Marqué : inégalités

It’s Aboriginal People’s Turn

A shorter version of this commentary was published by New Brunswick Telegraph Journal on April 22, 2016.

I have a bias in favour of aboriginal people.

They saved my ancestors, when we first arrived and during the Terror years in the eighteenth century. They live among us yet we know nothing about them. Despite our best efforts, their culture is still alive, for the most part, and for now.  We share a country – theirs – but they don’t have our quality of life.

They have a great sense of humour, in my experience. Despite what has happened to them and their current situation, they are not terrorists. Today’s aboriginal peoples are survivors of ethnocide attempts. And those attempts may yet be “successful”.

They saved my ancestors. Some of my ancestors were First Nations.

For those reasons, I have a bias in favour of aboriginal peoples.

But that’s not why I think Canada’s most critical issue is the aboriginal peoples.

Rather, it’s because we won’t have any peace until we address this issue. Not that we will be badgered and harassed by the concerned parties – we might be. And not because Canada’s reputation will suffer – it does, but not enough. The issue of the aboriginal peoples is our most important because we are in the wrong. And if we don’t address it, we are only delaying it.

It’s like living on stolen money. Can we be fully happy and secure doing that?

So Canada has a problem: us. We are the aboriginal peoples’ problem.

Around here, First Nations did not cede their land, but that hasn’t meant much. Governments gathered them in camps and then imposed a form of government that did not give them the same rights as non-Aboriginal citizens, and which often did not respect treaties. The Indian Act continues to have harmful impacts on their communities.

Thousands of aboriginals, some as young as five, were taken from their parents and sent to residential schools to “eliminate parental involvement in the intellectual, cultural, and spiritual development of Aboriginal children”, the official mandate of those schools, the last of which was closed in 1996.

The Truth and Reconciliation Commission, whose work between 2008 and 2015 was financed by the survivors of these schools, has excellent resources for us to learn more. Seven generations went through the hell of those schools. The Commission concluded that it will likely take another seven generations to create a healthy relationship between us and them. We need to get moving.

The past is not as important as what we do in the present.

Thankfully, a majority of Canadians favour making the aboriginal issue a political priority. One could be surprised at that, since the horrors visited upon the aboriginal peoples seem to have had little power to wrest us from our lethargy on this issue. We’ve shown we can mobilize for refugees, but thousands of disappeared aboriginal women, thousands of aboriginal youth who commit suicide, thousands of aboriginals living in Third World conditions don’t seem to move us to action. I believe the problem is partly that this is not a case where, like a character said in a George Bernanos novel, we can “come across an injustice… about my own size, not too strong or too weak for me” and “jump on its back and twist its neck. »

We will not make this right with just sympathy and social work.

Political decisions brought us to this point, where posttraumatic stress syndrome is practically in the DNA of many aboriginals, as they have said. You think excuses apologies and ceremonies will fix that?

It is a political problem and a question of justice. We will have to recognize and act on their right to a fair share of territory and resources.

We will have to negotiate nation to nation, as between equals. The end result should be aboriginal peoples as independent and happy as we are.

Luckily, the new government is making noises in that direction: to attack the issues nation to nation.

There is something about our own size: Keep them to their word. Put the issue at the top of our list of priorities for the country. It’s time.

This is a question of justice to be resolved, with a few centuries of delay, so that we can all enjoy this great and young country.

C’est au tour des nations autochtones

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle le 13 avril 2016.

J’ai un biais en faveur des autochtones.

Ils ont sauvé mes ancêtres, à notre arrivée et pendant la Terreur au 18e siècle. Ils vivent parmi nous et on ne sait rien d’eux. Malgré nos meilleurs efforts ignobles, leur culture est toujours vivante, pour la plupart et pour l’instant. On partage un pays – le leur – mais ils n’ont pas notre qualité de vie.

Malgré ce qui leur est arrivé et leur situation actuelle, ils ne sont pas des terroristes. Les autochtones d’aujourd’hui sont des rescapés de nos tentatives d’ethnocide, et ces tentatives pourraient « réussir » à retardement.

Ils ont un sens d’humour et le fou rire facile, de mon expérience.  Ils ont sauvé mes ancêtres. Certaines de mes ancêtres sont autochtones.

Pour ces raisons donc, j’ai un biais en faveur des autochtones.

Mais ce n’est pas pour tout ça que je pense que la question la plus critique pour le Canada est la question autochtone.

Je pense ça parce qu’on n’aura jamais la paix si on ne règle pas cette question. Non pas parce qu’on va être tanné et traqué par les partis concernés – on le sera peut-être. Et non pas parce que la réputation du Canada va en souffrir – elle en souffre déjà mais pas assez. Cette question est cruciale parce qu’on est dans le tort, et si on ne fait rien, on ne fait que remettre à plus tard. Le Canada a un malaise qui dérange notre conscience, et notre bonheur.

C’est comme vivre d’argent volé – crois-tu vraiment qu’on peut être heureux sans régler ça ?

Donc, le Canada a un problème : nous. Nous sommes le problème des autochtones.

Ils étaient sur ces terres depuis des millénaires lorsqu’ils nous ont accueillis. Les autochtones d’ici n’ont pas cédé leurs terres, mais plus tard le gouvernement les a rassemblés dans des camps et leur a imposé une forme de gouvernement qui ne leur a pas donné les mêmes droits que nous autres citoyens, et qui souvent n’a pas respecté les traités. La Loi sur les Indiens imposée a toujours des effets très néfastes dans leurs communautés.

Des centaines de milliers d’eux, aussi jeunes que 5 ans, sont arrachés à leurs parents et envoyés à des écoles résidentielles, afin « d’éliminer le rôle des parents dans l’épanouissement intellectuel, culturel et spirituel des enfants autochtones », le mandat officiel de ces écoles, dont la dernière a fermé en 1996.

La Commission Vérité et Réconciliation, dont le travail de 2008 à 2015 a été subventionnée par les survivants de ces écoles, a créé des ressources excellentes pour en apprendre davantage.  Sept générations ont passées à travers l’enfer de ces écoles. La Commission a conclu qu’il faudra sept générations pour recréer une relation saine entre nos nations. Il faudrait s’y mettre.

N’importe le passé, la chose qui compte est ce qu’on en fait au présent.

Heureusement, une majorité de Canadiens et Canadiennes sont favorables à la priorisation politique de la question autochtone. Cela peut surprendre puisqu’il peut sembler que les horreurs qu’ont vécu et que vivent les autochtones ont peu de pouvoir pour nous arracher de notre léthargie. Se mobiliser pour des réfugiés, on sait le faire mais que des milliers de femmes autochtones disparaissent, des milliers de jeunes autochtones se tuent, des milliers d’autochtones vivent dans des conditions tiers-mondaines, … bof. Je suis d’avis que le problème est en partie que ce n’est pas une situation où, comme le curé personage dans le roman de George Bernanos, on trouve « une injustice qui se promène toute seule …et à ma taille, ni trop faible ni trop forte », et alors on « saute dessus, et l’étrangle. » Essaie de trouver quelque chose à ta taille dans cette situation. Moi je trouve peu.

N’essayons pas de régler cette question à coup de sympathie et de travail social.

Ce sont les décisions politiques qui nous ont amené à ce point, à un point où le syndrome de stress post-traumatique est presque dans l’ADN de nombres d’autochtones, comme ils disent. Tu crois que des excuses et des cérémonies vont faire l’affaire ?

C’est plutôt un problème politique et une question de justice. Nous avons à reconnaître leur droit à un partage équitable des territoires et des ressources.

Nous devrons négocier nation à nation, entre égaux. À la fin, il faut que les autochtones soient aussi autonomes et heureux que nous.

Heureusement, le nouveau gouvernement fédéral fait des bruits dans ce sens, de vouloir s’attaquer à la question de nation à nation.

Voilà une tâche à notre taille : Tenons-les à leur mot. Mettons la question au haut de notre liste de priorités pour le pays. Ce n’est pas un passe-droit, mais son contraire.

C’est une question de justice à résoudre, avec quelques siècles de retard, afin qu’on puisse vivre de plein droit dans ce beau et jeune pays.

We’ve got it covered, girly

The New Brunswick government is finally doing analysis of the potential impact of its decisions on gender equality. Now there’s good news. Each option under study for a new program, or changes or cuts to programs, will be analyzed for its impact on gender (as well as potential fiscal and economic impacts).

Some applause has come from women’s groups, though it was muted: they want to “see the documents”.

But overall, that’s good news, right? How hard can it be? How can anything go wrong?

Well, let me count the ways.

 

What we know:

The government says its employees did a gender-based analysis.

 

Which suggests:

The government is only going ahead with policies that have a positive or neutral impact on equality, that pass the “gender” test.

Their gender-based analysis includes all genders, all women, all men, and the relative situation of all New Brunswickers in all their diversity.

 

What we fear:

“Mr. Minister, here’s the impact analysis for gender on that proposed policy. We found that it would set back equality between women and men. We recommend against that policy. In fact the committee says “Under no circumstances should …””

“Excuse me. You did a gender-based analysis? I can say that?

“Yes, but…”

“Thank you.”

“Mr. Minister, I’m happy to inform you that we did a gender-based analysis on your platform policies. However, we did not have any statistics by race, income group, location, and, actually, sex was a problem too. But we have a feeling this will play well.”

“Good job once again, thank you.”

 

There is no reason to mistrust this government over any other. But giving any party-cum-government the power to self-police is never a good idea. Think of what recent NB governments have done to pay equity analysis*.

Finally, remember Sheila Fraser, Canada’s super Auditor General? She “found out” the federal government on this issue in 2009. A House of Commons Standing Committee requested that her office examine how well the federal government was implementing gender-based analysis. Fraser asked Treasury Board and other departments to provide their gender-analysis documents. “We-l-ll, actually there are no records, but…”, came the response. “But…”

No documentation, no analysis, she concluded.

 

* https://rosellam.wordpress.com/?s=paid+too+much

La perpétuation des inégalités par la charité

Si pour faire ton don « pour aider ceux dans le besoin », t’avais à spécifier si ton intention était de traiter les symptômes ou d’influencer les causes profondes, je devine que, moi et toi au moins, on préférerait s’en prendre aux causes.

Pourtant on n’en a que pour la charité, surtout en ces temps de fête. Des dindes, des boîtes de Noël, des jouets – pour se faire croire qu’on s’occupe de son prochain, ou afin que père Noël ou petit Jésus nous aime parce qu’on n’a pas été bon durant l’année.

Quand le choix est d’être charitable ou d’être Séraphin/ l’oncle Picsou/ Scrooge, tu donnes.

À chaque saison des fêtes, je rage contre la charité, non pas parce que j’haïs Noël, ou suis avare ou dénigre les personnes dans le besoin. Mais parce que je sais que la charité organisée perpétue souvent le problème qu’elle dit soulager, et parce que les chariteux pensent ainsi avoir fait leur part et ne feront rien d’autre. La charité perpétue le problème parce qu’elle remplace la recherche d’une solution ou laisse croire que le problème et la solution sont du niveau de l’individuel. La charité peut coexister avec l’action sur les causes, mais ici, maintenant, le plus souvent elle la remplace.

Même les médias, et même les médias publics, qui ne penseraient jamais faire une campagne pour une augmentation du salaire minimum par exemple, ne se gênent pas pour monter des campagnes de dons d’argent ou de dindes, surtout à ce temps-ci de l’année. Pourtant, la charité, surtout à ce niveau, est un choix politique.

Les banques alimentaires, même les gouvernements n’en ont pas honte de nos jours. Elles subventionnent les employeurs mal-payants, les emplois qui n’en sont pas, et les taux misérables des prestations officielles. Pour les personnes qui y ont accès. On est bien loin d’un revenu minimum garanti, là. Si les médias traitent des banques alimentaires, c’est pour dire que leurs tablettes sont vides ou leur clientèle augmente, jamais pour traiter de l’injustice que représente cette façon de procéder comme société, et comme gouvernement. Lire la suite

Si tu crois que les temps sont durs…

S’attendre à l’équité salariale alors que le Nouveau-Brunswick fait face à des temps durs, est-ce raisonnable ? Nous qui revendiquons l’équité salariale recevons à l’occasion les expressions indulgentes de gens qui semblent penser, « Ce n’est vraiment pas le moment de demander pour plus. D’accord sur le principe, mais les temps sont durs… »

Si tu crois que les temps sont durs, essaie de vivre avec le salaire moyen des emplois dits de femme. Si tu vis avec une injustice salariale, crois-tu que les temps sont moins durs ?

Les temps ne sont pas durs pour les gros employeurs (les Walmart, Irving, McDonalds, Costco etc) et pourtant ils ont des réductions d’impôts provinciaux*. Des réductions qui ajoutent à la « nécessité » de couper dans les services publics, qui bénéficient justement ceux ayant des faibles salaires. (Ou est-ce que les coupures dans les services sont le but et les réductions d’impôt, le moyen ?) (*Businesses reap big property tax savings under new plan, CBC NB, http://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/businesses-reap-big-property-tax-savings-under-new-plan-1.2610390 )

Si les gouvernements provinciaux successifs du Nouveau-Brunswick avaient parlé et joué franc dans le dossier d’équité salariale depuis le début, nous serions bien plus proches de l’équité.

En 1987, en pleine campagne électorale, les chefs des partis politiques (McKenna, Hatfield et Little) ont participé à un débat sur la condition des femmes. Tous ont promis d’instaurer l’équité salariale. L’élu McKenna, qui n’avait pas voulu spécifier si cela comprendrait le secteur privé (où la grande majorité de nous travaillons), a fait adopter une loi en 1989 touchant les employé-e-s des ministères seulement, « une première phase » qui n’en a pas eu d’autre dans le règne McKenna. Selon un sommaire par le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B., cette loi « a permis de réduire l’écart salarial pour 96% (3 960 sur 4 142) des employées dans des emplois traditionnellement féminins. L’augmentation salariale moyenne était de 1,31 $ l’heure, allant de 12 cents à 5,38 $ l’heure. L’application de la loi en 1994 aux employées de la Partie 2 (conseils scolaires) a mené à des augmentations semblables. »

Le gouvernement Lord qui a succédé a mis sur pied un plan sur cinq ans (2005-10) qui encourageait et aidait les employeurs du secteur privé à instaurer l’équité salariale. Après cette période, une évaluation indépendante devait jauger quel progrès avait été atteint, et si le progrès n’était pas important, le gouvernement devait adopter une loi. L’initiative a été lancée mais les rapports d’étape ont cessé après trois ans et aucune évaluation indépendante n’a été faite après les cinq ans écoulés.

Une loi adoptée par le prochain gouvernement (libéral) ne touche que la fonction publique. Et l’application d’une soi-disant « méthodologie » pour mesurer l’iniquité dans certains postes a « bénéficié » d’un manque de rigueur (pour vous convaincre de mes dires, lisez si ce n’est que le sommaire de ce « Commentaires sur les résultats du programme d’équité salariale du gouvernement du Nouveau-Brunswick dans les secteurs non légiférés », de la Coalition pour l’équité salariale au N.-B., http://www.equite-equity.com/userfiles/file/Brief_2012_pay_equity_3groups_FRE%281%29.pdf ).

Récemment, lors de son congrès des politiques, le Parti libéral du Nouveau-Brunswick a adopté une résolution, qui paraîtra ou non dans la plateforme du parti pour l’élection de cet automne, voulant qu’un gouvernement libéral exige « que les entreprises qui souhaitent faire des affaires avec le gouvernement aient établi l’équité salariale au sein de leur entreprise ».

Forte de l’expérience des actions et tergiversations des dernières décennies, je prédirais qu’une telle clause tel quel n’aura aucun impact – sauf de nuire à la confiance publique dans le concept d’équité salariale. Si « équité salariale » n’est pas définie et qu’aucune certification est prescrite pour vérifier si elle existe ou non, un mécanisme bidon de certification sera créé et même les chameaux passeront dans le chas de l’aiguille…

Juchés sur les épaules d’un géant

« Si un individu laissé à lui-même sur une île déserte est incapable de produire un bien donné, alors il ne mérite pas entièrement les bénéfices qu’il peut en retirer sur le marché. »
C’est une citation d’un livre récemment lu qui était de ceux qu’en lisant, on regrette ne pas l’avoir lu plus tôt, et qu’aussitôt terminé, on veut le faire lire par certaines personnes si pas tout le monde. Dans ce cas, il s’agit du livre « La juste part – Repenser les inégalités, la richesse et la fabrication des grille-pains », de David Robichaud et Patrick Turmel, deux philosophes qui en moins de 100 pages, présentent une analyse de ce qui est juste dans la distribution de la richesse et des impôts dans une société avancée, avec un œil sur les libertés individuelles.
Les philosophes devraient se faire entendre plus souvent sur nos questions d’actualité. Si la politique est trop importante pour la laisser aux politiciens, il est ici démontré que l’économie est trop importante pour n’écouter que les économistes sur le sujet. (Il faut admettre que certains économistes ont des interventions semblables, bien que souvent livrées de façon moins compréhensibles).
« Dès notre naissance, nous baignons dans une tradition culturelle qui dépend notamment d’une adaptation à un environnement physique et sociopolitique et a répondu à des besoins collectifs. Nous profitons aussi des connaissances et du savoir-faire des générations passées. Bref, une multitude d’instruments physiques (comme une lance ou un ordinateur) ou symboliques (comme le langage ou la morale) ont permis de rendre la vie individuelle et sociale plus facile, confortable et efficace, et déterminent le genre de civilisation dans laquelle nous vivons et les possibilités qu’elle nous offre. »
Dans un monde où on est censé croire que la seule action possible des gouvernements est de réduire l’impôt des riches (c’est supposément la seule condition sous laquelle ils continueront de jouer avec nous), et les services à la collectivité, il est bon de se rappeler l’apport de cette collectivité et que « la valeur marchande de tous les biens, services ou idées dans les sociétés modernes avancées a une dimension radicalement collective, et ne peut être entièrement attribuée au mérite, aux talents ou aux efforts d’individus ».
Je me permets plusieurs extraits mais encourage la lecture du bouquin au complet. Ce qu’il faut faire pour comprendre la référence aux grille-pains dans le titre. Lire la suite

Pauvreté – je ne trépigne pas d’impatience

L’an prochain, en théorie, il sera révélé si le Nouveau-Brunswick a rencontré son objectif de réduction de la pauvreté : en 2010, nous nous étions engagés à réduire la pauvreté monétaire de 25 pour cent avant 2015 ! Pis, tant qua faire, la pauvreté monétaire extrême de 50 pour cent, aussi avant 2015.

Disons que je ne trépigne pas d’impatience avant la grande révélation. Surtout quand je lis les comptes rendus des efforts faits pour réaliser une réduction. Une prière à Saint-Antoine de Padoue aurait des meilleurs résultats, il me semble.

Lorsque les partis politiques du Nouveau-Brunswick se sont mis d’accord pour travailler ensemble en vue d’un plan de réduction de la pauvreté, vers 2009, on aurait cru, si on se fiait au bruit médiatique, que c’était un événement significatif en soi. Pourtant, ce n’est pas si rare que les partis soient en collusion : dites-moi pas que vous pouvez distinguer les Libéraux des Conservateurs, lorsque chacun est au pouvoir, sur les dossiers de l’avortement ou de la réforme électorale. Ou, maintenant, de la pauvreté. Agir en collusion leur est utile pour enlever un irritant que ni l’un ni l’autre ne veut confronter pour de vrai.

Dans tous les cas, on a eu notre ‘stratégie’ de réduction de la pauvreté (2010) – une liste d’épicerie pour dire vrai, et non pas une stratégie, qui voudrait dire, tsé, des actions cohérentes suivant une logique séquentielle. Et pour dire que dans certains pays, grâce à des efforts mieux pensés, par exemple, les familles monoparentales ne sont pas archi-pauvres, avoir un salaire veut dire t’es pas pauvre, et les tarifications citoyennes, pour les garderies, les contraventions, les permis de conduire, les repas à l’école, etc, sont différenciées selon la capacité de payer, selon ta carte indiquant ton quintile.  Admettons que ce n’est pas le niveau de discussion qu’il y a eu au Nouveau-Brunswick.

Il y a eu enthousiasme pour la stratégie pas seulement parce que tout le monde, dont la presse, a prétendu qu’un accord entre partis est rare et signifie qu’on est prêt à prendre les grands moyens, mais aussi parce que personne n’en revenait qu’un Irving était assis avec une assistée sociale, un Oland itou, et des entrepreneurs avec des travailleurs pauvres à la même table ! On aurait cru que les lois de la physique avaient été enfreintes, que des aimants qui devraient se repousser tout d’un coup s’attirent.  Ça fait nouvelle ça, au N.-B.  Un Irving qui se demande comment contrer la pauvreté. 

Personne n’a remarqué qu’aucun des comités créés par le gouvernement n’a inclus un regroupement féministe, un groupe de femmes dont le mandat est de mettre de l’avant les intérêts de l’égalité. Ce doit être parce qu’au N.-B., on aime traiter des problèmes séparément – tsé comment on sauve sur les salaires des aidantes en littératie, des enseignantes de maternelles, ou des aides familiales, puis ensuite on étudie pourquoi les femmes gagnent moins que les hommes.

Quelles sont les chances d’un plan de réduction de la pauvreté qui prétend en partant que les causes et les portes de sorties de la pauvreté sont les mêmes pour les hommes et les femmes. On a un taux très élevé de naissances aux adolescentes ainsi qu’un accès très limité aux services de garde, aux avortements, à l’aide juridique en matière civile, à l’équité salariale, etc., et on est censé croire que cela n’affecte pas un sexe plus que l’autre et cela n’a rien à voir avec la pauvreté ? (Aux hommes à énumérer des aspects de la culture qui affectent les hommes en situation de la pauvreté).

Il est permis de douter que nous faisons le nécessaire pour réduire le niveau de pauvreté. Ce qui a été fait au niveau provincial pour appuyer la transition vers l’emploi et l’alphabétisation, pour atteindre un salaire viable et pour mousser les économies locales – tsé, ces interventions qui pourraient avoir un vrai impact – ont été médiocres ou non existantes. Pas beaucoup des 158 projets mis en branle autour de la province par des comités locaux dans le cadre de la Stratégie de réduction de la pauvreté vont aider de façon significative. Un centre de jeunes organise des journées ‘spa’ pour filles de familles pauvres, avec des coiffeuses et esthéticiennes bénévoles ; et pour celles à l’école secondaire, on leur fourni des robes de bal de finissants. C’est là une des « histoires de réussite » mises de l’avant par la Société d’inclusion économique et sociale, la société de la couronne créée pour chapeauter les efforts.

D’autres histoires parmi les 158 projets : quelques jardins communautaires, des programmes d’achat de nourriture en vrac à rabais, de la formation à l’entraide pour personnes ayant vécu des problèmes de santé mentale, d’itinérance ou de dépendance qui sont prêtes à aider d’autres rencontrant ces problèmes, etc. Certains projets ont des chances de changer des vies mais même ceux-là touchent très peu de personnes, dans un petit coin de la province, et dans une langue seulement souvent. Tant d’efforts et de fonds publics pour 158 « projets pilotes ».  Si tu dis le faire pour lutter contre la pauvreté, tu peux faire ce que tu veux, même si ta principale contribution sera de maintenir la pauvreté ou la rendre plus tolérable pour les non pauvres.

Il est vrai que le gouvernement a augmenté les taux de base de l’assistance sociale et du salaire minimum, mais pas assez pour devancer l’inflation et gagner du terrain.  Le nouveau programme de services dentaires et de la vue pour enfants dans les familles à faible revenu est bien, mais cela ne réduit pas le nombre de familles à faible revenu. Le régime promis pour une assurance pour les médicaments sur ordonnance est bienvenu mais n’aura pas un grand impact statistique.

S’il y a un aspect du plan de réduction de la pauvreté qui sera atteint, ce sera probablement d’améliorer l’inclusion économique et sociale. Après toute, s’il y a un pauvre – ou un entrepreneur – qui n’est pas sur un comité de la Stratégie, c’est parce qu’ils n’essaient pas. La Société a un conseil d’administration de 22 personnes (avec un président et 4 co-présidents), trois comités aviseurs avec chacun 12 membres, 12 réseaux d’inclusion avec près de 200 personnes sur leurs conseils, etc…

Entretemps, le taux de pauvreté ne bouge pas, ou s’il bouge ce n’est pas toujours dans la bonne direction.

Des choses à apprécier

Je trouve il semble facilement des situations et des actions qui m’indignent et me portent à écrire. Il m’arrive, plus rarement, d’être impressionnée ou reconnaissante pour une situation ou une action. L’autre jour, en lisant une chronique de Bernard Richard dans l’Acadie Nouvelle, j’ai eu ce sentiment et j’ai pensé à un nombre de personnes et groupes qui méritent d’être appréciés.

Monsieur Richard, ancien politicien, réprimandait son ancien parti et celui qui l’a remplacé au pouvoir pour les mêmes agissements. Voir cette analyse tirée de sa chronique : « Les initiatives annoncées par le gouvernement Graham promettaient aux électeurs que leur vote compterait, que le système fonctionnerait et que leur voix serait entendue. Un peu plus de deux ans plus tard, l’annonce de la vente des actifs d’Énergie NB à Hydro-Québec a éclaté comme une bombe. Les pourparlers menant à l’annonce s’étaient déroulés en secret… Le dossier d’Énergie NB, entre autres, a ouvert la porte toute grande à David Alward et, pour la première fois dans notre histoire, il a défait un gouvernement après un seul mandat. M. Alward avait bien appris sa leçon, promettant de consulter la population et critiquant sévèrement la décision du gouvernement Graham dans le dossier d’Énergie NB. Pourtant, peu de temps après son élection, c’est au tour du gouvernement Alward de s’aventurer dans le secteur énergétique sans informer et sans consulter avant de prendre sa décision, annonçant une stratégie agressive pour le développement du gaz de schiste par fracturation hydraulique. »

Les anciens politiciens qui contribuent de cette façon sont si rares qu’on doit applaudir, et maudire les autres.

De même, deux groupes m’épatent par leur travail et leur longévité.

La Coalition pour l’équité salariale est un regroupement provincial actif depuis 13 ans, arrivant à survivre sans financement gouvernemental depuis quelques années. En fait, la Coalition termine une autre campagne de financement. Sans pouvoir offrir de reçus pour fin des impôts, la Coalition réussi à ramasser 75 000$ à 90 000$ par an.  Chapeau !  Et l’objectif – l’équité salariale ou la comparaison de la valeur d’emplois non identiques – n’est pas facile à expliquer. Leurs tactiques sont toujours amusantes, justes et ou tranchantes. Peu de provinces ont un tel groupe, et aucune n’a de tel groupe ayant autant de visibilité et de respect populaire. On veut leur souhaiter longue vie, mais évidemment il faut plutôt leur souhaiter un succès rapide et l’équité jusqu’à la fin de leurs jours.

Le Front commun pour la justice sociale, qui « milite pour construire au Nouveau-Brunswick une société plus humaine », que ça, impressionne par sa constance et sa visibilité. Ce regroupement de personnes vivant ou ayant vécu dans la pauvreté fait souvent parler de lui et rares sont les journées spéciales ou événements provinciaux reliés à l’économique où les représentants du Front ne sont pas cités. Ils fonctionnent avec peu de fonds et mènent présentement une campagne d’un an pour amasser 30 000$. L’automne dernier, le Front commun a lancé une campagne pour faire de la pauvreté un enjeu électoral lors de la prochaine élection provinciale en septembre 2014. Car, comme ils le rappellent, plus de trois ans après l’adoption d’une loi visant la réduction de la pauvreté, « il y a encore des milliers de citoyennes et de citoyens qui vivent dans la pauvreté… Ce sont principalement les travailleurs à petit salaire qui travaillent, en majorité, au salaire minimum, soit à plein temps ou à temps partiel, dans les secteurs du commerce de détail, de l’hébergement, des services de restauration, et les industries saisonnières… » Ils ont une idée juste de la pauvreté, ses causes et son utilité sociale, et donc, sont actifs dans des dossiers tels que la révision de la Loi sur les accidents de travail, l’Assurance-emploi et les femmes, le budget et les revenus provinciaux. Justice sociale et non charité !

Inégalité habilitante des autres inégalités

On ne sait jamais d’où viendront les idées qui nous poussent à l’action, ou dans mon cas, à la rédaction. Cette fois, je remercie le média paresseux et malhonnête qui a interviewé encore une fois l’employé d’Halifax du Canadian ‘Taxpayers Federation’ comme s’il représentait les intérêts des Néo-brunswickois ordinaires. Entre de tels média, les politiciens qui font payer pour une rencontre avec eux et ceux qui n’ont que faire d’un système politique ravigoté, il n’y a pas grand place dans l’agora pour le citoyen, même moins pour la citoyenne.

On parle beaucoup des inégalités dans les revenus – avec raison puisque au Canada, l’écart économique s’agrandit plus rapidement que la moyenne des pays riches.

Ce qui me préoccupe autant, ce sont les inégalités dans les voix entendues. Les voix qui comptent pour les médias et les politiques, y compris en Acadie et au Canada, sont de moins en moins celles du monde ordinaire. Les représentants de gouvernements font ouvertement fi des priorités des gens ordinaires ou des intérêts d’une société en santé. Ils sont si dispo pour rencontrer le monde des affaires, aller pêcher au Gulch, mais se font si rares pour les regroupements de citoyen-ne-s. Les médias sollicitent peut-être nos commentaires sur leur page Facebook, mais les dossiers qui les intéressent, les événements auxquels ils accourent, les points de vue reflétés dans les questions posées sont souvent autres que ceux des citoyen-ne-s ordinaires.

Bien sûr, s’ils ne s’intéressent pas à nous, nous on s’intéresse de moins en moins à eux, et vice versa. Ce n’est pas ces politiques et leurs amis qui en souffrent. D’autres plus cyniques diront que notre désintéressement est le but des agissements de la classe politique des dernières décennies. Nous pouvons nous désintéresser mais cela ne change rien au fait que la politique et les questions médiatisées décident de matières qui nous touchent : du salaire minimum à la protection à l’environnement, de la qualité – la présence même – des services publics à la création de l’égalité entre les sexes, entre les groupes linguistiques, entre les citoyens.

Sur chacune de ces questions, ce ne sera pas le Canadian ‘Taxpayers Federation’ qui vont défendre vos intérêts. (À moins que vous êtes de ceux qui, par exemple, gagnent le salaire minimum et pensent que votre situation s’améliorera si le gouvernement réduit les impôts. Ce masochisme, sans doute un produit de la même hégémonie politique que ce texte tente de dénoncer, devrait être le sujet d’un billet.) Comme l’a dit Jody Dallaire au sujet de la ‘Federation’ dans une chronique en janvier 2013, «  niveau crédibilité, c’est comme si 1 pour cent de la population décidait de fonder une association nommée ‘Nous sommes les 99 pour cent’ ».

L’excellente organisation canadienne Samara a récemment publié les résultats d’entrevues de citoyens «désabusés», ce 40 pour cent de la population n’ayant pas voté à la dernière élection fédérale. Samara a aussi rencontré des personnes qui participent à la vie politique et conclut que les deux groupes ont nombreux points en commun. Les personnes désabusées ne sont pas indifférentes ou peu informées, mais à la suite de leurs interactions avec le système, elles se sentent étrangères du système politique. Elles ne voient pas pourquoi elles « participeraient à la vie politique alors que le monde politique ne se souciait pas d’eux… » «  Si des raisons concrètes les ont amenés à se désintéresser de la politique, il est possible de les y intéresser de nouveau concrètement. De ce que nous avons entendu, les attentes des participants ne sont pas élevées. Ils souhaitent simplement sentir que les politiciens au pouvoir sont à leur écoute, et que la politique peut leur être utile au quotidien…»