Marqué : justice

Vous avez appelé une ambulance, Mister?

Vous avez appelé une ambulance ?

Pardon me? Oh you’re the ambulance. Come in. Over here.

Quel est le problème ?

I don’t understand you. He’s over here. Come. Help him.

Merci. Qu’est-ce qui est arrivé ?

Are you talking French? What’s wrong here? I called for an ambulance.

Du calme. Nous allons lui donner les meilleurs soins possibles, mais il nous faut connaître les symptômes. Il a mal où ?

E a what ? What’s happening here? Are you really the ambulance? I’m calling the police…

Hello police. I need help. I called the ambulance and they arrived but they only speak French. What? WHAT? Oh, OK. Dearie, they say I have to take it up with the Supreme Court. You go on ahead. I’ll join you in the hospital. Don’t worry. This won’t take long.

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Inégalité habilitante des autres inégalités

On ne sait jamais d’où viendront les idées qui nous poussent à l’action, ou dans mon cas, à la rédaction. Cette fois, je remercie le média paresseux et malhonnête qui a interviewé encore une fois l’employé d’Halifax du Canadian ‘Taxpayers Federation’ comme s’il représentait les intérêts des Néo-brunswickois ordinaires. Entre de tels média, les politiciens qui font payer pour une rencontre avec eux et ceux qui n’ont que faire d’un système politique ravigoté, il n’y a pas grand place dans l’agora pour le citoyen, même moins pour la citoyenne.

On parle beaucoup des inégalités dans les revenus – avec raison puisque au Canada, l’écart économique s’agrandit plus rapidement que la moyenne des pays riches.

Ce qui me préoccupe autant, ce sont les inégalités dans les voix entendues. Les voix qui comptent pour les médias et les politiques, y compris en Acadie et au Canada, sont de moins en moins celles du monde ordinaire. Les représentants de gouvernements font ouvertement fi des priorités des gens ordinaires ou des intérêts d’une société en santé. Ils sont si dispo pour rencontrer le monde des affaires, aller pêcher au Gulch, mais se font si rares pour les regroupements de citoyen-ne-s. Les médias sollicitent peut-être nos commentaires sur leur page Facebook, mais les dossiers qui les intéressent, les événements auxquels ils accourent, les points de vue reflétés dans les questions posées sont souvent autres que ceux des citoyen-ne-s ordinaires.

Bien sûr, s’ils ne s’intéressent pas à nous, nous on s’intéresse de moins en moins à eux, et vice versa. Ce n’est pas ces politiques et leurs amis qui en souffrent. D’autres plus cyniques diront que notre désintéressement est le but des agissements de la classe politique des dernières décennies. Nous pouvons nous désintéresser mais cela ne change rien au fait que la politique et les questions médiatisées décident de matières qui nous touchent : du salaire minimum à la protection à l’environnement, de la qualité – la présence même – des services publics à la création de l’égalité entre les sexes, entre les groupes linguistiques, entre les citoyens.

Sur chacune de ces questions, ce ne sera pas le Canadian ‘Taxpayers Federation’ qui vont défendre vos intérêts. (À moins que vous êtes de ceux qui, par exemple, gagnent le salaire minimum et pensent que votre situation s’améliorera si le gouvernement réduit les impôts. Ce masochisme, sans doute un produit de la même hégémonie politique que ce texte tente de dénoncer, devrait être le sujet d’un billet.) Comme l’a dit Jody Dallaire au sujet de la ‘Federation’ dans une chronique en janvier 2013, «  niveau crédibilité, c’est comme si 1 pour cent de la population décidait de fonder une association nommée ‘Nous sommes les 99 pour cent’ ».

L’excellente organisation canadienne Samara a récemment publié les résultats d’entrevues de citoyens «désabusés», ce 40 pour cent de la population n’ayant pas voté à la dernière élection fédérale. Samara a aussi rencontré des personnes qui participent à la vie politique et conclut que les deux groupes ont nombreux points en commun. Les personnes désabusées ne sont pas indifférentes ou peu informées, mais à la suite de leurs interactions avec le système, elles se sentent étrangères du système politique. Elles ne voient pas pourquoi elles « participeraient à la vie politique alors que le monde politique ne se souciait pas d’eux… » «  Si des raisons concrètes les ont amenés à se désintéresser de la politique, il est possible de les y intéresser de nouveau concrètement. De ce que nous avons entendu, les attentes des participants ne sont pas élevées. Ils souhaitent simplement sentir que les politiciens au pouvoir sont à leur écoute, et que la politique peut leur être utile au quotidien…»

Voix des femmes

Fière-toi pas trop vite, dirait Marichette

En réaction aux bons choix faits dans la sélection des membres du nouvel organisme gouvernemental Voix des femmes (un « forum de concertation ») par la province du Nouveau-Brunswick, je suis … hésitante …

L’annonce pourrait être la continuation de la mainmise malveillante d’un gouvernement sur toute indépendance d’une agence sur les questions féministes. Le forum est créé pour remplacer le Conseil consultatif sur la condition de la femme, aboli brusquement au début du mandat du gouvernement Alward (qui avait promis six mois plus tôt dans son programme électoral de travailler avec le CCCF ; j’étais alors directrice générale).

Mais l’annonce pourrait autant être la proclamation d’une correction à cette mauvaise décision d’abolir le Conseil (mais 3 ans plus tard!?), décision qui avait soulevé tant de réaction en 2011 !

Mais il est quand même inquiétant, et bizarre, qu’on sâve (‘sache’ pour les non Acadiennes) si peu sur ce « forum de concertation ». Quinze femmes convoquées par le gouvernement pour un « forum » sur des questions choisies par le gouvernement (pour se « concerter » ?), ce n’est pas un conseil indépendant sur les questions décidées par les femmes. Surtout dans le contexte d’un gouvernement qui prépare des élections où il n’est pas le favori.

Non, non, j’m’dis, c’est bon signe qu’ils ont pris tant de soin pour le choix des membres… Toutes ces bonnes femmes et ces bons groupes qui vont siéger « sur le sein » de Voix des femmes, je leur fais confiance, c’est prometteur …

Mais, mais, j’me réponds, ça serait pas la première fois qu’on remplace quelque chose d’utile par du paraît bien (‘quelque chose de bidon’, pour vous autres). Ni la première fois qu’on ‘a’ du bon monde par l’usure, en appliquant un protocole de bonne entente qui n’est que du tais-toi et fais nous bien paraître.

Dites-moi juste qu’elles vont avoir l’autorité et les moyens de faire à leur idée surtout dans les temps durs, qu’elles auront un devoir incontournable de nous dire cosse qé quoi ; qu’elles n’ont pas été créés pour se réunir avec le gouvernement mais pour aussi et surtout rencontrer les femmes et le public.

J’hésite parce que j’ai ces questions et bien d’autres…

Charité de mauvaise conscience

De ces choses qu’on ne peut dire sans être rabat-joie :

Ces activités dans les écoles et universités (et que les médias rapportent sans question) qui encouragent les jeunes à la charité, comme si c’était la solution à quelque chose :

  • Une école de Moncton a invité les élèves à apporter des vieux jeans pour les démunis, dans le cadre d’une promotion de la chaîne Aéropostale qui offrait aux donnants un rabais de 25 pour cent à leur magasin. Ils en ont apporté plus de 1200. « On les encourageait en disant qu’ils allaient redonner à la communauté en plus d’obtenir un rabais de 25 pour cent chez Aéropostale. C’est motivant de donner à la communauté. » Qu’a-t-on appris cette journée-là à l’école ? Qu’on peut monnayer les pauvres? Qu’il y a des chanceux et des quêteux ? Ç’aurait été sitant plus intéressant d’organiser quelque chose qui réveille aux causes de la pauvreté, qui aurait (exemple imparfait) amené les jeunes à questionner le pouvoir d’achat du salaire minimum ou le salaire minimum comme fief des politiciens…
  • Des étudiant-e-s d’une université de la province, examinant la problématique de la pauvreté dans leur cours de criminologie, ont organisé une collecte de mitaines. Tout le campus a contribué. C’est pourtant à l’université qu’on devrait développer l’analyse critique. Les pauvres qui recevront des mitaines, eux, vont probablement avoir l’esprit critique plus développée, les mitaines aidant. Proposons aux étudiant-e-s de se pencher sur ce qu’a dit Roland Barthes au sujet de ces alibis qu’on s’autorise pour « substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice ».
  • Des élèves d’une école sont organisés pour faire une collecte de dinde à la période des fêtes. Eh, même une institution supposément apolitique comme CBC organise des collectes de dinde pour les pauvres. Pourquoi ils n’organisent jamais des sessions de lobbying ou d’action directe, en appui des solutions à la pauvreté. Ce seraient des actions politiques, soit, … autant que la charité annuelle qui rend possible et confortable notre inaction à l’année.

« Quand je donne à manger aux pauvres, on me dit saint ; quand je demande pourquoi les pauvres ont faim, on me dit communiste, » comme l’a dit l’évêque brésilien Hélder Cãmara.