Catégorie : Droits

La grâce de la langue

Ce texte a été publié en premier dans l’Acadie Nouvelle du 10 août 2017.

So, qu’est-ce qu’on fait pour faire mentir la prédiction de notre disparition – pour que l’Ode à l’Acadie ne soit pas éventuellement l’hymne funéraire de l’Acadie ?

Il paraît que ce qu’on fait déjà, c’est pas assez.

Un éditorial de l’Acadie Nouvelle, en réaction aux nouveaux chiffres du Recensement, l’a bien dit, « La tendance est lourde et ne se renversera pas de sitôt (…) Est-il même possible de complètement renverser la vapeur ? (…) Le Nouveau-Brunswick ne deviendra pas unilingue anglais demain matin (…) Mais le déclin de notre langue a des conséquences. ».

Vous voyez le ton, comme un médecin qui vous dit, « tu as encore des chances de t’en sortir ».

Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Et premièrement, pourquoi faire quelque chose ? Pour perpétuer ce qui a été ? Pour honorer nos ancêtres et leur acharnement à demeurer qui ils étaient ? Pour faire enrager les Leonard Jones ? Pour que la dernière brique de notre colonisation ne soit pas posée ? Pour résister à la mondialisation, au rouleau compresseur de l’anglais ?

Un brin de tout ça. Et parce que l’Acadie qu’on a bâtie au Nouveau-Brunswick n’est pas rien.

Mais, pour moi, il y a surtout ceci : le bonheur que je ressens d’avoir le français en héritage, le bonheur de profiter de cette langue. C’est là le fonds de ma motivation.

Ce n’est pas dire que le français est spécial ou supérieur, bien que sa littérature et sa richesse ont peu d’égales, et bien que le français est plus précis que mon autre langue. C’est plutôt dire que je veux pour moi, pour les Acadiens à venir, pour le Nouveau-Brunswick, l’accès au monde en français, à la richesse du monde francophone, ses arts, la musique et la littérature, ses vues sur le politique et le monde. Ce n’est pas par devoir que je veux qu’on se batte, mais par goût du plaisir. C’est pour faire continuer le plaisir que je lutterais. Perdre sa langue, c’est gaspiller, c’est perdre un atout.

Toute langue crée son monde, donne une autre perspective. Perdre une langue, c’est réduire sa perspective. Et je suis d’avis que le monde a dont besoin d’autant de façons de voir et de concevoir que possible.

Sauvez les églises si vous voulez. Moi, c’est la langue qui me mobilise. Défendez ou célébrez le chiac si vous voulez. Ça me semble une distraction, utile pour soulever les passions et se penser moderne. Ce qui m’intéresse plutôt serait un débat et une mobilisation autour des conditions nécessaires pour notre survie comme francophones.

Pour moi, être moderne, c’est faire face à une situation, avoir conscience que les faits ont des causes, les actes ont des conséquences. C’est ne pas se conter d’histoires.

J’ai vu les statistiques. On est au front, qu’on soit militant ou irrésistant. On peut trouver ce qu’il faut faire – obliger le gouvernement de gouverner, insister que nos institutions se réveillent, nous outiller avec les idées gagnantes. D’autres ont des idées quant aux actions prioritaires – politique familiale, immigration francophone, enrichissement de l’éducation – et je veux les entendre. Mais je pense qu’il est tout aussi important de savoir pourquoi on veut se battre, que savoir quoi faire pour réussir. C’est cette clarté de motivation qui fait qu’on y met l’effort. Lorsqu’on prise le but, la voie facile est de lutter. Lorsqu’on ne le prise pas, on suit la Sirène de l’assimilation.

Peut-être que demain ça ira mieux. Je nous souhaite la grâce de la langue.

Notes d’observation

  1. Les unilingues francophones

Ces personnes ne comprennent pas la plupart des enseignes commerciales de leur entourage et ailleurs au Nouveau-Brunswick.

Elles ne savent pas que certains concitoyens doutent de leur existence et de leur droit d’exister.

La plupart de ces personnes ont élaboré des stratégies d’adaptation pour fonctionner dans leur société. Par exemple, avant de téléphoner pour une ambulance ou la police, elles font appel à leur réseau de personnes bilingues afin d’être certaines de comprendre et d’être comprises.

Ces personnes n’ont jamais eu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles n’ont jamais eu un poste d’agent de l’Assemblée législative, et rarement un emploi de service direct au public, comme caissier.

Elles comprennent certaines formules en anglais, dont :
« For service in French, press 2 »
« Do you speak English?»
… « I don’t speak French. »

Par contre, certaines autres formulations fréquentes leurs sont inconnues : “I was a government minister, and my lack of French was not a problem”.

Ajout, le 26 juin 2017 : Il semble que la raison qu’elles sont demeurées unilingue n’a rien à voir avec le fait que, aux yeux de nombre de leurs concitoyens, si elles apprennent l’anglais, elles perdront leur droit à un service en français, ou cela réduira la nécessité d’offrir ce service. Peu d’elles ont connaissance de cette réalité qui les attend.

  1. Les unilingues anglophones

Souvent ces personnes ont eu un emploi comme caissier, par exemple au Irving à Bouctouche, au centre d’achat Champlain de Dieppe, ou au Tim Horton de Cap Pelé.

Elles croient qu’au N.-B. tous les citoyens obtiennent service en leur langue.

Nombre d’elles ont détenu ou ont été interviewés pour un poste d’agent de l’Assemblée législative.

Nombre d’elles ont détenu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles pensent que les bons postes au sein du Nouveau-Brunswick vont aux personnes bilingues.

Nombre d’elles sont d’avis que « French is being rammed down our throat”.

Elles ne comprennent pas certaines questions, même en anglais, par exemple, “What has been your best strategy to get service in your language?”

Elles ne savent pas ce qui vient après « For service in English, press 1. »

Ajout, le 26 juin 2017 : Peu de ces personnes se plaignent de ne pas pouvoir parler à leurs petits-enfants en raison de la langue.

Ajout, le 5 juillet 2017 : Ces personnes sont bien plus visibles et bruyantes que les anglophones bilingues, sur les questions de langue.

Who’s Afraid of Women in the House?

The following commentary was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on March 8, 2017.

A hundred years ago, New Brunswick women couldn’t vote. No, this is not going to be about how women today are lucky and better off, or even thankful.

In 1917, women, who had been agitating for several decades already for the right to vote in New Brunswick, had their hopes up. They thought 1917 would be the year, given their war effort and that women from five other provinces had gained it. When a suffrage bill was proposed, women “flocked in such numbers to the Halls of Legislation that they had the Hall itself and the members went to the gallery”, according to the minutes of the Women’s Enfranchisement Association of the times.

But that bill was defeated like others before it, due to indifference and political gamesmanship. Women’s suffrage was a chip in a play between parties. Some would say a political tradition to this day. But on that day in 1917, in a Legislature corridor, women mobbed – terrorized, according to some – some elected members. The 1917 “fiasco” got the political class to see the writing on the wall and New Brunswick women eventually won the vote in 1919. Though women elsewhere usually obtained the right to run for elected office at the same time as the right to vote, in New Brunswick it was another 15 years before that was granted (the idea of women in the House having caused such jocularity when it was suggested).

New Brunswick cannot claim that it has shown a particular appreciation of women or women’s rights in our history. Not that we are significantly worse than other regions, but we’ve managed to make sure we are no better.

These days, we have had the lowest proportion in Canada of elected female members to the provincial legislature for years, though recently Prince Edward Island took over that category. Not because we improved, but because their rate worsened.  Our Legislature is now 84 percent male. It has been as low as 82 percent. It goes up and down from tragic to marginally less pathetic. Who deserves 84 percent of the seats when they are 49 percent of the population? If you think the Legislature has so many males because of the merit principle, go sit in on the goings on at the Legislature.

Women’s low representation is not seen as a problem since there have been no attempts to change it, other than the incantations heard from the political parties before every election: “We really, really want more women.”

Here’s the thing: political parties are gatekeepers, and they receive significant public funding. They have a responsibility to act and for decades now, plenty of examples from around the world of what works. But the government has the main responsibility to act.

In 2003, when the New Brunswick government created the Commission on Legislative Democracy “to strengthen and modernize New Brunswick’s democratic institutions”, its mandate did not include women’s quasi-absence from our Legislature. However, the Commission’s final report, which has been lauded nationally, included a good discussion of the problem and of the levers that must be worked to increase women’s representation and improve democracy.

The Commission gave New Brunswick a plan that could have had us reach 35 percent female MLAs by now. The annual allowance that government gives to political parties would have been increased by $1 per vote for any party where males were no more than two-thirds of candidates. The Commission also recommended that government assist groups to encourage women to get into politics.

New Brunswick is a great place to live. New Brunswickers are kind, plain folks. If only we did our politics more responsibly. That goes for everywhere these days.

Les jeunes et les vieux qui m’agacent

Lorsqu’il n’est plus acceptable de vitupérer certains groupes, y’en a toujours d’autres, que tu peux vitupérer et demeurer fréquentable.

Alors que j’écris, on peut encore se moquer de ben du monde – les jeunes, les vieux, les croyants de certaines religions, les politiciens, les fonctionnaires …

Dernièrement, j’ai eu des conversations troublantes avec des gens que j’aime, impliqués dans des causes que j’aime.  Des jeunes se plaignaient que ceux d’une autre génération dans l’organisme sont un problème, que ces vieux et vieilles coupent les ailes aux jeunes. À d’autres moments, dans d’autres contextes, des vieilles/vieux m’ont dit que « la relève » ne comprend pas les enjeux, et vont nous faire perdre les acquis gagnés, etc. À une autre occasion la conversation a commencé avec ‘Ah, le jeune monde d’aujourd’hui, tsé’…

Je ne sais pas ce que je leurs ai répondu. Ce que j’ai pensé, dans tous ces cas : VOUS CROYEZ VRAIMENT QUE LE MONDE EST EN NOIR ET BLANC ?  VOUS CROYEZ QUE JE PENSE COMME TOUS LES AUTRES DE MON ÂGE ? En majuscule, je pense ça. Quand je pense en majuscule, je ne peux pas répondre. J’ai des feux d’artifice à l’intérieur, et je me tais.

J’aimerais dont bien que l’âge fasse une différence, que les jeunes soient différents des vieux, j’aimerais croire que la prochaine génération nous sauvera de notre bêtise. Mais même Darwin ne promettait pas une évolution si rapide.

Et je ne crois pas pour une minute que les jeunes sont pires que les aînés. En fait, je ne pense pas que les générations sont bien différentes. Il n’y a que des individus et dans chaque génération il y a plus de diversité que de traits caractéristiques de la génération.

Il me semble que les jeunes sont tout aussi stupides – et à l’occasion brillants – que les vieux et les vieilles. Et malheureusement, ces vieux sont aussi stupides et tout aussi rarement brillants que leurs ancêtres et leur progéniture.

Pis si au moins, comme disait Les Colocs, y’en avait moins de pauvres crétins.

Depuis longtemps je remarque que des parents vous décriront « les jeunes d’aujourd’hui »… selon ce qu’ils voient des amis de leurs enfants.  Ainsi les jeunes d’aujourd’hui seraient plus ambitieux, plus blasés, plus drogués, plus sérieux, selon la petite clique que leurs propres enfants fréquentent. Savez-vous combien de cliques, de coteries, il y avait dans mon école secondaire ? Des douzaines. À en croire les gens d’aujourd’hui, il n’y avait alors que les hippies, mais il y avait les Stephen Harper et bien d’autres genres, je vous assure.

Aux jeunes qui croient que tous les jeunes pensent comme eux et que ceux qui ne pensent pas comme eux, c’est parce qu’ils sont d’une autre génération, je leur conseille qu’ils élargissent leur cercle de connaissances – tous les jeunes ne pensent pas comme vous. La chose est ailleurs. Ton problème avec les vieux, ce pourrait-il que ce soit une question d’attitude et d’approche ou que tu as tombé sur les mauvais vieux ?

Aux vieux qui crient que les jeunes vont gâcher leur vie ou gaspiller les acquis durement gagnés, je dis, vous voyez-vous faire ? Vous connaissez combien de jeunes en fait ?

Mettez-moi dans une cohorte de personnes de mon âge ou dans une de gens 30 ans plus jeune que moi, j’y trouverai autant et aussi peu d’âmes sœurs dans un groupe que l’autre. Ce qui en décide est ailleurs que leur âge.

Les médias et les sociologues à court d’idées ont inventé les générations alphabet – X, Y, Z – comme si à tous les 25 ans la société produisait une nouvelle gang qui pense et agit tous pareils, et différemment des générations précédentes.

Il peut exister des conflits de génération. Et il est vrai que les sociétés évoluent. Mais ce dont je vous parle n’a rien à voir à cela. Ça rappelle plutôt la discrimination. Blâmer l’âge, c’est comme blâmer une race, c’est une invitation à cesser de penser.

Qu’est-ce qui était si difficile ?

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a proposé une loi créant un conseil des femmes indépendant. Il a donc abandonné la structure interne, Voix, que les gouvernements avaient baptisé « indépendante » sauf que le comité interne n’a jamais pu se mettre à l’oeuvre, dépenser son budget ou embaucher du personnel.

La loi proposée aujourd’hui est une chose positive. Bravo au premier ministre qui a accepté de changer son idée. Brava à Voix qui a éventuellement accepté qu’il n’y avait aucune autre façon d’avancer.

Cependant.

Avait-on vraiment besoin d’apprendre que sans statut, on est rien – surtout pas indépendante ? Ce dernier siècle de l’histoire des femmes n’a-t-il pas été une lutte pour statut et indépendance ?

N’importe qui qui sait quelque chose du fonctionnement des gouvernements et des politiques sait qu’une entité ne sera indépendante que si elle dépend d’une loi. N’importe qui qui connaît les questions féminines – la controverse qui les entoure et le type de changement qu’elles exigent – sait que cette législation devra être forte.

Un gouvernement sait comment créer un organisme indépendant. Ils le font lorsqu’ils créent des commissions et des conseils – les bureaux d’ombudsman, de défenseur de l’enfant, des langues officielles. Mais pour les femmes, ils n’ont pas suivi la formule consacrée. Pour les femmes, ils ont créé un comité interne et ont dit « la bonne entente nous mènera loin, chère. »

Sans statut, on est invisible. S’il y a quelqu’un qui sait ça, ce sont les femmes.

Mais c’est une journée positive. Après cinq ans sans conseil indépendant, et trois ans à mettre tant d’effort et d’argent dans un exercice frustrant et inutile, il y aura une loi. Je peux vous fournir la liste des occasions manquées entretemps, depuis 2011.

Aux petites jeunes assises autour du feu, je leur ai toujours dit : « vous verrez, mes belles, quand y’a toi pis le gouvernement dans une confrontation à la mort, ce que tu veux avoir à portée de main est une loi et un microphone. C’est comme ça que tu maintiens la bonne entente dans la cabane, et que tu fais des changements. »

 

Was that so hard?

The New Brunswick government has introduced a law to create an independent women’s Council. That means it gave up on the internal committee structure, Voices, which governments insisted was independent except the committee found it could not work on its priorities, spend its budget or hire staff.

The legislation proposed today is a good thing. Bravo to the Premier who allowed his mind to be changed. Brava to Voices who eventually saw no other way to make it work.

But.

Did we really need to learn that without status, you’re nothing, and certainly not independent? Ain’t that what the last century of women’s history has been about, getting status and independence?

Anyone who knows how government works knew an independent body required legislation. And anyone who knows women’s issues – the controversial nature of much of it, the kind of change they require – knew that only strong legislation would work.

Governments know how to set up an independent body. They do it for commissions, advisory groups, advocacy offices – the ombudsman, official languages, child advocacy, and other offices. For women, they didn’t follow the template.  For women, it was “let’s just have an internal committee? Can’t we all get along?”

Without legal status, you don’t have status. Women of all people know that, over and over.

So this is a good day. After 5 years without an independent Council, and 3 years where so much effort and money was put in a frustrating unnecessary exercise, there will be a law. I could give you a list of lost opportunities since 2011.

Like I tell the young’uns around the fire, when you face a showdown with government because you think women should be treated as equals, as some of us have, what do you do? What do you reach for? You reach for the law, and the microphone.  That’s how we all get along, and get change done.

 

Getting it Right – Women’s Day

If you were to compile a list of the gains New Brunswick women have made in recent decades, it would be long and impressive. We have more rights, and greater autonomy and standing.

However, if you were also to list the issues that should be addressed in New Brunswick to bring about equality between the sexes, that list, too, would be long, and somewhat similar to the first list. That’s because the job isn’t finished, often because it is being done badly. For instance:

Quality child care remains unaffordable for many and unaffordable child care is about as useful as a washed-out bridge when trying to get to work.

We know how to take a sexual assault complaint. We just don’t seem to know what to do with it.

We have shown we care for female victims of male violence, but we don’t do much to prevent the violence before it starts (which, if you think about it, is kind of creepy).

We wanted jobs, but we weren’t told so many jobs earn you poverty.

What is it about “I’m the boss of my own body” that we don’t understand?

With every election, we get the same results: little diversity, even though every election the main parties say they really, really, yes, really want more female candidates. How can that be? Don’t incantations work?

We remember the first time we are threatened with equality. Here’s a recent example from that « You want equality, you’ll get it with a vengeance! » school of thuggery: when some traditionally female jobs – such as child care administration and transition house work – were evaluated via a « made-in-New Brunswick » pay equity analysis, they were found to pay too much (even though they paid less than similar jobs in other provinces with similar costs of living). The government – both stripes – said they had « adapted » the generally accepted methods for evaluating pay equity, but this had the result of reducing the chance of a salary adjustment to female workers. Some call it an adaptation, I call it rigging the game.

Another recent entry in the « ok, we’ll do it, but you won’t like it » file:

Five years ago this month, David Alward’s Conservatives shocked the province by abolishing the Council, months after being elected on a platform to « work with the Advisory Council on the Status of Women » (I still smile at my naive relief on hearing that). Then, having failed to quell the reaction, they tried to smooth things over before facing another election, by creating an internal committee (Voices) to advise on women’s issues, calling it independent. However, no legislation, no Order-in-Council, no authority to back it up. The old political attempt at « You asked for something, this is something ». Governments know how to create an independent agency, and they knew this was not it.

I was the executive director during the Council’s last ten years, and had worked for it for some 20 years before that. I remember showdowns with government representatives at various levels who were upset by a position or project of the Council because it was politically problematic, inconvenient, or just feminist. We were able to persist and prevail, and continue on our road when we said, « Golly, we’re just trying to fulfill our legislated mandate because if we don’t do our job, you and women will be all over us for taking public funding but not doing the job. »

Try doing that when you don’t have that piece of paper. It’d be like finding yourself in a strange country without identification.

Then came Brian Gallant and the Liberal government which promised to fix this and restore independent status to Voices. Given what appears to be the Gallant government’s attitude towards independent watch-dog agencies, it might actually not be helpful to bring this up. To be ignored is maybe to be let off easy. Still, it’s been two years since the new committee, Voices, was created, and we haven’t heard anything. The likely reasons are the lack of structure and legal status. I raise this because there are a lot of issues that need to be addressed; I can give you a list. It’s long.

One final word: the provincial government recently announced it has begun doing gender-based analysis as part of its policy planning. Each option government is studying will be analyzed for its impact on gender equality. However, the analysis documents will not be made public because they are « advice to Cabinet ». That’s one way of doing it. Not the transparent or trustworthy way. The government should have chosen to have it done by an independent body, but even if it is done in-house, the research, at least, could be made public, and not the advice to Cabinet based on the research. Otherwise, and especially in the absence of any visible effect on policy of these analyses, I assume that it’s still business as usual. We have no reason to believe that anything more than a checkbox was added to ministers’ briefing notes: GBA done? Check. The government hasn’t said whether it is going ahead with policies that have a positive, negative, or neutral impact on gender equality, so what do we know? I don’t doubt that analysis is being done, but we should insist on seeing the analyses and knowing the process. That’s not cynicism; it’s experience.

Avortement 2016

L’accès au service d’avortement est meilleur au Nouveau-Brunswick que dans la majorité des autres juridictions du Canada.* L’accès au service d’avortement au Nouveau-Brunswick, et ailleurs, est médiocre, et pourrait être bien moins coûteux.

Le Nouveau-Brunswick a 4 points d’accès à l’avortement, donc 1 pour 95 000 femmes. L’Alberta a 2 points d’accès pour une population féminine de plus de 2 millions, un par million de femmes. Au Québec chacun des 14 7 points d’accès dessert 594 000 femmes. La Nouvelle-Écosse, un point d’accès pour 481 000 femmes. Bien sûr tous les points d’accès ne s’équivalent pas. Par exemple, un des 4 points d’accès au N.-B. exige 700$-800$ pour l’intervention, puisqu’il opère hors du système de santé public (et ne publie pas le nombre d’interventions pratiquées, qui me semble irresponsable). Enfin, certains points d’accès ont une capacité limitée ou un horaire d’opération restreint.

Mais le Nouveau-Brunswick, et la plupart du Canada, pratique encore trop exclusivement l’avortement chirurgical. Alors que la majorité des avortements en Europe sont médicamenteux, ici, à peine 3 pour cent (possiblement jusqu’à 15 pour cent en Colombie-Britannique selon une étude) le sont. Des médicaments provoquant un avortement sont disponibles depuis nombre d’années, mais depuis l’été 2015 le Ru486, plus sûr et efficace, est approuvé au Canada (25 ans après la France !). Il faut un médecin pour le prescrire mais le reste se fait chez soi avec une dernière visite au médecin dans les deux semaines suivantes.

Même quand l’avortement est une intervention chirurgicale, nul besoin de le faire dans un hôpital et les arguments pour préférer la clinique sont nombreux.

Mais nous ne sommes pas près de penser à cette question d’avortement de façon raisonnable.

 

* http://www.cbc.ca/news/canada/prince-edward-island/abortion-access-canada-1.3390494?cmp=rss&utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter ; http://www.arcc-cdac.ca/list-abortion-clinics-canada.pdf

Dear English New Brunswickers

It has come to my attention that you may well have words of wisdom for New Brunswick Acadians. Your community seems to be doing well and I probably should have thought of asking for advice before. I have the impression that you all have a better way of dealing with some issues than we do. Can you help me here:

What do you do when you cannot get served in English? When it’s the tenth time that day, do you do anything different?

Before you go the hospital or call the ambulance, how do you prepare to be understood – do you call a bilingual child or neighbour, or do you have an app for that?

What do you think has been your best strategy for obtaining service in English?

What measures does your community take to avoid assimilation? Do you worry when you hear your children speaking another language with their friends? What do you do to ensure your community has media in its own language?

What has been your best strategy for the survival of your language?

Because I think this is important to our getting along, I really need for any English New Brunswicker speaking on bilingualism or Acadians to first give me their answers to those questions.

Les citoyens ont tous les intérêts

Je suis en Grèce depuis quelques mois. Je lis beaucoup ici – voyager pour moi est une part découvrir un pays, une part lire ce que j’ai en réserve depuis toujours, et une part chercher à comprendre ce que je vois. Heureusement, tous les restaurants en Grèce, tous, ont des nappes en papier, donc je prends en note ces choses qui m’ont fait dire Hein ? et plus tard, je fouine sur internet. Et, étant en Grèce, étant donné les références que je vois, mes recherches ont souvent affaire aux notions de démocratie, de citoyenneté, et de la philosophie. (Je lis aussi au sujet du traitement abusif par les Allemands, par l’Europe et par le Fonds monétaire international de la Grèce, mais je dérape …)

Et voilà que mes méandres me sont utiles dans ma réflexion sur une question bien de chez nous. La représentation au sein d’un organisme d’individus et de représentants de groupe.

Disons qu’une religion demandait d’être représentée à la Chambre des communes du Canada parce qu’une majorité de Canadiens sont de cette religion-là. Ou parce que la religion représente une minorité de Canadiens qui est souvent victime de discrimination.

Ou disons que la Chambre de commerce du Canada demande d’avoir un siège réservé à la Chambre des communes … officiellement, je veux dire.

Ou, rêvons, disons que les Canadiennes forment à nouveau un regroupement national sérieux et qu’elles exigent quelques sièges au sein du pouvoir législatif.

Qu’est-ce qu’on fait ?

On dit non. Ça ne doit pas se faire.

Parce que le citoyen prime, la citoyenne itou.

Les citoyens ont des droits, selon la Charte canadienne des droits et libertés. Les citoyens ont tous les intérêts.

Les groupes ? Pas pareil. Ils ont des intérêts spécifiques. Ces groupes, associations, coalitions, organismes, qui sont essentiels, ne sont que nos instruments. Les citoyens font des groupes mais les groupes ne sont pas des citoyens. Ils ont certains intérêts différents, même. Les groupes doivent défendre l’intérêt de leurs membres. L’assemblée, elle, – que ce soit la Chambre des Communes, la SANB, ou Voix des femmes, par exemple – doit également s’occuper de l’intérêt général et du bien commun.

Dans un organisme formé à la fois de citoyens et de représentants de groupes, il y a forcément tension et dysfonction. Les représentants de groupe devront consulter leurs membres, ou ils n’agissent pas tels des membres à part entière, libre de réfléchir et décider à leur guise. Ou ils ont des conflits d’intérêt entre le bien commun et le bien de leur groupe, ou ils exigent une survalorisation de leur vote et opinion en raison du nombre de personnes qu’ils représentent. Il arrive que des représentants de groupes proposent un raccourci – un court-circuit, si vous voulez : étant donné qu’ils ont étudié les dossiers, qu’ils ont des employés même, qu’ils sont mandatés, et étant donné la faible participation des citoyens ou la difficulté d’attirer la participation d’individus, les groupes peuvent représenter la population générale.

Ce serait malheureux, pour nous et la démocratie.

Il faut mettre l’effort pour redécouvrir ou inventer un format de participation citoyenne qui attire et qui fonctionne. Revaloriser le citoyen, la citoyenne itou.

A vulgar, ferocious and true ally

I am perplexed, confused and a bit obsessed by the reaction of some to Charlie Hebdo. Like one is perplexed, stunned even, when two of your best friends don’t like each other. How could that be? What is going on? WTF?

I have theories about those who like to say that Charlie Hebdo is racist or who cannot support its brand of expression. Not all of them are based on the fact that these people are mostly Anglophones, and some non-French-readers at that.

Yesterday, I was finishing reading the Charlie Hebdo of April 22, still buoyed by my having been able to find a copy while travelling, and excited by some of the ideas in the texts and cartoons that as always stand against the right things with unlimited outrage. I was thinking of tweeting a few of the ideas but then I find that in the last hour certain people, almost all Anglophones, are reacting on the Internet to what they seem to have agreed to pretend is a cartoon from the latest Charlie Hebdo. Except it’s not in there, I just finished reading it. The fact that the rumour is false does not stop anyone, even journalists, from denouncing and retweeting, some finding justification for the assassination of Charlie Hebdo workers last January. The cartoon was not published in CH but it could have been, it was that type. But I noted the bullying behaviour. Among cartoons that were in the latest CH on the same topic: the cover depicts the leader of the right-wing racist party Marine Le Pen as the ship figurehead on the Titanic, singing that tiresome song from the movie, with African immigrants on the boat yelling “shut up”, and with the title « A Titanic a week ». Other cartoons on the subject of the African immigration tragedies showed piranhas complaining that they cannot be expected to take in all of the world’s poor, and one showed Europe handing a child’s ducky ring buoy to an immigrant.

And this is the type of cartoon that some call racist?! Consider the message, ask with whom sympathy lies, consider that leaders and indifference are being accused and shamed.

Those are the cartoons. The texts in Charlie Hebdo leave no doubt for whom or what they have contempt, and what they are advocating.

Yes, Charlie Hebdo is like that friend who is a bit juvenile and sometimes over the top in their righteous reaction to injustice, who uses absurdity to fight absurd situations. They are a vulgar, ferocious and true ally. And what? The only approved allies are those exactly like us? The only tolerable support for our ideals are those expressed exactly as we express them, in a tea room with pinkies raised?

A few hours later, I hear the news that a handful of authors are not in agreement with PEN United States, the association fighting for freedom of expression, giving an award to Charlie Hebdo. They are just a handful and 800 others are attending the gala, but still, how can one live by the pen and support censure?

I feel that this issue is telling, that it’s at the heart of something important. Otherwise sensible, educated people, writers even – France Daigle, Michael Ondaatje… – refuse to support Charlie Hebdo, a case of freedom of expression, (and in CH’s case, freedom to mock racists and exploiters). They can’t support CH even when they are of the same opinion? Why, because CH doesn’t denounce politely? Or are they only able to understand a cartoon at the first degree – a good guy, a bad guy and a clear comforting message?

This missing the boat on Charlie Hebdo is sometimes a question of people blindly following others on social media, ganging up on a chosen target, without checking out the facts. Or people with hang-ups about propriety or authority, or France.

I know that anyone who reads Charlie Hebdo can support its existence. And I know few with a negative opinion of it actually read it.

Un allié vulgaire, féroce et juste

Je suis perplexe, déconcertée, un peu obsédée par la réaction de quelques-uns à Charlie Hebdo. Comme on serait perplexe, blessée même, si deux de nos meilleures amies ne s’aimaient pas. Tsé, on se dit, cosse qui se passe, pis WTF ?

Hier, je terminais la lecture du Charlie Hebdo du 22 avril, toujours ravie d’en avoir trouvé une copie et surtout, comme toujours, exaltée suite à la lecture des textes et des caricatures qui défendent la bonne cause avec une indignation sans limite. Je pensais gazouiller au sujet des textes lus donc je me mets sur Internet, et découvre que dans la dernière heure, certains – surtout des anglophones – réagissent à ce qu’ils se sont mis d’accord de prétendre être une caricature dans le dernier Charlie Hebdo. Sauf qu’elle n’y était pas – je finissais de lire le numéro, je sais. Ça ne semble pas déranger que la rumeur est fausse, les dénonciateurs y trouvent presque la justification des meurtres des travaillants de Charlie Hebdo de janvier dernier. La caricature en question n’est pas dans CH, mais elle aurait pu y être – elle est du genre. D’autres avec les mêmes idées y sont : la couverture du numéro que j’avais lu montre une Marine LePen figure de proue sur le Titanic chantant la chanson tannante de ce film, et des immigrants africains, condamnés comme on le sait, qui lui crient « ta gueule », avec l’entête « Un Titanic par semaine ». À l’intérieur, parmi les caricatures sur d’autres sujets, plusieurs portent sur cette immigration damnée, dont une où les piranhas se plaignent qu’ils ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde. Un autre montrant l’Europe offrant une bouée de sauvetage d’enfant à un immigrant. Et un autre montrant les immigrants dans un bateau périlleux se disant « Pourvu que le copilote ne soit pas dépressif… »

Ces caricatures seraient racistes, disent certains !?! Non. Quel est le message? La sympathie qu’on éprouve est pour qui? N’est-ce pas qu’on y afflige les dirigeants ?

Pis ça c’est yinque les caricatures. Les textes dans Charlie Hebdo laissent aucun doute qui ils méprisent et pour quoi ils revendiquent.

Oui, Charlie Hebdo est comme ce cher ami, cet allié un peu juvénile qui déborde dans ses injures – qui fait appel à l’absurde lorsque l’injustice dénoncée est absurde. C’est un allié vulgaire, féroce et juste. Et quoi ? Les seuls alliés fréquentables sont nos semblables ? Le seul appui tolérable est celui exprimé à notre façon, dans les salons de thé avec le petit doigt levé ?

Quelques heures plus tard, j’apprends qu’une poignée d’écrivains ne sont pas d’accord avec le prix que va accorder PEN United States, l’association pour la liberté d’expression, à Charlie Hebdo. Ils ne sont qu’une poignée alors que 800 autres vont assister au gala de présentation du prix, mais quand même, je me dis, comment tu peux vivre de ta plume et être pour la censure ?

Je sens que ce qui se passe est révélateur, éloquent, le nœud de quelque chose important.

Des gens sensibles, éduqués, des écrivains mêmes, – France Daigle, Michael Ondaatje… – refusent de se ranger derrière ce cas de droit à la liberté d’expression – c’est Charlie Hebdo donc c’est question du droit de se moquer des racistes, des ripoux, des exploitants des petites gens. Ils ne peuvent pas se ranger derrière Charlie Hebdo, même s’ils sont du même avis général ? Quoi, parce que Charlie Hebdo ne dénonce pas poliment ? Ou est-ce que leur petite tête ne comprend une caricature qu’à son premier degré ? Tsé, le méchant et le bon, et un message clair, non exigeant et réconfortant.

Voir du bon monde être tant à côté de la traque par manque de rigueur, de vision, de responsabilité, ça me fait me demander si je suis aussi aveugle ou fais preuve d’autant de « légèreté » dans ce que je dénonce comme étant raciste, sexiste, exploitatif…

Cette incompréhension de l’intention de Charlie Hebdo, est-ce que ce serait un mécanisme de protection, … mais contre quoi?

Je me calme parce que je sais que celle et celui qui a lu Charlie Hebdo l’appuie. Sont rares celles et ceux qui ont une opinion négative sur Charlie Hebdo et qui l’ont lu.

Si l’Acadie était féministe

Un sommaire du discours prononcé à l’Université de Moncton campus de Shippagan, le 20 mars 2015.

Je veux premièrement reconnaître que cette activité a lieu sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui n’ont pas cédé ce territoire à la Couronne.

Un projet féministe de société est ambitieux, parce qu’il ne s’arrête pas à se comparer aux hommes, ce qui ne serait pas très ambitieux – et je ne me moque pas des hommes – c’est plus vaste que ça. Une société féministe cherche à éliminer toutes formes de dominations et d’inégalités – entre hommes et femmes, entre les femmes, entre les peuples.

Dans une société inspirée du féminisme, il faudrait par exemple une refonte du système économique et politique afin que l’État soutienne les mouvements sociaux qui luttent contre les inégalités.

Si l’Acadie avait été féministe, du débutEh ben, pour l’être, féministe, il aurait fallu que l’Acadie soit très différente de son temps. Pour commencer, aurait fallu qu’elle ne soit pas sous l’emprise de l’Église, ou que l’Église ait été féministe. Parce que le rôle de la femme était limité, pas seulement par les coutumes et les lois, mais il était fixé par les enseignements de l’église.

Il y a quelques années, Josette Brun, historienne et professeure à Université Laval, a publié une étude Vie et mort du couple en Nouvelle-France. Elle a examiné les rôles joués par les hommes et les femmes au sein du couple et ce qui arrive aux veufs et veuves, de 1710 à 1744, à Louisbourg, Port-Royal (et au Québec). Pour un échantillon de 25 couples de Louisbourg, elle a analysé les archives notariées, la correspondance religieuse et administrative, les recensements.

Elle a trouvé qu’une fois mariées, les femmes, n’importe leur rang social ou l’occupation du mari, sont rarement associées à la paperasse signée devant notaire, … sauf lorsqu’il s’agit de signer pour une dette. Lorsqu’il s’agit de la vie professionnelle du mari, presque rien. Presque pas d’hommes à Louisbourg n’ont donné une procuration à leur femme pour les remplacer devant le notaire. L’homme dirige le couple et la famille. Les femmes sont confinées à la vie privée. Il y a des cas exceptionnels, mais la grande majorité des femmes de cette Acadie sont tenues à l’écart des affaires conjugales. Les veuves sont plus affligées que les hommes par «l’image négative associée à la vieillesse». Celles de plus de 40 ans ont plus de difficultés à se remarier et l’église n’encourage pas ces veuves qui dépassent la quarantaine à se remarier – le but du mariage étant de faire des enfants – elles devraient consacrer le reste de leur vie aux bonnes oeuvres. Aussitôt veuve, l’Église leur enlève le droit de succession au « banc d’église ».

Un âge d’or de la condition féminine en Acadie ? Oublie ça. Ni le contexte colonial ou l’avantage démographique n’ont entrainé une redéfinition des rôles…

Je ne connais rien non plus, au 18e siècle ou au jour d’aujourd’hui, qui me laisse croire que l’Acadie a été féministe.

Bien sûr, il y a eu des femmes fortes, féministes, qui ont agi et réagi au nom de l’égalité ou la dignité – l’idée de féminisme n’est pas né hier, ou dans les années 60.

Mais Acadie féministe ? Non :

Les acadiennes n’ont pas eu droit à l’éducation avant les autres femmes, ni même en même temps que les Acadiens. Les sœurs qui ont voulu organiser des collèges pour filles ont rencontré de l’opposition, de leur archevêque et d’ailleurs, à l’occasion.

Lorsque les femmes du Nouveau-Brunswick pétitionnaient et manifestaient pour le droit de vote – sur une période de 50 ans elles l’ont fait -, les Acadiennes n’y étaient presque pas. À part les lettres de Marichette dans l’Évangéline, les Acadiennes étaient absentes du débat des suffragettes.

Sept ans après l’obtention du droit de vote par les femmes du Nouveau-Brunswick, le journal l’Évangéline publie un éditorial en première page : « L’immense majorité des Acadiens verrait sans objection le rappel de la loi qui donne le droit de vote aux femmes. » Treize ans après l’obtention du droit de vote, le journal Le Fermier acadien publie un article demandant aux bonnes Acadiennes de rester au foyer, de ne pas sortir voter…

La « patente » acadienne n’a pas inclus de femmes, n’a pas travaillé pour l’égalité. Nos Chevaliers de Colomb ne sont pas plus féministes, inclusifs, qu’ailleurs.

Nos curriculums scolaires n’ont pas parlé des femmes plus que les autres ; nous n’avons pas un meilleur taux de femmes dans les domaines non traditionnels, au contraire. Notre Université de Moncton a peu de femmes dans les postes de décision, n’offre pas de programme en études féministes, ses instituts et ses professeurs publient très peu des données ou d’études sur des questions d’égalité ou qui font mention de la variable sexe.

Nos municipalités francophones ont moins de mairesses et de conseillères que les autres, n’ont pas plus de politiques familiales ou d’analyse inclusive.

Les Acadiennes élues au provincial sont rares, et l’élection des premières n’a pas lancer une tendance, loin de là.

L’Assemblée législative compte 8 femmes sur 49 députés, soit 16 % de représentation féminine. La moyenne mondiale toutes chambres confondues est de 22 %. Les États arabes (18 %) font meilleure figure que le Nouveau-Brunswick. En 2006, lorsque Liane Roy, alors consultante, a publié une chronique, Pourquoi si peu d’acadiennes en politique?, elle a suggéré qu’on doit regarder l’éducation des enfants et le statut accordé aux femmes. Elle a aussi dit que très peu d’Acadiennes se sentent interpellés par la politique, qu’elles ne sont pas certaines qu’elles seraient entendues et pourraient faire une différence.

Nos médias ne font certainement pas plus de place aux femmes et aux questions féministes que d’autres médias. Aucune femme n’a occupé un poste d’éditorialiste au sein de L’Évangéline, Le Matin, ou l’Acadie Nouvelle.

Marie-Linda Lord s’est penché sur cette question : « Les études sur les femmes en Acadie sont rares. Il n’existe pas de lignée de femmes porte-parole médiatiques en Acadie. » « Véritable archétype des exclus, la Sagouine est une personnification féminine d’une prise de parole acadienne, voire universelle, qui n’était rien de moins qu’un geste d’affirmation qui a réussi à se faire remarquer. Près de 40 ans plus tard, la Sagouine émerveille toujours, et le succès de cette prise de parole par une femme, même fictive, reste inégalé dans la réalité médiatique acadienne. » * http://www.umoncton.ca/umcm-crea/files/umcm-crea/wf/wf/pdf/ournalisme_en_Acadie__un_enjeu_d__mocratique.pdf

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick a conclu, dans son Analyse de la représentation des femmes dans l’actualité de la presse écrite provinciale francophone Nouveau-Brunswick, publié en 2011 :

Les femmes sont sous-représentées dans presque tous les sujets d’actualité même dans ceux où elles sont en réalité fortement présentes – santé, éducation, communautaire, arts. Dans les 494 reportages de l’actualité de L’Acadie Nouvelle examinés, les femmes étaient 25% des intervenants. Dans les 185 articles traitant d’enjeux relatifs au gouvernement ou la politique, elles étaient 18% des intervenants. L’examen du cahier provincial de L’Étoile a donné des résultats semblables.

Le Regroupement a conclu que la contribution des femmes dans la société n’est pas reflétée justement et les médias participent à cet état de chose. Le groupe a donc produit une liste d’intervenantes prêtes à prendre la parole et l’a diffusée, offert des ateliers pour aider les femmes à se préparer aux entrevues avec les médias et co-organisé un colloque sur la place de la femme dans les médias, avec l’Association acadienne des journalistes. * https://www.youtube.com/watch?v=k4Pr_h96XUI

Ce mois-ci, le journal l’Étoile a publié un long article* sur ce travail du Regroupement féministe, en anticipation de la publication prochaine par le groupe d’une deuxième analyse de la place des femmes dans les médias acadiens. (* Comment augmenter la visibilité des femmes dans les médias acadiens?, 9 mars 2015, L’Étoile.)

Dans l’article, le président de l’Association acadienne des journalistes (AAJ) confie que le genre n’est pas un facteur considéré par les membres de son association lorsqu’ils cherchent des intervenants : « Une des cibles (du Regroupement) était de travailler avec les journalistes pour qu’ils incluent plus de femmes comme sources dans le contenu médiatique. On a essayé de leur expliquer notre réalité, parce que lorsque nous travaillons sur un sujet, on va chercher l’intervenante ou l’intervenant le plus habilité à nous répondre, la personne qui a l’information … On a dit au Regroupement féministe que c’est important de sensibiliser les organisations afin qu’elles donnent plus de place aux femmes, et de sensibiliser les femmes afin qu’elles prennent plus de place ». Lire la suite

A joke is a serious thing

A slightly different version of this text was published by the New Brunswick Telegraph Journal on January 24, 2015.

I was once at an international conference where women from a Third World country spoke eloquently about not wanting to live in a society where there was as much freedom as there is in “Western countries”. It came down to freedom being scary. They felt better protected under repressive state and religious laws. The eloquence did not convince me but I felt for them. They also spoke eloquently about why polygamy had benefits: it gave them live-in sisters – the other wives – and it provided relief from and help with the job of taking care of the man. (I thought that more convincing, though it was basically about the same thing.) That discussion decades ago, though not persuasive, was a lesson in relativity and humility.

I was reminded of that in the aftermath of the Charlie Hebdo assassinations when a few commenters said the magazine should not have exercised its freedom of expression so much.

Freedom is scary. It is for adults only. It means risks. The alternative has even more risks.

But first, who says the Charlie Hebdo workers were killed because of their cartoons? The killers did. Killers have been known to say they killed someone because she burnt his toast, so excuse me if I form my own opinion.

Given that the Charlie Hebdo killers could hardly believe their action was going to forever stop such cartoons, let us concede that their reason might be something else – maybe to radicalize others, or give the troops something to cheer about or because they belong to a criminal gang and that is what gangs do to build their reputation.

So I don’t think the men who killed the Charlie Hebdo workers did it because they were offended by vulgar cartoons.

But do let us talk of Charlie Hebdo because I want to argue for more satire in our world. Among my favourite Charlie cartoons, the one with a prophet or a god crying because it is so, so hard being adored by asses. The one where a god organizes a supper as in the movie Dinner for Schmucks (Dîner des cons) with religious organizations as the guests. Coluche, the comedian who launched soup kitchens in France, making a soup of politicians because he despairs of soup kitchens. Two terrorists with “bomb” belts facing each other: the Israeli’s belt is new housing for Jerusalem, the Palestinian’s belt is bombs.

What is offensive is not the Charlie Hebdo cartoons but the world they denounce.

No one should be able to yell Fire! in a crowded theatre nor advocate killing. Limits to freedom of expression protect from potential harm. Apart from that, we must be able to say what we want. We may be shunned for it, but we should not be killed or arrested. Lire la suite

Pourquoi Charlie Hebdo est important

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie Nouvelle le 21 janvier 2015.

Je me souviens, lors d’une conférence internationale en France, avoir entendu des interventions spontanées éloquentes de quelques participantes venues de pays du Tiers monde disant qu’elles ne voudraient pas vivre dans une société offrant autant de libertés que les « pays de l’Ouest ». La liberté faisait peur. Elles disaient se sentir plus en sûreté vivant sous des lois étatiques et religieuses contraignantes. Leur éloquence ne m’a pas convaincue mais j’ai compris. J’ai compati. Elles ont également parlé éloquemment des bénéfices de la polygamie : elles y gagnaient des sœurs et elles obtenaient de la relève et de l’aide avec le soin de l’homme. Cette discussion il y a des décennies, bien que non convaincante, m’a été une leçon de relativité et d’humilité.

Je m’en suis souvenue après l’assassinat des associés de Charlie Hebdo lorsque quelques commentateurs ont voulu dire que Charlie Hebdo n’aurait pas dû exercer sa liberté d’expression avec autant de vigueur.

La liberté nous fait peur aussi. Elle comporte des risques. Pas autant que l’alternative, rappelons-nous.

Ce serait criminel de blâmer même un peu Charlie Hebdo et ce serait tragique si on tire de ce massacre une leçon de retenue, de ne pas dire ce qui doit être dit par crainte d’offenser.

Ce n’est pas parce que Charlie Hebdo est source de vérité ou qu’il est exemplaire qu’il faut protéger son droit de faire ce qu’il fait. C’est parce que le droit de pouvoir tout dire est important à notre bonheur. Tout dire en tout temps n’est pas recommandé et comporte ses risques – on sera exclu de bonne compagnie par exemple (mais on ne devrait pas être tué ou arrêté). Mais si nous, petites gens, acceptons des limites à notre liberté d’expression qui s’éloignent du strict nécessaire pour éviter les torts potentiels, nous serons certains de le regretter, comme l’histoire nous le dit. La dénonciation, y compris par la satire et le ridicule, c’est utile quand tu as peu de pouvoir.

Les gouvernements et les religions examinent s’ils ont à agir suite à ce genre de tuerie. Nous avons à agir également : protéger notre droit à la parole, à la satire, au ridicule, au blasphème même. La propagande institutionnelle – quelle qu’elle soit de la part de ceux qui veulent notre travail, notre argent, notre âme, notre docilité – a la vie trop facile. «Le ridicule est une puissante barrière contre les extravagances des sectaires », disait Voltaire.

Accorder du crédit à l’idée que les tueurs n’ont fait que réagir à l’offense faite à leur foi, c’est comme croire le violeur qui dit qu’il a été provoqué. La « raison » des tueurs était sans doute plutôt pour radicaliser d’autres personnes ou faire vibrer leurs collègues, ou simplement parce qu’ils sont membres d’une organisation criminelle et c’est ce que font ces gangs pour forger leur réputation. L’usage abusif des dieux, ce sont les intégristes et les idéologues qui le font, pas les Charlie Hebdo.

Si Charlie Hebdo n’est pas un summum, il est quand même un intervenant intéressant pour les gens ordinaires. Parmi mes caricatures préférées de Charlie Hebdo, celle du dieu ou du prophète qui pleure qu’il est dur, dur d’être aimé par des cons. Celle d’un dieu qui organise un repas du genre du film Le Dîner des cons avec des organisations religieuses comme invitées. Celle où le défunt Coluche, crédité pour avoir lancé les soupes populaires Restos du cœur, fait une soupe avec les politiciens parce qu’il en a ras le bol des soupes populaires. Les deux terroristes qui s’affrontent avec des ceintures à « bombe”, l’un israélien dont la ceinture contient des nouveaux logements pour colons en Jérusalem et l’autre Palestinien avec une ceinture d’explosifs.

Disons que ce n’est pas ces caricatures qui sont le problème mais le monde qu’elles dénoncent.

La perpétuation des inégalités par la charité

Si pour faire ton don « pour aider ceux dans le besoin », t’avais à spécifier si ton intention était de traiter les symptômes ou d’influencer les causes profondes, je devine que, moi et toi au moins, on préférerait s’en prendre aux causes.

Pourtant on n’en a que pour la charité, surtout en ces temps de fête. Des dindes, des boîtes de Noël, des jouets – pour se faire croire qu’on s’occupe de son prochain, ou afin que père Noël ou petit Jésus nous aime parce qu’on n’a pas été bon durant l’année.

Quand le choix est d’être charitable ou d’être Séraphin/ l’oncle Picsou/ Scrooge, tu donnes.

À chaque saison des fêtes, je rage contre la charité, non pas parce que j’haïs Noël, ou suis avare ou dénigre les personnes dans le besoin. Mais parce que je sais que la charité organisée perpétue souvent le problème qu’elle dit soulager, et parce que les chariteux pensent ainsi avoir fait leur part et ne feront rien d’autre. La charité perpétue le problème parce qu’elle remplace la recherche d’une solution ou laisse croire que le problème et la solution sont du niveau de l’individuel. La charité peut coexister avec l’action sur les causes, mais ici, maintenant, le plus souvent elle la remplace.

Même les médias, et même les médias publics, qui ne penseraient jamais faire une campagne pour une augmentation du salaire minimum par exemple, ne se gênent pas pour monter des campagnes de dons d’argent ou de dindes, surtout à ce temps-ci de l’année. Pourtant, la charité, surtout à ce niveau, est un choix politique.

Les banques alimentaires, même les gouvernements n’en ont pas honte de nos jours. Elles subventionnent les employeurs mal-payants, les emplois qui n’en sont pas, et les taux misérables des prestations officielles. Pour les personnes qui y ont accès. On est bien loin d’un revenu minimum garanti, là. Si les médias traitent des banques alimentaires, c’est pour dire que leurs tablettes sont vides ou leur clientèle augmente, jamais pour traiter de l’injustice que représente cette façon de procéder comme société, et comme gouvernement. Lire la suite

Calling Out Bruce Fitch

Opposition Leader Bruch Fitch needs to be called out, not only for the contempt of women shown in his reaction to the removal of political hurdles to abortion services, but for his lack of leadership – nay his deliberate feeding of the propaganda machine – on this divisive issue.

On the day the provincial government announced the coming changes in access to abortion, Mr. Fitch said “Does that mean you’ll have the ability of having an abortion in the eighth month of pregnancy?”

He could have said he did not agree with the change in policy and with abortion. He could have argued for the status quo. He could have recognized the consensus for change evident in the provincial election result. He could have chosen to set a tone of respectful disagreement and reasoned argument.

Instead he chose to feed misinformation and prejudice. What he is alluding to? Where are such abortions in the eighth month performed?

Can he justify playing to that gallery instead of acting like a community leader?
Will he next raise the other outlandish lies that come from the same propaganda factory, such as that “real” rape victims don’t become pregnant, that abortion endangers women’s health or fertility?

When New Brunswick deals with other divisive issues, is this going to be the level of his contribution? On bilingualism, will he take up the Bilingual today, French tomorrow rant of the haters? On sexual assault, will he remind us that women are known to lie about these things? Lire la suite

Vous aimez votre politique entre même sexe ?

À quelques semaines d’une élection provinciale, les journalistes de cette province demandent immanquablement aux partis politiques s’il y aura un nombre accru de femmes. Les partis, mettant leur visage grave, répondent qu’ils espèrent vraiment mais vraiment que plus de femmes seront candidates. C’est une petite danse traditionnelle qui sert bien les partis et les médias.

Mais répéter les mêmes gestes et s’attendre à un résultat différent est une définition de la folie. Et faire des vœux surtout pieux à la dernière minute ne marche jamais. Le moment d’agir est maintenant au début d’un mandat d’un nouveau gouvernement.

Nous ne vivons pas dans une démocratie unisexe, donc les partis doivent être formés de représentants des deux sexes, entre autre. Heureusement, il y a plein de femmes qualifiées. Malheureusement, elles ne sont pas impressionnées par les partis. Heureusement, les partis n’auront pas de difficultés à se diversifier une fois qu’ils le veulent vraiment, mais vraiment, puisque toutes les autres provinces et la plupart des pays font mieux que le Nouveau-Brunswick dans ce domaine.
Nos partis contrôlent qui peut se présenter pour siéger à l’Assemblée législative. Ils reçoivent des montants importants des fonds publics. Ils ont donc une responsabilité d’agir, et nous avons une responsabilité de l’exiger.

Cependant il ne s’agit pas que d’un problème des partis. Le gouvernement a la plus grande responsabilité d’agir, surtout puisque notre Assemblée est si spectaculairement masculine. Avant cette récente élection, près de 90 pourcent des sièges accueillaient des hommes. Maintenant on est à 84 pourcent. Il y a déjà eu aussi peu que 82 pourcent d’hommes. Notre taux augmente et descend comme ça, allant du tragique au légèrement moins pathétique.

Il faut se rappeler également que le gouvernement a une responsabilité de promouvoir une plus grande démocratie. Quel groupe mérite 84 pourcent des places quand il n’est que 49 pourcent de la population ? Si vous pensez que la surabondance d’hommes à notre Assemblée résulte d’une sélection des meilleurs candidats où les femmes n’ont pas été à la hauteur, eh bien, permettez-moi de douter que vos ancêtres féminines sont fières de vous et que vous tenez à la démocratie. Et je sais que vous n’avez pas assisté aux agissements lors d’une session de l’Assemblée.
Et comme a dit une femme politique du pays de Galles il y a quelques années, « Les représentants d’un sexe, bien que compréhensifs, ne peuvent pas défendre totalement et équitablement les intérêts de l’autre sexe ».

En fait, le Nouveau-Brunswick devait avoir une représentation féminine de près de 35 pourcent par ce temps. En 2005, le gouvernement provincial avait reçu de sa Commission sur la démocratie législative un plan pour atteindre ce niveau de représentation féminine par 2015. Lire la suite

Les hommes, paraît-il, font pitié

La fine fleur de la population étudiante de l’université acadienne, mise à profit pour la publication de son journal fleuron, Le Front, a publié une caricature qui voulait nous faire apprécier la situation intolérable dans laquelle les hommes se trouvent.
À notre surprise, ils ne s’en prennent pas au système qui prescrit sans équivoque des valeurs et des comportements à ceux dotés d’un zizi. Ils avaient mieux que de nous parler de la cage dorée et du système patriarcal qui gâche des vies d’hommes et déforme des sociétés. Provoqués par une femme qui avait fait un discours remarqué invitant les hommes à contribuer à l’égalité des sexes, ils s’en prennent au fait que, paraît-il, les femmes agressent les hommes et leurs enfants sans conséquences, que les femmes ont même carte blanche pour prétendre viol, évidemment parce que délices et bénéfices tombent du ciel lorsqu’une femelle crie au viol. Non, non, ne pensez pas à dénombrer le sexe des corps morts, estropiés ou violés que voient nos institutions. Laissons-nous plutôt être guidé par cette jeunesse et déplorons le fait que les hommes n’ont plus les droits qu’ils avaient et, pire encore, que les femmes ont le droit de ne pas les trouver drôle.

12 octobre 2014 – Des excuses ayant été publiées par l’exécutif du journal Le Front, je modifie mon texte afin d’enlever les noms du caricaturiste et du rédacteur en chef en question. Cela me semble la chose à faire. À ce sujet, la Fédération des étudiantes et des étudiants du campus universitaire de Moncton a accusé de révisionnistes ceux qui auraient voulu voir les caricatures enlevées des versions électroniques du journal. Nuance là : On ne cherche pas à cacher ce qui s’est passé. Par exemple, je décris ci-haut ce qui était dit dans ces caricatures et cela doit se savoir, même après les excuses.
Enfin, les excuses du journal sont basées sur le fait que les personnes qui auraient dû voir les caricatures avant publication ne les ont pas vues, et que l’exécutif n’a pas droit de regard avant les faits. Cela va pour la sortie du journal le mercredi. Mais par vendredi, ce rédacteur et cet exécutif ne pouvaient pas dire qu’ils ne les avaient pas vues. Il a fallu les réactions hors campus pour qu’enfin ils lisent leur propre journal ?

Do you like your politics same-sex or opposite-sex?

This commentary was first published in the New Brunswick Telegraph Journal October 6, 2014.

Now is the time for all good men to come to the aid of their party to fix the problem that the party is mostly men. Good men but hey, there’s stuff you haven’t lived, and this is not a same-sex democracy. And frankly, some of you are there because you are men.

Now is the time to change things, early in a new government term. The tradition is to wait until just a couple of months before a provincial election, and reporters ask you whether there will be more women running for your party, and you say, we really, really want more women. Then, it’s too late. And you can’t say that anymore. You’ve been saying that since 1935, when New Brunswick women were first allowed to run as candidates. It’s old. Psychiatrists have a word for people who do the same thing over and over and expect different results.

This is not a same-sex democracy, so your party needs women. Fortunately, there are a lot of good women. Many of them are looking at you, not impressed. And fortunately, it is possible for parties to become more diversified – all the other provinces are doing better than New Brunswick, as are most countries.
Political parties are gatekeepers to the Legislature, plus they receive significant public funding, so they have a responsibility to act, and we have a responsibility to demand it.
However, it’s not just a party problem. The government has the main responsibility to act, especially since the New Brunswick legislature is spectacularly lacking in diversity. Before last month’s election, about 90% of the seats were occupied by men. Now it’s 84%. In the past, it’s been as low as 82% male. It goes up and down like that, from tragic to marginally less pathetic.

The government has a responsibility to enhance democracy. I mean, who deserves 84 percent of the seats when they are 49 percent of the population? If you think our Legislature has so many males because candidates are chosen on merit and women don’t make the grade, then let me doubt that your female ancestors are proud of you, and that you really value democracy. And I’ll bet you’ve never sat in on the goings on at the Legislature. Lire la suite

Women’s jobs are paid too much?

* This commentary was pubished in the New Brunswick Telegraph Journal on September 17, 2014.

Home support workers in New Brunswick were happy to hear that they will be getting an increase thanks to the pay equity evaluation that the provincial government launched in 2006 and finished recently. That evaluation concluded that home support workers were getting $2.15 less per hour than they should have been. They will soon be getting what pay equity determines the job should be paid.

Or will they?

The New Brunswick pay equity evaluation was undertaken after much lobbying, over decades, by workers, women’s groups and unions.

But usually, in other jurisdictions, there is public debate, legislation, and an independent body directing how to do pay equity properly. How did we ensure that government did pay equity evaluation properly?

In New Brunswick, it seems governments just got ‘something’ done any old way.
Workers in home support, child care, transition houses and community residences had their job descriptions examined under the recent pay equity evaluation.
The results were astounding.

In this in-house government process, which went on under two governments, from 2006 to 2014, only four out of the dozen or so job categories studied were found to deserve significant pay adjustments. Three of those four were being paid close to minimum wage levels. (Thank you for minimum wage levels.)

Home support workers were lucky to be among those few who deserved something, eventually bringing their hourly pay to $13.15. Workers in child care centres responsible for special needs children were also found to be underpaid – by $2.52 per hour: their hourly wage will eventually be $12.52. Caregivers in adult community residences were found to be underpaid by $2.85 per hour, eventually bringing their wage to $14.80 per hour. Supervisors of adult caregivers, underpaid by $0.83 per hour, will eventually have an hourly wage just over $16.

But the astounding part was that the government concluded that the pay of most female-dominated jobs it examined was excessive. Administrators in the child care sector are paid $2.16 per hour too much. Support workers in transition houses are being paid $2.21 per hour too much, and outreach workers in transition houses, $5.39 per hour more than they are worth.
These jobs are paid less than similar jobs in other provinces, yet they are being paid too much? But New Brunswick’s cost of living is not significantly lower than the average across Canada.
The governments’ “made in New Brunswick” pay equity results seemed odd to me. They seemed odd to the New Brunswick Coalition for Pay Equity, too, so they asked distinguished economist and pay equity expert, Ruth Rose, of Montreal, to look at how our provincial government had done the pay equity evaluations.
A few months later, Ruth Rose reported back:

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Les emplois traditionnellement féminins… trop payés ?

Ce texte a été publié dans l’Acadie Nouvelle le 16 septembre 2014.

Les travailleuses des services de soins à domicile au Nouveau-Brunswick étaient heureuses d’apprendre qu’elles recevront une augmentation de leur salaire grâce à l’évaluation d’équité salariale lancée par le gouvernement provincial en 2006 et complété récemment. Cette évaluation a conclu que ce personnel était payé 2,15$ moins que ce qu’elles devraient recevoir. Elles recevront bientôt ce que l’équité salariale a déterminé est la vraie valeur de leur travail.

Mais est-ce vrai ?

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick accepta d’entamer l’évaluation d’emplois après de nombreuses années de pression des travailleuses, des groupes de femmes et des syndicats.

Dans d’autres juridictions, un tel exercice est d’habitude encadré par une loi et effectué par un organisme indépendant ayant une expertise dans l’équité salariale. Comment a-t-on assuré que l’évaluation faite ici a été faite correctement ?

Il est permis de craindre le pire.

Les emplois dans les soins à domicile, les services de garde d’enfant, les maisons de transition et les résidences communautaires ont été examinées et une évaluation de l’équité salariale effectuée.

Les résultats étaient étonnants.

L’exercice, fait à l’interne sous deux gouvernements de 2006 à 2014, a conclu que seulement quatre de la douzaine de postes méritaient une augmentation. Trois de ces quatre emplois recevaient à peu près le salaire minimum. Une chance qu’on a des niveaux minimums.

Le personnel de services de soutien à domicile était chanceux d’être de ces rares qui ont eu quelque chose de ce processus, et que leur salaire horaire sera bientôt 13,15$. Le personnel responsable des enfants avec des besoins spéciaux dans les services de garde a eu droit à une augmentation de 2,52$ l’heure, faisant passer leur salaire à 12,52$. Les fournisseurs de soins aux adultes dans les résidences communautaires ont eu droit à une augmentation de 2,85 $, faisant passer leur salaire à 14,80$, et leurs surveillantes auront droit à une augmentation de 0,83 $.

Mais le plus étonnant était que le salaire de la plupart des postes à prédominance féminine est excessif selon cet exercice. Les administrateurs dans le secteur de la garde d’enfants percevraient 2,16$ l’heure en dessus de la valeur de leur poste ; les travailleuses de soutien dans les maisons de transition, 2,21$ en trop ; et les travailleuses d’approche dans les maisons de transition, 5,39$ en trop.

Les salaires de ces postes sont plus faibles ici que dans les autres provinces, mais nos travailleuses sont trop payées ? Alors que le coût de la vie ici n’est pas sensiblement inférieur à la moyenne canadienne ?

La méthode « faite au Nouveau-Brunswick » pour calculer l’équité salariale a semblé bizarre à la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, qui a donc demandé à l’économiste de renommée et experte en équité salariale Ruth Rose de Montréal d’examiner la méthode utilisée par notre gouvernement. Lire la suite

Je ne suis pas là pour ton Facebook

Chère parenté, ami-e, connaissance, inconnu-e,

Personne n’t’a appris à demander permission ?
Tu ne m’as pas demandé, pis si tu avais demandé, j’aurais dit non.
Non, tu ne peux pas prendre mon image et me mettre sur ton Facebook.
Lorsqu’on me dit qu’on m’a vu sur Facebook, je sais que c’est vous autres, et ça, c’est pas correct. Vous me désappointez.
Dans la langue fancy, c’est de l’appropriation.
Vous entrez dans l’intimité et vous prenez une photo, comme ça se fait depuis 100 ans,- mais vous ne dites pas que c’est pas pour l’album de famille. Vous ne dites pas que c’est pour alimenter votre personnage Facebook, votre vie virtuelle.
Je ne suis pas une décoration.
Pis, Facebook ? Vraiment ? Misère, vous êtes vieux jeu, en plus d’être mal élevé.

Sois autonome et tais-toi

Sommaire d’un discours que j’ai donné lors du Sommet des femmes, 19 août 2014, Edmundston.

Lorsqu’on dit aux femmes qui revendiquent un changement social, que la solution, c’est d’avoir plus de femmes autonomes, eh ben, grrr.

Bien sûr il faut être autonome. Mais le problème n’est pas un manque d’autonomie.

J’accroche sur le terme ‘autonomie’ premièrement parce qu’on semble nous dire qu’il suffit d’être autonome. Je dénonce toute ‘réponse’ individuelle à un problème ou une situation sociale. C’est trop facile, c’est à côté de la traque, c’est presque blâmer la victime. Il y a trop d’occasions où cela arrive aux femmes. Les femmes revendiquent une solution au problème d’agression sexuelle, on leur donne des campagnes disant aux femmes comment éviter d’être victime. Elles veulent plus de femmes dans les postes élus, on leur dit de voter pour des femmes. Elles veulent qu’on élimine la violence faite aux femmes, on créé des maisons de transition. Elles exigent l’équité salariale, on leur dit de changer de domaine d’emploi.

C’est réduire la chose, changer le sujet, blâmer la victime. Et on se fait prendre à ce discours : on accepte de s’occuper de la livraison de services, ou de travailler sur nous-mêmes. On vient à agir comme si des actions au niveau individuel vont solutionner un problème qui n’est pas individuel.

Le monde aime dire aux femmes quoi faire. Le monde aime retourner la balle à n’importe qui qui demande un vrai changement.

La deuxième raison pourquoi je réagis à l’idée d’autonomie : Les femmes ne sont pas autonomes, et ne seront jamais autonomes. Personne n’est autonome.

Comme Barack Obama a dit, t’as pas fait tout ça tout seul – You did not do it alone.

Ou comme le mouvement des femmes le dit : le personnel est politique, l’économie est bâtie sur le dos des femmes, l’économie du marché dépend de l’économie des soins.

Ce qu’autonome occulte, c’est la notion de citoyenne, de membre d’une communauté, de droits, de société.

Ces dernières décennies, on a vu des changements dramatiques dans la condition féminine, grâce au mouvement féministe. Ça a amené les femmes à une bien plus grande autonomie. Pensons à notre niveau d’instruction, notre participation sur le marché du travail – au Nouveau-Brunswick, autant de femmes que d’hommes sont sur le marché. Pensons à nos nouveaux droits.

Ce qui a moins changé sont les systèmes, la société, les politiques, les façons de faire. Ce sont surtout les femmes qui ont changé, pas la société.

Les femmes sont entrées de façon massive et historique sur le marché du travail, mais a-t-on seulement ajouté une journée de 8 heures à notre journée ?

Il se pourrait encore que notre plus grande contribution à l’économie, – même aujourd’hui – est notre travail non rémunéré, surtout avec la famille et la communauté.

La participation au marché du travail – l’autonomie financière – a certainement été une victoire féministe importante. Mais c’était une petite part de ce que revendiquait le mouvement féministe. Une question centrale au message féministe : les familles sont importantes. Ce n’est pas seulement le travail de production qui importe – mais de reproduction. Les femmes voulaient avoir le choix de participer aux deux domaines, et dans de meilleures conditions.

Dans les années 70 et 80 au N.-B., les femmes ont organisé plusieurs conférences « Femmes et économie » et les femmes y accouraient par centaines – on savait alors toutes qu’on contribuait à cette économie. De nos jours, les gouvernements et le secteur privé réussissent à ramener l’idée d’économie à une définition plus restreinte et exclusive.

On a une révolution incomplète. Pour des millénaires, les femmes étaient confinées au domaine privé – maison, famille, enfants – les hommes avaient droit partout y compris le milieu public – emploi, politique… Les femmes ont réussi à intégrer le milieu public mais ça ne veut pas dire pour autant que ce milieu reconnaît ce changement.

« Le système de retraites et, plus globalement, la protection sociale ont été conçus il y a 70 ans sur le modèle de l’homme soutien de famille, qui travaille à temps plein sans interruption et de la femme au foyer, qui bénéficie de droits dérivés de son statut d’épouse ou de mère. Le mode de calcul fondé sur cette norme désavantage les carrières courtes. » – Discriminées au travail, pénalisées à la retraite, La double peine des femmes, Christiane Marty, Le Monde diplomatique, septembre 2013.

Les efforts pour changer la société pour avoir de meilleures conditions ont rencontré des résistances démesurées, énormes et continues. Lire la suite

Tele-care or Dial-a-prayer?

A slightly modified version of this text was published by the N.B. Telegraph-Journal on July 28, 2014.

The subject is abortion but the most important thing has little to do with abortion.

New Brunswickers learned in June that the popular information service of the provincial Department of Health, Tele-care (811), has a policy to direct to NB Right to Life anyone who doesn’t have a family doctor and is seeking an abortion.

Call me naïve, but I thought the Dracula effect – shedding light on evil – would end it. But they are still doing that, I had occasion to call them recently.

Tele-care does not direct these women to walk-in clinics, nor to the government’s own sexual health centers, nor to the registry for persons without a family doctor that Tele-care maintains for the government, nor to the two hospitals which perform some abortions. Tele-care directs them instead to that faith-inspired organisation dedicated to the idea that you will not have an abortion, and ready to tell you whatever it takes to stop you. It would be less dishonest if Tele-Care simply told those women that they cannot have an abortion and so, here is the number to contact to give up your baby for adoption.

I don’t think we appreciate the importance of this policy of deceit – the breach of trust between citizen and government, and between health professional and patient. If a government can set aside its sacred duty to serve all objectively, in order to advance a biased view, showing contempt for rights, especially our right to be able to depend on government information, well sir, then this is a race to the bottom: Be … fundamentalist … in this place.

Is this a cost-saving measure? If you give garbage information when someone asks you a question, they won’t come back. Is it righteousness gone wrong? Is it bullying? It is for a fact disrespectful, discriminatory and irresponsible.

I know this case involves only women who are looking for an abortion, and that it is acceptable and easy to bully or put down these particular women. The public harassment in front of clinics and hospitals (and in hospitals) where they go for the service is organized, systematic and well tolerated here.

It’s only these women, but still. Tele-care is failing in its responsibility. Hello, Dial-a-prayer. You have rheumatism? Try a few prayers to Saint James, or here’s the number of a faith healer. You’re anemic and may need a transfusion? Here’s the number for Jehovah’s Witnesses.

Should battered women expect to be told they need to be in contact with men’s rights organizations to see their point of view? You’re calling to report you didn’t get service in French? Here’s the number for the Anglo Society – work it out.

And what about those “registered nurses” responsible for Tele-care who answer patients’ requests for help. What about that code of ethics? What does the profession have to say about having to read a political script? You have a health question? Here’s political propaganda. You want a health procedure? Here’s a number for a political-religious procedure.

A government ordering health professionals to wilfully mislead citizens …
Just thought we should note our passage to a state one degree closer to fundamentalist rule.

Télé-soins ou Télé-saints ?

Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 26 juillet 2014.

Le sujet est l’avortement mais le plus important a peu à voir avec l’avortement.

On a appris en juin que le service d’information du ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick, Télé-soins (811), dirige vers N.B. Right to Life tout appel de femme sans médecin qui cherche un avortement.

Il ne la dirige pas vers une clinique sans rendez-vous, ou vers les centres gouvernementaux de santé sexuelle, ou vers le registre que maintient Télé-soins pour personnes sans médecin, ou aux deux hôpitaux de la province qui pratiquent l’avortement. Il la dirige plutôt vers ce groupe d’inspiration religieuse voué à l’idée que tu n’auras pas d’avortement, et qui prendra tous les moyens pour t’en empêcher. Ce serait moins malhonnête et cruel si Télé-soins répondait à ces femmes qu’elles ne peuvent pas avoir d’avortement et donc voici les numéros où communiquer pour donner l’enfant en adoption. Les appels en français à Télé-soins sont également orientés vers le service unilingue anglais de NB Right to Life, sans préavis dans mon expérience. Mais ça, c’est peut-être une chance, pas un passe-droit.

Je suis convaincue que nous n’apprécions pas l’importance de cette politique de tromperie – l’importance du bris de confiance entre citoyen et gouvernement, entre professionnel de la santé et patient. Si un gouvernement peut abuser de son rôle auprès des citoyens afin de promouvoir un point de vue biaisé ou religieux, aux dépens des droits des citoyens, dont le droit de se fier à l’information donnée par son gouvernement, eh ben, la société dégringole vers le bas.

Être … intégriste…, ici on le peut.

Je sais que ce cas n’implique que des femmes qui veulent accès à l’avortement et qu’il est acceptable et facile d’intimider ou de s’en prendre à ces femmes. Le harcèlement public devant les cliniques ou les hôpitaux où elles se rendent pour l’intervention est organisé, systématique et bien toléré.

Ce ne sont que ‘ces femmes’, mais quand même. Télé-soins manque à sa responsabilité. Bonjour, ici Télé-saints. Tu as des rhumatismes? Essaye une prière à Saint-Jacques le Majeur. Tu es anémique et tu contemples une transfusion sanguine ? Voici le numéro des Témoins de Jéhovah.

Et que dire au sujet des « infirmières immatriculées » responsables de ce service qui répondent ainsi aux demandes d’aide? Que dire de leur code d’éthique ? Tu demandes un conseil de santé ? Voici une propagande politique. Tu veux une intervention de santé ? Voici une intervention politico-religieuse.

Un gouvernement ordonne à des professionnels de la santé de tromper volontairement les citoyens.

Il me semblait qu’il fallait remarquer ce passage à un état un degré rapproché à l’intégrisme.

New and invisible

This column first appeared in the New Brunswick Telegraph Journal of July 19, 2014.

If you’re a small-c conservative government of the sort that New Brunswick perpetually has, what could be better than getting rid of an independent agency concerned with something you don’t give a farthing about – say, women’s issues? Getting rid of it and then coming back with a toothless version that you can still point to – such as at election time.

Even better than that would be if the media were to buy into that sleight of hand.

In 2011, Premier David Alward abolished the Advisory Council on the Status of Women, but then, due to the protests, promised a new version of an independent body on women’s issues. Finally, in 2013, the government announced it was creating « Voices of New Brunswick Women Consensus-Building Forum”, and, just over five months ago, appointed its 15 members.

However, to date, this new agency cannot be contacted by phone, email, or social media. It has no office, no staff, and, to my knowledge, has yet to be heard on any issue. Not abortion, not the feminist issues that should be part of the upcoming provincial election, not the treatment of prostitutes or prostitution law, not pay equity, not aboriginal women, not the many cases of violence against women, not International Women’s Day nor Mother’s Day. Neither has it said anything about its mandate, its vision, its resources and its independence.

So, unless this new “agency” does something worthwhile, soon, are we to conclude that government took advantage of a situation and replaced the independent Council with an entity so circumscribed and limited in its resources that it will be incapable of ever bothering government?

Here is why I’m not impressed yet: Lire la suite

Pour en finir avec l’avortement

Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte.
La clinique Morgentaler ferme aujourd’hui à Fredericton. Même celles de nous féministes qui s’opposent à des services privés dans le secteur de la santé reconnaissent que cette clinique a rendu service dans notre contexte. Si le service d’avortement n’est pas accessible, c’est nous qui décidons et pas la femme enceinte.
Si McKenna n’avait pas fait son shérif, donné le ton et déclaré la guerre à la clinique, si les autres politiciens, alors et depuis, n’étaient pas épeurés jusqu’à en perdre l’esprit, si le gouvernement du Nouveau-Brunswick veillait au respect des droits, même ceux qu’il n’aime pas, si les tactiques des anti-choix ne faisaient pas si peur à moi, toi, aux journaux Irving, aux politiciens, aux médecins, aux fonctionnaires, si le Canada avait des normes pour l’accès aux services de santé, si le monde n’était pas si obsédé par la vie sexuelle et morale des femmes…
Si tu adoptais une tactique des fanatiques anti-choix et communiquait – en privé ou en public – avec les candidat-e-s de ta circonscription à l’élection provinciale qu’il va y avoir dans 2 mois, pour lui dire que tu veux que cette question soit résolue et que les femmes aient accès aux services publics de santé pour cette intervention.

La gestion des causes incommodes*

Si tu es un gouvernement conservateur avec un petit c, comme l’est celui du Nouveau-Brunswick depuis des lunes, plutôt qu’abolir un conseil indépendant sur une cause ‘incommode’ – disons par exemple la condition de la femme – il vaut mieux l’abolir puis en recréer un qui n’en est pas un, mais qui est là pour être paradé au besoin, par exemple quand il y a une élection.

Et même encore mieux que ça ? Ce serait que les médias reprennent et répètent ce que dit le gouvernement – qu’il a ‘remis les choses en place’.

L’éditorial de l’Acadie Nouvelle du 24 juin 2014 disait au sujet de l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick en 2011 par le gouvernement provincial : « À peine deux ans plus tard, le gouvernement Alward annonçait qu’il financerait un nouvel organisme, Les voix des femmes du Nouveau-Brunswick. Ses preuves restent encore à faire, mais sa simple existence reste une belle victoire pour toutes les Néo-Brunswickoises… » et «En l’espace d’un mandat, le gouvernement a plié. »

Et si le gouvernement n’avait pas plié, mais avait plutôt saisi l’occasion des protestations pour finaliser la disparition d’une voix indépendante en installant une entité si encadrée, si circonvenue et si limitée dans ses ressources qu’elle ne peut plus incommoder le gouvernement ?

En tout cas, voici pourquoi je dis qu’il est trop tôt pour dire Brava :

Voix des femmes a été annoncé il y a plus d’un an, et les membres ont été nommées il y a cinq mois. Mais l’agence n’est toujours pas accessible par téléphone, par courriel ou par les médias sociaux, n’a ni employées ou bureau, et ne s’est pas prononcé sur un dossier à ma connaissance. Ni l’avortement, ni les femmes en politique ou les enjeux féministes de l’élection provinciale de cet automne, ni le traitement des femmes prostituées ou les lois sur la prostitution, ni l’équité salariale, ni les femmes autochtones, ni les taux élevés de violence faite aux Néo-brunswickoises, ni la journée internationale des femmes ni la fête des mères. Rien non plus sur son mandat, sa vision, ses ressources et son indépendance.
Le Conseil consultatif était un organisme créé par une loi adoptée par l’Assemblée législative.
Voix des femmes n’a ni loi, ni ordre en conseil, ni mandat connu.
Le Conseil était mandaté par la loi de porter à l’attention du public et du gouvernement les questions d’intérêt aux femmes, de recommander des lois et des politiques, d’assurer la collecte, l’étude et la diffusion d’information, et de favoriser le réseautage entre les organismes féminins.
Nous n’avons qu’un communiqué de presse gouvernemental, mais Voix des femmes doit « promouvoir l’égalité des femmes et des filles et améliorer leur vie ».
Le Conseil consultatif contrôlait près de 600 000 $ par an en fonds et accès à des services.

Selon les communiqués, Voix des femmes a peut-être accès avec des conditions non dévoilées à 200 000$ en argent et en services.

Laissez-moi rêver un instant : Voix des femmes pourrait déclarer qu’il opère sous la Loi créant le Conseil consultatif sur la condition de la femme ou une loi semblable, et attend que le gouvernement – celui-ci ou le prochain – confirme leur nomination en vertu d’une telle Loi. Il pourrait également mettre ses critères pour son indépendance : un mandat clair et connu qui comprend l’autorité de rendre public ses avis, le pouvoir de choisir ses activités, ses priorités et ses recommandations et de décider de la dépense de son budget, et le contrôle de l’embauche et la direction de son personnel. Si elles n’ont pas tout ça, le gouvernement peut cesser de dire que Voix est indépendant.

Les membres de Voix des femmes sont 15 Néo-brunswickoises, représentantes de groupes ou individus, nommées par la ministre. Elles sont d’excellentes nominations. L’organisme serait-il pris dans un piège par le dévouement de ses membres à la cause de l’égalité – un dévouement exploité ? ‘J’ai été si bas tellement longtemps, que cela ressemble à une remontée?’ Sinon, pourquoi le silence alors que les Néo-brunswickoises font si pauvre figure dans tant de domaines, au Canada pour commencer ?

Ces dernières décennies, plusieurs gouvernements provinciaux auraient aboli le Conseil consultatif s’ils avaient pu. Année après année, le Conseil maintenait des positions tannantes pour des gouvernements tannés des positions féministes. Le Conseil maintenait sa position pour l’accès à l’avortement et aux contraceptions, même d’urgence; il insistait que les questions féministes ne se confinent pas au domaine social mais ont affaire aux réformes économiques, fiscales et électorales, et que l’équité salariale était une question de droits humains, non pas des mots à éplucher dans une plateforme électorale.

Sais-tu à quel point un tel Conseil peut être agaçant et menacé dans un système politique comme nous avons ?

C’est pourquoi moi, avant de dire Brava !, j’exige que Voix des femmes fasse quelque chose, n’importe quoi, qui met l’intérêt des femmes au Nouveau-Brunswick en premier.

Le dénouement dépend en partie de David Alward, de la ministre Marie-Claude Blais, des co-présidentes Kim Nash-McKinley et Phylomène Zangio, des membres individuelles Kyla LaPointe, Noëlla Richard, Paulette Sonier Rioux et Stéphanie Beaulieu, et des représentantes du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, du YWCA de Moncton, du Urban Core Support Network, du Sussex Committee for the Prevention of Family Violence, du Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Fredericton, du UNB Women’s Studies, de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, et de l’Association des CBDC du Nouveau-Brunswick.

En fait, le dénouement dépend de l’ensemble des femmes du Nouveau-Brunswick.

Mieux un vide qu’une fiction.

*Ce texte a été d’abord publié dans l’Acadie Nouvelle du 14 juillet 2014.

Achetez-vous une catin !

Si on est pour faire une liste des choses que j’aimerais que les parents arrêtent de faire, les concours de beauté pour des filles de 5 ans seraient dans la liste. Bien d’autres affaires aussi.

Ces concours sont risibles, ridicules et nuisibles.

Aux parents irresponsables de Kent-Sud* qui inscrivent leur fillette à un concours de beauté : honte à vous, on récoltera toutes, ces fillettes en premier, ce que vous semez.

Vous pouvez vraiment pas penser à une autre façon d’encourager votre enfant de socialiser que de la faire se maquiller et se parader et quêter des commentaires sur comment cute elle est ? Pis pourquoi une enfant de moins de 10 ans a besoin d’apprendre à parler en public ? Vous savez, hein, que le monde a évolué, que les concours de beauté font rire plus que rien d’autre, que les femmes continuent de souffrir et de lutter contre les effets du fait qu’historiquement on ne les a jugées que pour leur beauté ou leur sexualité, et que l’estime de soi qui est lié à ce que d’autres pensent de ton quotient de cute est le contraire de l’estime de soi.

Achetez-vous une catin et jouez avec, mais laissez ces enfants être des enfants.

*Voir le Téléjournal Acadie de samedi 24 mai vers 3 minutes 30 secondes : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7073688

Y’a une photo qu’il faut tu vois

Mais avant, dis-moi qu’est-ce qu’on fait quand quelqu’un veut se faire appeler quelque chose, mais il ne l’est pas, cette chose? Tu veux être respectueuse mais tu respectes la vérité aussi … Tsé, quand la province du Nouveau-Brunswick veut se faire appeler bilingue, mais tu peux pas appeler Ambulance NB en français. Ou quand Irving veut qu’on sache qu’il plante des forêts alors que tu sais que ce sont des plantations. Ou si Stephen Harper voulait que le nom de son parti revienne à ‘Progressiste conservateur’ !

Que faire.

En tout cas. Ceux-autrefois-appelé-pro-vie, mieux connu comme les zélés, ont tenu une procession devant le Parlement à Ottawa cette semaine. Dieu y était, selon leur dire. En tout cas, il y avait du monde, avec leurs enfants et des pancartes de photos de fétus ensanglantés.

Surgit alors une femme pas d’accord avec eux.

Une Femen, ce groupe de femmes qui utilisent les atouts qu’elles ont pour revendiquer des changements. (Elles se dénudent.)

Voyez la photo.

 Image

Photo : Tony Caldwell, Ottawa Sun

On peut dénigrer et harceler les femmes en public, montrer aux enfants des photos de chair ensanglantée,… mais des seins, quelle horreur. Cachons les yeux des pauvres enfants.

Les Femen sont bonnes pour nous montrer plus que ce qu’elles pensaient montrer.

 

Si tu crois que les temps sont durs…

S’attendre à l’équité salariale alors que le Nouveau-Brunswick fait face à des temps durs, est-ce raisonnable ? Nous qui revendiquons l’équité salariale recevons à l’occasion les expressions indulgentes de gens qui semblent penser, « Ce n’est vraiment pas le moment de demander pour plus. D’accord sur le principe, mais les temps sont durs… »

Si tu crois que les temps sont durs, essaie de vivre avec le salaire moyen des emplois dits de femme. Si tu vis avec une injustice salariale, crois-tu que les temps sont moins durs ?

Les temps ne sont pas durs pour les gros employeurs (les Walmart, Irving, McDonalds, Costco etc) et pourtant ils ont des réductions d’impôts provinciaux*. Des réductions qui ajoutent à la « nécessité » de couper dans les services publics, qui bénéficient justement ceux ayant des faibles salaires. (Ou est-ce que les coupures dans les services sont le but et les réductions d’impôt, le moyen ?) (*Businesses reap big property tax savings under new plan, CBC NB, http://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/businesses-reap-big-property-tax-savings-under-new-plan-1.2610390 )

Si les gouvernements provinciaux successifs du Nouveau-Brunswick avaient parlé et joué franc dans le dossier d’équité salariale depuis le début, nous serions bien plus proches de l’équité.

En 1987, en pleine campagne électorale, les chefs des partis politiques (McKenna, Hatfield et Little) ont participé à un débat sur la condition des femmes. Tous ont promis d’instaurer l’équité salariale. L’élu McKenna, qui n’avait pas voulu spécifier si cela comprendrait le secteur privé (où la grande majorité de nous travaillons), a fait adopter une loi en 1989 touchant les employé-e-s des ministères seulement, « une première phase » qui n’en a pas eu d’autre dans le règne McKenna. Selon un sommaire par le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B., cette loi « a permis de réduire l’écart salarial pour 96% (3 960 sur 4 142) des employées dans des emplois traditionnellement féminins. L’augmentation salariale moyenne était de 1,31 $ l’heure, allant de 12 cents à 5,38 $ l’heure. L’application de la loi en 1994 aux employées de la Partie 2 (conseils scolaires) a mené à des augmentations semblables. »

Le gouvernement Lord qui a succédé a mis sur pied un plan sur cinq ans (2005-10) qui encourageait et aidait les employeurs du secteur privé à instaurer l’équité salariale. Après cette période, une évaluation indépendante devait jauger quel progrès avait été atteint, et si le progrès n’était pas important, le gouvernement devait adopter une loi. L’initiative a été lancée mais les rapports d’étape ont cessé après trois ans et aucune évaluation indépendante n’a été faite après les cinq ans écoulés.

Une loi adoptée par le prochain gouvernement (libéral) ne touche que la fonction publique. Et l’application d’une soi-disant « méthodologie » pour mesurer l’iniquité dans certains postes a « bénéficié » d’un manque de rigueur (pour vous convaincre de mes dires, lisez si ce n’est que le sommaire de ce « Commentaires sur les résultats du programme d’équité salariale du gouvernement du Nouveau-Brunswick dans les secteurs non légiférés », de la Coalition pour l’équité salariale au N.-B., http://www.equite-equity.com/userfiles/file/Brief_2012_pay_equity_3groups_FRE%281%29.pdf ).

Récemment, lors de son congrès des politiques, le Parti libéral du Nouveau-Brunswick a adopté une résolution, qui paraîtra ou non dans la plateforme du parti pour l’élection de cet automne, voulant qu’un gouvernement libéral exige « que les entreprises qui souhaitent faire des affaires avec le gouvernement aient établi l’équité salariale au sein de leur entreprise ».

Forte de l’expérience des actions et tergiversations des dernières décennies, je prédirais qu’une telle clause tel quel n’aura aucun impact – sauf de nuire à la confiance publique dans le concept d’équité salariale. Si « équité salariale » n’est pas définie et qu’aucune certification est prescrite pour vérifier si elle existe ou non, un mécanisme bidon de certification sera créé et même les chameaux passeront dans le chas de l’aiguille…

En politique, je brûle des lampions

Je brûle des lampions pour que Justin Trudeau fassent l’affaire, soit la personne pour la job. Je n’ai jamais été de ce parti, ou d’aucun autre, mais la prochaine élection (prévue pour octobre 2015), notre seule chance de sauver des meubles au Canada – c’est-à-dire sortir les conservateurs – repose sur ses chances de gagner.

Donc je brûle des lampions, ou plutôt je fais l’équivalent pour les athées, je parle toute seule. « Woyons, Justin, ça pu de bon sens, y faut que tu sois paré pi bon, pi que tu gagnes. Es-tu sûre que tu prépares ben ton coup? … »

Si Mulcair avait autant de chances pan Canada, je serais heureuse de lui allumer des lampions et lui diriger mes marmonnements. Mais difficile d’espérer qu’il l’emportera, sauf en coalition.

Il y a longtemps que je vote de façon stratégique, sans honte et pour la bonne cause. Je ne me pose presque plus la question : ton cœur choisirait qui ? Parce que notre système donne trop de pouvoir au premier ministre et trop peu aux députés, on ne peut pas voter que pour un tel candidat. Parce que notre système biaise le résultat du scrutin, on perd son vote si on ne vote pas dans le contexte du probable, c.-à-d., de façon stratégique, pour celui des partis en tête qui fera moins de mal et moins honte et peut gagner.

Dans l’Actualité d’octobre 2011, le chroniqueur, chercheur et futur ministre PQ Jean-François Lisée signait un texte « Comment battre Harper en 2015 ! ». Sa proposition n’est pas très praticable – elle avait de bon qu’elle se terminait en 2020 avec Harper demandant l’asile politique au Texas – mais l’idée d’organiser demeure bonne.

Depuis trois ans, Harper majoritaire

Lors de l’élection fédérale du 2 mai 2011, 24 000 000 Canadiens auraient pu voter, 14 800 000 l’ont fait et 5 800 000 de ceux-ci ont voté pour Stephen Harper. Notre système électoral antique et biaisé – et les appels trompeurs ? – aidant, ce 39 pourcent des bulletins de vote étaient suffisants pour que Harper obtienne un gouvernement majoritaire. En fait les 5 800 000 qui ont voté pour Harper ne sont que 24 pourcent du nombre total d’électeurs inscrits (24 000 000).
Tous ces Canadiens qui n’ont pas voté lors de cette dernière élection fédérale, 9 400 000, je mets une partie du blâme sur eux pour le fait qu’on a un gouvernement majoritaire Harper, parce que la majorité de ces désabusés de la politique n’étaient probablement pas des amis de Harper. 9 400 000 adultes qui ont cru que d’autres feraient un meilleur choix qu’eux pour protéger leurs intérêts. On sait que plusieurs des personnes qui ne votent pas sont plus pauvres ou plus jeunes que celles qui votent. Ceux qui votent sont aussi plus religieux et plus conservateurs que ceux qui ne votent pas.
En fait, ce serait le comble de blâmer les individus. Les Canadiens sont dépourvus de choix, désabusés par leur expérience, et certains de nous souffrons d’une forme du syndrome de victime d’abus. Tsé, où suite à nos expériences avec l’autre, on développe « une soumission et ou une apathie qui mine notre estime de soi et amoindrit notre capacité de jugement ». Je pense exagérer seulement un peu.
Ce qui me préoccupe même plus est la possibilité que certains de nous sommes sujets à une forme de syndrome de Stockholm, tsé, où des otages développent une empathie ou prennent la défense de leur ravisseur ou geôlier. Parce qu’il devient apparent que des personnes de la classe moyenne ou pauvre appuient les politiques conservatrices (du parti Conservateur et des autres).
Pourquoi est-ce que des personnes à revenu moyen ou faible appuieraient des politiciens et les partis qui ne veulent que réduire les impôts et démanteler les institutions et les services qui ont créé le niveau de vie canadien dont ces classes ont bénéficié, si ce n’est qu’elles s’identifient aux riches ?
Je cherche à comprendre pourquoi les pauvres votent contre leurs intérêts, pourquoi une certaine partie de la classe moyenne vote à droite. Mes lectures sont à date très insatisfaisantes. Une réflexion que je poursuis, qui me poursuit…
Les essais et les théories sortant des États-Unis sont point très transposables ailleurs, non plus celles de France. Mais un livre lu récemment, titré en français ‘Pourquoi les pauvres votent à droite’, de Thomas Frank (traduction de son livre paru en 2004, ‘What’s the matter with Kansas : How conservatives won the heart of America’), a des idées intéressantes.
Premièrement de la préface par Serge Halimi dans l’édition en français :
« L’insécurité économique déchaînée par le nouveau capitalisme a conduit une partie du prolétariat et des classes moyennes à rechercher la sécurité ailleurs, dans un univers ‘moral’ qui lui, ne bougerait pas trop, voire qui réhabiliterait des comportement anciens, plus familiers… C’est là une vieille recette de la droite : pour ne pas avoir à s’étendre sur la question des intérêts (économiques) – ce qui est sage quand on défend ceux d’une minorité de la population -, il faut se montrer intarissable sur le thème des valeurs, des postures : ordre, autorité, travail, mérite, moralité, famille… »
« Le succès de la droite en terrain populaire ne s’explique pas uniquement par la pugnacité ou par le talent de ses porte-parole. Aux États-Unis, comme en France, elle profita de transformations sociologiques et anthropologiques, en particulier d’un affaiblissement des collectifs ouvriers et militants qui a conduit nombre d’électeurs aux revenus modestes à vivre leur rapport à la politique et à la société; sur un mode plus individualiste, plus calculateur. Le discours du « choix », du « mérite », de la « valeur travail » les a ciblés. Ils veulent choisir (leur école, leur quartier) pour ne pas devoir subir ce qu’il y a de pire ; ils estiment avoir du mérite et n’en être pas récompensés ; ils travaillent dur et gagnent peu, guère plus, estiment-ils, que les chômeurs et les immigrés. Les privilèges des riches leurs semblent tellement inaccessibles qu’ils ne les concernent plus. À leurs yeux, la ligne de fracture économique passe moins entre privilégiés et pauvres, capitalistes et ouvriers, davantage entre salariés et « assistés », Blancs et « minorités’, travailleurs et fraudeurs… »
L’auteur Thomas Frank, parlant de la situation au Kansas et aux États-Unis, vers 2004 :
« Les Démocrates ne s’adressent plus aux perdants du système de libre marché, qui est de plus en plus brutal et plus arrogant chaque jour… La stratégie politique des Démocrates consiste à se contenter de croire que les gens savent exactement où se situent leurs intérêts économiques et qu’ils agiront quasi instinctivement en conséquence… Mais l’erreur fatidique des Démocrates est que les gens ne comprennent généralement pas spontanément la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils ne connaissent pas forcément les choix disponibles pour passer à l’action, les organisations auxquells ils devraient adhérer ni les raisons pour lesquelles ils devraient se battre. Le libéralisme n’est pas une force kharmique qui viendrait faire contrepoids au monde des affaires lorsque ce dernier va trop loin. C’est une création des hommes aussi sujette aux revers et aux défaites que n’importe quelle autre. Prenons notre système de sécurité sociale, notre fiscalité, les règlementations et l’assurance sociale qui sont en permanence visée par la réaction. La sécurité sociale, les services alimentaires et médicaux, comme tout le reste, ne sont pas sortis par magie du sol pour pallier les excès évidents du système de laisser-faire. Non, ce sont les produits de décennies de militantisme, de luttes sanglantes entre grévistes et milices de l’État, de mobilisation, d’information et d’activisme ingrat.
On trouve dans la pratique électorale des travailleurs syndiqués une illustration encore plus claire de l’importance des organisations dans les choix de vote. En 2000, l’électeur blanc moyen de sexe masculin a choisi GW Bush à une majorité confortable. Les électeurs blancs syndiqués ont, de leur côté, voté majoritairement pour Al Gore. On constate le même phénomène quelle que soit la catégorie démographique choisie : femmes, détenteurs d’armes à feu, retraités, etc. Quand ils sont syndiqués, tous penchent à gauche. Et c’est vrai même quand les électeurs syndiqués en question ont peu de contact avec les dirigeants de leurs organisations. Le simple fait d’être syndiqué influe à l’évidence sur la manière dont on considère la politiqu3e et semble vacciner contre la maladie réactionnaire. Dans ce cadre, la question des valeurs n’a guère d’importance alors que l’économie, les soins médicaux et l’enseignement sont les questions fondamentales… »

Les Néo-brunswickoises attendent des nouvelles – Voix des femmes

Le Nouveau-Brunswick a un nouveau conseil aviseur sur les droits des femmes, appelé Voix des femmes. Ceci est peu connu parce qu’il n’y a pas eu de débat officiel ou un événement pour concrétiser sa création et attirer l’attention.

« C’est pour mieux te faire disparaître sans problème, mon enfant »? ou « Sois tranquille, on te sortira du tiroir quand on aura besoin de toi » ??

Peut-être, mais c’est probablement une question de priorité. Le nouveau conseil aviseur est le remplacement par David Alward après 3 ans – le temps d’un mandat tranquille, quoi – du Conseil consultatif sur la condition de la femme. Il avait aboli le CCCF six mois après son élection avec une plateforme électorale qui promettait de travailler en plus étroite collaboration avec le CCCF… (J’étais directrice du CCCF à ce moment, et suis maintenant à la retraite, sans intérêt pécuniaire ou philosophique dans cette affaire, mais je suis d’avis qu’il est évident que le gouvernement avait alors mal fait, que les femmes n’ont pas l’égalité et que les gouvernements ont besoin d’avis… Je demeure intéressée à voir que les questions d’égalité soient traitées).

À mon avis, les 15 femmes nommées par le gouvernement sont potentiellement d’excellentes membres, si la structure et les conditions sont bonnes. Leur nomination, février 2014, a peu attiré d’attention et aucun reportage ou événement n’a présenté au public ses deux coprésidentes, Phylomène Zangio et Kim Nash-McKinley.

À l’opposé des autres organismes indépendants reconnus du gouvernement – tel le Bureau de l’Ombudsman, le Conseil sur la condition des personnes handicapées, et autres – Voix des femmes n’est pas créé par une loi. Aucun document contenant la charge ou le mandat donné par le gouvernement, ce qui accompagne d’ordinaire des fonds, n’a été rendu public.

Deux mois après être nommées, les membres de Voix des femmes apprennent en même temps que le public que la clinique Morgentaler prévoit fermer ses portes en quelques mois. Le premier dossier auquel elles auront à faire face est une des plus anciennes questions féministes, un dossier déterminant et clair pour l’égalité des femmes. On pourrait maudire le moment de ce débat dans la mise en place de Voix des femmes mais, au fond, toute occasion de faire avancer l’égalité doit être célébrée.

Voix des femmes a décidé de ne pas participer dans la réaction et la manifestation organisée par des Néo-brunswickoises à ce sujet, mais éventuellement Voix émet un communiqué revendiquant un meilleur accès public à ce service de santé, un communiqué qui est plutôt ignoré par les médias sauf une brève dans l’Acadie nouvelle. Le surlendemain, la coprésidente interviewée par Radio-Canada Télévision au sujet de l’avortement renie la position prise dans le communiqué : à la question demandant si Voix a une position sur l’accès à l’avortement, elle répond que Voix œuvre pour une société juste, égalitaire et démocratique et doit conseiller le gouvernement, donc il en parlera avec la ministre qui siège à la table de concertation. Il se serait passé quelque chose entre le communiqué et l’interview ? La crise autour de l’accès à l’avortement demeure une excellente chance pour Voix des femmes de se faire connaître et pour contribuer.

Il faut donner la chance à la coureuse mais il faut aussi qu’on sache qu’elle court. La seule raison de recréer un organisme indépendant, Voix, était pour qu’il puisse mettre les intérêts des femmes en évidence. Voix devra démontrer son indépendance dans sa capacité de faire cela. Il doit aussi être transparent quant à son mandat et son fonctionnement. Ce sont aux femmes que les membres de Voix doivent l’honneur d’être en place et ce sont à elles qu’il doit parler.

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Communiqué du gouvernement annonçant la nomination des membres, février 2014 : http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/nouvelles/communique.2014.02.0142.html

Reportage sur Voix des femmes, Radio-Canada, Téléjournal Acadie, 18 avril 2014 : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7048840

Communiqué sur l’accès à l’avortement, Acadie Nouvelle, 16 avril, page 6.

Y’a plus que la question Morgentaler

Si on va débattre la question de l’accès à l’avortement au Nouveau-Brunswick, voici des points souvent oubliés que j’aimerais ajouter au mélange :

Plan B – Quand tu sais que, vivant au Nouveau-Brunswick, t’aurais probablement pas d’avortement, il devient plus important encore d’avoir accès à la pilule du lendemain (contraception d’urgence, ‘Plan B’ – même affaire). Elle sert dans les 72 heures après que t’as eu des relations sexuelles non protégées – t’as été agressée, le condom a déchiré, t’as oublié de prendre tes anovulants, t’as utilisé des antibiotiques qui ont nui à l’efficacité de tes anovulants ou t’as omis de te protéger. Santé Canada permet aux pharmacies de vendre ces pilules sur les étagères. Icitte au N.-B., nos pharmaciens se mêlent de la vie privée des femmes autant qu’un politicien… Ils pourraient mettre ces pilules sur leurs étagères et les vendre à 20$ – même une ado pourrait se les payer. Mais la dernière fois que j’ai vérifié, ceux qui la vendent au N.-B. la gardent derrière leur comptoir, donc il faut leur demander, répondre à leurs questions, souvent à la caisse ! (« Est-ce que ton cycle menstruel est régulier ? Quand as-tu eu des rapports sexuels non protégés ? » …) et payer des frais de ‘consultation’ (20$, même si t’as 40 ans, t’en es servi plusieurs fois et n’as point besoin de consulter). Y’a pas de controverse dans la pilule, elle ne fait pas avorter, elle prévient la grossesse – si t’es enceinte, ça ne changera pas ton état. Ce sont des hormones similaires aux contraceptifs oraux, administrées à des doses différentes. (Certains pharmaciens au N.-B. refusent par religiosité aiguë de les vendre, comme certains de nos médecins refusent d’aider une femme non mariée au sujet de la contraception.)

Filles-mères – « La baisse plutôt marquée entre 2002 et 2003 dans la proportion des grossesses s’étant soldées par un avortement était accompagnée d’une hausse de la proportion de grossesses se soldant par une naissance, surtout chez les adolescentes plus jeunes. », selon le Bureau du médecin-hygiéniste en chef au Nouveau Brunswick. (www2.gnb.ca/content/dam/gnb/Departments/h-s/pdf/fr/Publications/Indicateurs_sante1.pdfa baisse)
En 2002, l’hôpital ‘anglaise’ de Moncton a annoncé que les avortements n’y seraient plus pratiqués – manque d’appui par le provincial, intimidation des médecins et de l’hôpital par les anti-choix, etc. Alors qu’en 2002 au N.-B., 36 pour cent des grossesses chez les filles de 17 ans et moins se terminaient en un avortement thérapeutique ; en 2003, seulement 18 pour cent.
Suite à la perte du service à Moncton, le Nouveau-Brunswick a connu la réduction du nombre d’avortements la plus importante au Canada. Cette diminution a touché surtout les adolescentes.
En 2006, au tour de l’hôpital Everett-Chalmers de Fredericton d’abandonner la procédure pour un peu les mêmes raisons. Suite à un effort gargantuesque par les femmes et du Conseil consultatif, le gouvernement provincial a éventuellement organisé un accès à l’avortement – à 2 endroits secrets de la province mais c’est à toi d’apprendre où dans les quelques semaines que tu as suite à avoir appris que tu es enceinte – si tu n’as pas de médecin familial, abandonne avant de commencer. Reste qu’en 2009, le nombre de naissances pour 1 000 filles de 15 à 19 ans était de 21 au N.-B., mais de seulement 14 au niveau canadien. Honte.

Les gynéco – La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada a envoyé une lettre au gouvernement du Nouveau-Brunswick vers 2005 disant qu’il n’est pas nécessaire qu’un avortement soit effectué par un spécialiste dans une salle d’opération d’un hôpital. Ailleurs au monde, dans la plupart des cas, des médecins de famille effectuent des avortements dans des cliniques.

Sans chirurgie – Si j’avais à orienter quelqu’une cherchant un avortement, je l’encouragerais de s’informer si l’avortement « médical » est possible dans son cas. Il s’agit d’obtenir de son médecin, ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour provoquer, chez elle, un avortement non chirurgical. C’est la méthode utilisée pour la majorité des avortements en France, Royaume-Uni, les pays scandinaves. Branchons-nous.
http://www.canadiansforchoice.ca/francais/optionsabortion.htm
http://www.arcc-cdac.ca/fr/postionpapers/18_Diff%E9rentes-m%E9thodes-davortement-aper%E7u.pdf

Avortement et l’opinionite

Si jamais il va y avoir du changement au Nouveau-Brunswick autour de la question de l’accès à l’avortement, ce sera soit parce que Santé Canada a exigé que la province respecte les engagements (aucune chance), ou parce qu’un tribunal a reconnu que les agissements de la province ne sont pas légaux (trouve-moi une femme qui n’a pas pu obtenir un avortement et qui est riche, et ça pourrait marcher), ou parce que les houmes à l’Assemblée législative décident d’agir en adulte (yeah right, pis pendant une année électorale). Non, décidément, l’espèce humaine a le temps d’évoluer au point où les femmes n’ont pas besoin d’aide pour avorter avant que se passent ces autres éventualités.

Disons que je ne mets pas d’espoir dans les pétitions non plus – en tout cas les religieux vont obtenir encore plus de signatures, leur dieu ne leur laisse pas de choix – surtout parce que mon droit à mon corps n’est pas une question d’opinion de signataires.

Non, le changement viendra peut-être si chacune de nous – qu’on soit juste tannée à mort de voir le sujet de l’avortement revenir sur la table, qu’on soit personnellement touchée par la situation ou toutes les variations entre ces états – si chacune disait à toutes les occasions « Je renonce à devoir avoir une opinion sur la vie sexuelle ou morale des femmes. Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte. Le service doit être accessible parce qu’autrement c’est nous qui décidons pour elle. Je sais que je renie la culture religieuse de mes ancêtres et la tendance politique des temps. »

L’avortement, intervention politico-religieuse

Imaginons que la clinique Morgentaler était pour fermer au Nouveau-Brunswick. Qu’est-ce qui arriverait ? Les 600 quelque femmes qui y avaient recours (ce nombre en 2009 était supérieur au nombre de femmes obtenant un avortement défrayé par l’assurance-maladie) auraient un enfant non voulu, les bien nanties se rendraient à Halifax, au Québec, ou au Maine pour un avortement ou les bien branchées tenteraient de satisfaire les exigences politiques pour une intervention médicale (et certaines de ces dernières abandonneraient ou seraient rejetées et se trouveront dans les 2 autres catégories). (Les TRÈS bien branchées continueront d’obtenir discrètement, de leur médecin ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour un avortement « médical », càd non chirurgical.)

Voyez-vous, au N.-B., on n’a jamais reconnu le droit des femmes de décider de leur corps. Lorsque la décision de la Cour suprême du Canada a tout changé dans le reste du Canada, ici, McKenna a dit « c’est moi le shérif ici » et tout est resté pareil. La signature de 2 médecins, la pratique dans un hôpital, par un gynécologue, etc. c’est resté pareil comme avant. Personne au fédéral ou dans les systèmes juridique ou de santé n’a réagi. Alors que le N.-B. prétend préférer des gouvernements qui ne s’ingèrent pas dans la vie privée et qui réduisent les dépenses publiques, on trouve les moyens de se payer des critères politiques à une intervention médicale. Médicale, tu dis ? Au N.-B., c’est plutôt une intervention religieuse. Des critères qui font que des femmes ont des enfants qu’elles ne veulent pas …

Voyez-vous, ici, on aime mieux que quelqu’un d’autre que les femmes décide. Le gouvernement, les chevaliers de colomb, les religieux. Non, c’est pas yinque ça. C’est plutôt qu’à tout coup, on ne veut pas en parler. Pour dire encore plus vrai, ça nous fait rien ce qui arrive à ces femmes enceintes. On s’en moque autant que ce qui arrive aux femmes tuées par leur partenaire (Dis-moi ce qui a été fait, avec suite et résultats, pour comprendre et prévenir n’importe quel de ces deux phénomènes.)

Pour sûr on ne veut pas l’aider à avoir accès à un avortement : l’intimidation individuelle et institutionnelle, dans la rue, dans les forums, dans les hôpitaux, est pratiquée sans conséquences pour arriver à cette fin. Qu’elle ait un enfant non voulu, et vive dans la pauvreté, dans la violence, dans l’impossibilité de réaliser son potentiel, qui en parle?

Que dirait le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B. si Alward ne l’avait pas aboli? Que ce n’est pas à une clinique privée d’offrir un service essentiel de santé.

Que devrait faire le gouvernement? Exiger que les pharmacies du NB cessent d’être un obstacle à l’accès à la contraception d’urgence. Abolir les restrictions politiques à l’avortement – cesser de gaspiller des fonds publics en exigeant que deux médecins soient consultés, que l’intervention soit pratiquée par un gynécologue, que l’intervention soit pratiquée dans un hôpital… Enquêter sur le nombre grandissant de naissances à des adolescentes. Enquêter sur le nombre élevé d’agressions sexuelles au N.-B. Collaborer avec les médecins pour faire mieux connaître la méthode non chirurgicale d’avortement.

Que devrait faire les femmes ? Tu en parles !

Vous avez appelé une ambulance, Mister?

Vous avez appelé une ambulance ?

Pardon me? Oh you’re the ambulance. Come in. Over here.

Quel est le problème ?

I don’t understand you. He’s over here. Come. Help him.

Merci. Qu’est-ce qui est arrivé ?

Are you talking French? What’s wrong here? I called for an ambulance.

Du calme. Nous allons lui donner les meilleurs soins possibles, mais il nous faut connaître les symptômes. Il a mal où ?

E a what ? What’s happening here? Are you really the ambulance? I’m calling the police…

Hello police. I need help. I called the ambulance and they arrived but they only speak French. What? WHAT? Oh, OK. Dearie, they say I have to take it up with the Supreme Court. You go on ahead. I’ll join you in the hospital. Don’t worry. This won’t take long.

Le temps des garantis

On me dit que bientôt, 15 femmes Néo-brunswickoises vont entreprendre un passage périlleux, éclairées par une braise gardée par les femmes fières qui ont foulé ce sol abénaki depuis les temps, en quête elles aussi d’une place au soleil…

Sans autre emportée allégorique, les 15 femmes nommées au forum Voix des femmes vont se rencontrer bientôt, avant la fin de l’année financière supposément, convoquées par le gouvernement provincial. Le forum est créé par ce gouvernement ‘en réaction à la réaction’ à son abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme, il y a 3 ans cette semaine, lors du premier budget Alward.

Ces 15 femmes vont tenter une action qui devrait être assurée de succès tant leur enthousiasme est sincère, et le besoin d’un tel conseil aviseur légitime. Elles vont tenter d’arracher au gouvernement un engagement qui leur permettra de créer un espace de travail indépendant, et de se pencher sur les prochaines étapes de la longue lutte des femmes pour l’égalité.

La seule chose que l’on sait du forum est le nom des 15 femmes. On ne sait pas quel sera leur mandat, ou quelle législation ou énoncé leur donnera indépendance et autorité pour donner leur avis au public et au gouvernement sur ce qui doit changer pour amener l’égalité. Le gouvernement a pris trois ans pour être au point de possiblement remettre en place ce qu’il a aboli en 10 jours, donnant à Alward un plein mandat sans conseil aviseur indépendant sur les questions féministes.

Un conseil aviseur qui est dans la poche de celui qui demande d’être avisé, ce serait du gaspillage, mais pire dans ce cas, ce serait léser les femmes en besoin d’égalité, et trahir la fière histoire des féministes du Nouveau-Brunswick.

C’est le temps d’obtenir des garantis, les femmes. Des garantis que vous aurez les conditions nécessaires pour faire le travail que vous jugez nécessaire sur les priorités des femmes – des priorités qui peuvent être très divergentes de celles d’un gouvernement.

Vous devez obtenir un mandat clair et fort. Laissez-moi vous dire, ça vous servira lorsqu’on tentera de vous taire. Vous aurez besoin du droit de parler publiquement de vos avis et de votre analyse des questions parce que c’est toute une société qui créé l’égalité, pas seulement un gouvernement. Vous devez être maitresse de votre groupe, de vos priorités, de vos activités et de votre budget.

Avec ça, vous pourrez faire du bon travail. Sans ça, vous risquez de perdre notre temps et pire, d’occuper l’espace qui devrait être celle d’une entité efficace.

Pauvreté – je ne trépigne pas d’impatience

L’an prochain, en théorie, il sera révélé si le Nouveau-Brunswick a rencontré son objectif de réduction de la pauvreté : en 2010, nous nous étions engagés à réduire la pauvreté monétaire de 25 pour cent avant 2015 ! Pis, tant qua faire, la pauvreté monétaire extrême de 50 pour cent, aussi avant 2015.

Disons que je ne trépigne pas d’impatience avant la grande révélation. Surtout quand je lis les comptes rendus des efforts faits pour réaliser une réduction. Une prière à Saint-Antoine de Padoue aurait des meilleurs résultats, il me semble.

Lorsque les partis politiques du Nouveau-Brunswick se sont mis d’accord pour travailler ensemble en vue d’un plan de réduction de la pauvreté, vers 2009, on aurait cru, si on se fiait au bruit médiatique, que c’était un événement significatif en soi. Pourtant, ce n’est pas si rare que les partis soient en collusion : dites-moi pas que vous pouvez distinguer les Libéraux des Conservateurs, lorsque chacun est au pouvoir, sur les dossiers de l’avortement ou de la réforme électorale. Ou, maintenant, de la pauvreté. Agir en collusion leur est utile pour enlever un irritant que ni l’un ni l’autre ne veut confronter pour de vrai.

Dans tous les cas, on a eu notre ‘stratégie’ de réduction de la pauvreté (2010) – une liste d’épicerie pour dire vrai, et non pas une stratégie, qui voudrait dire, tsé, des actions cohérentes suivant une logique séquentielle. Et pour dire que dans certains pays, grâce à des efforts mieux pensés, par exemple, les familles monoparentales ne sont pas archi-pauvres, avoir un salaire veut dire t’es pas pauvre, et les tarifications citoyennes, pour les garderies, les contraventions, les permis de conduire, les repas à l’école, etc, sont différenciées selon la capacité de payer, selon ta carte indiquant ton quintile.  Admettons que ce n’est pas le niveau de discussion qu’il y a eu au Nouveau-Brunswick.

Il y a eu enthousiasme pour la stratégie pas seulement parce que tout le monde, dont la presse, a prétendu qu’un accord entre partis est rare et signifie qu’on est prêt à prendre les grands moyens, mais aussi parce que personne n’en revenait qu’un Irving était assis avec une assistée sociale, un Oland itou, et des entrepreneurs avec des travailleurs pauvres à la même table ! On aurait cru que les lois de la physique avaient été enfreintes, que des aimants qui devraient se repousser tout d’un coup s’attirent.  Ça fait nouvelle ça, au N.-B.  Un Irving qui se demande comment contrer la pauvreté. 

Personne n’a remarqué qu’aucun des comités créés par le gouvernement n’a inclus un regroupement féministe, un groupe de femmes dont le mandat est de mettre de l’avant les intérêts de l’égalité. Ce doit être parce qu’au N.-B., on aime traiter des problèmes séparément – tsé comment on sauve sur les salaires des aidantes en littératie, des enseignantes de maternelles, ou des aides familiales, puis ensuite on étudie pourquoi les femmes gagnent moins que les hommes.

Quelles sont les chances d’un plan de réduction de la pauvreté qui prétend en partant que les causes et les portes de sorties de la pauvreté sont les mêmes pour les hommes et les femmes. On a un taux très élevé de naissances aux adolescentes ainsi qu’un accès très limité aux services de garde, aux avortements, à l’aide juridique en matière civile, à l’équité salariale, etc., et on est censé croire que cela n’affecte pas un sexe plus que l’autre et cela n’a rien à voir avec la pauvreté ? (Aux hommes à énumérer des aspects de la culture qui affectent les hommes en situation de la pauvreté).

Il est permis de douter que nous faisons le nécessaire pour réduire le niveau de pauvreté. Ce qui a été fait au niveau provincial pour appuyer la transition vers l’emploi et l’alphabétisation, pour atteindre un salaire viable et pour mousser les économies locales – tsé, ces interventions qui pourraient avoir un vrai impact – ont été médiocres ou non existantes. Pas beaucoup des 158 projets mis en branle autour de la province par des comités locaux dans le cadre de la Stratégie de réduction de la pauvreté vont aider de façon significative. Un centre de jeunes organise des journées ‘spa’ pour filles de familles pauvres, avec des coiffeuses et esthéticiennes bénévoles ; et pour celles à l’école secondaire, on leur fourni des robes de bal de finissants. C’est là une des « histoires de réussite » mises de l’avant par la Société d’inclusion économique et sociale, la société de la couronne créée pour chapeauter les efforts.

D’autres histoires parmi les 158 projets : quelques jardins communautaires, des programmes d’achat de nourriture en vrac à rabais, de la formation à l’entraide pour personnes ayant vécu des problèmes de santé mentale, d’itinérance ou de dépendance qui sont prêtes à aider d’autres rencontrant ces problèmes, etc. Certains projets ont des chances de changer des vies mais même ceux-là touchent très peu de personnes, dans un petit coin de la province, et dans une langue seulement souvent. Tant d’efforts et de fonds publics pour 158 « projets pilotes ».  Si tu dis le faire pour lutter contre la pauvreté, tu peux faire ce que tu veux, même si ta principale contribution sera de maintenir la pauvreté ou la rendre plus tolérable pour les non pauvres.

Il est vrai que le gouvernement a augmenté les taux de base de l’assistance sociale et du salaire minimum, mais pas assez pour devancer l’inflation et gagner du terrain.  Le nouveau programme de services dentaires et de la vue pour enfants dans les familles à faible revenu est bien, mais cela ne réduit pas le nombre de familles à faible revenu. Le régime promis pour une assurance pour les médicaments sur ordonnance est bienvenu mais n’aura pas un grand impact statistique.

S’il y a un aspect du plan de réduction de la pauvreté qui sera atteint, ce sera probablement d’améliorer l’inclusion économique et sociale. Après toute, s’il y a un pauvre – ou un entrepreneur – qui n’est pas sur un comité de la Stratégie, c’est parce qu’ils n’essaient pas. La Société a un conseil d’administration de 22 personnes (avec un président et 4 co-présidents), trois comités aviseurs avec chacun 12 membres, 12 réseaux d’inclusion avec près de 200 personnes sur leurs conseils, etc…

Entretemps, le taux de pauvreté ne bouge pas, ou s’il bouge ce n’est pas toujours dans la bonne direction.

Des choses à apprécier

Je trouve il semble facilement des situations et des actions qui m’indignent et me portent à écrire. Il m’arrive, plus rarement, d’être impressionnée ou reconnaissante pour une situation ou une action. L’autre jour, en lisant une chronique de Bernard Richard dans l’Acadie Nouvelle, j’ai eu ce sentiment et j’ai pensé à un nombre de personnes et groupes qui méritent d’être appréciés.

Monsieur Richard, ancien politicien, réprimandait son ancien parti et celui qui l’a remplacé au pouvoir pour les mêmes agissements. Voir cette analyse tirée de sa chronique : « Les initiatives annoncées par le gouvernement Graham promettaient aux électeurs que leur vote compterait, que le système fonctionnerait et que leur voix serait entendue. Un peu plus de deux ans plus tard, l’annonce de la vente des actifs d’Énergie NB à Hydro-Québec a éclaté comme une bombe. Les pourparlers menant à l’annonce s’étaient déroulés en secret… Le dossier d’Énergie NB, entre autres, a ouvert la porte toute grande à David Alward et, pour la première fois dans notre histoire, il a défait un gouvernement après un seul mandat. M. Alward avait bien appris sa leçon, promettant de consulter la population et critiquant sévèrement la décision du gouvernement Graham dans le dossier d’Énergie NB. Pourtant, peu de temps après son élection, c’est au tour du gouvernement Alward de s’aventurer dans le secteur énergétique sans informer et sans consulter avant de prendre sa décision, annonçant une stratégie agressive pour le développement du gaz de schiste par fracturation hydraulique. »

Les anciens politiciens qui contribuent de cette façon sont si rares qu’on doit applaudir, et maudire les autres.

De même, deux groupes m’épatent par leur travail et leur longévité.

La Coalition pour l’équité salariale est un regroupement provincial actif depuis 13 ans, arrivant à survivre sans financement gouvernemental depuis quelques années. En fait, la Coalition termine une autre campagne de financement. Sans pouvoir offrir de reçus pour fin des impôts, la Coalition réussi à ramasser 75 000$ à 90 000$ par an.  Chapeau !  Et l’objectif – l’équité salariale ou la comparaison de la valeur d’emplois non identiques – n’est pas facile à expliquer. Leurs tactiques sont toujours amusantes, justes et ou tranchantes. Peu de provinces ont un tel groupe, et aucune n’a de tel groupe ayant autant de visibilité et de respect populaire. On veut leur souhaiter longue vie, mais évidemment il faut plutôt leur souhaiter un succès rapide et l’équité jusqu’à la fin de leurs jours.

Le Front commun pour la justice sociale, qui « milite pour construire au Nouveau-Brunswick une société plus humaine », que ça, impressionne par sa constance et sa visibilité. Ce regroupement de personnes vivant ou ayant vécu dans la pauvreté fait souvent parler de lui et rares sont les journées spéciales ou événements provinciaux reliés à l’économique où les représentants du Front ne sont pas cités. Ils fonctionnent avec peu de fonds et mènent présentement une campagne d’un an pour amasser 30 000$. L’automne dernier, le Front commun a lancé une campagne pour faire de la pauvreté un enjeu électoral lors de la prochaine élection provinciale en septembre 2014. Car, comme ils le rappellent, plus de trois ans après l’adoption d’une loi visant la réduction de la pauvreté, « il y a encore des milliers de citoyennes et de citoyens qui vivent dans la pauvreté… Ce sont principalement les travailleurs à petit salaire qui travaillent, en majorité, au salaire minimum, soit à plein temps ou à temps partiel, dans les secteurs du commerce de détail, de l’hébergement, des services de restauration, et les industries saisonnières… » Ils ont une idée juste de la pauvreté, ses causes et son utilité sociale, et donc, sont actifs dans des dossiers tels que la révision de la Loi sur les accidents de travail, l’Assurance-emploi et les femmes, le budget et les revenus provinciaux. Justice sociale et non charité !

Si bilingue voulait dire bilingue

J’ai comme l’impression que « bilingue » n’est pas une appellation contrôlée. En tout cas pas au Nouveau-Brunswick.
Je ne suis pas la cour suprême, mais je statue comme simple citoyenne que pour se dire bilingue, la province devrait me permettre de faire affaire avec le gouvernement dans ma langue – au minimum faire des choses comme voter ; parler à l’ambulancier qui répond à mon appel d’urgence ; recevoir des services à l’hôpital.
À ce sujet :
Je n’ai jamais pu voter en français. J’ai 61 ans. C’est sans doute ma faute, j’ai résidé à Fredericton ou dans le mauvais quartier de Moncton. Si jamais je réussis à voter en français, je ne saurai que faire du lendemain du scrutin, jusqu’à date presque toujours dédié à déposer une plainte auprès du bureau responsable – tsé, celui qui te dit c’est ton élu qui décide de l’embauche des employé-e-s des bureaux de scrutin.
Je n’ai jamais eu à appeler l’ambulance mais je lis les plaintes au sujet du manque de service et je lis surtout les doléances de la Commission aux langues officielles, qui nous assure – 45 ans après l’adoption de deux langues officielles au Nouveau-Brunswick pour l’amour – qu’elle a fait part de préoccupations aux dirigeants d’Ambulance NB. Préoccupations. En 2014. Aucun commentaire d’Alward ou des députés acadiens.
Je n’ai jamais eu de services en français à l’hôpital de Fredericton. Jamais. Il y a 13 ans que je demeure à Fredericton.

Ils veulent s’accaparer du 8 !

Y a-t-il plus niaiseux, pour ne pas dire insultant et infantilisant, qu’un gouvernement, surtout en l’occurrence celui de Stephen Harper, qui prétend décider du thème d’une journée de revendication pour l’égalité ? Surtout l’égalité entre les sexes. Depuis quelques années, le gouvernement fédéral émet un communiqué en février du genre « Voici le thème retenu pour la Journée internationale de la femme », le 8 mars.
On est-y à la maternelle ? Ils savent-y ce qu’est la Journée des femmes – la revendication de droits, de changements, d’accès à des services ?
Bien sûr ils savent et sans doute c’est là pourquoi les gouvernements tentent de s’en accaparer et de détourner la journée, premièrement à une journée « de la femme » et non des femmes, et aussi en faire une célébration du statu quo.
Cette année, les enfants, le Canada a retenu le thème suivant, « Force des femmes. Force du Canada. De la création d’entreprises à la création d’emplois, les Canadiennes vont de l’avant. »
C’est quoi ce délire ? On travaille t-y toute pour les conservateurs ? C’est pas par là qu’on va trouver l’égalité.
En 2012, le thème qu’on a voulu nous vendre était Force des femmes, Force du Canada – Les femmes dans les collectivités rurales, éloignées et nordiques : clé de la prospérité du Canada.
2010: Force des femmes. Force du Canada. Force du monde.
2009: Force du leadership. Force des femmes. Force du monde: Égalité.
2008: Des femmes fortes font la force du monde.
Bon, on comprend. On est forte, on ne doit pas compter sur le gouvernement comme allié pour des changements, on est toute seule.
Pire encore il y a des groupes de femmes qui attendent de savoir ce que M. Harper pense qu’on devrait célébrer avant de décider de leurs activités de la Journée. Misère noire. On ne serait pas sorti dousse qu’on était s’il y avait seulement des groupes aussi dociles.
Enfin, si Stephen peut, je dois.
Mesdames, le thème que je propose pour la Journée internationale DES FEMMES en 2014 est: Être féministe c’est ne pas se faire dire quoi penser ou célébrer ou revendiquer, surtout pas aujourd’hui. C’est dire le changement qu’il nous faut.

Inégalité habilitante des autres inégalités

On ne sait jamais d’où viendront les idées qui nous poussent à l’action, ou dans mon cas, à la rédaction. Cette fois, je remercie le média paresseux et malhonnête qui a interviewé encore une fois l’employé d’Halifax du Canadian ‘Taxpayers Federation’ comme s’il représentait les intérêts des Néo-brunswickois ordinaires. Entre de tels média, les politiciens qui font payer pour une rencontre avec eux et ceux qui n’ont que faire d’un système politique ravigoté, il n’y a pas grand place dans l’agora pour le citoyen, même moins pour la citoyenne.

On parle beaucoup des inégalités dans les revenus – avec raison puisque au Canada, l’écart économique s’agrandit plus rapidement que la moyenne des pays riches.

Ce qui me préoccupe autant, ce sont les inégalités dans les voix entendues. Les voix qui comptent pour les médias et les politiques, y compris en Acadie et au Canada, sont de moins en moins celles du monde ordinaire. Les représentants de gouvernements font ouvertement fi des priorités des gens ordinaires ou des intérêts d’une société en santé. Ils sont si dispo pour rencontrer le monde des affaires, aller pêcher au Gulch, mais se font si rares pour les regroupements de citoyen-ne-s. Les médias sollicitent peut-être nos commentaires sur leur page Facebook, mais les dossiers qui les intéressent, les événements auxquels ils accourent, les points de vue reflétés dans les questions posées sont souvent autres que ceux des citoyen-ne-s ordinaires.

Bien sûr, s’ils ne s’intéressent pas à nous, nous on s’intéresse de moins en moins à eux, et vice versa. Ce n’est pas ces politiques et leurs amis qui en souffrent. D’autres plus cyniques diront que notre désintéressement est le but des agissements de la classe politique des dernières décennies. Nous pouvons nous désintéresser mais cela ne change rien au fait que la politique et les questions médiatisées décident de matières qui nous touchent : du salaire minimum à la protection à l’environnement, de la qualité – la présence même – des services publics à la création de l’égalité entre les sexes, entre les groupes linguistiques, entre les citoyens.

Sur chacune de ces questions, ce ne sera pas le Canadian ‘Taxpayers Federation’ qui vont défendre vos intérêts. (À moins que vous êtes de ceux qui, par exemple, gagnent le salaire minimum et pensent que votre situation s’améliorera si le gouvernement réduit les impôts. Ce masochisme, sans doute un produit de la même hégémonie politique que ce texte tente de dénoncer, devrait être le sujet d’un billet.) Comme l’a dit Jody Dallaire au sujet de la ‘Federation’ dans une chronique en janvier 2013, «  niveau crédibilité, c’est comme si 1 pour cent de la population décidait de fonder une association nommée ‘Nous sommes les 99 pour cent’ ».

L’excellente organisation canadienne Samara a récemment publié les résultats d’entrevues de citoyens «désabusés», ce 40 pour cent de la population n’ayant pas voté à la dernière élection fédérale. Samara a aussi rencontré des personnes qui participent à la vie politique et conclut que les deux groupes ont nombreux points en commun. Les personnes désabusées ne sont pas indifférentes ou peu informées, mais à la suite de leurs interactions avec le système, elles se sentent étrangères du système politique. Elles ne voient pas pourquoi elles « participeraient à la vie politique alors que le monde politique ne se souciait pas d’eux… » «  Si des raisons concrètes les ont amenés à se désintéresser de la politique, il est possible de les y intéresser de nouveau concrètement. De ce que nous avons entendu, les attentes des participants ne sont pas élevées. Ils souhaitent simplement sentir que les politiciens au pouvoir sont à leur écoute, et que la politique peut leur être utile au quotidien…»

Je nous sens complices

Nous méritons des médailles de déshonneur pour les taux de violence faite aux femmes et une autre de ces médailles pour notre insouciance devant cette situation.

Un sondage de 2009 nous apprend que 48 pour cent des francophones au Nouveau-Brunswick ne voient pas comme un crime le fait de violer son épouse, comparativement à 21 pour cent des anglophones. 74 pour cent des francophones, et 33 pour cent des anglophones, ne voient pas comme un crime le fait qu’un homme gifle sa petite amie lorsqu’il pense qu’elle a flirté avec un autre. (1)

Deux des trois villes canadiennes ayant le taux le plus élevé d’agressions sexuelles signalées à la police sont au Nouveau-Brunswick : Fredericton et Saint-Jean.

Statistique Canada nous informe également que la province affiche le taux le plus élevé de meurtres-suicides familiaux au pays. (2)

Ce sont ces drames qu’on tait qui me préoccupent :

Les Leclair de Kedgwick, 65 et 64 ans, morts après qu’il ait tiré sur elle puis s’est tué.  Le couple Haché de Caraquet, à peu près du même âge, morts également à la suite d’un meurtre suicide. Les Moreau de Sainte Anne du Madawaska, du même âge, morts de la même façon. Les Guitard de Charlo, 51 et 59, morts de la même façon. Les Tozer de Cassilis, 75 et 73 ans, morts de même. Les Michaud de Saint-André, 70 ans, il a tiré sur elle puis sur lui-même. La dame Wylie de Moncton tuée par un ami dont le nom n’a jamais été donné parce qu’il s’est tué par la suite. La dame de Clifton tuée par son ami qui s’est ensuite tué. Les Sharpe de la région de Fredericton, 38 et 47 ans, morte elle aussi de la main de celui qui s’est ensuite tué.

Et ce ne sont là que les meurtres-suicides. Et que ceux depuis 2010.

Pourrait-on avoir un débat de société soutenu à ces sujets ?  Bien sûr, nous entendons parler des femmes battues grâce aux services que nombreuses communautés organisent pour elles. Mais c’est là où s’arrête la discussion. Rien sur l’incidence hallucinante, sur la prévention, sur les hommes, sur les causes.

Dans le cas des meurtres-suicides, le coroner de la province n’aide pas en taisant les faits quand les familles en deuil le demandent. Ainsi, dans l’espace de 1-2 jours, l’histoire disparaît. Dans les médias, ces cas sont si fréquents et « ordinaires » que certains ne dépassent pas la rubrique des « Brèves ». Moyennant de se tuer lui aussi, le meurtrier réussit son coup de tuer et de taire.

Les gouvernements provinciaux successifs n’ont pas voulu stimuler le débat nécessaire. Et le Comité d’examen de la mortalité liée à la violence familiale qui, cinq ans après sa création, n’a toujours pas contribué, devrait être reconnu comme un modèle failli.

Je nous sens complices avec le meurtrier parce que nous lui permettons de garder cachés ses méfaits, et complices avec cette violence historique faite aux femmes – une des causes de l’inégalité intériorisée et sociale des femmes.

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  1.  Sondage attitudinal à propos de la violence faite aux femmes, Harris Décima pour le gouvernement du Nouveau-Brunswick, 2009. www.gnb.ca/0012/violence/PDF/AttitudinalSurvey-f.pdf
  2.  La violence familiale au Canada: un profil statistique, 2011, Statistique Canada www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2013001/article/11805/11805-2-fra.htm#a1

Voix des femmes

Fière-toi pas trop vite, dirait Marichette

En réaction aux bons choix faits dans la sélection des membres du nouvel organisme gouvernemental Voix des femmes (un « forum de concertation ») par la province du Nouveau-Brunswick, je suis … hésitante …

L’annonce pourrait être la continuation de la mainmise malveillante d’un gouvernement sur toute indépendance d’une agence sur les questions féministes. Le forum est créé pour remplacer le Conseil consultatif sur la condition de la femme, aboli brusquement au début du mandat du gouvernement Alward (qui avait promis six mois plus tôt dans son programme électoral de travailler avec le CCCF ; j’étais alors directrice générale).

Mais l’annonce pourrait autant être la proclamation d’une correction à cette mauvaise décision d’abolir le Conseil (mais 3 ans plus tard!?), décision qui avait soulevé tant de réaction en 2011 !

Mais il est quand même inquiétant, et bizarre, qu’on sâve (‘sache’ pour les non Acadiennes) si peu sur ce « forum de concertation ». Quinze femmes convoquées par le gouvernement pour un « forum » sur des questions choisies par le gouvernement (pour se « concerter » ?), ce n’est pas un conseil indépendant sur les questions décidées par les femmes. Surtout dans le contexte d’un gouvernement qui prépare des élections où il n’est pas le favori.

Non, non, j’m’dis, c’est bon signe qu’ils ont pris tant de soin pour le choix des membres… Toutes ces bonnes femmes et ces bons groupes qui vont siéger « sur le sein » de Voix des femmes, je leur fais confiance, c’est prometteur …

Mais, mais, j’me réponds, ça serait pas la première fois qu’on remplace quelque chose d’utile par du paraît bien (‘quelque chose de bidon’, pour vous autres). Ni la première fois qu’on ‘a’ du bon monde par l’usure, en appliquant un protocole de bonne entente qui n’est que du tais-toi et fais nous bien paraître.

Dites-moi juste qu’elles vont avoir l’autorité et les moyens de faire à leur idée surtout dans les temps durs, qu’elles auront un devoir incontournable de nous dire cosse qé quoi ; qu’elles n’ont pas été créés pour se réunir avec le gouvernement mais pour aussi et surtout rencontrer les femmes et le public.

J’hésite parce que j’ai ces questions et bien d’autres…

Charité de mauvaise conscience

De ces choses qu’on ne peut dire sans être rabat-joie :

Ces activités dans les écoles et universités (et que les médias rapportent sans question) qui encouragent les jeunes à la charité, comme si c’était la solution à quelque chose :

  • Une école de Moncton a invité les élèves à apporter des vieux jeans pour les démunis, dans le cadre d’une promotion de la chaîne Aéropostale qui offrait aux donnants un rabais de 25 pour cent à leur magasin. Ils en ont apporté plus de 1200. « On les encourageait en disant qu’ils allaient redonner à la communauté en plus d’obtenir un rabais de 25 pour cent chez Aéropostale. C’est motivant de donner à la communauté. » Qu’a-t-on appris cette journée-là à l’école ? Qu’on peut monnayer les pauvres? Qu’il y a des chanceux et des quêteux ? Ç’aurait été sitant plus intéressant d’organiser quelque chose qui réveille aux causes de la pauvreté, qui aurait (exemple imparfait) amené les jeunes à questionner le pouvoir d’achat du salaire minimum ou le salaire minimum comme fief des politiciens…
  • Des étudiant-e-s d’une université de la province, examinant la problématique de la pauvreté dans leur cours de criminologie, ont organisé une collecte de mitaines. Tout le campus a contribué. C’est pourtant à l’université qu’on devrait développer l’analyse critique. Les pauvres qui recevront des mitaines, eux, vont probablement avoir l’esprit critique plus développée, les mitaines aidant. Proposons aux étudiant-e-s de se pencher sur ce qu’a dit Roland Barthes au sujet de ces alibis qu’on s’autorise pour « substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice ».
  • Des élèves d’une école sont organisés pour faire une collecte de dinde à la période des fêtes. Eh, même une institution supposément apolitique comme CBC organise des collectes de dinde pour les pauvres. Pourquoi ils n’organisent jamais des sessions de lobbying ou d’action directe, en appui des solutions à la pauvreté. Ce seraient des actions politiques, soit, … autant que la charité annuelle qui rend possible et confortable notre inaction à l’année.

« Quand je donne à manger aux pauvres, on me dit saint ; quand je demande pourquoi les pauvres ont faim, on me dit communiste, » comme l’a dit l’évêque brésilien Hélder Cãmara.