Brian, we hardly know ye!

I actually hope Brian Gallant decides to stay and do a do-over on his job as a leader. I can’t believe I now think that, but I do, based on the last week. Call me a softie but I think the politically scrawny 32-year old that we elected has finally filled out. He may no longer be the figurehead for the backroom boys or the Machiavellian MLAs of his previous government, several of whom are no longer there.

I think Gallant now knows a few more things and is his own person. (If that is true, I give most of the credit to his wife. I’m partly joking. I don’t know anything about her except for their deportment together.)

Okay, okay, I think that even the old Brian Gallant might well have been better than what we are now about to have.

But up to this point, I had been of the opinion that the Gallant government hardly did anything right during the previous four years (except, interestingly, on a few feminist issues – abortion, pay equity, Women’s Council). I thought the Gallant Liberals deserved to be out of there. I don’t think we now deserve a Higgs and Austin populist show, but until this past week, I was not going to miss Brian Gallant.

His speech on Friday morning did not hit a wrong note and was a balm on the Legislature, on politics. And the interviews he gave after were just as real. He cannot now waver from the sentiments he expressed or else many of us will be even more cynical than we are, – which we thought was already past the point of no return. But I think the man has found his cruising speed.

Maybe the past four years is the price we pay for electing them so young.

I may add to this but in the meantime I commend and recommend this speech: (Gallant speaks from 12min45 to about 40min.)

https://www1.gnb.ca/legis/webcasts/archive/view-f.asp?event=51&lang=o

 

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La parité oui mais

Lors de chaque élection, le pourcentage de femmes parmi les candidats et les élus intéresse les médias et le public. C’est une bonne chose, mais…

Il m’arrive de fêter quand il y a peu de femmes candidates ou élues.

Dans le cadre des élections au Nouveau-Brunswick le mois dernier, seulement 30% des candidats du parti anti-francophone et anti-bilinguisme, People’s Alliance, étaient des femmes. Au moins y’a ça, me suis-je dit.

Il m’arrive d’être déçue lorsque des femmes sont élues.

Lorsque les Marine Le Pen ou les Margaret Thatcher de ce monde sont élues, je me dis, parce que vaut mieux être polie des fois, c’est une bonne journée pour ces femmes et je défends leur droit de se présenter.

Il m’arrive de ne pas être attristée par un recul dans le taux de représentation femme-homme.

Lorsque vient une vague d’élections de gouvernements de droite, d’extrême-droite ou même fasciste, souvent le taux de représentation de femmes élues chute. Disons que la parité n’est pas ma préoccupation principale à ces moments-là.

Il y a élire davantage de femmes et il y a politique féministe. On peut dire que c’est une distinction qui ne devrait pas exister, mais elle est réelle parce que le patriarcat, la socialisation au patriarcat et la misogynie sont réelles, ainsi que les partis politiques, leur boys club et leurs méthodes oppressantes.

Si je dois choisir entre voter pour une femme ou voter pour un programme féministe, je penche pour le programme féministe sans aucun pincement au cœur, avec un «V’là !» joyeux même.

La lutte féministe n’a jamais été qu’une lutte pour entrer dans l’arène politique. C’est une lutte pour radorcer le monde.

Les dernières élections au Canada ont continué l’élan vers un plus grand nombre de femmes dans les assemblées provinciales et fédéral. Mais 100 ans après l’obtention du droit de vote des femmes, ce n’est point la parité.

Seulement 27% des députés de la Chambre des communes canadienne sont des femmes, un taux record.

Depuis peu, le Québec détient la palme au Canada avec 42% de femmes, suivi de l’Ontario et la Colombie-Britannique avec 39%. Dans deux autres provinces, les femmes composent plus du tiers de leur Assemblée.

Suite aux récentes élections, le Nouveau-Brunswick n’a pas bougé de son avant-dernière place, devant l’Île-du-Prince-Édouard (qui dépassera probablement le Nouveau-Brunswick lors des élections provinciales en 2019 puisqu’il est prévu que le Parti vert y fera de grands gains, ce qui veut dire de nombreuses candidates).

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Up with Anglophone Rights

The People’s Alliance party has a fixation on bilingualism and it begs an explanation. Actually, it reminds me of the story about a poor farmer who learns that his better-off neighbour has purchased a cow. The poor farmer cries out in anger to his deity, or finds a genie bottle, depending on the versions. He is asked what he would like and he replies, “I would like you to kill my neighbour’s cow.”

New Brunswick must not become a province where others’ gains are seen as our loss. Where we hold everyone back for fear of change. Where we let politics separate us.

New Brunswickers getting service in their official language, is what we want. An award-winning public service delivering that, is what we want.

Would that there were in New Brunswick an anglophone group to promote the interests of anglophones who support bilingualism. That would express outrage at anglophones’ inadequate access to language education, and indignation at the 50-year neglect of such issues. That would denounce the bigotry and cowardice that has fuelled this neglect at their expense. At the province’s expense.

A group that would make appropriate fun of the notion that bilingual school buses are a solution to New Brunswick’s deficit problem. Or that Kris Austin could change the constitution!

A group that would call out the scapegoating of bilingualism whenever they see it. That would call on the need to concentrate on the real causes of New Brunswick problems, instead of rehashing some local prejudices while New Brunswick burns.

A group that would say New Brunswick bilingualism is an asset not a liability.

Instead, in the absence of such a group, we have the People’s Alliance. Taking up all the space with their anti-francophone and anti-bilingualism positions. (I’ve read their – unilingual – platform. There is no misunderstanding.) And no one is pushing back, neither political parties nor anglophone civil society groups.

There was a time when political parties would and did denounce attacks on bilingualism and unfounded statements blaming Acadians for everything. It was particularly noticeable during the short life of the previous incarnation of People’s Alliance – the Confederation of Regions party.

But these days, Acadians and francophones seem to be the only ones openly opposing that message. Which then makes it seem that it’s about language, when it is really about openness and fairness.

I do not have an opinion about anglophone access to language education and French immersion. That’s not my business.

But People’s Alliance would reduce services to francophones and call it “common sense”?

Does common sense no longer mean a shared wisdom? Is common sense now shorthand for, wink wink, we made our mind up so let’s forget about facts and process and do what we want?

To date, the People’s Alliance has managed to outshout most other Anglophones in New Brunswick. On the “problems” of official bilingualism, they say they have the answers – ending duality and the language commissioner, and providing services in your language only if you stay with your kind – which they dress up as “language fairness” and “common sense”. Will they fix racial inequality next?

Are Anglophones being intimidated by the People’s Alliance? Where do reasonable Anglophones stand?

Une Assemblée boussi-boula

Voilà ma 6ième et dernière chronique pour l’Acadie Nouvelle. Je remercie @AcadieNouvelle d’avoir invité des chroniqueurs spéciaux dans le cadre de l’élection 2018.

Les partis politiques au Nouveau-Brunswick nous radotent depuis toujours qu’ils vont faire la politique différemment et il se peut qu’enfin nous les avons forcés d’essayer.

Les Libéraux vont tenter de former un gouvernement en s’alliant comme ils peuvent, et peut-être qu’avant qu’on ait à voter à nouveau qui sera assez sûrement prochainement, les Conservateurs auront aussi l’occasion de tenter de mener la barque. Les coalitions de parti et les alliances dossier par dossier nécessiteront des négociations. Ce qui fait que lorsque le gouvernement tombera et qu’on devra voter à nouveau, on en saura un peu plus sur les valeurs et les qualités de nos politiciens. Qui a la trempe d’un homme d’état conciliateur? Comment vite a-t-on tenté de vendre les droits linguistiques? Et on saura de quel côté notre circonscription penche et on ajustera notre vote en conséquence, hein?

Et on se fera accompagner au bureau de scrutin par une personne qui n’a pas voté cette fois-ci, d’accord? Parce qu’on peut faire mieux qu’un taux de participation de 67 pour cent, étant donné ce qui est en jeu, comme francophones et comme Néo-brunswickois.

Une mauvaise nouvelle est que l’Assemblée nouvellement élu sera composé d’hommes à 78 pour cent. Qui mérite plus de trois-quarts du pouvoir de décision quand ils sont moins de la moitié? D’accord, 11 députées est le plus jamais vu au Nouveau-Brunswick, et, oui, on est passé de tragique à simplement pathétique. Mais avec tout l’effort mis avant l’élection, avec le centenaire du vote provincial des femmes l’an prochain, avec tout le tralala des partis en appui des femmes, et avec l’adoption d’une nouvelle formule de financement des partis qui les récompense plus généreusement pour les votes reçus par leurs candidates que ceux reçus par leurs candidats, on s’attendait à mieux. Mais sachons que les partis principaux n’ont pas saisi les occasions. Des sept députés Libéraux sortants qui ne se représentaient pas à cette élection, le parti Libéral n’a choisi qu’une femme. Chez les Conservateurs qui avaient trois députés sortants qui ne se représentaient pas, une femme a été choisi. C’est du pas sérieux.

Faut se décider, faut se décider

Ce texte était ma cinquième chronique pour l’Acadie Nouvelle, qu’ils ont publié le 18 septembre 2018, dans le contexte de l’élection provinciale le 24 septembre.

 

Peu de nous votons pour un parti en raison d’une promesse dans un seul dossier. La plupart du temps, nous recherchons un candidat et un chef « endurables » et un parti crédible qui a des positions tolérables sur plusieurs dossiers.

Le domaine social n’a pas pris beaucoup de place dans cette élection-ci, mais il y a quelques promesses qui pourraient peser dans nos décisions.

Les Libéraux promettent une loi sur l’équité salariale couvrant les grandes entreprises et les municipalités, les universités et les foyers de soins. On a déjà entendu des promesses à ce sujet sans grand résultat, mais nos ponts et programmes ont aussi été promis plusieurs fois avant d’être réalisés. Le plus grand risque dans le dossier de l’équité salariale est que ce soit fait n’importe comment. Certains exercices d’évaluation de l’équité salariale faits par des récents gouvernements ont été controversés, n’ont pas offert de processus de résolution de disputes et ont démontré que les experts et les organismes comme la Coalition pour l’équité salariale et les syndicats doivent être à la table. Le programme du Parti vert promet également une loi à ce sujet mais les Progressiste-conservateurs n’en font pas mention.

La promesse par plusieurs partis d’augmenter le taux du salaire minimum est à noter. La promesse par ces mêmes partis d’augmenter les salaires des employées des foyers de soin est davantage une réponse à une crise de recrutement que justice sociale.

Une promesse intéressante qui n’aura probablement pas grand impact est celle du Parti Vert : il commanderait une enquête publique sur la suffisance des revenus de retraite des citoyens. On se rappellera que la motivation initiale de David Alward pour les changements faits aux régimes de pension des employés gouvernementaux était d’aussi d’améliorer les régimes du secteur privé. Ce volet a vite été oublié alors qu’on a ambitionné sur les régimes des fonctionnaires. Pourtant ce sont des cas grotesques de perte de pension dans le secteur privé qui avait lancé son initiative – rappelons-nous les tragédies qu’ont vécues les employés de Fraser et Nackawic

Parlons de l’éléphant

Ce texte est la quatrième chronique que j’ai publiée dans l’Acadie Nouvelle (11 septembre 2018) en prévision de l’élection provinciale le 24 septembre.

Il y a des mauvaises passes dans toute campagne électorale. Des matins où on se dit si un autre candidat dit une autre stupidité en évitant les questions importantes, on va jurer.

L’Acadie aurait besoin de défenseurs, on promet des permis de chasse au dindon. Quand on meurt de soif, il y a toujours quelqu’un pour t’offrir un chandail. En parlant de soif, il paraît que l’eau de la baie de Shédiac est bonne à boire – voyez le ministre de la Santé en boire.

On lit bien d’autres âneries dans cette campagne. Il y aura à peu près un foyer de soin pour chaque aîné. Blaine Higgs est le sauveur attendu des francophones. Kris Austin n’est pas anti-francophone, seules ses politiques le sont. Un tour de passe-passe avec la taxe de carbone fera disparaître les changements climatiques et le gouvernement fédéral, et, tant qu’à se moquer des changements climatiques, nos tarifs d’électricité faibles seront bientôt encore plus faibles. Les partis n’ont pas eu le temps de lire les rapports sur les langues officielles de la dernière année, autrement ils se feraient un plaisir de les commenter. Les fleurons acadiens de Blaine Higgs adorent son idée d’avoir des ambulanciers et des fonctionnaires unilingues qui apprendront le français à l’exemple de Higgs. Les organismes acadiens devront payer pour l’interprétation simultanée de Higgs lors du débat en français.

À part ça, tout va très bien, Madame la Marquise.

L’éléphant ? Les questions de langue et de l’Acadie, qui sont si pertinentes dans cette campagne, et la peur bleue des partis principaux face à ces questions est si paralysante, que nous en sommes à une impasse des plus malsaines. Ça rappelle le dossier de l’avortement où dans l’absence de courage, la consigne était le silence. Et comme pour l’avortement, la population est plus raisonnable et tolérante que pensent les politiciens et il suffirait de quelques gestes pour changer la réalité.

La seule chose inspirante lue cette semaine, et à ma surprise, est le programme du Parti Vert. C’est un document qui se tient.

Allez voir : (https://d3n8a8pro7vhmx.cloudfront.net/nbgreens/pages/3552/attachments/original/1535375918/french_platform.pdf?1535375918)

C’est d’l’ouvrage, voter !

Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 4 septembre 2018, la troisième de six chroniques qui m’ont été demandées par le quotidien avant l’élection au Nouveau-Brunswick le 24 septembre.

 

Il est possible de se faire mal en votant. D’accord, il est plus probable de se faire mal en ne votant pas, mais parlons de ceux qui manient leur scrutin avec trop peu de soin.

Pour regretter son vote, il suffit d’un peu d’inattention, d’un geste automatique, ou de s’éprendre d’un candidat et ne pas penser au parti qu’il représente et combien peu de pouvoir a un député.

Il suffit de vouloir punir le parti au pouvoir pour une action sans avoir égard à qui sera donc élu, et on peut finir en se punissant soi-même.

Ou il suffit d’oublier que le système électoral que nous avons est brutal – il se fout du vote individuel et ne récompense que le plus fort, qui emporte tout. Tu décides d’écouter ton cœur et voter pour un tiers parti même s’il y a une lutte serrée entre deux partis, entre le bien et le mal disons ? Tu pourrais regretter de t’être permis ce plaisir. Mais si le tiers parti de ton cœur a une chance dans ta circonscription pour une fois, c’est le moment de foncer.

C’est de l’ouvrage, voter habilement. Il faut du jugement et il faut s’informer. Heureusement il y a des sites et des journalistes pour ça. Il y a aussi des sites biaisés et mal informés.

Les élections ne sont pas un sondage. Voter c’est une action, avec des conséquences. C’est embaucher quelqu’un pour soigner nos intérêts.

Je ne pense pas à un parti ou un conflit de cette élection en particulier en faisant ce rappel. J’ai assez d’exemples d’ailleurs. Lors de l’élection états-unienne serrée de 2000, ceux qui ont voté pour Ralph Nader au lieu du candidat démocrate ont permis à George W Bush de faire sa guerre.

Ces électeurs moins nantis qui ont voté pour Trump parce qu’ils aiment qu’il dérange les bien-pensants.

Ces électeurs partout qui votent pour la réduction des impôts alors qu’ils sont les premiers à bénéficier de la solidarité et du bien commun rendus possible par les impôts.

Bravo, bof, et sifflets

Ce texte fut publié par l’Acadie Nouvelle le 28 août 2018, la deuxième de six chroniques qui m’ont été demandées par ce quotidien dans les semaines précédant l’élection au Nouveau-Brunswick.

Il est rare qu’un dossier social soit un enjeu d’une élection. Pour une question féministe, c’est presque de l’ordre du jamais vu.

Ce fut vu au Nouveau-Brunswick lors de la campagne électorale de 2014. Pour tout dire, un autre miracle attesté avait déjà eu lieu ici en 1987, quand les chefs de parti ont tenu un débat uniquement sur l’équité salariale et l’égalité des femmes.

En 2014, c’est l’avortement qui a retenu quelque peu l’attention suite à la fermeture de la clinique Morgentaler deux mois avant l’élection. Sa fermeture voulait dire que personne en quête d’un avortement ne pouvait plus éviter le parcours d’obstacles politiques. Brian Gallant, quelques semaines après son élection et sans l’avoir promis en campagne, a aboli ces restrictions médiévales. Récemment, la province est devenue la première à offrir l’accès universel à la pilule abortive. C’est un bout de chemin.

Une autre préoccupation vive en 2014 était le statut précaire de l’agence avisant le gouvernement sur les questions féminines. Après l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme par les Conservateurs, la réaction fut telle que ces mêmes Conservateurs, peu avant l’élection de 2014, ont recréé une semblance d’agence sans indépendance. Brian Gallant a fait adopter une loi protégeant le nouveau Conseil des femmes et a doublé son budget. Du beau boulot.

On note également l’adoption d’une loi incitant financièrement les partis politiques à recruter davantage de candidates, une mesure recommandée depuis plus de 10 ans.

On n’est pas si impressionné par ce qui s’est fait depuis la dernière élection pour réduire la pauvreté – l’indexation du taux de salaire minimum au coût de la vie, c’est beau mais quand le taux est crève-faim, un pourcentage de rien donne rien.

Contre la violence faite aux femmes, les seules nouveautés sont de l’aide aux victimes, celles qui survivent, et non pas de la prévention.

Ce gouvernement a annoncé qu’il fait une analyse inclusive selon le genre avant de prendre toute décision, mais faute de preuves, personne ne l’a cru.

Quant à l’équité salariale, c’est une semi-déception. Ce gouvernement a corrigé un peu plus de l’injustice vécue par les employées du gouvernement depuis toujours, mais il n’a pas fait ce qu’il avait promis pour les autres femmes, soit la majorité qui travaille dans le secteur privé.

L’essentiel à retenir de ce bilan des quelques gains est qu’ils sont très précaires.

Le social n’est pas du luxe

Cette chronique a été publiée en premier par l’Acadie Nouvelle le 21 août 2018, la première d’une série de six chroniques pour eux sur les dossiers sociaux et l’élection provinciale qui aura lieu le 24 septembre 2018.

On peut avoir l’impression que les dossiers que le Nouveau-Brunswick doit confronter sont surtout économiques. On aurait raison. Et on peut avoir l’impression que ces questions « économiques » se résument à comment appuyer les entrepreneurs afin qu’ils se fassent davantage de profit. On aurait tort.

L’économie doit autant aux questions sociales qu’au marché, et les familles et les services publics ont autant à voir avec la production de richesses que les entrepreneurs. Une société saine dans une économie saine, c’est un but rationnel.

En fait, l’économie, c’est comment on s’organise, ce sont les choix qu’une société fait pour répondre aux besoins et réaliser son potentiel, ses choix des critères à respecter et des risques acceptables.

L’économie d’une société reflète ses valeurs. Ainsi on peut renoncer à certaines industries et occasions afin de ne pas mettre à risque le bien-être de notre environnement ou de nos gens, comme on peut n’appuyer que les entreprises offrant des emplois à salaire viable, comme on peut juger que les garderies sont aussi importantes pour se rendre au travail que les ponts et les chemins.

Les garderies sont justement un domaine qui a vu des améliorations importantes ces dernières années ici. Qu’a eu à dire le chef du People’s Alliance Party suite aux récentes annonces? Que la province ne peut se payer un autre programme social, surtout quand on gaspille déjà tant pour la dualité, dit-il, alors qu’il faut se concentrer sur notre déficit budgétaire. Rentrez à la maison, mesdames, fermez les services, messieurs, éteignez les lumières, citoyens.

On devrait accepter l’austérité et les coupures parce qu’il faut « surtout pas laisser un fardeau de dette à nos enfants et petit-enfants » ? Mais on ne veut pas leur léguer une économie ou une société morte non plus. Et dites donc où et quand l’austérité a ramené la prospérité, parce que ça, personne ne le dit. Tant qu’à dépenser de l’argent qu’on n’a pas, mieux vaut le faire afin de créer de la capacité que de dépenser davantage en catastrophe plus tard.

Les questions sociales feront des apparitions dans la campagne électorale. Mais il faudra veiller à ne pas se laisser faire accroire que le social doit attendre l’économique. Parce que là il faudra obtenir une réponse à savoir pourquoi il faut laver la vaisselle si on n’a pas mangé.

Beware of common sense

It’s getting harder to respect “common sense”. One of the first times I doubted the term was when Stephen Harper called his bill to allow certain scary rifles that the RCMP had prohibited, the “Common Sense Firearms Licensing Act”.

Then I saw some Anglophone New Brunswickers argue that it was just common sense that school buses should carry both Francophone and Anglophone children and also common sense that the bus drivers should not have to be bilingual. It occurred to me that “common sense” no longer meant what I thought it meant.

When people from Darlings Island who couldn’t find Lamèque Island even if you told them it was in New Brunswick suggested we should abolish official bilingualism and use “common sense” instead, I decided common sense is indeed suspect.

When New Brunswickers argued that it is only common sense to have a referendum on rights issues, I saw that the problem with the phrase is not that it is meaningless, it is that, in New Brunswick at least, it has been transformed into something else. A rhetorical cover with which to cloak antisocial motivations and actions.

 

Now, weeks away from a provincial election, it looks like “common sense” may replace the usual campaign clichés like “change”, “vote for change”, “choose progress” in the election campaigns. There is that to look forward to.

For the last year or so, spokespersons for the Conservative party, official name Progressive Conservatives, have been using the term “common sense” as a stand-in for their solution to various issues. For example.

« It’s one of these common sense things. You don’t have to legislate it or anything like that. »

« We say New Brunswick can be better if our schools, our ethics and our economic common-sense are as good as our people. »

« Higgs said he is hopeful communities will work together and sort out bus issues in a common sense way. »

In 2016, candidates for the leadership of that Conservative party – Jake Stewart and Mike Allen especially – vied for ownership of the slogan “common sense”. The eventual leader, Blaine Higgs, has been more restrained but has been known to call up “common sense” as a fix for whatever ails us.

However, the People’s Alliance of New Brunswick is definitely ahead in laying claim to the phrase “common sense”. It’s in every sentence, letter to the editor, and slogan. Many of their candidates can also lay claim to the most comments that are racist, homophobic and anti-Acadian, but we will try not to connect those opinions to their claim to be the party of “common sense”.

 

“Common sense” seems very useful in shutting down discussion. It seems to say there is only one answer, and we all know what that is, so stop wanting a different answer. It is shorthand for “let’s skip analysis and debate, let’s do what I, or the mob, wants”.

If we are so divergent in what we mean by “common sense”, then it isn’t common. “Common sense” is a hollowed-out term, and no longer an adequate answer to a question.

Admittedly, I am of a group that has been ill-served by “common sense”. A few decades ago we were told that common sense dictated that we stay home, make babies, not be admitted to certain professions, not participate in political debate.

Much longer ago, common sense had it that the world was flat.

These days, when I want my rights and someone doesn’t agree, I hear that common sense requires that there be a compromise. Reminds me of some young couples I sat through an evening with once, an event very tedious but which has provided me with much lore all these years since. One gem was from a couple, married a handful of years, who insisted on sharing the secrets to their “success”, which included, said she, “He does not like pork, so we compromised and we never have pork in the house.”

In New Brunswick these days, that might count as a common sense compromise.

So I say, beware of common sense.

Instead, ask for reasoning, process, analysis, democracy, rule of law.

This could be the election where we learn to distinguish between “common sense” and good sense.

Mixed, not Métis

I wrote and published this text in French in July 2018. Following expressions of interest from non-francophones, including from Indigenous persons, I put together this translation, with help. The French remains the definitive text.

I want to talk about Acadians who make me ashamed. For once, I don’t mean elected officials. I mean Acadians who proclaim themselves « Métis » out of the blue because they just heard that there might be some benefits attached to that designation.

Most have known all their lives that they have an Indigenous ancestor. But favourable legal decisions for the Indigenous or rumours of easy money suddenly made them proud of this ancestor, no matter how remote or uncertain the ancestor may be. Of our 1,000 or so ancestors since the arrival of the first Acadians, they’ve decided it is the Indigenous ancestor or the handful of Indigenous ancestors who will define them from now on.

This new pride could have motivated them to support First Nations and demand that Acadian associations do the same.

No, the new pride of the born-again Acadian “Métis” only pushes them to buy a « Métis » card from the local scheming “metis” association, a card made to look exactly like a First Nations’ card. They will use the card to try to avoid paying sales taxes, they will flash it to demand hunting and fishing rights and otherwise try for the « big life » of First Nations, which were the arguments used to sell these cards. The number of people living in the Maritimes self-identifying as Métis in recent Censuses has exploded.

They are so proud of their Indigenous ancestor that some denigrate First Nations. Let us share quotes from their associations: « We are the first aboriginals. » « We are more Métis than the Métis in the West. » « We only want what the other aboriginals have. »

As a fisherman from Pont-Landry denounced in 2000: « There are fishermen who fight against Native people obtaining fishing rights, but who have their membership card (Métis) to claim the same benefits as them, should they succeed at having their rights recognized. »

These pretenders have also declared that there are Métis communities! It is not just in Amazonia that one can discover unknown tribes. In Acadie also! Some wannabe Métis say they grew up in secret communities of « Métis ». In these places, the « Métis » knew who they were. « Acadian » was code for Métis, or something like that, it’s unclear.

Some other so-called « Métis » say they never knew they were « Métis » – the fault of Acadie and historians – but they have just had their DNA analyzed and bingo! Those have not yet heard about the clause in legal decisions stating that one criteria for being Métis is to be a member of a Métis community. They may be revising their memories of their early life.

The fact that First Nations say there are no Métis or Métis communities in the Maritimes does not seem to trouble those Métis wannabes, who also do not worry about whether or not their new-found kin is proud of them.

When we forced First Nations on reserves, when we removed their children to put them in residential schools, these people and communities who claim to be of the same race did not come out of the woods. They sure do know when to have their moment of epiphany, when it is time to grab the loot.

Other Acadians and natives have denounced these opportunists.

« I’m not Métis … my mother would have told me », is how sociologist Joseph-Yvon Thériault titled his text published by Astheure in 2016.

« Acadians, stop this silliness. It’s shameful!” tweeted Acadian Vanelle @teesock this month in response to news that an Acadian « Métis » association says that the Western Métis language, Michif, is spoken in Nova Scotia.

« Twenty years ago, even Indians did not want to be Indian. Today, everyone wants to be, » Len Tomah, the regional leader of the Assembly of First Nations for New Brunswick and Prince Edward Island, declared recently. Lire la suite

Pas mal métissée, mais pas Métis

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie Nouvelle le 20 juillet 2018.

Je veux vous parler d’Acadiens qui me font honte. Et pour une fois, il ne s’agit pas d’élus. Je veux dire les Acadiens qui se proclament « Métis » un bon jour parce qu’ils viennent d’entendre dire qu’il y aurait peut-être des avantages à ça.

La plupart ont su toute leur vie qu’ils avaient un ancêtre autochtone, mais c’est une décision juridique favorable aux autochtones ou une rumeur de gains faciles qui les a rendus fiers de cet ancêtre, aussi lointain ou incertain soit-il. Des quelque 1 000 ancêtres qu’on a depuis l’arrivée des premiers Acadiens, c’est l’ancêtre ou la poignée d’ancêtres des Premières nations qui va dorénavant les définir.

Cette nouvelle fierté aurait pu les motiver à appuyer les Premières nations et à exiger que les associations acadiennes fassent de même.

Non, la nouvelle fierté des nouveau-nés « métis » les pousse à s’acheter une carte de « métis » à l’association arnaqueuse du coin, carte faite pour ressembler exactement celles des Premières nations, carte qu’ils vont tenter de se servir pour éviter de payer des taxes sur des achats et qu’ils brandiront en revendiquant leurs droits de chasse et pêche à l’année, ou de vivre la « grosse vie » des Premières nations, des arguments de vente de ces cartes. Le nombre de personnes aux Maritimes s’auto-déclarant Métis dans les recensements a explosé ces dernières décennies.

Si fiers de leur ancêtre autochtone sont-ils que certains dénigrent les Premières nations. Citons leurs associations : « Nous sommes les premiers vrais autochtones ». « Nous sommes plus métis que les Métis de l’Ouest ». «On ne veut que ce que ces autres autochtones ont déjà ». Comme un pêcheur de Pont-Landry dénonçait en 2000, « Il y a des pêcheurs qui se battent contre les autochtones pour ne pas leur donner le droit de pêcher, mais qui ont leur carte de membres (Métis) pour avoir les mêmes avantages qu’eux si jamais ils viennent à gagner leurs droits. »

Ces poseurs nous annoncent également qu’il y a des communautés métisses ! Il n’y aurait pas qu’en Amazonie qu’on découvre des tribus inconnues. En Acadie itou! Certains affirment qu’ils ont grandi dans des communautés secrètes de « métis ». Dans ces places, les « métis » savaient qui ils étaient.  « Acadien » était code pour métis, ou quelque chose comme ça, c’est flou.

Certains autres prétendus « métis » disent qu’ils n’ont jamais su qu’ils étaient « métis » – la faute de l’Acadie et des historiens – mais ils viennent de faire analyser leur ADN et bingo ! Ceux-là n’ont pas encore entendu parler de la clause dans les décisions juridiques qui dit qu’un des critères pour être Métis, c’est être membre d’une communauté Métisse. Leurs souvenirs de vie pourraient bientôt changer.

Que les Premières nations soient d’avis qu’il n’y a pas de Métis ou de communauté Métis dans les Maritimes ne semble pas troubler ces aspirants métis, qui ne se demandent pas non plus si la parenté est fière d’eux.

Quand on forçait les Premières nations dans des réserves, quand on enlevait leurs enfants pour les mettre dans les écoles résidentielles, ces personnes et communautés qui se réclament de la même race n’ont pas sorti du bois. Elles savent choisir le moment pour avoir leur épiphanie, pour s’approprier le butin de l’autre.

D’autres Acadiens et autochtones ont déjà bien dénoncé ces opportunistes.

« Je ne suis pas Métis…ma mère me l’aurait dit », titre le sociologue Joseph-Yvon Thériault dans un texte publié par Astheure en 2016.

« Acadiens et Acadiennes, arrêtez vos gestes. C’est honteux cecitte! » tweetait l’Acadienne Vanelle @teesock ce mois-ci en réaction à la nouvelle qu’une des associations de « métis » acadiens dit que la langue des Métis de l’ouest, Michif, est parlé en Nouvelle-Écosse.

« Il y a 20 ans, même les Indiens ne voulaient pas être indiens. Aujourd’hui, tout le monde veut l’être! » a ironisé récemment Len Tomah, le chef régional de l’Assemblée des Premières et nations du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard.

« Tout au long de l’histoire, nous avons résisté à la colonisation et nous avons parlé des horreurs contre les peuples autochtones. Où étaient ces Métis pendant tout ce temps? » soulève Jarvis Googoo, un avocat mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse.

 

Il est important de dénoncer cette situation pour plusieurs raisons. C’est de la foutaise. Les Premières nations ne méritent pas ça et ont droit de s’attendre à ce que leurs amis dénoncent ces « Acadiens ». Ça fait honte à l’Acadie. Ils cherchent à falsifier l’histoire.

La pire conséquence potentielle des manigances des pseudo « métis » serait que cela nuise aux droits et bénéfices des Premières nations. Ce serait l’ultime appropriation.

 

Je suis Acadienne, donc je suis métissée, c’est-à-dire j’ai des ancêtres de diverses origines ethniques. Mais je ne suis pas Métis dans le sens politique et juridique canadien, même si j’ai des ancêtres des Premières nations.

Presque tout humain est métissé. C’est ça l’amour, l’histoire, le viol, la vie. On a du sang des autochtones de l’Europe, de l’Afrique, de l’Amérique du Nord, et d’ailleurs. Cela ne change rien à notre citoyenneté, nos droits, les réalités politiques. Sauf que depuis que j’ai découvert que j’ai du sang écossais, français et portugais, je vends des « passeports » à ces pays. Ça vous intéresse? Dix piastres pour l’étude de votre filiation, un peu plus pour le passeport et vous devriez être bon pour demander les bénéfices et pensions dus aux citoyens de ces pays.

Ces « métis» me rappellent les disciples de Trump qui, tannés d’être les perdants du système capitaliste, décident qu’ils n’ont pas à changer ce système, il suffit de construire un monde alternatif, de viser les cibles faciles.

Ces « Acadiens-métis » se sentent peut-être délaissés, les héritiers d’une histoire inachevée. Ça porte à l’idée un autre monde alternatif.  Un monde où les Acadiens demandent un dédommagement, un Fonds acadien, un territoire pour être acadien. Quelqu’un vend des cartes pour ce monde alternatif-là ?

Pardon si vous n’êtes pas bilingue

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie Nouvelle le 9 juillet 2018.

Il y a bien des années, j’ai passé un souper évidemment inoubliable avec une tablée de couples en vacances romantiques. Une soirée pénible, plus jamais répétée. Parmi les conversations subies avec ces couples jeunes, blancs, états-uniens et chrétiens, cette perle de ce couple qui pensait qu’on serait intéressé aux raisons pourquoi leur mariage, vieux d’une poignée d’années, était heureux.

Elle me confie, « Bien sûr, nous avons fait des compromis. Il n’aime pas le porc. Donc, nous n’avons jamais de porc dans la maison. »

Je pense à ce couple, qui avait trouvé leur compromis en compromettant la définition de compromis, lorsque je vois certains « arrangements » qu’on a au Nouveau-Brunswick par rapport à la langue. Lorsque je suis en conversation avec un bureau gouvernemental et on me demande tôt ou tard do you speak english, par exemple. Le mariage néo-brunswickois n’est pas lui non plus à l’étape de l’épanouissement.

J’ai eu dernièrement l’occasion de discuter avec plusieurs anglophones au sujet des langues. L’émotion ambiante à chaque fois: ces personnes auraient préféré être ailleurs. Elles arrivaient pâle, comme un prisonnier à l’échafaud, une enfant au dentiste, un chevreuil dans des phares. Souvent elles exprimaient une détresse d’avoir à parler de ça. Non pas qu’elles appuyaient tous pleinement le bilinguisme ou la dualité.

Ça m’a fait penser ce que, au fond je savais sans y avoir pensé consciemment, que les anglophones un peu ouverts préfèrent ne pas parler de droits linguistiques. Avoir à parler de ça, c’est un échec, c’est l’abysse, c’est la dispute conjugale qu’on voulait éviter.

Le mariage n’est pas facile avec un partenaire comme ça. Mais se pourrait-il que nous autres Acadiens avons peur itou? Ou le même espoir que si on n’en parle pas, ça va s’arranger?  Ce n’est pas la peur bleue de certains anglophones, mais il se peut qu’on ait un problème aussi.

En 2016, la tension linguistique était devenue telle dans les médias anglophones que Brian Gallant a fait quelque chose. Il a donné le même discours sur le vivre-ensemble à Caraquet et à Saint John. Un bon discours qui pourtant a insisté à nombreuses reprises sur un point bizarre.  Il a dit plusieurs fois qu’il comprenait que les anglophones ont de la difficulté. « S’il y a 10 francophones et un anglophone dans un groupe, tout le monde finit par parler anglais… Beaucoup d’anglophones m’ont dit qu’ils trouvent cela frustrant parce qu’ils veulent vraiment pratiquer leur français, mais on ne leur donne pas la chance de le faire. »

Et ensuite, « Je comprends que cela complique pas mal les choses pour les anglophones. C’est beaucoup plus facile pour un francophone entouré d’anglophones d’apprendre une langue seconde. Les anglophones qui veulent vraiment apprendre le français ont souvent peu de chances de s’exercer. Et les francophones bien intentionnés compliquent la situation pour ces anglophones lorsqu’ils ne parlent pas français avec eux. »

Et plus tard, « J’ai vu ce phénomène dans presque tous les cadres sociaux imaginables. Lorsqu’il y a un anglophone dans un groupe de francophones, le groupe parlera anglais. Voilà pourquoi les anglophones qui veulent apprendre le français sont si désespérés, et je cite, pour avoir des institutions « bilingues » où ils peuvent pratiquer le français. »

Il dira aussi, « Je pense aussi que les francophones découragent les autres francophones d’utiliser le français. Tout comme les anglophones se font critiquer pour ne pas parler suffisamment bien en français. Les francophones font la même chose entre eux. »

Il semblerait qu’on ne peut pas bien faire, que c’est notre faute partout. Il semblerait que nous devrions tous devenir des tuteurs de langues, au lieu de revendiquer des services dans notre langue ou des institutions à nous. Il semblerait que le premier ministre a donné la moitié d’un discours.

Qui aurait deviné que le cœur des anglophones souffrait de ne pas pouvoir parler français? Pourtant le discours des anglophones était depuis toujours que le français leur était rentré dans la gorge de force. Il est vrai que récemment j’ai trouvé bizarre l’entêtement de certains de vouloir envoyer leurs enfants à l’école dans les mêmes autobus que les nôtres, mais je ne leur prêtais pas de si nobles intentions. Qu’ils se dotent des moyens qu’il leur faut pour devenir bilingue, pour l’amour. Aurait fallu qu’on leur enseigne comment revendiquer?

Les Acadiens perdent du terrain au Nouveau-Brunswick. C’est évident dans les expériences quotidiennes, dans les statistiques et en politique. L’absence de progrès dans l’obtention du service en français, même pour les éléments de base comme les soins de santé, et l’absence de stratégie pour du progrès. L’incivilité de plus en plus tolérée lorsque ces questions sont soulevées. La baisse récente du pourcentage de Néo-Brunswickois qui utilisent le français comme première langue. Le gouvernement qui refuse ces dernières années de se préoccuper du statut de l’égalité linguistique et du fonctionnement du bilinguisme en s’assurant qu’il respecte ses propres lois linguistiques. La perte de contrôle de certains segments de services tels que les services extra-muraux et les maisons de retraite, en raison de la privatisation. La réticence à prioriser l’égalité linguistique dans la planification des services, de la privatisation et de l’immigration.

Nous ne vivons pas les meilleurs temps politiques du Nouveau-Brunswick. Nous avons traversé des années d’improvisation politique. Les bancs du gouvernement Gallant comptaient la plus forte proportion de francophones de tous les gouvernements et pourtant, en raison de la politique partisane et du manque de courage, de compétence et de vision, c’est le gouvernement qui a le plus nui à la capacité des Acadiens à se développer. L’opposition a été d’une aide précieuse au gouvernement.

Je ne modifierai rien à ce que je fais déjà quand on ne peut pas me servir dans ma langue, quand un apprenant du français devient pénible en conversation, ou quand un politicien veut me culpabiliser pour l’unilinguisme des anglophones. Je modifierai ce que je m’attends de nous, des institutions et événements acadiens et francophones.

French New Brunswick is losing ground

This text was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on June 23, 2018.

As an Acadian New Brunswicker, I can tell you my community is losing ground. We have used the courts and the ballot box, laws and community organizing and fundraising. We’ve survived, but things are not going great. And, to tell you the truth, we still don’t have what you have in English New Brunswick.

What has been your best strategy for obtaining service in your language? What exactly do you do when you can’t get served in English? I don’t mean the everyday stuff, like buying milk and bananas at the corner store. I mean what do you do when the government office, or your MLA, or the day care operator, or the nurse can’t speak English? You obviously have better strategies than we, French-speaking New Brunswickers, do. Do you pay extra to be guaranteed service in your language?

When you have an emergency and you go the hospital or call an ambulance, how do you prepare? People I know call their bilingual children to come over so that when the ambulance gets there, they will be understood. Others ask around or search on the internet how to say in English, « it hurts like hell right here. » What do you say when the ambulance person speaks in another language? Are charades or software apps useful? Or do you just hope for a fast ride to the hospital?

What has been your best strategy for the survival of your language? Could I attend the meetings where you strategize on ways to avoid assimilation? What measures does your community take to ensure your language and culture survive?

These questions are important to New Brunswick. If we can’t empathize and be rational about English and French co-existence, if we can’t see that French and English co-existence is important, we won’t get around to our real issues.  There are New Brunswickers who blame other New Brunswickers for wanting what they have, and there are New Brunswickers who want to make New Brunswick better for all.

That Acadians are losing ground is seen in everyday experiences, in statistics and in politics.

The lack of progress in obtaining service in French even for basics such as health care, and the lack of a plan for progress.

The incivility increasingly shown and tolerated when these issues are raised in person or in the media.

The recent decline in the percentage of New Brunswickers using French as their first language – to 31.9 per cent in 2016 from 33.8 in 1971.

The government unwillingness these last few years to concern itself with the status of linguistic equality and how bilingualism is working, with ensuring it is following its own language laws.

The loss of control of some segments of services such as extra-mural services and nursing homes, due to privatization.

Politicians’ fear, nay disdain, for discussing these issues, their dismissive treatment of reports by the Commissioner of Official Languages, their unwillingness to prioritize linguistic equality when planning services, privatization, immigration.

In about three months, we will have a provincial election. The campaign leading up to it could go a few different ways regarding the language question.

Maybe it will be avoided. In that case, we’ll deal with it after the election.

Maybe one party will force the other to defend its stand on bilingualism. Maybe Blaine Higgs will force Brian Gallant to either defend linguistic rights or continue to remain silent, forcing him to lose and attract voters with either choice. Maybe Brian Gallant will ask Blaine Higgs, since when did conservatism mean that public workers trump taxpayers?

Maybe the campaign will descend into the abyss of neighbour-bashing and New Brunswick will be shown to be a backward land, where politicians and communities have no idea how to govern themselves.

Maybe reasonable people in the political parties and in the communities will wake up and say stop avoiding the real issues.

The Gallant government benches had the highest proportion of francophones of any provincial government and, yet, due to party politics and lack of courage, competence and vision, this is the government that has done the most damage to Acadians’ ability to thrive. The Opposition eagerly helped the government down that slope. There was the actually wonderful Gallant coming-out speech given in southern and northern New Brunswick: « Hi, I’m Brian, I’m Acadian. » But nothing before or since. Lire la suite

Après l’inondation, le temps des changements

Parmi les événements naturels catastrophiques programmés, il y a les inondations printanières du fleuve Saint-Jean.

Il y avait un temps au Nouveau-Brunswick que seuls ceux qui s’y attendaient étaient inondés, et ça à l’occasion. Les histoires de ces inondations étaient plus nostalgiques que tragiques.

La crue 2018 est venue, a supposément surpris certains malgré l’hiver qu’on a eu, les avertissements météorologiques, les rapports d’études, l’évidence historique et ne parlons pas du changement climatique.

En fait, cela a semblé un désastre en ralenti. Non pas parce que ç’a eu lieu sur une période de semaines, mais parce que nous avions des raisons de l’attendre : le printemps n’était point tôt, les études et les gens informés nous ont avertis que ces événements seront de plus en plus sévères et fréquents, que nos cartes des zones inondables remontent à des décennies, que nous permettons toujours le développement dans les zones inondables connues… C’était un désastre en préparation qui est arrivé, et qui aurait pu être bien pire.

Mais nous voilà. Après la crise, l’après-crise.

L’après, ce n’est pas le nettoyage, ou la décontamination. C’est même pas qui compenser. L’après-crise, c’est l’avant de la prochaine, la période que nous avons pour se préparer en vue de la prochaine inondation. On est possiblement à une dizaine de mois du prochain même événement (sans mentionner les autres événements catastrophiques possibles entre-temps, tsé les feux de forêts, le verglas).

On est une province pauvre comme pas d’autre. Cette inondation, qui n’était même pas record selon certaines mesures, a touché un grand nombre de personnes.

On a des années à rattraper, des lois, des structures, et des opinions à changer mais il n’est pas farfelu de penser à un temps où l’inondation serait un événement naturel spectacle et pas une catastrophe humaine et économique.

Saurons-nous tirer profit de la sensibilisation accrue au problème ? Les questions à résoudre sont urgentes et épineuses.

Allons-nous toujours permettre aux propriétaires de bâtir ou de rebâtir dans les zones d’inondation ?

Comment éloigner les résidences des zones inondables ?

Comment réagir aux pertes des propriétés qui ne sont pas des résidences principales ?

Quel impact a la coupe à blanc dans nos forêts et l’augmentation de l’activité forestière autour des cours d’eau sur les risques d’inondation ?

Comment est-ce que nos routes même la Transcanadienne sont si vulnérables à l’inondation et qu’avons-nous à faire pour éviter de répéter ces erreurs?

Comment amener les régions sans structure de gouvernance locale à une forme de municipalisation, puisque cette crise comme chaque crise démontre les problèmes que cause cette manque d’organisation.

Le leadership, la coopération et la bonne volonté si bien démontrés pendant la crise devront être présents pour traiter de ces questions dans cette prochaine étape.

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** Ces réflexions sont un résumé de mes pensées suite à ma participation au Political Panel de l’émission Shift de CBC radio Nouveau-Brunswick les vendredis. Écoutez la discussion du 12 mai 2018 (20 minutes, avec Duncan Matheson, Michael Camp et moi) au :  https://t.co/EIgxnHrQDr

Transparently secretive is the new transparent

The New Brunswick government does not want us to know how much it is paying Shannex because that would make for more competition for Shannex, and that company hopes to win more contracts with the province. **

That does not make sense. Why is the government agreeing? The government has its reasons. We don’t know what they are. We only know their reasons require obscurity.

I can understand that a business does not want to make public what it charges or how many sales it has with a client. A business only has their own interests to protect. That’s capitalism.

That such a business, when it accepts government money, would still prefer not making anything public, I can even understand that. That’s capitalists.

But that the government agrees with this is wrong. Who is protecting our interests if not them? Government spending must be transparent. Competing bids are good, right? It’s our money, not Shannex’s, right? This government campaigned on greater transparency, right?

That the judge who agreed with keeping this secret accepted the argument that making it public would give competitors an edge shows that our problem goes beyond a government with suspect priorities. Might it be that our laws value private profit over citizens’ interests? We can only hope that Green Party Leader David Coon will be able to appeal that decision and / or that the Auditor General will once again come into the room to be the adult. The Right to Information Commissioner has already said that the information should be public, but the government refuses.

Is New Brunswick going to have government by preferred-suppliers? Medavie does the health care and ambulance, Irving the forest resources, Shannex the nursing homes? The Legislature will hardly have to meet. Citizens will just receive the companies’ annual reports. Each time part of the government is outsourced like that, citizens seem to lose some of our right to information about the funding or the decisions.

Well, they can outsource all they want, but you don’t outsource responsibility.

Of course another main reason to be opposed to the cozy deal with Shannex is that this is one of those dastard public-private “partnerships” where government pays more than it would otherwise to get something done by paying the private partner’s higher financing rates and, of course, its profit margin. But the government likes these deals because you can do them quickly, like before an election. The Auditor General had recommended in 2009 after the government had made exceptions to the tendering rules to do a first contract with Shannex that an extensive analysis of the efficiency of those public-private deals be done before signing off on more. The analysis has not been done.

Senator Eugene Forsey used to say that the proper role of government is to work for and report to us, like the line in the Newfoundland folksong, “The captain’s below making tea for the crew.” This government is below brewing something, but are we going to be served?

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** Shannex is a private company that runs six New Brunswick nursing homes and has said it wants to win the bids for several more. The Premier recently announced that the government would build 10 new 60-bed nursing homes over the next five years under a private-public partnership model similar to those already signed with Shannex. Green Party Leader David Coon asked for the contracts to be made public in 2016. The Minister released copies with blacked-out information. Mr. Coon went to court and in March 2018 the court decided Shannex’s right to keep secret how much it received from government trumped the public right to know.

Le féminisme est militant ou il n’est pas

Je m’intéresse peu aux débats à savoir si quelqu’un-e se désigne ou non comme féministe. (Je précise cependant, les antiféministes ne sont pas fréquentables.)[1]

Un tel débat importe peu parce qu’on n’est pas féministe, on agit féministe. N’est féministe que celle qui fait féministe.

Le but du mouvement féministe n’est pas de vendre des cartes de membre. Certains se diraient-ils féministes en signe de respect pour le mouvement ? C’est bien beau mais si ça ne change rien dans nos actions et notre militance, n’est-ce pas que l’effet sera de dévaloriser le féminisme, pour ne pas dire dévaliser ? Je me proclamerais athlète triathlon si je n’ai pas besoin de m’entraîner…

Il serait tout aussi bizarre de débattre si on se dit « charitable » sans qu’il soit question de notre pratique de la charité. (C’est là que s’arrêtera cette analogie car la charité n’est que palliatif à la misère et aux maux sociaux.[2]  Le féminisme n’a rien à voir avec palliatif.)

Le féminisme est militant par définition. Mais, féminisme oblige, c’est une militance ouverte. Chacune selon ses moyens. Le projet est sociétal et révolutionnaire, mais les combattantes sont, après tout, des engagées volontaires plus ou moins disponibles pour l’action collective, plus ou moins aux prises avec, ou victimes, des systèmes qu’elles voudraient transformer.

Donc, on fait ce qu’on peut. Je milite, tu milites, nous faisons ce que nous pouvons. Tout effort féministe est travail de valeur égale. Il n’y a pas de quartier général, de formation, de cartes de membre ou de contrôle. Il y a des femmes qui réagissent à l’injustice.

La militance féministe, ou, si tu veux, le féminisme, ne naît pas des femmes. Il naît de l’injustice. Sa source est les incidents de négation de l’expérience, de la valeur et des droits des femmes. La militance féministe est une réaction saine, un réflexe naturel de survie. « Mon féminisme est basé sur une histoire vraie ».

Nombre de femmes militent pour plus d’une cause – nos vies sont l’intersectionnalité incarnée -, femmes, races, habileté, sexualités, classe, environnement. Certaines d’elles ne revendiquent pas l’appellation féministe parce qu’elles ont l’impression que le mouvement n’est pas intersectionnel, ou décolonial, ou ouvert. Cela ne change pas le fait qu’elles agissent féministes.

Si une femme est prise dans la misère patriarcale ou humaine, ses actions féministes sont souvent personnelles et pragmatiques, dans son entourage, pour s’affirmer et améliorer son sort et celui de sa famille. Ses efforts visent à exiger respect et justice comme et quand elle peut, afin de ne pas être agressée, congédiée, abaissée. Mais même celles qui vivent les injustices les plus grandes de tout bord ont mené des actions collectives féministes importantes – la création de services, des luttes pour la syndicalisation, des actions directes contre leur oppression.

Si, par contre, une femme a eu de la chance, a été favorisée par la vie – n’a eu que l’oppression de genre, par exemple – ses actions féministes sont souvent sur des dossiers qu’ont en commun la grande majorité des femmes même si ces dossiers ne sont pas les priorités de celles qui n’ont pas eu les mêmes privilèges.

Par exemple, l’équité salariale. La majorité des femmes profiteraient de l’équité salariale, mais on peut comprendre que les femmes autochtones ou racialisées auraient d’autres priorités.

Le contrôle de son corps – donc l’accès à l’avortement – est un droit et une condition incontournable pour l’équité entre les sexes, mais à tout moment donné, ce n’est pas un problème quotidien ou urgent pour bien des femmes.

Il est commun de penser que ce sont ces femmes fortunées, « bourgeoises », qui mènent le mouvement. Admettons qu’elles sont plus aptes à se déclarer féministe et à vous parler des courants et des théories féministes. Mais les actions féministes et le changement sont menés par des femmes de toutes origines, certaines se désignant féministes.

Le sexisme nous a colonisé tous et chacune, et s’en débarrasser exige un travail intérieur d’analyse critique continue, et une militance avisée. Se considérer féministe signifierait qu’on a fait un bout de chemin sur cette route et qu’on est engagée à poursuivre. On peut espérer que les femmes se disent féministes. Mais l’appellation est une question personnelle assez mineure. Ce qui m’importe est de savoir si on va se voir au front.

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[1] Ce qui suit sont mes réflexions. Je vous fais grâce des expressions qui le rappelleraient.

[2] Inspiré de ce qu’Albert Prioult écrit au sujet de la charité chrétienne dans son introduction à La Comédie humaine d’Honoré de Balzac, édition de 1947, Fernand Hazan.

 

Moi itou, je veux mon moment #MoiAussi

Ce texte a été publié en premier par le site Astheure.com le 31 janvier 2018.

Tu es une employée dans une usine de poisson – ou dans le petit magasin du coin, dans le restaurant du village, dans le bureau d’un courtier d’assurance – au Nouveau-Brunswick. Tu dois, dans le cadre d’une journée de travail typique, te défendre contre les attouchements et les commentaires suggestifs de ton patron. Tu rages, tu crains pour ton emploi, et tu es stressée. Le soulèvement #MoiAussi – tu en as pleuré de joie de voir qu’on s’attardait finalement à cette réalité qui est aussi la tienne, pleuré de déprime de voir que même des femmes riches et privilégiées ont le même problème que toi, et pleuré de rage quand ton patron s’est moqué de ces femmes et t’a demandé, en te tripotant, si t’allais appeler les médias.

Tu es mère monoparentale, et lorsque le propriétaire de ton logement t’a agressé, tu pensais surtout à ne pas faire de bruit parce que ton enfant risquait de l’entendre et tu te décidais à inviter ton petit ami à aménager avec toi, parce qu’il n’y a pas moyen que tu perdes ton logement.

Tu es une employée d’un restaurant genre steakhouse. Ton travail consiste autant à gérer les clients qui réagissent comme prévu à la minirobe que tu dois porter qu’à leur servir un repas.

Je ne suis pas ambivalente devant le soulèvement #MoiAussi et #Balancetonporc. Je suis d’avis que, sans doute, il en résultera du positif. Mais il n’y a pas de raison de croire que ce sera un point tournant. Et c’est déprimant qu’on s’emballe si facilement et qu’on dit de ce phénomène de célébrités qu’il est un mouvement – alimenté comme il est de titillation autant que de féminisme : ces femmes connues, belles, et puissantes, agressées par des hommes connus. Disons que c’était fait pour les médias sociaux.

Qu’importe, si ça peut mener au changement, hein? Mais on ne voit pas de mouvement pour du changement. Qui saisit le moment et exige des modifications spécifiques? Qui se pose la question à savoir ce qui advient des femmes ordinaires quand elles sont harcelées? Quels sont les lois et les mécanismes qui existent ici?

Le mouvement féministe devra prendre le relais de ce soulèvement médiatique et créer un mouvement pour du changement – pour renforcer les lois, ravigoter les commissions qui gèrent les plaintes, financer des campagnes d’éducation publique.

Ou, est-ce qu’on s’est mis d’accord que le seul mécanisme pour contrer le harcèlement est de le dénoncer dans les médias? Que le prix pour une solution est de nous raconter une histoire personnelle. Si oui, ce n’est que voyeurisme, pas du changement social.

Récemment Radio-Canada Acadie a demandé pourquoi la vague de dénonciations de personnalités accusées d’inconduite sexuelle n’a pas atteint l’Acadie. «Est-ce que les femmes y sont plus respectées?» demandait-on. Peut-être avaient-ils mal interprété le sens du mot clic #MoiAussi? Peut-être que leur #MoiAussi était #Nousaussionveutdesvictimes&desagresseursvedettes?

Parce que depuis le temps que des Acadiennes quittent leur emploi n’ayant pas trouvé moyen de faire arrêter le harcèlement, depuis le temps qu’on évite comme on peut certains de notre entourage –  voisin, prêtre, collègue, délégué syndical, médecin, marchand – et depuis le temps qu’on se fait tripoter, insulter, agresser afin de gagner notre vie ou ne pas perdre notre logement, pourquoi n’a-t-on pas pensé qu’il suffisait d’en parler dans les médias? On en a parlé aux ressources humaines, au syndicat, au service de police, aux politiciens, aux avocats, aux recherchistes, aux groupes féministes. Mais oui, pourquoi si peu de dénonciations?

Parce que tu n’es pas Scarlett Johannson ou Julie Snyder. Parce que tu penses que ton patron avait raison – personne ne s’intéresse à des petites comme toi. Parce que personne ne te dit comment ça règlerait ton problème. Parce que tu veux une solution dans la dignité.

Peddling Public Property

Say you’re giving a speech where people are paying $250 per plate, does that affect your speech? (I’m asking for a New Brunswick friend.)

Say you’re the Premier of New Brunswick and you’re giving the State of the Province address. Would you charge $250? Per plate. To New Brunswick citizens.

Brian Gallant is selling his publicly financed persona to fundraise for a local Chamber of Commerce. Hawking a public property through a special interest group. $250 per plate*, 1,000 plates.

I know New Brunswick Premiers have been doing this for like 44 years, but traditions are not always a citizen’s friend.

Give the speech the dignity it deserves.

Can we get in with a NB medicare card if we promise not to eat the caviar?

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*$250 is about 23 hours –  say three 8-hour shifts – of work at minimum wage in New Brunswick – not net. Gross.

Les Acadiennes ne seraient pas harcelables

« La vague de dénonciations de personnalités accusées d’inconduite sexuelle n’a pas atteint, pour l’instant du moins, l’Acadie. Pourquoi ? Est-ce que les femmes y sont plus respectées? »*

Lorsque Radio-Canada Acadie a mis de ses ressources pour produire cette manchette la semaine dernière, j’ai cru qu’on avait enfin un site de journalisme d’ironie. Tsé, parce que de mon expérience, les Acadiens surtout les Acadiennes savent ironiser.

Non. Radio-Canada « Acadie » pose vraiment la question. Pourquoi on n’a pas des victimes dénonçant des harceleurs ?

Ont-ils mal interprété le mot clic #moiaussi ?

#Nousaussionveutdesvictimes&desagresseursvedettes

#Misère

Depuis le temps que les Acadiennes quittent leur emploi à la shop ou comme servante, gérante, caissière, infirmière, directrice. Depuis le temps que certaines belles folles se plaignent à la Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick. Depuis le temps que certaines optimistes envoient des lettres aux quartiers généraux et aux ressources humaines de leur employeur, sans résultat si ce n’est pas de perdre leur emploi. Depuis le temps que des Acadiennes se font frôlées, insultées, agressées, violées afin de participer au marché du travail, ne pas perdre leur loyer, ne pas perdre leurs enfants.

Depuis le temps que tout ça se passe, qui aurait pensé qu’il suffisait que l’agresseur soit important pour que ça intéresse ? Qui aurait pensé que les médias acadiens s’intéresseraient au sujet si seulement on était agressé par des vedettes ?

Entre-temps la Commission des « droits » se fière que le nombre de plaintes pour harcèlement sexuel ne fait que diminuer – il faut 2 ans pour une « résolution » d’une plainte -, les services de police de la province mettent à l’oubli bien des plaintes d’agression sexuelle sans qu’on s’en préoccupe.

Mais oui, pourquoi si peu de dénonciations.

#Misère noire

Si au moins on n’était agressée que par des vedettes.

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* http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/Le-reveil-Nouveau-Brunswick/segments/entrevue/49811/inconduite-sexuelle-acadie-denonciations-forum-nouveau-brunswick?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

** Le club Rotary Resurgo de Dieppe propose le 12 décembre une discussion «  #MoiAussi Moncton pourquoi restons-nous silencieux? »  https://www.facebook.com/events/1944938485829638

Mr Premier: Take lead in prevention of male violence

A modified version of this text, written by Madeleine Delaney-LeBlanc, Anne Crocker and Rosella Melanson, was published in the Telegraph Journal, Times-Transcript and Daily Gleaner on December 6, 2017.

Premier Brian Gallant:

Wednesday, December 6th marks the 28th anniversary of the Montreal Massacre which we continue to memorialize in sadness and in horror. Friday, December 8 marks the 40th anniversary of the creation of the N.B. Advisory Council on the Status of Women. During your term of office, the Province of New Brunswick has introduced initiatives, strategies and legislation directed toward the elimination of intimate partner violence. We have chosen to seize the occasion of this anniversary to urge you to take a leadership role on the issue, because you, as Premier and Minister Responsible for the Status of Women, are in a unique position to do so.

The Second Wave of Feminism beginning in the 1950’s brought women to the realization that if they wished to become full partners in civil society they would need to step up, organize, speak out and demand respect and equality. We have come far. But with regard to the pervasive problem of violence against women and children we find ourselves facing a brick wall. We can’t make it STOP! We have established shelters and sexual assault response centres, we have developed intervention protocols, we have undertaken public education, we have encouraged law enforcement and the judicial system to become more engaged and aware of the dynamic of violence and we have supported the creation of a large body of relevant, useful knowledge through academic and community based research. We will continue our work, but focusing on the victims, as of course we will continue to do, does not get to the root of the problem. The root of the problem is that men are responsible for most of the violence; violence against women and children, violence against other men and violence against the LGBTQ community.

As women, we cannot tell men who they are, how they should perceive their own masculinity, how they can adapt their behaviours to show respect to their partners, to their children, to their students, to their employees and to their co-workers. Men alone must accept that their understanding of the world cannot over-ride the right to personal security and sensibilities of women or “the other”. This can only happen when men of good will, motivated by compassion and a desire for social justice, step forward and assume a leadership role, expose inappropriate behaviour and inspire and encourage other men who truly want to be agents of change, for themselves, for their loved ones and for their communities.

You, Mr. Premier, are in a position to lead this movement. You are in a position to set this in motion. Please speak out. Consider how you can help this movement to start and grow. Whether it be a task force, committee or commission, it should lead to substantive action. Such a group needs to be largely composed of men who are not elected MLA’s, who are committed to the goal of reducing male violence against women, and who represent business, academia, civil service and the professions. We know these men are out there. You can give them the opportunity to effect positive change.

Madeleine Delaney-LeBlanc CM, Chair, NB Advisory Council on the Status of Women (1977-1985)

C. Anne Crocker CM, Vice-Chair, NB Advisory Council on the Status of Women (1977-1980), Member (1980-1983)

Rosella Melanson, Information Officer/Executive Director, NB Advisory Council on the Status of Women (1979-1996 / 2001-2011)

C’est aux hommes d’agir pour enrayer la violence des hommes

Ce texte, signé de Madeleine Delaney-LeBlanc, Anne Crocker et Rosella Melanson, a été publié dans l’Acadie Nouvelle du 6 décembre 2017.

Monsieur le Premier Ministre Brian Gallant,

Le mercredi 6 décembre marque le 28ème anniversaire du massacre de 14 femmes à Montréal, une date que nous continuons de commémorer dans la tristesse et l’horreur. Le vendredi 8 décembre marquera le 40ème anniversaire de la création du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick.

Depuis le début de votre mandat, la Province du Nouveau-Brunswick a mis sur pied des initiatives, stratégies, et législations en vue de diminuer et d’éliminer la violence dans les relations intimes. Nous avons choisi de saisir l’occasion de cet anniversaire pour vous demander d’exercer un leadership de premier plan en la matière parce que, comme Premier Ministre et Ministre de l’Égalité des femmes, vous êtes dans une position unique pour le faire.

La deuxième vague du féminisme, commencée dans les années 1950 a fait prendre conscience aux femmes que si elles voulaient devenir de vraies partenaires égales dans la société civile, elles auraient besoin de s’avancer, de s’organiser, de s’exprimer et de demander le respect et l’égalité. Nous avons fait un bon bout de chemin. Mais en ce qui a trait au problème envahissant de la violence faite aux femmes et aux enfants, nous nous retrouvons devant un mur de brique. Nous n’arrivons pas à l’arrêter ni même à la diminuer. Nous avons ouvert des refuges et des centres d’accueil pour les victimes de violence familiale et d’agressions sexuelles; nous avons développé des protocoles; entrepris de faire de l’éducation publique; nous avons encouragé les responsables de l’application des lois et le système judiciaire à s’engager et à devenir plus conscients des dynamiques de la violence et nous avons appuyé la création d’une grande base de données et de connaissances pertinentes et utiles par la recherche académique et communautaire.

Nous allons continuer cet engagement envers les victimes comme il se doit, mais il est évident que concentrer tous nos efforts sur les victimes ne va pas à la source du problème. La racine du problème, c’est que ce sont des hommes qui sont les plus grands responsables de la violence, que ce soit envers les femmes et les enfants; envers les autres hommes; ou envers la communauté LGBTQ.

En tant que femmes, nous ne pouvons pas dire aux hommes qui ils sont; comment ils devraient percevoir leur propre masculinité; comment ils peuvent adapter leurs comportements pour montrer du respect à leurs partenaires, à leurs enfants, à leurs étudiants et étudiantes, à leur employées et à leurs collègues de travail. Avant tout, ils doivent accepter que leur compréhension du monde ne peut passer-outre au droit à la sécurité personnelle et aux sensibilités des femmes ou « de l’autre ». Pour y arriver il est impératif que des hommes de bonne volonté, animés de compassion et d’un désir de paix sociale, s’avancent et exercent un leadership sur la question; qu’ils dénoncent des comportements inappropriés; et qu’ils inspirent et encouragent d’autres hommes désireux d’être des agents de changement pour leurs êtres chers et leurs communautés.

Monsieur le Premier Ministre, vous êtes en mesure de mener ce mouvement. Vous pouvez le mettre en marche. Nous vous supplions de parler haut et fort. Considérez à quel point vous pouvez aider à démarrer ce mouvement et à le faire grandir. Que ce soit en créant un groupe de travail, un comité ou une commission, l’objectif c’est que l’exercice mène à de l’action sérieuse. Ce groupe doit être largement composé d’hommes qui ne sont pas des élus du gouvernement, qui sont engagés à l’objectif de réduire la violence envers les femmes et qui représentent les milieux des affaires et universitaires, du service civil et des professions. Nous savons que ces hommes existent. Vous pouvez leur donner l’occasion d’effectuer un changement positif.

 

Madeleine Delaney-LeBlanc CM, Présidente du Conseil consultatif sur la condition de la femme du N.-B. (1977-1985)

C. Anne Crocker CM, Vice-présidente du Conseil consultatif sur la condition de la femme du N.-B. (1977-1980), Membre (1980-1983)

Rosella Melanson, Agente d’Information /Directrice générale, Conseil consultatif sur la condition de la femme du N.-B. (1979-1996 / 2001-2011)

Maybe if we called it a start-up

A mental health court*1 will be in operation soon in Saint John.

When Premier Brian Gallant was asked why the mental health court is in only one location, he has replied that once it proves itself there, other parts of the province may get it. But they want to see that it is viable in Saint John first.

Nice idea, this government should have done pilots with many of its other initiatives before implementing them.

But, but, but, we’ve had a pilot project mental health court already. In Saint John! From 2000 to 2004, after which the provincial government made it permanent, since the court only had rave reviews.

Everyone was happy with it except regions outside of Saint John who did not have a mental health court.

Other jurisdictions copied or studied our model. New Brunswick was doing good. Many accused, especially women, have a mental health diagnosis. Treatment is the better option. Especially where current prisons are not good for anyone’s mental health.

Then the government dropped the mental health court in 2013 because it could not be bothered finding a replacement for the retiring judge. Lawyers and citizen groups protested. Whatever.

Last week, when the Premier announced the mental health court pilot, he said, “We did not dare call it a pilot because there was already a pilot. So we’re starting over the initiative. We’ll see whether this can be a success once again and if it is, we’ll see about extending it.”*2 (my translation)

It’s a pilot.

And as he said in Acadie Nouvelle : “Nous espérons que ce programme qui sera recommencé ici à Saint-Jean sera un succès, et si c’est un succès, nous allons certainement regarder à voir ceci dans d’autres régions de la province. » *3

New Brunswick does love its pilot projects when elections are coming up. No, that’s not fair. We love them all the time, as long as they have to do with marginal issues such as violence against women, mental health, poverty reduction*. Oh, the number of successful pilots done in New Brunswick that proved themselves but never went anywhere. There’s a thesis there.

In New Brunswick, when pilot projects are NOT about rights or equality, when they’re about “entrepreneurship”, we call them start-ups. And we invest in them bigly.

Mental health courts have been shown to save lives and money, to free up emergency rooms, first responders, holding cells and prison cells.  We’re to have them only in Saint John? Pity.

Why is the government not speaking to the rest of New Brunswickers who deal with mental health cases daily on the streets, in homes, police cars, courts and jails.

The premier is minister for Saint John.

The government is doing one pilot project in a bicultural, constitutionally bilingual, province. Will the minister responsible for official languages, Premier Brian Gallant, lay a complaint?

The government made no mention of the solid reports by Bernard Richard and Judge Michael McKee on mental health issues in the last decade, which urge more access to such services. *4

And the media is not following this issue and social justice, citizens’ groups and women’s groups have not reacted.

Apart from that, it is great that Saint John has a mental health court pilot project.

______

*1. In the mental health court, people with mental illness or intellectual disability who are accused of breaking the law are given the option of treatment. As the independent evaluator said of the New Brunswick program, it “has the ability to really change the things that drive the criminal behaviour” (Mentally ill offenders get court program back in Saint John, CBC News, September 19, 2017). About 80 per cent of those that complete mental health courts do not commit a new offence in the three years after they leave the program.

*2. Téléjournal, Radio-Canada Acadie, 18 septembre 2017. PM Gallant speaks at 1m05 : http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1056529/sante-mentale-intervenants-cour-provinciale-saint-jean .

*3. Acadie Nouvelle, 21 septembre 2017. Après 4 ans d’inactivité, le tribunal de la santé mentale est rétabli.

*4. Ashley Smith: A Report of the New Brunswick Ombudsman and Child and Youth Advocate on the services provided to a youth involved in the youth criminal justice system, 2008 https://www.ombudnb.ca/site/images/PDFs/AshleySmith-e.pdf .  Together Into The Future: A transformed mental health system for New Brunswick, 2009 https://www.gnb.ca/cnb/Promos/MentalHealth/NBMHS-e.pdf

J’ai mon chèque de petite vieille !

À partir de la semaine prochaine, j’ai mon chèque de petite vieille. Je merveille que le gouvernement nous envoie un chèque simplement parce qu’on est (encore) là. On a yinque à se rendre à 65 ans et on reçoit son chèque de la Sécurité de la vieillesse ! Non mais c’est quelque chose. Faisons-en un droit humain universel.

La seule chose semblable serait l’allocation familiale. L’allocation que nos mères ont reçue jusqu’à nos 16 ans. Oh, les histoires entourant cette allocation en Acadie. Par exemple, on entend encore des histoires du temps qu’il n’y avait pas de système scolaire en français en Acadie. Y’en a qui ont répété la 8e année – parce qu’il n’y avait pas de 9e – pour que la famille continue de recevoir l’allocation familiale, de la vraie argent durant la dépression.

Pour bien des femmes, le chèque de vieille était, après celui de l’allocation familiale, le seul chèque à leur nom qu’elle verrait entrer à la maison de leur vie. Ça se fête.

La tradition dans ma famille est de faire quelque chose que tu te rappelleras avec le premier chèque. Tsé, acheter du homard pour toute ton monde. Les sortir au restaurant galant du coin. C’est ça mon problème. Ché pas quoi faire avec le premier. Beau problème. Merci mon privilège d’être née au Canada.

Le régime fête ses 65 ans cette année. Moi itou.

La grâce de la langue

Ce texte a été publié en premier dans l’Acadie Nouvelle du 10 août 2017.

So, qu’est-ce qu’on fait pour faire mentir la prédiction de notre disparition – pour que l’Ode à l’Acadie ne soit pas éventuellement l’hymne funéraire de l’Acadie ?

Il paraît que ce qu’on fait déjà, c’est pas assez.

Un éditorial de l’Acadie Nouvelle, en réaction aux nouveaux chiffres du Recensement, l’a bien dit, « La tendance est lourde et ne se renversera pas de sitôt (…) Est-il même possible de complètement renverser la vapeur ? (…) Le Nouveau-Brunswick ne deviendra pas unilingue anglais demain matin (…) Mais le déclin de notre langue a des conséquences. ».

Vous voyez le ton, comme un médecin qui vous dit, « tu as encore des chances de t’en sortir ».

Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Et premièrement, pourquoi faire quelque chose ? Pour perpétuer ce qui a été ? Pour honorer nos ancêtres et leur acharnement à demeurer qui ils étaient ? Pour faire enrager les Leonard Jones ? Pour que la dernière brique de notre colonisation ne soit pas posée ? Pour résister à la mondialisation, au rouleau compresseur de l’anglais ?

Un brin de tout ça. Et parce que l’Acadie qu’on a bâtie au Nouveau-Brunswick n’est pas rien.

Mais, pour moi, il y a surtout ceci : le bonheur que je ressens d’avoir le français en héritage, le bonheur de profiter de cette langue. C’est là le fonds de ma motivation.

Ce n’est pas dire que le français est spécial ou supérieur, bien que sa littérature et sa richesse ont peu d’égales, et bien que le français est plus précis que mon autre langue. C’est plutôt dire que je veux pour moi, pour les Acadiens à venir, pour le Nouveau-Brunswick, l’accès au monde en français, à la richesse du monde francophone, ses arts, la musique et la littérature, ses vues sur le politique et le monde. Ce n’est pas par devoir que je veux qu’on se batte, mais par goût du plaisir. C’est pour faire continuer le plaisir que je lutterais. Perdre sa langue, c’est gaspiller, c’est perdre un atout.

Toute langue crée son monde, donne une autre perspective. Perdre une langue, c’est réduire sa perspective. Et je suis d’avis que le monde a dont besoin d’autant de façons de voir et de concevoir que possible.

Sauvez les églises si vous voulez. Moi, c’est la langue qui me mobilise. Défendez ou célébrez le chiac si vous voulez. Ça me semble une distraction, utile pour soulever les passions et se penser moderne. Ce qui m’intéresse plutôt serait un débat et une mobilisation autour des conditions nécessaires pour notre survie comme francophones.

Pour moi, être moderne, c’est faire face à une situation, avoir conscience que les faits ont des causes, les actes ont des conséquences. C’est ne pas se conter d’histoires.

J’ai vu les statistiques. On est au front, qu’on soit militant ou irrésistant. On peut trouver ce qu’il faut faire – obliger le gouvernement de gouverner, insister que nos institutions se réveillent, nous outiller avec les idées gagnantes. D’autres ont des idées quant aux actions prioritaires – politique familiale, immigration francophone, enrichissement de l’éducation – et je veux les entendre. Mais je pense qu’il est tout aussi important de savoir pourquoi on veut se battre, que savoir quoi faire pour réussir. C’est cette clarté de motivation qui fait qu’on y met l’effort. Lorsqu’on prise le but, la voie facile est de lutter. Lorsqu’on ne le prise pas, on suit la Sirène de l’assimilation.

Peut-être que demain ça ira mieux. Je nous souhaite la grâce de la langue.

Notes d’observation

  1. Les unilingues francophones

Ces personnes ne comprennent pas la plupart des enseignes commerciales de leur entourage et ailleurs au Nouveau-Brunswick.

Elles ne savent pas que certains concitoyens doutent de leur existence et de leur droit d’exister.

La plupart de ces personnes ont élaboré des stratégies d’adaptation pour fonctionner dans leur société. Par exemple, avant de téléphoner pour une ambulance ou la police, elles font appel à leur réseau de personnes bilingues afin d’être certaines de comprendre et d’être comprises.

Ces personnes n’ont jamais eu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles n’ont jamais eu un poste d’agent de l’Assemblée législative, et rarement un emploi de service direct au public, comme caissier.

Elles comprennent certaines formules en anglais, dont :
« For service in French, press 2 »
« Do you speak English?»
… « I don’t speak French. »

Par contre, certaines autres formulations fréquentes leurs sont inconnues : “I was a government minister, and my lack of French was not a problem”.

Ajout, le 26 juin 2017 : Il semble que la raison qu’elles sont demeurées unilingue n’a rien à voir avec le fait que, aux yeux de nombre de leurs concitoyens, si elles apprennent l’anglais, elles perdront leur droit à un service en français, ou cela réduira la nécessité d’offrir ce service. Peu d’elles ont connaissance de cette réalité qui les attend.

  1. Les unilingues anglophones

Souvent ces personnes ont eu un emploi comme caissier, par exemple au Irving à Bouctouche, au centre d’achat Champlain de Dieppe, ou au Tim Horton de Cap Pelé.

Elles croient qu’au N.-B. tous les citoyens obtiennent service en leur langue.

Nombre d’elles ont détenu ou ont été interviewés pour un poste d’agent de l’Assemblée législative.

Nombre d’elles ont détenu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles pensent que les bons postes au sein du Nouveau-Brunswick vont aux personnes bilingues.

Nombre d’elles sont d’avis que « French is being rammed down our throat”.

Elles ne comprennent pas certaines questions, même en anglais, par exemple, “What has been your best strategy to get service in your language?”

Elles ne savent pas ce qui vient après « For service in English, press 1. »

Ajout, le 26 juin 2017 : Peu de ces personnes se plaignent de ne pas pouvoir parler à leurs petits-enfants en raison de la langue.

Ajout, le 5 juillet 2017 : Ces personnes sont bien plus visibles et bruyantes que les anglophones bilingues, sur les questions de langue.

Sur ces terres Wabanaki

Comme bien des Acadiennes, j’ai des ancêtres autochtones. Des femmes surtout, probablement exclusivement parce qu’il semble pas avoir grands hommes autochtones qui ont marié des Acadiennes. Y’a une thèse là.

Mes grands-mères Micmac, je pense à elles de plus en plus. Je leur dois probablement plein d’affaires. Probablement le fait que je brûle presque pas au soleil. L’amour de la cueillette des fruits sauvages et du beau temps qu’on a en se parlant en ramassant. Le fou rire facile, comme nombre d’Autochtones que j’ai connu.

J’aimerais savoir ce qu’elles pensaient en épousant ces Acadiens, en donnant naissance et élevant leurs enfants, mes ancêtres.  Va savoir ce que les femmes ont pensé à travers le temps.

Les Autochtones autour de nous prennent de plus en plus la parole de nos jours. C’est bien leur tour. Certains et certaines semblent même quelque peu optimistes – déterminés en tout cas. On ne cesse de leur donner des raisons de s’organiser, de s’indigner, de nous montrer notre arrogance.

Le 21 juin est la Journée nationale des Autochtones. La saison des pow-wow a débuté. Le Canada fête 150 ans. D’appropriation. Nous aurons bien des occasions d’écouter et d’apprendre si on y est ouvert*. Et tout ce sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui ne l’ont pas cédé à la Couronne.

___

* La Commission Vérité et Réconciliation, dont le travail de 2008 à 2015 fut subventionnée par les survivants des écoles résidentielles, a créé des ressources excellentes pour en apprendre davantage.  http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=15

A True And Exact History Of My Illicit Adventures With A Book

Back in 1647, Richard Ligon of England got on a boat to Barbados to try to change his fortune. He lived there three years, then returned to England and later, while in prison for debt, he wrote a book, A True and Exact Historie of the Island of Barbadoes. It was immediately popular, hailed as a scientific environmental study (with pull-out drawings!), now considered “perhaps the most important document regarding English colonization efforts in the 17th-century Caribbean”, a primary source on the West Indies then.

Flash ahead 370 years. In February 2017, I buy the book at Frenchy’s second-hand shop in Oromocto (the 2011 edition, its first reprint since 1673). I am thrilled because I am shortly going to Barbados, by way of a boat going to Europe. (I use boats for transportation across the Atlantic.) The boat will spin its wheels in the Antilles before crossing the Atlantic, and it will be in Barbados for one day. I look forward to reading the book during my week on the boat before I land in Barbados.

I see that the book also tells of Ligon’s stops in the Cape Verde Islands off Africa, on his way to Barbados “to trade for Negroes, Horses, and Cattle which we were to sell at the Barbados”. My boat will also make stops in and around those islands. I am doing his trip in reverse! His voyage took 22 days, mine will take 21.

I examine my prize book before packing it and see that it was purchased in 2012 by Clark University near Boston. I notice a printout tucked into the back pocket and find it is overdue by three months. WTF, eh? I send an email to the address, saying, you looking for this book? They answer “this book was not discarded… It was on loan to another university last semester and should have returned to us… Unfortunately, you purchased a book from Frenchy’s that they had no right to sell. Perhaps if you contacted the owner and showed this e-mail exchange you could be reimbursed? Ultimately, though, this particular copy belongs to Clark University, and we would be extremely grateful for its return…”

I don’t want a refund, I want the book. But a librarian wants it back. And I love librarians.

I write to Frenchy’s to say you sold a hot book. They reply that their suppliers in the U.S. are told to ensure that they are supplying stuff that is legally for sale, and sorry.

I tell Clark University that I will return their book and I mean to. But I’m getting ready for two months away and I neglect shipping it and here I am on the ship to Barbados with the book. But I will return it, and anyway jeez, I know that once I return it, the book will gather dust between doctoral students – and I’m reading it for pleasure. That should count for something.

Anyway, the book is a delight. It’s a sensitive soul’s journal. It’s a pleasant read even if the nerdy gentleman author does go on about everything he sees, fish they catch, the trees, the flowers, the fruits, the character and shape of women, and of their breasts. There are pages devoted to the pineapple (“when it comes to be eaten, nothing of rare taste can be thought on that is not there”). He comments the relations between classes, the beliefs and morals of the enslaved Africans and Indians, the diet fed to slaves and servants, the swimming prowess of slaves, and enough detail and diagrams about the sugar-making process to do it yourself.

The author is a man of his times – he repeats the racist tropes – but he is interested in, even learns from, the locals, the slaves and the servants. For example, among the problems that he deplores that the English planters must face are the potential rebellions of slaves while coming on ships from Africa, which “extremely retard the work of sugar-making”. But he goes to the Master to defend, or on behalf of, a servant or slave. In one incredible exchange with a Master, Ligon is advocating for a slave, Sambo, who wishes to become a Christian. The Master tells Ligon that the laws of England forbid making a Christian a slave. “I told him, my request was far different from that, for I desired him to make a Slave a Christian.” But the Master says once he is a Christian, the slave could no longer be held as a slave and the other planters would not appreciate the precedent. “So I was struck mute, and poor Sambo kept out of the Church; as ingenious, as honest and as good a natured poor soul, as ever wore black, or eat green.” (That law was later changed so you could keep your slave even if they were Christian. Progress, eh.)

I will now return my book to its owners. We’ve had our adventure together.

Barbados book.jpg Me and my book on the bridge, in Bridgetown, that is a successor to the indigenous bridge which the English planters found when they landed in uninhabited/abandoned Barbados in the mid 1600s.

Le mouvement féministe n’est pas une agence de placement

Une version plus longue de ce texte a été publié par le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick le 8 mars 2017

Les femmes n’ont jamais eu autant de savoir et de pouvoir.  Individuellement.

Peut-on en dire autant des femmes comme groupe ?

On se fière avec droit des changements qu’apporte toujours de nos jours le mouvement féministe du siècle dernier. Le niveau d’éducation des femmes aujourd’hui est impressionnant. De même le nombre de femmes qui ont des emplois responsables, certains étant même bien payés, certains même gratifiants. Dans leur vie personnelle et de travail, les femmes ont bien plus d’options qu’il y a 50 ou même 30 ans. Certaines de nous bien plus que d’autres, mais passons.

Individuellement, les progrès sont réels. Mais que dire du projet féministe, du rêve qui a fait entrevoir un monde meilleur. Égalitaire, inclusif, respectueux, épanoui. Le rêve de changer les structures, les motivations mêmes.

C’est ça qui avait fait, du désir simple de liberté, un mouvement révolutionnaire.

On en est toujours et encore à célébrer la première femme à obtenir, à siéger, à diriger, etc. Qui se soucie si elle ne fait qu’accéder à une structure oppressive ? On se préoccupe rarement même de savoir s’il y aura une deuxième femme.

On célèbre et outille la femme entrepreneure bien plus que l’autre 90 pourcent des catégories d’emploi des femmes. Pourquoi ? Qui demande pourquoi ?

Nous devons absolument célébrer lorsqu’une femme réussit, mais le mouvement féministe ne se voulait pas une agence de placement. Où sont les efforts collectifs pour modifier les modèles économiques, de travail, de famille ?

On s’est battu et on a toujours à se battre pour le droit de toute femme qui veut se présenter en politique, même lorsque cette politicienne est du genre Margaret-Thatcher qui n’a pas idée d’avancer le projet féministe. C’était là un volet du mouvement féministe : que les femmes aient droit aux droits de la personne. Bravo.

(La tâche n’est pas si ingrate qu’elle peut paraître. Ces politiciennes qui sont du type que semblent préférer les partis ont l’effet de nous rendre honnêtes : qui peut ensuite dire qu’une femme est meilleure qu’un homme ?)

Mais les autres volets du mouvement – la transformation sociale et  notre décolonisation personnelle et institutionnelle, – étaient ceux qui allaient rendre le monde meilleur pour tous !

Où sont les efforts pour des changements dans les partis politiques et dans la gouvernance permettant une participation comme l’a rêvé le mouvement féministe ? Avons-nous perdu à ce point le désir et l’espoir de changer le monde qu’on ne rêve plus que de nos réalisations personnelles, que de se faire une place dans les structures telles qu’elles sont, que de pouvoir consommer autant que les autres ? Où sont les efforts pour créer des avancées pour toutes ou aucune? Et cette décolonisation, qui n’est qu’entamée tout au plus, doit se faire ; autrement les femmes ne feront que prendre une place dans un monde aussi oppressif que jamais.

De nos jours, on semble vouloir nous dire que la réponse à bien des revendications des femmes est l’autonomisation !, le « self-empowerment » !, le renforcement des capacités personnelles. C’est devenu si populaire qu’on doit questionner à qui ça sert. Ces sessions d’autonomisation si souvent organisées par des gouvernements et des organismes établis, serait-ce afin d’accaparer l’élan des femmes, de se mettre devant la parade pour mieux la rediriger ? À coups de ces sessions, les femmes ont bien reçu le message implicite qu’elles sont fautives : « tout dépend de toi et de ta volonté de corriger ton attitude ». Pourtant une leçon primaire du mouvement féministe était que la société doit cesser de voir les femmes comme des hommes manqués.

Je ne suis aucunement découragée. Les changements des derniers 50 ans ont valu la peine. Nous avons tant de femmes fortes et capables aujourd’hui qu’elles ne peuvent qu’avancer quelques dossiers.

Personne n’avait promis que l’obtention du paradis médité par le mouvement serait rapide, se déroulerait de façon linéaire dans un jardin de rose. La révolutionnaire sait pas que la résistance est aussi forte que les enjeux sont importants. Tout mouvement se heurte à la vie, à la politique, aux courants économiques. Tout pouvoir établi a la tendance de se défendre comme il peut, de répondre surtout aux besoins urgents et ainsi de coopter la première ligne d’attaque.

Je ne suis aucunement découragée parce que je sais que les quelques organismes qui continuent le travail du mouvement entretiennent bien la flamme et que le mouvement sera maintes fois plus redoutable lorsqu’il reprendra ses forces.

Soyez-y. J’y serai.

Who’s Afraid of Women in the House?

The following commentary was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on March 8, 2017.

A hundred years ago, New Brunswick women couldn’t vote. No, this is not going to be about how women today are lucky and better off, or even thankful.

In 1917, women, who had been agitating for several decades already for the right to vote in New Brunswick, had their hopes up. They thought 1917 would be the year, given their war effort and that women from five other provinces had gained it. When a suffrage bill was proposed, women “flocked in such numbers to the Halls of Legislation that they had the Hall itself and the members went to the gallery”, according to the minutes of the Women’s Enfranchisement Association of the times.

But that bill was defeated like others before it, due to indifference and political gamesmanship. Women’s suffrage was a chip in a play between parties. Some would say a political tradition to this day. But on that day in 1917, in a Legislature corridor, women mobbed – terrorized, according to some – some elected members. The 1917 “fiasco” got the political class to see the writing on the wall and New Brunswick women eventually won the vote in 1919. Though women elsewhere usually obtained the right to run for elected office at the same time as the right to vote, in New Brunswick it was another 15 years before that was granted (the idea of women in the House having caused such jocularity when it was suggested).

New Brunswick cannot claim that it has shown a particular appreciation of women or women’s rights in our history. Not that we are significantly worse than other regions, but we’ve managed to make sure we are no better.

These days, we have had the lowest proportion in Canada of elected female members to the provincial legislature for years, though recently Prince Edward Island took over that category. Not because we improved, but because their rate worsened.  Our Legislature is now 84 percent male. It has been as low as 82 percent. It goes up and down from tragic to marginally less pathetic. Who deserves 84 percent of the seats when they are 49 percent of the population? If you think the Legislature has so many males because of the merit principle, go sit in on the goings on at the Legislature.

Women’s low representation is not seen as a problem since there have been no attempts to change it, other than the incantations heard from the political parties before every election: “We really, really want more women.”

Here’s the thing: political parties are gatekeepers, and they receive significant public funding. They have a responsibility to act and for decades now, plenty of examples from around the world of what works. But the government has the main responsibility to act.

In 2003, when the New Brunswick government created the Commission on Legislative Democracy “to strengthen and modernize New Brunswick’s democratic institutions”, its mandate did not include women’s quasi-absence from our Legislature. However, the Commission’s final report, which has been lauded nationally, included a good discussion of the problem and of the levers that must be worked to increase women’s representation and improve democracy.

The Commission gave New Brunswick a plan that could have had us reach 35 percent female MLAs by now. The annual allowance that government gives to political parties would have been increased by $1 per vote for any party where males were no more than two-thirds of candidates. The Commission also recommended that government assist groups to encourage women to get into politics.

New Brunswick is a great place to live. New Brunswickers are kind, plain folks. If only we did our politics more responsibly. That goes for everywhere these days.

Ask me what I want for IWD

(In March 2000, I wrote this text for publication in the New Brunswick Telegraph Journal. Thought about it today when someone asked how I was going to celebrate this damn day.  I would today change somewhat the list of what it would take to make me celebrate it, but heh, blast from the past)

 

If you’re not outraged, you’re not paying attention

Every year around March 8, International Women’s Day, during the many years I was with the Advisory Council on the Status of Women, some reporter would call to ask, “Why do we need a special day as International Women’s Day?”

“To celebrate…,” I would answer.  “To honour…blah,blah … like Labour Day and Mothers’ Day.” (Actually, he was thinking, “Didn’t we do this last year?” and I was thinking, “Couldn’t you think of anything better since last year? If you’re not outraged, you’re not paying attention.”)

But seriously, if I were Queen of the World, I would abolish March 8, International Women’s Day.  On March 9, I would increase the minimum wage to the minimum needed to live at poverty line.  (Fill in the blank: “I believe people who work full-time at minimum wage should be paid less than poverty level because…”) .

I would make schools into community centres with non-profit day care centres, senior centres and youth clubs, which would pretty much end the use of malls as hang outs.

I would revamp the criminal justice system: sentences for crimes against persons would be as severe as those for crimes against property.

I would rewrite the electoral laws.  Anyone wanting to run as a candidate would have to file proof of having sat in a hospital waiting room with a sick child or relative, and a video of them giving the same speech to parents, entrepreneurs, men, women, corporations, unions.

After having served their elected term, politicians would have to either serve time as a social assistance recipient, or as a seasonal part-time split-shift black-hole worker, or actually “spend more time with their family”.

I would require all teenage girls who say, “I’m not a feminist” to write an essay, “Why I believe it’s okay that women earn two-thirds of every dollar men earn” or alternatively, “ I think my future partner should take my name because…”

I would legislate that secretaries should be paid more than janitors, day care workers should be paid more than zookeepers and no one in any corporation or government should earn more than double that of their lowest paid worker.

I would organize a raffle to help pay the tax bill of professional sports (did I mention what would happen to their tax bill?). The raffle prizes would be:

First prize: You get time with loved ones – the rarest commodity.

Second prize: You get to follow a politician or a corporation president of your choice as they try to live on minimum wage for a month – Okay, a week: a month would be cruel.

Third prize: Receive the average wage gap between women and men – yes, you could live on it.

I would have a curfew a few times a month: only women over the age of 65 would be allowed out – do you know how often women that age see the stars and feel free to roam the night?

Employers who fired women because they were pregnant would have to pay child support.

If I were Queen, food banks would be abolished. An emergency committee would be struck – not to deal with the poor, for whom economic and social programs would provide – but to deal with those for whom paying taxes didn’t fulfil their need to be benefactors.

I would end affirmative action programs for men: they would have access to 50 percent of government appointments and elected positions. (You know the drill. In 250 words or less, “Why I believe men should have more than half of the appointments…”)

Then I would rest.  That’s when I would celebrate Women’s Day.

 

Qui a peur des femmes à l’Assemblée ?

Il y a cent ans, les femmes du Nouveau-Brunswick ne pouvaient pas voter. Non, je ne vais vous entretenir sur la chance et le sort heureux des femmes d’aujourd’hui, ni notre reconnaissance.

En 1917, les femmes, qui agitaient depuis des décennies déjà pour le droit de vote au Nouveau-Brunswick, avaient espoir que cette année serait la bonne. Étant donné leur effort de guerre et que les femmes de cinq autres provinces avaient gagné le droit de vote, elles avaient le moral. Lorsqu’un projet de loi sur le suffrage fut proposé, les femmes ont été si nombreuses à se rendre à l’Assemblée qu’elles ont eu la salle à elles-mêmes et les députés sont allés dans la tribune, selon le procès-verbal du « Women’s Enfranchisement Association ».

Ce projet de loi a été rejeté comme d’autres avant lui, en raison de l’indifférence et des jeux politiques. Le suffrage des femmes n’était qu’un jeton dans un jeu entre les partis. Une tradition politique à ce jour, diront mes amies.

Mais ce jour-là en 1917, dans un couloir de la législature, les femmes ont entouré et effarouché des députés, dont Peter Veniot (alias Pierre-Jean Vigneau, de Richibouctou) qui serait cinq ans plus tard le premier Premier ministre acadien de la province. Cet opposant au suffrage féminin était pratiquant de ces jeux politiques au point d’en être un symbole.

Ce « fiasco » de 1917 a fait que la classe politique a réalisé comment les choses tournaient. Les femmes du Nouveau-Brunswick ont gagné le vote en 1919, après 50 ans de lutte.

Alors qu’ailleurs on « accordait » aux femmes le droit de se présenter aux élections en même temps que le droit de vote, la « solution-néo-brunswickoise » était de ne pas faire ça. La suggestion que des femmes pourraient siéger à l’Assemblée ayant suscité tant de jovialité, on a attendu encore 15 ans avant d’accepter cette idée folle.

Ne cherchez pas dans l’histoire du Nouveau-Brunswick un enthousiasme pour les droits des femmes. Non pas que la province soit pire que d’autres en ce domaine, mais nous réussissons à nous assurer que nous ne sommes pas mieux.

Ces dernières années, nous avons souvent été la province avec la plus faible proportion de femmes élues à l’assemblée provinciale, bien que récemment l’Île-du-Prince-Édouard nous a volé ce trophée. Non pas parce que notre taux s’est amélioré, mais le leur s’est empiré.

Aujourd’hui, 84 pour cent de nos députés à l’Assemblée sont des hommes. Ce taux a déjà été aussi peu que 82 pour cent. La représentation féminine tergiverse entre tragique et pathétique.

Quel groupe devrait avoir 84 pour cent des sièges dans une démocratie alors qu’il représente 49 pour cent de la population? C’est le principe du mérite qui détermine les élus, vous dites? Rendez vous à l’Assemblée législative afin de voir travailler nos élus et on s’en reparle.

Cette faible représentation des femmes n’est évidemment pas considérée comme un problème puisqu’aucune tentative de changement n’a jamais été faite, à part les incantations entendues des partis politiques avant chaque élection : « Nous souhaitons vraiment mais vraiment qu’il y ait plus de femmes. »

Voici la chose: les partis politiques contrôlent l’accès à l’arène politique, et ils reçoivent un financement public important. Ils ont une responsabilité d’agir et, ont depuis des décennies déjà une myriade d’exemples à travers le monde de ce qui fonctionne. Mais c’est au gouvernement la responsabilité principale d’agir.

En 2003, lorsque le gouvernement du Nouveau-Brunswick a créé la Commission sur la démocratie législative afin de « renforcer et moderniser les institutions et les pratiques démocratiques », son mandat ne comprenait pas la quasi-absence des femmes de notre Assemblée. Toutefois, le rapport final de la Commission, qui fut loué à l’échelle nationale, comprenait une bonne discussion du problème et des leviers qui doivent être mis en œuvre pour accroître la représentation des femmes et améliorer la démocratie.

Le plan qu’a présenté la Commission nous aurait vu atteindre 35 pourcent de représentation féminine par 2015. La Commission recommandait d’augmenter l’allocation annuelle versée des fonds publics aux partis pour chaque vote obtenu lors de l’élection précédente.  Elle suggérait de verser 1 $ de plus pour chaque vote à tout parti où les hommes n’étaient pas plus que deux tiers des candidats. Le gouvernement devrait également appuyer les groupes qui travaillent à encourager les femmes à entrer en politique, selon la Commission.

Le Nouveau-Brunswick est un bel endroit où vivre. Les Néo-Brunswickois sont des gens gentils et bons. Si seulement nous faisions notre politique de façon plus responsable. Cela va pour partout ces jours-ci.

The Unfounding of Rapes

When I look at sexual assault numbers – cases reported and the proportion that lead to charges – I am always reminded of a favourite Seinfeld episode about a car rental reservation that did not produce a car. Seinfeld says to the clerk, “You know how to take a reservation. You just don’t know how to hold the reservation. And that’s really the most important part of the reservation, the holding. Anyone can just take them.”

In 2010, queried about the fact Saint John had the second highest rate of sexual assaults reported to police, a Saint John police Inspector said he was “absolutely proud of that number being high.” He was probably even prouder the next year when Saint John had the highest rate of reported sexual assaults of the 100 municipalities considered across Canada.

So the police know how to take a complaint. Do they know what to do with that complaint?

Saint John has had a high rate of sexual assaults for decades. Don’t go crediting new victim support programs or improved police training or recent attitude shifts. The reported rates have been high for longer than that. Saint John has also historically had a low rate of charges being laid following those reports of sexual assaults.

From the late 1980s to 2012, New Brunswick’s rate of reported sexual assaults was higher than the Canadian average *

Now, thanks to some good journalism by the Globe and Mail, we find out that while  nationally 19% of reports of sexual assault were determined to be “unfounded” (2010-2014) – dramatically more than for other types of crime, New Brunswick’s rate is 32%**. That’s partly due to Saint John which had a 51% rate of “unfounded” reports. Fredericton police have a 16% rate. Codiac RCMP, 33%. Go figure.

Unfounded means the investigating officer does not believe a crime occurred.

Might some of those officers’ beliefs be unfounded?

Are New Brunswickers who report sexual assault less credible than other Canadians?

Why would people who walk into the Saint John police station to report a sexual assault be more likely to be making up the story, given all that we know that discourages people from reporting sexual assaults?

Why do police not clear the charges using the other checkboxes: “not enough evidence” “complainant doesn’t want to proceed with charges”? Is there some bureaucratic benefit to clearing it as “unfounded”? Once they are “unfounded”, no one counts them as unsolved. The Globe states: “Inflated unfounded rates create the impression that police receive fewer complaints of sexual assault than they actually do. In turn, that gives the appearance that more complaints lead to an arrest.”

So I ask the proud police inspector, why are Saint John sexual assault victims so keen to report if little happens after they lay complaints? Or are you just proud police know how to take a complaint? Anyone can just take them.

 

 

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* Statistics Canada, Canadian Centre for Justice Statistics; CANSIM table 252-0051.  These statistics were publicized and denounced by the New Brunswick Advisory Council on the Status of Women in the Status Report it published from early 1990s to 2011 when the Council was abolished by the provincial government. The government then pledged it would continue to publish the Status Report. It has not been published since 2014

** http://www.theglobeandmail.com/news/investigations/compare-unfounded-sex-assault-rates-across-canada/article33855643/#saint-john-nb

La grue tristesse

Grue 1.JPGJ’adore ces engins. Et depuis cet automne IL Y EN A UN DEVANT CHEZ MOI ! Plus d’une fois je suis sortie du lit tôt parce que peut-être je verrais l’opérateur de la grue monter l’échelle vers son poste de travail (on m’a dit qu’il monte avec son dîner et son siau). Des fois j’ai presque prié, athée comme je suis, qu’il se rende au faît malgré le verglas ou le -35, ou qu’il finisse sa journée sans incident.

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J’ai surveillé les dizaines d’autres braves hommes – point vu une femme – qui bâtissent cette Hilton qui va bloquer ma vue et dont Fredericton a absolument pas besoin mais que j’adore voir monter !

Mais lundi matin de cette semaine, vers 9h30, tout s’est arrêté. Un travaillant est tombé du 3e étage et est mort. Rien n’a bougé depuis. De ma situation perchée, le site est accablant par son silence et sa fixité. C’est triste.  Grue 4 lune.jpg

I’m with her

New Brunswick women’s march against Trump. January 21, 2017.

Best sign:  this kid.

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Runner-up

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L’Acadie !! fton-trump-acadie

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Entre-temps, les enfants trouvent leur plaisir.

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Nous étions quoi, 300 ? Ça change rien, sauf que ça donne du coeur.

What I loved about 2016

The following text was written following my participation in the CBC NB year-end political panel on Shift radio program, December 30, 2016.

I don’t submit well to all exercises. Year-end reviews for example. Year-end reviews are influenced by news headlines which necessarily focus on recent political or legal events and often, also necessarily, negative events like terrorism attacks and natural disasters. It doesn’t seem the right moment to raise long-term trends for how things are going, but that’s what I’m wanting to do.  What made the year tolerable was the knowledge that the bigger picture shows a somewhat different reality than recent events.

The trials and madness of the daily news – especially the tragedy that is becoming the United States – are easier to take knowing that some things have been going in the right direction. There are fewer wars in the world than most other times in history. More than 90% of children in the world are learning to read and write. One out of two humans in the world lives in a democracy. Women have more power, education and rights than ever. World population growth has slowed to a fraction of 1% annually. Extreme poverty in the world has now fallen below 10%. Those are firsts. For as long as such progress continues, and there is no guarantee it will, we improve chances of dealing with the difficulties, such as wars, looting leaders, climate change, fanatic religions. It’s what I loved about 2016.

Having said that, here are some of the trials and madness of 2016 in New Brunswick:

The issue that was there every time I looked up, especially if I was walking around Fredericton, was bilingualism, most often the anti-bilingualism forces. The world is blaming Mr. Trump for his use of fake news, online funny stuff, made-up statistics, but I think New Brunswick haters should get some credit for doing it first. The made-up stories were everywhere about who did or said what, about the percentage of civil service jobs that require bilingualism, about the dollars potentially saved from combining school buses or doing away with duality, or was that doing away with Acadians.  The federal minister for Official Languages just did a cross-Canada consultation on official languages and she said that it was the consultation in Moncton that attracted the most anti-bilingualism forces. Through most of the year the provincial government avoided playing its role on the issue – not defending its policies, not calming the rhetoric and the hate, attacking the Official Languages Commissioner, openly disrespecting her report before and after it was released, telling her that her role is to be a cheerleader not an auditor. Then in September, there was Brian Gallant’s coming out, his saying he is an Acadian, and that New Brunswick’s experience with French-English cohabitation is reasonable. That week, the government spoke and acted responsibly. We shall see if they are consistent on this issue.

The court decision last April that it is unconstitutional to forbid bringing in liquor from other provinces was an important one that will make news again next year. The court decision was the result of the happy circumstance of a determined client, a bright lawyer and a lower court judge who delivered a thesis of a decision – it takes three hours to read. Next year hopefully the Supreme Court will speak on the case, but expect repercussions on similar cases and on other interprovincial trade.

Blaine Higgs’s election to lead the “Progressive” Conservative Party was a surprise of the “all that for that?” sort. Blast from the past. The party doesn’t look like a 21st century party. It actually doesn’t feel like a provincial party.

No, Mr. Gallant, your problem is not that your government has not communicated well about your effort to change the Judicature Act. The problem is that you have not communicated. What is the problem that this is a solution to? Of all the issues in the province that need attention, why is this one getting attention?  If we were handing out stupidity awards, this would get it along with the provincial government’s seemingly natural revulsion for all its independent agencies like the Auditor General, Ombudsman, Official Languages Commissioner etc. You do know, I hope, that these agencies and their commissioners (and judges, by the way) are held in higher esteem by New Brunswickers than are politicians. Oh and give one of those awards to Liquor NB for wanting to sue the Right to Information Commissioner because she wanted information.

If you want to know what will happen in 2017, I will tell you.

Opposition leaders will not like one idea in any Speech from the throne anywhere, and that will still make headlines.

Around the world, people will do terrible things out of love for their god, not caring that that love is not reciprocated.

Women will break some glass ceilings, climb through and someone will raise the ladder behind them.

Many will worry and bemoan NB’s weak performance in various things but no one will worry about the historic hold and ongoing influence of large corporations and fortunes on our economy, politics, and public debates.

Our apathy will prove to be our enemy, once again.

The winners in 2017 will be the ones among us who can find a way to handle news from the United States without giving up on humanity, democracy, or worse, giving up our responsibilities as citizens to keep informed and think critically.

Santé.

La prévention après coup

Si la société s’était attaquée au problème de l’ivresse au volant de la même façon que nous traitons de la violence faite aux femmes, au lieu de campagnes « Évitez l’alcool au volant » nous aurions des messages publicitaires nous enjoignant de se sortir du chemin des chauffeurs saouls, de prendre le train peut-être.

Ces dernières semaines, alors que le mois de la « prévention » de la violence se termine par ce 6 décembre de commémoration de la tuerie de Montréal, on a encore une fois vu que les organismes qui disent faire la prévention de la violence faite aux femmes n’ont de conseils que pour la victime : sors-toi de là, chère. Ça c’est dans la province qui détient ou a récemment détenu les pires résultats en violence familiale. Allez voir les trois vidéos lancés récemment par le gouvernement provincial, surtout celui Une rencontre sociale. On passe si proche de ce qu’il fallait faire, mais n’a pas eu le courage : http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/ministeres/jsp/securite_publique/content/securite_et_protection/content/LaViolenceEntrePartenairesIntimes/InfoGraphics.html .  Allez lire les articles de ces dernières semaines sur le sujet de la violence faite aux femmes. L’hypothèse de travail semble être que cette violence tombe du ciel.

Pourtant, « les services aux victimes de violence dans les relations sont à la prévention ce que les salles d’urgence sont aux ceintures de sécurité. Ne me dites pas que vos dons aux maisons de transition vont résoudre le problème. Montrez-moi un crime éliminé par le port d’un ruban coloré. Montrez-moi une question, une maladie, un problème résout par le biais des services offerts aux victimes. Ces gestes ne préviennent pas la violence. Ces gestes sont confortables … et ils aident à perpétuer le problème en prétendant de s’en occuper, si on ne fait que ça. »*

La nouvelle campagne anti violence du gouvernement fédéral fait un peu plus de bon sens : les affiches « Vos gestes comptent » dénoncent nos attitudes qui font qu’on blâme les femmes (« Ses choix vestimentaires ne vous regardent pas. » « Y’a rien de drôle dans le fait de dévaloriser les femmes »). Peut-être éventuellement on parlera des hommes.

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* Tiré de mon billet sur le même sujet de 2015 : https://rosellam.wordpress.com/2015/12/08/la-violence-quon-aime/

Je hais traduire

Je hais traduire, vous ne pouvez pas savoir comment. Comme on hait la douleur, je hais traduire, que ce soit du français à l’anglais, de malpoli à poli, ou vice versa.

J’ai donc toujours été reconnaissante que d’autres peuvent trouver plaisir à traduire. Merci ! Comment vous faites ?

Je hais surtout me traduire, parce que je finis toujours par vouloir arrêter la traduction pour modifier ma version originale, et ça devient un cercle vicieux. Je hais aussi traduire des textes des autres, parce qu’on est « l’esclave de l’auteur », comme a dit Andreï Makine.

Mais y’a itou que je vis au Nouveau-Brunswick et que j’ai travaillé longtemps au sein du gouvernement de cette province bilingue –  tsé, anglais à gauche, français à droite ; la symétrie obligatoire et la traduction rigidement conforme à l’original. À cette école, j’ai appris une attitude biaisée : la traduction est ennuyeuse à lire et à faire.**

Au lieu de lire des choses traduites, je cherche la version originale si celle-ci est en français ou en anglais, parce que je sais que d’ordinaire une traduction est fidèle aux mots mais pas toujours à la culture ou au sentiment tel qu’interprété dans cette autre culture. On perd dans la traduction, dit-on, mais je pense que c’est plutôt que, même lorsqu’elle est bonne, la traduction est une oeuvre différente de l’originale, bien sûr surtout lorsqu’il s’agit d’une œuvre littéraire ou poétique.  Pour donner la pleine pensée d’Andreï Makine à ce sujet, « le traducteur de la prose est l’esclave de l’auteur, et le traducteur de la poésie est son rival ».

Bien sûr je lis souvent des articles, des études et des romans traduits de d’autres langues que le français et l’anglais. C’est la seule façon de s’ouvrir au monde, autre que de voyager. Mais en lisant des textes traduits, je me demande souvent comment l’auteur original avait formulé une tournure de phrase ou une formulation imagée. On peut y perdre la touche de l’auteur, la couleur locale. Si c’est ce que l’œuvre voulait surtout partager ou exprimer, c’est à se demander si ça vaut la peine de lire. Quelqu’un de bien intentionné m’a un jour donné une traduction à l’anglais de La Sagouine. Du travail qui ne valait pas la peine d’être fait, selon moi. Y’a rien qui reste.

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** Je ne parle pas de l’interprétation simultanée, parce que des interprètes sont ici, maintenant, tsé, en simultané. J’ai une admiration sans borne pour les interprètes. Leur travail est une prouesse ; c’est comme surveiller un chauffeur de semi-remorques dans une manœuvre délicate, ça me laisse bouche bée

Moi, Trumpette ?

Qui dirait qu’un événement si malheureux, si potentiellement catastrophique que l’élection de Donald Trump pourrait avoir des bénéfices ?  S’il y en a, ils ne valent ni n’excusent ce qui s’en vient. Mais alors que, des jours après l’élection, j’étais toujours dans la déprime et la torpeur, je me suis dit, fais une liste de ce qui pourrait ressortir comme positif de cette catastrophe. Pis brûle un lampion.

  • La marque « États-Unis » va perdre du brillant. (J’allais dire perdre des plumes mais l’ « aigle » américain est probablement occupé à aiguiser ses talons, donc évitons cette métaphore.) Déjà, l’ampleur de la réaction au geste irresponsable des États-Uniens, les moqueries, les railleries, les écrits brillants de gens d’ailleurs- c’est du jamais vu, et c’est de quoi on ne se remet pas facilement. C’est positif parce que leur image devait être mise à jour.
  • Le parti ‘Democrat’ va peut-être se refaire en un parti qui offre une alternative plus alternative. S’il le faut. Peut-être. S’ils ne trouvent pas d’autre moyen de se faire élire.
  • Les simples d’esprit qui ont voté pour cette personne parce qu’ils se sentent lésés et ignorés dernièrement vont voir qu’il n’y a pas d’avenir dans la haine – pas d’emploi pour tous, pas de paix, pas de rebondissement économique, pas de fierté « nationale », pas d’honneur. Ils vont voir la réalité qu’on ne montre pas dans la téléréalité – que M. Trump est un bluffant, qu’il n’est pas politicien, pas un homme d’État, pas un démocrate. Pire, il ne peut pas livrer la marchandise.
  • Les pays qui sont « great » le sont parce que leurs systèmes fonctionnent, parce que d’autres le pensent, parce que des autorités reconnues et indépendantes le disent. Les chances sont grandes qu’il va « Make America sorry again »
  • C’est un moment extrêmement propice à l’enseignement – tsé, comme après un accident de la route causé par l’inattention.
  • Enfin, – et là je niaise et rêve en couleur parce que j’ai toujours voulu porter des accusations contre les « citoyens » qui ne votent pas – les États-uniens qui n’ont pas voté seront peut-être accusés de manque au code de citoyen, de non-respect de l’obligation de maintenir la paix, de non-assistance à personne en danger, de ne pas honorer leurs ancêtres et l’honneur de l’humanité.

Excu-u-use me si vous n’êtes pas bilingue

J’ai probablement mal compris ou je ne devrais pas les prendre au mot, mais je crois entendre une note nouvelle dans le ronron des revendications de ceux qui sont contre le bilinguisme au Nouveau-Brunswick.

Je crois comprendre que certains de ces gens dénoncent la politique de bilinguisme parce que peu d’anglophones sont bilingues. Le dernier à présenter cet argument est le nouveau chef du parti conservateur, Blaine Higgs, qui a dit à l’Acadie Nouvelle la semaine dernière, « Quand 70% de tes enfants (anglophones) dans le système scolaire obtiennent leur diplôme sans parler les deux langues officielles, ils sortent de l’école avec une main attachée dans le dos. Ça ne peut pas être ça la vision de départ (du bilinguisme officiel). Et c’est ça qui provoque des émotions. »

Ces derniers mois, plusieurs autres anglophones unilingues ont avancé cette objection. Certains disent ensuite que c’est là la preuve que le bilinguisme ne marche pas et qu’il faut soit l’abolir, ou leur donner des emplois dans la fonction publique parce que tout Néo-brunswickois a droit à un poste de fonctionnaire, ou au moins les laisser embarquer pour une ride dans les autobus scolaires des petits francophones. Pardon, j’ai de la misère à suivre leurs arguments mais c’est quelque chose comme ça.

Well, excuse me si vous n’êtes pas bilingue. Ç’aurait peut-être affaire au fait que vous ne l’avez pas revendiqué ? Peut-être ça affaire au fait que le discours ambiant des anglophones de la province était depuis toujours que « French is being rammed down our throat » ? On doit présumer que ça ce n’était pas vrai ? Peut-être si la motivation pour l’inscription de ses enfants à l’immersion était plus saine et forte, et si l’engagement à une province bilingue était plus réel, vous auriez une panoplie d’options pour devenir bilingue. Je suis d’accord que vos services d’immersion sont peu glorieux – j’ai rarement vu un jeune qui en sort avec qui je peux avoir une petite conversation en français qui n’est pas pénible à mourir.

En tout cas, vous n’aviez qu’à vous organiser pour revendiquer des services. Bravo si vous le faites maintenant. Ce n’est point la faute des Acadiens ou notre responsabilité de le faire pour vous. Ça s’appelle la dualité…

Ah, pis en passant le but de la politique de bilinguisme n’était pas de vous rendre bilingue. You can look it up. C’était que le gouvernement traite de manière respectueuse avec tous les citoyens, pardon, contribuables.

Si je n’ai pas tout mal compris et ils veulent devenir bilingue par amour pour le français, pour le Nouveau-Brunswick, le Québec, la France et les Acadiens, je leur souhaite bonne chance et bon apprentissage. Ce que je ne leur souhaite pas, c’est de découvrir la meilleure façon que j’aie trouvé pour apprendre une autre langue : n’avoir pas de service dans ta langue.

Les jeunes et les vieux qui m’agacent

Lorsqu’il n’est plus acceptable de vitupérer certains groupes, y’en a toujours d’autres, que tu peux vitupérer et demeurer fréquentable.

Alors que j’écris, on peut encore se moquer de ben du monde – les jeunes, les vieux, les croyants de certaines religions, les politiciens, les fonctionnaires …

Dernièrement, j’ai eu des conversations troublantes avec des gens que j’aime, impliqués dans des causes que j’aime.  Des jeunes se plaignaient que ceux d’une autre génération dans l’organisme sont un problème, que ces vieux et vieilles coupent les ailes aux jeunes. À d’autres moments, dans d’autres contextes, des vieilles/vieux m’ont dit que « la relève » ne comprend pas les enjeux, et vont nous faire perdre les acquis gagnés, etc. À une autre occasion la conversation a commencé avec ‘Ah, le jeune monde d’aujourd’hui, tsé’…

Je ne sais pas ce que je leurs ai répondu. Ce que j’ai pensé, dans tous ces cas : VOUS CROYEZ VRAIMENT QUE LE MONDE EST EN NOIR ET BLANC ?  VOUS CROYEZ QUE JE PENSE COMME TOUS LES AUTRES DE MON ÂGE ? En majuscule, je pense ça. Quand je pense en majuscule, je ne peux pas répondre. J’ai des feux d’artifice à l’intérieur, et je me tais.

J’aimerais dont bien que l’âge fasse une différence, que les jeunes soient différents des vieux, j’aimerais croire que la prochaine génération nous sauvera de notre bêtise. Mais même Darwin ne promettait pas une évolution si rapide.

Et je ne crois pas pour une minute que les jeunes sont pires que les aînés. En fait, je ne pense pas que les générations sont bien différentes. Il n’y a que des individus et dans chaque génération il y a plus de diversité que de traits caractéristiques de la génération.

Il me semble que les jeunes sont tout aussi stupides – et à l’occasion brillants – que les vieux et les vieilles. Et malheureusement, ces vieux sont aussi stupides et tout aussi rarement brillants que leurs ancêtres et leur progéniture.

Pis si au moins, comme disait Les Colocs, y’en avait moins de pauvres crétins.

Depuis longtemps je remarque que des parents vous décriront « les jeunes d’aujourd’hui »… selon ce qu’ils voient des amis de leurs enfants.  Ainsi les jeunes d’aujourd’hui seraient plus ambitieux, plus blasés, plus drogués, plus sérieux, selon la petite clique que leurs propres enfants fréquentent. Savez-vous combien de cliques, de coteries, il y avait dans mon école secondaire ? Des douzaines. À en croire les gens d’aujourd’hui, il n’y avait alors que les hippies, mais il y avait les Stephen Harper et bien d’autres genres, je vous assure.

Aux jeunes qui croient que tous les jeunes pensent comme eux et que ceux qui ne pensent pas comme eux, c’est parce qu’ils sont d’une autre génération, je leur conseille qu’ils élargissent leur cercle de connaissances – tous les jeunes ne pensent pas comme vous. La chose est ailleurs. Ton problème avec les vieux, ce pourrait-il que ce soit une question d’attitude et d’approche ou que tu as tombé sur les mauvais vieux ?

Aux vieux qui crient que les jeunes vont gâcher leur vie ou gaspiller les acquis durement gagnés, je dis, vous voyez-vous faire ? Vous connaissez combien de jeunes en fait ?

Mettez-moi dans une cohorte de personnes de mon âge ou dans une de gens 30 ans plus jeune que moi, j’y trouverai autant et aussi peu d’âmes sœurs dans un groupe que l’autre. Ce qui en décide est ailleurs que leur âge.

Les médias et les sociologues à court d’idées ont inventé les générations alphabet – X, Y, Z – comme si à tous les 25 ans la société produisait une nouvelle gang qui pense et agit tous pareils, et différemment des générations précédentes.

Il peut exister des conflits de génération. Et il est vrai que les sociétés évoluent. Mais ce dont je vous parle n’a rien à voir à cela. Ça rappelle plutôt la discrimination. Blâmer l’âge, c’est comme blâmer une race, c’est une invitation à cesser de penser.

Pas de honte à être anglophone

Il n’y a pas de honte à être anglophone. Pourtant certains organismes prétendent être bilingue alors qu’ils ne le sont pas. Et pire, while feminist ! C’est surtout là que je me regriche.

Prétends pas d’être bilingue en comptant sur ma gratitude. Je suis tannée de nous entendre marmonner entre nous, pauvres féministes de la francophonie.

Nombre d’organismes « canadiens », dont plusieurs à vocation féministe, se dorent les épaulettes en adoptant une traduction de leur nom, en traduisant un petit pourcentage de leurs publications, en ajoutant une dentelle à leurs discours – genre « et une pensée pour nos sœurs francophones » – tout en n’analysant jamais un problème autre que du point de vue dominant pour ne pas dire Toronto, tout en croyant qu’une conférence bilingue c’est avoir l’interprétation simultanée et dire bonjour avant de présenter la prochaine présentation toujours en anglais, tout en ne communiquant jamais en français sur les réseaux sociaux – ne cherchez pas les fils Twitter ou Facebook en français de la Fondation canadienne des femmes, de l’Alliance féministe pour l’action internationale, ou d’À Voix égale, par exemple.

Cette prétention d’être inclusivement bilingue est antiféministe, et néfaste pour les francophones. Ces organismes donnent l’image que rien ne se passe dans la francophonie, que tout se passe dans le monde anglophone. Ils s’attirent les dons, les accolades et les subventions d’un organisme « national » qui ne l’est pas.

Demande-leur quand est la dernière fois qu’ils ont traduit un texte du français vers l’anglais, quand ils ont consulté ou organisé une activité avec les féministes de la francophonie.

Ces groupes font du travail essentiel. Et font du tort. Ils occupent de l’espace à nos dépens. Vous nous assimilez. How feminist is that?

 

Tout le temps il faut s’aider

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle, le 12 août 2016.

Lorsque j’écrivais une chronique politique hebdomadaire, les textes qui suscitaient le plus de réaction étaient ceux portant sur l’Acadie et les droits linguistiques. Un bon nombre de francophones m’écrivaient mais je veux vous parler de la réaction des anglophones.

Ma chronique était en anglais. Les réactions des anglophones à mes chroniques étaient en grande majorité positives. (L’autre partie était de la haine crachée, et je les oubliais aussitôt à moitié lu). La majorité donc, – disons une centaine d’individus dans les 18 mois que j’ai signé une chronique provinciale – m’écrivaient pour me dire soit, ‘je ne savais pas que c’était comme ça’ ou ils me confiaient leur propre cheminement sur cette question. Pour ces derniers, j’ai souvent été surprise que le point de départ de leur cheminement était du mépris, du racisme pur, appris aux genoux de leurs parents, de leur société, de l’école. Mais ils m’écrivaient avec une toute autre perspective, me disaient qui ou quoi les avait changé et exprimaient une belle appréciation de la solution Néo-Brunswickoise à la coexistence.

Hier je me rappelais d’un de ces correspondants, un homme de Brooklyn qui avait reçu ma chronique du 15 août 2000 de sa deuxième cousine du N.-B.  Sa grand-mère était acadienne, déménagée aux États-Unis il y a 100 ans. La famille n’a jamais parlé le français, mais ils ont mangé acadien. Il dit qu’il se sent Acadien en esprit et que de son appartement à Brooklyn, il rêve de l’Acadie.

Il avait visité l’Acadie en 1972. Je ris encore de ses histoires de sa recherche, en anglais avec l’accent Brooklyn pour « une famille Robichaud » dans un village de la région de Kouchibouguac. « Mister, y’a presque pas de famille qui ne sont pas des Robichaud ».

Mais je veux vous parler de sa deuxième visite, en 2000.  Ç’a été une visite réussie, il a visité ‘toute son monde’. Mais en s’en retournant aux États, il s’arrête à Fredericton. Il fait connaissance de gens, très accueillants jusqu’à ce que on lui demande ce qui l’amenait de New York au Nouveau-Brunswick.  Il répond qu’il est Acadien et visitait la parenté. Il dit que la salle s’est figé. Froid immédiat. Il m’écrit, « Je suis Acadien mais je suis aussi New Yorker avec l’attitude qu’on leur connaît et j’ai plus de 6 pieds et 240 livres ». Il poursuit, « Je leur réponds, ‘Hey pal, you gotta problem wit dat?’« .  Ils ne semblaient pas s’attendre à cela, dit-il.

Il cherchait par tous les moyens à déménager en Acadie. Je lui ai dit que je le lui souhaite et je nous le souhaite.

S’il est parmi nous, toutes ces années plus tard, j’aimerais qu’il nous donne des cours, « Hey pal, you gotta problem wit dat?« . Ayant appris récemment un peu au sujet du concept des universités populaires, je me dis, pourquoi est-ce que notre université n’a pas une branche « populaire ». Il ne manque pas de besoin dans l’Acadie du Nouveau-Brunswick. Voilà un thème que l’on pourrait envisager d’offrir : « L’auto défense en Acadie ».

Qu’est-ce qui était si difficile ?

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a proposé une loi créant un conseil des femmes indépendant. Il a donc abandonné la structure interne, Voix, que les gouvernements avaient baptisé « indépendante » sauf que le comité interne n’a jamais pu se mettre à l’oeuvre, dépenser son budget ou embaucher du personnel.

La loi proposée aujourd’hui est une chose positive. Bravo au premier ministre qui a accepté de changer son idée. Brava à Voix qui a éventuellement accepté qu’il n’y avait aucune autre façon d’avancer.

Cependant.

Avait-on vraiment besoin d’apprendre que sans statut, on est rien – surtout pas indépendante ? Ce dernier siècle de l’histoire des femmes n’a-t-il pas été une lutte pour statut et indépendance ?

N’importe qui qui sait quelque chose du fonctionnement des gouvernements et des politiques sait qu’une entité ne sera indépendante que si elle dépend d’une loi. N’importe qui qui connaît les questions féminines – la controverse qui les entoure et le type de changement qu’elles exigent – sait que cette législation devra être forte.

Un gouvernement sait comment créer un organisme indépendant. Ils le font lorsqu’ils créent des commissions et des conseils – les bureaux d’ombudsman, de défenseur de l’enfant, des langues officielles. Mais pour les femmes, ils n’ont pas suivi la formule consacrée. Pour les femmes, ils ont créé un comité interne et ont dit « la bonne entente nous mènera loin, chère. »

Sans statut, on est invisible. S’il y a quelqu’un qui sait ça, ce sont les femmes.

Mais c’est une journée positive. Après cinq ans sans conseil indépendant, et trois ans à mettre tant d’effort et d’argent dans un exercice frustrant et inutile, il y aura une loi. Je peux vous fournir la liste des occasions manquées entretemps, depuis 2011.

Aux petites jeunes assises autour du feu, je leur ai toujours dit : « vous verrez, mes belles, quand y’a toi pis le gouvernement dans une confrontation à la mort, ce que tu veux avoir à portée de main est une loi et un microphone. C’est comme ça que tu maintiens la bonne entente dans la cabane, et que tu fais des changements. »

 

Was that so hard?

The New Brunswick government has introduced a law to create an independent women’s Council. That means it gave up on the internal committee structure, Voices, which governments insisted was independent except the committee found it could not work on its priorities, spend its budget or hire staff.

The legislation proposed today is a good thing. Bravo to the Premier who allowed his mind to be changed. Brava to Voices who eventually saw no other way to make it work.

But.

Did we really need to learn that without status, you’re nothing, and certainly not independent? Ain’t that what the last century of women’s history has been about, getting status and independence?

Anyone who knows how government works knew an independent body required legislation. And anyone who knows women’s issues – the controversial nature of much of it, the kind of change they require – knew that only strong legislation would work.

Governments know how to set up an independent body. They do it for commissions, advisory groups, advocacy offices – the ombudsman, official languages, child advocacy, and other offices. For women, they didn’t follow the template.  For women, it was “let’s just have an internal committee? Can’t we all get along?”

Without legal status, you don’t have status. Women of all people know that, over and over.

So this is a good day. After 5 years without an independent Council, and 3 years where so much effort and money was put in a frustrating unnecessary exercise, there will be a law. I could give you a list of lost opportunities since 2011.

Like I tell the young’uns around the fire, when you face a showdown with government because you think women should be treated as equals, as some of us have, what do you do? What do you reach for? You reach for the law, and the microphone.  That’s how we all get along, and get change done.

 

Les Caisses se cherchent et se perdent

Ce texte a été publié en premier par le site Astheure.com le 3 mai 2016. Merci et longue vie à eux.

Nos Caisses populaires acadiennes deviennent Uni coopération financière.

On aurait pu changer de nom et j’aurais applaudi.

On aurait pu dire «Il faut trouver des nouveaux clients» et j’aurais dit «Ouais pis dépêchez-vous, parce qu’avec le taux de fécondité de l’Acadie et le je-m’en-foutisme des gouvernements à l’égard de l’immigration francophone»…

On aurait pu dire «Il y a trop de têtes blanches à nos réunions» et j’aurais dit «C’est peut-être la poussière de l’institution, mais d’accord et dépêchez-vous».

Si on avait fait cela comme il faut, le tout aurait pu passer comme du miel. Toutefois, on n’a rien dit. On n’a pas discuté du sujet en public même s’il s’agissait d’un changement potentiellement si important. Bref, on n’a pas eu le réflexe de la coopération.

On aurait même pu dire «Nous ne voulons plus être un symbole acadien, nous voulons jouer avec les grands» et nous aurions contesté et discuté comme du monde, voire comme un peuple.

Mais on n’a pas entamé la discussion. On a fait comme toute autre société à profit.

Serait-ce parce qu’on n’a pas su comment dire aux Acadiens, «Tsé, le mot Acadie, c’est gênant. Nous n’avons pas trop d’idées quoi faire pour régler nos vrais problèmes, mais nous savons que nous avons right honte de notre nom. Donc nous voulons seulement nous servir du mot Acadie entre nous, tsé, en cachette. Parmi le vrai monde, nous serons des syllabes. N’importe lesquelles. Mais faudrait pas que ce soit trop français, cela ferait peur».

N’ayant pas bu l’eau servie à l’Assemblée générale annuelle, nous avons fait un « Hein?» collectif lorsque l’annonce de la nouvelle image de marque a été faite. Ça n’a pas impressionné, ni le nom, ni le logo. C’était vide de sens. Quoi, j’ai huché, le drapeau devant vos bâtisses sera-t-il en matériel de camouflage bleu et vert?

Maintenant, on nous radote que nous n’aimons pas parce que les gens n’aiment pas le changement. «À la longue, vous allez aimer».

Un peu de condescendance avec votre pilule?

Stephen Harper n’est plus premier ministre. J’aime ce changement. J’aime le fait qu’il n’y a plus de Patente en Acadie non plus. Vois-tu, je n’ai pas de problème avec le changement.

On nous dit aussi qu’on fait cela pour les jeunes. Que les jeunes, eux, comprendront. Que les jeunes d’aujourd’hui, tsé…

Je ne sais pas comment je peux me sentir insultée, à la fois, au nom des jeunes et des vieux, mais c’est fait.

Donc notre institution financière pense que nous nous parons contre le ramollissement identitaire en se ramollissant. J’feel mon cerveau ramollir, comme dit Lisa LeBlanc.

Ou, comme disait Céline, «Madame Bérenge, elle visait bas, elle visait juste».

Tsé le petit velours que tu ressens quand tu passes devant une Caisse en Acadie. Mon velours me râpe la peau ces jours-ci.

It’s Aboriginal People’s Turn

A shorter version of this commentary was published by New Brunswick Telegraph Journal on April 22, 2016.

I have a bias in favour of aboriginal people.

They saved my ancestors, when we first arrived and during the Terror years in the eighteenth century. They live among us yet we know nothing about them. Despite our best efforts, their culture is still alive, for the most part, and for now.  We share a country – theirs – but they don’t have our quality of life.

They have a great sense of humour, in my experience. Despite what has happened to them and their current situation, they are not terrorists. Today’s aboriginal peoples are survivors of ethnocide attempts. And those attempts may yet be “successful”.

They saved my ancestors.

Some of my ancestors were First Nations.

For all those reasons, I have a bias in favour of aboriginal peoples.

But that’s not why I think Canada’s most critical issue is the aboriginal peoples.

Rather, it’s because we won’t have any peace until we address this issue. Not that we will be badgered and harassed by the concerned parties – we might be. And not because Canada’s reputation will suffer – it does, but not enough. The issue of the aboriginal peoples is our most important because we are in the wrong. And if we don’t address it, we are only delaying it.

It’s like living on stolen money. Can we be fully happy and secure doing that?

So Canada has a problem: us. We are the aboriginal peoples’ problem.

Around here, First Nations did not cede their land, but that hasn’t meant much. Governments gathered them in camps and then imposed a form of government that did not give them the same rights as non-Aboriginal citizens, and which often did not respect treaties. The Indian Act continues to have harmful impacts on their communities.

Thousands of aboriginals, some as young as five, were taken from their parents and sent to residential schools to “eliminate parental involvement in the intellectual, cultural, and spiritual development of Aboriginal children”, the official mandate of those schools, the last of which was closed in 1996.

The Truth and Reconciliation Commission, whose work between 2008 and 2015 was financed by the survivors of these schools, has excellent resources for us to learn more. Seven generations went through the hell of those schools. The Commission concluded that it will likely take another seven generations to create a healthy relationship between us and them. We need to get moving.

The past is not as important as what we do in the present.

Thankfully, a majority of Canadians favour making the aboriginal issue a political priority. One could be surprised at that, since the horrors visited upon the aboriginal peoples seem to have had little power to wrest us from our lethargy on this issue. We’ve shown we can mobilize for refugees, but thousands of disappeared aboriginal women, thousands of aboriginal youth who commit suicide, thousands of aboriginals living in Third World conditions don’t seem to move us to action. I believe the problem is partly that this is not a case where, like a character said in a George Bernanos novel, we can “come across an injustice… about my own size, not too strong or too weak for me” and “jump on its back and twist its neck. »

We will not make this right with just sympathy and social work.

Political decisions brought us to this point, where posttraumatic stress syndrome is practically in the DNA of many aboriginals, as they have said. You think excuses apologies and ceremonies will fix that?

It is a political problem and a question of justice. We will have to recognize and act on their right to a fair share of territory and resources.

We will have to negotiate nation to nation, as between equals. The end result should be aboriginal peoples as independent and happy as we are.

Luckily, the new government is making noises in that direction: to attack the issues nation to nation.

There is something « about our own size »: Keep them to their word. Put the issue at the top of our list of priorities for the country. It’s time.

This is a question of justice to be resolved, with a few centuries of delay, so that we can all enjoy this great and young country.

C’est au tour des nations autochtones

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle le 13 avril 2016.

J’ai un biais en faveur des autochtones.

Ils ont sauvé mes ancêtres, à notre arrivée et pendant la Terreur au 18e siècle. Ils vivent parmi nous et on ne sait rien d’eux. Malgré nos meilleurs efforts ignobles, leur culture est toujours vivante, pour la plupart et pour l’instant. On partage un pays – le leur – mais ils n’ont pas notre qualité de vie.

Malgré ce qui leur est arrivé et leur situation actuelle, ils ne sont pas des terroristes. Les autochtones d’aujourd’hui sont des rescapés de nos tentatives d’ethnocide, et ces tentatives pourraient « réussir » à retardement.

Ils ont un sens d’humour et le fou rire facile, de mon expérience.  Ils ont sauvé mes ancêtres. Certaines de mes ancêtres sont autochtones.

Pour ces raisons donc, j’ai un biais en faveur des autochtones.

Mais ce n’est pas pour tout ça que je pense que la question la plus critique pour le Canada est la question autochtone.

Je pense ça parce qu’on n’aura jamais la paix si on ne règle pas cette question. Non pas parce qu’on va être tanné et traqué par les partis concernés – on le sera peut-être. Et non pas parce que la réputation du Canada va en souffrir – elle en souffre déjà mais pas assez. Cette question est cruciale parce qu’on est dans le tort, et si on ne fait rien, on ne fait que remettre à plus tard. Le Canada a un malaise qui dérange notre conscience, et notre bonheur.

C’est comme vivre d’argent volé – crois-tu vraiment qu’on peut être heureux sans régler ça ?

Donc, le Canada a un problème : nous. Nous sommes le problème des autochtones.

Ils étaient sur ces terres depuis des millénaires lorsqu’ils nous ont accueillis. Les autochtones d’ici n’ont pas cédé leurs terres, mais plus tard le gouvernement les a rassemblés dans des camps et leur a imposé une forme de gouvernement qui ne leur a pas donné les mêmes droits que nous autres citoyens, et qui souvent n’a pas respecté les traités. La Loi sur les Indiens imposée a toujours des effets très néfastes dans leurs communautés.

Des centaines de milliers d’eux, aussi jeunes que 5 ans, sont arrachés à leurs parents et envoyés à des écoles résidentielles, afin « d’éliminer le rôle des parents dans l’épanouissement intellectuel, culturel et spirituel des enfants autochtones », le mandat officiel de ces écoles, dont la dernière a fermé en 1996.

La Commission Vérité et Réconciliation, dont le travail de 2008 à 2015 a été subventionnée par les survivants de ces écoles, a créé des ressources excellentes pour en apprendre davantage.  Sept générations ont passées à travers l’enfer de ces écoles. La Commission a conclu qu’il faudra sept générations pour recréer une relation saine entre nos nations. Il faudrait s’y mettre.

N’importe le passé, la chose qui compte est ce qu’on en fait au présent.

Heureusement, une majorité de Canadiens et Canadiennes sont favorables à la priorisation politique de la question autochtone. Cela peut surprendre puisqu’il peut sembler que les horreurs qu’ont vécu et que vivent les autochtones ont peu de pouvoir pour nous arracher de notre léthargie. Se mobiliser pour des réfugiés, on sait le faire mais que des milliers de femmes autochtones disparaissent, des milliers de jeunes autochtones se tuent, des milliers d’autochtones vivent dans des conditions tiers-mondaines, … bof. Je suis d’avis que le problème est en partie que ce n’est pas une situation où, comme le curé personnage dans le roman de George Bernanos, on trouve « une injustice qui se promène toute seule …et à ma taille, ni trop faible ni trop forte », et alors on « saute dessus, et l’étrangle. » Essaie de trouver quelque chose à ta taille dans cette situation. Moi je trouve peu.

N’essayons pas de régler cette question à coup de sympathie et de travail social.

Ce sont les décisions politiques qui nous ont amené à ce point, à un point où le syndrome de stress post-traumatique est presque dans l’ADN de nombres d’autochtones, comme ils disent. Tu crois que des excuses et des cérémonies vont faire l’affaire ?

C’est plutôt un problème politique et une question de justice. Nous avons à reconnaître leur droit à un partage équitable des territoires et des ressources.

Nous devrons négocier nation à nation, entre égaux. À la fin, il faut que les autochtones soient aussi autonomes et heureux que nous.

Heureusement, le nouveau gouvernement fédéral fait des bruits dans ce sens, de vouloir s’attaquer à la question de nation à nation.

Voilà une tâche « à notre taille » : Tenons-les à leur mot. Mettons la question au haut de notre liste de priorités pour le pays. Ce n’est pas un passe-droit, mais son contraire.

C’est une question de justice à résoudre, avec quelques siècles de retard, afin qu’on puisse vivre de plein droit dans ce beau et jeune pays.

Du travail à refaire – Journée des femmes

Dresse une liste des domaines où la vie des femmes du Nouveau-Brunswick s’est améliorée dans les dernières décennies, et elle sera longue et impressionnante – nous avons davantage d’autonomie, de droits et, la plupart du temps, de respect.

Ensuite dresse la liste des domaines où l’égalité n’est pas atteinte – celle-là également sera longue … et assez semblable à la première liste. Le travail n’est pas achevé en partie parce que le travail n’est pas bien fait :

Des services de garde inabordables valent autant qu’un pont défoncé lorsqu’il est question de se rendre au travail.

Nous savons recueillir les plaintes d’agression sexuelle, mais nous ne semblons pas savoir quoi faire de ces plaintes.

Nous nous empressons comme pas un autour des femmes victimes de violence, mais faisons peu pour prévenir la violence avant qu’elle ne se produise. Ça semble pervers ça, à la longue.

Lorsque nous les femmes avons dit qu’on voulait un emploi, on n’avait pas d’idée que tant d’emplois payaient en pauvreté.

Mon corps, j’en suis capitaine et maîtresse – c’est pas compliqué mais on est dur de comprenure.

Aussitôt une élection lancée, les partis politiques principaux s’époumonent à dire ‘on souhaite vraiment avoir un plus grand nombre de candidates, … oui, vraiment.’ Pis après chaque élection, les mêmes résultats : peu de diversité. Les incantations n’auraient pas d’effet ?

On se rappelle toutes la première fois qu’on nous menace d’égalité : « Tu veux l’égalité ? On va t’la baillé… » Voici une récente fois : Après de nombreuses années de pression par les femmes, le gouvernement provincial a évalué certains postes à prédominance féminine pour vérifier l’équité salariale. Un tel exercice est d’habitude encadré par une loi et effectué par un organisme indépendant ayant une expertise. Ici, une méthode « élaborée au Nouveau-Brunswick » a donné des résultats étonnants. Le salaire de la plupart des postes à prédominance féminine examinés serait excessif, dont celui des administrateurs dans les services de garde et les travailleuses de soutien et d’approche dans les maisons de transition. Ces postes seraient trop payés alors que leurs salaires sont plus faibles ici que dans d’autres provinces où le coût de la vie est sensiblement le même ? Puis on apprend que la méthode employée par le gouvernement était une « adaptation » des méthodes acceptées d’évaluation des emplois et que chacune des adaptations avait comme effet de réduire la chance qu’un ajustement salarial soit dû.

Comme par hasard.

Un autre exemple du genre, « bon, on va le faire, mais tu ne vas pas aimer » :

Voilà cinq ans ce mois-ci que les Conservateurs de David Alward ont aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme et sa loi – et cela six mois après avoir été élu avec une promesse dans leur programme de travailler en collaboration avec le CCCF (je souris lorsque je me rappelle mon emballement naïf lorsque j’avais lu ça). Suite aux protestations que l’abolition a soulevées, les Conservateurs, rendu proche aux prochaines élections, ont voulu corrigé leur gaffe en créant un comité, Voix, pour aviser sur les questions féminines. Sans loi ou Ordre-en-conseil ou cahier de charge. C’était du classique « il faut faire quelque chose, ceci est quelque chose ».

Les gouvernements savent comment créer une agence indépendante, et ils savent que ce qu’ils ont fait ici ne répond pas à ces critères.

J’étais la directrice générale du Conseil pendant ses dix dernières années, et employée du Conseil pendant près de 20 ans avant ça. Je me souviens de confrontations avec des représentants de gouvernement qui s’opposaient à une position ou un projet du Conseil consultatif, parce que c’était pour eux malcommode, problématique politiquement, ou simplement féministe. Le Conseil a pu continuer sur son chemin lorsque nous avons su répondre, « Ma foi, nous ne faisons qu’essayer de s’acquitter du mandat prescrit par notre loi, parce que nous aurons des ennuis si nous acceptons des fonds publics sans faire le travail. »

Essaye de dire ça sans rien en main. Ce serait semblable à se retrouver dans un pays étranger sans pièce d’identification.

Puis est venu le gouvernement Gallant avec une promesse de donner une vraie indépendance à ce comité.

Vu l’attitude démontrée par ce gouvernement à l’égard de ses agences indépendantes ces derniers temps, il vaut peut-être mieux ne pas attirer d’attention sur Voix des femmes. Être ignorée serait bien s’en sortir, il peut sembler.

Mais voilà plus de deux ans que Voix a été créé et je blâme le manque de statut et de pouvoir accordé au comité pour le fait que Voix n’a pas lancé ses activités. Pourtant il y a tant de dossiers à traiter. Je peux vous en faire une liste. Elle est longue.

Une dernière question. Le gouvernement provincial a récemment annoncé qu’une analyse inclusive selon le genre fera partie du processus de décision du gouvernement. Chaque option qui sera examinée sera analysé pour son impact potentiel sur l’égalité entre les genres. Sauf que les documents ne seront pas rendus publics, puisque, nous dit-on, ils sont des conseils au Cabinet, donc secret. C’est là une façon de faire, mais ce n’est pas la façon transparente et crédible. Ils auraient dû demandé ces analyses d’une entité indépendante, mais même si elles sont réalisées au sein du gouvernement, les études pourraient être publiques sauf les conseils au Cabinet qui se basent sur ces études. Autrement, nous devons présumer que rien n’a changé, surtout vu l’absence d’effet visible de ces analyses, et vu que le gouvernement n’a pas dit qu’il adoptera que les options qui ont un effet positif ou neutre sur l’égalité. On peut présumer qu’une case à cocher a été ajoutée aux documents soumis au Cabinet – Analyse inclusive complétée ? – mais il est sage de demander de voir ces documents et de connaître le processus suivi. Ce n’est pas du cynisme, c’est de l’expérience.

 

 

Getting it Right – Women’s Day

If you were to compile a list of the gains New Brunswick women have made in recent decades, it would be long and impressive. We have more rights, and greater autonomy and standing.

However, if you were also to list the issues that should be addressed in New Brunswick to bring about equality between the sexes, that list, too, would be long, and somewhat similar to the first list. That’s because the job isn’t finished, often because it is being done badly. For instance:

Quality child care remains unaffordable for many and unaffordable child care is about as useful as a washed-out bridge when trying to get to work.

We know how to take a sexual assault complaint. We just don’t seem to know what to do with it.

We have shown we care for female victims of male violence, but we don’t do much to prevent the violence before it starts (which, if you think about it, is kind of creepy).

We wanted jobs, but we weren’t told so many jobs earn you poverty.

What is it about “I’m the boss of my own body” that we don’t understand?

With every election, we get the same results: little diversity, even though every election the main parties say they really, really, yes, really want more female candidates. How can that be? Don’t incantations work?

We remember the first time we are threatened with equality. Here’s a recent example from that « You want equality, you’ll get it with a vengeance! » school of thuggery: when some traditionally female jobs – such as child care administration and transition house work – were evaluated via a « made-in-New Brunswick » pay equity analysis, they were found to pay too much (even though they paid less than similar jobs in other provinces with similar costs of living). The government – both stripes – said they had « adapted » the generally accepted methods for evaluating pay equity, but this had the result of reducing the chance of a salary adjustment to female workers. Some call it an adaptation, I call it rigging the game.

Another recent entry in the « ok, we’ll do it, but you won’t like it » file:

Five years ago this month, David Alward’s Conservatives shocked the province by abolishing the Council, months after being elected on a platform to « work with the Advisory Council on the Status of Women » (I still smile at my naive relief on hearing that). Then, having failed to quell the reaction, they tried to smooth things over before facing another election, by creating an internal committee (Voices) to advise on women’s issues, calling it independent. However, no legislation, no Order-in-Council, no authority to back it up. The old political attempt at « You asked for something, this is something ». Governments know how to create an independent agency, and they knew this was not it.

I was the executive director during the Council’s last ten years, and had worked for it for some 20 years before that. I remember showdowns with government representatives at various levels who were upset by a position or project of the Council because it was politically problematic, inconvenient, or just feminist. We were able to persist and prevail, and continue on our road when we said, « Golly, we’re just trying to fulfill our legislated mandate because if we don’t do our job, you and women will be all over us for taking public funding but not doing the job. »

Try doing that when you don’t have that piece of paper. It’d be like finding yourself in a strange country without identification.

Then came Brian Gallant and the Liberal government which promised to fix this and restore independent status to Voices. Given what appears to be the Gallant government’s attitude towards independent watch-dog agencies, it might actually not be helpful to bring this up. To be ignored is maybe to be let off easy. Still, it’s been two years since the new committee, Voices, was created, and we haven’t heard anything. The likely reasons are the lack of structure and legal status. I raise this because there are a lot of issues that need to be addressed; I can give you a list. It’s long.

One final word: the provincial government recently announced it has begun doing gender-based analysis as part of its policy planning. Each option government is studying will be analyzed for its impact on gender equality. However, the analysis documents will not be made public because they are « advice to Cabinet ». That’s one way of doing it. Not the transparent or trustworthy way. The government should have chosen to have it done by an independent body, but even if it is done in-house, the research, at least, could be made public, and not the advice to Cabinet based on the research. Otherwise, and especially in the absence of any visible effect on policy of these analyses, I assume that it’s still business as usual. We have no reason to believe that anything more than a checkbox was added to ministers’ briefing notes: GBA done? Check. The government hasn’t said whether it is going ahead with policies that have a positive, negative, or neutral impact on gender equality, so what do we know? I don’t doubt that analysis is being done, but we should insist on seeing the analyses and knowing the process. That’s not cynicism; it’s experience.