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La grâce de la langue

Ce texte a été publié en premier dans l’Acadie Nouvelle du 10 août 2017.

So, qu’est-ce qu’on fait pour faire mentir la prédiction de notre disparition – pour que l’Ode à l’Acadie ne soit pas éventuellement l’hymne funéraire de l’Acadie ?

Il paraît que ce qu’on fait déjà, c’est pas assez.

Un éditorial de l’Acadie Nouvelle, en réaction aux nouveaux chiffres du Recensement, l’a bien dit, « La tendance est lourde et ne se renversera pas de sitôt (…) Est-il même possible de complètement renverser la vapeur ? (…) Le Nouveau-Brunswick ne deviendra pas unilingue anglais demain matin (…) Mais le déclin de notre langue a des conséquences. ».

Vous voyez le ton, comme un médecin qui vous dit, « tu as encore des chances de t’en sortir ».

Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Et premièrement, pourquoi faire quelque chose ? Pour perpétuer ce qui a été ? Pour honorer nos ancêtres et leur acharnement à demeurer qui ils étaient ? Pour faire enrager les Leonard Jones ? Pour que la dernière brique de notre colonisation ne soit pas posée ? Pour résister à la mondialisation, au rouleau compresseur de l’anglais ?

Un brin de tout ça. Et parce que l’Acadie qu’on a bâtie au Nouveau-Brunswick n’est pas rien.

Mais, pour moi, il y a surtout ceci : le bonheur que je ressens d’avoir le français en héritage, le bonheur de profiter de cette langue. C’est là le fonds de ma motivation.

Ce n’est pas dire que le français est spécial ou supérieur, bien que sa littérature et sa richesse ont peu d’égales, et bien que le français est plus précis que mon autre langue. C’est plutôt dire que je veux pour moi, pour les Acadiens à venir, pour le Nouveau-Brunswick, l’accès au monde en français, à la richesse du monde francophone, ses arts, la musique et la littérature, ses vues sur le politique et le monde. Ce n’est pas par devoir que je veux qu’on se batte, mais par goût du plaisir. C’est pour faire continuer le plaisir que je lutterais. Perdre sa langue, c’est gaspiller, c’est perdre un atout.

Toute langue crée son monde, donne une autre perspective. Perdre une langue, c’est réduire sa perspective. Et je suis d’avis que le monde a dont besoin d’autant de façons de voir et de concevoir que possible.

Sauvez les églises si vous voulez. Moi, c’est la langue qui me mobilise. Défendez ou célébrez le chiac si vous voulez. Ça me semble une distraction, utile pour soulever les passions et se penser moderne. Ce qui m’intéresse plutôt serait un débat et une mobilisation autour des conditions nécessaires pour notre survie comme francophones.

Pour moi, être moderne, c’est faire face à une situation, avoir conscience que les faits ont des causes, les actes ont des conséquences. C’est ne pas se conter d’histoires.

J’ai vu les statistiques. On est au front, qu’on soit militant ou irrésistant. On peut trouver ce qu’il faut faire – obliger le gouvernement de gouverner, insister que nos institutions se réveillent, nous outiller avec les idées gagnantes. D’autres ont des idées quant aux actions prioritaires – politique familiale, immigration francophone, enrichissement de l’éducation – et je veux les entendre. Mais je pense qu’il est tout aussi important de savoir pourquoi on veut se battre, que savoir quoi faire pour réussir. C’est cette clarté de motivation qui fait qu’on y met l’effort. Lorsqu’on prise le but, la voie facile est de lutter. Lorsqu’on ne le prise pas, on suit la Sirène de l’assimilation.

Peut-être que demain ça ira mieux. Je nous souhaite la grâce de la langue.

Excu-u-use me si vous n’êtes pas bilingue

J’ai probablement mal compris ou je ne devrais pas les prendre au mot, mais je crois entendre une note nouvelle dans le ronron des revendications de ceux qui sont contre le bilinguisme au Nouveau-Brunswick.

Je crois comprendre que certains de ces gens dénoncent la politique de bilinguisme parce que peu d’anglophones sont bilingues. Le dernier à présenter cet argument est le nouveau chef du parti conservateur, Blaine Higgs, qui a dit à l’Acadie Nouvelle la semaine dernière, « Quand 70% de tes enfants (anglophones) dans le système scolaire obtiennent leur diplôme sans parler les deux langues officielles, ils sortent de l’école avec une main attachée dans le dos. Ça ne peut pas être ça la vision de départ (du bilinguisme officiel). Et c’est ça qui provoque des émotions. »

Ces derniers mois, plusieurs autres anglophones unilingues ont avancé cette objection. Certains disent ensuite que c’est là la preuve que le bilinguisme ne marche pas et qu’il faut soit l’abolir, ou leur donner des emplois dans la fonction publique parce que tout Néo-brunswickois a droit à un poste de fonctionnaire, ou au moins les laisser embarquer pour une ride dans les autobus scolaires des petits francophones. Pardon, j’ai de la misère à suivre leurs arguments mais c’est quelque chose comme ça.

Well, excuse me si vous n’êtes pas bilingue. Ç’aurait peut-être affaire au fait que vous ne l’avez pas revendiqué ? Peut-être ça affaire au fait que le discours ambiant des anglophones de la province était depuis toujours que « French is being rammed down our throat » ? On doit présumer que ça ce n’était pas vrai ? Peut-être si la motivation pour l’inscription de ses enfants à l’immersion était plus saine et forte, et si l’engagement à une province bilingue était plus réel, vous auriez une panoplie d’options pour devenir bilingue. Je suis d’accord que vos services d’immersion sont peu glorieux – j’ai rarement vu un jeune qui en sort avec qui je peux avoir une petite conversation en français qui n’est pas pénible à mourir.

En tout cas, vous n’aviez qu’à vous organiser pour revendiquer des services. Bravo si vous le faites maintenant. Ce n’est point la faute des Acadiens ou notre responsabilité de le faire pour vous. Ça s’appelle la dualité…

Ah, pis en passant le but de la politique de bilinguisme n’était pas de vous rendre bilingue. You can look it up. C’était que le gouvernement traite de manière respectueuse avec tous les citoyens, pardon, contribuables.

Si je n’ai pas tout mal compris et ils veulent devenir bilingue par amour pour le français, pour le Nouveau-Brunswick, le Québec, la France et les Acadiens, je leur souhaite bonne chance et bon apprentissage. Ce que je ne leur souhaite pas, c’est de découvrir la meilleure façon que j’aie trouvé pour apprendre une autre langue : n’avoir pas de service dans ta langue.

Cowardly, sad and humbled

The worst abuse of language is dishonest use.

I don’t get too worked up about typos and shortcuts, though I do judge those who write it’s when it’s its. But what really gets me angry is dishonest choice of words.

“This was a cowardly act” said Barack Obama after the Boston Marathon bombing. “It’s a very cowardly act” said the police after a murder on the streets of Toronto. Boko Haram kidnapping Nigerian girls is “cowardly and pathetic”, said John Baird. The « cowardly execution » of a drug dealer gets a man life in prison. “Canada condemns in the strongest possible terms this deplorable and cowardly act” says a federal spokesperson.

These people do not mean cowardly. They say cowardly to try to humiliate the other. Cowardly is to lack courage to do or endure dangerous or unpleasant things, to be weak, meek, shamefully fearful. Does not apply to the above uses. Call it criminal, malicious, evil, but don’t play the other’s game by saying he had too little testosterone. I don’t think that was the problem at all …

Recently a family called on a “cowardly” hit-and-run driver to turn himself in – that is likely what they meant and so it was proper usage.

And if we are calling out cowards, let us at least use it on those who use torture, and who, like Stephen Harper, would accept to use ‘information’ obtained under torture.
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I think it’s sad I’m 25 and look younger than some of these 20-year-olds, tweeted the silly woman.

I think it’s sad he felt he had to do that, said the athlete about his attacker.

I think it’s sad my parents don’t know what LOL or OMG mean, wrote the disingenuous teen.

It’s sad that it’s considered a waste of time to cultivate relationships, said Mark Zuckerberg defending Facebook.

I think it’s sad that the rooms are so basic, wrote a tourist on a hotel review site.

I think it’s sad she’s desperate for more attention and that people are giving it to her, said the spitting starlet about her perceived rival.

I think it’s sad that I have to use my non apple device to post this question, said the disappointed consumer after an IOS ‘upgrade’.

Saying it’s “sad” when you can’t safely insult or put down is a recent phenomenon. It is a passive aggressive alternative to attacking, mocking or gloating. It is used instead of calling the other pitiful or contemptible – instead of speaking one’s mind.
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When Barack Obama said he was « deeply humbled » to receive the 2009 Nobel Peace Prize, I thought the only way he can actually mean humbled is if he believes the Nobel Committee was mocking him, since he was at the time escalating the war on Afghans. But no, he is another one who is arrogantly indulging in “humble” sublimation.

I am humbled – said by every recipient of the Order of Canada, beaming at the camera. Lire la suite