Marqué : Nouveau-Brunswick

Du travail à refaire – Journée des femmes

Dresse une liste des domaines où la vie des femmes du Nouveau-Brunswick s’est améliorée dans les dernières décennies, et elle sera longue et impressionnante – nous avons davantage d’autonomie, de droits et, la plupart du temps, de respect.

Ensuite dresse la liste des domaines où l’égalité n’est pas atteinte – celle-là également sera longue … et assez semblable à la première liste. Le travail n’est pas achevé en partie parce que le travail n’est pas bien fait :

Des services de garde inabordables valent autant qu’un pont défoncé lorsqu’il est question de se rendre au travail.

Nous savons recueillir les plaintes d’agression sexuelle, mais nous ne semblons pas savoir quoi faire de ces plaintes.

Nous nous empressons comme pas un autour des femmes victimes de violence, mais faisons peu pour prévenir la violence avant qu’elle ne se produise. Ça semble pervers ça, à la longue.

Lorsque nous les femmes avons dit qu’on voulait un emploi, on n’avait pas d’idée que tant d’emplois payaient en pauvreté.

Mon corps, j’en suis capitaine et maîtresse – c’est pas compliqué mais on est dur de comprenure.

Aussitôt une élection lancée, les partis politiques principaux s’époumonent à dire ‘on souhaite vraiment avoir un plus grand nombre de candidates, … oui, vraiment.’ Pis après chaque élection, les mêmes résultats : peu de diversité. Les incantations n’auraient pas d’effet ?

On se rappelle toutes la première fois qu’on nous menace d’égalité : « Tu veux l’égalité ? On va t’la baillé… » Voici une récente fois : Après de nombreuses années de pression par les femmes, le gouvernement provincial a évalué certains postes à prédominance féminine pour vérifier l’équité salariale. Un tel exercice est d’habitude encadré par une loi et effectué par un organisme indépendant ayant une expertise. Ici, une méthode « élaborée au Nouveau-Brunswick » a donné des résultats étonnants. Le salaire de la plupart des postes à prédominance féminine examinés serait excessif, dont celui des administrateurs dans les services de garde et les travailleuses de soutien et d’approche dans les maisons de transition. Ces postes seraient trop payés alors que leurs salaires sont plus faibles ici que dans d’autres provinces où le coût de la vie est sensiblement le même ? Puis on apprend que la méthode employée par le gouvernement était une « adaptation » des méthodes acceptées d’évaluation des emplois et que chacune des adaptations avait comme effet de réduire la chance qu’un ajustement salarial soit dû.

Comme par hasard.

Un autre exemple du genre, « bon, on va le faire, mais tu ne vas pas aimer » :

Voilà cinq ans ce mois-ci que les Conservateurs de David Alward ont aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme et sa loi – et cela six mois après avoir été élu avec une promesse dans leur programme de travailler en collaboration avec le CCCF (je souris lorsque je me rappelle mon emballement naïf lorsque j’avais lu ça). Suite aux protestations que l’abolition a soulevées, les Conservateurs, rendu proche aux prochaines élections, ont voulu corrigé leur gaffe en créant un comité, Voix, pour aviser sur les questions féminines. Sans loi ou Ordre-en-conseil ou cahier de charge. C’était du classique « il faut faire quelque chose, ceci est quelque chose ».

Les gouvernements savent comment créer une agence indépendante, et ils savent que ce qu’ils ont fait ici ne répond pas à ces critères.

J’étais la directrice générale du Conseil pendant ses dix dernières années, et employée du Conseil pendant près de 20 ans avant ça. Je me souviens de confrontations avec des représentants de gouvernement qui s’opposaient à une position ou un projet du Conseil consultatif, parce que c’était pour eux malcommode, problématique politiquement, ou simplement féministe. Le Conseil a pu continuer sur son chemin lorsque nous avons su répondre, « Ma foi, nous ne faisons qu’essayer de s’acquitter du mandat prescrit par notre loi, parce que nous aurons des ennuis si nous acceptons des fonds publics sans faire le travail. »

Essaye de dire ça sans rien en main. Ce serait semblable à se retrouver dans un pays étranger sans pièce d’identification.

Puis est venu le gouvernement Gallant avec une promesse de donner une vraie indépendance à ce comité.

Vu l’attitude démontrée par ce gouvernement à l’égard de ses agences indépendantes ces derniers temps, il vaut peut-être mieux ne pas attirer d’attention sur Voix des femmes. Être ignorée serait bien s’en sortir, il peut sembler.

Mais voilà plus de deux ans que Voix a été créé et je blâme le manque de statut et de pouvoir accordé au comité pour le fait que Voix n’a pas lancé ses activités. Pourtant il y a tant de dossiers à traiter. Je peux vous en faire une liste. Elle est longue.

Une dernière question. Le gouvernement provincial a récemment annoncé qu’une analyse inclusive selon le genre fera partie du processus de décision du gouvernement. Chaque option qui sera examinée sera analysé pour son impact potentiel sur l’égalité entre les genres. Sauf que les documents ne seront pas rendus publics, puisque, nous dit-on, ils sont des conseils au Cabinet, donc secret. C’est là une façon de faire, mais ce n’est pas la façon transparente et crédible. Ils auraient dû demandé ces analyses d’une entité indépendante, mais même si elles sont réalisées au sein du gouvernement, les études pourraient être publiques sauf les conseils au Cabinet qui se basent sur ces études. Autrement, nous devons présumer que rien n’a changé, surtout vu l’absence d’effet visible de ces analyses, et vu que le gouvernement n’a pas dit qu’il adoptera que les options qui ont un effet positif ou neutre sur l’égalité. On peut présumer qu’une case à cocher a été ajoutée aux documents soumis au Cabinet – Analyse inclusive complétée ? – mais il est sage de demander de voir ces documents et de connaître le processus suivi. Ce n’est pas du cynisme, c’est de l’expérience.

 

 

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Getting it Right – Women’s Day

If you were to compile a list of the gains New Brunswick women have made in recent decades, it would be long and impressive. We have more rights, and greater autonomy and standing.

However, if you were also to list the issues that should be addressed in New Brunswick to bring about equality between the sexes, that list, too, would be long, and somewhat similar to the first list. That’s because the job isn’t finished, often because it is being done badly. For instance:

Quality child care remains unaffordable for many and unaffordable child care is about as useful as a washed-out bridge when trying to get to work.

We know how to take a sexual assault complaint. We just don’t seem to know what to do with it.

We have shown we care for female victims of male violence, but we don’t do much to prevent the violence before it starts (which, if you think about it, is kind of creepy).

We wanted jobs, but we weren’t told so many jobs earn you poverty.

What is it about “I’m the boss of my own body” that we don’t understand?

With every election, we get the same results: little diversity, even though every election the main parties say they really, really, yes, really want more female candidates. How can that be? Don’t incantations work?

We remember the first time we are threatened with equality. Here’s a recent example from that « You want equality, you’ll get it with a vengeance! » school of thuggery: when some traditionally female jobs – such as child care administration and transition house work – were evaluated via a « made-in-New Brunswick » pay equity analysis, they were found to pay too much (even though they paid less than similar jobs in other provinces with similar costs of living). The government – both stripes – said they had « adapted » the generally accepted methods for evaluating pay equity, but this had the result of reducing the chance of a salary adjustment to female workers. Some call it an adaptation, I call it rigging the game.

Another recent entry in the « ok, we’ll do it, but you won’t like it » file:

Five years ago this month, David Alward’s Conservatives shocked the province by abolishing the Council, months after being elected on a platform to « work with the Advisory Council on the Status of Women » (I still smile at my naive relief on hearing that). Then, having failed to quell the reaction, they tried to smooth things over before facing another election, by creating an internal committee (Voices) to advise on women’s issues, calling it independent. However, no legislation, no Order-in-Council, no authority to back it up. The old political attempt at « You asked for something, this is something ». Governments know how to create an independent agency, and they knew this was not it.

I was the executive director during the Council’s last ten years, and had worked for it for some 20 years before that. I remember showdowns with government representatives at various levels who were upset by a position or project of the Council because it was politically problematic, inconvenient, or just feminist. We were able to persist and prevail, and continue on our road when we said, « Golly, we’re just trying to fulfill our legislated mandate because if we don’t do our job, you and women will be all over us for taking public funding but not doing the job. »

Try doing that when you don’t have that piece of paper. It’d be like finding yourself in a strange country without identification.

Then came Brian Gallant and the Liberal government which promised to fix this and restore independent status to Voices. Given what appears to be the Gallant government’s attitude towards independent watch-dog agencies, it might actually not be helpful to bring this up. To be ignored is maybe to be let off easy. Still, it’s been two years since the new committee, Voices, was created, and we haven’t heard anything. The likely reasons are the lack of structure and legal status. I raise this because there are a lot of issues that need to be addressed; I can give you a list. It’s long.

One final word: the provincial government recently announced it has begun doing gender-based analysis as part of its policy planning. Each option government is studying will be analyzed for its impact on gender equality. However, the analysis documents will not be made public because they are « advice to Cabinet ». That’s one way of doing it. Not the transparent or trustworthy way. The government should have chosen to have it done by an independent body, but even if it is done in-house, the research, at least, could be made public, and not the advice to Cabinet based on the research. Otherwise, and especially in the absence of any visible effect on policy of these analyses, I assume that it’s still business as usual. We have no reason to believe that anything more than a checkbox was added to ministers’ briefing notes: GBA done? Check. The government hasn’t said whether it is going ahead with policies that have a positive, negative, or neutral impact on gender equality, so what do we know? I don’t doubt that analysis is being done, but we should insist on seeing the analyses and knowing the process. That’s not cynicism; it’s experience.

Avortement 2016

L’accès au service d’avortement est meilleur au Nouveau-Brunswick que dans la majorité des autres juridictions du Canada.* L’accès au service d’avortement au Nouveau-Brunswick, et ailleurs, est médiocre, et pourrait être bien moins coûteux.

Le Nouveau-Brunswick a 4 points d’accès à l’avortement, donc 1 pour 95 000 femmes. L’Alberta a 2 points d’accès pour une population féminine de plus de 2 millions, un par million de femmes. Au Québec chacun des 14 7 points d’accès dessert 594 000 femmes. La Nouvelle-Écosse, un point d’accès pour 481 000 femmes. Bien sûr tous les points d’accès ne s’équivalent pas. Par exemple, un des 4 points d’accès au N.-B. exige 700$-800$ pour l’intervention, puisqu’il opère hors du système de santé public (et ne publie pas le nombre d’interventions pratiquées, qui me semble irresponsable). Enfin, certains points d’accès ont une capacité limitée ou un horaire d’opération restreint.

Mais le Nouveau-Brunswick, et la plupart du Canada, pratique encore trop exclusivement l’avortement chirurgical. Alors que la majorité des avortements en Europe sont médicamenteux, ici, à peine 3 pour cent (possiblement jusqu’à 15 pour cent en Colombie-Britannique selon une étude) le sont. Des médicaments provoquant un avortement sont disponibles depuis nombre d’années, mais depuis l’été 2015 le Ru486, plus sûr et efficace, est approuvé au Canada (25 ans après la France !). Il faut un médecin pour le prescrire mais le reste se fait chez soi avec une dernière visite au médecin dans les deux semaines suivantes.

Même quand l’avortement est une intervention chirurgicale, nul besoin de le faire dans un hôpital et les arguments pour préférer la clinique sont nombreux.

Mais nous ne sommes pas près de penser à cette question d’avortement de façon raisonnable.

 

* http://www.cbc.ca/news/canada/prince-edward-island/abortion-access-canada-1.3390494?cmp=rss&utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter ; http://www.arcc-cdac.ca/list-abortion-clinics-canada.pdf

On ne peut pas se payer ça

Le Nouveau-Brunswick ne peut pas prendre pour acquis que nous bénéficierons tous pareillement de la relance de l’économie provinciale. Nous savons que certains endroits avec des niveaux de croissance similaires ont des taux d’inégalité et de pauvreté très différents. Il est possible d’avoir une économie en croissance où les salariés ne profitent pas. Les économistes ont des mots pour ça – « l’affaiblissement des liens entre salaire et croissance », « une reprise non génératrice d’emploi », « l’effet de la concentration des avoirs sur l’économie », l’influence des gros capitaux sur l’économie » -, des mots que je ne devrais pas manipuler n’ayant pas les qualifications requises. Mais je sais qu’un gouvernement bien intentionné peut repartir l’économie et n’avoir que des résultats pour certains secteurs de la population. (Et nous serions même plus nombreux à ne pas pouvoir se payer un billet de 300$ pour entendre le discours sur l’État de la province par le premier ministre.) Une croissance généralisée, qui profite à nous tous, ne se produira pas par hasard. Fais-le savoir.

Le Nouveau-Brunswick ne peut non plus se payer des consultations prêt-à-penser. La révision des programmes a été lancée avec une note de quatre pages du ministre et un horaire de quelques rencontres de deux heures sur une période d’un mois. C’est trop peu pour lancer un processus de réflexion ou un changement de cap. Une coalition importante de groupes citoyens a suggéré un processus plus réfléchi – Brian, prends quelques mois additionnels, présente un vrai document de discussion qui présente un portrait de notre situation, nos défis, et des options.

Lorsqu’on nous demande de nommer « trois éléments que le gouvernement pourrait cesser de financer afin d’économiser » et « trois moyens pour trouver des fonds », je vous gage qu’on aura surtout des réactions impulsives, des anecdotes, des choses que les gens répètent depuis toujours – qu’elles s’appliquent au Nouveau-Brunswick, épargnent de l’argent à la longue, fassent plus de mal que de bien, ou non. Quelques suggestions utiles seront soumises, mais loin de ce qui ressortirait d’un vrai processus de participation citoyenne. Ces temps-ci, alors qu’on nous dit depuis une génération qu’il faut niveler vers le bas, si on nous demande des idées, il y en aura plusieurs qui vont dire « Tue la vache de mon voisin parce que moi j’ai pas de vache. »

Une autre chose que le Nouveau-Brunswick ne peut se payer, ce sont des citoyens qui ne disent pas bou, sauf pour marmonner à eux-mêmes. Je ne vais pas répéter la sainte vérité qu’une démocratie n’est viable que si des citoyens informés agissent de concert et demandent des comptes des politiques responsables. Je vais suggérer que tu te poses la question, avant de t’endormir, « Es-tu certain de ne pas être idiot  ? » « Es-tu certain que les autorités ne se moquent pas de toi ? » Ton monde et le monde que tu laisses à tes descendants sont définis par la politique, comment les politiques décident de dépenser les fonds publics et de répondre aux forces qui veulent ton travail, ton argent, ta docilité. Et toi, tu n’as pas envie de te déranger pour faire connaitre ton point de vue à des élus parce qu’ils sont des idiots ? Si c’était vrai, que des élus soient des idiots serait la meilleure raison de s’impliquer. Informes-toi, remets en question ce que tu penses, impliques-toi, exige une participation citoyenne réelle.

Le Nouveau-Brunswick ne peut surtout pas se payer l’austérité – on y vit déjà. D’autres que moi – des lauréats du prix Nobel et le Fonds monétaire international – te diront de quoi il s’agit : l’austérité ralentit la croissance, et l’espoir. Le Nouveau-Brunswick en mode austérité, ce serait mettre le pied sur son tuyau d’oxygène.

2014 appartient aux jeunes

L’élection provinciale de 2014 fut remarquable en ce qu’une question féministe a joué un rôle. Cela n’arrive pas fréquemment – j’euphémise. Pour certains, la question de l’avortement a déterminé pour qui ils pouvaient voter. Je ne me rappelle que d’une autre élection provinciale, en 1987, où la campagne a pris note d’une question de femmes – l’équité salariale – mais cette question n’a pas joué un rôle déterminant puisque tous les partis appuyaient une version d’équité.

Le gouvernement de Brian Gallant a fait avancer un peu la question de l’accès à l’avortement, mais son programme électoral comprenait d’autres promesses visant la condition féminine.

Une question qu’il pourrait traiter rapidement est la création d’un conseil aviseur indépendant sur les questions féminines – réparant ainsi un problème créé par le gouvernement sortant. Les Conservateurs avaient aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme six mois après leur entrée en pouvoir. (Ils voulaient gouverner en paix.) Puis quelques mois avant la fin de leur mandat, ils ont dit qu’ils recréaient une agence indépendante, « Voix des femmes ». Sauf ce n’est pas ce qu’ils ont fait. « Voix » n’a pas de mandat ni d’autorité légiféré, ou connu. Le gouvernement s’est donné des sièges aux réunions de « Voix ». Plusieurs des membres de « Voix » représentent des groupes qui comptent sur le gouvernement pour de l’appui ou leur survie. Étant donné que les intérêts des groupes et des citoyennes peuvent diverger, elles ne pourront pas représenter les deux. On sait qu’il existe des modèles de gouvernance qui protègent des conflits d’intérêt tout en permettant de bénéficier de l’expertise de groupes, mais « Voix » n’a pas été établi sur ces principes. Presque un an après la nomination des membres, « Voix » n’a toujours rien contribué. Certains cyniques vont conclure que « Voix » fonctionne tel que planifié, puisque le gouvernement sait comment créer une agence indépendante et ne l’a pas fait. Il semble qu’il n’a pas non plus nommé des membres qui savent comment composer avec une telle situation. Gouvernement 1, les femmes 0. Lire la suite

Les élus et les éléments extrémistes

Le chef de l’opposition Bruce Fitch mérite un blâme pour le mépris des femmes qu’il a démontré dans sa réaction à l’annonce de l’abandon de critères politiques pour l’accès à l’avortement. Il en mérite un autre parce qu’il n’assume pas son rôle de chef communautaire – pire, il collabore avec des propagandistes – sur cette question.

Lorsque le gouvernement provincial a annoncé la semaine dernière les changements prochains dans l’accès à l’avortement, donnant aux femmes du Nouveau-Brunswick le même accès qu’ont les Canadiennes, 26 ans plus tard, M. Fitch n’a pas trouvé mieux à dire que demander si cela veut dire que les femmes vont pouvoir alors avorter au huitième mois de grossesse.

Il aurait pu dire qu’il n’est pas d’accord avec la nouvelle politique ni avec l’avortement. Il aurait pu revendiquer le statu quo. Il aurait pu reconnaître que les résultats de l’élection récente représentent un certain consensus pour un changement. Il aurait pu donner le ton pour un désaccord respectueux et un argument raisonné.

Mais il a choisi de faire de la désinformation et de nourrir les préjugés. Que veut-il bien dire, avorter à huit mois de grossesse ? Peut-il nous dire où de telles procédures sont pratiquées? Non, car il trafique dans l’illusion et n’est intéressé qu’à impressionner la galerie d’extrémistes. Il ne cherche pas à jouer le rôle pour lequel il reçoit un salaire – un chef démocratique devant trouver des solutions aux questions sociétales.

Va-t-il nous servir toutes les autres menteries provenant de la même usine à propagande anti-choix, par exemple que les « vraies » victimes de viol ne tombent pas enceinte, et que l’avortement met en danger la santé et la fécondité des femmes ? Lire la suite

Vous aimez votre politique entre même sexe ?

À quelques semaines d’une élection provinciale, les journalistes de cette province demandent immanquablement aux partis politiques s’il y aura un nombre accru de femmes. Les partis, mettant leur visage grave, répondent qu’ils espèrent vraiment mais vraiment que plus de femmes seront candidates. C’est une petite danse traditionnelle qui sert bien les partis et les médias.

Mais répéter les mêmes gestes et s’attendre à un résultat différent est une définition de la folie. Et faire des vœux surtout pieux à la dernière minute ne marche jamais. Le moment d’agir est maintenant au début d’un mandat d’un nouveau gouvernement.

Nous ne vivons pas dans une démocratie unisexe, donc les partis doivent être formés de représentants des deux sexes, entre autre. Heureusement, il y a plein de femmes qualifiées. Malheureusement, elles ne sont pas impressionnées par les partis. Heureusement, les partis n’auront pas de difficultés à se diversifier une fois qu’ils le veulent vraiment, mais vraiment, puisque toutes les autres provinces et la plupart des pays font mieux que le Nouveau-Brunswick dans ce domaine.
Nos partis contrôlent qui peut se présenter pour siéger à l’Assemblée législative. Ils reçoivent des montants importants des fonds publics. Ils ont donc une responsabilité d’agir, et nous avons une responsabilité de l’exiger.

Cependant il ne s’agit pas que d’un problème des partis. Le gouvernement a la plus grande responsabilité d’agir, surtout puisque notre Assemblée est si spectaculairement masculine. Avant cette récente élection, près de 90 pourcent des sièges accueillaient des hommes. Maintenant on est à 84 pourcent. Il y a déjà eu aussi peu que 82 pourcent d’hommes. Notre taux augmente et descend comme ça, allant du tragique au légèrement moins pathétique.

Il faut se rappeler également que le gouvernement a une responsabilité de promouvoir une plus grande démocratie. Quel groupe mérite 84 pourcent des places quand il n’est que 49 pourcent de la population ? Si vous pensez que la surabondance d’hommes à notre Assemblée résulte d’une sélection des meilleurs candidats où les femmes n’ont pas été à la hauteur, eh bien, permettez-moi de douter que vos ancêtres féminines sont fières de vous et que vous tenez à la démocratie. Et je sais que vous n’avez pas assisté aux agissements lors d’une session de l’Assemblée.
Et comme a dit une femme politique du pays de Galles il y a quelques années, « Les représentants d’un sexe, bien que compréhensifs, ne peuvent pas défendre totalement et équitablement les intérêts de l’autre sexe ».

En fait, le Nouveau-Brunswick devait avoir une représentation féminine de près de 35 pourcent par ce temps. En 2005, le gouvernement provincial avait reçu de sa Commission sur la démocratie législative un plan pour atteindre ce niveau de représentation féminine par 2015. Lire la suite

Do you like your politics same-sex or opposite-sex?

This commentary was first published in the New Brunswick Telegraph Journal October 6, 2014.

Now is the time for all good men to come to the aid of their party to fix the problem that the party is mostly men. Good men but hey, there’s stuff you haven’t lived, and this is not a same-sex democracy. And frankly, some of you are there because you are men.

Now is the time to change things, early in a new government term. The tradition is to wait until just a couple of months before a provincial election, and reporters ask you whether there will be more women running for your party, and you say, we really, really want more women. Then, it’s too late. And you can’t say that anymore. You’ve been saying that since 1935, when New Brunswick women were first allowed to run as candidates. It’s old. Psychiatrists have a word for people who do the same thing over and over and expect different results.

This is not a same-sex democracy, so your party needs women. Fortunately, there are a lot of good women. Many of them are looking at you, not impressed. And fortunately, it is possible for parties to become more diversified – all the other provinces are doing better than New Brunswick, as are most countries.
Political parties are gatekeepers to the Legislature, plus they receive significant public funding, so they have a responsibility to act, and we have a responsibility to demand it.
However, it’s not just a party problem. The government has the main responsibility to act, especially since the New Brunswick legislature is spectacularly lacking in diversity. Before last month’s election, about 90% of the seats were occupied by men. Now it’s 84%. In the past, it’s been as low as 82% male. It goes up and down like that, from tragic to marginally less pathetic.

The government has a responsibility to enhance democracy. I mean, who deserves 84 percent of the seats when they are 49 percent of the population? If you think our Legislature has so many males because candidates are chosen on merit and women don’t make the grade, then let me doubt that your female ancestors are proud of you, and that you really value democracy. And I’ll bet you’ve never sat in on the goings on at the Legislature. Lire la suite

Télé-soins ou Télé-saints ?

Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 26 juillet 2014.

Le sujet est l’avortement mais le plus important a peu à voir avec l’avortement.

On a appris en juin que le service d’information du ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick, Télé-soins (811), dirige vers N.B. Right to Life tout appel de femme sans médecin qui cherche un avortement.

Il ne la dirige pas vers une clinique sans rendez-vous, ou vers les centres gouvernementaux de santé sexuelle, ou vers le registre que maintient Télé-soins pour personnes sans médecin, ou aux deux hôpitaux de la province qui pratiquent l’avortement. Il la dirige plutôt vers ce groupe d’inspiration religieuse voué à l’idée que tu n’auras pas d’avortement, et qui prendra tous les moyens pour t’en empêcher. Ce serait moins malhonnête et cruel si Télé-soins répondait à ces femmes qu’elles ne peuvent pas avoir d’avortement et donc voici les numéros où communiquer pour donner l’enfant en adoption. Les appels en français à Télé-soins sont également orientés vers le service unilingue anglais de NB Right to Life, sans préavis dans mon expérience. Mais ça, c’est peut-être une chance, pas un passe-droit.

Je suis convaincue que nous n’apprécions pas l’importance de cette politique de tromperie – l’importance du bris de confiance entre citoyen et gouvernement, entre professionnel de la santé et patient. Si un gouvernement peut abuser de son rôle auprès des citoyens afin de promouvoir un point de vue biaisé ou religieux, aux dépens des droits des citoyens, dont le droit de se fier à l’information donnée par son gouvernement, eh ben, la société dégringole vers le bas.

Être … intégriste…, ici on le peut.

Je sais que ce cas n’implique que des femmes qui veulent accès à l’avortement et qu’il est acceptable et facile d’intimider ou de s’en prendre à ces femmes. Le harcèlement public devant les cliniques ou les hôpitaux où elles se rendent pour l’intervention est organisé, systématique et bien toléré.

Ce ne sont que ‘ces femmes’, mais quand même. Télé-soins manque à sa responsabilité. Bonjour, ici Télé-saints. Tu as des rhumatismes? Essaye une prière à Saint-Jacques le Majeur. Tu es anémique et tu contemples une transfusion sanguine ? Voici le numéro des Témoins de Jéhovah.

Et que dire au sujet des « infirmières immatriculées » responsables de ce service qui répondent ainsi aux demandes d’aide? Que dire de leur code d’éthique ? Tu demandes un conseil de santé ? Voici une propagande politique. Tu veux une intervention de santé ? Voici une intervention politico-religieuse.

Un gouvernement ordonne à des professionnels de la santé de tromper volontairement les citoyens.

Il me semblait qu’il fallait remarquer ce passage à un état un degré rapproché à l’intégrisme.

New and invisible

This column first appeared in the New Brunswick Telegraph Journal of July 19, 2014.

If you’re a small-c conservative government of the sort that New Brunswick perpetually has, what could be better than getting rid of an independent agency concerned with something you don’t give a farthing about – say, women’s issues? Getting rid of it and then coming back with a toothless version that you can still point to – such as at election time.

Even better than that would be if the media were to buy into that sleight of hand.

In 2011, Premier David Alward abolished the Advisory Council on the Status of Women, but then, due to the protests, promised a new version of an independent body on women’s issues. Finally, in 2013, the government announced it was creating « Voices of New Brunswick Women Consensus-Building Forum”, and, just over five months ago, appointed its 15 members.

However, to date, this new agency cannot be contacted by phone, email, or social media. It has no office, no staff, and, to my knowledge, has yet to be heard on any issue. Not abortion, not the feminist issues that should be part of the upcoming provincial election, not the treatment of prostitutes or prostitution law, not pay equity, not aboriginal women, not the many cases of violence against women, not International Women’s Day nor Mother’s Day. Neither has it said anything about its mandate, its vision, its resources and its independence.

So, unless this new “agency” does something worthwhile, soon, are we to conclude that government took advantage of a situation and replaced the independent Council with an entity so circumscribed and limited in its resources that it will be incapable of ever bothering government?

Here is why I’m not impressed yet: Lire la suite

Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins NB

Mesdames, je viens de composer le 811 de Télé-soins – service téléphonique gratuit, bilingue et confidentiel du gouvernement du N.-B. « où des infirmières immatriculées…  » – parce que je devais trouver où référer quelqu’une qui veut un avortement mais trouve difficile pour l’instant de faire face à la bureaucratie d’un avortement au N.-B.
Je m’identifie et leur présente la situation.
On me dit de dire à ma femme d’aller à son médecin de famille.
Ouain ben, elle est une de celles-là qui n’en ont pas, de pro-choix au moins.
Oh, laissez-moi lire les nouvelles consignes. Bon, voici les numéros où la référer, Madame : 1-866-980-2273. Ou puisque tu es à Fredericton, 459-5901.
Merci.
Je compose.
NB Right to Life. Hello.
Sorry no one speaks French.
Sûrement…, l’autre numéro…
NB Right to Life. Hello
Sorry no one speaks French.
Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins : si je téléphone avec une question ayant affaire à mon arthrite, vous me donnez le numéro d’un guérisseur religieux ou d’un médecin ?

Une amie vient de me rappeler qu’il y a des centres de santé sexuelle au N.-B. Pourquoi vous ne me référez pas là? Au moins on se serait débarrassé de moi en français.
http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/ministeres/bmhc/maladies_transmissibles/content/centres_de_santesexuelle.html

Pour en finir avec l’avortement

Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte.
La clinique Morgentaler ferme aujourd’hui à Fredericton. Même celles de nous féministes qui s’opposent à des services privés dans le secteur de la santé reconnaissent que cette clinique a rendu service dans notre contexte. Si le service d’avortement n’est pas accessible, c’est nous qui décidons et pas la femme enceinte.
Si McKenna n’avait pas fait son shérif, donné le ton et déclaré la guerre à la clinique, si les autres politiciens, alors et depuis, n’étaient pas épeurés jusqu’à en perdre l’esprit, si le gouvernement du Nouveau-Brunswick veillait au respect des droits, même ceux qu’il n’aime pas, si les tactiques des anti-choix ne faisaient pas si peur à moi, toi, aux journaux Irving, aux politiciens, aux médecins, aux fonctionnaires, si le Canada avait des normes pour l’accès aux services de santé, si le monde n’était pas si obsédé par la vie sexuelle et morale des femmes…
Si tu adoptais une tactique des fanatiques anti-choix et communiquait – en privé ou en public – avec les candidat-e-s de ta circonscription à l’élection provinciale qu’il va y avoir dans 2 mois, pour lui dire que tu veux que cette question soit résolue et que les femmes aient accès aux services publics de santé pour cette intervention.

La gestion des causes incommodes*

Si tu es un gouvernement conservateur avec un petit c, comme l’est celui du Nouveau-Brunswick depuis des lunes, plutôt qu’abolir un conseil indépendant sur une cause ‘incommode’ – disons par exemple la condition de la femme – il vaut mieux l’abolir puis en recréer un qui n’en est pas un, mais qui est là pour être paradé au besoin, par exemple quand il y a une élection.

Et même encore mieux que ça ? Ce serait que les médias reprennent et répètent ce que dit le gouvernement – qu’il a ‘remis les choses en place’.

L’éditorial de l’Acadie Nouvelle du 24 juin 2014 disait au sujet de l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick en 2011 par le gouvernement provincial : « À peine deux ans plus tard, le gouvernement Alward annonçait qu’il financerait un nouvel organisme, Les voix des femmes du Nouveau-Brunswick. Ses preuves restent encore à faire, mais sa simple existence reste une belle victoire pour toutes les Néo-Brunswickoises… » et «En l’espace d’un mandat, le gouvernement a plié. »

Et si le gouvernement n’avait pas plié, mais avait plutôt saisi l’occasion des protestations pour finaliser la disparition d’une voix indépendante en installant une entité si encadrée, si circonvenue et si limitée dans ses ressources qu’elle ne peut plus incommoder le gouvernement ?

En tout cas, voici pourquoi je dis qu’il est trop tôt pour dire Brava :

Voix des femmes a été annoncé il y a plus d’un an, et les membres ont été nommées il y a cinq mois. Mais l’agence n’est toujours pas accessible par téléphone, par courriel ou par les médias sociaux, n’a ni employées ou bureau, et ne s’est pas prononcé sur un dossier à ma connaissance. Ni l’avortement, ni les femmes en politique ou les enjeux féministes de l’élection provinciale de cet automne, ni le traitement des femmes prostituées ou les lois sur la prostitution, ni l’équité salariale, ni les femmes autochtones, ni les taux élevés de violence faite aux Néo-brunswickoises, ni la journée internationale des femmes ni la fête des mères. Rien non plus sur son mandat, sa vision, ses ressources et son indépendance.
Le Conseil consultatif était un organisme créé par une loi adoptée par l’Assemblée législative.
Voix des femmes n’a ni loi, ni ordre en conseil, ni mandat connu.
Le Conseil était mandaté par la loi de porter à l’attention du public et du gouvernement les questions d’intérêt aux femmes, de recommander des lois et des politiques, d’assurer la collecte, l’étude et la diffusion d’information, et de favoriser le réseautage entre les organismes féminins.
Nous n’avons qu’un communiqué de presse gouvernemental, mais Voix des femmes doit « promouvoir l’égalité des femmes et des filles et améliorer leur vie ».
Le Conseil consultatif contrôlait près de 600 000 $ par an en fonds et accès à des services.

Selon les communiqués, Voix des femmes a peut-être accès avec des conditions non dévoilées à 200 000$ en argent et en services.

Laissez-moi rêver un instant : Voix des femmes pourrait déclarer qu’il opère sous la Loi créant le Conseil consultatif sur la condition de la femme ou une loi semblable, et attend que le gouvernement – celui-ci ou le prochain – confirme leur nomination en vertu d’une telle Loi. Il pourrait également mettre ses critères pour son indépendance : un mandat clair et connu qui comprend l’autorité de rendre public ses avis, le pouvoir de choisir ses activités, ses priorités et ses recommandations et de décider de la dépense de son budget, et le contrôle de l’embauche et la direction de son personnel. Si elles n’ont pas tout ça, le gouvernement peut cesser de dire que Voix est indépendant.

Les membres de Voix des femmes sont 15 Néo-brunswickoises, représentantes de groupes ou individus, nommées par la ministre. Elles sont d’excellentes nominations. L’organisme serait-il pris dans un piège par le dévouement de ses membres à la cause de l’égalité – un dévouement exploité ? ‘J’ai été si bas tellement longtemps, que cela ressemble à une remontée?’ Sinon, pourquoi le silence alors que les Néo-brunswickoises font si pauvre figure dans tant de domaines, au Canada pour commencer ?

Ces dernières décennies, plusieurs gouvernements provinciaux auraient aboli le Conseil consultatif s’ils avaient pu. Année après année, le Conseil maintenait des positions tannantes pour des gouvernements tannés des positions féministes. Le Conseil maintenait sa position pour l’accès à l’avortement et aux contraceptions, même d’urgence; il insistait que les questions féministes ne se confinent pas au domaine social mais ont affaire aux réformes économiques, fiscales et électorales, et que l’équité salariale était une question de droits humains, non pas des mots à éplucher dans une plateforme électorale.

Sais-tu à quel point un tel Conseil peut être agaçant et menacé dans un système politique comme nous avons ?

C’est pourquoi moi, avant de dire Brava !, j’exige que Voix des femmes fasse quelque chose, n’importe quoi, qui met l’intérêt des femmes au Nouveau-Brunswick en premier.

Le dénouement dépend en partie de David Alward, de la ministre Marie-Claude Blais, des co-présidentes Kim Nash-McKinley et Phylomène Zangio, des membres individuelles Kyla LaPointe, Noëlla Richard, Paulette Sonier Rioux et Stéphanie Beaulieu, et des représentantes du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, du YWCA de Moncton, du Urban Core Support Network, du Sussex Committee for the Prevention of Family Violence, du Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Fredericton, du UNB Women’s Studies, de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, et de l’Association des CBDC du Nouveau-Brunswick.

En fait, le dénouement dépend de l’ensemble des femmes du Nouveau-Brunswick.

Mieux un vide qu’une fiction.

*Ce texte a été d’abord publié dans l’Acadie Nouvelle du 14 juillet 2014.

Gagner fait accourir ceux que ça enrage

Dans les luttes des femmes pour les droits qu’ont les autres humains, il arrive qu’on célèbre une victoire trop tôt et on se fait avoir. On se fie à la promesse arrachée et on n’assure pas la livraison. Il y a des exceptions mais souvent après avoir eu gain de cause, on passe trop vite à la prochaine iniquité à combattre ou à refaire connaissance avec sa famille et la vie, et on n’est plus là pour mettre le changement en place comme il faut. Il me semble qu’il y a une analogie à faire avec l’art de la guerre – quelque chose à voir avec les troupes qui restent après la victoire pour s’assurer que l’ennemi ne reprend pas l’attaque, instaurer la nouvelle gestion, libérer les prisonniers.

Pourtant on sait que gagner fait accourir ceux que ça enrage. Un exemple. Il arrive que des femmes qui ont obtenu des ajustements de salaire grâce à l’adoption de l’équité salariale par leur employeur, voient les hommes, occupant les postes à qui on les avait comparés pour fin d’évaluation, se servir plus tard de l’augmentation accordée aux femmes pour demander des augmentations compensatoires.

La situation entourant l’avortement au Canada est un autre type d’exemple de ce que je veux dire – les femmes ont obtenu la décriminalisation du service d’avortement et puis, si tu es au Nouveau-Brunswick par exemple, rien n’a changé. L’accès est toujours bloqué par ceux qui ne sont pas d’accord avec la victoire.
La plupart du temps, le problème post victoire est causé par l’engagement chancelant de l’autre. L’autre veut bien mais ne veut pas que ça coûte ou que ça dérange ou déplaise à certains. Des exemples.

Lorsque le gouvernement du Nouveau-Brunswick s’est engagé en 2010, à défaut d’établir l’équité salariale pour tous, de le faire dans trois secteurs d’emplois à prédominance féminine –les services de garde d’enfants, des maisons de transition et de soutien à domicile -, qui aurait pensé que l’évaluation conclurait que ces postes sont déjà trop rémunérées (sauf le personnel des services de soutien à domicile et les quelques personnes responsables dans les garderies des enfants à besoins spéciaux). Ces évaluations ont conclu par exemple que les administratrices dans le secteur de la garde d’enfants devraient être payées 12$ l’heure et non 14$ ; et dans les maisons de transition, les travailleuses devraient être payées 13,40$ l’heure au lieu de 15,60$. Le salaire des femmes qui travaillent dans de tels services de proximité au Nouveau-Brunswick pourtant sont très faibles comparativement à 7 provinces examinées, alors que le coût de la vie n’est pas moindre.

Puis on apprend que le gouvernement a « adapté », pour ne pas dire ignorer, les méthodes consacrées pour faire une évaluation d’équité salariale, et, coïncidence, chaque adaptation avait pour conséquence prévisible de réduire les chances qu’un ajustement de salaire serait dû aux femmes. Et les employées des secteurs sous évaluation avaient un statut minoritaire sur les Comités directeurs créés pour superviser le processus d’équité salariale.

La Coalition pour l’équité salariale a documenté le dérapage des bonnes intentions*.

Dans un exercice d’équité salariale où les entreprises n’ont aucun comparateur masculin, il faut choisir des comparateurs externes ou fictives. Le Nouveau-Brunswick a fait appel à la méthodologie du Québec, avec des variations : des emplois fictifs de préposé à l’entretien et de contremaître ont été utilisés comme le prescrit l’approche québécoise. Comme l’a dit l’économiste experte dans le domaine, Ruth Rose, « L’important est d’évaluer les deux comparateurs masculins et les différentes catégories d’emploi à prédominance féminine de façon exempte de biais sexistes, et d’utiliser des salaires de comparaison pour les emplois masculins que l’on retrouve réellement dans le marché du travail…. Puisqu’il y a tellement de latitude dans la façon d’identifier les deux comparateurs masculins, le Règlement du Québec spécifie que « le taux horaire de rémunération attribué à la catégorie d’emplois « préposé à la maintenance » doit correspondre à 60% du taux horaire de rémunération attribué à la catégorie d’emplois « contremaître ». »
Selon la Commission de l’équité salariale au Québec, la norme de 60% est recommandée parce qu’il s’agit de la relativité entre les deux catégories d’emplois selon les données recueillies par Statistique Canada depuis 1991, un sondage en 2004 auprès de 542 entreprises qui avaient réalisé l’équité salariale, les données de la fonction publique québécoise, un sondage des employeurs au sujet des salaires réels versés, les données des recensements des personnes salariées ainsi que l’examen des revenus d’emploi annuels pour six groupes de catégories professionnelles.

Mais, le Nouveau-Brunswick, lui, a décidé de se servir du ratio de 80% parce que… ben aucune raison n’a été donnée, donc la raison semble évidente : Lire la suite

Une chance qu’on a les pauvres

Le Nouveau-Brunswick a un deuxième plan pour réduire la pauvreté. Il est audacieux : il reconnaît ouvertement qu’il n’est pas important de réduire la pauvreté, il suffit d’avoir un plan qui parle de la réduire. En fait, il suffit de faire une liste des choses que les gens t’ont dit qu’ils aimeraient. Parce que les rencontres avec les gens, ça il y en a en masse. On aura brûlé une génération de personnes qui veulent le changement avec tout ça …
Quelles mesures nous permettront de savoir qu’on a atteint les objectifs ? Ça c’est une question pas gentille et tu n’as évidemment pas bu assez de l’eau du puits. Parce que c’est la pensée qui compte. Il est important de rencontrer des personnes vivant dans la pauvreté, donner quelques montants pour des projets et ainsi atteindre les vrais objectifs de cet exercice: satisfaire les politiciens qui veulent quelque chose à faire miroiter afin d’« éloigner de moi cette coupe », combler les non pauvres qui souhaitent que la pauvreté leur soit rendue plus tolérable, et acheter la coopération des associations oeuvrant avec les affligés de la pauvreté qui vivent de miettes et ne peuvent être blâmées de vouloir survivre.
Des objectifs qui semblent adéquats pour tenir en vie cet exercice de misère que le Nouveau-Brunswick a entamé, bien que les médias et certains politiciens dans l’opposition laissent voir un certain désenchantement avec cette dernière sortie de la société de la couronne de la pauvreté.

Les Néo-brunswickoises attendent des nouvelles – Voix des femmes

Le Nouveau-Brunswick a un nouveau conseil aviseur sur les droits des femmes, appelé Voix des femmes. Ceci est peu connu parce qu’il n’y a pas eu de débat officiel ou un événement pour concrétiser sa création et attirer l’attention.

« C’est pour mieux te faire disparaître sans problème, mon enfant »? ou « Sois tranquille, on te sortira du tiroir quand on aura besoin de toi » ??

Peut-être, mais c’est probablement une question de priorité. Le nouveau conseil aviseur est le remplacement par David Alward après 3 ans – le temps d’un mandat tranquille, quoi – du Conseil consultatif sur la condition de la femme. Il avait aboli le CCCF six mois après son élection avec une plateforme électorale qui promettait de travailler en plus étroite collaboration avec le CCCF… (J’étais directrice du CCCF à ce moment, et suis maintenant à la retraite, sans intérêt pécuniaire ou philosophique dans cette affaire, mais je suis d’avis qu’il est évident que le gouvernement avait alors mal fait, que les femmes n’ont pas l’égalité et que les gouvernements ont besoin d’avis… Je demeure intéressée à voir que les questions d’égalité soient traitées).

À mon avis, les 15 femmes nommées par le gouvernement sont potentiellement d’excellentes membres, si la structure et les conditions sont bonnes. Leur nomination, février 2014, a peu attiré d’attention et aucun reportage ou événement n’a présenté au public ses deux coprésidentes, Phylomène Zangio et Kim Nash-McKinley.

À l’opposé des autres organismes indépendants reconnus du gouvernement – tel le Bureau de l’Ombudsman, le Conseil sur la condition des personnes handicapées, et autres – Voix des femmes n’est pas créé par une loi. Aucun document contenant la charge ou le mandat donné par le gouvernement, ce qui accompagne d’ordinaire des fonds, n’a été rendu public.

Deux mois après être nommées, les membres de Voix des femmes apprennent en même temps que le public que la clinique Morgentaler prévoit fermer ses portes en quelques mois. Le premier dossier auquel elles auront à faire face est une des plus anciennes questions féministes, un dossier déterminant et clair pour l’égalité des femmes. On pourrait maudire le moment de ce débat dans la mise en place de Voix des femmes mais, au fond, toute occasion de faire avancer l’égalité doit être célébrée.

Voix des femmes a décidé de ne pas participer dans la réaction et la manifestation organisée par des Néo-brunswickoises à ce sujet, mais éventuellement Voix émet un communiqué revendiquant un meilleur accès public à ce service de santé, un communiqué qui est plutôt ignoré par les médias sauf une brève dans l’Acadie nouvelle. Le surlendemain, la coprésidente interviewée par Radio-Canada Télévision au sujet de l’avortement renie la position prise dans le communiqué : à la question demandant si Voix a une position sur l’accès à l’avortement, elle répond que Voix œuvre pour une société juste, égalitaire et démocratique et doit conseiller le gouvernement, donc il en parlera avec la ministre qui siège à la table de concertation. Il se serait passé quelque chose entre le communiqué et l’interview ? La crise autour de l’accès à l’avortement demeure une excellente chance pour Voix des femmes de se faire connaître et pour contribuer.

Il faut donner la chance à la coureuse mais il faut aussi qu’on sache qu’elle court. La seule raison de recréer un organisme indépendant, Voix, était pour qu’il puisse mettre les intérêts des femmes en évidence. Voix devra démontrer son indépendance dans sa capacité de faire cela. Il doit aussi être transparent quant à son mandat et son fonctionnement. Ce sont aux femmes que les membres de Voix doivent l’honneur d’être en place et ce sont à elles qu’il doit parler.

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Communiqué du gouvernement annonçant la nomination des membres, février 2014 : http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/nouvelles/communique.2014.02.0142.html

Reportage sur Voix des femmes, Radio-Canada, Téléjournal Acadie, 18 avril 2014 : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7048840

Communiqué sur l’accès à l’avortement, Acadie Nouvelle, 16 avril, page 6.

Y’a plus que la question Morgentaler

Si on va débattre la question de l’accès à l’avortement au Nouveau-Brunswick, voici des points souvent oubliés que j’aimerais ajouter au mélange :

Plan B – Quand tu sais que, vivant au Nouveau-Brunswick, t’aurais probablement pas d’avortement, il devient plus important encore d’avoir accès à la pilule du lendemain (contraception d’urgence, ‘Plan B’ – même affaire). Elle sert dans les 72 heures après que t’as eu des relations sexuelles non protégées – t’as été agressée, le condom a déchiré, t’as oublié de prendre tes anovulants, t’as utilisé des antibiotiques qui ont nui à l’efficacité de tes anovulants ou t’as omis de te protéger. Santé Canada permet aux pharmacies de vendre ces pilules sur les étagères. Icitte au N.-B., nos pharmaciens se mêlent de la vie privée des femmes autant qu’un politicien… Ils pourraient mettre ces pilules sur leurs étagères et les vendre à 20$ – même une ado pourrait se les payer. Mais la dernière fois que j’ai vérifié, ceux qui la vendent au N.-B. la gardent derrière leur comptoir, donc il faut leur demander, répondre à leurs questions, souvent à la caisse ! (« Est-ce que ton cycle menstruel est régulier ? Quand as-tu eu des rapports sexuels non protégés ? » …) et payer des frais de ‘consultation’ (20$, même si t’as 40 ans, t’en es servi plusieurs fois et n’as point besoin de consulter). Y’a pas de controverse dans la pilule, elle ne fait pas avorter, elle prévient la grossesse – si t’es enceinte, ça ne changera pas ton état. Ce sont des hormones similaires aux contraceptifs oraux, administrées à des doses différentes. (Certains pharmaciens au N.-B. refusent par religiosité aiguë de les vendre, comme certains de nos médecins refusent d’aider une femme non mariée au sujet de la contraception.)

Filles-mères – « La baisse plutôt marquée entre 2002 et 2003 dans la proportion des grossesses s’étant soldées par un avortement était accompagnée d’une hausse de la proportion de grossesses se soldant par une naissance, surtout chez les adolescentes plus jeunes. », selon le Bureau du médecin-hygiéniste en chef au Nouveau Brunswick. (www2.gnb.ca/content/dam/gnb/Departments/h-s/pdf/fr/Publications/Indicateurs_sante1.pdfa baisse)
En 2002, l’hôpital ‘anglaise’ de Moncton a annoncé que les avortements n’y seraient plus pratiqués – manque d’appui par le provincial, intimidation des médecins et de l’hôpital par les anti-choix, etc. Alors qu’en 2002 au N.-B., 36 pour cent des grossesses chez les filles de 17 ans et moins se terminaient en un avortement thérapeutique ; en 2003, seulement 18 pour cent.
Suite à la perte du service à Moncton, le Nouveau-Brunswick a connu la réduction du nombre d’avortements la plus importante au Canada. Cette diminution a touché surtout les adolescentes.
En 2006, au tour de l’hôpital Everett-Chalmers de Fredericton d’abandonner la procédure pour un peu les mêmes raisons. Suite à un effort gargantuesque par les femmes et du Conseil consultatif, le gouvernement provincial a éventuellement organisé un accès à l’avortement – à 2 endroits secrets de la province mais c’est à toi d’apprendre où dans les quelques semaines que tu as suite à avoir appris que tu es enceinte – si tu n’as pas de médecin familial, abandonne avant de commencer. Reste qu’en 2009, le nombre de naissances pour 1 000 filles de 15 à 19 ans était de 21 au N.-B., mais de seulement 14 au niveau canadien. Honte.

Les gynéco – La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada a envoyé une lettre au gouvernement du Nouveau-Brunswick vers 2005 disant qu’il n’est pas nécessaire qu’un avortement soit effectué par un spécialiste dans une salle d’opération d’un hôpital. Ailleurs au monde, dans la plupart des cas, des médecins de famille effectuent des avortements dans des cliniques.

Sans chirurgie – Si j’avais à orienter quelqu’une cherchant un avortement, je l’encouragerais de s’informer si l’avortement « médical » est possible dans son cas. Il s’agit d’obtenir de son médecin, ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour provoquer, chez elle, un avortement non chirurgical. C’est la méthode utilisée pour la majorité des avortements en France, Royaume-Uni, les pays scandinaves. Branchons-nous.
http://www.canadiansforchoice.ca/francais/optionsabortion.htm
http://www.arcc-cdac.ca/fr/postionpapers/18_Diff%E9rentes-m%E9thodes-davortement-aper%E7u.pdf

Avortement et l’opinionite

Si jamais il va y avoir du changement au Nouveau-Brunswick autour de la question de l’accès à l’avortement, ce sera soit parce que Santé Canada a exigé que la province respecte les engagements (aucune chance), ou parce qu’un tribunal a reconnu que les agissements de la province ne sont pas légaux (trouve-moi une femme qui n’a pas pu obtenir un avortement et qui est riche, et ça pourrait marcher), ou parce que les houmes à l’Assemblée législative décident d’agir en adulte (yeah right, pis pendant une année électorale). Non, décidément, l’espèce humaine a le temps d’évoluer au point où les femmes n’ont pas besoin d’aide pour avorter avant que se passent ces autres éventualités.

Disons que je ne mets pas d’espoir dans les pétitions non plus – en tout cas les religieux vont obtenir encore plus de signatures, leur dieu ne leur laisse pas de choix – surtout parce que mon droit à mon corps n’est pas une question d’opinion de signataires.

Non, le changement viendra peut-être si chacune de nous – qu’on soit juste tannée à mort de voir le sujet de l’avortement revenir sur la table, qu’on soit personnellement touchée par la situation ou toutes les variations entre ces états – si chacune disait à toutes les occasions « Je renonce à devoir avoir une opinion sur la vie sexuelle ou morale des femmes. Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte. Le service doit être accessible parce qu’autrement c’est nous qui décidons pour elle. Je sais que je renie la culture religieuse de mes ancêtres et la tendance politique des temps. »

L’avortement, intervention politico-religieuse

Imaginons que la clinique Morgentaler était pour fermer au Nouveau-Brunswick. Qu’est-ce qui arriverait ? Les 600 quelque femmes qui y avaient recours (ce nombre en 2009 était supérieur au nombre de femmes obtenant un avortement défrayé par l’assurance-maladie) auraient un enfant non voulu, les bien nanties se rendraient à Halifax, au Québec, ou au Maine pour un avortement ou les bien branchées tenteraient de satisfaire les exigences politiques pour une intervention médicale (et certaines de ces dernières abandonneraient ou seraient rejetées et se trouveront dans les 2 autres catégories). (Les TRÈS bien branchées continueront d’obtenir discrètement, de leur médecin ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour un avortement « médical », càd non chirurgical.)

Voyez-vous, au N.-B., on n’a jamais reconnu le droit des femmes de décider de leur corps. Lorsque la décision de la Cour suprême du Canada a tout changé dans le reste du Canada, ici, McKenna a dit « c’est moi le shérif ici » et tout est resté pareil. La signature de 2 médecins, la pratique dans un hôpital, par un gynécologue, etc. c’est resté pareil comme avant. Personne au fédéral ou dans les systèmes juridique ou de santé n’a réagi. Alors que le N.-B. prétend préférer des gouvernements qui ne s’ingèrent pas dans la vie privée et qui réduisent les dépenses publiques, on trouve les moyens de se payer des critères politiques à une intervention médicale. Médicale, tu dis ? Au N.-B., c’est plutôt une intervention religieuse. Des critères qui font que des femmes ont des enfants qu’elles ne veulent pas …

Voyez-vous, ici, on aime mieux que quelqu’un d’autre que les femmes décide. Le gouvernement, les chevaliers de colomb, les religieux. Non, c’est pas yinque ça. C’est plutôt qu’à tout coup, on ne veut pas en parler. Pour dire encore plus vrai, ça nous fait rien ce qui arrive à ces femmes enceintes. On s’en moque autant que ce qui arrive aux femmes tuées par leur partenaire (Dis-moi ce qui a été fait, avec suite et résultats, pour comprendre et prévenir n’importe quel de ces deux phénomènes.)

Pour sûr on ne veut pas l’aider à avoir accès à un avortement : l’intimidation individuelle et institutionnelle, dans la rue, dans les forums, dans les hôpitaux, est pratiquée sans conséquences pour arriver à cette fin. Qu’elle ait un enfant non voulu, et vive dans la pauvreté, dans la violence, dans l’impossibilité de réaliser son potentiel, qui en parle?

Que dirait le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B. si Alward ne l’avait pas aboli? Que ce n’est pas à une clinique privée d’offrir un service essentiel de santé.

Que devrait faire le gouvernement? Exiger que les pharmacies du NB cessent d’être un obstacle à l’accès à la contraception d’urgence. Abolir les restrictions politiques à l’avortement – cesser de gaspiller des fonds publics en exigeant que deux médecins soient consultés, que l’intervention soit pratiquée par un gynécologue, que l’intervention soit pratiquée dans un hôpital… Enquêter sur le nombre grandissant de naissances à des adolescentes. Enquêter sur le nombre élevé d’agressions sexuelles au N.-B. Collaborer avec les médecins pour faire mieux connaître la méthode non chirurgicale d’avortement.

Que devrait faire les femmes ? Tu en parles !

Le temps des garantis

On me dit que bientôt, 15 femmes Néo-brunswickoises vont entreprendre un passage périlleux, éclairées par une braise gardée par les femmes fières qui ont foulé ce sol abénaki depuis les temps, en quête elles aussi d’une place au soleil…

Sans autre emportée allégorique, les 15 femmes nommées au forum Voix des femmes vont se rencontrer bientôt, avant la fin de l’année financière supposément, convoquées par le gouvernement provincial. Le forum est créé par ce gouvernement ‘en réaction à la réaction’ à son abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme, il y a 3 ans cette semaine, lors du premier budget Alward.

Ces 15 femmes vont tenter une action qui devrait être assurée de succès tant leur enthousiasme est sincère, et le besoin d’un tel conseil aviseur légitime. Elles vont tenter d’arracher au gouvernement un engagement qui leur permettra de créer un espace de travail indépendant, et de se pencher sur les prochaines étapes de la longue lutte des femmes pour l’égalité.

La seule chose que l’on sait du forum est le nom des 15 femmes. On ne sait pas quel sera leur mandat, ou quelle législation ou énoncé leur donnera indépendance et autorité pour donner leur avis au public et au gouvernement sur ce qui doit changer pour amener l’égalité. Le gouvernement a pris trois ans pour être au point de possiblement remettre en place ce qu’il a aboli en 10 jours, donnant à Alward un plein mandat sans conseil aviseur indépendant sur les questions féministes.

Un conseil aviseur qui est dans la poche de celui qui demande d’être avisé, ce serait du gaspillage, mais pire dans ce cas, ce serait léser les femmes en besoin d’égalité, et trahir la fière histoire des féministes du Nouveau-Brunswick.

C’est le temps d’obtenir des garantis, les femmes. Des garantis que vous aurez les conditions nécessaires pour faire le travail que vous jugez nécessaire sur les priorités des femmes – des priorités qui peuvent être très divergentes de celles d’un gouvernement.

Vous devez obtenir un mandat clair et fort. Laissez-moi vous dire, ça vous servira lorsqu’on tentera de vous taire. Vous aurez besoin du droit de parler publiquement de vos avis et de votre analyse des questions parce que c’est toute une société qui créé l’égalité, pas seulement un gouvernement. Vous devez être maitresse de votre groupe, de vos priorités, de vos activités et de votre budget.

Avec ça, vous pourrez faire du bon travail. Sans ça, vous risquez de perdre notre temps et pire, d’occuper l’espace qui devrait être celle d’une entité efficace.

Ce texte ne traite pas de fluorure

À mon insu, bien des choses se passent. Je viens d’apprendre que la grande majorité des municipalités du Nouveau-Brunswick ont arrêté d’ajouter du fluorure à l’eau. Je n’ai pas d’opinion ou de sentiments forts à ce sujet – j’ai toutes mes dents, le fluorure et la solidarité des années babyboum aidants – mais j’ai un soupçon que ce mouvement de défluoruration est un signe de quelque chose. Le maire de Saint-Jean l’a presque exprimé lorsqu’il a expliqué son vote prépondérant contre la dépense annuel de 177 000 $ pour le fluorure : Il a « raisonné » que les soins de santé ne sont pas une responsabilité municipale et que les fonds de la ville devraient plutôt servir aux services récréatifs et les routes. Une conseillère qui a voté pour le maintien de la fluoruration a dit qu’elle sentait une responsabilité holistique. Vieille mode, celle-là.
Les municipalités sont les cousins pauvres des gouvernements et je leur suis solidaire et sympathique. Et il se peut que ce désistement soit un jeu de rapport de force qui espère amener la province à verser des fonds pour la fluoruration de l’eau. Ce serait là une des meilleures raisons suggérées durant le « débat » qui a précédé l’arrêt de la pratique, voilà le niveau du débat ! Je dois noter que la fluoruration comme complot communiste n’a pas été soulevé, à ma connaissance. Mais je trouve intéressant qu’on sacrifie le citoyen avant d’engager des pourparlers avec les niveaux de gouvernements qui recommandent la fluoruration (Santé Canada) et celui responsable pour la santé (Santé NB).
Ah, les gouvernements qu’on a. Ché pas pour toi, mais moi j’mérite mieux.

Si bilingue voulait dire bilingue

J’ai comme l’impression que « bilingue » n’est pas une appellation contrôlée. En tout cas pas au Nouveau-Brunswick.
Je ne suis pas la cour suprême, mais je statue comme simple citoyenne que pour se dire bilingue, la province devrait me permettre de faire affaire avec le gouvernement dans ma langue – au minimum faire des choses comme voter ; parler à l’ambulancier qui répond à mon appel d’urgence ; recevoir des services à l’hôpital.
À ce sujet :
Je n’ai jamais pu voter en français. J’ai 61 ans. C’est sans doute ma faute, j’ai résidé à Fredericton ou dans le mauvais quartier de Moncton. Si jamais je réussis à voter en français, je ne saurai que faire du lendemain du scrutin, jusqu’à date presque toujours dédié à déposer une plainte auprès du bureau responsable – tsé, celui qui te dit c’est ton élu qui décide de l’embauche des employé-e-s des bureaux de scrutin.
Je n’ai jamais eu à appeler l’ambulance mais je lis les plaintes au sujet du manque de service et je lis surtout les doléances de la Commission aux langues officielles, qui nous assure – 45 ans après l’adoption de deux langues officielles au Nouveau-Brunswick pour l’amour – qu’elle a fait part de préoccupations aux dirigeants d’Ambulance NB. Préoccupations. En 2014. Aucun commentaire d’Alward ou des députés acadiens.
Je n’ai jamais eu de services en français à l’hôpital de Fredericton. Jamais. Il y a 13 ans que je demeure à Fredericton.

Je nous sens complices

Nous méritons des médailles de déshonneur pour les taux de violence faite aux femmes et une autre de ces médailles pour notre insouciance devant cette situation.

Un sondage de 2009 nous apprend que 48 pour cent des francophones au Nouveau-Brunswick ne voient pas comme un crime le fait de violer son épouse, comparativement à 21 pour cent des anglophones. 74 pour cent des francophones, et 33 pour cent des anglophones, ne voient pas comme un crime le fait qu’un homme gifle sa petite amie lorsqu’il pense qu’elle a flirté avec un autre. (1)

Deux des trois villes canadiennes ayant le taux le plus élevé d’agressions sexuelles signalées à la police sont au Nouveau-Brunswick : Fredericton et Saint-Jean.

Statistique Canada nous informe également que la province affiche le taux le plus élevé de meurtres-suicides familiaux au pays. (2)

Ce sont ces drames qu’on tait qui me préoccupent :

Les Leclair de Kedgwick, 65 et 64 ans, morts après qu’il ait tiré sur elle puis s’est tué.  Le couple Haché de Caraquet, à peu près du même âge, morts également à la suite d’un meurtre suicide. Les Moreau de Sainte Anne du Madawaska, du même âge, morts de la même façon. Les Guitard de Charlo, 51 et 59, morts de la même façon. Les Tozer de Cassilis, 75 et 73 ans, morts de même. Les Michaud de Saint-André, 70 ans, il a tiré sur elle puis sur lui-même. La dame Wylie de Moncton tuée par un ami dont le nom n’a jamais été donné parce qu’il s’est tué par la suite. La dame de Clifton tuée par son ami qui s’est ensuite tué. Les Sharpe de la région de Fredericton, 38 et 47 ans, morte elle aussi de la main de celui qui s’est ensuite tué.

Et ce ne sont là que les meurtres-suicides. Et que ceux depuis 2010.

Pourrait-on avoir un débat de société soutenu à ces sujets ?  Bien sûr, nous entendons parler des femmes battues grâce aux services que nombreuses communautés organisent pour elles. Mais c’est là où s’arrête la discussion. Rien sur l’incidence hallucinante, sur la prévention, sur les hommes, sur les causes.

Dans le cas des meurtres-suicides, le coroner de la province n’aide pas en taisant les faits quand les familles en deuil le demandent. Ainsi, dans l’espace de 1-2 jours, l’histoire disparaît. Dans les médias, ces cas sont si fréquents et « ordinaires » que certains ne dépassent pas la rubrique des « Brèves ». Moyennant de se tuer lui aussi, le meurtrier réussit son coup de tuer et de taire.

Les gouvernements provinciaux successifs n’ont pas voulu stimuler le débat nécessaire. Et le Comité d’examen de la mortalité liée à la violence familiale qui, cinq ans après sa création, n’a toujours pas contribué, devrait être reconnu comme un modèle failli.

Je nous sens complices avec le meurtrier parce que nous lui permettons de garder cachés ses méfaits, et complices avec cette violence historique faite aux femmes – une des causes de l’inégalité intériorisée et sociale des femmes.

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  1.  Sondage attitudinal à propos de la violence faite aux femmes, Harris Décima pour le gouvernement du Nouveau-Brunswick, 2009. www.gnb.ca/0012/violence/PDF/AttitudinalSurvey-f.pdf
  2.  La violence familiale au Canada: un profil statistique, 2011, Statistique Canada www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2013001/article/11805/11805-2-fra.htm#a1

Voix des femmes

Fière-toi pas trop vite, dirait Marichette

En réaction aux bons choix faits dans la sélection des membres du nouvel organisme gouvernemental Voix des femmes (un « forum de concertation ») par la province du Nouveau-Brunswick, je suis … hésitante …

L’annonce pourrait être la continuation de la mainmise malveillante d’un gouvernement sur toute indépendance d’une agence sur les questions féministes. Le forum est créé pour remplacer le Conseil consultatif sur la condition de la femme, aboli brusquement au début du mandat du gouvernement Alward (qui avait promis six mois plus tôt dans son programme électoral de travailler avec le CCCF ; j’étais alors directrice générale).

Mais l’annonce pourrait autant être la proclamation d’une correction à cette mauvaise décision d’abolir le Conseil (mais 3 ans plus tard!?), décision qui avait soulevé tant de réaction en 2011 !

Mais il est quand même inquiétant, et bizarre, qu’on sâve (‘sache’ pour les non Acadiennes) si peu sur ce « forum de concertation ». Quinze femmes convoquées par le gouvernement pour un « forum » sur des questions choisies par le gouvernement (pour se « concerter » ?), ce n’est pas un conseil indépendant sur les questions décidées par les femmes. Surtout dans le contexte d’un gouvernement qui prépare des élections où il n’est pas le favori.

Non, non, j’m’dis, c’est bon signe qu’ils ont pris tant de soin pour le choix des membres… Toutes ces bonnes femmes et ces bons groupes qui vont siéger « sur le sein » de Voix des femmes, je leur fais confiance, c’est prometteur …

Mais, mais, j’me réponds, ça serait pas la première fois qu’on remplace quelque chose d’utile par du paraît bien (‘quelque chose de bidon’, pour vous autres). Ni la première fois qu’on ‘a’ du bon monde par l’usure, en appliquant un protocole de bonne entente qui n’est que du tais-toi et fais nous bien paraître.

Dites-moi juste qu’elles vont avoir l’autorité et les moyens de faire à leur idée surtout dans les temps durs, qu’elles auront un devoir incontournable de nous dire cosse qé quoi ; qu’elles n’ont pas été créés pour se réunir avec le gouvernement mais pour aussi et surtout rencontrer les femmes et le public.

J’hésite parce que j’ai ces questions et bien d’autres…