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Télé-soins ou Télé-saints ?

Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 26 juillet 2014.

Le sujet est l’avortement mais le plus important a peu à voir avec l’avortement.

On a appris en juin que le service d’information du ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick, Télé-soins (811), dirige vers N.B. Right to Life tout appel de femme sans médecin qui cherche un avortement.

Il ne la dirige pas vers une clinique sans rendez-vous, ou vers les centres gouvernementaux de santé sexuelle, ou vers le registre que maintient Télé-soins pour personnes sans médecin, ou aux deux hôpitaux de la province qui pratiquent l’avortement. Il la dirige plutôt vers ce groupe d’inspiration religieuse voué à l’idée que tu n’auras pas d’avortement, et qui prendra tous les moyens pour t’en empêcher. Ce serait moins malhonnête et cruel si Télé-soins répondait à ces femmes qu’elles ne peuvent pas avoir d’avortement et donc voici les numéros où communiquer pour donner l’enfant en adoption. Les appels en français à Télé-soins sont également orientés vers le service unilingue anglais de NB Right to Life, sans préavis dans mon expérience. Mais ça, c’est peut-être une chance, pas un passe-droit.

Je suis convaincue que nous n’apprécions pas l’importance de cette politique de tromperie – l’importance du bris de confiance entre citoyen et gouvernement, entre professionnel de la santé et patient. Si un gouvernement peut abuser de son rôle auprès des citoyens afin de promouvoir un point de vue biaisé ou religieux, aux dépens des droits des citoyens, dont le droit de se fier à l’information donnée par son gouvernement, eh ben, la société dégringole vers le bas.

Être … intégriste…, ici on le peut.

Je sais que ce cas n’implique que des femmes qui veulent accès à l’avortement et qu’il est acceptable et facile d’intimider ou de s’en prendre à ces femmes. Le harcèlement public devant les cliniques ou les hôpitaux où elles se rendent pour l’intervention est organisé, systématique et bien toléré.

Ce ne sont que ‘ces femmes’, mais quand même. Télé-soins manque à sa responsabilité. Bonjour, ici Télé-saints. Tu as des rhumatismes? Essaye une prière à Saint-Jacques le Majeur. Tu es anémique et tu contemples une transfusion sanguine ? Voici le numéro des Témoins de Jéhovah.

Et que dire au sujet des « infirmières immatriculées » responsables de ce service qui répondent ainsi aux demandes d’aide? Que dire de leur code d’éthique ? Tu demandes un conseil de santé ? Voici une propagande politique. Tu veux une intervention de santé ? Voici une intervention politico-religieuse.

Un gouvernement ordonne à des professionnels de la santé de tromper volontairement les citoyens.

Il me semblait qu’il fallait remarquer ce passage à un état un degré rapproché à l’intégrisme.

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Ce texte ne traite pas de fluorure

À mon insu, bien des choses se passent. Je viens d’apprendre que la grande majorité des municipalités du Nouveau-Brunswick ont arrêté d’ajouter du fluorure à l’eau. Je n’ai pas d’opinion ou de sentiments forts à ce sujet – j’ai toutes mes dents, le fluorure et la solidarité des années babyboum aidants – mais j’ai un soupçon que ce mouvement de défluoruration est un signe de quelque chose. Le maire de Saint-Jean l’a presque exprimé lorsqu’il a expliqué son vote prépondérant contre la dépense annuel de 177 000 $ pour le fluorure : Il a « raisonné » que les soins de santé ne sont pas une responsabilité municipale et que les fonds de la ville devraient plutôt servir aux services récréatifs et les routes. Une conseillère qui a voté pour le maintien de la fluoruration a dit qu’elle sentait une responsabilité holistique. Vieille mode, celle-là.
Les municipalités sont les cousins pauvres des gouvernements et je leur suis solidaire et sympathique. Et il se peut que ce désistement soit un jeu de rapport de force qui espère amener la province à verser des fonds pour la fluoruration de l’eau. Ce serait là une des meilleures raisons suggérées durant le « débat » qui a précédé l’arrêt de la pratique, voilà le niveau du débat ! Je dois noter que la fluoruration comme complot communiste n’a pas été soulevé, à ma connaissance. Mais je trouve intéressant qu’on sacrifie le citoyen avant d’engager des pourparlers avec les niveaux de gouvernements qui recommandent la fluoruration (Santé Canada) et celui responsable pour la santé (Santé NB).
Ah, les gouvernements qu’on a. Ché pas pour toi, mais moi j’mérite mieux.