Catégorie : Services publics

Avortement 2016

L’accès au service d’avortement est meilleur au Nouveau-Brunswick que dans la majorité des autres juridictions du Canada.* L’accès au service d’avortement au Nouveau-Brunswick, et ailleurs, est médiocre, et pourrait être bien moins coûteux.

Le Nouveau-Brunswick a 4 points d’accès à l’avortement, donc 1 pour 95 000 femmes. L’Alberta a 2 points d’accès pour une population féminine de plus de 2 millions, un par million de femmes. Au Québec chacun des 14 7 points d’accès dessert 594 000 femmes. La Nouvelle-Écosse, un point d’accès pour 481 000 femmes. Bien sûr tous les points d’accès ne s’équivalent pas. Par exemple, un des 4 points d’accès au N.-B. exige 700$-800$ pour l’intervention, puisqu’il opère hors du système de santé public (et ne publie pas le nombre d’interventions pratiquées, qui me semble irresponsable). Enfin, certains points d’accès ont une capacité limitée ou un horaire d’opération restreint.

Mais le Nouveau-Brunswick, et la plupart du Canada, pratique encore trop exclusivement l’avortement chirurgical. Alors que la majorité des avortements en Europe sont médicamenteux, ici, à peine 3 pour cent (possiblement jusqu’à 15 pour cent en Colombie-Britannique selon une étude) le sont. Des médicaments provoquant un avortement sont disponibles depuis nombre d’années, mais depuis l’été 2015 le Ru486, plus sûr et efficace, est approuvé au Canada (25 ans après la France !). Il faut un médecin pour le prescrire mais le reste se fait chez soi avec une dernière visite au médecin dans les deux semaines suivantes.

Même quand l’avortement est une intervention chirurgicale, nul besoin de le faire dans un hôpital et les arguments pour préférer la clinique sont nombreux.

Mais nous ne sommes pas près de penser à cette question d’avortement de façon raisonnable.

 

* http://www.cbc.ca/news/canada/prince-edward-island/abortion-access-canada-1.3390494?cmp=rss&utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter ; http://www.arcc-cdac.ca/list-abortion-clinics-canada.pdf

Advertisements

On ne peut pas se payer ça

Le Nouveau-Brunswick ne peut pas prendre pour acquis que nous bénéficierons tous pareillement de la relance de l’économie provinciale. Nous savons que certains endroits avec des niveaux de croissance similaires ont des taux d’inégalité et de pauvreté très différents. Il est possible d’avoir une économie en croissance où les salariés ne profitent pas. Les économistes ont des mots pour ça – « l’affaiblissement des liens entre salaire et croissance », « une reprise non génératrice d’emploi », « l’effet de la concentration des avoirs sur l’économie », l’influence des gros capitaux sur l’économie » -, des mots que je ne devrais pas manipuler n’ayant pas les qualifications requises. Mais je sais qu’un gouvernement bien intentionné peut repartir l’économie et n’avoir que des résultats pour certains secteurs de la population. (Et nous serions même plus nombreux à ne pas pouvoir se payer un billet de 300$ pour entendre le discours sur l’État de la province par le premier ministre.) Une croissance généralisée, qui profite à nous tous, ne se produira pas par hasard. Fais-le savoir.

Le Nouveau-Brunswick ne peut non plus se payer des consultations prêt-à-penser. La révision des programmes a été lancée avec une note de quatre pages du ministre et un horaire de quelques rencontres de deux heures sur une période d’un mois. C’est trop peu pour lancer un processus de réflexion ou un changement de cap. Une coalition importante de groupes citoyens a suggéré un processus plus réfléchi – Brian, prends quelques mois additionnels, présente un vrai document de discussion qui présente un portrait de notre situation, nos défis, et des options.

Lorsqu’on nous demande de nommer « trois éléments que le gouvernement pourrait cesser de financer afin d’économiser » et « trois moyens pour trouver des fonds », je vous gage qu’on aura surtout des réactions impulsives, des anecdotes, des choses que les gens répètent depuis toujours – qu’elles s’appliquent au Nouveau-Brunswick, épargnent de l’argent à la longue, fassent plus de mal que de bien, ou non. Quelques suggestions utiles seront soumises, mais loin de ce qui ressortirait d’un vrai processus de participation citoyenne. Ces temps-ci, alors qu’on nous dit depuis une génération qu’il faut niveler vers le bas, si on nous demande des idées, il y en aura plusieurs qui vont dire « Tue la vache de mon voisin parce que moi j’ai pas de vache. »

Une autre chose que le Nouveau-Brunswick ne peut se payer, ce sont des citoyens qui ne disent pas bou, sauf pour marmonner à eux-mêmes. Je ne vais pas répéter la sainte vérité qu’une démocratie n’est viable que si des citoyens informés agissent de concert et demandent des comptes des politiques responsables. Je vais suggérer que tu te poses la question, avant de t’endormir, « Es-tu certain de ne pas être idiot  ? » « Es-tu certain que les autorités ne se moquent pas de toi ? » Ton monde et le monde que tu laisses à tes descendants sont définis par la politique, comment les politiques décident de dépenser les fonds publics et de répondre aux forces qui veulent ton travail, ton argent, ta docilité. Et toi, tu n’as pas envie de te déranger pour faire connaitre ton point de vue à des élus parce qu’ils sont des idiots ? Si c’était vrai, que des élus soient des idiots serait la meilleure raison de s’impliquer. Informes-toi, remets en question ce que tu penses, impliques-toi, exige une participation citoyenne réelle.

Le Nouveau-Brunswick ne peut surtout pas se payer l’austérité – on y vit déjà. D’autres que moi – des lauréats du prix Nobel et le Fonds monétaire international – te diront de quoi il s’agit : l’austérité ralentit la croissance, et l’espoir. Le Nouveau-Brunswick en mode austérité, ce serait mettre le pied sur son tuyau d’oxygène.

Women become adults in New Brunswick

A slightly different version of this text was published by the CBC NB website on November 28, 2014.

New Brunswick women would have had better access to abortion a long time ago if:

  • Canada still had standards that provinces had to respect in order to receive funding for health services;
  • Then-premier Frank McKenna had had the ovaries to protect women’s rights;
  • McKenna had not set the tone for the next 25 years with his, ‘I’m the sheriff here’ response to the Supreme Court of Canada decision on abortion in 1988 and Dr. Henry Morgentaler’s clinic services;
  • The Charter of Rights and Freedoms had a mechanism to put into place access to its theoretical rights;
  • The anti-choice people did not scare the bejesus out of you, me, civil servants, politicians, health professionals and media;
  • New Brunswick politicians had acted as if they knew their role is to ensure respect of citizens’ rights — even those rights and those citizens they do not like;
  • The world was not so obsessed with women’s sexuality and morals;
  • A New Brunswick woman with means had ever not had access to an abortion and gone to court to challenge the political criteria for that medical procedure.

None of those things transpired, so Premier Brian Gallant was the one who will go down as having changed things up – the one to end New Brunswick’s guardianship system over pregnant women and to grant them full adult status in decisions regarding their body.

Yesterday’s announcement by Premier Brian Gallant was welcome, abolishing the McKenna regulations that had recreated the obstacles that had been banned by the Supreme Court.

Brian Gallant should get much credit, but save some of it for those feminist groups, some who worked clandestinely, over several decades.

The closing of the Morgentaler clinic also contributed to creating the necessary conditions, but the times were generally ripe.

In fact, part of the credit for creating the favourable conditions for this announcement should go to the religious opponents who did not evolve with the times, and the Conservatives who hardened into fundamentalists on this issue – both seemed increasingly unreasonable to normal people.
(This reminds me of author Elspeth Tulloch’s comment, in her book on the history of New Brunswick women, about how long it took for our right to vote to be recognized, “The anti-suffragists in New Brunswick were indeed beginning to look ridiculous by the spring of 1917.”) Lire la suite

Who you gonna call when you need an ambulance?

This commentary was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on November 1 2014.

It is mindboggling to me that New Brunswick taxpayers frequently cannot get service in their official language and there’s no outrage by politicians, no shame, no change.

On the other hand, and in the spirit of fairness, I do acknowledge everyone is able to pay their taxes in their language. That is not lost on me.

But call an ambulance or get health services in your language? Don’t count on it.

Of all things, emergency services should be bilingual. In times of panic, who can even remember how to yell for help in another language, let alone describe symptoms?

In New Brunswick, no one should even have to, if they speak one of the official languages.

The owner of a daycare called 911 when a child was having difficulty breathing. The three ambulance attendants who responded were unilingual in a language other than hers and the child’s. The owner relied on her teenage son to act as an interpreter.

A clinic called 911 for an immediate transfer to a hospital of a woman who had gone there. The two ambulance attendants who arrived could not communicate with the patient or her spouse.

A man felt discomfort while at a restaurant and an ambulance was called. None of the three ambulance attendants could speak the language of the patient and his family.

A woman dialled 911 while her brother was having a hypoglycemic attack. The two ambulance workers who arrived were unilingual in the language that the patient does not speak.

A woman received a call in the night from her sister who said she could hardly breathe. She called for an ambulance and raced to her sister’s home. She was prevented from going to her sister’s side. A firefighter was acting as interpreter, since no ambulance attendant could speak the patient’s language. It was noted that the firefighter, not being a real interpreter, was unable to translate certain terms.

A man found his wife on the kitchen floor, called 911 and was soon met by four firemen and two unilingual ambulance attendants who started work on her. An attendant asked him a question, which he did not understand. Asked repeatedly the same unintelligible question with increasing urgency, with precious seconds passing, the husband says “Yes!”. The 56-year old woman is transported to hospital and dies. The husband, in shock, accosts the attendant to ask, “What did you ask me earlier?” Not important now, was the answer. A nurse comes to calm the situation and tells him the question was whether his wife left instructions that she should not be resuscitated. The widower believes she could not have been resuscitated, which the autopsy confirmed, but says New Brunswick is playing with lives.

Just a few incidents of the last five years. The last one is still under investigation but the others have been confirmed.

Does anyone not survive the inadequate communication capacity of Ambulance NB? If you don’t have someone with you when you call an ambulance, who knows? Lire la suite

Will you still need me when I’m 36?

A slightly different version of this commentary was published by the Telegraph Journal on October 18, 2014.

What will four years bring for that nice young man we just elected?

Brian Gallant can succeed, but only to the extent that he breaks with recent traditions of New Brunswick governments. If he does that, he’ll likely increase his chances of being re-elected, thereby breaking the electorate’s new tradition of one-term governments.

He will have to pay as much attention to process as to content. He will have to resist micro-managing and instead respect and use the civil service properly. He will have to retool the civil service so they can once again give evidence-based policy advice, so that there is once again a difference between them and executive assistants – in their advice and in their hiring process.

He will have to resist those who have much wanting more.
He will have to stop demonizing taxes and use them smartly.
He will have to resist wanting to do a grand gesture solely to leave his stamp.
He will have to communicate with us. We have to have the sense that he has heard us, that he is being straight. He will have to tell us stuff, including about errors by him and his, before they become mistakes, and including when public opinion is wrong. We can think these things through. We’re not stupid. We’re just treated that way.

And for sake, he should deliver the State of the Province address to people, not the Chamber of Commerce.

He will have to reinvent “public consultations” – to make us forget the egregious use made of that term by previous governments, which have mainly consisted of anonymous, internet, choreographed or by-invitation-only consultations and ‘summits’. Lire la suite

You don’t have confidence in us

One of the worst things someone in a position of authority can do is to show a lack of confidence in those people for whom they’re responsible. A parent who doesn’t encourage a child, a teacher who has low expectations for students, a boss who doesn’t trust an employee.

And politicians who don’t believe in the citizens they represent.

Our provincial politicians often give the impression they don’t have confidence, in us, in the province, in themselves.

The first time I remember thinking that was that morning when we learnt that Shawn Graham wanted to sell NB Power to another province. Part of the strong citizen reaction was brought on by a feeling of insult. That our government thought we could not manage our own resources and our own institutions, that it was best not to consult us before carving up the province, and that we wouldn’t react when such tricks were played on us.

At times, Premier David Alward certainly has given us the same impression – that we aren’t worth much. You’re concerned about your water source because of fracking? What are you talking about, that has nothing to do with it, says the current government. So citizens produced stickers now seen around the province saying “You don’t have a social licence to frack”.

What about those “public consultations” – the anonymous, internet or by invitation only ones – or those consultations that are hardly ended when a document is published – a document that evidently has been in the hands of translation service for a while – that sets out what had originally been the government’s known or likely stand. Citizens who participated in good faith feel like chumps and say never again.

Why don’t they value what we have, what we already do? Why, given our highly rural and low population province, don’t we encourage more cooperatives, social enterprises, development that is really, actually, community-based. Those are solutions made to succeed here. But rarely do governments speak of – or invest in – cooperatives for example, even though it is known that they are a profitable model for marginalized regions.

What if, instead of giving tax breaks to the Walmarts, Costcos and Irvings of this province, the current government had invested in initiatives by us? But our governments, and the handlers they surround themselves with, want to play with the big boys, to play a part in globalization, to make a big play. And in their mind, we aren’t players. Lire la suite

Vous n’avez pas confiance en nous

* Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 8 août 2014.

Une des pires choses que peut faire quelqu’un qui est en position d’autorité auprès de d’autres personnes, c’est de démontrer un manque de confiance en eux sans raison. Un parent qui n’encourage pas son enfant, un enseignant qui fait comprendre à l’élève qu’elle ne réussira probablement pas, le patron qui ne se fie pas à l’employé.

Et les politiciens qui ne croient pas dans les citoyens qu’ils représentent.

Nos politiciens provinciaux donnent l’impression qu’ils n’ont pas confiance, en nous, dans la province, dans eux-mêmes.

J’ai pensé ça la première fois lorsqu’on a entendu un bon matin que Shawn Graham allait vendre Énergie NB à une autre province. Une part de la forte réaction citoyenne provenait du fait qu’on se sentait insulté. Que notre gouvernement pense qu’on ne peut pas gérer nos propres ressources et nos propres institutions, qu’il n‘a pas à nous consulter avant de dépecer la province, et qu’on ne réagira pas si on nous fait des mauvais tours comme ça.

À l’occasion, le premier ministre David Alward a certainement lui aussi laissé cette impression, qu’on ne valait pas grand-chose. Ta crainte pour ta source d’eau face à la fracturation pour le gaz de schiste? De quoi tu parles, ça n’a rien à voir, répond le gouvernement Alward. Comme les citoyens s’opposant au gaz de schiste le disent sur les collants qu’on voit dans la province, « Tu n’as pas de permis social pour le fracking ».

Comment réagir devant les consultations publiques bidon ? Par exemple, les consultations anonymes, sur internet, sur invitation – ou les consultations où peu de temps après leur fin, un document est émis – un document évidemment envoyé au service de traduction voilà longtemps – reprenant ce qui était la position connue ou pressentie du gouvernement. Et les citoyens qui avaient participé de bonne foi ont alors honte d’avoir été dupe et ne se mettront jamais à nouveau dans une telle situation d’abus.

Pourquoi personne ne valorise pas ce qu’on a déjà, ce qu’on fait déjà ? Pourquoi, étant donné notre province encore bien rurale et peu peuplée, on n’encourage pas davantage les coopératives, les entreprises sociales, le développement réellement communautaire ? Ce sont des solutions faites pour réussir chez nous. Mais quand avez-vous entendu dire – quand avez-vous vu investir – un gouvernement dans ces modèles pourtant profitables dans des régions marginalisées.

Si au lieu de donner des réductions d’impôt aux Walmart, Costco et Irving de cette province, ce gouvernement avait investi dans des initiatives de chez nous? Mais ces gouvernements et le monde dont ils s’entourent veulent jouer dans la cours des grands, se joindre aux acteurs de la mondialisation, faire un gros coup. Et nous autres, dans leur esprit, on n’est pas des joueurs.

La vente de nos meilleures terres de bleuet sous le nez de nos producteurs a été un autre affront. Comme le chroniqueur, ancien politicien et ancien Ombudsman Bernard Richard a écrit dans l’Acadie Nouvelle : « …le gouvernement actuel semble croire absolument que notre salut ne peut être assuré que par les bons géants… Ça passe surtout par le transfert des ressources publiques au secteur privé, un régime fiscal qui favorise les mieux nantis, une réglementation qui leur laisse le champ libre et une réduction importante des dépenses publiques. La nouvelle stratégie forestière, le don des meilleures terres à bleuets à Oxford et le régime favorisant l’exploration et l’éventuelle exploitation du gaz de schiste en sont les parfaites manifestations. »

Le gouvernement actuel n’a certainement pas inventé le recours aux consultants extérieurs et aux grosses compagnies pour des idées. Ils n’ont fait que continuer ce gaspillage, cette insulte. Ils accordent leur confiance aux consultants, aux grosses compagnies, aux personnes qui gravitent autour d’eux et que du mépris pour les citoyens, les fonctionnaires et les travaillants. Et voilà une des raisons pourquoi nous continuons d’avoir certains des problèmes que nous avons.

Non pas que les citoyens ont toujours raison. Ce qu’il faut faire alors est de rendre accessibles plus de renseignements, créer des arènes de discussion, faire de vrais débats. On peut penser à ces choses. On n’est pas stupide. On est juste traité comme tel.

Pourquoi vous n’avez pas confiance en nous ? Pourquoi nous ne sommes que des figurants dans les dossiers gouvernementaux ? Si on est si nono, pourquoi vous voulez diriger cette province?

Tele-care or Dial-a-prayer?

A slightly modified version of this text was published by the N.B. Telegraph-Journal on July 28, 2014.

The subject is abortion but the most important thing has little to do with abortion.

New Brunswickers learned in June that the popular information service of the provincial Department of Health, Tele-care (811), has a policy to direct to NB Right to Life anyone who doesn’t have a family doctor and is seeking an abortion.

Call me naïve, but I thought the Dracula effect – shedding light on evil – would end it. But they are still doing that, I had occasion to call them recently.

Tele-care does not direct these women to walk-in clinics, nor to the government’s own sexual health centers, nor to the registry for persons without a family doctor that Tele-care maintains for the government, nor to the two hospitals which perform some abortions. Tele-care directs them instead to that faith-inspired organisation dedicated to the idea that you will not have an abortion, and ready to tell you whatever it takes to stop you. It would be less dishonest if Tele-Care simply told those women that they cannot have an abortion and so, here is the number to contact to give up your baby for adoption.

I don’t think we appreciate the importance of this policy of deceit – the breach of trust between citizen and government, and between health professional and patient. If a government can set aside its sacred duty to serve all objectively, in order to advance a biased view, showing contempt for rights, especially our right to be able to depend on government information, well sir, then this is a race to the bottom: Be … fundamentalist … in this place.

Is this a cost-saving measure? If you give garbage information when someone asks you a question, they won’t come back. Is it righteousness gone wrong? Is it bullying? It is for a fact disrespectful, discriminatory and irresponsible.

I know this case involves only women who are looking for an abortion, and that it is acceptable and easy to bully or put down these particular women. The public harassment in front of clinics and hospitals (and in hospitals) where they go for the service is organized, systematic and well tolerated here.

It’s only these women, but still. Tele-care is failing in its responsibility. Hello, Dial-a-prayer. You have rheumatism? Try a few prayers to Saint James, or here’s the number of a faith healer. You’re anemic and may need a transfusion? Here’s the number for Jehovah’s Witnesses.

Should battered women expect to be told they need to be in contact with men’s rights organizations to see their point of view? You’re calling to report you didn’t get service in French? Here’s the number for the Anglo Society – work it out.

And what about those “registered nurses” responsible for Tele-care who answer patients’ requests for help. What about that code of ethics? What does the profession have to say about having to read a political script? You have a health question? Here’s political propaganda. You want a health procedure? Here’s a number for a political-religious procedure.

A government ordering health professionals to wilfully mislead citizens …
Just thought we should note our passage to a state one degree closer to fundamentalist rule.

Télé-soins ou Télé-saints ?

Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 26 juillet 2014.

Le sujet est l’avortement mais le plus important a peu à voir avec l’avortement.

On a appris en juin que le service d’information du ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick, Télé-soins (811), dirige vers N.B. Right to Life tout appel de femme sans médecin qui cherche un avortement.

Il ne la dirige pas vers une clinique sans rendez-vous, ou vers les centres gouvernementaux de santé sexuelle, ou vers le registre que maintient Télé-soins pour personnes sans médecin, ou aux deux hôpitaux de la province qui pratiquent l’avortement. Il la dirige plutôt vers ce groupe d’inspiration religieuse voué à l’idée que tu n’auras pas d’avortement, et qui prendra tous les moyens pour t’en empêcher. Ce serait moins malhonnête et cruel si Télé-soins répondait à ces femmes qu’elles ne peuvent pas avoir d’avortement et donc voici les numéros où communiquer pour donner l’enfant en adoption. Les appels en français à Télé-soins sont également orientés vers le service unilingue anglais de NB Right to Life, sans préavis dans mon expérience. Mais ça, c’est peut-être une chance, pas un passe-droit.

Je suis convaincue que nous n’apprécions pas l’importance de cette politique de tromperie – l’importance du bris de confiance entre citoyen et gouvernement, entre professionnel de la santé et patient. Si un gouvernement peut abuser de son rôle auprès des citoyens afin de promouvoir un point de vue biaisé ou religieux, aux dépens des droits des citoyens, dont le droit de se fier à l’information donnée par son gouvernement, eh ben, la société dégringole vers le bas.

Être … intégriste…, ici on le peut.

Je sais que ce cas n’implique que des femmes qui veulent accès à l’avortement et qu’il est acceptable et facile d’intimider ou de s’en prendre à ces femmes. Le harcèlement public devant les cliniques ou les hôpitaux où elles se rendent pour l’intervention est organisé, systématique et bien toléré.

Ce ne sont que ‘ces femmes’, mais quand même. Télé-soins manque à sa responsabilité. Bonjour, ici Télé-saints. Tu as des rhumatismes? Essaye une prière à Saint-Jacques le Majeur. Tu es anémique et tu contemples une transfusion sanguine ? Voici le numéro des Témoins de Jéhovah.

Et que dire au sujet des « infirmières immatriculées » responsables de ce service qui répondent ainsi aux demandes d’aide? Que dire de leur code d’éthique ? Tu demandes un conseil de santé ? Voici une propagande politique. Tu veux une intervention de santé ? Voici une intervention politico-religieuse.

Un gouvernement ordonne à des professionnels de la santé de tromper volontairement les citoyens.

Il me semblait qu’il fallait remarquer ce passage à un état un degré rapproché à l’intégrisme.

New and invisible

This column first appeared in the New Brunswick Telegraph Journal of July 19, 2014.

If you’re a small-c conservative government of the sort that New Brunswick perpetually has, what could be better than getting rid of an independent agency concerned with something you don’t give a farthing about – say, women’s issues? Getting rid of it and then coming back with a toothless version that you can still point to – such as at election time.

Even better than that would be if the media were to buy into that sleight of hand.

In 2011, Premier David Alward abolished the Advisory Council on the Status of Women, but then, due to the protests, promised a new version of an independent body on women’s issues. Finally, in 2013, the government announced it was creating « Voices of New Brunswick Women Consensus-Building Forum”, and, just over five months ago, appointed its 15 members.

However, to date, this new agency cannot be contacted by phone, email, or social media. It has no office, no staff, and, to my knowledge, has yet to be heard on any issue. Not abortion, not the feminist issues that should be part of the upcoming provincial election, not the treatment of prostitutes or prostitution law, not pay equity, not aboriginal women, not the many cases of violence against women, not International Women’s Day nor Mother’s Day. Neither has it said anything about its mandate, its vision, its resources and its independence.

So, unless this new “agency” does something worthwhile, soon, are we to conclude that government took advantage of a situation and replaced the independent Council with an entity so circumscribed and limited in its resources that it will be incapable of ever bothering government?

Here is why I’m not impressed yet: Lire la suite

Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins NB

Mesdames, je viens de composer le 811 de Télé-soins – service téléphonique gratuit, bilingue et confidentiel du gouvernement du N.-B. « où des infirmières immatriculées…  » – parce que je devais trouver où référer quelqu’une qui veut un avortement mais trouve difficile pour l’instant de faire face à la bureaucratie d’un avortement au N.-B.
Je m’identifie et leur présente la situation.
On me dit de dire à ma femme d’aller à son médecin de famille.
Ouain ben, elle est une de celles-là qui n’en ont pas, de pro-choix au moins.
Oh, laissez-moi lire les nouvelles consignes. Bon, voici les numéros où la référer, Madame : 1-866-980-2273. Ou puisque tu es à Fredericton, 459-5901.
Merci.
Je compose.
NB Right to Life. Hello.
Sorry no one speaks French.
Sûrement…, l’autre numéro…
NB Right to Life. Hello
Sorry no one speaks French.
Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins : si je téléphone avec une question ayant affaire à mon arthrite, vous me donnez le numéro d’un guérisseur religieux ou d’un médecin ?

Une amie vient de me rappeler qu’il y a des centres de santé sexuelle au N.-B. Pourquoi vous ne me référez pas là? Au moins on se serait débarrassé de moi en français.
http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/ministeres/bmhc/maladies_transmissibles/content/centres_de_santesexuelle.html

Si tu crois que les temps sont durs…

S’attendre à l’équité salariale alors que le Nouveau-Brunswick fait face à des temps durs, est-ce raisonnable ? Nous qui revendiquons l’équité salariale recevons à l’occasion les expressions indulgentes de gens qui semblent penser, « Ce n’est vraiment pas le moment de demander pour plus. D’accord sur le principe, mais les temps sont durs… »

Si tu crois que les temps sont durs, essaie de vivre avec le salaire moyen des emplois dits de femme. Si tu vis avec une injustice salariale, crois-tu que les temps sont moins durs ?

Les temps ne sont pas durs pour les gros employeurs (les Walmart, Irving, McDonalds, Costco etc) et pourtant ils ont des réductions d’impôts provinciaux*. Des réductions qui ajoutent à la « nécessité » de couper dans les services publics, qui bénéficient justement ceux ayant des faibles salaires. (Ou est-ce que les coupures dans les services sont le but et les réductions d’impôt, le moyen ?) (*Businesses reap big property tax savings under new plan, CBC NB, http://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/businesses-reap-big-property-tax-savings-under-new-plan-1.2610390 )

Si les gouvernements provinciaux successifs du Nouveau-Brunswick avaient parlé et joué franc dans le dossier d’équité salariale depuis le début, nous serions bien plus proches de l’équité.

En 1987, en pleine campagne électorale, les chefs des partis politiques (McKenna, Hatfield et Little) ont participé à un débat sur la condition des femmes. Tous ont promis d’instaurer l’équité salariale. L’élu McKenna, qui n’avait pas voulu spécifier si cela comprendrait le secteur privé (où la grande majorité de nous travaillons), a fait adopter une loi en 1989 touchant les employé-e-s des ministères seulement, « une première phase » qui n’en a pas eu d’autre dans le règne McKenna. Selon un sommaire par le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B., cette loi « a permis de réduire l’écart salarial pour 96% (3 960 sur 4 142) des employées dans des emplois traditionnellement féminins. L’augmentation salariale moyenne était de 1,31 $ l’heure, allant de 12 cents à 5,38 $ l’heure. L’application de la loi en 1994 aux employées de la Partie 2 (conseils scolaires) a mené à des augmentations semblables. »

Le gouvernement Lord qui a succédé a mis sur pied un plan sur cinq ans (2005-10) qui encourageait et aidait les employeurs du secteur privé à instaurer l’équité salariale. Après cette période, une évaluation indépendante devait jauger quel progrès avait été atteint, et si le progrès n’était pas important, le gouvernement devait adopter une loi. L’initiative a été lancée mais les rapports d’étape ont cessé après trois ans et aucune évaluation indépendante n’a été faite après les cinq ans écoulés.

Une loi adoptée par le prochain gouvernement (libéral) ne touche que la fonction publique. Et l’application d’une soi-disant « méthodologie » pour mesurer l’iniquité dans certains postes a « bénéficié » d’un manque de rigueur (pour vous convaincre de mes dires, lisez si ce n’est que le sommaire de ce « Commentaires sur les résultats du programme d’équité salariale du gouvernement du Nouveau-Brunswick dans les secteurs non légiférés », de la Coalition pour l’équité salariale au N.-B., http://www.equite-equity.com/userfiles/file/Brief_2012_pay_equity_3groups_FRE%281%29.pdf ).

Récemment, lors de son congrès des politiques, le Parti libéral du Nouveau-Brunswick a adopté une résolution, qui paraîtra ou non dans la plateforme du parti pour l’élection de cet automne, voulant qu’un gouvernement libéral exige « que les entreprises qui souhaitent faire des affaires avec le gouvernement aient établi l’équité salariale au sein de leur entreprise ».

Forte de l’expérience des actions et tergiversations des dernières décennies, je prédirais qu’une telle clause tel quel n’aura aucun impact – sauf de nuire à la confiance publique dans le concept d’équité salariale. Si « équité salariale » n’est pas définie et qu’aucune certification est prescrite pour vérifier si elle existe ou non, un mécanisme bidon de certification sera créé et même les chameaux passeront dans le chas de l’aiguille…

Depuis trois ans, Harper majoritaire

Lors de l’élection fédérale du 2 mai 2011, 24 000 000 Canadiens auraient pu voter, 14 800 000 l’ont fait et 5 800 000 de ceux-ci ont voté pour Stephen Harper. Notre système électoral antique et biaisé – et les appels trompeurs ? – aidant, ce 39 pourcent des bulletins de vote étaient suffisants pour que Harper obtienne un gouvernement majoritaire. En fait les 5 800 000 qui ont voté pour Harper ne sont que 24 pourcent du nombre total d’électeurs inscrits (24 000 000).
Tous ces Canadiens qui n’ont pas voté lors de cette dernière élection fédérale, 9 400 000, je mets une partie du blâme sur eux pour le fait qu’on a un gouvernement majoritaire Harper, parce que la majorité de ces désabusés de la politique n’étaient probablement pas des amis de Harper. 9 400 000 adultes qui ont cru que d’autres feraient un meilleur choix qu’eux pour protéger leurs intérêts. On sait que plusieurs des personnes qui ne votent pas sont plus pauvres ou plus jeunes que celles qui votent. Ceux qui votent sont aussi plus religieux et plus conservateurs que ceux qui ne votent pas.
En fait, ce serait le comble de blâmer les individus. Les Canadiens sont dépourvus de choix, désabusés par leur expérience, et certains de nous souffrons d’une forme du syndrome de victime d’abus. Tsé, où suite à nos expériences avec l’autre, on développe « une soumission et ou une apathie qui mine notre estime de soi et amoindrit notre capacité de jugement ». Je pense exagérer seulement un peu.
Ce qui me préoccupe même plus est la possibilité que certains de nous sommes sujets à une forme de syndrome de Stockholm, tsé, où des otages développent une empathie ou prennent la défense de leur ravisseur ou geôlier. Parce qu’il devient apparent que des personnes de la classe moyenne ou pauvre appuient les politiques conservatrices (du parti Conservateur et des autres).
Pourquoi est-ce que des personnes à revenu moyen ou faible appuieraient des politiciens et les partis qui ne veulent que réduire les impôts et démanteler les institutions et les services qui ont créé le niveau de vie canadien dont ces classes ont bénéficié, si ce n’est qu’elles s’identifient aux riches ?
Je cherche à comprendre pourquoi les pauvres votent contre leurs intérêts, pourquoi une certaine partie de la classe moyenne vote à droite. Mes lectures sont à date très insatisfaisantes. Une réflexion que je poursuis, qui me poursuit…
Les essais et les théories sortant des États-Unis sont point très transposables ailleurs, non plus celles de France. Mais un livre lu récemment, titré en français ‘Pourquoi les pauvres votent à droite’, de Thomas Frank (traduction de son livre paru en 2004, ‘What’s the matter with Kansas : How conservatives won the heart of America’), a des idées intéressantes.
Premièrement de la préface par Serge Halimi dans l’édition en français :
« L’insécurité économique déchaînée par le nouveau capitalisme a conduit une partie du prolétariat et des classes moyennes à rechercher la sécurité ailleurs, dans un univers ‘moral’ qui lui, ne bougerait pas trop, voire qui réhabiliterait des comportement anciens, plus familiers… C’est là une vieille recette de la droite : pour ne pas avoir à s’étendre sur la question des intérêts (économiques) – ce qui est sage quand on défend ceux d’une minorité de la population -, il faut se montrer intarissable sur le thème des valeurs, des postures : ordre, autorité, travail, mérite, moralité, famille… »
« Le succès de la droite en terrain populaire ne s’explique pas uniquement par la pugnacité ou par le talent de ses porte-parole. Aux États-Unis, comme en France, elle profita de transformations sociologiques et anthropologiques, en particulier d’un affaiblissement des collectifs ouvriers et militants qui a conduit nombre d’électeurs aux revenus modestes à vivre leur rapport à la politique et à la société; sur un mode plus individualiste, plus calculateur. Le discours du « choix », du « mérite », de la « valeur travail » les a ciblés. Ils veulent choisir (leur école, leur quartier) pour ne pas devoir subir ce qu’il y a de pire ; ils estiment avoir du mérite et n’en être pas récompensés ; ils travaillent dur et gagnent peu, guère plus, estiment-ils, que les chômeurs et les immigrés. Les privilèges des riches leurs semblent tellement inaccessibles qu’ils ne les concernent plus. À leurs yeux, la ligne de fracture économique passe moins entre privilégiés et pauvres, capitalistes et ouvriers, davantage entre salariés et « assistés », Blancs et « minorités’, travailleurs et fraudeurs… »
L’auteur Thomas Frank, parlant de la situation au Kansas et aux États-Unis, vers 2004 :
« Les Démocrates ne s’adressent plus aux perdants du système de libre marché, qui est de plus en plus brutal et plus arrogant chaque jour… La stratégie politique des Démocrates consiste à se contenter de croire que les gens savent exactement où se situent leurs intérêts économiques et qu’ils agiront quasi instinctivement en conséquence… Mais l’erreur fatidique des Démocrates est que les gens ne comprennent généralement pas spontanément la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils ne connaissent pas forcément les choix disponibles pour passer à l’action, les organisations auxquells ils devraient adhérer ni les raisons pour lesquelles ils devraient se battre. Le libéralisme n’est pas une force kharmique qui viendrait faire contrepoids au monde des affaires lorsque ce dernier va trop loin. C’est une création des hommes aussi sujette aux revers et aux défaites que n’importe quelle autre. Prenons notre système de sécurité sociale, notre fiscalité, les règlementations et l’assurance sociale qui sont en permanence visée par la réaction. La sécurité sociale, les services alimentaires et médicaux, comme tout le reste, ne sont pas sortis par magie du sol pour pallier les excès évidents du système de laisser-faire. Non, ce sont les produits de décennies de militantisme, de luttes sanglantes entre grévistes et milices de l’État, de mobilisation, d’information et d’activisme ingrat.
On trouve dans la pratique électorale des travailleurs syndiqués une illustration encore plus claire de l’importance des organisations dans les choix de vote. En 2000, l’électeur blanc moyen de sexe masculin a choisi GW Bush à une majorité confortable. Les électeurs blancs syndiqués ont, de leur côté, voté majoritairement pour Al Gore. On constate le même phénomène quelle que soit la catégorie démographique choisie : femmes, détenteurs d’armes à feu, retraités, etc. Quand ils sont syndiqués, tous penchent à gauche. Et c’est vrai même quand les électeurs syndiqués en question ont peu de contact avec les dirigeants de leurs organisations. Le simple fait d’être syndiqué influe à l’évidence sur la manière dont on considère la politiqu3e et semble vacciner contre la maladie réactionnaire. Dans ce cadre, la question des valeurs n’a guère d’importance alors que l’économie, les soins médicaux et l’enseignement sont les questions fondamentales… »

Juchés sur les épaules d’un géant

« Si un individu laissé à lui-même sur une île déserte est incapable de produire un bien donné, alors il ne mérite pas entièrement les bénéfices qu’il peut en retirer sur le marché. »
C’est une citation d’un livre récemment lu qui était de ceux qu’en lisant, on regrette ne pas l’avoir lu plus tôt, et qu’aussitôt terminé, on veut le faire lire par certaines personnes si pas tout le monde. Dans ce cas, il s’agit du livre « La juste part – Repenser les inégalités, la richesse et la fabrication des grille-pains », de David Robichaud et Patrick Turmel, deux philosophes qui en moins de 100 pages, présentent une analyse de ce qui est juste dans la distribution de la richesse et des impôts dans une société avancée, avec un œil sur les libertés individuelles.
Les philosophes devraient se faire entendre plus souvent sur nos questions d’actualité. Si la politique est trop importante pour la laisser aux politiciens, il est ici démontré que l’économie est trop importante pour n’écouter que les économistes sur le sujet. (Il faut admettre que certains économistes ont des interventions semblables, bien que souvent livrées de façon moins compréhensibles).
« Dès notre naissance, nous baignons dans une tradition culturelle qui dépend notamment d’une adaptation à un environnement physique et sociopolitique et a répondu à des besoins collectifs. Nous profitons aussi des connaissances et du savoir-faire des générations passées. Bref, une multitude d’instruments physiques (comme une lance ou un ordinateur) ou symboliques (comme le langage ou la morale) ont permis de rendre la vie individuelle et sociale plus facile, confortable et efficace, et déterminent le genre de civilisation dans laquelle nous vivons et les possibilités qu’elle nous offre. »
Dans un monde où on est censé croire que la seule action possible des gouvernements est de réduire l’impôt des riches (c’est supposément la seule condition sous laquelle ils continueront de jouer avec nous), et les services à la collectivité, il est bon de se rappeler l’apport de cette collectivité et que « la valeur marchande de tous les biens, services ou idées dans les sociétés modernes avancées a une dimension radicalement collective, et ne peut être entièrement attribuée au mérite, aux talents ou aux efforts d’individus ».
Je me permets plusieurs extraits mais encourage la lecture du bouquin au complet. Ce qu’il faut faire pour comprendre la référence aux grille-pains dans le titre. Lire la suite

Y’a plus que la question Morgentaler

Si on va débattre la question de l’accès à l’avortement au Nouveau-Brunswick, voici des points souvent oubliés que j’aimerais ajouter au mélange :

Plan B – Quand tu sais que, vivant au Nouveau-Brunswick, t’aurais probablement pas d’avortement, il devient plus important encore d’avoir accès à la pilule du lendemain (contraception d’urgence, ‘Plan B’ – même affaire). Elle sert dans les 72 heures après que t’as eu des relations sexuelles non protégées – t’as été agressée, le condom a déchiré, t’as oublié de prendre tes anovulants, t’as utilisé des antibiotiques qui ont nui à l’efficacité de tes anovulants ou t’as omis de te protéger. Santé Canada permet aux pharmacies de vendre ces pilules sur les étagères. Icitte au N.-B., nos pharmaciens se mêlent de la vie privée des femmes autant qu’un politicien… Ils pourraient mettre ces pilules sur leurs étagères et les vendre à 20$ – même une ado pourrait se les payer. Mais la dernière fois que j’ai vérifié, ceux qui la vendent au N.-B. la gardent derrière leur comptoir, donc il faut leur demander, répondre à leurs questions, souvent à la caisse ! (« Est-ce que ton cycle menstruel est régulier ? Quand as-tu eu des rapports sexuels non protégés ? » …) et payer des frais de ‘consultation’ (20$, même si t’as 40 ans, t’en es servi plusieurs fois et n’as point besoin de consulter). Y’a pas de controverse dans la pilule, elle ne fait pas avorter, elle prévient la grossesse – si t’es enceinte, ça ne changera pas ton état. Ce sont des hormones similaires aux contraceptifs oraux, administrées à des doses différentes. (Certains pharmaciens au N.-B. refusent par religiosité aiguë de les vendre, comme certains de nos médecins refusent d’aider une femme non mariée au sujet de la contraception.)

Filles-mères – « La baisse plutôt marquée entre 2002 et 2003 dans la proportion des grossesses s’étant soldées par un avortement était accompagnée d’une hausse de la proportion de grossesses se soldant par une naissance, surtout chez les adolescentes plus jeunes. », selon le Bureau du médecin-hygiéniste en chef au Nouveau Brunswick. (www2.gnb.ca/content/dam/gnb/Departments/h-s/pdf/fr/Publications/Indicateurs_sante1.pdfa baisse)
En 2002, l’hôpital ‘anglaise’ de Moncton a annoncé que les avortements n’y seraient plus pratiqués – manque d’appui par le provincial, intimidation des médecins et de l’hôpital par les anti-choix, etc. Alors qu’en 2002 au N.-B., 36 pour cent des grossesses chez les filles de 17 ans et moins se terminaient en un avortement thérapeutique ; en 2003, seulement 18 pour cent.
Suite à la perte du service à Moncton, le Nouveau-Brunswick a connu la réduction du nombre d’avortements la plus importante au Canada. Cette diminution a touché surtout les adolescentes.
En 2006, au tour de l’hôpital Everett-Chalmers de Fredericton d’abandonner la procédure pour un peu les mêmes raisons. Suite à un effort gargantuesque par les femmes et du Conseil consultatif, le gouvernement provincial a éventuellement organisé un accès à l’avortement – à 2 endroits secrets de la province mais c’est à toi d’apprendre où dans les quelques semaines que tu as suite à avoir appris que tu es enceinte – si tu n’as pas de médecin familial, abandonne avant de commencer. Reste qu’en 2009, le nombre de naissances pour 1 000 filles de 15 à 19 ans était de 21 au N.-B., mais de seulement 14 au niveau canadien. Honte.

Les gynéco – La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada a envoyé une lettre au gouvernement du Nouveau-Brunswick vers 2005 disant qu’il n’est pas nécessaire qu’un avortement soit effectué par un spécialiste dans une salle d’opération d’un hôpital. Ailleurs au monde, dans la plupart des cas, des médecins de famille effectuent des avortements dans des cliniques.

Sans chirurgie – Si j’avais à orienter quelqu’une cherchant un avortement, je l’encouragerais de s’informer si l’avortement « médical » est possible dans son cas. Il s’agit d’obtenir de son médecin, ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour provoquer, chez elle, un avortement non chirurgical. C’est la méthode utilisée pour la majorité des avortements en France, Royaume-Uni, les pays scandinaves. Branchons-nous.
http://www.canadiansforchoice.ca/francais/optionsabortion.htm
http://www.arcc-cdac.ca/fr/postionpapers/18_Diff%E9rentes-m%E9thodes-davortement-aper%E7u.pdf

Avortement et l’opinionite

Si jamais il va y avoir du changement au Nouveau-Brunswick autour de la question de l’accès à l’avortement, ce sera soit parce que Santé Canada a exigé que la province respecte les engagements (aucune chance), ou parce qu’un tribunal a reconnu que les agissements de la province ne sont pas légaux (trouve-moi une femme qui n’a pas pu obtenir un avortement et qui est riche, et ça pourrait marcher), ou parce que les houmes à l’Assemblée législative décident d’agir en adulte (yeah right, pis pendant une année électorale). Non, décidément, l’espèce humaine a le temps d’évoluer au point où les femmes n’ont pas besoin d’aide pour avorter avant que se passent ces autres éventualités.

Disons que je ne mets pas d’espoir dans les pétitions non plus – en tout cas les religieux vont obtenir encore plus de signatures, leur dieu ne leur laisse pas de choix – surtout parce que mon droit à mon corps n’est pas une question d’opinion de signataires.

Non, le changement viendra peut-être si chacune de nous – qu’on soit juste tannée à mort de voir le sujet de l’avortement revenir sur la table, qu’on soit personnellement touchée par la situation ou toutes les variations entre ces états – si chacune disait à toutes les occasions « Je renonce à devoir avoir une opinion sur la vie sexuelle ou morale des femmes. Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte. Le service doit être accessible parce qu’autrement c’est nous qui décidons pour elle. Je sais que je renie la culture religieuse de mes ancêtres et la tendance politique des temps. »

Vous avez appelé une ambulance, Mister?

Vous avez appelé une ambulance ?

Pardon me? Oh you’re the ambulance. Come in. Over here.

Quel est le problème ?

I don’t understand you. He’s over here. Come. Help him.

Merci. Qu’est-ce qui est arrivé ?

Are you talking French? What’s wrong here? I called for an ambulance.

Du calme. Nous allons lui donner les meilleurs soins possibles, mais il nous faut connaître les symptômes. Il a mal où ?

E a what ? What’s happening here? Are you really the ambulance? I’m calling the police…

Hello police. I need help. I called the ambulance and they arrived but they only speak French. What? WHAT? Oh, OK. Dearie, they say I have to take it up with the Supreme Court. You go on ahead. I’ll join you in the hospital. Don’t worry. This won’t take long.

Ce texte ne traite pas de fluorure

À mon insu, bien des choses se passent. Je viens d’apprendre que la grande majorité des municipalités du Nouveau-Brunswick ont arrêté d’ajouter du fluorure à l’eau. Je n’ai pas d’opinion ou de sentiments forts à ce sujet – j’ai toutes mes dents, le fluorure et la solidarité des années babyboum aidants – mais j’ai un soupçon que ce mouvement de défluoruration est un signe de quelque chose. Le maire de Saint-Jean l’a presque exprimé lorsqu’il a expliqué son vote prépondérant contre la dépense annuel de 177 000 $ pour le fluorure : Il a « raisonné » que les soins de santé ne sont pas une responsabilité municipale et que les fonds de la ville devraient plutôt servir aux services récréatifs et les routes. Une conseillère qui a voté pour le maintien de la fluoruration a dit qu’elle sentait une responsabilité holistique. Vieille mode, celle-là.
Les municipalités sont les cousins pauvres des gouvernements et je leur suis solidaire et sympathique. Et il se peut que ce désistement soit un jeu de rapport de force qui espère amener la province à verser des fonds pour la fluoruration de l’eau. Ce serait là une des meilleures raisons suggérées durant le « débat » qui a précédé l’arrêt de la pratique, voilà le niveau du débat ! Je dois noter que la fluoruration comme complot communiste n’a pas été soulevé, à ma connaissance. Mais je trouve intéressant qu’on sacrifie le citoyen avant d’engager des pourparlers avec les niveaux de gouvernements qui recommandent la fluoruration (Santé Canada) et celui responsable pour la santé (Santé NB).
Ah, les gouvernements qu’on a. Ché pas pour toi, mais moi j’mérite mieux.

Une autre chose positive…

L’humeur me passera mais y’a d’autres choses que je veux proclamer que j’apprécie:
Les bibliothèques publiques – Plus d’une mère, surtout celles du type des acadiennes, a béni les saints pour les bibliothèques, ou voué de leur laisser de l’argent, si jamais elle en aurait, parce que ses enfants fréquentaient la bibliothèque publique. Il arrive que la bibliothèque ouvre des horizons que la culture et les pauvres écoles ont de la misère à faire miroiter, ou au moins occupe une jeune pendant des années troubles.
En tout cas, je sais qu’on peut se mettre d’accord que les bibliothécaires sont les meilleures personnes au monde. Point. Elles ont tout le temps possible pour toi, ne veulent que t’encourager dans tes intérêts, ont quelque chose à dire au sujet de tous les livres que tu empruntes et sont les premiers, et premières, nerds. Au Nouveau-Brunswick, elles maintiennent un Service de référence virtuelle où vous posez votre question au personnel des bibliothèques et ils s’engagent à vous répondre dans un délai de deux jours. Amour.
À Fredericton ce mois-ci, la bibliothèque publique du centre-ville se prépare à fermer pour plus de 2 mois pour des réparations. Elle a invité les citoyen-ne-s à emprunter des brassées de livres et de ne les ramener que 2 mois plus tard afin qu’elles n’aient pas à les transborder. Le nombre de personnes qui viennent, fortes de sacs et d’adolescents de somme, vous surprendraient. Bel esprit de communauté.
Comme l’écrivain Jack London, alors déjà célèbre à 30 ans, a écrit à la bibliothécaire qui avait « été la première à me complimenter sur le choix de mes lectures » : « J’étais un petit garçon enthousiaste, affamé, assoiffé – et un jour, à la bibliothèque, j’ai pris un volume de Pizarre au Pérou… En me le rendant, vous m’avez félicité de lire des choses de cette nature… Si vous saviez à quel point vos mots m’ont rendu fier. Je vous dois beaucoup. Vous étiez une déesse pour moi… Aucune femme n’a eu sur moi une aussi grande influence. Je n’étais qu’un gamin. Je ne savais absolument rien de vous. Et pourtant, après toutes ces années, je n’ai jamais rencontré de femme aussi noble que vous. »

Charité de mauvaise conscience

De ces choses qu’on ne peut dire sans être rabat-joie :

Ces activités dans les écoles et universités (et que les médias rapportent sans question) qui encouragent les jeunes à la charité, comme si c’était la solution à quelque chose :

  • Une école de Moncton a invité les élèves à apporter des vieux jeans pour les démunis, dans le cadre d’une promotion de la chaîne Aéropostale qui offrait aux donnants un rabais de 25 pour cent à leur magasin. Ils en ont apporté plus de 1200. « On les encourageait en disant qu’ils allaient redonner à la communauté en plus d’obtenir un rabais de 25 pour cent chez Aéropostale. C’est motivant de donner à la communauté. » Qu’a-t-on appris cette journée-là à l’école ? Qu’on peut monnayer les pauvres? Qu’il y a des chanceux et des quêteux ? Ç’aurait été sitant plus intéressant d’organiser quelque chose qui réveille aux causes de la pauvreté, qui aurait (exemple imparfait) amené les jeunes à questionner le pouvoir d’achat du salaire minimum ou le salaire minimum comme fief des politiciens…
  • Des étudiant-e-s d’une université de la province, examinant la problématique de la pauvreté dans leur cours de criminologie, ont organisé une collecte de mitaines. Tout le campus a contribué. C’est pourtant à l’université qu’on devrait développer l’analyse critique. Les pauvres qui recevront des mitaines, eux, vont probablement avoir l’esprit critique plus développée, les mitaines aidant. Proposons aux étudiant-e-s de se pencher sur ce qu’a dit Roland Barthes au sujet de ces alibis qu’on s’autorise pour « substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice ».
  • Des élèves d’une école sont organisés pour faire une collecte de dinde à la période des fêtes. Eh, même une institution supposément apolitique comme CBC organise des collectes de dinde pour les pauvres. Pourquoi ils n’organisent jamais des sessions de lobbying ou d’action directe, en appui des solutions à la pauvreté. Ce seraient des actions politiques, soit, … autant que la charité annuelle qui rend possible et confortable notre inaction à l’année.

« Quand je donne à manger aux pauvres, on me dit saint ; quand je demande pourquoi les pauvres ont faim, on me dit communiste, » comme l’a dit l’évêque brésilien Hélder Cãmara.