel better. Food banks fulfill the urge to do something. Some may call it guilt, but they don’t understand: times have changed. Today, we don’t get to participate in debates. We feel powerless so it feels good to have someone to look down on. And if we had chosen justice instead of charity, we would have had to treat the poor as equals and accept the fact that we may be next.

Now we come to the truly naïve part: we think that because we sacrificed the poor, we, and our Medicare system for example, should be okay.  That is, it’s one thing to force people to ask for charity to feed their children but no one would dare make the sick pay for health services. First they came for the poor…

Hunger is just one of the negative outcomes of poverty: illiteracy, sickness, and stress are others. Is it enough to put bandaids on each of these symptoms and not deal with poverty and its market causes?

Food banks are keeping poor people alive. They should be commended for their intervention because we know that frequent hunger can have long term effects on the development of children. But food banks are a poor substitute for a solution. Their existence perpetuates the view that the poor cannot help themselves, and perpetuates values which are the opposite of equity and fairness. Food banks represent the collapse of our social safety net and our willingness to care for each other collectively. Governments are avoiding their obligations, under federal legislation and international conventions, to ensure the broad public interest by   guaranteeing the necessities of life. While corporations and governments give food and grants to food banks at the back door, they turn the screws that force the poor to line up at the front door.

The healthy should be responsible for the sick and the fortunate for the unfortunate. That is why Canada should do better than food banks.

Moi, mes livres

Réflexions en triant ma bibliothèque

Le confinement se prolonge si tant que je me suis enfin attaquée à la tâche de l’abattage sélectif des livres de ma bibliothèque.

J’aime lire, qui ne veut pas dire qu’on peut me parler des derniers auteurs, ou des « genres » de littérature, ou de Proust. J’aime lire ce que je veux lire. Je cultive mon jardin, va savoir si j’ai une « culture générale ».

Ma bibliothèque ne se discute pas, pas plus que mes parfums.

Je tolère plus, ou à peine, l’idée qu’il y a une liste d’auteur-e-s ou de livres qu’il faut avoir lu.

Je me souviens d’une vacance de quelques semaines sur une île où je n’ai apporté que 3 (gros) livres de Proust – et 2 maillots et 3 robes – parce que tsé, faut avoir lu Proust. Quelques jours plus tard, l’endroit n’ayant aucune bibliothèque ou librairie, j’étais sur un quai demandant aux touristes marins et aux pêcheurs s’ils avaient des livres, et je m’habillais chic et visitais les foyers d’hôtels qui auraient peut-être des étagères de livres en libre accès à leurs hôtes. Et j’ai trouvé bien mieux que Proust.

On ne va plus me faire accroire que le nombril de Proust est plus intéressant que le mien.

Il est important de lire. Il est important de bien choisir ce qu’on lit, de lire ce qui répond au meilleur de soi. C’est ce que je pense savoir.

J’accumule les livres, sans toujours les acheter neufs. Il faut appuyer les auteur-e-s surtout en ayant un meilleur système d’appui aux arts. Les livres que je veux lire sont rarement les nouveautés qui sont en librairie. Surtout, il y a rarement des librairies autour de moi. Depuis quelques années, il est de plus en plus facile de trouver des livres aux coins de rue, dans des boîtes de livres, à des ventes de garage. Bien plus facile en tout cas que de trouver une librairie avec livres en français à Fredericton ou en anglais ou en français dans la plupart des pays où je voyageais, lorsque voyages étaient possible.

Donc, j’avais plus de 2 000 livres dans un petit condo. C’est plus de 150 pieds d’étagères. J’ai pu réduire de moitié, ben d’un gros tiers au moins, sans crise, en les repassant un à un. Certains de ces livres me suivaient depuis l’adolescence.

Un effet extra de ce tri a été de me faire voir mon parcours, me faire revisiter ma vie. Des livres que j’ai aimés et gardés pour les relire ne m’intéressaient absolument plus.

J’ai fait deux tas.

D’un côté, les livres que j‘avais lus dont le charme n’opérait plus … bon débarras

De l’autre, des livres qui me définissent et que je veux pouvoir consulter et peut-être relire.

Il n’y avait pas d’entre deux.

Les nombreux doublons que j’ai trouvés ? Il y a une explication. En voyage, en manque ou en crainte de manquer à lire, tu tombes sur un livre d’intérêt, quel importe si tu l’as en réserve à quelques mille milles.

Une autre révélation a été le nombre de livres autres que de la fiction – histoire, philosophie, politique, science, activisme. J’avais bien plus de ces livres que de romans. J’ai alors réalisé que je me définissais par mes choix de livres de chevet, mes romans – toujours du genre évasion comme Simenon, Vargas, Pennac, Maupassant, Giono, Christie, Echenoz, Mankell, Mauriac. Mais en fait, je suis encore plus non-fiction. Je me suis défait de bien plus de romans que de ces autres livres.

Enfin j’ai aussi réalisé à quel point le catalogage de livres, la catégorisation de la connaissance humaine, est une spécialité. Les romans par ordre alphabétique, vite fait. Mais les autres livres ? Histoire, politique, science, oui mais : des dizaines de fois j’étais là avec un livre en main me disant, c’est un livre sur la science, mais c’est l’histoire de la science ; ou Le Prince, par Machiavel, je le mets avec Le Prince de Saint-Exupéry ? ; ou l’histoire des Acadiens, ça va sous histoire, sous Acadie, sous pays imaginaire ?

Ils ont tous trouvé une place sur les étagères, mais j’ai réalisé que j’étais point qualifiée pour classifier mes propres livres. Au moins j’ai pas opté pour le baril au milieu de la chambre rempli de livres inclassables, auquel j’ai pensé.

Nos organismes publics irrésistants

Ce texte a paru dans l’Acadie Nouvelle du 17 décembre 2020.

Il semble que ce n’est pas demain que le Nouveau-Brunswick sera remué par un mouvement progressiste.

Les partis politiques qui sont au pouvoir successivement, dans cette province, favorisent la continuité dans la comptabilité et la médiocratie.

Les organismes de femmes, de pauvres, d’étudiants, de travailleuses/rs font, sauf exception, dans la livraison de services, maintenant ainsi le statu quo.

Vu l’absence de contestation, tout va donc bien dans le plus beau des mondes ?

Pour sûr que non. Disons qu’on est dans un temps mort pour le progressisme – une situation surtout attribuable aux forces antiprogressistes, néolibérales ou néoconservatrices.

Bien sûr, des individus et certains organismes demeurent progressistes. Mais ils ne rencontrent ni les occasions, la politique, ou assez de camarades de route, pour agir efficacement en vue d’une transformation des structures, d’une amélioration des conditions de vie du petit monde.

N’est-ce pas dans ces temps morts qu’on arrime les amarres, qu’on sèche l’équipement, on se prépare ?

Idéalement, on mettrait de l’ordre dans les organismes paragouvernementaux dont le mandat exige un travail de justice sociale.

La Commission des droits de la personne
Le Conseil des femmes.
La Société d’inclusion économique et sociale (en d’autres mots, réduction de la pauvreté)
La Commission d’enquête sur la discrimination raciale systémique. D’accord, elle n’existe pas. Une distinction sans pertinence.
Le Comité d’examen de la mortalité liée à la violence familiale. Oui ça existe, depuis 12 ans. Non, je n’ai pas d’autres preuves mais on me dit que c’est un comité utile à ceux qui veulent pouvoir dire qu’un comité existe.

Il y en a d’autres.

Ils sont tous plutôt invisibles alors qu’ils ont le mandat d’être de l’avant.

Une partie du blâme pourrait leur être attribuée, parce que d’autres ont mieux fait avec les mêmes outils.

Et surtout, c’est à se demander pourquoi, étant donné leur mandat, ces organismes n’ont pas une meilleure situation, et pourquoi ils ne revendiquent pas une meilleure situation pour leur cause. Plus de pouvoirs, plus d’indépendance, plus de ressources ou plus de profil.

Et pourquoi pas, dans certains cas, revendiquer le statut d’agent de l’Assemblée législative.

Le Nouveau-Brunswick a huit de ces agences qui répondent à l’Assemblée. Le bureau des élections, des langues officielles, de l’intégrité, de la Vérificatrice générale, de l’Ombudsman, du Défenseur des enfants, du Défenseur des aînés, du Défenseur du consommateur en matière d’assurances.

On croirait que les femmes, les personnes en quête de leurs droits, les pauvres, ne valent pas le consommateur en matière d’assurances.

Un organisme qui répond à l’Assemblée, au lieu de répondre à un ministre ou sous-ministre, et dont le responsable est « haut fonctionnaire de l’Assemblée », eh bien, cet organisme se prend au sérieux, et on le prend au sérieux.

Pensez à l’impact et l’écoute qu’ont les énoncés et les rapports du Défenseur des enfants, de l’Ombudsman, de la Vérificatrice générale…

Les organismes qui ne font pas partie de ce groupe élite, mais qui ont des mandats tout aussi importants, sont les « cousins pauvres ». Ils en arrivent souvent, sauf exception, à être davantage de service à ceux qui les ont créés – devenant de ces objets qu’on sort du tiroir et montre à la visite – bien plus qu’aux groupes ou aux causes qui sont leur raison d’être. Il arrive que les groupes seraient surpris d’apprendre que ces entités existent pour les aider.

La Commission des droits de la personne est un repositoire de plaintes.
Le Conseil des femmes semble être frappé d’une incapacité inconnue.
La Société d’inclusion n’a pas les pouvoirs de ses responsabilités, mais joue le jeu.
Le Comité d’examen de la mortalité liée à la violence familiale se contente d’être un forum de discussion entre fonctionnaires.

Prenons un exemple détaillé.

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I Really Really Like Girls

Il y a eu un temps où je me mettais dans le trouble – la sorte qui n’avait pour conséquence que de me faire sourire ou secouer la tête – en publiant des choses insolites dans le bulletin hebdomadaire NouvElles du Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick. Nous avions 4 000 abonnées-és à ce courriel dans les années 2004-10, un nombre que nous avions réussi à atteindre en partie, je pense, parce que son contenu n’était pas « bureaucratique », incluait des choses insolites.

Ce qui me mettait dans le trouble n’était pas les textes revendiquant l’accès à l’avortement, ou au mariage entre même sexe, ou le paiement de pensions alimentaires ou la punition de la violence des hommes – tous des dossiers controversés bien sûr.

Les protestations venaient le plus souvent en réaction de mon choix de l’item de la fin, le kicker, la petite drôlerie ou parole à faire penser, une section titrée « Tel quel » (« As They Say »). Ce pouvait être un extrait de paroles de chanson ou de livre « saint », ou une citation. Souvent le texte dans une langue était différent de celui dans l’autre, si la chose n’existait pas dans les deux langues.

C’était les textes en anglais qui m’ont plus souvent valu des réactions, à savoir si les textes en anglais étaient plus provocants ou si les lectrices.eurs anglophones étaient plus susceptibles.

La grande majorité des réactions au bulletin étaient des commentaires positifs ou des suggestions qu’on incorporait dans les éditions à venir.

Mais là je vous parle des réactions qui m’étaient un peu incompréhensibles…

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L’Acadie n’est plus du butin

Je ne digère pas lorsqu’on entend à l’occasion que les Acadiens ne doivent pas dénigrer des Acadiens, qu’on doit pas se critiquer. C’est quoi cette patente. Si je ne peux pas critiquer des Acadiens lorsqu’ils s’embourrent dans le drapeau puis ensuite nous fourrent, qu’est-ce que ça vaut quand je critique des non-Acadiens qui nous fourrent ?, qu’est-ce que ça vaut quand j’applaudis un Acadien ? Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur (Beaumarchais).

Des candidat.E.s aux élections proclament leur sang acadien tout en défendant un parti anti-Acadien, je dénigre.

Des personnes prétendent qu’elles vont aux barricades pour l’Acadie alors qu’on est yinque le butin qu’elles ont à vendre ? Fuck ça.

Des pêcheurs flottent le drapeau comme si l’Acadie était en guerre contre les Premières nations, j’ai pitié, mais ils ont pas raison.

Il y en a de nous autres qui sont pris, qui pouvons pas voir tout ce qui est en jeu. Il y en a qui sont opportunistes et leur appartenance acadienne n’est qu’un de leurs atouts qu’ils mettent à vendre.

Je dénigre, dénonce et travaille contre tous les ennemis.

Le public a été si souvent rossé qu’il applaudit sur ses propres joues. – Jean Cocteau

L’équité et la marginalité – 2000

J’allais écrire un texte – à venir peut-être – au sujet de la désobéissance « civile » que mène le gouvernement du Nouveau-Brunswick (« refus assumé et public de se soumettre à une loi »), mais en voulant trouver une tournure de phrase, je me suis rappelée et ai retrouvé le discours que j’avais livré à la réunion annuelle de la SANB de septembre 2000. J’étais la conférencière d’ouverture, parce que j’écrivais une chronique hebdomadaire dans le quotidien provincial Irving.

C’est long, et je ne dirais pas ces choses de la même façon aujourd’hui, (bien que je note qu’on a besoin de dire les mêmes choses encore aujourd’hui, ça pas d’allure). Je le republie surtout parce que, à mi-chemin du discours, j’ai voulu rapprocher la lutte des femmes avec celle des Acadiens, suggérer qu’on peut peser dans la balance, faire partie de l’équation, si une évaluation de l’impact des actions gouvernementales sur l’Acadie est exigée. Voir autour de « En posant les bonnes questions, on peut changer le monde. »

Il y a 20 ans cette semaine.

L’ÉQUITÉ ET LA MARGINALITÉ

Discours présenté lors de la réunion annuelle de la Société des Acadiens et Acadiennes du N.-B., le 23 septembre 2000, Miramichi

Lorsqu’on prétend que les deux communautés linguistiques peuvent être servies par des structures bilingues – supposément bilingues -, on fait fi du besoin de toute communauté, qui veut survivre – pour un espace commun, des expériences communes et une histoire qui continue.

Si on n’a pas ces espaces acadiennes, on n’a pas ce que l’autre communauté a déjà.

J’apprécie cette occasion d’explorer la question de l’équité pour les femmes et les Acadien-ne-s. Je commence avec un court extrait de ma chronique publiée le 15 août. C’est ma vision de l’Acadie et je vous parlerai des réactions à ces chroniques.

Nous vivons dans un pays imaginé, l’Acadie. Mon Acadie a un drapeau, une langue, un hymne.

Des artistes, des héroïnes, une université. Il n’a pas de terre mais il a une identité. Ma journée nationale du 15 août sera une industrie avant de devenir un congé férié.

C’est un endroit virtuel, une communauté vivante, une nation invisible. La Sagouine est une personne imaginaire avec un vrai pays – pas loin d’ici. Les Acadiens sont de vraies personnes avec un pays imaginaire. Comme les tsiganes, les juifs et les noirs d’Amérique, a-t-on dit.

L’Acadie n’a pas de terre mais elle a des places – des espaces – et les Acadiens se rencontrent dans ces places communes – les écoles, les associations, l’église, la mer. Les Acadiens voient même des frontières à leur terre et demandent un ‘café’ au Tim Horton de Dieppe et un ‘coffee’ au Tim Horton de Moncton. 

L’Acadie n’a pas de terre mais elle est la championne quant au nombre de chansons et de poèmes qui mentionnent ses noms de place.

J’ai des auteurs, des humoristes, des musiciens connus autour du monde mais inconnus par l’autre moitié du Nouveau-Brunswick. J’ai des poètes au lieu d’avoir de politiciens. Mes poètes parlent de politique. Comme Herménégilde Chiasson, qui a dit, “Faites-nous un beau ghetto, non pas dans un territoire, non, ici, à l’intérieur de chacun de nous.”

Mes héros sont Ti-Louis, Antonine et Hermé. Et nous avons une catégorie spéciale pour les héros comme Leonard Jones. Ils avancent la cause acadienne en nous obligeant tous de confronter les attitudes anti-francophones parmi nous. Cet élément anti-francophone, je le crains, mais pas autant que je crains la timidité acadienne – ce ‘ghetto à l’intérieur’. Mais c’est bien cette timidité qui nous a servi en d’autres temps.

Mon université n’est pas seulement une université, c’est l’université d’une nation, c’est l’adresse de l’Acadie. Cette université – et la ville que certains appellent la capitale économique de l’Acadie – portent le nom d’un ennemi juré des Acadiens.   L’humour acadien est très sournois.

Certains fédéralistes donnent le Nouveau-Brunswick comme exemple de leur cause. Mais les groupes acadiens – un après l’autre – se sont séparés de leur groupe provincial. Les Anglophones voient ces divorces comme des faillites, mais les Acadiens y voient une étape vers l’égalité – des chambres séparées qui sauvent le mariage. Mais les Acadiens ne sont pas séparatistes. Je dirais même que l’Acadie n’a pas de politique. Nous pratiquons la politique du possible et espérons que ce sera assez pour assurer notre survie.   Nous savons que ce n’est pas assez.

L’Acadie ne sera plus jamais une Bosnie, ne doit jamais devenir une Louisiane, mais sera-t-elle jamais plus qu’elle est aujourd’hui?

Mon autre identité est de femme.

Comme femme, je suis gardienne de valeurs – pas nécessairement féminines – mais qui ont été reléguées aux femmes, qui n’ont pas été – ne sont pas – valorisées.  Ce qu’on dit être la norme ne comprend pas toujours mon expérience ou mes besoins.

Il y a des fois où, comme femme, je suis tout aussi invisible que l’Acadie. 

Quelques exemples rapides:

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Luxe, intempérance et le 15 août

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie Nouvelle le 15 août 2020.

Je suis devenue un peu obsédée cet été par la première convention nationale de l’Acadie, celle qui a eu lieu en 1881. Oui, bizarre.

Le 21 juillet dernier, j’ai lu dans les « Événements du jour » que publie l’Acadie Nouvelle, qu’en ce 21 juillet en 1881, donc il y a 139 ans, plus de 5 000 Acadiens s’étaient rassemblés à Memramcook pour la première Convention Nationale des Acadiens, et qu’ils ont discuté « de la survie de la culture acadienne au pays. »

J’étais impressionnée. J’ai répété ce que j’avais appris. 5 000 Acadiens. 1881. Memramcook.

Comment ont-ils pu faire ça, me suis-je demandé. Il n’y a pas plus d’hôtels ou de restaurants à Memramcook aujourd’hui qu’il y en avait en 1881.

Je m’en vais fouiller.

J’apprends dans le beau livre de Maurice Basque, La Société Nationale de l’Acadie, que ce n’est que le 10 mai 1881 que le comité se réunit afin de préparer la convention de Memramcook.

Là, je suis encore plus impressionnée. En mai, ils décident d’organiser une convention et deux mois plus tard, il y a une Convention à succès, avec 5 000 personnes. En 1881. Alors qu’il n’y a pas d’électricité, de téléphone, d’internet. Alors qu’il faut venir à cheval ! Alors que le nombre d’Acadiens dans les trois provinces maritimes était moins de 100 000.

Tout impressionnante qu’est cette organisation, j’apprends que les délégués n’étaient en réalité qu’une centaine, tous des hommes, avec plusieurs politiciens et prêtres, peu d’agriculteurs.

Les autres 4 900 étaient venus pour le pique-nique et la messe.

Il y aurait 200 quelques personnes de l’Île-du-Prince-Édouard, quelques dizaines de la Nouvelle-Écosse et surtout des gens des comtés de Kent, Westmorland et Gloucester du Nouveau-Brunswick. Les prêtres des paroisses étaient responsables de trouver des délégués et d’encourager la participation du peuple. Il faut dire qu’il y avait à l’époque une tradition de gros pique-niques communautaires annuels.

Lors de la réunion de mai pour planifier la Convention, les hommes ont fait le choix des cinq thèmes, soit, l’adoption d’une fête nationale, l’éducation, l’agriculture, l’immigration et le rôle de la presse. Le manifeste invitant les Acadiens de se rendre à la Convention disait que le but était de « cimenter l’union indispensable qui doit faire des Acadiens-Français un peuple affirmant son existence et sa force, ami du progrès et sérieusement soucieux de son avenir ».

J’en prendrais une autre comme ça. Avec une majorité de femmes cette fois.

Le plus drôle de ce qui est rapporté au sujet des débats à la Convention est le combat de coqs entre l’abbé Marcel-François Richard et le père Camille Lefebvre. Richard avait récemment fondé le Collège Saint-Louis à Saint Louis de Kent, et Lefebvre était fondateur et directeur du Collège Saint-Joseph où se tenait la Convention.

Lefebvre, Québécois d’origine, appuyait l’idée que les Acadiens se rallient à la Saint-Jean-Baptiste comme fête nationale.

Richard a pour sa part prononcé « un discours incendiaire en faveur du 15 août… Il s’en prend aux avocats qui égarent les gens par leurs propos et même à Saint Jean-Baptiste », comme le rapporte Maurice Basque dans son ouvrage.

« On prophétise qu’à moins que Saint Jean-Baptiste soit choisi comme patron des Acadiens, le luxe et l’intempérance, ces deux fléaux de notre siècle, devront nécessairement nous engloutir. J’ai beaucoup de vénération pour le précurseur de Notre-Seigneur, mais il est possible d’être tempérant sans se couvrir de peau de chameau et sans manger de sauterelles ».

Lefebvre, ulcéré, rétorque, « L’ivrognerie et le luxe ne sont pas moins enracinés ici que chez les Canadiens… En outre, vous tendez à imiter les Canadiens, comme le prouve le fait de la présente convention, qui n’est qu’une pâle copie de celle tenue à Québec l’an dernier : pourquoi alors n’auriez-vous pas le même saint pour votre fête nationale ? »

Je n’aime pas ce Lefebvre.

Vive le 15 août. Vive l’abbé Richard (dont le Collège sera fermé l’année suivante par l’évêque irlandais de Chatham qui dénonce l’institution pour être « too frenchy »).

Les médias de Saint-Jean, dans le temps comme aujourd’hui, ne comprennent rien et pourtant nous recommandent quoi faire. Le Saint John Daily News, rapportant sur la tenue de la Convention des Acadiens, est d’opinion que, « It does not appear that there is much practical work for such an organization to perform.”

A la recherche du vrai Higgs

Blaine Higgs a dit plusieurs fois qu’il a changé d’opinion au sujet du bilinguisme. (Ou est-ce plutôt qu’il a plusieurs fois changé d’opinion ?)

Un ennemi qui change d’opinion, ça n’en fait pas nécessairement un ami. C’est pas binaire, oui/non, amour/haine…

Le spectre des opinions négatives sur l’Acadie va de, « On aurait dû les finir dans le temps », à « Laissons le temps les finir ».

Du côté positif, le spectre des opinions des anglophones pro bilinguisme va de, « Je mets mes enfants en immersion parce que je veux pas que ces maudits Acadiens aient tous les emplois » à « Je suis si fier de ma province parce qu’elle est bilingue » (sic).

Revenons à Higgs.

Puisqu’on reconnaît un allié par sa façon d’agir, surtout s’il est politicien, avec un passé antipathique, que sait-on? Où se situe Higgs dans le spectre d’opinion sur le bilinguisme et le droit d’être Acadiens ici ?

On sait qu’à 35 ans, Higgs, ingénieur à Irving Oil, fait campagne pour devenir chef de CoR, un parti dont le mantra, au fédéral comme au provincial, était l’abolition du bilinguisme.

On peut être born-again à tout âge.

On ne sait pas quand sa conversion au bilinguisme a eu lieu, quelque temps après 1991, année quand CoR fait élire huit députés.

En 1999, il était parmi la dizaine de participants du Nouveau-Brunswick à la conférence nationale, « United Alternative », organisée par le Reform Party, visant à créer un parti plus à droite, moins ouvert au bilinguisme que le parti Progressiste Conservateur de Joe Clark.

Higgs n’aurait pas cherché à devenir bilingue quand il a été élu, en 2010, député progressiste-conservateur de Quispamsis, circonscription avec 4,4 % de citoyens « minorité langue officielle ». Ni quand il est devenu ministre, bien qu’il eût accès à des services personnalisés d’apprentissage.

C’est suite à son élection comme chef du parti provincial en 2016, à 62 ans, qu’il promet de devenir bilingue. Il s’en va au Québec pour ses cours de langue. Une décision ressentie en Acadie comme un choix dénigrant de nos écoles renommées, qui accueillent des juges et des fonctionnaires d’à travers le pays.

En 2018, Higgs dira, en anglais, qu’il a « relativement bien appris la deuxième langue ». Il ajoute, et Radio-Canada en fait son titre : « Il y a 4 « dialectes » francophones au Nouveau-Brunswick. »

L’explorateur revenu des contrées sauvages.

Il ajoute qu’il a découvert en voyageant à travers la province, que les gens parlent entre eux de manière conversationnelle, et non comme dans les livres.

Ce ne serait pas la première fois qu’on jette le blâme sur les Acadiens pour les anglophones qui ne réussissent pas à apprendre le français.

Higgs dira aussi, « le cours de français que je voulais suivre n’était pas disponible ici ».

Quand il devient premier ministre fin 2018, Higgs est le premier unilingue depuis Richard Hatfield (chez qui c’était moins important, ses actions positives faisant oublier).

L’année quand Higgs est élu premier ministre, il y avait prolifération de groupes anglophones obsédés par les Acadiens. Le tout dernier, créé pour se distancier des groupes à réputation francophobe, s’oppose au bilinguisme institutionnel parce qu’il juge c’est discriminatoire envers la population anglophone.

Dans la campagne de 2018, des candidats du parti dirigé par Higgs ont fait campagne avec des anciens députés CoR, voulant convaincre tout électeur tenté de préférer le nouveau parti People’s Alliance (pensez CoR light), que ça ne fera que diviser le vote comme CoR a fait. La fin de cette pensée serait, « votez Conservateur, c’est pareil » ?

Max White, l’un des huit députés CoR élus en 1991, fut co-président de campagne en 2018 de la candidate progressiste-conservateur Mary Wilson, l’actuel ministre du Développement économique. White cherche à convaincre de voter Conservateur et non pas People’s Alliance : « Je sais que ça ne marche pas. Il faut travailler à l’intérieur du système. Les personnes motivées par un problème particulier auront plus de chances s’ils votent pour un parti qui peut gagner l’élection, puis travaillent au sein de cette organisation pour orienter la politique dans la direction souhaitée. » Higgs a répété ce message, et a emprunté des éléments du programme de l’Alliance, comme la promesse de permettre l’embauche de candidats unilingues à des postes du secteur public désignés bilingues.

Premier ministre, Higgs n’a d’yeux que pour le chef d’Alliance, Kris Austin, lui donnant même la parole lors d’une conférence de presse gouvernementale, du jamais-vu. Austin y répétera des points partisans, dont « les exigences linguistiques inutiles ne doivent pas remplacer le bon sens ».

Le problème du service d’ambulance qui ne trouve pas assez d’ambulanciers, Higgs répétera après comme avant son élection, c’est causé par les exigences linguistiques, alors que les responsables du service contredisent ses dires, tout comme les plaintes des francophones pour non-service en français et le fait que des provinces unilingues ont des problèmes similaires. Higgs annoncera que le service ne sera offert en français que dans les régions où le nombre le justifie, une promesse de l’Alliance. De vraies solutions seront adoptées à la longue, après avoir gaspillé une année, des solutions qui n’ont rien à voir avec les exigences linguistiques.

Sautons à la pandémie. En temps de crise, le cor de Higgs crie « No time for French ». Alors que l’état d’urgence a été déclaré et que les Néo-brunswickois ne demandent que d’être informé, Higgs refuse de se présenter avec un porte-parole francophone à ses côtés, n’accorde pas d’entrevue en français, dit aux journalistes de poser leurs questions en anglais, doit être forcé d’offrir l’interprétation simultanée.

L’émission Infoman à Radio-Canada a fait jouer un extrait, et le journal Le Soleil a publié la transcription, du point de presse pandémique où Higgs semble dire, dans le cinquième dialecte, « Nous avons tout assez regardé de télévision pour en être saturé où la pile préparée en répare pour une nuit les et laisser au support. Avec un autre pour lui réparer que vous vous réunir. »

Higgs, cet énigme.

 

 

 

Chut, on rit de nous autres

Ce texte a été publié dans une version légèrement modifiée par l’Acadie Nouvelle le 9 juillet 2020. Appuyez vos journaux locaux.

J’aime relater l’histoire d’un homme qui m’écrivait de New York en réaction à mes chroniques sur l’Acadie que publiait un quotidien provincial anglophone. Sa grand-mère était Acadienne, sa famille n’a jamais parlé le français, mais ils ont mangé acadien, il se sentait Acadien et, de son appartement à Brooklyn, il rêvait de l’Acadie. Il était venu ici à deux reprises « cherchant sa famille » et il espérait aménager ici. J’espère qu’il est parmi nous.

Alors qu’il entamait le chemin de retour aux États à la fin de son deuxième voyage en Acadie, voilà presque 20 ans, il s’est arrêté à Fredericton, a fait la connaissance d’anglophones, très accueillant, jusqu’à ce que on lui demande ce qui l’amenait ici. Il répond qu’il est Acadien et visitait la parenté. Il dit que la salle s’est figée. Il m’écrivit, « Je suis Acadien mais je suis aussi New Yorker avec l’attitude qu’on leur connaît, et j’ai plus de 6 pieds et 240 livres. Je leur ai répondu, ‘Hey pal, you gotta problem wit dat?’ ».

Nous faudrait un peu de ça.

Kris, you got a problem with that ?

Yo, Higgs…

Je blâme la chasse ouverte aux Acadiens de 1755 à 1763, et la religion catholique, pour notre patience excessive.

Nos ancêtres étaient en mode de survie et merci à eux de n’avoir pas sorti du bois trop tôt. Mais on est resté marqué. Notre histoire nous a colonisé.

Quelqu’un d’autre devra expliquer le mal que nous a fait la religion, à moins que ce fût une pédagogie de l’obéissance et de la soumission, à la manière de l’éducation ancienne des filles. Comme la patience est la vertu des mendiants.

Être patient à excès, c’est, en fait, être déjà défait.

Il est bon d’être patient, lorsqu’il y a raison d’espérer. Il est stupide d’être patient pour ce qui n’arrive jamais yinqu’en attendant. Il ne va plus me battre, ils vont mieux me payer parce que je me plains pas, la COVID va disparaître par magie, ils vont respecter les Acadiens parce qu’on fait pas de mal.

« La patience est le pire de tous les maux, car elle prolonge la peine de l’homme » disait le jovial Nietzsche.

Que ce soient les centaines d’années qu’il a fallu pour que notre langue soit reconnue, les 43 années additionnelles qu’il a fallu pour qu’un effort de mise en œuvre de cette loi soit lancé (en 2012), l’attente toujours en cours pour un vrai plan gouvernemental, avec calendrier, pour le respect de leurs obligations linguistiques – oui, on brûle beaucoup de patience.

Toutes ces décennies plus tard, la province n’a toujours pas de ministère ou de secrétariat ou de comité permanent de l’Assemblée législative sur les langues officielles. Dans la prochaine année, nous devrons voir à la révision programmée de la loi sur les langues officielles – oui, oui, avec les joueurs qu’on connaît, Higgs and company. Une chose certaine est que l’adoption de toute loi révisée ne sera pas unanime, comme celles de 1969 et 2002 l’ont été. Si la loi était pour plaire aux anti français élus, ben, tu veux pas contempler ça.

Non, je ne désespère pas. Pour désespérer de ce gouvernement, aurait fallu que j’aie eu de l’espoir. Je n’attends pas « que le gouvernement soit frappé par la grâce » comme se demandait le film « J’avions 375 ans » de Phil Comeau.

Là où j’ai de l’espoir c’est dans nous autres, si on peut se concentrer. J’aime pas parler en termes espoir, désespoir, optimisme, pessimisme. J’aime plutôt rappeler ce qu’on a appris pendant la pandémie. Dis-moi ce que tu vas faire, ce que nous allons faire, je te dirai ce qui pourrait bien arriver.

D’autres exemples de notre patience.

On attend toujours, 60 quelques années après la création de Radio-Canada, qu’elle devienne pancanadienne, dont acadienne. Qu’elle ne souhaite pas bonne fête nationale le 24 juin, par exemple. Qu’elle ne se greille pas du nom Acadie sans rien changer d’autre.

On attend toujours qu’une attention appropriée soit donnée aux priorités pour l’Acadie – l’aménagement territorial, le développement régional, l’épanouissement culturelle. Yeah right, on nous répond sans répondre.

La révision programmée des délimitations des circonscriptions doit également se faire dans la prochaine année. Bravo à nous d’avoir contesté le chiard indigeste qu’était la dernière révision et d’avoir (surtout) gagné. Faudra les surveiller, avec un fanal.

Et le mois dernier, encore, deux accusés ont été relâchés par le système judiciaire parce que le délai causé par l’incapacité du système d’entendre leur cause en français était devenu abusif. Ça ne s’explique pas, le fait qu’il faut plus de 50 ans après l’adoption d’une loi pour qu’un gouvernement change sa façon de faire afin de respecter la loi et offrir des services de base dans les deux langues. D’ailleurs des explications ne leur sont jamais exigées.

Je jure que j’entends des rires derrières les portes.

Notre patience contribue à ce que la vie se moque de nous.

Innocents qu’on est, on ne prévoit jamais tout ce que la mauvaise volonté peut inventer. Évidemment, c’est ce qu’il nous faut faire.

On n’aura jamais ce qu’il nous faut avec les pouvoirs qu’on a là. Les enjeux sont tels – la survie de l’Acadie – qu’il nous faut remonter la qualité de notre jeu. Heureusement, on sait que d’autres peuples ou minorités ont réussi à obtenir bien plus que ce qu’on a, en travaillant ensemble la démocratie.

*******

C’est toute une éducation être « autre », que tu sois autre que blanc, autre qu’un homme, autre qu’anglophone, autre qu’hétérosexuel, autre que riche. Ce qu’on apprend en étant autre est un avantage pour voir, comprendre et radorcer le monde. Mais ça complique la vie.

Moi, esclavagiste

Ce texte a été publié dans l’Acadie Nouvelle le 24 juin 2020, sous le titre « Nous avons besoin d’une politique alimentaire qui favorise une plus grande auto-suffisance ». Merci aux journaux locaux.

J’aime mes carottes pas chères l’hiver, mes asperges en mars, et quand c’est enfin l’été et qu’on a nos propres produits.

L’été en Acadie, pour moi, c’est quand on mange enfin nos homards, la rhubarbe, nos pois, nos fraises, tomates, cosses, patates, bleuets, viande de cochon, pommes de pré, pommes

Cette année, les premières récoltes du jardin me donnent à penser autant qu’à savourer. J’en ai trop appris dernièrement mais j’en suis contente. Ce que j’ai appris n’est point nouveau, c’est moi qui faisais pas attention. C’est la pandémie qui nous a escoué, et j’en suis fière.

Quelqu’une d’autre a ressenti, au mois de mars, une petite peur qu’on manquerait de manger ? Il y en a de nous qui ont pensé avec peur au milieu de la nuit que l’épicerie serait vide.

Ensuite on a pensé, au moins l’été arrive. Mais est-ce que le Nouveau-Brunswick peut se nourrir ?

Et là, j’apprends que le Nouveau-Brunswick produit en moyenne 3 % de tout le manger qu’on mange. On produit une minuscule partie de la viande qu’on mange, 8 % des fruits et légumes. Nos fermiers « ne peuvent pas vendre leur viande dans les épiceries à grande surface ou les chaînes d’alimentation rapide, car ces entreprises n’achètent que de la viande d’abattoirs inspectés par le fédéral. La viande d’animaux provenant d’abattoirs inspectés par la province peut être distribuée uniquement au Nouveau-Brunswick et seulement dans les épiceries indépendantes et les restaurants familiaux »[1].

Nous dépendons presque absolument des multinationales pour notre manger.

En cas de crise, on pèserait pas lourd dans leur souci d’approvisionnement.

En cas de fermeture des frontières, on aurait de la nourriture pour au plus trois à cinq jours.

Ce n’est pas que les terres sont pas travaillées, c’est que tant de notre production est faite pour l’exportation, une situation que les gouvernements ont encouragée. Pensez à la patate, le bleuet, la canneberge.

En cas de crise, on aura toujou la patate.

Ensuite, j’apprends qu’on ne réussit pas à produire le peu qu’on produit par nous-même. Notre récolte dépend de notre mise à profit de la différence entre les pays du Sud et du Nord, entre nos niveaux de développement et de vie, et le fait que le monde de ces autres pays sont désespérés.

Nos fermes et usines de transformation dépendent de milliers de travailleurs étrangers temporaires du Mexique, de Guatemala, de la Jamaïque et ailleurs. Ils viennent travailler quelques semaines ou mois et doivent s’en retourner. Ils sont essentiels mais on ne les veut pas comme citoyens permanents parce que notre marge de profit dépend de ce qu’ils s’en aillent dans leur pays pauvre.

Faut pas blâmer nos fermes et les employeurs. Faut surtout pas blâmer les pauvres esclaves du bondjeu qui ont trouvé un moyen de nourrir leur famille en venant ici quelque temps, certain-e-s depuis des dizaines d’années, même si ça leur donne pas chance d’obtenir un passeport ou d’immigrer au Canada.[2]

De ce que je peux comprendre, la situation avec les travailleurs étrangers temporaires est meilleure qu’elle l’a été. Pourtant, cette année encore on a des histoires d’horreur, de racisme, d’inhumanité envers les travailleurs étrangers[3].  Misère.

On a créé une catégorie de gens utiles, essentiels même, mais qu’on ne veut pas comme citoyens.

Et c’est là que je dis, je ne vois pas la différence entre ça et l’esclavage. Les esclaves étaient des gens utiles mais qu’on ne voulait pas comme citoyens.

Donc moi, esclavagiste, mangeant mes fruits de l’Acadie… me questionne.

Ensuite, l’ingénieur en chef Higgs décrète qu’il n’y aura pas de travaillants étrangers cette année, alors que nombre de ceux-ci sont déjà à l’aéroport pour venir planter nos choux. La seule province qui ne permet pas de travaillants étrangers. Faut croire que Higgs voulait absolument garder sa belle moyenne COVID, et donc il voulait coton ouater le Nouveau-Brunswick et viser le risque zéro. Plus conservateur que ça, t’es une roche.

Les fermiers et les pêcheux, tout d’un coup sans travaillants étrangers, disputent Higgs, lui apprennent qu’ils perdront leur année, des fortunes, les liens avec les travaillants étrangers. Higgs semble entendre un écho de quelque chose, et réagit, « 1. I’ve driven a tractor, we can do this gang, follow me gang,  gang…, GANG?   2. I am so disappointed in these people I’ve never met. They did not do what I told them to do.   3. I’ll allow foreign workers in, but I am so disappointed in you people.”

Nous avons besoin d’une politique alimentaire qui favorise une plus grande auto-suffisance. Comme dit la présidente de l’Union nationale des fermiers au N.-B., « Si l’alimentation est réellement un service essentiel, il va falloir travailler pour renforcer les liens entre les agriculteurs et les clients. Il faut se donner des moyens de développer un nouveau mode de distribution qui soit plus résilient, plus solide. Plus on laisse à des multinationales la gestion de nos approvisionnements plus on s’expose à des crises ».

Bien sûr ces questions sont complexes et internationales, et le Nouveau-Brunswick n’est pas le seul à vivre cette dépendance, mais notre insécurité alimentaire est particulièrement grave. Il y a des meilleures façons de faire que les conditions offertes aux travailleurs étrangers. Et il y a des meilleures façons de faire, comme citoyen et comme organismes publics, que d’acheter toute notre épicerie d’ailleurs. Et la partie de notre budget qu’on dépense pour manger est une des plus faible au monde, moins de la moitié de ce que nous dépensions dans les années 70[4].

Un projet de loi présenté à l’Assemblée provinciale cette semaine par le Parti vert a peut-être pas beaucoup de chance d’être adopté, mais il serait à souhaiter qu’il lance un débat et une conscientisation. Le projet de loi veut renforcer l’économie alimentaire locale, promouvoir l’approvisionnement en aliments locaux par les organismes publics, et fournir aux jeunes une éducation par le jardinage et des connaissances en nutrition.

Entretemps, on peut acheter local cet été et s’en parler.

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[1] Les produits du Nouveau-Brunswick sont absents de nos assiettes, texte de Simon Delattre, Acadie Nouvelle, le 9 juin 2020, https://www.acadienouvelle.com/actualites/2020/06/08/les-produits-du-nouveau-brunswick-absents-de-nos-assiettes/

[2] Notons cependant le Programme pilote d’immigration au Canada atlantique qui facilite l’embauche de travailleurs étrangers qui souhaitent immigrer au Nouveau-Brunswick, dont le village de Cap-Pelé et ses usines de poissons ont bénéficiés récemment.

[3] Voir la page titre d’un quotidien provincial cette semaine, photo à la fin de ce texte. Voir aussi, “Unheeded Warnings: COVID-19 and Migrant Workers in Canada”, The Migrant Workers Alliance for Change, https://migrantworkersalliance.org/wp-content/uploads/2020/06/Unheeded-Warnings-COVID19-and-Migrant-Workers.pdf

[4] Avant COVID, la famille canadienne allouait 9% de son budget à l’alimentation,… un des plus bas taux au monde… En 1970, les ménages canadiens consacraient 21% de leur budget à l’alimentation. Voir « Les prix des aliments n’ont pas fini d’augmenter, Sylvain Charlebois, Acadie Nouvelle, le 1 juin 2020, https://www.acadienouvelle.com/mon-opinion/2020/05/31/les-prix-des-aliments-nont-pas-fini-daugmenter/

Migrant

Reprendre son nom

Il n’est jamais trop tard pour reprendre son identité. Ça fait toujours du bien, que tu sois une femme, un Acadien, une exilée, une institution.

Je comprends qu’on pouvait penser que « Université de Moncton » était un bon nom d’emprunt dans le temps. Une façon de « passer ». J’étais là dans ce temps-là.

Pourtant, le nom n’a pas réussi à faire en sorte que l’institution ait eu l’accueil chaleureux qu’on avait sans doute espéré en adoptant ce nom, surtout pas de la part des Monctoniens old stock.

Mon doux, les vieux fouairoux du centre-ville lors des manifestations voilà 50 ans qui nous huchaient leur bile, je les vois encore. Dernièrement, je veux dire, je les vois à l’Assemblée et sur les forums de discussion.

Mais c’est comme pour n’importe qui qui prend une autre identité, un autre nom. C’est l’habit d’un autre. Comme ces femmes qui se marient et réalisent que prendre son nom à lui a changé la donne dans leur relation.

Ou comme l’homme de l’Île-du-Prince-Édouard interviewé dans un journal de l’Île quelque peu avant l’an 2000, au sujet de sa retraite prochaine. « Monsieur Perry, qu’est-ce que vous allez faire aussitôt à la retraite ? » « Reprendre mon nom de Poirier. »

Donc je propose que l’Université de Moncton reprenne sa vraie identité.

Université de Monckton.

Espère. J’vas expliquer.

Monckton était un « young officer who rose rapidly in the ranks because of family connections”[1]  Déjà, on l’aime, non ? On voit qu’il est un digne représentant du domaine académique et de la connaissance scientifique, ce vecteur de démocratisation de l’accès à l’ascension sociale et culturelle.

Donald Savoie raconte dans sa biographie que Monckton a simplement suivi l’ordre qu’il avait reçu… « de ne pas attendre que les femmes et les enfants montent à bord, mais d’envoyer les hommes sans eux. »[2]

On voit aussi des suggestions que Monckton n’était pas enthousiaste (« With characteristic efficiency but no apparent enthusiasm, Monckton carried out his orders to lure the inhabitants into custody, to burn their villages, and to supervise the deportation…  »[3]).

N’est-ce pas là un symbole inspirant pour une université : livrer la marchandise même s’il faut exécuter une commande rebutante.

Il a aussi ses détracteurs.

« Le colonel Robert Monckton, dont la ville porte aujourd’hui le nom, s’était rendu coupable, envers les Acadiens, de gestes qui lui vaudraient certainement aujourd’hui,… d’être traduit devant le Tribunal pénal international. »[4]

Certains modèrent les critiques :

« C’est sûr que Monckton n’aimait pas les Acadiens. Mais a-t-il outrepassé ses directives? Je ne crois pas. Il a reçu des directives et il a fait son possible pour accomplir sa mission.» – Gregory Kennedy, professeur du département d’Histoire et de Géographie à l’Université de Moncton.

Mais certains vargent sans scrupule, avec des anecdotes :

« Colonel Monckton, in command of two thousand men, ascended the Saint-Jean, leaving a swath of destruction on both sides of the river, although he too succeeded in capturing few inhabitants. He remedied that by returning two months later in command of a force… with order to “kill and give no quarter”. They burned the hamlets of Sainte-Anne-des-Pays-bas (near today’s Fredericton), killing and scalping scores of Acadians, including women and children.”[5]

“En 1758, plusieurs familles de fugitifs acadiens vivaient cachées dans les bois de la rivière Saint-Jean. Le colonel Monckton, reçut l’ordre d’aller les déloger de leur retraite. L’expédition de Monckton et ses 1200 miliciens, …dura deux mois… Toutes les maisons furent incendiées sur une distance de 35 milles en amont de la rivière, plusieurs Acadiens furent tués… »[6]

Le nom de notre université indique où est son siège social, mais notre université n’est pas une création « de la ville de Moncton (sic) ». C’est une création des Acadiens et des Acadiennes éparpillés partout en Acadie. Et Monckton symbolise cet éparpillement, en est responsable en partie.

« Londres a laissé la déportation se poursuivre jusqu’à la signature du Traité de Paris, en 1763. Ces artisans, Charles Lawrence et Robert Monckton, furent même respectivement promus aux titres de gouverneur et de lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, en 1756, postes qu’ils occupèrent pendant encore quelques années. »

Et pourtant, Monckton n’a rien qui le célèbre, sauf une institution et une ville qui épellent mal son nom.

Corrigeons notre erreur.

Adoptons « Université de Monckton ».

Montrons l’exemple à la ville.

Ou, si vous préférez, « Université de Monckkkton ».

Bon, il y en a qui vont suggérer « Université de l’Acadie ». Trop tard. C’est pris.

La Presse, 27 août 1988 : « La conférence des Maritimes de l’Église baptiste unie a interdit aux homosexuels de devenir pasteurs. Le changement …s’est effectué malgré l’opposition de quelques délégués, réunis à l’Université de l’Acadie. »

Le Soleil, 10 mars 1996 : « Les demi-finales se sont déroulées à l’arena Varsity où les Axemen étaient comme chez eux dans le premier affrontement… Les partisans de l’Université de l’Acadie ont d’abord été réduit au silence lorsque les Patriotes se sont emparés d’une avance de 2-0 en deuxième période. ».

Non, on fait mieux de laisser ce beau nom aux Anglais, puisqu’ils s’en servent déjà.

Il y a aussi l’idée intrigante de « Université de l’Acadie?!? » C’est à dire avec la ponctuation comme le film de l’ONF, 1971, « L’Acadie, l’Acadie ?!? »[7].

Il y a des dossiers plus importants qu’un nom, vous dites ?

Ouain… C’est pas comme si on traite des dossiers en ordre d’importance.

C’est pas comme s’il y a grand papier à entête à modifier de nos jours.

C’est pas comme si on doit abandonner tous les autres dosssiers de l’Acadie pour cette cause : il suffit d’une décision.

C’est pas comme si l’identité n’est pas importante.

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[1] John Mack Faragher, historian of the American Frontier, A Great and Noble Scheme, The Tragic Story of the Expulsion of the Acadians from their American Homeland.

[2] Donald Savoie, Moi, je suis de Bouctouche, https://books.google.ca/books?id=EpO63ElA2LwC&pg=PA31&dq=Acadie+Monckton&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwihsfjRldzpAhU7kHIEHf22BMYQ6AEIcDAI#v=onepage&q=Monckton&f=false

[3] Biography of General Robert Monckton, http://www.militaryheritage.com/monckton.htm

[4] Stéphane Bergeron, député, Chambre des Communes, 27 mars 2001, https://www.noscommunes.ca/DocumentViewer/fr/37-1/chambre/seance-37/debats

[5] John Mack Faragher, historian of the American Frontier, A Great and Noble Scheme, The Tragic Story of the Expulsion of the Acadians from their American Homeland.

[6] Stéphane Bergeron, député, Chambre des Communes, 6 février 2003, https://www.noscommunes.ca/DocumentViewer/fr/37-2/chambre/seance-54/debats

[7] https://www.onf.ca/film/acadie_acadie/

Mes leçons COVID, liste en cours

Il n’est pas raisonnable de déjà penser tirer des leçons de ce que COVID nous fait vivre, pas avant une dizaine d’années. Mais voilà mon aide-mémoire pour mes leçons apprises jusqu’asteure:

  1. Blaine Higgs peut être léger, d’une légèreté approchante celle de l’hydrogène, comme chef, politicien et comme ingénieur. Une chance que la crise COVID ici a aussi été légère. Voir, pour exemple, son attitude au sujet de questions d’importance, ci-dessous.
  2. Un comité multipartite vaut la peine. Higgs a su prendre l’avis de quelqu’un (Dre Russell ? Ministre Cardy ?), ou a eu l’idée et l’a créé. Le comité a bien mené les choses, il semble.
  3. En temps de crise, le cor de Higgs crie « English first ». Lors de la première réunion d’urgence du gouvernement du Nouveau-Brunswick, afin de décider le format des points de presse aux citoyens pandémisées, fut entendue cette phrase qui tue, « Come on, this is an emergency, we don’t need French, I’ll just read a few French syllables ». Ont donc été suspendu, croyait-il, les lois portant sur les langues officielles, et celle ayant honoré les Acadiens d’un statut de pleine citoyenneté évidemment honorifique.
  4. Une pandémie offre une merveilleuse leçon d’assimilation ici et au Canada. Au Québec, le contraire a été démontré.
  5. En temps de crise, certaines personnes saisissent le moment pour malfaire. Alors que les travailleurs étrangers temporaires arrivaient aux aéroports des pays pauvres pour venir travailler sur les terres et dans les shops d’Acadie, comme ils font depuis des décennies, exploités par le Canada, Higgs, sans consulter les industries de la pêche ou de l’agroalimentaire, qui espéraient à ce point simplement survivre à 2020, Higgs a eu un coup de tête genre « we don’t need no stinking foreigners», et a dit, « Let’s do this, gang », « Suivez-moi, j’ai déjà conduit un tracteur », et pour clouer son argument, «I’ll show up for an hour at premier’s pay,  you do the other 60 hours…» Il a réalisé qu’il n’a pas de gang.
  6. Quand quelqu’un cherche à te donner leur opinion de toi, alors que tu cherchais même pas à l’impressionner, il n’y a toujours rien de mieux que ce qu’on huchait, jeunes femmes de Moncton, aux harceleurs de rue, «  Thank you, I value your opinion highly ». Quand Higgs a voulu nous dire qu’il était absolument désillusionné, « je suis déçu que les citoyens de ma province sont des nouilles », parce qu’on n’avait pas accouru pour travailler dans les champs ou les shops à faire un travail spécialisé qu’on n’avait aucune chance de bien faire, je lui disais, « Thank you, I value your opinion highly ».
  7. Dans un autre ordre idée mais toujours dans les leçons de Covid : j’apprends que je ne sais pas comment commander mon épicerie en ligne. Les tizamis Twitter m’ont renseigné et enseigné avant mon retour au Canada en catastrophe en mars, mais je suis pas douée naturelle. J’ai commandé une tête d’ail, « one garlic », j’ai reçu plus d’un kilo d’ail. Donc, j’ai découvert une recette de soupe à l’ail que tout le monde aime, et découvert qu’on peut geler des têtes d’ail… Ensuite, j’ai commandé 2 piments verts, j’ai eu un peck, un gros 9 litres de piments. Heureusement si frais qu’ils t’éclaboussaient quand tu les coupais, et ils goûtaient les pois verts du début d’été. Mais un peck ! J’ai donc découvert une recette de soupe au piment vert (Ricardo) qui fait taire le monde à table jusqu’à ce qu’ils ont fini leur bol. Je tais mes autres erreurs parce qu’elles me feraient mal paraître…
  8. Arrêtons de remercier les travailleuses du Covid et payons-les. Arrêtons de subventionner les grosses industries et remercions-les.., et forçons-les de payer leur part d’impôt.

Les victimes n’aident pas assez les hommes violents

« Si vous cherchez des services pour aider votre partenaire à mettre fin à des comportements violents ».

Je croyais être au boutte du rouleau « cynique », être aussi cynique qu’y a. Et voilà qu’on me surprend et je réalise que j’avais encore d’la foi. On n’est jamais assez cynique.

Le Nouveau-Brunswick a un taux de violence masculine à faire honte. Meurtre, viol, violence faite aux femmes.

La province n’a jamais eu le courage de vouloir réduire cette violence. La province a toujours préféré trouver les millions qu’il fallait pour soigner les estropiées. Tout sauf confronter les violenteux. Tout sauf confronter même les hommes non violents. Même si ça sauverait de l’argent et la vie de quelqu’une.

Le Nouveau-Brunswick n’a jamais même fait appel à ces hommes non violents qui se sentent aussi mal que moi lorsqu’un de leur espèce fait quelque chose d’aussi stéréotypé que de violenter une de mon espèce. Pire que ça, ces hommes n’ont jamais rien fait.

Mais revenons à « Si vous cherchez des services pour aider votre partenaire à mettre fin à des comportements violents ».

Depuis au moins un demi-siècle, les féministes d’Acadie disent qu’il faut arrêter les hommes qui estropient ou tuent leur femme. Première réaction du gouvernement, fin années 70 : on dit aux femmes où courir pour se sauver. Depuis, on dit aux femmes de courir plus vite, parce qu’il y en a encore autant d’elles qui se font massacrer.

Il n’y a plus d’organisme demandant des comptes aux gouvernements pour la tuerie continue, ou la dépense sans fin. Le public en est rendu à aimer ces levées de fonds pour ces victimes. Le bureau de bien-paraître féministe du gouvernement n’a que des messages pour les victimes.

Ce bureau collaborateur est sourd aux rappels harassants, de moi et d’autres, leur suggérant une notion radicale : que, s’il y a violence, il n’y pas seulement une victime, il y a un violenteux itou.  Faudrait fermer le robinet, pas yinque essuyer la place.

Enfin cette semaine, ce bureau de bien-paraître a envoyé un message Twitter qui interpelle les violents : «C’est possible de changer, cela prend du courage. Les personnes qui ont cessé de recourir à la violence disent que le plus difficile, c’est d’admettre qu’elles avaient besoin d’aide. »

Bravo. Enfin. Enfin!  Sauf que le lien où les hommes peuvent trouver de l’aide ne fonctionne pas. Le lien vers le français je veux dire. Après une semaine de rappels, demandant qu’ils fournissent un lien en français, le bureau de bien-paraître m’envoie un lien qui fonctionne, et j’y lis la première ligne : « Si vous cherchez des services pour aider votre partenaire à mettre fin à des comportements violents ». Et je pleure.

Arrêtez de parler des victimes

Un homme a tué du monde avec une arme à feu, encore une fois.

S’il avait yinque tué sa partenaire, ce serait une petite nouvelle régionale. S’il s’était tué après avoir tué sa partenaire, ce serait un crime privé.

Mais cet homme a tué de nombreuses personnes.

Et, pour continuer dans notre continuité, on nous demande de se concentrer sur les victimes, de ne pas parler de lui afin de ne pas lui laisser les projecteurs, ne pas lui donner ce qu’il recherchait. Il ne faut pas penser à l’homme.

Quoi ? Tout d’un coup, notre culture de vedettariat pense que nous mettrons fin à de telles tragédies en niant la célébrité que recherchait ce chercheur de célébrité ?

Eh bien, euh, avec tout le respect que je vous dois, fuckez ouère off, s’il vous plaît. Pis en tout cas, il est mort.

Depuis des siècles, on ne fait que parler des victimes et ça donne quoi… Encore plus de victimes.

On ne résoudra pas les problèmes sociaux en ignorant les coupables, en ne parlant que des victimes.

Mais c’est la mode et même Justin nous incite à taire le nom, d’enterrer et commémorer les morts.

Fuck ouère off officiellement. Tous les hommes responsables des meurtres suicides savent qu’on leur donne désormais l’anonymat, et pourtant ils le font par dizaines.

« Tout comme la charité peut prolonger un problème au lieu de le régler, nous pouvons devenir complices – contribuer au problème – lorsque, pour de bonnes et de mauvaises raisons, nous ne faisons qu’aider les victimes. Si nous ne nous attaquons qu’aux conséquences et pas les causes, n’est-ce pas que nous rendons le statu quo confortable, au lieu de le changer? »

« La violence n’est pas un trouble spontané, ou une catastrophe naturelle imprévisible. Pourtant, c’est ainsi que nous en traitons. Nous offrons nos pensées et nos prières, organisons des vigiles et aidons les victimes. Cette violence est un problème évitable. »

« C’est comme si la victime était le problème. C’est comme si la violence arrive de nulle part, comme la foudre. C’est comme s’il est écrit quelque part que les victimes seront toujours avec nous et que la seule chose à faire est de les aider. »

On aide les victimes en évitant qu’elles soient victimes. On fait ça en parlant du problème. Le problème est la violence des hommes.

Les hommes violents sont les coupables, nous sommes les responsables.

Fuck et misère.

Stop Talking About The Victims

Update:  I wrote this then got loads of feedback about my use of fuck. Thank you for your concern about my tone, afterlife, social standing, poise, serenity or sobriety.  If everyone who has an opinion about my use of artistic language gave as much of a fuck about men who use violence, we would be halfway to a solution. I mean, if I had known, I would not have used the fuck word so much. Sorry. Are we ok, and can we stop male violence now ?

A dog bit a human.

A man killed people with a gun.

If he had just killed his woman, it might be a regional story. If he had killed his woman and then himself, it would hardly even be a local story.

But this man killed many people with a gun. And we are asked not to speak of him, so as not to let him have the spotlight because, all of a fucken sudden, our celebrity-celebrating culture thinks we’ll end such tragedies by denying the celebrity that a celebrity-seeker sought?

Well, um, with all due respect, fuck off and consider this, ok? We’ve been doing nothing but emoting about the victims for centuries and what does that give us. More victims. We won’t solve social problems by concentrating on victims and ignoring the cause.

But yeah, let’s do the devil’s work. Be nice, bury and commemorate the dead. Don’t pronounce the devil’s name, like Justin asks. Don’t pay attention to the causes.

Guys who murder their partner then kill themselves are guaranteed anonymity for themselves and their partner and yet they do it by the dozens. Look it up and fuck off.

“Just as charity can prolong a problem instead of fixing it, we can become complicit – part of the problem – when, for good and bad reasons, we only focus on the victims of the aftermath… Male violence is not like a natural disaster or a spontaneous disorder of unknown origin. But we practically treat it like one. We send thoughts and prayers, organize shelters and vigils, and give aid to victims.”

“It’s as if victims were the problem. It’s as if violence falls from the sky. It’s as if it is written somewhere that victims will always be with us, and the only thing we can do is help them.”

The way to help victims is by preventing them becoming victims. We do that by talking about the problem. The problem is the violence of men. The questions to ask could be: The numbers don’t change. Why is that? Why do men assault and kill so often? What help do men need? What could we be doing to help prevent this violence?

“Our exclusive fixation on victims has become part of the problem. We resist talking about killers and aggressors. It has become so comfortable to talk about victims. It’s like accepting to fill our hospitals with the « victims » of measles or polio, instead of finding a vaccine.”

Everyone loves victims, talking about them is comfortable.

The guilty ones are the violent men. We are the responsible ones.

Misère.

First Casualty of a Pandemic in NB is French

In New Brunswick, when things get serious, you better speak English. Cause when things get serious, ton gouvernement te laisse tomber. Comme ça.

Aussitôt que Blaine Higgs a compris qu’il avait été mobilisé dans la lutte de sa vie, il a dit bon, c’est sérieux, je serai le seul intervenant. J’aime penser que le ministre de la Francophonie lui a répondu de suite, « But what about Acadians? ».

On ne sait plus où est Glen Savoie et s’il y a toujours un ministère de la Francophonie, mais la question était évidemment non pertinente.

S’ensuivent des points de presse politiques en anglais. Des points de presse efficaces à donner aux Acadiens l’idée qu’on est illégitime. «Dégagez. C’est sérieux, là. »

En temps de crise, speak english (en fait, c’est tout comme en temps normal quand tu veux t’acheter un café ou du papier de toilette dans la plupart de la province).

C’est voulu de nous faire comprendre à la longue que le seul salut est l’assimilation. Le Nouveau-Brunswick carbure en anglais, get it ?

Des points de presse en anglais produisent des plaintes à la Commission des langues officielles. La commissaire a reconnu l’urgence de la situation et a réagi immédiatement avec une enquête et un rapport qui a forcé le gouvernement à faire certains changements.

Cependant, une partie malheureuse de sa réponse a réconforté le premier ministre : « Le premier point soulevé par les plaintes qui porte sur les difficultés qu’éprouve le Premier ministre à s’exprimer en français n’est pas admissible, étant donné qu’en vertu de la Loi, ce sont les institutions qui ont des obligations linguistiques et non les élus. En effet, ce sont les institutions qui doivent faire l’offre active de services et octroyer un service dans les deux langues officielles ».

Ben euh, ce n’est pas citoyen Blaine, mari de Marcia, qui nous parle. C’est le gouvernement provincial dans des messages en temps de crise. Le gouvernement avait des options qui auraient respectées la loi et les Acadiens. Il choisit de faire autrement.

Misère.

The feminist movement is dead! Long live feminist activism!

This text first appeared in French in the Acadian webzine Astheure on February 26, 2020. La version originale suit ce texte. This is my translation of my text.

If there were a feminist movement in Canada, we would see it. We would see spontaneous reactions, individual and collective, to the lack of progress in major feminist issues, to the institutional neglect of women’s advancement, and to the inequality between the sexes and between women.

When I say that there is no more movement, it is not a statement of failure, nor a call to arms, nor nostalgia. I’m not blaming anyone – how could anyone or any group be responsible for the existence or disappearance of a social movement? A movement is not willed. It is societal, a contingent phenomenon. And movements have cycles; they come and go.

If I were to assign blame, I would name neoliberal governments, which lost interest in social justice in order to focus on the « economy », defined, absurdly, as entrepreneurs, or even just entrepreneurs’ profit levels.

When I say that there is no more movement, it’s an observation – my field analysis. Our activist work must take into account this new conjuncture. Activism is still possible, whether we have the advantage of a social movement or not, but we will have to work differently, modify our strategies, temper our objectives, and identify the types of changes that we can still hope to make.

The feminist movement still has its raison d’être. If it’s gone, it’s not because women achieved equality – check out the statistics, recall the scale of change that the feminist movement wants.

There may not be a feminist movement, but there are certainly feminists everywhere. There certainly are feminist organizations.

In French-speaking New Brunswick, there is the Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB) that works on feminist issues with a feminist perspective. The problem is there are no similar groups on the anglophone and aboriginal sides. We need more like RFNB here and elsewhere.

There is also the Women’s Council, an agency that advises the provincial government. There is an aboriginal women’s group. There are groups working on specific issues, including the New Brunswick Coalition for Pay Equity, but most of them mainly provide services, such as to victims of male violence (battered women, sexually assaulted women). There are groups that encourage women to go into politics or other non-traditional jobs. And there are socialization and self-help groups, including the cercles de Dames d’Acadie.

There are still campaigns around feminist issues, some of which are successful.

But a social movement? Not anymore.

A social movement, for me, is an irrepressible reaction by a group to its status, to the status quo. A group in society coalescing around the need for radical change. A movement does not necessarily demand a specific solution, but rather a change of status, even a social transformation.

In the case of the feminist movement, it was a force that directly and consistently confronted the economic, cultural and political structures supporting the hierarchy and power relations between the sexes.

Because it was a grassroots movement, there were spontaneous, varied actions, from all sides. And because what was wanted was a structural transformation, focus was on public and women’s consciousness-raising as well as lobbying for specific changes.

An effervescence like that, I have not seen for a long time. Not even a strong presence on the issues that affect the majority of women – daycare, sexism, violence, social protection.

Increasingly, for the public and the media, “women’s issues” have been limited to abortion, the #MeToo phenomenon, perhaps childcare, perhaps LGBT issues, on occasion the number of women in politics or in business. This is a far cry from the scope of change needed for equality, from what the movement originally advocated. Lire la suite

Le mouvement féministe est mort! Vive le militantisme féministe!

Ce texte a été publié en premier par le webzine acadien Astheure.com le 26 février 2020. Il découle d’une présentation donnée à l’Université de Moncton, campus de Moncton, le 19 février 2020.

Je suis d’avis que s’il y avait un mouvement féministe au Canada, on le verrait. Il y aurait des réactions spontanées de ras-le-bol individuel et collectif, devant l’immobilité des grands dossiers féministes, la négligence institutionnelle de l’avancement féministe, et devant les niveaux de pauvreté et d’inégalités entre les sexes mais aussi entre les femmes.

Quand je dis qu’il n’y a plus de mouvement, ce n’est pas un constat d’échec, ni un appel aux armes, ni de la nostalgie. Je ne reproche et ne blâme personne – d’ailleurs, comment des personnes ou des groupes sociaux pourraient-ils être responsables de l’existence ou de la disparition d’un mouvement social? Un tel mouvement ne dépend pas d’une volonté. Il s’agit plutôt d’un phénomène sociétal, conjoncturel. Les mouvements ont des cycles.

S’il fallait blâmer, je parlerais des gouvernements néolibéraux, qui se sont désintéressés des choses sociales pour s’occuper de «l’économie», définie, dans une réduction absurde, comme les entrepreneurs, voire les profits des entrepreneurs.

Quand je dis qu’il n’y a plus de mouvement, je fais un constat – une analyse de terrain – afin de mieux militer dans cette nouvelle conjoncture. Le militantisme est toujours possible, qu’on ait l’avantage d’un mouvement social ou non, mais il faudra travailler différemment, modifier nos stratégies d’attaque, tempérer nos objectifs, et cerner les types de changements qu’on peut toujours espérer obtenir.

Le mouvement féministe a encore toute sa raison d’être. S’il n’est plus là, ou presque plus, ça ne veut pas dire que les femmes ont atteint l’égalité – allez voir les statistiques, rappelez-vous l’envergure des changements souhaités par le mouvement féministe.

Il n’y a peut-être pas de mouvement féministe, mais il y a certainement des femmes féministes partout. Il demeure certainement des organismes féministes.

Au Nouveau-Brunswick francophone, il y a le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB) qui travaille sur des dossiers féministes avec une perspective féministe. Il n’y en n’a pas de même du côté anglophone et autochtone. S’il y avait un mouvement féministe, il y en aurait comme RFNB ici et ailleurs.

Il y a également le Conseil des femmes, agence aviseur du gouvernement provincial. Et il y a un groupe de femmes autochtones, et des groupes travaillant sur des dossiers spécifiques, dont la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick mais la plupart livrent surtout des services, par exemple aux victimes de violence masculine (femmes battues, femmes violées). Il y a aussi des groupes encourageant les femmes à se lancer par exemple en politique ou un autre métier non traditionnel. Et il demeure des groupes de socialisation ou d’entraide, dont des cercles des Dames d’Acadie.

Et il y a des soulèvements autour de questions féministes, et des campagnes menées par des groupes féministes et des revendications qui aboutissent.

Mais un mouvement social? Je n’en vois plus.

Un mouvement social, pour moi, c’est une réaction irrépressible d’un groupe à sa situation, au statu quo. Une coalescence d’un groupe de la société autour de la nécessité d’un changement radical.

Un mouvement ne revendique pas nécessairement une solution spécifique, mais plutôt un changement de statut, voire une transformation sociale.

Dans le cas du mouvement féministe, il s’agissait d’une force qui affrontait directement, et de façon soutenue, les structures économiques, culturelles et politiques soutenant la hiérarchisation des sexes et les rapports de domination.

Parce que c’était une mouvance de la base, il y avait des actions spontanées, variées, de tous bords. Et parce que ce qui était voulu est une transformation structurelle, on misait sur la conscientisation des femmes et du public en même temps qu’on revendiquait des changements spécifiques.

Un bouillonnement, une effervescence comme ça, je ne le vois plus depuis longtemps. Même pas de force incontournable dans les dossiers qui touchent la majorité des femmes – les garderies, le sexisme, la violence, la protection sociale.

De plus en plus, pour le public et les médias, les «questions de femmes» se limitent à l’avortement, le phénomène #MoiAussi, peut-être les services de garde, peut-être les questions LGBT, à l’occasion le nombre de femmes en politique ou en affaires. C’est bien loin de l’envergure des changements nécessaires pour l’égalité, de ce que revendiquait le mouvement.

Pour montrer à quel point la complexité disparaît, de nos jours «femmes et politique» représente tout au plus le nombre de femmes parmi les candidats et les élus. Le public et les médias surveillent ces taux comme si beaucoup en dépendait, alors qu’il est démontré que dans le contexte politique actuel, le taux de représentation féminine a un effet minime sur les femmes et sur la politique. Pourtant, le mouvement féministe prévoyait que le domaine politique avait un rôle important à jouer dans les changements voulus par le mouvement, dans la responsabilisation des institutions envers les femmes, y compris les gouvernements, les partis politiques et les systèmes électoraux. De ça, on ne parle plus. La lutte féministe n’a jamais été qu’une lutte pour permettre à quelques femmes d’entrer dans l’arène politique. C’est une lutte pour radorcer le monde.

Également, de plus en plus, pour le public, les médias et les féministes, les journées, semaines et mois spéciaux consacrés aux questions féministes, choisis par le mouvement pour leur charge radicale – la Journée internationale des femmes, les journées/semaines/mois de la prévention de la violence, le mois de l’Histoire des femmes, la Journée Affaire Personne – sont devenus rituels, stériles, avec presque pas de «charge transformatrice». Ils sont devenus des messes et non pas des événements saisissants, controversants.

Depuis plus d’une quinzaine d’années, le gouvernement fédéral émet un communiqué avant le 8 mars du genre «Voici le thème retenu pour la Journée internationale de la femme». Incroyable mais vrai. Même Stephen Harper a osé, tout en démantelant Condition féminine Canada. Et il y a des groupes de femmes qui attendent de connaître le thème béni par le gouvernement avant d’organiser leur activité. Y a-t-il plus infantilisant et transparent qu’un gouvernement qui prétend décider du thème d’une journée de revendication pour l’égalité? C’est quoi ce délire? Être féministe, c’est ne pas se faire dire quoi penser ou célébrer ou revendiquer. C’est dire le changement qu’il nous faut.

Avec les gouvernements qui proposent le thème, sans peur de ridicule, sans peur de réaction d’un mouvement, c’est pas demain que le thème sera «À bas le patriarcat» ou «Fuck le système».

De la même façon, de plus en plus, le public, les médias célèbrent avec obsession la première ou la seule femme à obtenir, à siéger, à diriger, à être élue au sein d’un organisme, d’un gouvernement, d’un parti, d’une firme. Qui se soucie si elle ne fait qu’accéder à une structure oppressive? Qui s’inquiète de la situation des femmes dans l’organisme, le gouvernement, le parti ou la firme? Quelqu’une a exprimé ça de façon amusante récemment : «On s’intéresse à celles qui brisent le plafond de verre, jamais à celles qui doivent ramasser les débris de verre». Avec un même zèle, on célèbre et investit dans les femmes entrepreneures comme on ne fait pas dans l’autre 91 pourcent des catégories d’emploi des femmes. Qui demande pourquoi?

Nous devons absolument célébrer lorsqu’une femme réussit, mais le mouvement féministe se voulait pas une agence de placement, un emploi pour chaque femme. Où sont les efforts collectifs pour modifier les modèles économiques, de travail, de famille?

S’il y avait un mouvement féministe, il saisirait le moment créé par le phénomène médiatique #MoiAussi. Il prendrait le relais et ferait que personne – médias, célébrités, gros parleurs – ne prétende que #MoiAussi «a tout changé». Puisque rien n’a encore changé dans le dossier du harcèlement sexuel : ni les lois, ni les statistiques, ni les commissions moribondes qui gèrent les plaintes, ni l’information publique.

L’absence de mouvement féministe est visible également dans le fait que ce qui est dit féministe peut être du n’importe quoi. Tout mouvement de revendication rencontre une résistance qui cherche à le dénaturer, à le rendre inoffensif. C’est normal. Mais où est la riposte féministe à ce galvaudage?

Depuis quelque temps, des personnes, des institutions se disent féministe tout en n’appuyant pas des positions progressistes. S’il y avait un mouvement, ces manigances seraient démasquées. Certaines qui représentent une position anti-choix, ou rétrograde, ou xénophobe, ou anti-progrès social, tout en se disant féministe, diront que c’est là leur choix comme femme, «et qu’après tout, le féminisme a existé pour donner aux femmes tous les choix».

Ben, euh, non. Le féminisme dit que «le personnel est politique». Les choix sont politiques itou. Le féminisme appelait aux changements des structures économiques et politiques pour tenir compte de la réalité de la vie de chacune, et mettre fin aux rapports de pouvoir qui oppriment les femmes comme groupe.

Ça n’a jamais été une lutte pour ton plaisir du choix.

Bien sûr, les femmes devraient avoir tous les choix qu’ont les hommes. Mais si tu choisis de participer à une structure oppressive, ce n’est pas un geste féministe. Les choix sont politiques. Si tout est un choix, qu’est-ce qu’on fait avec la persistance des inégalités entre femmes et hommes, et des contraintes dans les «choix» des femmes, surtout celles qui ne sont pas blanches, ou bourgeoises, ou éduquées?

Personne n’a à se déclarer «féministe». Le but du mouvement féministe n’était pas de vendre des cartes de membre. On ne se dit pas féministe. On agit féministe.

Réduire le mouvement à une question de liberté de choix, c’est réduire les revendications féministes à une question individuelle et non à une question sociétale. Le féminisme est une lutte collective.

En parlant de faire du n’importe quoi, un récent gouvernement du Nouveau-Brunswick s’est mis à se vanter d’être féministe! Il annonçait qu’avant de prendre toute décision, il faisait une analyse inclusive selon le genre!  Chaque option à l’étude serait analysée pour son impact potentiel sur l’égalité entre les genres! Sauf que. L’analyse ne serait pas réalisée par une entité indépendante, les documents ne seraient pas rendus publics. Aucune façon de savoir quel avis a été retenu ou rejeté par le gouvernement. Par exemple, si l’analyse concluait que l’option étudiée nuirait à l’égalité, comment savoir si le gouvernement a choisi ou rejeté cette option? Après son adoption supposée de l’analyse inclusive selon le genre, personne n’a pu déceler que les actions du gouvernement étaient devenues plus féministes.  Le gouvernement a radoté sa rengaine deux ans durant sans problème. Du gros n’importe quoi.

Le premier dossier qui m’a fait penser, «Oh oh, le mouvement défaille, on perd l’objectif de vue», était celui de la violence masculine. Dans les années 1970 et 1980, lorsqu’on parlait de femmes battues, c’était un geste politique. Ça dérangeait! Certains ne croyaient pas que ça existait, d’autres pensaient qu’on «brisait les familles», tous semblaient être rendu inconfortables par la discussion publique de ce crime privé, et les hommes se sentaient visés.

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Why don't we talk about the killers?

This text was first published in French on the Acadian webzine Astheure.com on December 10, 2019. I then translated my text.

It should not be normal that the question I’m most often, – almost exclusively – asked, even by media, about the fact that New Brunswick has the highest rate of spousal homicide-suicides in Canada and a perpetually high rate of spousal homicides, is « How do we help the victims? »

Seconds go by while I censor myself and try to find a polite answer. I reject my first answers: « You know they’re dead, right? » « Oh, you mean his next victim? » « Usually people just wear a ribbon or light a candle.” « Forty years, we’ve been helping victims and there are still just as many, and we’re still asking how do we help victims? « 

It’s as if victims were the problem. It’s as if violence falls from the sky. It’s as if it is written somewhere that victims will always be with us, and the only thing we can do is help them.

The way to help women is by preventing them becoming victims.

We do that by talking about the problem.

The problem is the violence of men.

The questions to ask could be:

The numbers don’t change. Why is that?

Why do men assault and kill their partners so often?

What help do men need?

Instead of only helping victims, what could we be doing to help prevent this violence?

It’s December 6th, and I have to produce a text on women victims. Do you have anything to say?

Ask me why New Brunswick has such high rates of male violence, I’ll answer, how should I know? I’m only an angry citizen. Our governments and institutions, who have a mandate to protect the public and create equality between women and men, should have studied this, should be telling us about it, but they aren’t.

But, please, ask me why we still have high rates of male violence today, like decades past: I will answer it’s because we don’t take offense. We tolerate violence against women very well. We can hear about one “conjugal” murder per month for several months in a row, we could once again earn the worst rate in Canada for such crimes, and still there is no movement to demand that our governments and institutions adopt a prevention plan. At most, someone raises money or opens another service to help battered women, or organizes a vigil.

We will never keep up with an open faucet.

Of course, we have to help the victim. One aggressor usually makes multiple victims, so yes, please, more services for victims. But our exclusive fixation on victims has become part of the problem. We resist talking about killers and aggressors. It has become so comfortable to talk about victims. It’s like accepting to fill our hospitals with the « victims » of measles or polio, instead of finding a vaccine.

I know that charity is comfortable. It’s certainly not like social justice. Charity is blessed and tax deductible. Everyone loves charity. It’s not controversial and you can talk about it with your colleagues and family without fear. I know that.

But I am still surprised that for decades, we have been content with just doing charity for victims as our response to the violence of the perpetrators. I’m surprised that today we have less access to statistics and reports on the male violence than in the past. I am surprised that police services are no longer telling us when it’s a conjugal murder suicide, or who is the killer. They will only say the file is closed. The problem is swept under the rug, and the possible lessons to be learned are lost.

Maybe, finally, we will have to try prevention?  Try confronting men instead of just comforting women, as some jurisdictions have done. We could save money and lives.

 Meantime, here’s a non-exhaustive list of New Brunswickers who killed their partner, from 1997 to 2019. These men are what we should be talking about. May the list outrage you. https://rosellam.wordpress.com/2019/12/03/wife-killers-in-new-brunswick/

Qui sont les tueurs de femmes ?

Ce texte fut publié par le webzine acadien Astheure.com le 10 décembre 2019.

Il ne devrait pas être normal que la question qui me revient le plus souvent, presque exclusivement, même de la part des médias, au sujet du fait que ma province, le Nouveau-Brunswick, a, présentement comme souvent par le passé, le plus haut taux de meurtres-suicides conjugaux au Canada et un taux perpétuellement élevé d’homicides conjugaux, soit «Comment aider ces victimes?»

Des secondes passent pendant que je me censure, que j’essaie de trouver une réponse polie. Je rejette mes premières réponses : «Vous savez qu’elles sont mortes, hein?» «Ah, vous voulez dire sa prochaine victime?» «D’habitude, ici, les gens portent un ruban et allument une chandelle.» «Ça fait 40 ans qu’on aide les victimes et il y en a autant, donc aidons les victimes?»

C’est comme si la victime était le problème. C’est comme si la violence arrive de nulle part, comme la foudre. C’est comme s’il est écrit quelque part que les victimes seront toujours avec nous et que la seule chose à faire est de les aider.

On aide les femmes en évitant qu’elles soient victimes.

On fait ça en parlant du problème.

Le problème est la violence des hommes.

Des questions à poser :

Les chiffres ne changent pas, pourquoi?

Pourquoi les hommes agressent et tuent leurs partenaires si souvent?

Comment aider les hommes?

On est le 6 décembre et je dois produire un texte sur les femmes victimes. As-tu quelque chose à dire?

Demandez-moi pourquoi le Nouveau-Brunswick a des taux si élevés de violence masculine et je répondrai, comment je saurais moi? Je ne suis qu’une citoyenne indignée. Nos gouvernements et institutions qui ont le mandat de protéger le public et de créer l’égalité entre les sexes devraient, eux, avoir étudié la question afin de nous renseigner et de pouvoir agir, mais ils ne le font pas.

Mais demandez-moi pourquoi nous avons encore aujourd’hui des taux élevés de violence masculine, comme des décennies passées : je dirai parce qu’on ne s’offusque pas. On tolère très bien la violence faite aux femmes. Il peut y avoir un meurtre conjugal par mois plusieurs mois de suite, on peut à nouveau se mériter la palme du pire taux au Canada, et il n’y a pas de mouvement pour exiger que nos gouvernements et institutions développent un plan de prévention. Tout au plus, quelqu’un fait une levée de fonds ou ouvre un autre service pour aider les femmes battues, ou organise un vigile.

On ne fournira jamais à essuyer la place quand le robinet est encore ouvert. Bien sûr, il faut aider la victime. Le même homme en fait d’habitude plusieurs, donc vivement les services aux victimes. Mais cette insistance exclusive sur les victimes est devenue une partie du problème. On résiste de parler des tueurs et des agresseurs. C’est devenu si confortable de parler des victimes. Mais c’est comme accepter de remplir nos hôpitaux avec les «victimes» de la rougeole ou de la polio, au lieu de trouver un vaccin.

Je sais que la charité est confortable. C’est le contraire pour la justice sociale et la résolution de problèmes. La charité, elle, est bénite et déductible d’impôt. Donc tout le monde aime la charité parce que c’est point controversé et que tu peux en parler au bureau et en famille. Je sais ça.

Mais je suis quand même surprise qu’on est poigné depuis des décennies à ne faire que la charité aux victimes comme réponse à la violence des hommes. Je suis surprise que nous avons, de nos jours, moins accès à des statistiques et à des rapports sur le sujet que par le passé. Je suis surprise que la police, depuis quelques années, ne nous dit pas s’il s’agit d’un meurtre-suicide conjugal, ou même qui est le tueur. Ils se limitent à dire le dossier est clos. Dégagez. Belle façon de cacher le problème, de jouer le jeu du tueur.

Il faudra peut-être finalement, enfin, essayer la prévention? Celle qui confronte les hommes au lieu de simplement consoler les femmes. D’autres juridictions l’ont fait. Elles sauvent de l’argent, et sauvent des femmes.

Entretemps, j’ai publié la liste non exhaustive des Néo-Brunswickois qui ont tué leur partenaire de 1997 à 2019, sur mon blogue. Parce que tous ces hommes méritent notre attention. Et, parce que la liste devrait indigner et enrager. C’est ce que je vous souhaite.

Wife killers in New Brunswick

I will not be adding to the data from before 1997 because I cannot reverify it – I no longer have access to official data nor media articles for those dates. I will add new deaths, if authorities inform us.

New Brunswick has a high rate of spousal homicide (and often an unparalleled spousal homicide-suicide rate). I have listed those killers in New Brunswick since 1997. The list is not exhaustive because I do not have access to official data and I depend on reports in the media. The authorities do not always give the names of the killers who commit suicide afterwards, which « explains » the few listed as “Anonymous”.

Even though there are no private crimes…

Mark Carty, 57, is charged in 2021 with the murder of Tammy Boratynec, 43 in Saint John in 2016. Trial in 2022.

Calvin Andrew Lewis is charged with killing his partner, Tina Tingley-McAleer, 43, at their home in Hillsborough on May 2, 2020. Court records show Lewis had previously been charged with assaulting her. Trial in 2022.

Daniel Jean, 54, is accused of killing Monique Gallien, 49.

Jonathan Fontaine, 31, is charged with having stabbed to death his ex-spouse, in front of their two children.

Claude Francis Blanchard, 44, killed his partner.

Amon Kelleter, 18, killed his brother’s girlfriend.

Sheldon Cleghorn, 62, killed his wife, then himself, with a gun.

Anonymous C.P., 42, killed his former girlfriend, then himself, with a gun.

Kevin McGaghey, 90, killed his wife, then himself.

Irving Hastey, 55, killed his ex-wife.

Gilles Moreau, 56, stabbed his partner to death.

Réjean Gautreau, 39, strangled his fiancée.

Anonymous, 26, killed his girlfriend, then himself.

Robert Kaine, 52, killed his partner, then himself.

Jesse Edwards Reynolds, 20, strangled his girlfriend.

Gerald Kerr, 51, killed his spouse with a gun while she was sleeping, then killed himself.

Anonymous, 54, killed his estranged wife, then killed himself.

Anonymous, 68, killed his wife, then killed himself.

Joseph Paul Irving, 53, strangled his wife.

Adam Lee Steven Perst, 39, stabbed his wife to death, confessed it to police and their child, then 1-2 days later killed himself in his cell.

Raoul Leclair, 64, killed his wife with a gun, then himself.

Pierrot Haché, 62, killed his wife, then himself.

Bradley Young, 47, killed his partner with a gun, then himself.

Jason (Jay) Scott, 27, killed his girlfriend, then himself.

Kevin Sharpe, 45, killed his wife who had left him the week before, then himself.

Julien Guitard, 59, killed his wife, then himself.

Roger Moreau, 63, killed his wife with a gun, then himself.

Frederick Bernard Anthony Prosser, 31, killed his former girlfriend.

Gerald Tozer, 73, killed his wife, then himself.

Stephen Patrick Maguire, 44, premeditatedly killed his wife.

Jason Getson, 30, handcuffed and stabbed his wife to death when she wanted to end their marriage.

Vernon Michaud, 70, killed his wife with a gun, then himself.

Crystal Dawn MacKenzie, 27, killed her husband and was acquitted twice, 2010 and 2013, because Patrick Andrew Thomas was strangling her when she stabbed him.

Catherine Lynn Way, 26, killed her spouse Normand Richard by defending himself, and was acquitted.

Nicholas Wade Baker, 27, killed his father-in-law after his separation and after threatening his wife’s family. He then killed himself.

Dale Somerville, 38, killed his spouse with a gun, then himself.

Jimmy McCurdy, 50, killed his spouse with a gun, then himself.

Guilman Gauvin, 48, killed his wife with a metal bar.

Nicholas Vaillancourt, 20, the only suspect in the death of his friend, was found dead in the river near where his car had been abandoned on the day of the murder.

Paul Blackman, 34, killed his estranged wife, with a gun, then himself.

Robert Thibodeau, 53, killed his wife with a gun, then himself.

Yvon Cayouette, 47, killed the new partner of his ex-wife, then himself. She ran away with the children to a neighbor’s house.

Kenneth Leadlay, 82, killed his wife and then tried to kill himself but survived.

David Donald Tanasichuck, 35, killed his wife with a gun.

Douglas Bruce Foster, 53, killed his wife with a gun.

Dany Pelletier, 38, killed his five-year-old daughter and himself during a visit with his child, while the mother waited for the return of the separated couple’s child.

Abdul Bari, 52, beat his ex-wife to death.

Georges Chiasson, 49, killed his ex girlfriend who had recently broken with him, in front of his child, then himself.

Hubert Gallant, 42, beat his two children to death, then himself, a few weeks after his separation from his wife.

Dwayne Hoyt Pearson, 35, killed her ex-fiancée after she canceled the engagement.

Mark McMonagle, 36, killed his ex-wife’s new friend, then beat the ex-wife.

Robert Robichaud, 35, killed his ex-wife, their son, then himself.

Kevin Leavitt, 42, stabbed his partner to death, then raped a 13-year-old who was present at the murder. He was sentenced to 10 years.

Alvin Walter Stewart, 29, stabbed his wife to death.

Kyle Lee Thomas, 26, killed his partner with a lead bar.

Théogène Lanteigne, 42, killed his wife.

Norbert Savoie, 46, stabbed his wife to death.

Emerie LeBlanc, 42, killed his former landlord, a woman he had been harassing for years.

Les tueurs conjugaux au Nouveau-Brunswick

Je ne publierai mes données d’avant 1997 puisque je ne peux pas les revérifier, n’ayant plus accès aux sources officielles de données ni aux articles des médias. J’ajouterai les nouveaux meurtres, si les autorités informent le public…

Le Nouveau-Brunswick a un taux très élevé d’homicides conjugaux (et souvent un taux d’homicide-suicide conjugal sans pareil). J’ai fait la liste de ces tueurs Néo-Brunswickois depuis 1997. La liste n’est pas exhaustive car je n’ai pas accès aux données officielles et je dépends des rapports dans les médias. Les autorités ne donnent pas toujours les noms des tueurs qui se suicident après, ce qui « explique » les quelques tueurs dit Anonyme.

Il n’y a pourtant pas de crimes privés…

 

Mark Carty, 57, est accusé en 2021 d’avoir tué Tammy Boratynec, 43 à Saint-Jean en juillet 2016. Procès en 2022.

Calvin Andrew Lewis est accusé d’avoir tué sa conjointe, Tina Tingley-McAleer, 43, à leur foyer à Hillsborough le 2 mai 2020. Il a comparu devant les tribunaux pour l’agression de cette femme par le passé. Le procès sera en 2022.

Daniel Jean, 54 ans, est accusé du meurtre de Monique Gallien, 49 ans.

Jonathan Beck-Fontaine, 31 ans, est accusé d’avoir poignardé à mort son ex-conjointe, devant leurs 2 enfants.

Claude Francis Blanchard, 44, a tué sa partenaire.

Amon Kelleter, 18, a tué la petite amie de son frère.

Sheldon Cleghorn, 62, a tué son épouse, puis lui-même, avec une arme à feu.

Anonyme (Christian Poirier), 42, a tué son ancienne amie, puis lui-même, avec une arme à feu.

Kevin McGaghey, 90, a tué son épouse, puis lui-même.

Irving Hastey, 55, a tué son ex-épouse.

Gilles Moreau, 56, a poignardé son épouse à mort.

Rejean Gautreau, 39, a étranglé sa fiancée.

Anonyme, 26, a tué son amie, puis lui-même.

Robert Kaine, 52, a tué sa conjointe, puis lui-même.

Jesse Edwards Reynolds, 20, a étranglé son amie.

Gerald Kerr, 51, a tué sa conjointe avec une arme à feu alors qu’elle dormait, puis s’est tué.

Anonyme, 54, a tué son épouse en instance de séparation, puis s’est tué.

Anonyme, 68, a tué son épouse, puis s’est tué.

Joseph Paul Irving, 53, a étranglé son épouse.

Adam Lee Steven Prest, 39, a poignardé son épouse à mort, l’a confessé devant la police et son enfant, puis 1-2 jours plus tard s’est tué dans sa cellule.

Raoul Leclair, 64, a tué son épouse avec une arme à feu, puis lui-même.

Pierrot Haché, 62, a tué son épouse, puis lui-même.

Bradley Young, 47, a tué sa partenaire avec une arme à feu, puis lui-même.

Jason (Jay) Scott, 27, a tué sa petite amie, puis lui-même.

Kevin Sharpe, 45, a tué son épouse qui l’avait laissé la semaine d’avant, puis lui-même.

Julien Guitard, 59, a tué son épouse, puis lui-même.

Roger Moreau, 63, a tué son épouse avec une arme à feu, puis lui-même.

Frederick Bernard Anthony Prosser, 31, a tué son ancienne amie de cœur.

Gerald Tozer, 73, a tué son épouse, puis lui-même.

Stephen Patrick Maguire, 44, a tué avec préméditation sa conjointe.

Jason Getson, 30, a menotté et poignardé son épouse quand elle a voulu mettre fin à leur mariage.

Vernon Michaud, 70, a tué son épouse avec une arme à feu, puis lui-même.

Crystal Dawn MacKenzie*, 27, a tué son conjoint et a été acquitté à deux reprises, 2010 et 2013, en raison du fait que Patrick Andrew Thomas l’étranglait quand elle l’a poignardé.

Catherine Lynn Way, 26, a tué son conjoint Normand Richard en se défendant, et a été acquitté.

Nicholas Wade Baker, 27, a tué son beau-père suite à une séparation et après avoir menacé la famille de son épouse. Il s’est ensuite tué.

Dale Somerville, 38, a tué sa conjointe avec une arme à feu, puis lui-même.

Jimmy McCurdy, 50, a tué sa conjointe avec une arme à feu, puis lui-même.

Guilman Gauvin, 48, a tué sa conjointe à coups de barre de métal.

Nicholas Vaillancourt, 20, le seul suspect dans la mort de son amie, a été retrouvé mort dans la rivière près d’où son auto avait été abandonné le jour du meurtre.

Paul Blackman, 34, a tué son épouse dont il était séparé, avec une arme à feu, puis lui-même.

Robert Thibodeau, 53, a tué son épouse avec une arme à feu, puis lui-même.

Yvon Cayouette, 47, a tué le nouvel ami de son ex-conjointe, puis lui-même. Elle s’est sauvée avec les enfants chez le voisin.

Kenneth Leadlay, 82, a tué son épouse puis a tenté de se tuer mais a survécu.

David Donald Tanasichuck, 35, a tué son épouse avec une arme à feu.

Douglas Bruce Foster, 53, a tué son épouse avec une arme à feu.

Dany Pelletier, 38, a tué sa fille de cinq ans puis lui-même lors d’une visite avec son enfant, alors que la mère attendait le retour de l’enfant du couple séparé.

Abdul Bari, 52, a battu à mort son ex-épouse.

Georges Chiasson, 49, a tué son ex petite amie qui avait récemment cassé avec lui, devant son enfant à elle, puis lui-même.

Hubert Gallant, 42, a battu à mort ses deux enfants, puis lui-même, quelques semaines après sa séparation de son épouse.

Dwayne Hoyt Pearson, 35, a tué son ex-fiancée après qu’elle a annulé les fiançailles.

Mark McMonagle, 36, a tué le nouvel ami de son ex-épouse, puis a battu l’ex-épouse.

Robert Robichaud, 35, a tué son ex-épouse, leur fils, puis lui-même.

Kevin Leavitt, 42, a poignardé sa partenaire à mort, puis a violé une enfant de 13 ans qui était présente au meurtre. Il a été condamné à 10 ans.

Alvin Walter Stewart, 29, a poignardé sa conjointe à mort.

Kyle Lee Thomas, 26, a tué sa partenaire à coups de barre de plomb.

Théogène Lanteigne, 42, a tué sa conjointe.

Norbert Savoie, 46, a poignardé son épouse à mort.

Emeri LeBlanc, 42, a tué son ancienne propriétaire, qu’il avait harcelé depuis des années