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Maybe if we called it a start-up

A mental health court*1 will be in operation soon in Saint John.

When Premier Brian Gallant was asked why the mental health court is in only one location, he has replied that once it proves itself there, other parts of the province may get it. But they want to see that it is viable in Saint John first.

Nice idea, this government should have done pilots with many of its other initiatives before implementing them.

But, but, but, we’ve had a pilot project mental health court already. In Saint John! From 2000 to 2004, after which the provincial government made it permanent, since the court only had rave reviews.

Everyone was happy with it except regions outside of Saint John who did not have a mental health court.

Other jurisdictions copied or studied our model. New Brunswick was doing good. Many accused, especially women, have a mental health diagnosis. Treatment is the better option. Especially where current prisons are not good for anyone’s mental health.

Then the government dropped the mental health court in 2013 because it could not be bothered finding a replacement for the retiring judge. Lawyers and citizen groups protested. Whatever.

Last week, when the Premier announced the mental health court pilot, he said, “We did not dare call it a pilot because there was already a pilot. So we’re starting over the initiative. We’ll see whether this can be a success once again and if it is, we’ll see about extending it.”*2 (my translation)

It’s a pilot.

And as he said in Acadie Nouvelle : “Nous espérons que ce programme qui sera recommencé ici à Saint-Jean sera un succès, et si c’est un succès, nous allons certainement regarder à voir ceci dans d’autres régions de la province. » *3

New Brunswick does love its pilot projects when elections are coming up. No, that’s not fair. We love them all the time, as long as they have to do with marginal issues such as violence against women, mental health, poverty reduction*. Oh, the number of successful pilots done in New Brunswick that proved themselves but never went anywhere. There’s a thesis there.

In New Brunswick, when pilot projects are NOT about rights or equality, when they’re about “entrepreneurship”, we call them start-ups. And we invest in them bigly.

Last week’s announcement is dissatisfying:

Mental health courts have been shown to save lives and money, to free up emergency rooms, first responders, holding cells and prison cells.  Only in Saint John? Pity.

The government is not speaking to the rest of New Brunswick, citizens, families, public servants and professionals, who deal with mental health cases daily on the streets, in homes, police cars, courts and jails.

The premier is minister for Saint John.

The government is doing one pilot project. In a bicultural, constitutionally bilingual, province. Will the minister responsible for official languages, Premier Brian Gallant, lay a complaint?

The government made no mention of the solid reports by Bernard Richard and Judge Michael McKee on mental health issues in the last decade, which urge more access to such services. *4

The media is not following this issue.

Social justice, citizens’ groups and women’s groups have not reacted.

Apart from that, it is great that Saint John has a mental health court pilot project.

______

*1. In the mental health court, people with mental illness or intellectual disability who are accused of breaking the law are given the option of treatment. As the independent evaluator said of the New Brunswick program, it “has the ability to really change the things that drive the criminal behaviour” (Mentally ill offenders get court program back in Saint John, CBC News, September 19, 2017). About 80 per cent of those that complete mental health courts do not commit a new offence in the three years after they leave the program.

*2. Téléjournal, Radio-Canada Acadie, 18 septembre 2017. PM Gallant speaks at 1m05 : http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1056529/sante-mentale-intervenants-cour-provinciale-saint-jean .

*3. Acadie Nouvelle, 21 septembre 2017. Après 4 ans d’inactivité, le tribunal de la santé mentale est rétabli.

*4. Ashley Smith: A Report of the New Brunswick Ombudsman and Child and Youth Advocate on the services provided to a youth involved in the youth criminal justice system, 2008 https://www.ombudnb.ca/site/images/PDFs/AshleySmith-e.pdf .  Together Into The Future: A transformed mental health system for New Brunswick, 2009 https://www.gnb.ca/cnb/Promos/MentalHealth/NBMHS-e.pdf

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Le mouvement féministe n’est pas une agence de placement

Une version plus longue de ce texte a été publié par le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick le 8 mars 2017

Les femmes n’ont jamais eu autant de savoir et de pouvoir.  Individuellement.

Peut-on en dire autant des femmes comme groupe ?

On se fière avec droit des changements qu’apporte toujours de nos jours le mouvement féministe du siècle dernier. Le niveau d’éducation des femmes aujourd’hui est impressionnant. De même le nombre de femmes qui ont des emplois responsables, certains étant même bien payés, certains même gratifiants. Dans leur vie personnelle et de travail, les femmes ont bien plus d’options qu’il y a 50 ou même 30 ans. Certaines de nous bien plus que d’autres, mais passons.

Individuellement, les progrès sont réels. Mais que dire du projet féministe, du rêve qui a fait entrevoir un monde meilleur. Égalitaire, inclusif, respectueux, épanoui. Le rêve de changer les structures, les motivations mêmes.

C’est ça qui avait fait, du désir simple de liberté, un mouvement révolutionnaire.

On en est toujours et encore à célébrer la première femme à obtenir, à siéger, à diriger, etc. Qui se soucie si elle ne fait qu’accéder à une structure oppressive ? On se préoccupe rarement même de savoir s’il y aura une deuxième femme.

On célèbre et outille la femme entrepreneure bien plus que l’autre 90 pourcent des catégories d’emploi des femmes. Pourquoi ? Qui demande pourquoi ?

Nous devons absolument célébrer lorsqu’une femme réussit, mais le mouvement féministe ne se voulait pas une agence de placement. Où sont les efforts collectifs pour modifier les modèles économiques, de travail, de famille ?

On s’est battu et on a toujours à se battre pour le droit de toute femme qui veut se présenter en politique, même lorsque cette politicienne est du genre Margaret-Thatcher qui n’a pas idée d’avancer le projet féministe. C’était là un volet du mouvement féministe : que les femmes aient droit aux droits de la personne. Bravo.

(La tâche n’est pas si ingrate qu’elle peut paraître. Ces politiciennes qui sont du type que semblent préférer les partis ont l’effet de nous rendre honnêtes : qui peut ensuite dire qu’une femme est meilleure qu’un homme ?)

Mais les autres volets du mouvement – la transformation sociale et  notre décolonisation personnelle et institutionnelle, – étaient ceux qui allaient rendre le monde meilleur pour tous !

Où sont les efforts pour des changements dans les partis politiques et dans la gouvernance permettant une participation comme l’a rêvé le mouvement féministe ? Avons-nous perdu à ce point le désir et l’espoir de changer le monde qu’on ne rêve plus que de nos réalisations personnelles, que de se faire une place dans les structures telles qu’elles sont, que de pouvoir consommer autant que les autres ? Où sont les efforts pour créer des avancées pour toutes ou aucune? Et cette décolonisation, qui n’est qu’entamée tout au plus, doit se faire ; autrement les femmes ne feront que prendre une place dans un monde aussi oppressif que jamais.

De nos jours, on semble vouloir nous dire que la réponse à bien des revendications des femmes est l’autonomisation !, le « self-empowerment » !, le renforcement des capacités personnelles. C’est devenu si populaire qu’on doit questionner à qui ça sert. Ces sessions d’autonomisation si souvent organisées par des gouvernements et des organismes établis, serait-ce afin d’accaparer l’élan des femmes, de se mettre devant la parade pour mieux la rediriger ? À coups de ces sessions, les femmes ont bien reçu le message implicite qu’elles sont fautives : « tout dépend de toi et de ta volonté de corriger ton attitude ». Pourtant une leçon primaire du mouvement féministe était que la société doit cesser de voir les femmes comme des hommes manqués.

Je ne suis aucunement découragée. Les changements des derniers 50 ans ont valu la peine. Nous avons tant de femmes fortes et capables aujourd’hui qu’elles ne peuvent qu’avancer quelques dossiers.

Personne n’avait promis que l’obtention du paradis médité par le mouvement serait rapide, se déroulerait de façon linéaire dans un jardin de rose. La révolutionnaire sait pas que la résistance est aussi forte que les enjeux sont importants. Tout mouvement se heurte à la vie, à la politique, aux courants économiques. Tout pouvoir établi a la tendance de se défendre comme il peut, de répondre surtout aux besoins urgents et ainsi de coopter la première ligne d’attaque.

Je ne suis aucunement découragée parce que je sais que les quelques organismes qui continuent le travail du mouvement entretiennent bien la flamme et que le mouvement sera maintes fois plus redoutable lorsqu’il reprendra ses forces.

Soyez-y. J’y serai.

La grue tristesse

Grue 1.JPGJ’adore ces engins. Et depuis cet automne IL Y EN A UN DEVANT CHEZ MOI ! Plus d’une fois je suis sortie du lit tôt parce que peut-être je verrais l’opérateur de la grue monter l’échelle vers son poste de travail (on m’a dit qu’il monte avec son dîner et son siau). Des fois j’ai presque prié, athée comme je suis, qu’il se rende au faît malgré le verglas ou le -35, ou qu’il finisse sa journée sans incident.

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Grue 2.JPG

J’ai surveillé les dizaines d’autres braves hommes – point vu une femme – qui bâtissent cette Hilton qui va bloquer ma vue et dont Fredericton a absolument pas besoin mais que j’adore voir monter !

Mais lundi matin de cette semaine, vers 9h30, tout s’est arrêté. Un travaillant est tombé du 3e étage et est mort. Rien n’a bougé depuis. De ma situation perchée, le site est accablant par son silence et sa fixité. C’est triste.  Grue 4 lune.jpg

I’m with her

New Brunswick women’s march against Trump. January 21, 2017.

Best sign:  this kid.

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Runner-up

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L’Acadie !! fton-trump-acadie

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Entre-temps, les enfants trouvent leur plaisir.

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Nous étions quoi, 300 ? Ça change rien, sauf que ça donne du coeur.

Excu-u-use me si vous n’êtes pas bilingue

J’ai probablement mal compris ou je ne devrais pas les prendre au mot, mais je crois entendre une note nouvelle dans le ronron des revendications de ceux qui sont contre le bilinguisme au Nouveau-Brunswick.

Je crois comprendre que certains de ces gens dénoncent la politique de bilinguisme parce que peu d’anglophones sont bilingues. Le dernier à présenter cet argument est le nouveau chef du parti conservateur, Blaine Higgs, qui a dit à l’Acadie Nouvelle la semaine dernière, « Quand 70% de tes enfants (anglophones) dans le système scolaire obtiennent leur diplôme sans parler les deux langues officielles, ils sortent de l’école avec une main attachée dans le dos. Ça ne peut pas être ça la vision de départ (du bilinguisme officiel). Et c’est ça qui provoque des émotions. »

Ces derniers mois, plusieurs autres anglophones unilingues ont avancé cette objection. Certains disent ensuite que c’est là la preuve que le bilinguisme ne marche pas et qu’il faut soit l’abolir, ou leur donner des emplois dans la fonction publique parce que tout Néo-brunswickois a droit à un poste de fonctionnaire, ou au moins les laisser embarquer pour une ride dans les autobus scolaires des petits francophones. Pardon, j’ai de la misère à suivre leurs arguments mais c’est quelque chose comme ça.

Well, excuse me si vous n’êtes pas bilingue. Ç’aurait peut-être affaire au fait que vous ne l’avez pas revendiqué ? Peut-être ça affaire au fait que le discours ambiant des anglophones de la province était depuis toujours que « French is being rammed down our throat » ? On doit présumer que ça ce n’était pas vrai ? Peut-être si la motivation pour l’inscription de ses enfants à l’immersion était plus saine et forte, et si l’engagement à une province bilingue était plus réel, vous auriez une panoplie d’options pour devenir bilingue. Je suis d’accord que vos services d’immersion sont peu glorieux – j’ai rarement vu un jeune qui en sort avec qui je peux avoir une petite conversation en français qui n’est pas pénible à mourir.

En tout cas, vous n’aviez qu’à vous organiser pour revendiquer des services. Bravo si vous le faites maintenant. Ce n’est point la faute des Acadiens ou notre responsabilité de le faire pour vous. Ça s’appelle la dualité…

Ah, pis en passant le but de la politique de bilinguisme n’était pas de vous rendre bilingue. You can look it up. C’était que le gouvernement traite de manière respectueuse avec tous les citoyens, pardon, contribuables.

Si je n’ai pas tout mal compris et ils veulent devenir bilingue par amour pour le français, pour le Nouveau-Brunswick, le Québec, la France et les Acadiens, je leur souhaite bonne chance et bon apprentissage. Ce que je ne leur souhaite pas, c’est de découvrir la meilleure façon que j’aie trouvé pour apprendre une autre langue : n’avoir pas de service dans ta langue.

Pas de honte à être anglophone

Il n’y a pas de honte à être anglophone. Pourtant certains organismes prétendent être bilingue alors qu’ils ne le sont pas. Et pire, while feminist ! C’est surtout là que je me regriche.

Prétends pas d’être bilingue en comptant sur ma gratitude. Je suis tannée de nous entendre marmonner entre nous, pauvres féministes de la francophonie.

Nombre d’organismes « canadiens », dont plusieurs à vocation féministe, se dorent les épaulettes en adoptant une traduction de leur nom, en traduisant un petit pourcentage de leurs publications, en ajoutant une dentelle à leurs discours – genre « et une pensée pour nos sœurs francophones » – tout en n’analysant jamais un problème autre que du point de vue dominant pour ne pas dire Toronto, tout en croyant qu’une conférence bilingue c’est avoir l’interprétation simultanée et dire bonjour avant de présenter la prochaine présentation toujours en anglais, tout en ne communiquant jamais en français sur les réseaux sociaux – ne cherchez pas les fils Twitter ou Facebook en français de la Fondation canadienne des femmes, de l’Alliance féministe pour l’action internationale, ou d’À Voix égale, par exemple.

Cette prétention d’être inclusivement bilingue est antiféministe, et néfaste pour les francophones. Ces organismes donnent l’image que rien ne se passe dans la francophonie, que tout se passe dans le monde anglophone. Ils s’attirent les dons, les accolades et les subventions d’un organisme « national » qui ne l’est pas.

Demande-leur quand est la dernière fois qu’ils ont traduit un texte du français vers l’anglais, quand ils ont consulté ou organisé une activité avec les féministes de la francophonie.

Ces groupes font du travail essentiel. Et font du tort. Ils occupent de l’espace à nos dépens. Vous nous assimilez. How feminist is that?

 

Was that so hard?

The New Brunswick government has introduced a law to create an independent women’s Council. That means it gave up on the internal committee structure, Voices, which governments insisted was independent except the committee found it could not work on its priorities, spend its budget or hire staff.

The legislation proposed today is a good thing. Bravo to the Premier who allowed his mind to be changed. Brava to Voices who eventually saw no other way to make it work.

But.

Did we really need to learn that without status, you’re nothing, and certainly not independent? Ain’t that what the last century of women’s history has been about, getting status and independence?

Anyone who knows how government works knew an independent body required legislation. And anyone who knows women’s issues – the controversial nature of much of it, the kind of change they require – knew that only strong legislation would work.

Governments know how to set up an independent body. They do it for commissions, advisory groups, advocacy offices – the ombudsman, official languages, child advocacy, and other offices. For women, they didn’t follow the template.  For women, it was “let’s just have an internal committee? Can’t we all get along?”

Without legal status, you don’t have status. Women of all people know that, over and over.

So this is a good day. After 5 years without an independent Council, and 3 years where so much effort and money was put in a frustrating unnecessary exercise, there will be a law. I could give you a list of lost opportunities since 2011.

Like I tell the young’uns around the fire, when you face a showdown with government because you think women should be treated as equals, as some of us have, what do you do? What do you reach for? You reach for the law, and the microphone.  That’s how we all get along, and get change done.

 

Les Caisses se cherchent et se perdent

Ce texte a été publié en premier par le site Astheure.com le 3 mai 2016. Merci et longue vie à eux.

Nos Caisses populaires acadiennes deviennent Uni coopération financière.

On aurait pu changer de nom et j’aurais applaudi.

On aurait pu dire «Il faut trouver des nouveaux clients» et j’aurais dit «Ouais pis dépêchez-vous, parce qu’avec le taux de fécondité de l’Acadie et le je-m’en-foutisme des gouvernements à l’égard de l’immigration francophone»…

On aurait pu dire «Il y a trop de têtes blanches à nos réunions» et j’aurais dit «C’est peut-être la poussière de l’institution, mais d’accord et dépêchez-vous».

Si on avait fait cela comme il faut, le tout aurait pu passer comme du miel. Toutefois, on n’a rien dit. On n’a pas discuté du sujet en public même s’il s’agissait d’un changement potentiellement si important. Bref, on n’a pas eu le réflexe de la coopération.

On aurait même pu dire «Nous ne voulons plus être un symbole acadien, nous voulons jouer avec les grands» et nous aurions contesté et discuté comme du monde, voire comme un peuple.

Mais on n’a pas entamé la discussion. On a fait comme toute autre société à profit.

Serait-ce parce qu’on n’a pas su comment dire aux Acadiens, «Tsé, le mot Acadie, c’est gênant. Nous n’avons pas trop d’idées quoi faire pour régler nos vrais problèmes, mais nous savons que nous avons right honte de notre nom. Donc nous voulons seulement nous servir du mot Acadie entre nous, tsé, en cachette. Parmi le vrai monde, nous serons des syllabes. N’importe lesquelles. Mais faudrait pas que ce soit trop français, cela ferait peur».

N’ayant pas bu l’eau servie à l’Assemblée générale annuelle, nous avons fait un « Hein?» collectif lorsque l’annonce de la nouvelle image de marque a été faite. Ça n’a pas impressionné, ni le nom, ni le logo. C’était vide de sens. Quoi, j’ai huché, le drapeau devant vos bâtisses sera-t-il en matériel de camouflage bleu et vert?

Maintenant, on nous radote que nous n’aimons pas parce que les gens n’aiment pas le changement. «À la longue, vous allez aimer».

Un peu de condescendance avec votre pilule?

Stephen Harper n’est plus premier ministre. J’aime ce changement. J’aime le fait qu’il n’y a plus de Patente en Acadie non plus. Vois-tu, je n’ai pas de problème avec le changement.

On nous dit aussi qu’on fait cela pour les jeunes. Que les jeunes, eux, comprendront. Que les jeunes d’aujourd’hui, tsé…

Je ne sais pas comment je peux me sentir insultée, à la fois, au nom des jeunes et des vieux, mais c’est fait.

Donc notre institution financière pense que nous nous parons contre le ramollissement identitaire en se ramollissant. J’feel mon cerveau ramollir, comme dit Lisa LeBlanc.

Ou, comme disait Céline, «Madame Bérenge, elle visait bas, elle visait juste».

Tsé le petit velours que tu ressens quand tu passes devant une Caisse en Acadie. Mon velours me râpe la peau ces jours-ci.

Du travail à refaire – Journée des femmes

Dresse une liste des domaines où la vie des femmes du Nouveau-Brunswick s’est améliorée dans les dernières décennies, et elle sera longue et impressionnante – nous avons davantage d’autonomie, de droits et, la plupart du temps, de respect.

Ensuite dresse la liste des domaines où l’égalité n’est pas atteinte – celle-là également sera longue … et assez semblable à la première liste. Le travail n’est pas achevé en partie parce que le travail n’est pas bien fait :

Des services de garde inabordables valent autant qu’un pont défoncé lorsqu’il est question de se rendre au travail.

Nous savons recueillir les plaintes d’agression sexuelle, mais nous ne semblons pas savoir quoi faire de ces plaintes.

Nous nous empressons comme pas un autour des femmes victimes de violence, mais faisons peu pour prévenir la violence avant qu’elle ne se produise. Ça semble pervers ça, à la longue.

Lorsque nous les femmes avons dit qu’on voulait un emploi, on n’avait pas d’idée que tant d’emplois payaient en pauvreté.

Mon corps, j’en suis capitaine et maîtresse – c’est pas compliqué mais on est dur de comprenure.

Aussitôt une élection lancée, les partis politiques principaux s’époumonent à dire ‘on souhaite vraiment avoir un plus grand nombre de candidates, … oui, vraiment.’ Pis après chaque élection, les mêmes résultats : peu de diversité. Les incantations n’auraient pas d’effet ?

On se rappelle toutes la première fois qu’on nous menace d’égalité : « Tu veux l’égalité ? On va t’la baillé… » Voici une récente fois : Après de nombreuses années de pression par les femmes, le gouvernement provincial a évalué certains postes à prédominance féminine pour vérifier l’équité salariale. Un tel exercice est d’habitude encadré par une loi et effectué par un organisme indépendant ayant une expertise. Ici, une méthode « élaborée au Nouveau-Brunswick » a donné des résultats étonnants. Le salaire de la plupart des postes à prédominance féminine examinés serait excessif, dont celui des administrateurs dans les services de garde et les travailleuses de soutien et d’approche dans les maisons de transition. Ces postes seraient trop payés alors que leurs salaires sont plus faibles ici que dans d’autres provinces où le coût de la vie est sensiblement le même ? Puis on apprend que la méthode employée par le gouvernement était une « adaptation » des méthodes acceptées d’évaluation des emplois et que chacune des adaptations avait comme effet de réduire la chance qu’un ajustement salarial soit dû.

Comme par hasard.

Un autre exemple du genre, « bon, on va le faire, mais tu ne vas pas aimer » :

Voilà cinq ans ce mois-ci que les Conservateurs de David Alward ont aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme et sa loi – et cela six mois après avoir été élu avec une promesse dans leur programme de travailler en collaboration avec le CCCF (je souris lorsque je me rappelle mon emballement naïf lorsque j’avais lu ça). Suite aux protestations que l’abolition a soulevées, les Conservateurs, rendu proche aux prochaines élections, ont voulu corrigé leur gaffe en créant un comité, Voix, pour aviser sur les questions féminines. Sans loi ou Ordre-en-conseil ou cahier de charge. C’était du classique « il faut faire quelque chose, ceci est quelque chose ».

Les gouvernements savent comment créer une agence indépendante, et ils savent que ce qu’ils ont fait ici ne répond pas à ces critères.

J’étais la directrice générale du Conseil pendant ses dix dernières années, et employée du Conseil pendant près de 20 ans avant ça. Je me souviens de confrontations avec des représentants de gouvernement qui s’opposaient à une position ou un projet du Conseil consultatif, parce que c’était pour eux malcommode, problématique politiquement, ou simplement féministe. Le Conseil a pu continuer sur son chemin lorsque nous avons su répondre, « Ma foi, nous ne faisons qu’essayer de s’acquitter du mandat prescrit par notre loi, parce que nous aurons des ennuis si nous acceptons des fonds publics sans faire le travail. »

Essaye de dire ça sans rien en main. Ce serait semblable à se retrouver dans un pays étranger sans pièce d’identification.

Puis est venu le gouvernement Gallant avec une promesse de donner une vraie indépendance à ce comité.

Vu l’attitude démontrée par ce gouvernement à l’égard de ses agences indépendantes ces derniers temps, il vaut peut-être mieux ne pas attirer d’attention sur Voix des femmes. Être ignorée serait bien s’en sortir, il peut sembler.

Mais voilà plus de deux ans que Voix a été créé et je blâme le manque de statut et de pouvoir accordé au comité pour le fait que Voix n’a pas lancé ses activités. Pourtant il y a tant de dossiers à traiter. Je peux vous en faire une liste. Elle est longue.

Une dernière question. Le gouvernement provincial a récemment annoncé qu’une analyse inclusive selon le genre fera partie du processus de décision du gouvernement. Chaque option qui sera examinée sera analysé pour son impact potentiel sur l’égalité entre les genres. Sauf que les documents ne seront pas rendus publics, puisque, nous dit-on, ils sont des conseils au Cabinet, donc secret. C’est là une façon de faire, mais ce n’est pas la façon transparente et crédible. Ils auraient dû demandé ces analyses d’une entité indépendante, mais même si elles sont réalisées au sein du gouvernement, les études pourraient être publiques sauf les conseils au Cabinet qui se basent sur ces études. Autrement, nous devons présumer que rien n’a changé, surtout vu l’absence d’effet visible de ces analyses, et vu que le gouvernement n’a pas dit qu’il adoptera que les options qui ont un effet positif ou neutre sur l’égalité. On peut présumer qu’une case à cocher a été ajoutée aux documents soumis au Cabinet – Analyse inclusive complétée ? – mais il est sage de demander de voir ces documents et de connaître le processus suivi. Ce n’est pas du cynisme, c’est de l’expérience.

 

 

Réforme électorale – une occasion rare

Ce texte a été publié dans l’Acadie Nouvelle le 29 février 2016.

Es-tu d’avis que le pourcentage de sièges qu’obtient un parti politique après une élection devrait avoir un rapport assez direct au pourcentage de votes reçus ?

As-tu déjà pensé ne pas voter parce que le candidat ou le parti que tu préfères n’avait pas de chance d’être élu ? Ou peut-être es-tu écœuré d’avoir à faire un vote « utile » ou stratégique, au lieu de donner libre cours à ton cœur de citoyen ?

Si oui, tu es comme la majorité des Canadiens.

On me dit qu’on peut provoquer un état de sommeil chez certains Canadiens en abordant le sujet de la « réforme électorale ». Mais ce serait se jouer un mauvais tour à soi-même si nous évitions l’occasion qui se présente d’améliorer le système en place, parce qu’il dessert si mal les intérêts des Canadiens ordinaires que nous sommes, et surtout ceux des jeunes, des femmes et des groupes minoritaires.

Penses-y : comme communauté minoritaire et comme région marginalisée, quelles sont nos chances de trouver notre compte dans un système national surnommé « le gagnant emporte tout » ?

Lors de la campagne électorale fédérale récente, il a beaucoup été question de réforme du système électoral. Trois des partis proposaient de modifier le système afin de ne plus jamais élire un gouvernement comme on le fait depuis toujours. Ces partis ont récolté 68 pour cent des scrutins et le nouveau gouvernement entame déjà un processus en vue d’un changement.

Attendons-nous, dans les prochains mois, à être sollicités par ce discours. Étant donné à quel point nous avons intérêt dans un tel changement, et afin de, premièrement, demeurer éveillé, et surtout ne pas se faire embobiné ou se désintéresser, il nous faudrait des cours d’autodéfense pour faire face à la désinformation qui va nous être dirigée des esprits confus et, certainement, de ceux qui sont bien servis par le système dysfonctionnel existant.

L’occasion ne se représentera pas de sitôt : nous avons un gouvernement majoritaire, qui a bien bénéficié du système actuel, comme l’autre parti traditionnel, mais qui se dit prêt à changer le système, afin qu’à l’avenir aucun ne gagne un gros lot avec moins qu’une majorité des voix, et afin que la pluralité de voix soit mieux représentée.

C’est improbable comme scénario, mais c’est certainement dans notre intérêt de saisir le moment, de les prendre au mot et de voir ce qu’on peut en soutirer.

La grande majorité des pays du monde, et, plus pertinemment, 90 pour cent des pays développés ont trouvé mieux que notre système électoral médiéval pour recenser les préférences des citoyens et refléter dans leur assemblée d’élus la gamme d’opinions présentes dans la société. Au Canada, une réforme a fait l’objet d’une dizaine de Commissions et d’études coûteuses, toutes sur les tablettes, et toutes en faveur d’un changement vers une meilleure distribution des sièges selon les votes obtenus.

Le Nouveau-Brunswick a fait un travail de fond – de main de maître – à ce sujet il y a 10 ans : le gouvernement de Bernard Lord avait créé une Commission multipartite avec un mandat de recommander des améliorations à la démocratie, non pas seulement au système électoral. Le rapport final, toujours sur le site internet d’Élections NB, témoigne de l’ambition de l’exercice. Nous aurions une longueur d’avance sur les autres Canadiens si nous reprenions connaissance de ce document. Les recommandations, qui touchent plusieurs domaines, proposent un ‘système électoral mixte de représentation proportionnelle’, qui, pour faire court, rappelle les élections de certaines municipalités où on vote pour un conseiller de quartier et un conseiller général (« at large »).

Un dernier mot sur la désinformation à prévoir. Certains s’amuseront à imaginer ce qu’auraient été les résultats d’élection sous un autre système plus proportionnel ; rappelons-nous qu’il est certain qu’un grand nombre de nous aurait fait un choix différent sous un système où tous les votes comptaient, et que la sélection de candidats par les partis et les campagnes électorales seraient aussi potentiellement bien différentes. Certains autres voudront qu’on décide de la tenue d’un referendum – que la plupart des autres pays n’ont pas tenu avant d’adopter leur système – avant même le début de la conversation nationale sur les options de réforme ; dans tous les cas, l’option choisie pourrait être « mise à l’essai » lors de l’élection de 2019.

Si notre apathie, qui est en partie due à notre système électoral tordu, fait qu’on gâche cette une occasion pour un système plus démocratique, ce serait tragique.

We’ve got it covered, girly

The New Brunswick government is finally doing analysis of the potential impact of its decisions on gender equality. Now there’s good news. Each option under study for a new program, or changes or cuts to programs, will be analyzed for its impact on gender (as well as potential fiscal and economic impacts).

Some applause has come from women’s groups, though it was muted: they want to “see the documents”.

But overall, that’s good news, right? How hard can it be? How can anything go wrong?

Well, let me count the ways.

 

What we know:

The government says its employees did a gender-based analysis.

 

Which suggests:

The government is only going ahead with policies that have a positive or neutral impact on equality, that pass the “gender” test.

Their gender-based analysis includes all genders, all women, all men, and the relative situation of all New Brunswickers in all their diversity.

 

What we fear:

“Mr. Minister, here’s the impact analysis for gender on that proposed policy. We found that it would set back equality between women and men. We recommend against that policy. In fact the committee says “Under no circumstances should …””

“Excuse me. You did a gender-based analysis? I can say that?

“Yes, but…”

“Thank you.”

“Mr. Minister, I’m happy to inform you that we did a gender-based analysis on your platform policies. However, we did not have any statistics by race, income group, location, and, actually, sex was a problem too. But we have a feeling this will play well.”

“Good job once again, thank you.”

 

There is no reason to mistrust this government over any other. But giving any party-cum-government the power to self-police is never a good idea. Think of what recent NB governments have done to pay equity analysis*.

Finally, remember Sheila Fraser, Canada’s super Auditor General? She “found out” the federal government on this issue in 2009. A House of Commons Standing Committee requested that her office examine how well the federal government was implementing gender-based analysis. Fraser asked Treasury Board and other departments to provide their gender-analysis documents. “We-l-ll, actually there are no records, but…”, came the response. “But…”

No documentation, no analysis, she concluded.

 

* https://rosellam.wordpress.com/?s=paid+too+much

En 2016, il y aura 4 saisons

Si je devais deviner ce qui va se passer en 2016, je dirais que :

L’opposition ne va pas aimer même une seule idée d’aucun discours du trône. Les médias jugeront que c’est quand même une nouvelle.

Nombre de gens vont faire des choses, même crapuleuses, parce qu’ils aiment dieu, sans se soucier si c’est un amour partagé.

On va continuer de parler de groupes ‘générationnels’ – Génération X, Y, WTF – comme des générations distinctes définies par les décennies, commençant à l’année 0 de chaque décennie, tsé c’est comme l’astrologie qui détermine ton tempérament. Le fait que les divisions de classe, de sexe, de race etc sont plus importantes que ‘ta décennie’ ne nuira pas à ce discours populaire.  Des personnes qui se réclament d’un de ces groupes générationnels vont se plaindre, sans hésitation aucune, que parce qu’elles sont nées sous ces mauvaises étoiles, elles sont sous-appréciées/ écoeurées /victimes…

Stephen Harper va mettre fin à la période d’appel d’offres et va accepter un poste de directeur d’une entreprise privée.

Plusieurs vont condamner le potentiel faible du Nouveau-Brunswick mais aucun ne blâmera les intérêts Irving et sa tutelle de notre économie et notre politique, et surtout pas sa mainforte empêchant un vrai journalisme écrit anglophone.

Des individues atteindront des niveaux jamais atteints par une femme et elles vont rentrer l’échelle et fermer la porte derrière elles. Questionnées, elles diront n’avoir jamais vu cet oiseau mythique de la ‘discrimination’ personnellement, mais, comprenez-vous, elles sont spéciales.

L’élection présidentielle des États-Unis va surprendre par sa prévisibilité quant aux inanités dites et faites, et par la non-prévisibilité des résultats de l’élection.

Les Micmacs et les Malécites du Nouveau-Brunswick bénéficieront très peu de l’attention potentiellement accrue donnée aux autochtones du Canada suite à la Commission sur la vérité et la réconciliation et la commission d’enquête sur la disparition et l’assassinat de femmes autochtones.

Nombre de nous allons réaliser qu’il y a des gens de notre entourage qui sont perdus de façon irrécupérable à la réalité irréelle – des médias sociaux et de l’industrie des célébrités –, qu’ils ne peuvent plus parler comme du monde, et que c’est ça qu’est ça.

Notre apathie sera notre ennemi.

What violence?

This article was first published in the New Brunswick Telegraph Journal on December 8, 2015.

Violence in relationships is highest among young couples. So don’t tell me the next generation will make the problem disappear.

New Brunswick holds or has recently held the Canadian record for domestic violence and for deaths related to domestic violence notably in murder-suicides. So don’t tell me we have stellar programs on violence prevention, that we are doing all we can.

Services for victims of relationship violence are to prevention what emergency rooms are to safety belts, so don’t tell me donating to the local transition house is solving this.

Show me one crime that has been reduced by wearing a coloured ribbon.

Show me one problem, one disease, one issue that has been eradicated simply by treating its victims.

Show me why we plough so many millions into this problem and don’t even worry about results.

New Brunswick women brought out the issue of violence to the public agenda in the mid-seventies. I remember politicians’ and media asking us about whether we thought it really existed here or was it not mostly in the big cities. I remember being told I was breaking up families by helping battered women. I remember calling priests and police officers to suggest they should have told her something other than to go back to him and try harder.

Someone needs to call the government to suggest they do something other than light candles, wear ribbons and help victims, because those activities are not preventing violence. Those activities are comfortable and easy, but, since that’s all that is being done, they are likely perpetuating the problem by pretending to address it.

In the last few decades, the effort to eradicate violence against women – which was the actual goal of women’s groups in the seventies, not just provide services to victims – was coopted and neutered by politics. In 2002, the government measured New Brunswickers’ attitude to violence against women with the stated goal of then taking action to change attitudes in order to reduce that violence. The opinions expressed were certainly horrific but nothing was done, no campaigns to confront those attitudes were ever approved. However, another attitudinal survey was done seven years later, which found even worse attitudes in several areas. Were attitudes expected to change improve “naturally”?

Why are we willing to live with the high rates of violence and murder of women from relationships? We know relationship violence is preventable. We know other jurisdictions are doing better than we are.

Why are we so little concerned about reducing violence? Are we too comfortable with the status quo? With women as victims? Pretending that we can only help victims as they come along, as if they were victims of an unpreventable illness, is certainly less controversial and confrontational than challenging the forces that create the bullies that assault those victims.

Relationship violence is preventable.

One of the main drivers of violence against women in relationships today is men being stuck in gendered roles and expectations. Not much has been done to educate men about gender, and not much has changed in society’s disrespect of women. As The Physician’s Guide To Intimate Partner Violence and Abuse says, « It’s unreasonable to expect that people will change their behaviour easily when so many forces in the social, cultural and physical environment conspire against such change. »

It takes a society to raise violent boys and men and we do it.

To reduce violence in relationships, we need sustained mutually reinforcing actions that challenge gender roles and create real equality between the sexes in society. That would mean public awareness campaigns and curriculum initiatives on the « norms” that contribute to violence such as the objectification of women, the acceptance of violence, take action to ensure more women are in non-traditional positions including decision-making public positions, challenge the glorification of violence in public and private life.

It should also include some measures that are post-violence since we could certainly be spending our money and effort more wisely helping victims: we should set up a proper domestic violence death review committee, instead of the pretense we currently have, to see what we could do better to prevent some murders. We could stop hushing up familial murder-suicides. We should expand the successful “pilot projects” New Brunswick has had but never expanded, such as family violence courts and mental health courts.

It would also mean measuring impact and expecting results for all the effort and millions spent on violence. When that begins to happen, we’ll know the issue is being taken seriously.

 

La violence qu’on aime

La violence dans les relations intimes est plus fréquente parmi les jeunes couples. Donc ne me dites pas que le problème sera bientôt résout avec les nouvelles générations.

Le Nouveau-Brunswick détient ou a récemment détenu les pires résultats en violence familiale surtout par rapport aux meurtres-suicides. Ne me dites pas que nos programmes sont exemplaires, que nous faisons tout notre possible.

Les services aux victimes de violence dans les relations sont à la prévention ce que les salles d’urgence sont aux ceintures de sécurité. Ne me dites pas que vos dons aux maisons de transition vont résoudre le problème.

Montrez-moi un crime éliminé par le port d’un ruban coloré.

Montrez-moi une question, une maladie, un problème résout par le biais des services offerts aux victimes.

Montrez-moi comment on peut dépenser tant de millions sur un problème sans se préoccuper des résultats.

Les femmes du Nouveau-Brunswick ont soulevé la question de la violence dans les années 70. Je me souviens des questions de politiques et des médias à savoir si ça existait réellement ici et pas seulement dans les grandes villes. Je me souviens être accusée de briser les familles en aidant les femmes battues. Je me souviens avoir communiqué avec des prêtres et des policiers afin de leur suggérer qu’ils auraient pu faire autre chose que de lui dire d’essayer d’être une meilleure épouse et la renvoyer chez elle.

Quelqu’un devrait communiquer avec le gouvernement afin de leur suggérer de faire autre chose que d’allumer des chandelles, de porter des rubans et de secourir les victimes. Parce que ces gestes ne préviennent pas la violence. Ces gestes sont confortables et faciles mais, si on ne fait que ça, ils aident à perpétuer le problème en prétendant de s’en occuper.

L’effort pour éliminer la violence faite aux femmes – c’était ça l’objectif des femmes dans les années 70, pas de créer des services pour les victimes – a été coopté et neutralisé par la politique. En 2002, le gouvernement a commandité un sondage des attitudes des Néo-brunswickois sur la violence faite aux femmes, prévoyant une deuxième étape qui, selon leur dire, aurait tenté de corriger tout problème révélé par ce sondage. Le sondage a révélé des attitudes horrifiantes, mais aucune campagne ou initiative n’a été approuvée suite aux « révélations ». Un deuxième sondage a cependant été commandité sept ans plus tard, révélant des attitudes encore pires sur quelques-unes de ces questions. On s’attendait, évidemment, que les attitudes allaient changer s’améliorer naturellement ?

Pourquoi acceptons-nous si facilement nos taux élevés de violence et d’homicide des femmes ? Nous savons qu’il est possible de prévenir la violence dans les relations. Nous savons que d’autres juridictions font mieux que nous sur cette question.

Pourquoi on se préoccupe point de réduire la violence ? Est-ce que le statu quo est un peu trop confortable ? La violence serait une maladie qu’on ne peut prévenir – cela ça passe mieux, hein ? On accepte l’idée de femmes victimes bien mieux que l’idée de confronter les bourreaux qui agressent les femmes ?

De nos jours, un moteur principal de la violence faite aux femmes dans les relations est que les hommes sont figés dans des rôles et des attentes genrés. Très peu a été fait pour éduquer les hommes au sujet de leur genre, et très peu a changé dans le non-respect du « féminin » dans notre société.

Il faut toute une société pour élever des garçons et des hommes violents, et nous le faisons.

Si nous voulons réduire la violence dans les relations, nous devrons adopter une panoplie d’actions qui se renforcent mutuellement qui confrontent les rôles genrés et visent à créer l’égalité réelle entre les sexes dans la société. Cela signifie des campagnes de conscientisation publique et des initiatives dans les programmes d’étude portant sur ces « normes » qui contribuent à la violence, dont la représentation des femmes comme objet, et l’acceptation de la violence. Il faudra faire en sorte que les femmes sont plus nombreuses dans les postes non traditionnels, dont les postes de décision du domaine public. Il faudra confronter la glorification de la violence dans la vie publique et privée.

Il faudra également des mesures post violence puisque nous gaspillons certainement beaucoup d’argent dans les services après les faits. Nous devrions avoir un vrai comité d’examen des décès découlant de la violence familiale – non pas le semblant de comité que nous avons. Nous devrions cesser de cacher nos meurtres suicides. Nous devrions étendre nos projets pilotes à succès à toute la province lorsqu’ils ont du succès (nos projets demeurent « pilotes » perpétuellement) – je pense à la cour spécialisée sur la violence familiale de Moncton et à la cour santé mentale de Saint John.

Il faudra se préoccuper des résultats de nos actions et de nos investissements. Ça, chère, ça voudrait dire qu’on prend la question au sérieux.

Grâce à la Grèce

Ce billet doit sa création à Radio-Canada Acadie, qui ont communiqué avec moi alors que je termine un séjour de trois mois en Grèce (j’y étais également en 2013 pour quelques mois). Leur invitation à une entrevue m’a permis de rassembler mes réflexions de ces derniers temps, et le billet qui suit les résume. Ou écoutez l’entretien sur le site de R-C: http://t.co/cSgmeXYKLo

Quelques mois en Grèce, c’est énorme, mais c’est rien lorsqu’il est question de se faire une opinion de sa politique, de son gouvernement et de ses antagonistes, en ces temps mouvementés.  Je suis trop impressionnée par ce qu’il me manque de connaissances au sujet de l’Europe, de l’économie des gouvernements, et de l’histoire récente de la Grèce, surtout que je ne parle pas le grec, et que j’étais surtout dans des îles où je n’exagère pas trop si je dis que les ânes étaient plus nombreuses que les personnes avec qui causer.

Donc au début, je n’ai fait que ce que j’y étais venue faire, flâner. Mais à un moment, rentrant d’une randonnée, disons, et ramassant un journal, je réalises qu’y’a des choses que je sais quand même – que ce peuple travaille dur et a le temps dur, que son nouveau gouvernement est légitime et intelligent et qu’on ne traite pas du monde comme ce que je vois dans les médias. Le manque de respect pour les Grecs et leur gouvernement de la part de nombreux politiques étrangers et médias ne peut être défendu. Le pire exemple est venu plus tard suite à l’annonce du référendum, quand certains ont dénoncé « comme illégitime la possibilité pour un peuple de se prononcer sur un projet qui engage son avenir quotidien », tel que Charlie Hebdo a caractérisé ces réactions délirantes. On se moque d’un referendum et d’un gouvernement qui veut entretenir sa relation exceptionnelle avec le public par ce moyen entre autres ? J’ai pas besoin d’être une experte sur les traités européens ou la finance ou savoir épeler Schengen pour savoir que ça, c’est pas correcte et que quelque chose de croche se passe. J’ajoute que mon impression de l’Europe et mon estime de certains grands médias dont Libération et Le Monde en ont pris un coup avec ce cas. Je n’ai jamais remarqué autant de journalistes agissant comme des activistes.CIMG2174

(Juillet 2015, Athènes avec Charlie Hebdo)

La saga de la relation Grèce-Europe n’est pas terminée et mon opinion n’est pas fixe mais voici mes pensées à date.

Le problème est politique, bien qu’on le présente comme économique. La question est à savoir si la logique démocratique peut de nos jours primer sur la logique financière. Un pays a-t-il le droit d’être gouverné par ses élus ? L’Europe peut-il protéger les démocraties ?

L’acharnement sur la Grèce par les banques et les actionnaires du monde – que certains ont appelé persécution économique -, alors que la situation aurait pu être gérée de nombreuses autres façons et alors que les montants en question ne sont pas si énormes – cela fait penser qu’il y a autre chose qui se passe. Veulent-ils faire un exemple de la Grèce ? Veulent-ils maintenir réduit au plus bas niveau le champ où peut s’exercer la démocratie ? Est-ce du chantage pour forcer le pays à organiser son économie de la même façon que les autres, de suivre la mode néolibérale ? Comment expliquer autrement cette ingérence dans la politique interne grecque par les créanciers ? Si je veux une deuxième hypothèque, vous allez me l’accorder à condition que je change de partenaire et abandonne un de mes enfants?

Un homme à Athènes m’a dit, « Ce que l’on vit, on voit ça lorsqu’on est en guerre, pas pour une question d’argent entre les banques. »*

Enfin, je suis d’avis comme d’autres ont suggéré que ce qui se passe en Grèce est potentiellement un moment important pas seulement pour la Grèce. Il s’agit d’une confrontation particulièrement criante entre la démocratie et les politiques néolibérales. Cette idée qu’on est là pour faire marcher l’économie – et celle plus néfaste encore que l’économie n’est que les marchés – ces idées-là perdent des plumes. L’économie doit être à notre service. Voilà l’enjeu potentiel de ce qui se passe en Europe. Grâce à la Grèce.

* Quelques heures après la publication de ce billet, j’ai ajouté ce témoignage qui m’a été fait la journée même.

Hein Justin ?

À Justin Trudeau

Salut,

Je te souhaite d’être élu premier ministre en 2015. Je ne suis pas Libérale.

Je porte à ton attention que mon candidat, @MattDeCourcey, tient sa première réunion dans la salle des chevaliers de colomb de Fredericton. Tsé, ceux-là qui aiment pas les femmes, surtout pas les femmes qui ont des relations sans procréer. Ceux qui ont tant travailler contre la clinique Morgentaler qui a fermé à 100 mètres de la salle des chevaliers.

Hein?

Bonne chance, mais fais-nous pas de peine. En tout cas, cht’surveille.

Rosella

Chu trop vieille pour ça

Il est commun que – avec l’âge et surtout à l’heure de la retraite – les gens aient des listes de choses qu’ils espèrent faire avant de mourir. Ça m’a toujours semblé exiger de trop penser de l’avant.

Pourtant je réalise que j’ai une liste de choses que je ne veux plus jamais faire, jamais. Du genre « Pour l’amour, sais-tu combien peu d’années j’ai de reste sur la terre – j’ai pas le temps pour ça ».

Donc j’ai une liste. En commençant avec les mariages et les funérailles. Les mariages où on est comme des figurants payants. Les funérailles qui ne sont que rituel qui ne baume pas le cœur.

Les entrepreneurs qui se prennent pour une race supérieure. Les gens qui n’ont qu’insulte pour fonctionnaires et politiciens. Les vendeux au téléphone.

Les gens qui s’enroulent dans le drapeau d’un mouvement pour faire du profit. Les gens qui s’enroulent dans le drapeau d’un mouvement pour le ralentir.

Le réseautage organisé, pu jamais. La rédaction en comité, pu capable. Les organismes de charité qui se présentent comme des solutions, je dénonce. Les collectes de fond pour des services de base, j’accuse.

Plus je vieillis, plus je suis immature, intolérante ? Peut-être, mais ma tension artérielle s’en trouve bien. Faut juste pas devenir si contrairie qu’on sort pu, comme on dit.

Les meurtres suicides ne sont pas de nos affaires ?

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie Nouvelle le 7 octobre 2014.

On aime dire que les choses ont bien changé pour les femmes battues – et c’est vrai que les médecins et la plupart des prêtres ne lui diront plus, comme dans l’temps, de retourner chez elle et d’essayer d’être une meilleure épouse, et les policiers ne lui répondent plus que son agression est du domaine privé. Et certaines peuvent maintenant trouver un refuge où se sauver.

Admettons quand même que c’est loin du rêve féministe d’éliminer la violence. On n’élimine rien en ne faisant qu’aider les victimes. Il arrive même qu’on perpétue.

Il y a même une violence faite aux femmes qui demeure du domaine privé ici : les meurtres-suicides.

Le Nouveau-Brunswick affiche un taux élevé de meurtres-suicides familiaux.

Si vous ne le saviez pas, ce n’est pas surprenant. Pour le savoir, il faut faire bien attention aux nouvelles brèves pour apprendre qu’un autre homme a tiré sur sa partenaire – le scénario le plus fréquent – puis s’est tué. La police dit qu’il enquête sur deux décès (si des enfants n’ont pas également été emportés) et qu’on ne croit pas qu’une autre personne ait joué un rôle. Quelques jours plus tard, la police confirme suite à l’autopsie qu’il s’agit d’un meurtre-suicide et que, à la demande de la famille, d’autres détails – les noms, qui a tué qui, l’historique etc – ne seront pas dévoilés.

La famille mérite nos égards mais ce n’est pas un crime privé. Il y a un intérêt public : de savoir que ça se passe, sinon personne ne s’en soucie, ne s’indigne, ne change rien, et également de savoir ce qui s’est passé afin d’éviter encore d’autres cas, surtout lorsque tu as le pire taux de meurtres-suicides au pays.

Il y avait un temps où bien des familles préféraient que la mère battue ne porte pas plainte. Éventuellement, on a vu que c’était dans l’intérêt de tous, et surtout de toutes, de traiter de l’agression d’une femme, comme un crime.

Est-ce que les victimes des meurtres suicides diraient la même chose que leur famille ? Quand un meurtre conjugal n’est pas suivi d’un suicide, on ne se préoccupe pas que la famille en deuil n’aime pas voir la chose dans les médias, parce qu’on doit s’occuper de la justice et de l’intérêt public.

Ce serait trop long d’énumérer toutes les femmes tuées au Nouveau-Brunswick par un partenaire qui ne se tue pas aussi. Tenons-nous aux victimes de meurtres suicides depuis 2010, au Nouveau-Brunswick : Lire la suite

Murder-suicides are none of our business?

A modified version of this text was published in the NB Telegraph Journal of Sept. 26, 2014 (without the list of murderers and victims).

We think that much has changed for battered women – and it’s true that doctors and most clergy will no longer tell her to go back home and try harder to be a good wife, and police will not rebuff her by saying her assault is a private matter. And yes, some victims can now find a refuge to run to.

But that is far from the feminist dream of ending violence. We don’t end anything by merely helping victims. Sometimes we perpetuate.

There is even a type of violence against women that remains a private matter. Murder-suicides.

New Brunswick has the worst rate of murder-suicides in Canada. If you did not know that, it’s not surprising. To know that, you would have to read news briefs, where you regularly learn that another man shot his partner – the most frequent scenario – then killed himself. Police announce they are investigating two deaths (unless there were also children killed) and that they are not looking for any suspects. A few days later, police confirm, following the autopsy, that it was a murder-suicide and that, at the request of the family, other details – names, who killed whom, history, etc. – will not be made public. Those grieving families deserve our consideration, but this is not a private crime. Public interest requires that we know that it happened, or else no one will care, no one will be outraged, nothing will change. It also requires that we know what happened in order to avoid future cases, especially if you have the worst rate of murder-suicides in the country.

There was a time when families did not want the battered wife and mother to lay a complaint. Eventually, we realized that it was in everyone’s interest, especially wives’ and mothers’, to treat assault of women as a crime.

If they could, would victims of murder-suicides say something different than grieving families say?

When a spousal murder is not followed by a suicide, we don’t worry about the fact some grieving families don’t like to see their issues in the media, because we still have to concern ourselves with justice and the public interest.

Setting aside the long list of women in New Brunswick killed by a partner who doesn’t then commit suicide, let us limit ourselves to murder-suicides in New Brunswick since 2010. Lire la suite

Je ne suis pas là pour ton Facebook

Chère parenté, ami-e, connaissance, inconnu-e,

Personne n’t’a appris à demander permission ?
Tu ne m’as pas demandé, pis si tu avais demandé, j’aurais dit non.
Non, tu ne peux pas prendre mon image et me mettre sur ton Facebook.
Lorsqu’on me dit qu’on m’a vu sur Facebook, je sais que c’est vous autres, et ça, c’est pas correct. Vous me désappointez.
Dans la langue fancy, c’est de l’appropriation.
Vous entrez dans l’intimité et vous prenez une photo, comme ça se fait depuis 100 ans,- mais vous ne dites pas que c’est pas pour l’album de famille. Vous ne dites pas que c’est pour alimenter votre personnage Facebook, votre vie virtuelle.
Je ne suis pas une décoration.
Pis, Facebook ? Vraiment ? Misère, vous êtes vieux jeu, en plus d’être mal élevé.

Si je devais vous parler de soccer

La plupart des femmes de ce monde qui ont accouché l’ont fait avec moins de théâtre que les joueurs de soccer qui sont effleurés par un autre joueur.

Pourquoi les joueurs ont des coupes de cheveux si précieuses ? Ils semblent sortir de la chaise du coiffeur. Coupe du monde = coupe de cheveux? Les coiffeurs sont de l’équipe ?

Est-ce qu’il y a un deuxième prix de la Coupe du monde qui est accordé à l’équipe avec le meilleur coiffeur ?

Qui savait que tes amis, tes voisins aimaient le soccer, et je ne veux pas dire « à ce point » – je veux dire qu’ils connaissaient l’existence du sport ?

Les civières sont en forme de panier parce que les ambulanciers n’ont jamais à soulever les joueurs – ils se lèvent aussitôt hors des caméras ?

Les hommes qui accourent plus vite qu’une mère lorsqu’un joueur ‘a’ un bobo, ce sont des professionnels de la santé ou des figurants? Parce que de toute évidence, ils ne suivent pas de protocole – à moins que gifler un joueur étourdi ou inconscient fait partie d’un protocole ?

Où regarder quand partout il y a des écrans géants ?

L’avortement, intervention politico-religieuse

Imaginons que la clinique Morgentaler était pour fermer au Nouveau-Brunswick. Qu’est-ce qui arriverait ? Les 600 quelque femmes qui y avaient recours (ce nombre en 2009 était supérieur au nombre de femmes obtenant un avortement défrayé par l’assurance-maladie) auraient un enfant non voulu, les bien nanties se rendraient à Halifax, au Québec, ou au Maine pour un avortement ou les bien branchées tenteraient de satisfaire les exigences politiques pour une intervention médicale (et certaines de ces dernières abandonneraient ou seraient rejetées et se trouveront dans les 2 autres catégories). (Les TRÈS bien branchées continueront d’obtenir discrètement, de leur médecin ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour un avortement « médical », càd non chirurgical.)

Voyez-vous, au N.-B., on n’a jamais reconnu le droit des femmes de décider de leur corps. Lorsque la décision de la Cour suprême du Canada a tout changé dans le reste du Canada, ici, McKenna a dit « c’est moi le shérif ici » et tout est resté pareil. La signature de 2 médecins, la pratique dans un hôpital, par un gynécologue, etc. c’est resté pareil comme avant. Personne au fédéral ou dans les systèmes juridique ou de santé n’a réagi. Alors que le N.-B. prétend préférer des gouvernements qui ne s’ingèrent pas dans la vie privée et qui réduisent les dépenses publiques, on trouve les moyens de se payer des critères politiques à une intervention médicale. Médicale, tu dis ? Au N.-B., c’est plutôt une intervention religieuse. Des critères qui font que des femmes ont des enfants qu’elles ne veulent pas …

Voyez-vous, ici, on aime mieux que quelqu’un d’autre que les femmes décide. Le gouvernement, les chevaliers de colomb, les religieux. Non, c’est pas yinque ça. C’est plutôt qu’à tout coup, on ne veut pas en parler. Pour dire encore plus vrai, ça nous fait rien ce qui arrive à ces femmes enceintes. On s’en moque autant que ce qui arrive aux femmes tuées par leur partenaire (Dis-moi ce qui a été fait, avec suite et résultats, pour comprendre et prévenir n’importe quel de ces deux phénomènes.)

Pour sûr on ne veut pas l’aider à avoir accès à un avortement : l’intimidation individuelle et institutionnelle, dans la rue, dans les forums, dans les hôpitaux, est pratiquée sans conséquences pour arriver à cette fin. Qu’elle ait un enfant non voulu, et vive dans la pauvreté, dans la violence, dans l’impossibilité de réaliser son potentiel, qui en parle?

Que dirait le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B. si Alward ne l’avait pas aboli? Que ce n’est pas à une clinique privée d’offrir un service essentiel de santé.

Que devrait faire le gouvernement? Exiger que les pharmacies du NB cessent d’être un obstacle à l’accès à la contraception d’urgence. Abolir les restrictions politiques à l’avortement – cesser de gaspiller des fonds publics en exigeant que deux médecins soient consultés, que l’intervention soit pratiquée par un gynécologue, que l’intervention soit pratiquée dans un hôpital… Enquêter sur le nombre grandissant de naissances à des adolescentes. Enquêter sur le nombre élevé d’agressions sexuelles au N.-B. Collaborer avec les médecins pour faire mieux connaître la méthode non chirurgicale d’avortement.

Que devrait faire les femmes ? Tu en parles !

Vous avez appelé une ambulance, Mister?

Vous avez appelé une ambulance ?

Pardon me? Oh you’re the ambulance. Come in. Over here.

Quel est le problème ?

I don’t understand you. He’s over here. Come. Help him.

Merci. Qu’est-ce qui est arrivé ?

Are you talking French? What’s wrong here? I called for an ambulance.

Du calme. Nous allons lui donner les meilleurs soins possibles, mais il nous faut connaître les symptômes. Il a mal où ?

E a what ? What’s happening here? Are you really the ambulance? I’m calling the police…

Hello police. I need help. I called the ambulance and they arrived but they only speak French. What? WHAT? Oh, OK. Dearie, they say I have to take it up with the Supreme Court. You go on ahead. I’ll join you in the hospital. Don’t worry. This won’t take long.

Pauvreté – je ne trépigne pas d’impatience

L’an prochain, en théorie, il sera révélé si le Nouveau-Brunswick a rencontré son objectif de réduction de la pauvreté : en 2010, nous nous étions engagés à réduire la pauvreté monétaire de 25 pour cent avant 2015 ! Pis, tant qua faire, la pauvreté monétaire extrême de 50 pour cent, aussi avant 2015.

Disons que je ne trépigne pas d’impatience avant la grande révélation. Surtout quand je lis les comptes rendus des efforts faits pour réaliser une réduction. Une prière à Saint-Antoine de Padoue aurait des meilleurs résultats, il me semble.

Lorsque les partis politiques du Nouveau-Brunswick se sont mis d’accord pour travailler ensemble en vue d’un plan de réduction de la pauvreté, vers 2009, on aurait cru, si on se fiait au bruit médiatique, que c’était un événement significatif en soi. Pourtant, ce n’est pas si rare que les partis soient en collusion : dites-moi pas que vous pouvez distinguer les Libéraux des Conservateurs, lorsque chacun est au pouvoir, sur les dossiers de l’avortement ou de la réforme électorale. Ou, maintenant, de la pauvreté. Agir en collusion leur est utile pour enlever un irritant que ni l’un ni l’autre ne veut confronter pour de vrai.

Dans tous les cas, on a eu notre ‘stratégie’ de réduction de la pauvreté (2010) – une liste d’épicerie pour dire vrai, et non pas une stratégie, qui voudrait dire, tsé, des actions cohérentes suivant une logique séquentielle. Et pour dire que dans certains pays, grâce à des efforts mieux pensés, par exemple, les familles monoparentales ne sont pas archi-pauvres, avoir un salaire veut dire t’es pas pauvre, et les tarifications citoyennes, pour les garderies, les contraventions, les permis de conduire, les repas à l’école, etc, sont différenciées selon la capacité de payer, selon ta carte indiquant ton quintile.  Admettons que ce n’est pas le niveau de discussion qu’il y a eu au Nouveau-Brunswick.

Il y a eu enthousiasme pour la stratégie pas seulement parce que tout le monde, dont la presse, a prétendu qu’un accord entre partis est rare et signifie qu’on est prêt à prendre les grands moyens, mais aussi parce que personne n’en revenait qu’un Irving était assis avec une assistée sociale, un Oland itou, et des entrepreneurs avec des travailleurs pauvres à la même table ! On aurait cru que les lois de la physique avaient été enfreintes, que des aimants qui devraient se repousser tout d’un coup s’attirent.  Ça fait nouvelle ça, au N.-B.  Un Irving qui se demande comment contrer la pauvreté. 

Personne n’a remarqué qu’aucun des comités créés par le gouvernement n’a inclus un regroupement féministe, un groupe de femmes dont le mandat est de mettre de l’avant les intérêts de l’égalité. Ce doit être parce qu’au N.-B., on aime traiter des problèmes séparément – tsé comment on sauve sur les salaires des aidantes en littératie, des enseignantes de maternelles, ou des aides familiales, puis ensuite on étudie pourquoi les femmes gagnent moins que les hommes.

Quelles sont les chances d’un plan de réduction de la pauvreté qui prétend en partant que les causes et les portes de sorties de la pauvreté sont les mêmes pour les hommes et les femmes. On a un taux très élevé de naissances aux adolescentes ainsi qu’un accès très limité aux services de garde, aux avortements, à l’aide juridique en matière civile, à l’équité salariale, etc., et on est censé croire que cela n’affecte pas un sexe plus que l’autre et cela n’a rien à voir avec la pauvreté ? (Aux hommes à énumérer des aspects de la culture qui affectent les hommes en situation de la pauvreté).

Il est permis de douter que nous faisons le nécessaire pour réduire le niveau de pauvreté. Ce qui a été fait au niveau provincial pour appuyer la transition vers l’emploi et l’alphabétisation, pour atteindre un salaire viable et pour mousser les économies locales – tsé, ces interventions qui pourraient avoir un vrai impact – ont été médiocres ou non existantes. Pas beaucoup des 158 projets mis en branle autour de la province par des comités locaux dans le cadre de la Stratégie de réduction de la pauvreté vont aider de façon significative. Un centre de jeunes organise des journées ‘spa’ pour filles de familles pauvres, avec des coiffeuses et esthéticiennes bénévoles ; et pour celles à l’école secondaire, on leur fourni des robes de bal de finissants. C’est là une des « histoires de réussite » mises de l’avant par la Société d’inclusion économique et sociale, la société de la couronne créée pour chapeauter les efforts.

D’autres histoires parmi les 158 projets : quelques jardins communautaires, des programmes d’achat de nourriture en vrac à rabais, de la formation à l’entraide pour personnes ayant vécu des problèmes de santé mentale, d’itinérance ou de dépendance qui sont prêtes à aider d’autres rencontrant ces problèmes, etc. Certains projets ont des chances de changer des vies mais même ceux-là touchent très peu de personnes, dans un petit coin de la province, et dans une langue seulement souvent. Tant d’efforts et de fonds publics pour 158 « projets pilotes ».  Si tu dis le faire pour lutter contre la pauvreté, tu peux faire ce que tu veux, même si ta principale contribution sera de maintenir la pauvreté ou la rendre plus tolérable pour les non pauvres.

Il est vrai que le gouvernement a augmenté les taux de base de l’assistance sociale et du salaire minimum, mais pas assez pour devancer l’inflation et gagner du terrain.  Le nouveau programme de services dentaires et de la vue pour enfants dans les familles à faible revenu est bien, mais cela ne réduit pas le nombre de familles à faible revenu. Le régime promis pour une assurance pour les médicaments sur ordonnance est bienvenu mais n’aura pas un grand impact statistique.

S’il y a un aspect du plan de réduction de la pauvreté qui sera atteint, ce sera probablement d’améliorer l’inclusion économique et sociale. Après toute, s’il y a un pauvre – ou un entrepreneur – qui n’est pas sur un comité de la Stratégie, c’est parce qu’ils n’essaient pas. La Société a un conseil d’administration de 22 personnes (avec un président et 4 co-présidents), trois comités aviseurs avec chacun 12 membres, 12 réseaux d’inclusion avec près de 200 personnes sur leurs conseils, etc…

Entretemps, le taux de pauvreté ne bouge pas, ou s’il bouge ce n’est pas toujours dans la bonne direction.

Des choses à apprécier

Je trouve il semble facilement des situations et des actions qui m’indignent et me portent à écrire. Il m’arrive, plus rarement, d’être impressionnée ou reconnaissante pour une situation ou une action. L’autre jour, en lisant une chronique de Bernard Richard dans l’Acadie Nouvelle, j’ai eu ce sentiment et j’ai pensé à un nombre de personnes et groupes qui méritent d’être appréciés.

Monsieur Richard, ancien politicien, réprimandait son ancien parti et celui qui l’a remplacé au pouvoir pour les mêmes agissements. Voir cette analyse tirée de sa chronique : « Les initiatives annoncées par le gouvernement Graham promettaient aux électeurs que leur vote compterait, que le système fonctionnerait et que leur voix serait entendue. Un peu plus de deux ans plus tard, l’annonce de la vente des actifs d’Énergie NB à Hydro-Québec a éclaté comme une bombe. Les pourparlers menant à l’annonce s’étaient déroulés en secret… Le dossier d’Énergie NB, entre autres, a ouvert la porte toute grande à David Alward et, pour la première fois dans notre histoire, il a défait un gouvernement après un seul mandat. M. Alward avait bien appris sa leçon, promettant de consulter la population et critiquant sévèrement la décision du gouvernement Graham dans le dossier d’Énergie NB. Pourtant, peu de temps après son élection, c’est au tour du gouvernement Alward de s’aventurer dans le secteur énergétique sans informer et sans consulter avant de prendre sa décision, annonçant une stratégie agressive pour le développement du gaz de schiste par fracturation hydraulique. »

Les anciens politiciens qui contribuent de cette façon sont si rares qu’on doit applaudir, et maudire les autres.

De même, deux groupes m’épatent par leur travail et leur longévité.

La Coalition pour l’équité salariale est un regroupement provincial actif depuis 13 ans, arrivant à survivre sans financement gouvernemental depuis quelques années. En fait, la Coalition termine une autre campagne de financement. Sans pouvoir offrir de reçus pour fin des impôts, la Coalition réussi à ramasser 75 000$ à 90 000$ par an.  Chapeau !  Et l’objectif – l’équité salariale ou la comparaison de la valeur d’emplois non identiques – n’est pas facile à expliquer. Leurs tactiques sont toujours amusantes, justes et ou tranchantes. Peu de provinces ont un tel groupe, et aucune n’a de tel groupe ayant autant de visibilité et de respect populaire. On veut leur souhaiter longue vie, mais évidemment il faut plutôt leur souhaiter un succès rapide et l’équité jusqu’à la fin de leurs jours.

Le Front commun pour la justice sociale, qui « milite pour construire au Nouveau-Brunswick une société plus humaine », que ça, impressionne par sa constance et sa visibilité. Ce regroupement de personnes vivant ou ayant vécu dans la pauvreté fait souvent parler de lui et rares sont les journées spéciales ou événements provinciaux reliés à l’économique où les représentants du Front ne sont pas cités. Ils fonctionnent avec peu de fonds et mènent présentement une campagne d’un an pour amasser 30 000$. L’automne dernier, le Front commun a lancé une campagne pour faire de la pauvreté un enjeu électoral lors de la prochaine élection provinciale en septembre 2014. Car, comme ils le rappellent, plus de trois ans après l’adoption d’une loi visant la réduction de la pauvreté, « il y a encore des milliers de citoyennes et de citoyens qui vivent dans la pauvreté… Ce sont principalement les travailleurs à petit salaire qui travaillent, en majorité, au salaire minimum, soit à plein temps ou à temps partiel, dans les secteurs du commerce de détail, de l’hébergement, des services de restauration, et les industries saisonnières… » Ils ont une idée juste de la pauvreté, ses causes et son utilité sociale, et donc, sont actifs dans des dossiers tels que la révision de la Loi sur les accidents de travail, l’Assurance-emploi et les femmes, le budget et les revenus provinciaux. Justice sociale et non charité !

Ils veulent s’accaparer du 8 !

Y a-t-il plus niaiseux, pour ne pas dire insultant et infantilisant, qu’un gouvernement, surtout en l’occurrence celui de Stephen Harper, qui prétend décider du thème d’une journée de revendication pour l’égalité ? Surtout l’égalité entre les sexes. Depuis quelques années, le gouvernement fédéral émet un communiqué en février du genre « Voici le thème retenu pour la Journée internationale de la femme », le 8 mars.
On est-y à la maternelle ? Ils savent-y ce qu’est la Journée des femmes – la revendication de droits, de changements, d’accès à des services ?
Bien sûr ils savent et sans doute c’est là pourquoi les gouvernements tentent de s’en accaparer et de détourner la journée, premièrement à une journée « de la femme » et non des femmes, et aussi en faire une célébration du statu quo.
Cette année, les enfants, le Canada a retenu le thème suivant, « Force des femmes. Force du Canada. De la création d’entreprises à la création d’emplois, les Canadiennes vont de l’avant. »
C’est quoi ce délire ? On travaille t-y toute pour les conservateurs ? C’est pas par là qu’on va trouver l’égalité.
En 2012, le thème qu’on a voulu nous vendre était Force des femmes, Force du Canada – Les femmes dans les collectivités rurales, éloignées et nordiques : clé de la prospérité du Canada.
2010: Force des femmes. Force du Canada. Force du monde.
2009: Force du leadership. Force des femmes. Force du monde: Égalité.
2008: Des femmes fortes font la force du monde.
Bon, on comprend. On est forte, on ne doit pas compter sur le gouvernement comme allié pour des changements, on est toute seule.
Pire encore il y a des groupes de femmes qui attendent de savoir ce que M. Harper pense qu’on devrait célébrer avant de décider de leurs activités de la Journée. Misère noire. On ne serait pas sorti dousse qu’on était s’il y avait seulement des groupes aussi dociles.
Enfin, si Stephen peut, je dois.
Mesdames, le thème que je propose pour la Journée internationale DES FEMMES en 2014 est: Être féministe c’est ne pas se faire dire quoi penser ou célébrer ou revendiquer, surtout pas aujourd’hui. C’est dire le changement qu’il nous faut.