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Je hais traduire

Je hais traduire, vous ne pouvez pas savoir comment. Comme on hait la douleur, je hais traduire, que ce soit du français à l’anglais, de malpoli à poli, ou vice versa.

J’ai donc toujours été reconnaissante que d’autres peuvent trouver plaisir à traduire. Merci ! Comment vous faites ?

Je hais surtout me traduire, parce que je finis toujours par vouloir arrêter la traduction pour modifier ma version originale, et ça devient un cercle vicieux. Je hais aussi traduire des textes des autres, parce qu’on est « l’esclave de l’auteur », comme a dit Andreï Makine.

Mais y’a itou que je vis au Nouveau-Brunswick et que j’ai travaillé longtemps au sein du gouvernement de cette province bilingue –  tsé, anglais à gauche, français à droite ; la symétrie obligatoire et la traduction rigidement conforme à l’original. À cette école, j’ai appris une attitude biaisée : la traduction est ennuyeuse à lire et à faire.**

Au lieu de lire des choses traduites, je cherche la version originale si celle-ci est en français ou en anglais, parce que je sais que d’ordinaire une traduction est fidèle aux mots mais pas toujours à la culture ou au sentiment tel qu’interprété dans cette autre culture. On perd dans la traduction, dit-on, mais je pense que c’est plutôt que, même lorsqu’elle est bonne, la traduction est une oeuvre différente de l’originale, bien sûr surtout lorsqu’il s’agit d’une œuvre littéraire ou poétique.  Pour donner la pleine pensée d’Andreï Makine à ce sujet, « le traducteur de la prose est l’esclave de l’auteur, et le traducteur de la poésie est son rival ».

Bien sûr je lis souvent des articles, des études et des romans traduits de d’autres langues que le français et l’anglais. C’est la seule façon de s’ouvrir au monde, autre que de voyager. Mais en lisant des textes traduits, je me demande souvent comment l’auteur original avait formulé une tournure de phrase ou une formulation imagée. On peut y perdre la touche de l’auteur, la couleur locale. Si c’est ce que l’œuvre voulait surtout partager ou exprimer, c’est à se demander si ça vaut la peine de lire. Quelqu’un de bien intentionné m’a un jour donné une traduction à l’anglais de La Sagouine. Du travail qui ne valait pas la peine d’être fait, selon moi. Y’a rien qui reste.

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** Je ne parle pas de l’interprétation simultanée, parce que des interprètes sont ici, maintenant, tsé, en simultané. J’ai une admiration sans borne pour les interprètes. Leur travail est une prouesse ; c’est comme surveiller un chauffeur de semi-remorques dans une manœuvre délicate, ça me laisse bouche bée