Marqué : Acadie

Sur ces terres Wabanaki

Comme bien des Acadiennes, j’ai des ancêtres autochtones. Des femmes surtout, probablement exclusivement parce qu’il semble pas avoir grands hommes autochtones qui ont marié des Acadiennes. Y’a une thèse là.

Mes grands-mères Micmac, je pense à elles de plus en plus. Je leur dois probablement plein d’affaires. Probablement le fait que je brûle presque pas au soleil. L’amour de la cueillette des fruits sauvages et du beau temps qu’on a en se parlant en ramassant. Le fou rire facile, comme nombre d’Autochtones que j’ai connu.

J’aimerais savoir ce qu’elles pensaient en épousant ces Acadiens, en donnant naissance et élevant leurs enfants, mes ancêtres.  Va savoir ce que les femmes ont pensé à travers le temps.

Les Autochtones autour de nous prennent de plus en plus la parole de nos jours. C’est bien leur tour. Certains et certaines semblent même quelque peu optimistes – déterminés en tout cas. On ne cesse de leur donner des raisons de s’organiser, de s’indigner, de nous montrer notre arrogance.

Le 21 juin est la Journée nationale des Autochtones. La saison des pow-wow a débuté. Le Canada fête 150 ans. D’appropriation. Nous aurons bien des occasions d’écouter et d’apprendre si on y est ouvert*. Et tout ce sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui ne l’ont pas cédé à la Couronne.

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* La Commission Vérité et Réconciliation, dont le travail de 2008 à 2015 fut subventionnée par les survivants des écoles résidentielles, a créé des ressources excellentes pour en apprendre davantage.  http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=15

C’est au tour des nations autochtones

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle le 13 avril 2016.

J’ai un biais en faveur des autochtones.

Ils ont sauvé mes ancêtres, à notre arrivée et pendant la Terreur au 18e siècle. Ils vivent parmi nous et on ne sait rien d’eux. Malgré nos meilleurs efforts ignobles, leur culture est toujours vivante, pour la plupart et pour l’instant. On partage un pays – le leur – mais ils n’ont pas notre qualité de vie.

Malgré ce qui leur est arrivé et leur situation actuelle, ils ne sont pas des terroristes. Les autochtones d’aujourd’hui sont des rescapés de nos tentatives d’ethnocide, et ces tentatives pourraient « réussir » à retardement.

Ils ont un sens d’humour et le fou rire facile, de mon expérience.  Ils ont sauvé mes ancêtres. Certaines de mes ancêtres sont autochtones.

Pour ces raisons donc, j’ai un biais en faveur des autochtones.

Mais ce n’est pas pour tout ça que je pense que la question la plus critique pour le Canada est la question autochtone.

Je pense ça parce qu’on n’aura jamais la paix si on ne règle pas cette question. Non pas parce qu’on va être tanné et traqué par les partis concernés – on le sera peut-être. Et non pas parce que la réputation du Canada va en souffrir – elle en souffre déjà mais pas assez. Cette question est cruciale parce qu’on est dans le tort, et si on ne fait rien, on ne fait que remettre à plus tard. Le Canada a un malaise qui dérange notre conscience, et notre bonheur.

C’est comme vivre d’argent volé – crois-tu vraiment qu’on peut être heureux sans régler ça ?

Donc, le Canada a un problème : nous. Nous sommes le problème des autochtones.

Ils étaient sur ces terres depuis des millénaires lorsqu’ils nous ont accueillis. Les autochtones d’ici n’ont pas cédé leurs terres, mais plus tard le gouvernement les a rassemblés dans des camps et leur a imposé une forme de gouvernement qui ne leur a pas donné les mêmes droits que nous autres citoyens, et qui souvent n’a pas respecté les traités. La Loi sur les Indiens imposée a toujours des effets très néfastes dans leurs communautés.

Des centaines de milliers d’eux, aussi jeunes que 5 ans, sont arrachés à leurs parents et envoyés à des écoles résidentielles, afin « d’éliminer le rôle des parents dans l’épanouissement intellectuel, culturel et spirituel des enfants autochtones », le mandat officiel de ces écoles, dont la dernière a fermé en 1996.

La Commission Vérité et Réconciliation, dont le travail de 2008 à 2015 a été subventionnée par les survivants de ces écoles, a créé des ressources excellentes pour en apprendre davantage.  Sept générations ont passées à travers l’enfer de ces écoles. La Commission a conclu qu’il faudra sept générations pour recréer une relation saine entre nos nations. Il faudrait s’y mettre.

N’importe le passé, la chose qui compte est ce qu’on en fait au présent.

Heureusement, une majorité de Canadiens et Canadiennes sont favorables à la priorisation politique de la question autochtone. Cela peut surprendre puisqu’il peut sembler que les horreurs qu’ont vécu et que vivent les autochtones ont peu de pouvoir pour nous arracher de notre léthargie. Se mobiliser pour des réfugiés, on sait le faire mais que des milliers de femmes autochtones disparaissent, des milliers de jeunes autochtones se tuent, des milliers d’autochtones vivent dans des conditions tiers-mondaines, … bof. Je suis d’avis que le problème est en partie que ce n’est pas une situation où, comme le curé personage dans le roman de George Bernanos, on trouve « une injustice qui se promène toute seule …et à ma taille, ni trop faible ni trop forte », et alors on « saute dessus, et l’étrangle. » Essaie de trouver quelque chose à ta taille dans cette situation. Moi je trouve peu.

N’essayons pas de régler cette question à coup de sympathie et de travail social.

Ce sont les décisions politiques qui nous ont amené à ce point, à un point où le syndrome de stress post-traumatique est presque dans l’ADN de nombres d’autochtones, comme ils disent. Tu crois que des excuses et des cérémonies vont faire l’affaire ?

C’est plutôt un problème politique et une question de justice. Nous avons à reconnaître leur droit à un partage équitable des territoires et des ressources.

Nous devrons négocier nation à nation, entre égaux. À la fin, il faut que les autochtones soient aussi autonomes et heureux que nous.

Heureusement, le nouveau gouvernement fédéral fait des bruits dans ce sens, de vouloir s’attaquer à la question de nation à nation.

Voilà une tâche à notre taille : Tenons-les à leur mot. Mettons la question au haut de notre liste de priorités pour le pays. Ce n’est pas un passe-droit, mais son contraire.

C’est une question de justice à résoudre, avec quelques siècles de retard, afin qu’on puisse vivre de plein droit dans ce beau et jeune pays.

Dear English New Brunswickers

It has come to my attention that you may well have words of wisdom for New Brunswick Acadians. Your community seems to be doing well and I probably should have thought of asking for advice before. I have the impression that you all have a better way of dealing with some issues than we do. Can you help me here:

What do you do when you cannot get served in English? When it’s the tenth time that day, do you do anything different?

Before you go the hospital or call the ambulance, how do you prepare to be understood – do you call a bilingual child or neighbour, or do you have an app for that?

What do you think has been your best strategy for obtaining service in English?

What measures does your community take to avoid assimilation? Do you worry when you hear your children speaking another language with their friends? What do you do to ensure your community has media in its own language?

What has been your best strategy for the survival of your language?

Because I think this is important to our getting along, I really need for any English New Brunswicker speaking on bilingualism or Acadians to first give me their answers to those questions.

Une Course d’aveugles

Mon gouvernement nous trouve tanants et veut nous envoyer à une institution. Au moins on nous envoie à Dialogue NB et pas la SPCA. Donc je m’informe quel est ce groupe que je ne connais point, et je vois que ça existe depuis longtemps – who knew? – et que son activité de l’année est une course qui a lieu demain, 14 août 2015.

La Course étoilée pour le dialogue a lieu la nuit sur 5 et 10 km le long des sentiers de Fredericton. On vous invite à venir courir et dialoguer. Avec une lampe et des bâtons lumineux.

Je ne me moque pas. C’est ça que c’est.

Ce serait plus croyable comme embuscade, c’est ma première réaction. Je me raisonne et me dit que c’est peut-être une farce. Tsé, proposons une activité si folle, si peu pertinente au problème énoncé, qu’on ne peut que pouffer de rire, anglo et franco d’une seule voix.

Je ne comprends plus rien. Je sais juste qu’il faut se méfier de gens qui t’attendent au coin de la grange avec un fanal et un bâton.

L’Acadie rétrécit à vue d’œil

Par une journée de gros frette de février 2006, je me suis rendue après l’ouvrage à une conférence à Fredericton par l’historien de Yale University, John Mack Faragher, reconnu « historian of the American Frontier ». Je n’avais pas encore lu son livre alors tout récent, « A Great and Noble Scheme, The Tragic Story of the Expulsion of the Acadians from their American Homeland ».

Quelque temps plus tard, j’ai lu son livre, une lecture ébarouissante.

Je me rappelle comme une plaie les premières minutes de sa conférence. Le monde assemblé ce soir-là était surtout des historiens amateurs et professionnels de Fredericton, Moncton et du Maine, surtout des hommes d’un certain âge. Après les premières minutes de mise en situation par M. Faragher, ces hommes se mouchaient ou avaient les yeux à l’eau. Moi je reprenais mon souffle et avais la gorge trop grosse pour poser mes questions. M. Faragher avait, avec une innocence simple, décrit ce qu’il savait de Pointe Sainte-Anne, ce qui est aujourd’hui Fredericton – que c’était le siège d’échanges entre peuples autochtones depuis temps immémoriaux, que les Acadiens y avaient vécu pendant une centaine d’années avant les troubles, et que très près d’où nous étions, en un même mois de février, en 1759, le colonel britannique Monckton, entre autres, y avait mené un massacre connu pour avoir été particulièrement barbare. 2 000 soldats britanniques montaient la rivière Saint-Jean pour purger les terres. M. Faragher décrit le scalpage de familles acadiennes entières à Pointe Sainte-Anne, le viol de femmes, après avoir amarré l’homme de la maison à une chaise, avant de tuer tout le monde et de mettre le feu. Et pire. Disons que ce n’était pas l’analyse géopolitique sobre d’un incident historique qu’on nous sert souvent.

Récemment, lorsque le maire de Fredericton exprimait à quel point il est exaspéré de voir que les Acadiens sont encore là et prennent de la place, j’ai repensé à cette conférence de M. Faragher. Et au fait que cette « capitale » n’est toujours pas une terre d’accueil. J’en aurais long à dire sur ce Fredericton.

Quelle annus horribilis, par moment, en Acadie jusqu’à date, hein ? Je ne pense pas seulement au maire Brad Woodside et aux organismes anti-francophones qui poussent comme des champignons dans la merde. Je réagis surtout au fait que ces choses peuvent se faire sans qu’une belle masse de politiques ou d’anglophones raisonnables se lèvent, ou lèvent le petit doigt.

Faut-il être malchanceux pour que, juste en même temps, la SANB soit « en réparation ». Et le gouvernement, comptant pour une fois une belle bouillée d’Acadiens, qui semble croire que c’est là la raison même qu’il ne peut pas se permettre de nous défendre.  Peut-être qu’entre-temps la SPCA pourrait nous venir en aide ?

Pis la réponse du gouvernement à la suggestion de la Commissaire aux langues officielles que les plus hauts des hauts fonctionnaires, s’ils sont vraiment les plus brillants, devraient être bilingues. Le gouvernement ne lui a pas même laissé finir sa phrase avant de la dénoncer.

Pis notre journal national, important comme il est quand même, y’a du monde comme moi qui diront qu’ils ont plus d’espace à donner aux concours de beauté bidons qu’à ces enjeux déterminants pour l’Acadie.

L’Acadie rétrécit à vue d’œil.

La seule Acadie qu’il va nous rester bintôt est celle de la musique et des arts, parce que tout le monde, y compris « nos amis les ennemis », nous aime lorsqu’on s’en tient à ça. Ils aiment notre « joie de vivre », qui a plus à voir avec Maurice Chevalier qu’avec nous autres Acadiens, rescalpés malcommodes.

Peut-être qu’il y a moyen de négocier pour que les prix Éloizes ajoutent au moins des catégories « projet de société »? Question de tiendre en vie cette idée folle pour un boute. Tsé, un prix Espoir et un prix Désespoir. Un prix Résistant et un prix Vendu. Un prix Événement Bénaise, et un prix Événement Misère noire.

Cette année je réclame pour moi le prix  « Il pleure dans mon cœur ».

Les citoyens ont tous les intérêts

Je suis en Grèce depuis quelques mois. Je lis beaucoup ici – voyager pour moi est une part découvrir un pays, une part lire ce que j’ai en réserve depuis toujours, et une part chercher à comprendre ce que je vois. Heureusement, tous les restaurants en Grèce, tous, ont des nappes en papier, donc je prends en note ces choses qui m’ont fait dire Hein ? et plus tard, je fouine sur internet. Et, étant en Grèce, étant donné les références que je vois, mes recherches ont souvent affaire aux notions de démocratie, de citoyenneté, et de la philosophie. (Je lis aussi au sujet du traitement abusif par les Allemands, par l’Europe et par le Fonds monétaire international de la Grèce, mais je dérape …)

Et voilà que mes méandres me sont utiles dans ma réflexion sur une question bien de chez nous. La représentation au sein d’un organisme d’individus et de représentants de groupe.

Disons qu’une religion demandait d’être représentée à la Chambre des communes du Canada parce qu’une majorité de Canadiens sont de cette religion-là. Ou parce que la religion représente une minorité de Canadiens qui est souvent victime de discrimination.

Ou disons que la Chambre de commerce du Canada demande d’avoir un siège réservé à la Chambre des communes … officiellement, je veux dire.

Ou, rêvons, disons que les Canadiennes forment à nouveau un regroupement national sérieux et qu’elles exigent quelques sièges au sein du pouvoir législatif.

Qu’est-ce qu’on fait ?

On dit non. Ça ne doit pas se faire.

Parce que le citoyen prime, la citoyenne itou.

Les citoyens ont des droits, selon la Charte canadienne des droits et libertés. Les citoyens ont tous les intérêts.

Les groupes ? Pas pareil. Ils ont des intérêts spécifiques. Ces groupes, associations, coalitions, organismes, qui sont essentiels, ne sont que nos instruments. Les citoyens font des groupes mais les groupes ne sont pas des citoyens. Ils ont certains intérêts différents, même. Les groupes doivent défendre l’intérêt de leurs membres. L’assemblée, elle, – que ce soit la Chambre des Communes, la SANB, ou Voix des femmes, par exemple – doit également s’occuper de l’intérêt général et du bien commun.

Dans un organisme formé à la fois de citoyens et de représentants de groupes, il y a forcément tension et dysfonction. Les représentants de groupe devront consulter leurs membres, ou ils n’agissent pas tels des membres à part entière, libre de réfléchir et décider à leur guise. Ou ils ont des conflits d’intérêt entre le bien commun et le bien de leur groupe, ou ils exigent une survalorisation de leur vote et opinion en raison du nombre de personnes qu’ils représentent. Il arrive que des représentants de groupes proposent un raccourci – un court-circuit, si vous voulez : étant donné qu’ils ont étudié les dossiers, qu’ils ont des employés même, qu’ils sont mandatés, et étant donné la faible participation des citoyens ou la difficulté d’attirer la participation d’individus, les groupes peuvent représenter la population générale.

Ce serait malheureux, pour nous et la démocratie.

Il faut mettre l’effort pour redécouvrir ou inventer un format de participation citoyenne qui attire et qui fonctionne. Revaloriser le citoyen, la citoyenne itou.

Si l’Acadie était féministe

Un sommaire du discours prononcé à l’Université de Moncton campus de Shippagan, le 20 mars 2015.

Je veux premièrement reconnaître que cette activité a lieu sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui n’ont pas cédé ce territoire à la Couronne.

Un projet féministe de société est ambitieux, parce qu’il ne s’arrête pas à se comparer aux hommes, ce qui ne serait pas très ambitieux – et je ne me moque pas des hommes – c’est plus vaste que ça. Une société féministe cherche à éliminer toutes formes de dominations et d’inégalités – entre hommes et femmes, entre les femmes, entre les peuples.

Dans une société inspirée du féminisme, il faudrait par exemple une refonte du système économique et politique afin que l’État soutienne les mouvements sociaux qui luttent contre les inégalités.

Si l’Acadie avait été féministe, du débutEh ben, pour l’être, féministe, il aurait fallu que l’Acadie soit très différente de son temps. Pour commencer, aurait fallu qu’elle ne soit pas sous l’emprise de l’Église, ou que l’Église ait été féministe. Parce que le rôle de la femme était limité, pas seulement par les coutumes et les lois, mais il était fixé par les enseignements de l’église.

Il y a quelques années, Josette Brun, historienne et professeure à Université Laval, a publié une étude Vie et mort du couple en Nouvelle-France. Elle a examiné les rôles joués par les hommes et les femmes au sein du couple et ce qui arrive aux veufs et veuves, de 1710 à 1744, à Louisbourg, Port-Royal (et au Québec). Pour un échantillon de 25 couples de Louisbourg, elle a analysé les archives notariées, la correspondance religieuse et administrative, les recensements.

Elle a trouvé qu’une fois mariées, les femmes, n’importe leur rang social ou l’occupation du mari, sont rarement associées à la paperasse signée devant notaire, … sauf lorsqu’il s’agit de signer pour une dette. Lorsqu’il s’agit de la vie professionnelle du mari, presque rien. Presque pas d’hommes à Louisbourg n’ont donné une procuration à leur femme pour les remplacer devant le notaire. L’homme dirige le couple et la famille. Les femmes sont confinées à la vie privée. Il y a des cas exceptionnels, mais la grande majorité des femmes de cette Acadie sont tenues à l’écart des affaires conjugales. Les veuves sont plus affligées que les hommes par «l’image négative associée à la vieillesse». Celles de plus de 40 ans ont plus de difficultés à se remarier et l’église n’encourage pas ces veuves qui dépassent la quarantaine à se remarier – le but du mariage étant de faire des enfants – elles devraient consacrer le reste de leur vie aux bonnes oeuvres. Aussitôt veuve, l’Église leur enlève le droit de succession au « banc d’église ».

Un âge d’or de la condition féminine en Acadie ? Oublie ça. Ni le contexte colonial ou l’avantage démographique n’ont entrainé une redéfinition des rôles…

Je ne connais rien non plus, au 18e siècle ou au jour d’aujourd’hui, qui me laisse croire que l’Acadie a été féministe.

Bien sûr, il y a eu des femmes fortes, féministes, qui ont agi et réagi au nom de l’égalité ou la dignité – l’idée de féminisme n’est pas né hier, ou dans les années 60.

Mais Acadie féministe ? Non :

Les acadiennes n’ont pas eu droit à l’éducation avant les autres femmes, ni même en même temps que les Acadiens. Les sœurs qui ont voulu organiser des collèges pour filles ont rencontré de l’opposition, de leur archevêque et d’ailleurs, à l’occasion.

Lorsque les femmes du Nouveau-Brunswick pétitionnaient et manifestaient pour le droit de vote – sur une période de 50 ans elles l’ont fait -, les Acadiennes n’y étaient presque pas. À part les lettres de Marichette dans l’Évangéline, les Acadiennes étaient absentes du débat des suffragettes.

Sept ans après l’obtention du droit de vote par les femmes du Nouveau-Brunswick, le journal l’Évangéline publie un éditorial en première page : « L’immense majorité des Acadiens verrait sans objection le rappel de la loi qui donne le droit de vote aux femmes. » Treize ans après l’obtention du droit de vote, le journal Le Fermier acadien publie un article demandant aux bonnes Acadiennes de rester au foyer, de ne pas sortir voter…

La « patente » acadienne n’a pas inclus de femmes, n’a pas travaillé pour l’égalité. Nos Chevaliers de Colomb ne sont pas plus féministes, inclusifs, qu’ailleurs.

Nos curriculums scolaires n’ont pas parlé des femmes plus que les autres ; nous n’avons pas un meilleur taux de femmes dans les domaines non traditionnels, au contraire. Notre Université de Moncton a peu de femmes dans les postes de décision, n’offre pas de programme en études féministes, ses instituts et ses professeurs publient très peu des données ou d’études sur des questions d’égalité ou qui font mention de la variable sexe.

Nos municipalités francophones ont moins de mairesses et de conseillères que les autres, n’ont pas plus de politiques familiales ou d’analyse inclusive.

Les Acadiennes élues au provincial sont rares, et l’élection des premières n’a pas lancer une tendance, loin de là.

L’Assemblée législative compte 8 femmes sur 49 députés, soit 16 % de représentation féminine. La moyenne mondiale toutes chambres confondues est de 22 %. Les États arabes (18 %) font meilleure figure que le Nouveau-Brunswick. En 2006, lorsque Liane Roy, alors consultante, a publié une chronique, Pourquoi si peu d’acadiennes en politique?, elle a suggéré qu’on doit regarder l’éducation des enfants et le statut accordé aux femmes. Elle a aussi dit que très peu d’Acadiennes se sentent interpellés par la politique, qu’elles ne sont pas certaines qu’elles seraient entendues et pourraient faire une différence.

Nos médias ne font certainement pas plus de place aux femmes et aux questions féministes que d’autres médias. Aucune femme n’a occupé un poste d’éditorialiste au sein de L’Évangéline, Le Matin, ou l’Acadie Nouvelle.

Marie-Linda Lord s’est penché sur cette question : « Les études sur les femmes en Acadie sont rares. Il n’existe pas de lignée de femmes porte-parole médiatiques en Acadie. » « Véritable archétype des exclus, la Sagouine est une personnification féminine d’une prise de parole acadienne, voire universelle, qui n’était rien de moins qu’un geste d’affirmation qui a réussi à se faire remarquer. Près de 40 ans plus tard, la Sagouine émerveille toujours, et le succès de cette prise de parole par une femme, même fictive, reste inégalé dans la réalité médiatique acadienne. » * http://www.umoncton.ca/umcm-crea/files/umcm-crea/wf/wf/pdf/ournalisme_en_Acadie__un_enjeu_d__mocratique.pdf

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick a conclu, dans son Analyse de la représentation des femmes dans l’actualité de la presse écrite provinciale francophone Nouveau-Brunswick, publié en 2011 :

Les femmes sont sous-représentées dans presque tous les sujets d’actualité même dans ceux où elles sont en réalité fortement présentes – santé, éducation, communautaire, arts. Dans les 494 reportages de l’actualité de L’Acadie Nouvelle examinés, les femmes étaient 25% des intervenants. Dans les 185 articles traitant d’enjeux relatifs au gouvernement ou la politique, elles étaient 18% des intervenants. L’examen du cahier provincial de L’Étoile a donné des résultats semblables.

Le Regroupement a conclu que la contribution des femmes dans la société n’est pas reflétée justement et les médias participent à cet état de chose. Le groupe a donc produit une liste d’intervenantes prêtes à prendre la parole et l’a diffusée, offert des ateliers pour aider les femmes à se préparer aux entrevues avec les médias et co-organisé un colloque sur la place de la femme dans les médias, avec l’Association acadienne des journalistes. * https://www.youtube.com/watch?v=k4Pr_h96XUI

Ce mois-ci, le journal l’Étoile a publié un long article* sur ce travail du Regroupement féministe, en anticipation de la publication prochaine par le groupe d’une deuxième analyse de la place des femmes dans les médias acadiens. (* Comment augmenter la visibilité des femmes dans les médias acadiens?, 9 mars 2015, L’Étoile.)

Dans l’article, le président de l’Association acadienne des journalistes (AAJ) confie que le genre n’est pas un facteur considéré par les membres de son association lorsqu’ils cherchent des intervenants : « Une des cibles (du Regroupement) était de travailler avec les journalistes pour qu’ils incluent plus de femmes comme sources dans le contenu médiatique. On a essayé de leur expliquer notre réalité, parce que lorsque nous travaillons sur un sujet, on va chercher l’intervenante ou l’intervenant le plus habilité à nous répondre, la personne qui a l’information … On a dit au Regroupement féministe que c’est important de sensibiliser les organisations afin qu’elles donnent plus de place aux femmes, et de sensibiliser les femmes afin qu’elles prennent plus de place ». Lire la suite

Miss Canada, Gérald LeBlanc et l’Acadie

Mon quotidien, le seul quotidien acadien, a beaucoup d’espace à accorder au concours Miss Canada. Ça me trouble mais il se peut que j’exagère.

Pourtant, je sais que mon Acadie Nouvelle est le seul quotidien qui a rapporté les résultats de ce concours. Trois jours après « le couronnement », il est toujours le seul au monde à en parler. Quoi penser ?

Est-ce signe que les réalisations acadiennes sont encore comme toujours écartées et que je devrais être offusquée, comme Acadienne et comme femme ? Après tout, une Acadienne a été enfirouapée par l’entreprise qui a repris le nom « Miss Canada », elle a payé de la bonne argent pour ses frais d’inscriptions et obtenu les « votes internet » qu’il faut pour gagner ce concours bidon présenté par une entreprise douteuse. MAIS le Canada, le monde ne célèbre pas avec nous ! Une insulte ! Atteinte à nos droits de communauté linguistique officielle !

Ou est-ce que je peux laisser libre cours à mon sentiment de deuil du journalisme écrit en Acadie, et dire, pourquoi on a tant de meneurs de claques.

Ou, ayant une Maîtrise en journalisme et ayant été journaliste, connaissant les conditions honteuses dans lequel cette profession noble est pratiquée et sachant que la Miss a été couronnée un 8 mars, la tannante Journée internationale des femmes pour les journalistes, est-ce que je devrais être solidaire avec ceux qui ont trouvé judicieux de consacrer toute cette surface journalistique à la Miss, aye, ça rempli des colonnes.

Non. À y penser, la poésie du regretté poète acadien Gérald LeBlanc m’offre, encore comme toujours, une porte de sortie :

« On peut répondre fuck ouère off et ça change le rythme encore une fois : qu’est-ce que ça veut dire, venir de nulle part ? »

https://rosellam.wordpress.com/2015/02/03/les-valeurs-acadiennes/

Les valeurs acadiennes

La nouvelle – présentée avec éclat dans une pleine page par mon quotidien national – qu’il y a une possibilité – o mon cœur – que les prochaines Miss Canada et Miss Teen Canada pourraient être Acadiennes m’a mise dans un état.

Non, mais penses-y ! Une Acadienne qui est Miss Canada et une autre Miss Teen Canada ! Eh ben là on dira que les temps ont bien changé ! Parce qu’une Acadienne au trône abolira le concours. Étant Acadienne, elle dira qu’un concours basé sur les restants d’un système discriminatoire n’a pas de raison d’être. Les jeunes – l’espoir de l’Acadie ! – ne sauraient tolérer ça, de la même façon que les Acadiens ne tolèrent plus les politiques qui les font se taire, les font agir contre leur intérêt, les font perdre leur âme pour être acceptés…

Une Miss Canada Acadienne révélera le côté bidon de ces concours. Elle révélera l’histoire trouble du concours, ce que d’anciennes reines ont à dire, comment les profits sont générés, comment ce n’est même pas pertinent de discuter si c’est un concours de beauté ou de personnalité parce que en partant, il s’agit d’une initiative pour tirer le maximum de ce qui reste comme possibilité d’exploitation sexiste dans la société. Si les médias veulent entendre que c’est un concours de personnalité, c’est ce qu’elle dit, le journaliste ne vérifie rien. Pour faire court, elle pourrait inviter tout le monde à visiter le site internet de Miss Canada et Miss Teen Canada. MDR!

Et elle serait couronnée le 8 mars, la Journée internationale des femmes ! Quelle fierté. Et quel soulagement ce serait pour les médias acadiens. Ils n’auraient pas à chercher un sujet « femme » pour le 8 mars – tsé, comme le manque d’action en Acadie contre le manque d’Acadiennes en politique élue, la violence faite aux femmes, l’absence de services de garde abordables et en français, les problèmes causées par l’objectivation des femmes … Ouf. Sauvé !

Je me trouve bien bête parce que ma première réaction, en lisant cet article dans l’Acadie Nouvelle de ce matin, était que le journaliste avait perdu son objectivité devant le sujet, que la rédaction avait sauté une étape à cause des tempêtes, que la tradition acadienne de mollesse face à la lutte au sexisme se maintenait. Mais non, la relève jeunesse nous sauvera.

Le journaliste nous l’affirme ce matin, les deux jeunes femmes «  ont un bel avenir devant elles ».

L’Acadie qu’on s’imagine

Un texte que j’ai écrit et livré en 2000. Je ne sais pas ce que j’en pense 14 ans plus tard… mais Bon 15 août toi !

Nous vivons dans un pays imaginé, l’Acadie. Mon Acadie a un drapeau, une langue, un hymne. Des artistes, des héroines, une université.

Mon pays n’a pas de terre mais il a une identité.

Ma journée nationale du 15 août sera une industrie avant de devenir un congé férié.

C’est un endroit virtuel, une communauté vivante, une nation invisible. La Sagouine est une personne imaginaire avec un vrai pays – pas loin d’ici. Les Acadiens sont de vrais gens avec un pays imaginaire. Comme les tsiganes, les juifs et les noirs d’Amérique, a-t-on dit.

L’Acadie n’a pas de terre mais elle a des places – des espaces – et les Acadiens se rencontrent dans ces places communes – les écoles, les associations, l’église, la mer. Les Acadiens voient même des frontières à leur terre et demandent un ‘café’ au Tim Horton de Dieppe et un ‘coffee’ au Tim Horton de Moncton.

L’Acadie n’a pas de terre mais elle est la championne quant au nombre de chansons et de poèmes qui mentionnent ses noms de place.

J’ai des auteurs, des humoristes, des musiciens connus autour du monde mais inconnus par l’autre moitié du Nouveau-Brunswick. J’ai des poètes au lieu d’avoir de politiciens. Mes poètes parlent de politique. Comme Herménégilde Chiasson, qui a dit, « Faites-nous un beau ghetto, non pas dans un territoire, non, ici, à l’intérieur de chacun de nous. »

Mes héros sont Ti-Louis, Antonine et Hermé. Et nous avons une catégorie spéciale pour les héros comme Leonard Jones. Ils avancent la cause acadienne en nous obligeant tous de confronter les attitudes anti-francophones parmi nous. Cet élément anti-francophone, je le crains, mais pas autant que je crains la timidité acadienne – ce ‘ghetto à Lire la suite

1973 en premières pages

J’ai récemment passé beaucoup (trop) de temps à lire l’Évangéline de 1973 sur microfilm (je ne veux pas en parler, je cherchais une citation, j’ai pas trouvée), mais les impressions et les souvenirs que les manchettes des premières pages faisaient apparaître me restent en tête. Pourtant, étant de Moncton, je sais que 1973 n’était pas si brassée que ça – c’était pas Moncton 1968, 1969, 1970… mais quand même, quelle année, comparée à ces temps de guimauve d’aujourd’hui.

Quelques titres de la page une du tabloïd :

‘Faut-il vider le Nord Est ou regrouper des gens ?’ – 2 février 1973.
‘Une vieille église acadienne sera détruite’, 8 mars 1973.
‘Première convention politique du Parti acadien’, 12 mars 1973
‘Il faudrait créer un conseil économique acadien’, 6 avril 1973.
‘Les exposés des experts peuvent servir aux experts mais pas aux pêcheurs’, 23 avril 1973, au sujet d’une rencontre des ostréiculteurs du Nord-est.
‘Nous avons besoin d’industries mais pas à n’importe quel prix’, le premier ministre Richard Hatfield, 14 mai 1973.
‘La S.A.N.B. est créée’, 4 juin 1973.
‘Bagarre entre pêcheurs et chômeurs au Parc Kouchibouguac,’ 19 juin 1973.
‘La situation d’inégalité ne peut plus être tolérée,’ 20 juin 1073 1973, la SANB au ministère de l’Éducation.
‘Le Nouveau-Brunswick produirait des voitures dès septembre’, 22 juin 1973.
‘Jones est réélu’, 26 juin 1973.
‘Un homme mort le 3, enterré le 5, a voté à Moncton le 25 juin’, 28 juin 1973.
‘Les anglophones sont bilingues. Ils comprennent l’anglais et la violence’, 15 novembre 1973, citant Pierre Poulin, président de la SANB (créé quelques mois plus tôt) au sujet du refus du conseil municipal de Fredericton d’examiner la question de services bilingues.
‘Le bien-être social ne doit plus enrichir les compagnies,’ 24 mai 1973, « le » ministre Brenda Robertson.
‘Avez-vous déjà vu des riches monter sur l’échafaud?’, 31 janvier 1973, l’ancien premier ministre John Diefenbaker au sujet de la peine capitale. Ce que Diefenbaker a dit, également en 1973, au sujet du bilinguisme dans la fonction publique fédérale ne fait pas autant chaud au cœur – plutôt bouillir le sang.
‘Heureusement pour nous que les Acadiens sont gentils et patients,’ titre d’un article de France Daigle, 8 novembre 1973, citant Jack Keefe devant le club Kinsmen (ou c’était-y les Rotary …, des hommes en tout cas, j’ai pas pris de note parce que je cherchais ma maudite citation). Jack Keefe était une bonne personne qui a tenté d’arrêter Leonard C. Jones (mon cœur pleure quand je dois dire ce nom), mais qui a perdu l’élection de juin 1973 faute quelques centaines voix.
‘Le gouvernement veut encore étudier les études,’ 31 juillet 1973. Richard Hatfield était au pouvoir, la prochaine élection prévue en 1974.
‘Tout semble planifié comme si les Acadiens n’existaient pas’, 16 octobre 1973, Gilbert Finn au Conseil économique des provinces atlantiques.
‘Un francophone du N.-B. doit obéir à un ordre unilingue anglais de la Cour,’ 2 novembre 1973, l’aumônier de l’Université de Moncton Sylvio Doiron doit obéir, dit le ministre de la Justice John Baxter.
‘M. Vautour veut se faire le martyr de cette cause mais la justice ne jouera pas le jeu – le juge’, 19 décembre 1973, le juge dans l’affaire du parc Kouchibouguac.

En lisant, je me disais tout était alors si différent, tout de suite après je me disais rien ne change! Une page je rageais, l’autre je pensais j’ai rien vu d’aussi bien dit depuis longtemps, plus loin je me moquais…

Presque dans chaque numéro, et sur beaucoup de pages couvertures, un article ou une photo d’un concours de beauté, souvent en maillot de bain – Mlle Pêcheries, Pétoncle, Exposition de bateau, Moncton, Dieppe, Navet … si ce n’était pas des photos de chacune des candidates avec texte. Je crois bien que sans ces concours, il n’y aurait presque pas eu de femmes dans l’Évangéline de 1973.

Parmi les événements de l’année rapportés dans les pages intérieures, il y a ce pauvre Émile Babin, journaliste de Moncton, emprisonné pendant trois jours après avoir reçu une contravention unilingue qu’il avait refusée. Un des articles donnait froid lorsqu’on lisait au sujet des gardiens qui l’engueulaient en lui apportant son Évangéline et les lettres d’appui, dont un, venu lui dire que tout devrait être écrit qu’en anglais, qui était encouragé par les autres détenus à frapper notre Émile. M. Babin aura eu gain de cause à la fin.

Plusieurs vieux numéros de L’Évangéline sont en ligne sur Google Newspaper Archive, des années 1880 jusqu’à la fin prématurée de ce quotidien.

Y’a une tiare pour vous

Fais quatre colonnes.

Dans une colonne, mets Miss, Ms, Mlle, Mini-Miss, Princesse, Mrs, …
Dans une autre – Teen, Beauty, Charity, Perfect…
Dans une autre – International, America, Galaxy, All-Canadian, …
Et enfin, des localités – Canada, New Brunswick, Maritime, Atlantic, …

Crée-toi un titre en pigeant dans 2 ou plus de ces colonnes et tu peux probablement trouver un concours de beauté pour t’avoir ce titre. Voilà pourquoi, à tout moment donné, une ou plusieurs ‘Miss quelque chose New Brunswick’ (le titre est toujours en anglais) est dans les parages au Nouveau-Brunswick.

Il semble qu’on pourrait toutes être une ‘reine’ de quelque chose.

Dans l’espace d’une semaine ce mois-ci, deux longs articles avec deux Miss Teen quelquechose New Brunswick régnantes dans le seul quotidien acadien. Aucune explication de cette anomalie, de cette prolifération, ou du flair journalistique qui a déterminé que ce pouvait être une nouvelle. On lit que ‘loin d’être un concours de beauté traditionnel’ le concours était ouvert à tous. Euh, si tu es née de sexe féminin, est jeune, paye les frais d’inscription, et, pour la plupart des concours, n’as jamais donné naissance (tu peux peut-être avoir été enceinte…) et n’as jamais été mariée… (les organisateurs pensent ne plus pouvoir spécifier « vierge » comme ces concours spécifiaient y’a pas si longtemps).

Malgré le fait que ces concours bidon sont des créations commerciales inventées ailleurs, que la plupart ont des réputations ‘colorées’, et qu’ils perpétuent les stéréotypes dévastateurs qu’on connaît, quand les médias en parlent, c’est avec respect, comme si ces concours avaient une valeur en soi et une importance pour la collectivité. Ce qui arrive quand le journalisme laisse sa place à la promotion nationaliste ?

J’entends les filles et femmes qui se donnent dans les actions pour changer le monde, actions qui souffrent du peu de couverture journalistique, disputer que si la tiare et l’écharpe attirent les journalistes, elles vont s’en trouver une. Pis elles sont pas malaisées à trouver.

Achetez-vous une catin !

Si on est pour faire une liste des choses que j’aimerais que les parents arrêtent de faire, les concours de beauté pour des filles de 5 ans seraient dans la liste. Bien d’autres affaires aussi.

Ces concours sont risibles, ridicules et nuisibles.

Aux parents irresponsables de Kent-Sud* qui inscrivent leur fillette à un concours de beauté : honte à vous, on récoltera toutes, ces fillettes en premier, ce que vous semez.

Vous pouvez vraiment pas penser à une autre façon d’encourager votre enfant de socialiser que de la faire se maquiller et se parader et quêter des commentaires sur comment cute elle est ? Pis pourquoi une enfant de moins de 10 ans a besoin d’apprendre à parler en public ? Vous savez, hein, que le monde a évolué, que les concours de beauté font rire plus que rien d’autre, que les femmes continuent de souffrir et de lutter contre les effets du fait qu’historiquement on ne les a jugées que pour leur beauté ou leur sexualité, et que l’estime de soi qui est lié à ce que d’autres pensent de ton quotient de cute est le contraire de l’estime de soi.

Achetez-vous une catin et jouez avec, mais laissez ces enfants être des enfants.

*Voir le Téléjournal Acadie de samedi 24 mai vers 3 minutes 30 secondes : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7073688

L’industrie de décernement de prix

Il ne doit pas y avoir une entreprise au Nouveau-Brunswick qui n’a pas reçu un prix. C’est une des choses que je radote souvent en lisant les journaux locaux. À tout bout de champ, des prix pour l’entrepreneur de l’année, de la région, du secteur, puis la multitude pour l’entrepreneurE de l’année, de la région, du secteur…, puis ceux du jeune entrepreneur…

Si toi tu me donnes un prix et moi je t’en donne un, on a chacun un prix, pis on paraît tous les deux comme du monde franc et fiable.

Il nous faut peut-être un prix des prix, pour aider le public et les médias à distinguer les prix valides qui ont évalué quelque chose d’important avant d’être attribués, des prix bidons qui ne cherchent qu’à éblouir par de fausses apparences.

Ce qui me fait penser aux concours de beauté, qui ne sont plus ce qu’ils étaient non plus. Non pas que je suis nostalgique, juste surprise qu’ils pouvaient devenir plus honteux encore. Autrefois ces concours étaient des efforts pathétiques de communautés désireuses d’avoir une activité communautaire mais trop paresseuses pour penser pour elles-mêmes. Aujourd’hui la plupart de ces concours organisés localement ont disparus et plusieurs concours de beauté sont des entreprises nationales ou internationales qui exigent que les candidates paient un certain montant. On nous assure que ce sont des programmes de bourses, rien à voir avec la beauté. Des mensonges qui donnent une idée de l’entreprise. Ils ont des candidates, bien que de plus en plus rares. L’administration de certaines de ces entreprises est ce qu’en Acadie on dirait « loosse ». Mais ça n’empêche que la gagnante, si elle est Acadienne par exemple, fera les manchettes de nos médias comme si on avait entendu parler de ce concours, et qu’il y avait quelque chose à se fièrer. Je sais que la faute est au journalisme rah-rah nationaliste, mais ç’a l’effet contraire que de me faire sentir rah-rah.

J’ai été lancée sur cette réflexion par la nouvelle qu’une entreprise du Nouveau-Brunswick qui fabrique un alcool a gagné un prix outre-mer. Elle pourra dorénavant affixer une Médaille d’or à ses bouteilles. Nos médias fêtent cette nouvelle. Lorsqu’on voit un produit avec une Médaille d’or, on pense qu’il y avait un concours avec un gagnant Or et voici le gagnant, comme dans les sports. Ce n’est pas toujours le cas. Voilà la faille que les entreprises de décernement de prix exploitent.

Avortement et l’opinionite

Si jamais il va y avoir du changement au Nouveau-Brunswick autour de la question de l’accès à l’avortement, ce sera soit parce que Santé Canada a exigé que la province respecte les engagements (aucune chance), ou parce qu’un tribunal a reconnu que les agissements de la province ne sont pas légaux (trouve-moi une femme qui n’a pas pu obtenir un avortement et qui est riche, et ça pourrait marcher), ou parce que les houmes à l’Assemblée législative décident d’agir en adulte (yeah right, pis pendant une année électorale). Non, décidément, l’espèce humaine a le temps d’évoluer au point où les femmes n’ont pas besoin d’aide pour avorter avant que se passent ces autres éventualités.

Disons que je ne mets pas d’espoir dans les pétitions non plus – en tout cas les religieux vont obtenir encore plus de signatures, leur dieu ne leur laisse pas de choix – surtout parce que mon droit à mon corps n’est pas une question d’opinion de signataires.

Non, le changement viendra peut-être si chacune de nous – qu’on soit juste tannée à mort de voir le sujet de l’avortement revenir sur la table, qu’on soit personnellement touchée par la situation ou toutes les variations entre ces états – si chacune disait à toutes les occasions « Je renonce à devoir avoir une opinion sur la vie sexuelle ou morale des femmes. Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte. Le service doit être accessible parce qu’autrement c’est nous qui décidons pour elle. Je sais que je renie la culture religieuse de mes ancêtres et la tendance politique des temps. »

L’avortement, intervention politico-religieuse

Imaginons que la clinique Morgentaler était pour fermer au Nouveau-Brunswick. Qu’est-ce qui arriverait ? Les 600 quelque femmes qui y avaient recours (ce nombre en 2009 était supérieur au nombre de femmes obtenant un avortement défrayé par l’assurance-maladie) auraient un enfant non voulu, les bien nanties se rendraient à Halifax, au Québec, ou au Maine pour un avortement ou les bien branchées tenteraient de satisfaire les exigences politiques pour une intervention médicale (et certaines de ces dernières abandonneraient ou seraient rejetées et se trouveront dans les 2 autres catégories). (Les TRÈS bien branchées continueront d’obtenir discrètement, de leur médecin ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour un avortement « médical », càd non chirurgical.)

Voyez-vous, au N.-B., on n’a jamais reconnu le droit des femmes de décider de leur corps. Lorsque la décision de la Cour suprême du Canada a tout changé dans le reste du Canada, ici, McKenna a dit « c’est moi le shérif ici » et tout est resté pareil. La signature de 2 médecins, la pratique dans un hôpital, par un gynécologue, etc. c’est resté pareil comme avant. Personne au fédéral ou dans les systèmes juridique ou de santé n’a réagi. Alors que le N.-B. prétend préférer des gouvernements qui ne s’ingèrent pas dans la vie privée et qui réduisent les dépenses publiques, on trouve les moyens de se payer des critères politiques à une intervention médicale. Médicale, tu dis ? Au N.-B., c’est plutôt une intervention religieuse. Des critères qui font que des femmes ont des enfants qu’elles ne veulent pas …

Voyez-vous, ici, on aime mieux que quelqu’un d’autre que les femmes décide. Le gouvernement, les chevaliers de colomb, les religieux. Non, c’est pas yinque ça. C’est plutôt qu’à tout coup, on ne veut pas en parler. Pour dire encore plus vrai, ça nous fait rien ce qui arrive à ces femmes enceintes. On s’en moque autant que ce qui arrive aux femmes tuées par leur partenaire (Dis-moi ce qui a été fait, avec suite et résultats, pour comprendre et prévenir n’importe quel de ces deux phénomènes.)

Pour sûr on ne veut pas l’aider à avoir accès à un avortement : l’intimidation individuelle et institutionnelle, dans la rue, dans les forums, dans les hôpitaux, est pratiquée sans conséquences pour arriver à cette fin. Qu’elle ait un enfant non voulu, et vive dans la pauvreté, dans la violence, dans l’impossibilité de réaliser son potentiel, qui en parle?

Que dirait le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B. si Alward ne l’avait pas aboli? Que ce n’est pas à une clinique privée d’offrir un service essentiel de santé.

Que devrait faire le gouvernement? Exiger que les pharmacies du NB cessent d’être un obstacle à l’accès à la contraception d’urgence. Abolir les restrictions politiques à l’avortement – cesser de gaspiller des fonds publics en exigeant que deux médecins soient consultés, que l’intervention soit pratiquée par un gynécologue, que l’intervention soit pratiquée dans un hôpital… Enquêter sur le nombre grandissant de naissances à des adolescentes. Enquêter sur le nombre élevé d’agressions sexuelles au N.-B. Collaborer avec les médecins pour faire mieux connaître la méthode non chirurgicale d’avortement.

Que devrait faire les femmes ? Tu en parles !

Vous avez appelé une ambulance, Mister?

Vous avez appelé une ambulance ?

Pardon me? Oh you’re the ambulance. Come in. Over here.

Quel est le problème ?

I don’t understand you. He’s over here. Come. Help him.

Merci. Qu’est-ce qui est arrivé ?

Are you talking French? What’s wrong here? I called for an ambulance.

Du calme. Nous allons lui donner les meilleurs soins possibles, mais il nous faut connaître les symptômes. Il a mal où ?

E a what ? What’s happening here? Are you really the ambulance? I’m calling the police…

Hello police. I need help. I called the ambulance and they arrived but they only speak French. What? WHAT? Oh, OK. Dearie, they say I have to take it up with the Supreme Court. You go on ahead. I’ll join you in the hospital. Don’t worry. This won’t take long.

Le temps des garantis

On me dit que bientôt, 15 femmes Néo-brunswickoises vont entreprendre un passage périlleux, éclairées par une braise gardée par les femmes fières qui ont foulé ce sol abénaki depuis les temps, en quête elles aussi d’une place au soleil…

Sans autre emportée allégorique, les 15 femmes nommées au forum Voix des femmes vont se rencontrer bientôt, avant la fin de l’année financière supposément, convoquées par le gouvernement provincial. Le forum est créé par ce gouvernement ‘en réaction à la réaction’ à son abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme, il y a 3 ans cette semaine, lors du premier budget Alward.

Ces 15 femmes vont tenter une action qui devrait être assurée de succès tant leur enthousiasme est sincère, et le besoin d’un tel conseil aviseur légitime. Elles vont tenter d’arracher au gouvernement un engagement qui leur permettra de créer un espace de travail indépendant, et de se pencher sur les prochaines étapes de la longue lutte des femmes pour l’égalité.

La seule chose que l’on sait du forum est le nom des 15 femmes. On ne sait pas quel sera leur mandat, ou quelle législation ou énoncé leur donnera indépendance et autorité pour donner leur avis au public et au gouvernement sur ce qui doit changer pour amener l’égalité. Le gouvernement a pris trois ans pour être au point de possiblement remettre en place ce qu’il a aboli en 10 jours, donnant à Alward un plein mandat sans conseil aviseur indépendant sur les questions féministes.

Un conseil aviseur qui est dans la poche de celui qui demande d’être avisé, ce serait du gaspillage, mais pire dans ce cas, ce serait léser les femmes en besoin d’égalité, et trahir la fière histoire des féministes du Nouveau-Brunswick.

C’est le temps d’obtenir des garantis, les femmes. Des garantis que vous aurez les conditions nécessaires pour faire le travail que vous jugez nécessaire sur les priorités des femmes – des priorités qui peuvent être très divergentes de celles d’un gouvernement.

Vous devez obtenir un mandat clair et fort. Laissez-moi vous dire, ça vous servira lorsqu’on tentera de vous taire. Vous aurez besoin du droit de parler publiquement de vos avis et de votre analyse des questions parce que c’est toute une société qui créé l’égalité, pas seulement un gouvernement. Vous devez être maitresse de votre groupe, de vos priorités, de vos activités et de votre budget.

Avec ça, vous pourrez faire du bon travail. Sans ça, vous risquez de perdre notre temps et pire, d’occuper l’espace qui devrait être celle d’une entité efficace.

Des choses à apprécier

Je trouve il semble facilement des situations et des actions qui m’indignent et me portent à écrire. Il m’arrive, plus rarement, d’être impressionnée ou reconnaissante pour une situation ou une action. L’autre jour, en lisant une chronique de Bernard Richard dans l’Acadie Nouvelle, j’ai eu ce sentiment et j’ai pensé à un nombre de personnes et groupes qui méritent d’être appréciés.

Monsieur Richard, ancien politicien, réprimandait son ancien parti et celui qui l’a remplacé au pouvoir pour les mêmes agissements. Voir cette analyse tirée de sa chronique : « Les initiatives annoncées par le gouvernement Graham promettaient aux électeurs que leur vote compterait, que le système fonctionnerait et que leur voix serait entendue. Un peu plus de deux ans plus tard, l’annonce de la vente des actifs d’Énergie NB à Hydro-Québec a éclaté comme une bombe. Les pourparlers menant à l’annonce s’étaient déroulés en secret… Le dossier d’Énergie NB, entre autres, a ouvert la porte toute grande à David Alward et, pour la première fois dans notre histoire, il a défait un gouvernement après un seul mandat. M. Alward avait bien appris sa leçon, promettant de consulter la population et critiquant sévèrement la décision du gouvernement Graham dans le dossier d’Énergie NB. Pourtant, peu de temps après son élection, c’est au tour du gouvernement Alward de s’aventurer dans le secteur énergétique sans informer et sans consulter avant de prendre sa décision, annonçant une stratégie agressive pour le développement du gaz de schiste par fracturation hydraulique. »

Les anciens politiciens qui contribuent de cette façon sont si rares qu’on doit applaudir, et maudire les autres.

De même, deux groupes m’épatent par leur travail et leur longévité.

La Coalition pour l’équité salariale est un regroupement provincial actif depuis 13 ans, arrivant à survivre sans financement gouvernemental depuis quelques années. En fait, la Coalition termine une autre campagne de financement. Sans pouvoir offrir de reçus pour fin des impôts, la Coalition réussi à ramasser 75 000$ à 90 000$ par an.  Chapeau !  Et l’objectif – l’équité salariale ou la comparaison de la valeur d’emplois non identiques – n’est pas facile à expliquer. Leurs tactiques sont toujours amusantes, justes et ou tranchantes. Peu de provinces ont un tel groupe, et aucune n’a de tel groupe ayant autant de visibilité et de respect populaire. On veut leur souhaiter longue vie, mais évidemment il faut plutôt leur souhaiter un succès rapide et l’équité jusqu’à la fin de leurs jours.

Le Front commun pour la justice sociale, qui « milite pour construire au Nouveau-Brunswick une société plus humaine », que ça, impressionne par sa constance et sa visibilité. Ce regroupement de personnes vivant ou ayant vécu dans la pauvreté fait souvent parler de lui et rares sont les journées spéciales ou événements provinciaux reliés à l’économique où les représentants du Front ne sont pas cités. Ils fonctionnent avec peu de fonds et mènent présentement une campagne d’un an pour amasser 30 000$. L’automne dernier, le Front commun a lancé une campagne pour faire de la pauvreté un enjeu électoral lors de la prochaine élection provinciale en septembre 2014. Car, comme ils le rappellent, plus de trois ans après l’adoption d’une loi visant la réduction de la pauvreté, « il y a encore des milliers de citoyennes et de citoyens qui vivent dans la pauvreté… Ce sont principalement les travailleurs à petit salaire qui travaillent, en majorité, au salaire minimum, soit à plein temps ou à temps partiel, dans les secteurs du commerce de détail, de l’hébergement, des services de restauration, et les industries saisonnières… » Ils ont une idée juste de la pauvreté, ses causes et son utilité sociale, et donc, sont actifs dans des dossiers tels que la révision de la Loi sur les accidents de travail, l’Assurance-emploi et les femmes, le budget et les revenus provinciaux. Justice sociale et non charité !

Si bilingue voulait dire bilingue

J’ai comme l’impression que « bilingue » n’est pas une appellation contrôlée. En tout cas pas au Nouveau-Brunswick.
Je ne suis pas la cour suprême, mais je statue comme simple citoyenne que pour se dire bilingue, la province devrait me permettre de faire affaire avec le gouvernement dans ma langue – au minimum faire des choses comme voter ; parler à l’ambulancier qui répond à mon appel d’urgence ; recevoir des services à l’hôpital.
À ce sujet :
Je n’ai jamais pu voter en français. J’ai 61 ans. C’est sans doute ma faute, j’ai résidé à Fredericton ou dans le mauvais quartier de Moncton. Si jamais je réussis à voter en français, je ne saurai que faire du lendemain du scrutin, jusqu’à date presque toujours dédié à déposer une plainte auprès du bureau responsable – tsé, celui qui te dit c’est ton élu qui décide de l’embauche des employé-e-s des bureaux de scrutin.
Je n’ai jamais eu à appeler l’ambulance mais je lis les plaintes au sujet du manque de service et je lis surtout les doléances de la Commission aux langues officielles, qui nous assure – 45 ans après l’adoption de deux langues officielles au Nouveau-Brunswick pour l’amour – qu’elle a fait part de préoccupations aux dirigeants d’Ambulance NB. Préoccupations. En 2014. Aucun commentaire d’Alward ou des députés acadiens.
Je n’ai jamais eu de services en français à l’hôpital de Fredericton. Jamais. Il y a 13 ans que je demeure à Fredericton.