Marqué : Conseil consultatif sur la condition de la femme

Du travail à refaire – Journée des femmes

Dresse une liste des domaines où la vie des femmes du Nouveau-Brunswick s’est améliorée dans les dernières décennies, et elle sera longue et impressionnante – nous avons davantage d’autonomie, de droits et, la plupart du temps, de respect.

Ensuite dresse la liste des domaines où l’égalité n’est pas atteinte – celle-là également sera longue … et assez semblable à la première liste. Le travail n’est pas achevé en partie parce que le travail n’est pas bien fait :

Des services de garde inabordables valent autant qu’un pont défoncé lorsqu’il est question de se rendre au travail.

Nous savons recueillir les plaintes d’agression sexuelle, mais nous ne semblons pas savoir quoi faire de ces plaintes.

Nous nous empressons comme pas un autour des femmes victimes de violence, mais faisons peu pour prévenir la violence avant qu’elle ne se produise. Ça semble pervers ça, à la longue.

Lorsque nous les femmes avons dit qu’on voulait un emploi, on n’avait pas d’idée que tant d’emplois payaient en pauvreté.

Mon corps, j’en suis capitaine et maîtresse – c’est pas compliqué mais on est dur de comprenure.

Aussitôt une élection lancée, les partis politiques principaux s’époumonent à dire ‘on souhaite vraiment avoir un plus grand nombre de candidates, … oui, vraiment.’ Pis après chaque élection, les mêmes résultats : peu de diversité. Les incantations n’auraient pas d’effet ?

On se rappelle toutes la première fois qu’on nous menace d’égalité : « Tu veux l’égalité ? On va t’la baillé… » Voici une récente fois : Après de nombreuses années de pression par les femmes, le gouvernement provincial a évalué certains postes à prédominance féminine pour vérifier l’équité salariale. Un tel exercice est d’habitude encadré par une loi et effectué par un organisme indépendant ayant une expertise. Ici, une méthode « élaborée au Nouveau-Brunswick » a donné des résultats étonnants. Le salaire de la plupart des postes à prédominance féminine examinés serait excessif, dont celui des administrateurs dans les services de garde et les travailleuses de soutien et d’approche dans les maisons de transition. Ces postes seraient trop payés alors que leurs salaires sont plus faibles ici que dans d’autres provinces où le coût de la vie est sensiblement le même ? Puis on apprend que la méthode employée par le gouvernement était une « adaptation » des méthodes acceptées d’évaluation des emplois et que chacune des adaptations avait comme effet de réduire la chance qu’un ajustement salarial soit dû.

Comme par hasard.

Un autre exemple du genre, « bon, on va le faire, mais tu ne vas pas aimer » :

Voilà cinq ans ce mois-ci que les Conservateurs de David Alward ont aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme et sa loi – et cela six mois après avoir été élu avec une promesse dans leur programme de travailler en collaboration avec le CCCF (je souris lorsque je me rappelle mon emballement naïf lorsque j’avais lu ça). Suite aux protestations que l’abolition a soulevées, les Conservateurs, rendu proche aux prochaines élections, ont voulu corrigé leur gaffe en créant un comité, Voix, pour aviser sur les questions féminines. Sans loi ou Ordre-en-conseil ou cahier de charge. C’était du classique « il faut faire quelque chose, ceci est quelque chose ».

Les gouvernements savent comment créer une agence indépendante, et ils savent que ce qu’ils ont fait ici ne répond pas à ces critères.

J’étais la directrice générale du Conseil pendant ses dix dernières années, et employée du Conseil pendant près de 20 ans avant ça. Je me souviens de confrontations avec des représentants de gouvernement qui s’opposaient à une position ou un projet du Conseil consultatif, parce que c’était pour eux malcommode, problématique politiquement, ou simplement féministe. Le Conseil a pu continuer sur son chemin lorsque nous avons su répondre, « Ma foi, nous ne faisons qu’essayer de s’acquitter du mandat prescrit par notre loi, parce que nous aurons des ennuis si nous acceptons des fonds publics sans faire le travail. »

Essaye de dire ça sans rien en main. Ce serait semblable à se retrouver dans un pays étranger sans pièce d’identification.

Puis est venu le gouvernement Gallant avec une promesse de donner une vraie indépendance à ce comité.

Vu l’attitude démontrée par ce gouvernement à l’égard de ses agences indépendantes ces derniers temps, il vaut peut-être mieux ne pas attirer d’attention sur Voix des femmes. Être ignorée serait bien s’en sortir, il peut sembler.

Mais voilà plus de deux ans que Voix a été créé et je blâme le manque de statut et de pouvoir accordé au comité pour le fait que Voix n’a pas lancé ses activités. Pourtant il y a tant de dossiers à traiter. Je peux vous en faire une liste. Elle est longue.

Une dernière question. Le gouvernement provincial a récemment annoncé qu’une analyse inclusive selon le genre fera partie du processus de décision du gouvernement. Chaque option qui sera examinée sera analysé pour son impact potentiel sur l’égalité entre les genres. Sauf que les documents ne seront pas rendus publics, puisque, nous dit-on, ils sont des conseils au Cabinet, donc secret. C’est là une façon de faire, mais ce n’est pas la façon transparente et crédible. Ils auraient dû demandé ces analyses d’une entité indépendante, mais même si elles sont réalisées au sein du gouvernement, les études pourraient être publiques sauf les conseils au Cabinet qui se basent sur ces études. Autrement, nous devons présumer que rien n’a changé, surtout vu l’absence d’effet visible de ces analyses, et vu que le gouvernement n’a pas dit qu’il adoptera que les options qui ont un effet positif ou neutre sur l’égalité. On peut présumer qu’une case à cocher a été ajoutée aux documents soumis au Cabinet – Analyse inclusive complétée ? – mais il est sage de demander de voir ces documents et de connaître le processus suivi. Ce n’est pas du cynisme, c’est de l’expérience.

 

 

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Si l’Acadie était féministe

Un sommaire du discours prononcé à l’Université de Moncton campus de Shippagan, le 20 mars 2015.

Je veux premièrement reconnaître que cette activité a lieu sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui n’ont pas cédé ce territoire à la Couronne.

Un projet féministe de société est ambitieux, parce qu’il ne s’arrête pas à se comparer aux hommes, ce qui ne serait pas très ambitieux – et je ne me moque pas des hommes – c’est plus vaste que ça. Une société féministe cherche à éliminer toutes formes de dominations et d’inégalités – entre hommes et femmes, entre les femmes, entre les peuples.

Dans une société inspirée du féminisme, il faudrait par exemple une refonte du système économique et politique afin que l’État soutienne les mouvements sociaux qui luttent contre les inégalités.

Si l’Acadie avait été féministe, du débutEh ben, pour l’être, féministe, il aurait fallu que l’Acadie soit très différente de son temps. Pour commencer, aurait fallu qu’elle ne soit pas sous l’emprise de l’Église, ou que l’Église ait été féministe. Parce que le rôle de la femme était limité, pas seulement par les coutumes et les lois, mais il était fixé par les enseignements de l’église.

Il y a quelques années, Josette Brun, historienne et professeure à Université Laval, a publié une étude Vie et mort du couple en Nouvelle-France. Elle a examiné les rôles joués par les hommes et les femmes au sein du couple et ce qui arrive aux veufs et veuves, de 1710 à 1744, à Louisbourg, Port-Royal (et au Québec). Pour un échantillon de 25 couples de Louisbourg, elle a analysé les archives notariées, la correspondance religieuse et administrative, les recensements.

Elle a trouvé qu’une fois mariées, les femmes, n’importe leur rang social ou l’occupation du mari, sont rarement associées à la paperasse signée devant notaire, … sauf lorsqu’il s’agit de signer pour une dette. Lorsqu’il s’agit de la vie professionnelle du mari, presque rien. Presque pas d’hommes à Louisbourg n’ont donné une procuration à leur femme pour les remplacer devant le notaire. L’homme dirige le couple et la famille. Les femmes sont confinées à la vie privée. Il y a des cas exceptionnels, mais la grande majorité des femmes de cette Acadie sont tenues à l’écart des affaires conjugales. Les veuves sont plus affligées que les hommes par «l’image négative associée à la vieillesse». Celles de plus de 40 ans ont plus de difficultés à se remarier et l’église n’encourage pas ces veuves qui dépassent la quarantaine à se remarier – le but du mariage étant de faire des enfants – elles devraient consacrer le reste de leur vie aux bonnes oeuvres. Aussitôt veuve, l’Église leur enlève le droit de succession au « banc d’église ».

Un âge d’or de la condition féminine en Acadie ? Oublie ça. Ni le contexte colonial ou l’avantage démographique n’ont entrainé une redéfinition des rôles…

Je ne connais rien non plus, au 18e siècle ou au jour d’aujourd’hui, qui me laisse croire que l’Acadie a été féministe.

Bien sûr, il y a eu des femmes fortes, féministes, qui ont agi et réagi au nom de l’égalité ou la dignité – l’idée de féminisme n’est pas né hier, ou dans les années 60.

Mais Acadie féministe ? Non :

Les acadiennes n’ont pas eu droit à l’éducation avant les autres femmes, ni même en même temps que les Acadiens. Les sœurs qui ont voulu organiser des collèges pour filles ont rencontré de l’opposition, de leur archevêque et d’ailleurs, à l’occasion.

Lorsque les femmes du Nouveau-Brunswick pétitionnaient et manifestaient pour le droit de vote – sur une période de 50 ans elles l’ont fait -, les Acadiennes n’y étaient presque pas. À part les lettres de Marichette dans l’Évangéline, les Acadiennes étaient absentes du débat des suffragettes.

Sept ans après l’obtention du droit de vote par les femmes du Nouveau-Brunswick, le journal l’Évangéline publie un éditorial en première page : « L’immense majorité des Acadiens verrait sans objection le rappel de la loi qui donne le droit de vote aux femmes. » Treize ans après l’obtention du droit de vote, le journal Le Fermier acadien publie un article demandant aux bonnes Acadiennes de rester au foyer, de ne pas sortir voter…

La « patente » acadienne n’a pas inclus de femmes, n’a pas travaillé pour l’égalité. Nos Chevaliers de Colomb ne sont pas plus féministes, inclusifs, qu’ailleurs.

Nos curriculums scolaires n’ont pas parlé des femmes plus que les autres ; nous n’avons pas un meilleur taux de femmes dans les domaines non traditionnels, au contraire. Notre Université de Moncton a peu de femmes dans les postes de décision, n’offre pas de programme en études féministes, ses instituts et ses professeurs publient très peu des données ou d’études sur des questions d’égalité ou qui font mention de la variable sexe.

Nos municipalités francophones ont moins de mairesses et de conseillères que les autres, n’ont pas plus de politiques familiales ou d’analyse inclusive.

Les Acadiennes élues au provincial sont rares, et l’élection des premières n’a pas lancer une tendance, loin de là.

L’Assemblée législative compte 8 femmes sur 49 députés, soit 16 % de représentation féminine. La moyenne mondiale toutes chambres confondues est de 22 %. Les États arabes (18 %) font meilleure figure que le Nouveau-Brunswick. En 2006, lorsque Liane Roy, alors consultante, a publié une chronique, Pourquoi si peu d’acadiennes en politique?, elle a suggéré qu’on doit regarder l’éducation des enfants et le statut accordé aux femmes. Elle a aussi dit que très peu d’Acadiennes se sentent interpellés par la politique, qu’elles ne sont pas certaines qu’elles seraient entendues et pourraient faire une différence.

Nos médias ne font certainement pas plus de place aux femmes et aux questions féministes que d’autres médias. Aucune femme n’a occupé un poste d’éditorialiste au sein de L’Évangéline, Le Matin, ou l’Acadie Nouvelle.

Marie-Linda Lord s’est penché sur cette question : « Les études sur les femmes en Acadie sont rares. Il n’existe pas de lignée de femmes porte-parole médiatiques en Acadie. » « Véritable archétype des exclus, la Sagouine est une personnification féminine d’une prise de parole acadienne, voire universelle, qui n’était rien de moins qu’un geste d’affirmation qui a réussi à se faire remarquer. Près de 40 ans plus tard, la Sagouine émerveille toujours, et le succès de cette prise de parole par une femme, même fictive, reste inégalé dans la réalité médiatique acadienne. » * http://www.umoncton.ca/umcm-crea/files/umcm-crea/wf/wf/pdf/ournalisme_en_Acadie__un_enjeu_d__mocratique.pdf

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick a conclu, dans son Analyse de la représentation des femmes dans l’actualité de la presse écrite provinciale francophone Nouveau-Brunswick, publié en 2011 :

Les femmes sont sous-représentées dans presque tous les sujets d’actualité même dans ceux où elles sont en réalité fortement présentes – santé, éducation, communautaire, arts. Dans les 494 reportages de l’actualité de L’Acadie Nouvelle examinés, les femmes étaient 25% des intervenants. Dans les 185 articles traitant d’enjeux relatifs au gouvernement ou la politique, elles étaient 18% des intervenants. L’examen du cahier provincial de L’Étoile a donné des résultats semblables.

Le Regroupement a conclu que la contribution des femmes dans la société n’est pas reflétée justement et les médias participent à cet état de chose. Le groupe a donc produit une liste d’intervenantes prêtes à prendre la parole et l’a diffusée, offert des ateliers pour aider les femmes à se préparer aux entrevues avec les médias et co-organisé un colloque sur la place de la femme dans les médias, avec l’Association acadienne des journalistes. * https://www.youtube.com/watch?v=k4Pr_h96XUI

Ce mois-ci, le journal l’Étoile a publié un long article* sur ce travail du Regroupement féministe, en anticipation de la publication prochaine par le groupe d’une deuxième analyse de la place des femmes dans les médias acadiens. (* Comment augmenter la visibilité des femmes dans les médias acadiens?, 9 mars 2015, L’Étoile.)

Dans l’article, le président de l’Association acadienne des journalistes (AAJ) confie que le genre n’est pas un facteur considéré par les membres de son association lorsqu’ils cherchent des intervenants : « Une des cibles (du Regroupement) était de travailler avec les journalistes pour qu’ils incluent plus de femmes comme sources dans le contenu médiatique. On a essayé de leur expliquer notre réalité, parce que lorsque nous travaillons sur un sujet, on va chercher l’intervenante ou l’intervenant le plus habilité à nous répondre, la personne qui a l’information … On a dit au Regroupement féministe que c’est important de sensibiliser les organisations afin qu’elles donnent plus de place aux femmes, et de sensibiliser les femmes afin qu’elles prennent plus de place ». Lire la suite

Le premier ministre de l’égalité des femmes

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle le 20 novembre 2014.

Le premier ministre Brian Gallant est ministre responsable de l’égalité des femmes. C’est un retour à la pratique originale au Nouveau-Brunswick de donner la responsabilité de ce dossier au premier ministre.

Lorsque cette nouvelle fut annoncée, quelqu’une a gazouillé, « Un homme ?!? » Ma réaction a été, « Je préfère que le ministre responsable de cette question soit le premier ministre – et j’aimerais bien également que le premier ministre soit une femme ». Le dossier de l’Égalité des femmes gagne en importance du fait qu’il repose au bureau du Premier ministre. Cette attribution est également justifiée du fait que l’instauration de l’égalité requiert une approche transversale en raison du nombre de domaines concernés.
Le premier ministre a dit que son choix d’avoir cette responsabilité démontre que la question de l’égalité des femmes sera au premier plan de ce gouvernement.

La première question dont il doit traiter, puisque qu’il avait dit qu’il en traiterait « rapidement » s’il était élu, est d’identifier les obstacles à l’accès au service d’avortement et de les abolir. La fenêtre de « rapidement » se ferme. Heureusement, la solution est simple. Il n’a qu’à abolir les critères politiques pour cette intervention médicale et qu’il assure que l’avortement, comme toute intervention médicale, soit accessible du fournisseur le plus approprié dans le cadre le plus approprié.

Ce qui va prendre plus de temps sont les questions connexes. Toutes ces questions reliées à la santé de la reproduction que le Nouveau-Brunswick néglige, et paie cher, tels les taux élevés de mères adolescentes, les services de sage-femme et les services de santé sexuelle. Si la santé de la reproduction comprend aussi la possibilité d’avoir le nombre d’enfants qu’on souhaite, je suis d’avis que des services abordables et de qualité pour la garde des enfants est une question qui relève de la santé de la reproduction, mais je reconnais que l’argument plus convaincant pour ce genre de service est leur effet de stimulant économique.

Le premier ministre devra également régler le cas de l’agence invisible « Voix des femmes », créée in extremis par le gouvernement précédent pour faire oublier son abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme. ‘Voix’ ne s’est prononcé sur aucun dossier, bien que les neuf mois depuis la nomination de ses membres ont été débordants de dossiers de première importance aux femmes du Nouveau-Brunswick. Monsieur Gallant préférera peut-être une option autre que ‘Voix’ – il est certainement raisonnable de douter de l’autonomie de ‘Voix’ et de son habilité à s’occuper des questions d’importance aux femmes.
Le premier ministre devra également corriger les failles flagrantes de la méthode utilisée depuis sept ans pour le calcul des ajustements relatifs à l’équité salariale. Faites-le correctement ou ne le faites pas du tout. Lire la suite

La gestion des causes incommodes*

Si tu es un gouvernement conservateur avec un petit c, comme l’est celui du Nouveau-Brunswick depuis des lunes, plutôt qu’abolir un conseil indépendant sur une cause ‘incommode’ – disons par exemple la condition de la femme – il vaut mieux l’abolir puis en recréer un qui n’en est pas un, mais qui est là pour être paradé au besoin, par exemple quand il y a une élection.

Et même encore mieux que ça ? Ce serait que les médias reprennent et répètent ce que dit le gouvernement – qu’il a ‘remis les choses en place’.

L’éditorial de l’Acadie Nouvelle du 24 juin 2014 disait au sujet de l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick en 2011 par le gouvernement provincial : « À peine deux ans plus tard, le gouvernement Alward annonçait qu’il financerait un nouvel organisme, Les voix des femmes du Nouveau-Brunswick. Ses preuves restent encore à faire, mais sa simple existence reste une belle victoire pour toutes les Néo-Brunswickoises… » et «En l’espace d’un mandat, le gouvernement a plié. »

Et si le gouvernement n’avait pas plié, mais avait plutôt saisi l’occasion des protestations pour finaliser la disparition d’une voix indépendante en installant une entité si encadrée, si circonvenue et si limitée dans ses ressources qu’elle ne peut plus incommoder le gouvernement ?

En tout cas, voici pourquoi je dis qu’il est trop tôt pour dire Brava :

Voix des femmes a été annoncé il y a plus d’un an, et les membres ont été nommées il y a cinq mois. Mais l’agence n’est toujours pas accessible par téléphone, par courriel ou par les médias sociaux, n’a ni employées ou bureau, et ne s’est pas prononcé sur un dossier à ma connaissance. Ni l’avortement, ni les femmes en politique ou les enjeux féministes de l’élection provinciale de cet automne, ni le traitement des femmes prostituées ou les lois sur la prostitution, ni l’équité salariale, ni les femmes autochtones, ni les taux élevés de violence faite aux Néo-brunswickoises, ni la journée internationale des femmes ni la fête des mères. Rien non plus sur son mandat, sa vision, ses ressources et son indépendance.
Le Conseil consultatif était un organisme créé par une loi adoptée par l’Assemblée législative.
Voix des femmes n’a ni loi, ni ordre en conseil, ni mandat connu.
Le Conseil était mandaté par la loi de porter à l’attention du public et du gouvernement les questions d’intérêt aux femmes, de recommander des lois et des politiques, d’assurer la collecte, l’étude et la diffusion d’information, et de favoriser le réseautage entre les organismes féminins.
Nous n’avons qu’un communiqué de presse gouvernemental, mais Voix des femmes doit « promouvoir l’égalité des femmes et des filles et améliorer leur vie ».
Le Conseil consultatif contrôlait près de 600 000 $ par an en fonds et accès à des services.

Selon les communiqués, Voix des femmes a peut-être accès avec des conditions non dévoilées à 200 000$ en argent et en services.

Laissez-moi rêver un instant : Voix des femmes pourrait déclarer qu’il opère sous la Loi créant le Conseil consultatif sur la condition de la femme ou une loi semblable, et attend que le gouvernement – celui-ci ou le prochain – confirme leur nomination en vertu d’une telle Loi. Il pourrait également mettre ses critères pour son indépendance : un mandat clair et connu qui comprend l’autorité de rendre public ses avis, le pouvoir de choisir ses activités, ses priorités et ses recommandations et de décider de la dépense de son budget, et le contrôle de l’embauche et la direction de son personnel. Si elles n’ont pas tout ça, le gouvernement peut cesser de dire que Voix est indépendant.

Les membres de Voix des femmes sont 15 Néo-brunswickoises, représentantes de groupes ou individus, nommées par la ministre. Elles sont d’excellentes nominations. L’organisme serait-il pris dans un piège par le dévouement de ses membres à la cause de l’égalité – un dévouement exploité ? ‘J’ai été si bas tellement longtemps, que cela ressemble à une remontée?’ Sinon, pourquoi le silence alors que les Néo-brunswickoises font si pauvre figure dans tant de domaines, au Canada pour commencer ?

Ces dernières décennies, plusieurs gouvernements provinciaux auraient aboli le Conseil consultatif s’ils avaient pu. Année après année, le Conseil maintenait des positions tannantes pour des gouvernements tannés des positions féministes. Le Conseil maintenait sa position pour l’accès à l’avortement et aux contraceptions, même d’urgence; il insistait que les questions féministes ne se confinent pas au domaine social mais ont affaire aux réformes économiques, fiscales et électorales, et que l’équité salariale était une question de droits humains, non pas des mots à éplucher dans une plateforme électorale.

Sais-tu à quel point un tel Conseil peut être agaçant et menacé dans un système politique comme nous avons ?

C’est pourquoi moi, avant de dire Brava !, j’exige que Voix des femmes fasse quelque chose, n’importe quoi, qui met l’intérêt des femmes au Nouveau-Brunswick en premier.

Le dénouement dépend en partie de David Alward, de la ministre Marie-Claude Blais, des co-présidentes Kim Nash-McKinley et Phylomène Zangio, des membres individuelles Kyla LaPointe, Noëlla Richard, Paulette Sonier Rioux et Stéphanie Beaulieu, et des représentantes du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, du YWCA de Moncton, du Urban Core Support Network, du Sussex Committee for the Prevention of Family Violence, du Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Fredericton, du UNB Women’s Studies, de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, et de l’Association des CBDC du Nouveau-Brunswick.

En fait, le dénouement dépend de l’ensemble des femmes du Nouveau-Brunswick.

Mieux un vide qu’une fiction.

*Ce texte a été d’abord publié dans l’Acadie Nouvelle du 14 juillet 2014.

Les Néo-brunswickoises attendent des nouvelles – Voix des femmes

Le Nouveau-Brunswick a un nouveau conseil aviseur sur les droits des femmes, appelé Voix des femmes. Ceci est peu connu parce qu’il n’y a pas eu de débat officiel ou un événement pour concrétiser sa création et attirer l’attention.

« C’est pour mieux te faire disparaître sans problème, mon enfant »? ou « Sois tranquille, on te sortira du tiroir quand on aura besoin de toi » ??

Peut-être, mais c’est probablement une question de priorité. Le nouveau conseil aviseur est le remplacement par David Alward après 3 ans – le temps d’un mandat tranquille, quoi – du Conseil consultatif sur la condition de la femme. Il avait aboli le CCCF six mois après son élection avec une plateforme électorale qui promettait de travailler en plus étroite collaboration avec le CCCF… (J’étais directrice du CCCF à ce moment, et suis maintenant à la retraite, sans intérêt pécuniaire ou philosophique dans cette affaire, mais je suis d’avis qu’il est évident que le gouvernement avait alors mal fait, que les femmes n’ont pas l’égalité et que les gouvernements ont besoin d’avis… Je demeure intéressée à voir que les questions d’égalité soient traitées).

À mon avis, les 15 femmes nommées par le gouvernement sont potentiellement d’excellentes membres, si la structure et les conditions sont bonnes. Leur nomination, février 2014, a peu attiré d’attention et aucun reportage ou événement n’a présenté au public ses deux coprésidentes, Phylomène Zangio et Kim Nash-McKinley.

À l’opposé des autres organismes indépendants reconnus du gouvernement – tel le Bureau de l’Ombudsman, le Conseil sur la condition des personnes handicapées, et autres – Voix des femmes n’est pas créé par une loi. Aucun document contenant la charge ou le mandat donné par le gouvernement, ce qui accompagne d’ordinaire des fonds, n’a été rendu public.

Deux mois après être nommées, les membres de Voix des femmes apprennent en même temps que le public que la clinique Morgentaler prévoit fermer ses portes en quelques mois. Le premier dossier auquel elles auront à faire face est une des plus anciennes questions féministes, un dossier déterminant et clair pour l’égalité des femmes. On pourrait maudire le moment de ce débat dans la mise en place de Voix des femmes mais, au fond, toute occasion de faire avancer l’égalité doit être célébrée.

Voix des femmes a décidé de ne pas participer dans la réaction et la manifestation organisée par des Néo-brunswickoises à ce sujet, mais éventuellement Voix émet un communiqué revendiquant un meilleur accès public à ce service de santé, un communiqué qui est plutôt ignoré par les médias sauf une brève dans l’Acadie nouvelle. Le surlendemain, la coprésidente interviewée par Radio-Canada Télévision au sujet de l’avortement renie la position prise dans le communiqué : à la question demandant si Voix a une position sur l’accès à l’avortement, elle répond que Voix œuvre pour une société juste, égalitaire et démocratique et doit conseiller le gouvernement, donc il en parlera avec la ministre qui siège à la table de concertation. Il se serait passé quelque chose entre le communiqué et l’interview ? La crise autour de l’accès à l’avortement demeure une excellente chance pour Voix des femmes de se faire connaître et pour contribuer.

Il faut donner la chance à la coureuse mais il faut aussi qu’on sache qu’elle court. La seule raison de recréer un organisme indépendant, Voix, était pour qu’il puisse mettre les intérêts des femmes en évidence. Voix devra démontrer son indépendance dans sa capacité de faire cela. Il doit aussi être transparent quant à son mandat et son fonctionnement. Ce sont aux femmes que les membres de Voix doivent l’honneur d’être en place et ce sont à elles qu’il doit parler.

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Communiqué du gouvernement annonçant la nomination des membres, février 2014 : http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/nouvelles/communique.2014.02.0142.html

Reportage sur Voix des femmes, Radio-Canada, Téléjournal Acadie, 18 avril 2014 : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7048840

Communiqué sur l’accès à l’avortement, Acadie Nouvelle, 16 avril, page 6.

Voix des femmes

Fière-toi pas trop vite, dirait Marichette

En réaction aux bons choix faits dans la sélection des membres du nouvel organisme gouvernemental Voix des femmes (un « forum de concertation ») par la province du Nouveau-Brunswick, je suis … hésitante …

L’annonce pourrait être la continuation de la mainmise malveillante d’un gouvernement sur toute indépendance d’une agence sur les questions féministes. Le forum est créé pour remplacer le Conseil consultatif sur la condition de la femme, aboli brusquement au début du mandat du gouvernement Alward (qui avait promis six mois plus tôt dans son programme électoral de travailler avec le CCCF ; j’étais alors directrice générale).

Mais l’annonce pourrait autant être la proclamation d’une correction à cette mauvaise décision d’abolir le Conseil (mais 3 ans plus tard!?), décision qui avait soulevé tant de réaction en 2011 !

Mais il est quand même inquiétant, et bizarre, qu’on sâve (‘sache’ pour les non Acadiennes) si peu sur ce « forum de concertation ». Quinze femmes convoquées par le gouvernement pour un « forum » sur des questions choisies par le gouvernement (pour se « concerter » ?), ce n’est pas un conseil indépendant sur les questions décidées par les femmes. Surtout dans le contexte d’un gouvernement qui prépare des élections où il n’est pas le favori.

Non, non, j’m’dis, c’est bon signe qu’ils ont pris tant de soin pour le choix des membres… Toutes ces bonnes femmes et ces bons groupes qui vont siéger « sur le sein » de Voix des femmes, je leur fais confiance, c’est prometteur …

Mais, mais, j’me réponds, ça serait pas la première fois qu’on remplace quelque chose d’utile par du paraît bien (‘quelque chose de bidon’, pour vous autres). Ni la première fois qu’on ‘a’ du bon monde par l’usure, en appliquant un protocole de bonne entente qui n’est que du tais-toi et fais nous bien paraître.

Dites-moi juste qu’elles vont avoir l’autorité et les moyens de faire à leur idée surtout dans les temps durs, qu’elles auront un devoir incontournable de nous dire cosse qé quoi ; qu’elles n’ont pas été créés pour se réunir avec le gouvernement mais pour aussi et surtout rencontrer les femmes et le public.

J’hésite parce que j’ai ces questions et bien d’autres…