Catégorie : Politique

J’ai mon chèque de petite vieille !

À partir de la semaine prochaine, j’ai mon chèque de petite vieille. Je merveille que le gouvernement nous envoie un chèque simplement parce qu’on est (encore) là. On a yinque à se rendre à 65 ans et on reçoit son chèque de la Sécurité de la vieillesse ! Non mais c’est quelque chose. Faisons-en un droit humain universel.

La seule chose semblable serait l’allocation familiale. L’allocation que nos mères ont reçue jusqu’à nos 16 ans. Oh, les histoires entourant cette allocation en Acadie. Par exemple, on entend encore des histoires du temps qu’il n’y avait pas de système scolaire en français en Acadie. Y’en a qui ont répété la 8e année – parce qu’il n’y avait pas de 9e – pour que la famille continue de recevoir l’allocation familiale, de la vraie argent durant la dépression.

Pour bien des femmes, le chèque de vieille était, après celui de l’allocation familiale, le seul chèque à leur nom qu’elle verrait entrer à la maison de leur vie. Ça se fête.

La tradition dans ma famille est de faire quelque chose que tu te rappelleras avec le premier chèque. Tsé, acheter du homard pour toute ton monde. Les sortir au restaurant galant du coin. C’est ça mon problème. Ché pas quoi faire avec le premier. Beau problème. Merci mon privilège d’être née au Canada.

Le régime fête ses 65 ans cette année. Moi itou.

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Who’s Afraid of Women in the House?

The following commentary was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on March 8, 2017.

A hundred years ago, New Brunswick women couldn’t vote. No, this is not going to be about how women today are lucky and better off, or even thankful.

In 1917, women, who had been agitating for several decades already for the right to vote in New Brunswick, had their hopes up. They thought 1917 would be the year, given their war effort and that women from five other provinces had gained it. When a suffrage bill was proposed, women “flocked in such numbers to the Halls of Legislation that they had the Hall itself and the members went to the gallery”, according to the minutes of the Women’s Enfranchisement Association of the times.

But that bill was defeated like others before it, due to indifference and political gamesmanship. Women’s suffrage was a chip in a play between parties. Some would say a political tradition to this day. But on that day in 1917, in a Legislature corridor, women mobbed – terrorized, according to some – some elected members. The 1917 “fiasco” got the political class to see the writing on the wall and New Brunswick women eventually won the vote in 1919. Though women elsewhere usually obtained the right to run for elected office at the same time as the right to vote, in New Brunswick it was another 15 years before that was granted (the idea of women in the House having caused such jocularity when it was suggested).

New Brunswick cannot claim that it has shown a particular appreciation of women or women’s rights in our history. Not that we are significantly worse than other regions, but we’ve managed to make sure we are no better.

These days, we have had the lowest proportion in Canada of elected female members to the provincial legislature for years, though recently Prince Edward Island took over that category. Not because we improved, but because their rate worsened.  Our Legislature is now 84 percent male. It has been as low as 82 percent. It goes up and down from tragic to marginally less pathetic. Who deserves 84 percent of the seats when they are 49 percent of the population? If you think the Legislature has so many males because of the merit principle, go sit in on the goings on at the Legislature.

Women’s low representation is not seen as a problem since there have been no attempts to change it, other than the incantations heard from the political parties before every election: “We really, really want more women.”

Here’s the thing: political parties are gatekeepers, and they receive significant public funding. They have a responsibility to act and for decades now, plenty of examples from around the world of what works. But the government has the main responsibility to act.

In 2003, when the New Brunswick government created the Commission on Legislative Democracy “to strengthen and modernize New Brunswick’s democratic institutions”, its mandate did not include women’s quasi-absence from our Legislature. However, the Commission’s final report, which has been lauded nationally, included a good discussion of the problem and of the levers that must be worked to increase women’s representation and improve democracy.

The Commission gave New Brunswick a plan that could have had us reach 35 percent female MLAs by now. The annual allowance that government gives to political parties would have been increased by $1 per vote for any party where males were no more than two-thirds of candidates. The Commission also recommended that government assist groups to encourage women to get into politics.

New Brunswick is a great place to live. New Brunswickers are kind, plain folks. If only we did our politics more responsibly. That goes for everywhere these days.

Qui a peur des femmes à l’Assemblée ?

Il y a cent ans, les femmes du Nouveau-Brunswick ne pouvaient pas voter. Non, je ne vais vous entretenir sur la chance et le sort heureux des femmes d’aujourd’hui, ni notre reconnaissance.

En 1917, les femmes, qui agitaient depuis des décennies déjà pour le droit de vote au Nouveau-Brunswick, avaient espoir que cette année serait la bonne. Étant donné leur effort de guerre et que les femmes de cinq autres provinces avaient gagné le droit de vote, elles avaient le moral. Lorsqu’un projet de loi sur le suffrage fut proposé, les femmes ont été si nombreuses à se rendre à l’Assemblée qu’elles ont eu la salle à elles-mêmes et les députés sont allés dans la tribune, selon le procès-verbal du « Women’s Enfranchisement Association ».

Ce projet de loi a été rejeté comme d’autres avant lui, en raison de l’indifférence et des jeux politiques. Le suffrage des femmes n’était qu’un jeton dans un jeu entre les partis. Une tradition politique à ce jour, diront mes amies.

Mais ce jour-là en 1917, dans un couloir de la législature, les femmes ont entouré et effarouché des députés, dont Peter Veniot (alias Pierre-Jean Vigneau, de Richibouctou) qui serait cinq ans plus tard le premier Premier ministre acadien de la province. Cet opposant au suffrage féminin était pratiquant de ces jeux politiques au point d’en être un symbole.

Ce « fiasco » de 1917 a fait que la classe politique a réalisé comment les choses tournaient. Les femmes du Nouveau-Brunswick ont gagné le vote en 1919, après 50 ans de lutte.

Alors qu’ailleurs on « accordait » aux femmes le droit de se présenter aux élections en même temps que le droit de vote, la « solution-néo-brunswickoise » était de ne pas faire ça. La suggestion que des femmes pourraient siéger à l’Assemblée ayant suscité tant de jovialité, on a attendu encore 15 ans avant d’accepter cette idée folle.

Ne cherchez pas dans l’histoire du Nouveau-Brunswick un enthousiasme pour les droits des femmes. Non pas que la province soit pire que d’autres en ce domaine, mais nous réussissons à nous assurer que nous ne sommes pas mieux.

Ces dernières années, nous avons souvent été la province avec la plus faible proportion de femmes élues à l’assemblée provinciale, bien que récemment l’Île-du-Prince-Édouard nous a volé ce trophée. Non pas parce que notre taux s’est amélioré, mais le leur s’est empiré.

Aujourd’hui, 84 pour cent de nos députés à l’Assemblée sont des hommes. Ce taux a déjà été aussi peu que 82 pour cent. La représentation féminine tergiverse entre tragique et pathétique.

Quel groupe devrait avoir 84 pour cent des sièges dans une démocratie alors qu’il représente 49 pour cent de la population? C’est le principe du mérite qui détermine les élus, vous dites? Rendez vous à l’Assemblée législative afin de voir travailler nos élus et on s’en reparle.

Cette faible représentation des femmes n’est évidemment pas considérée comme un problème puisqu’aucune tentative de changement n’a jamais été faite, à part les incantations entendues des partis politiques avant chaque élection : « Nous souhaitons vraiment mais vraiment qu’il y ait plus de femmes. »

Voici la chose: les partis politiques contrôlent l’accès à l’arène politique, et ils reçoivent un financement public important. Ils ont une responsabilité d’agir et, ont depuis des décennies déjà une myriade d’exemples à travers le monde de ce qui fonctionne. Mais c’est au gouvernement la responsabilité principale d’agir.

En 2003, lorsque le gouvernement du Nouveau-Brunswick a créé la Commission sur la démocratie législative afin de « renforcer et moderniser les institutions et les pratiques démocratiques », son mandat ne comprenait pas la quasi-absence des femmes de notre Assemblée. Toutefois, le rapport final de la Commission, qui fut loué à l’échelle nationale, comprenait une bonne discussion du problème et des leviers qui doivent être mis en œuvre pour accroître la représentation des femmes et améliorer la démocratie.

Le plan qu’a présenté la Commission nous aurait vu atteindre 35 pourcent de représentation féminine par 2015. La Commission recommandait d’augmenter l’allocation annuelle versée des fonds publics aux partis pour chaque vote obtenu lors de l’élection précédente.  Elle suggérait de verser 1 $ de plus pour chaque vote à tout parti où les hommes n’étaient pas plus que deux tiers des candidats. Le gouvernement devrait également appuyer les groupes qui travaillent à encourager les femmes à entrer en politique, selon la Commission.

Le Nouveau-Brunswick est un bel endroit où vivre. Les Néo-Brunswickois sont des gens gentils et bons. Si seulement nous faisions notre politique de façon plus responsable. Cela va pour partout ces jours-ci.

Moi, Trumpette ?

Qui dirait qu’un événement si malheureux, si potentiellement catastrophique que l’élection de Donald Trump pourrait avoir des bénéfices ?  S’il y en a, ils ne valent ni n’excusent ce qui s’en vient. Mais alors que, des jours après l’élection, j’étais toujours dans la déprime et la torpeur, je me suis dit, fais une liste de ce qui pourrait ressortir comme positif de cette catastrophe. Pis brûle un lampion.

  • La marque « États-Unis » va perdre du brillant. (J’allais dire perdre des plumes mais l’ « aigle » américain est probablement occupé à aiguiser ses talons, donc évitons cette métaphore.) Déjà, l’ampleur de la réaction au geste irresponsable des États-Uniens, les moqueries, les railleries, les écrits brillants de gens d’ailleurs- c’est du jamais vu, et c’est de quoi on ne se remet pas facilement. C’est positif parce que leur image devait être mise à jour.
  • Le parti ‘Democrat’ va peut-être se refaire en un parti qui offre une alternative plus alternative. S’il le faut. Peut-être. S’ils ne trouvent pas d’autre moyen de se faire élire.
  • Les simples d’esprit qui ont voté pour cette personne parce qu’ils se sentent lésés et ignorés dernièrement vont voir qu’il n’y a pas d’avenir dans la haine – pas d’emploi pour tous, pas de paix, pas de rebondissement économique, pas de fierté « nationale », pas d’honneur. Ils vont voir la réalité qu’on ne montre pas dans la téléréalité – que M. Trump est un bluffant, qu’il n’est pas politicien, pas un homme d’État, pas un démocrate. Pire, il ne peut pas livrer la marchandise.
  • Les pays qui sont « great » le sont parce que leurs systèmes fonctionnent, parce que d’autres le pensent, parce que des autorités reconnues et indépendantes le disent. Les chances sont grandes qu’il va « Make America sorry again »
  • C’est un moment extrêmement propice à l’enseignement – tsé, comme après un accident de la route causé par l’inattention.
  • Enfin, – et là je niaise et rêve en couleur parce que j’ai toujours voulu porter des accusations contre les « citoyens » qui ne votent pas – les États-uniens qui n’ont pas voté seront peut-être accusés de manque au code de citoyen, de non-respect de l’obligation de maintenir la paix, de non-assistance à personne en danger, de ne pas honorer leurs ancêtres et l’honneur de l’humanité.

Tout le temps il faut s’aider

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle, le 12 août 2016.

Lorsque j’écrivais une chronique politique hebdomadaire, les textes qui suscitaient le plus de réaction étaient ceux portant sur l’Acadie et les droits linguistiques. Un bon nombre de francophones m’écrivaient mais je veux vous parler de la réaction des anglophones.

Ma chronique était en anglais. Les réactions des anglophones à mes chroniques étaient en grande majorité positives. (L’autre partie était de la haine crachée, et je les oubliais aussitôt à moitié lu). La majorité donc, – disons une centaine d’individus dans les 18 mois que j’ai signé une chronique provinciale – m’écrivaient pour me dire soit, ‘je ne savais pas que c’était comme ça’ ou ils me confiaient leur propre cheminement sur cette question. Pour ces derniers, j’ai souvent été surprise que le point de départ de leur cheminement était du mépris, du racisme pur, appris aux genoux de leurs parents, de leur société, de l’école. Mais ils m’écrivaient avec une toute autre perspective, me disaient qui ou quoi les avait changé et exprimaient une belle appréciation de la solution Néo-Brunswickoise à la coexistence.

Hier je me rappelais d’un de ces correspondants, un homme de Brooklyn qui avait reçu ma chronique du 15 août 2000 de sa deuxième cousine du N.-B.  Sa grand-mère était acadienne, déménagée aux États-Unis il y a 100 ans. La famille n’a jamais parlé le français, mais ils ont mangé acadien. Il dit qu’il se sent Acadien en esprit et que de son appartement à Brooklyn, il rêve de l’Acadie.

Il avait visité l’Acadie en 1972. Je ris encore de ses histoires de sa recherche, en anglais avec l’accent Brooklyn pour « une famille Robichaud » dans un village de la région de Kouchibouguac. « Mister, y’a presque pas de famille qui ne sont pas des Robichaud ».

Mais je veux vous parler de sa deuxième visite, en 2000.  Ç’a été une visite réussie, il a visité ‘toute son monde’. Mais en s’en retournant aux États, il s’arrête à Fredericton. Il fait connaissance de gens, très accueillants jusqu’à ce que on lui demande ce qui l’amenait de New York au Nouveau-Brunswick.  Il répond qu’il est Acadien et visitait la parenté. Il dit que la salle s’est figé. Froid immédiat. Il m’écrit, « Je suis Acadien mais je suis aussi New Yorker avec l’attitude qu’on leur connaît et j’ai plus de 6 pieds et 240 livres ». Il poursuit, « Je leur réponds, ‘Hey pal, you gotta problem wit dat?’« .  Ils ne semblaient pas s’attendre à cela, dit-il.

Il cherchait par tous les moyens à déménager en Acadie. Je lui ai dit que je le lui souhaite et je nous le souhaite.

S’il est parmi nous, toutes ces années plus tard, j’aimerais qu’il nous donne des cours, « Hey pal, you gotta problem wit dat?« . Ayant appris récemment un peu au sujet du concept des universités populaires, je me dis, pourquoi est-ce que notre université n’a pas une branche « populaire ». Il ne manque pas de besoin dans l’Acadie du Nouveau-Brunswick. Voilà un thème que l’on pourrait envisager d’offrir : « L’auto défense en Acadie ».

Rona et les rêves

Il y a toujours eu des femmes – et il y a de plus en plus d’hommes – pour dire qu’il faut élire plus de femmes. « Quelques autres femmes élues, et tout sera mieux. »

D’accord, moi aussi, je veux plus de femmes partout. Mais plus que ça, je veux plus de monde, qu’ils soient concaves ou convexes, qui veulent le bien des femmes, des enfants, de l’humanité, qui veulent l’égalité et l’équité entre sexes, dans toute leur diversité.

Donc je ne lève pas mon verre lorsque les Margaret Thatcher ou Rona Ambrose sont élues. Je dis c’est une bonne journée pour Margaret Thatcher ou Rona Ambrose, et je défendrai leur droit de se faire élire… Mais on ne peut pas faire abstraction de la socialisation, du patriarcat, de la stupidité humaine – et des partis politiques et du sexisme. On ne peut nier qu’encore aujourd’hui, dans certains contextes, les femmes ayant le plus de chance d’être populaire dans leur parti ne peuvent pas agir comme féministes, même si elles l’étaient.

Cette fin de semaine, la cheffe intérimaire du parti conservateur de Stephen Harper, Rona Ambrose, a pris la parole lors du congrès annuel du parti.

« What Conservatives care about is empowering every woman to pursue her dream… That’s why we’re the trailblazers. That’s why we’re the Party of the first female cabinet minister and first woman to serve as acting prime minister, the exceptional Ellen Fairclough. … And, of course, that’s why we’re the Party of Canada’s first female – you‘d think Justin Trudeau was this – first female prime minister, the Right Honourable Kim Campbell! So Justin – who’s the feminist now!? »*

Tenter de se moquer d’un homme en l’appelant une femme.  Je suis sans mots. Sauf pour Rona:

Making fun of a man by calling him a woman. That’s not even trailblazing. It’s certainly not feminist. But it’s probably part of your dream. Whoopdeedoo.

 

Was that so hard?

The New Brunswick government has introduced a law to create an independent women’s Council. That means it gave up on the internal committee structure, Voices, which governments insisted was independent except the committee found it could not work on its priorities, spend its budget or hire staff.

The legislation proposed today is a good thing. Bravo to the Premier who allowed his mind to be changed. Brava to Voices who eventually saw no other way to make it work.

But.

Did we really need to learn that without status, you’re nothing, and certainly not independent? Ain’t that what the last century of women’s history has been about, getting status and independence?

Anyone who knows how government works knew an independent body required legislation. And anyone who knows women’s issues – the controversial nature of much of it, the kind of change they require – knew that only strong legislation would work.

Governments know how to set up an independent body. They do it for commissions, advisory groups, advocacy offices – the ombudsman, official languages, child advocacy, and other offices. For women, they didn’t follow the template.  For women, it was “let’s just have an internal committee? Can’t we all get along?”

Without legal status, you don’t have status. Women of all people know that, over and over.

So this is a good day. After 5 years without an independent Council, and 3 years where so much effort and money was put in a frustrating unnecessary exercise, there will be a law. I could give you a list of lost opportunities since 2011.

Like I tell the young’uns around the fire, when you face a showdown with government because you think women should be treated as equals, as some of us have, what do you do? What do you reach for? You reach for the law, and the microphone.  That’s how we all get along, and get change done.

 

It’s Aboriginal People’s Turn

A shorter version of this commentary was published by New Brunswick Telegraph Journal on April 22, 2016.

I have a bias in favour of aboriginal people.

They saved my ancestors, when we first arrived and during the Terror years in the eighteenth century. They live among us yet we know nothing about them. Despite our best efforts, their culture is still alive, for the most part, and for now.  We share a country – theirs – but they don’t have our quality of life.

They have a great sense of humour, in my experience. Despite what has happened to them and their current situation, they are not terrorists. Today’s aboriginal peoples are survivors of ethnocide attempts. And those attempts may yet be “successful”.

They saved my ancestors. Some of my ancestors were First Nations.

For those reasons, I have a bias in favour of aboriginal peoples.

But that’s not why I think Canada’s most critical issue is the aboriginal peoples.

Rather, it’s because we won’t have any peace until we address this issue. Not that we will be badgered and harassed by the concerned parties – we might be. And not because Canada’s reputation will suffer – it does, but not enough. The issue of the aboriginal peoples is our most important because we are in the wrong. And if we don’t address it, we are only delaying it.

It’s like living on stolen money. Can we be fully happy and secure doing that?

So Canada has a problem: us. We are the aboriginal peoples’ problem.

Around here, First Nations did not cede their land, but that hasn’t meant much. Governments gathered them in camps and then imposed a form of government that did not give them the same rights as non-Aboriginal citizens, and which often did not respect treaties. The Indian Act continues to have harmful impacts on their communities.

Thousands of aboriginals, some as young as five, were taken from their parents and sent to residential schools to “eliminate parental involvement in the intellectual, cultural, and spiritual development of Aboriginal children”, the official mandate of those schools, the last of which was closed in 1996.

The Truth and Reconciliation Commission, whose work between 2008 and 2015 was financed by the survivors of these schools, has excellent resources for us to learn more. Seven generations went through the hell of those schools. The Commission concluded that it will likely take another seven generations to create a healthy relationship between us and them. We need to get moving.

The past is not as important as what we do in the present.

Thankfully, a majority of Canadians favour making the aboriginal issue a political priority. One could be surprised at that, since the horrors visited upon the aboriginal peoples seem to have had little power to wrest us from our lethargy on this issue. We’ve shown we can mobilize for refugees, but thousands of disappeared aboriginal women, thousands of aboriginal youth who commit suicide, thousands of aboriginals living in Third World conditions don’t seem to move us to action. I believe the problem is partly that this is not a case where, like a character said in a George Bernanos novel, we can “come across an injustice… about my own size, not too strong or too weak for me” and “jump on its back and twist its neck. »

We will not make this right with just sympathy and social work.

Political decisions brought us to this point, where posttraumatic stress syndrome is practically in the DNA of many aboriginals, as they have said. You think excuses apologies and ceremonies will fix that?

It is a political problem and a question of justice. We will have to recognize and act on their right to a fair share of territory and resources.

We will have to negotiate nation to nation, as between equals. The end result should be aboriginal peoples as independent and happy as we are.

Luckily, the new government is making noises in that direction: to attack the issues nation to nation.

There is something about our own size: Keep them to their word. Put the issue at the top of our list of priorities for the country. It’s time.

This is a question of justice to be resolved, with a few centuries of delay, so that we can all enjoy this great and young country.

C’est au tour des nations autochtones

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle le 13 avril 2016.

J’ai un biais en faveur des autochtones.

Ils ont sauvé mes ancêtres, à notre arrivée et pendant la Terreur au 18e siècle. Ils vivent parmi nous et on ne sait rien d’eux. Malgré nos meilleurs efforts ignobles, leur culture est toujours vivante, pour la plupart et pour l’instant. On partage un pays – le leur – mais ils n’ont pas notre qualité de vie.

Malgré ce qui leur est arrivé et leur situation actuelle, ils ne sont pas des terroristes. Les autochtones d’aujourd’hui sont des rescapés de nos tentatives d’ethnocide, et ces tentatives pourraient « réussir » à retardement.

Ils ont un sens d’humour et le fou rire facile, de mon expérience.  Ils ont sauvé mes ancêtres. Certaines de mes ancêtres sont autochtones.

Pour ces raisons donc, j’ai un biais en faveur des autochtones.

Mais ce n’est pas pour tout ça que je pense que la question la plus critique pour le Canada est la question autochtone.

Je pense ça parce qu’on n’aura jamais la paix si on ne règle pas cette question. Non pas parce qu’on va être tanné et traqué par les partis concernés – on le sera peut-être. Et non pas parce que la réputation du Canada va en souffrir – elle en souffre déjà mais pas assez. Cette question est cruciale parce qu’on est dans le tort, et si on ne fait rien, on ne fait que remettre à plus tard. Le Canada a un malaise qui dérange notre conscience, et notre bonheur.

C’est comme vivre d’argent volé – crois-tu vraiment qu’on peut être heureux sans régler ça ?

Donc, le Canada a un problème : nous. Nous sommes le problème des autochtones.

Ils étaient sur ces terres depuis des millénaires lorsqu’ils nous ont accueillis. Les autochtones d’ici n’ont pas cédé leurs terres, mais plus tard le gouvernement les a rassemblés dans des camps et leur a imposé une forme de gouvernement qui ne leur a pas donné les mêmes droits que nous autres citoyens, et qui souvent n’a pas respecté les traités. La Loi sur les Indiens imposée a toujours des effets très néfastes dans leurs communautés.

Des centaines de milliers d’eux, aussi jeunes que 5 ans, sont arrachés à leurs parents et envoyés à des écoles résidentielles, afin « d’éliminer le rôle des parents dans l’épanouissement intellectuel, culturel et spirituel des enfants autochtones », le mandat officiel de ces écoles, dont la dernière a fermé en 1996.

La Commission Vérité et Réconciliation, dont le travail de 2008 à 2015 a été subventionnée par les survivants de ces écoles, a créé des ressources excellentes pour en apprendre davantage.  Sept générations ont passées à travers l’enfer de ces écoles. La Commission a conclu qu’il faudra sept générations pour recréer une relation saine entre nos nations. Il faudrait s’y mettre.

N’importe le passé, la chose qui compte est ce qu’on en fait au présent.

Heureusement, une majorité de Canadiens et Canadiennes sont favorables à la priorisation politique de la question autochtone. Cela peut surprendre puisqu’il peut sembler que les horreurs qu’ont vécu et que vivent les autochtones ont peu de pouvoir pour nous arracher de notre léthargie. Se mobiliser pour des réfugiés, on sait le faire mais que des milliers de femmes autochtones disparaissent, des milliers de jeunes autochtones se tuent, des milliers d’autochtones vivent dans des conditions tiers-mondaines, … bof. Je suis d’avis que le problème est en partie que ce n’est pas une situation où, comme le curé personage dans le roman de George Bernanos, on trouve « une injustice qui se promène toute seule …et à ma taille, ni trop faible ni trop forte », et alors on « saute dessus, et l’étrangle. » Essaie de trouver quelque chose à ta taille dans cette situation. Moi je trouve peu.

N’essayons pas de régler cette question à coup de sympathie et de travail social.

Ce sont les décisions politiques qui nous ont amené à ce point, à un point où le syndrome de stress post-traumatique est presque dans l’ADN de nombres d’autochtones, comme ils disent. Tu crois que des excuses et des cérémonies vont faire l’affaire ?

C’est plutôt un problème politique et une question de justice. Nous avons à reconnaître leur droit à un partage équitable des territoires et des ressources.

Nous devrons négocier nation à nation, entre égaux. À la fin, il faut que les autochtones soient aussi autonomes et heureux que nous.

Heureusement, le nouveau gouvernement fédéral fait des bruits dans ce sens, de vouloir s’attaquer à la question de nation à nation.

Voilà une tâche à notre taille : Tenons-les à leur mot. Mettons la question au haut de notre liste de priorités pour le pays. Ce n’est pas un passe-droit, mais son contraire.

C’est une question de justice à résoudre, avec quelques siècles de retard, afin qu’on puisse vivre de plein droit dans ce beau et jeune pays.

Du travail à refaire – Journée des femmes

Dresse une liste des domaines où la vie des femmes du Nouveau-Brunswick s’est améliorée dans les dernières décennies, et elle sera longue et impressionnante – nous avons davantage d’autonomie, de droits et, la plupart du temps, de respect.

Ensuite dresse la liste des domaines où l’égalité n’est pas atteinte – celle-là également sera longue … et assez semblable à la première liste. Le travail n’est pas achevé en partie parce que le travail n’est pas bien fait :

Des services de garde inabordables valent autant qu’un pont défoncé lorsqu’il est question de se rendre au travail.

Nous savons recueillir les plaintes d’agression sexuelle, mais nous ne semblons pas savoir quoi faire de ces plaintes.

Nous nous empressons comme pas un autour des femmes victimes de violence, mais faisons peu pour prévenir la violence avant qu’elle ne se produise. Ça semble pervers ça, à la longue.

Lorsque nous les femmes avons dit qu’on voulait un emploi, on n’avait pas d’idée que tant d’emplois payaient en pauvreté.

Mon corps, j’en suis capitaine et maîtresse – c’est pas compliqué mais on est dur de comprenure.

Aussitôt une élection lancée, les partis politiques principaux s’époumonent à dire ‘on souhaite vraiment avoir un plus grand nombre de candidates, … oui, vraiment.’ Pis après chaque élection, les mêmes résultats : peu de diversité. Les incantations n’auraient pas d’effet ?

On se rappelle toutes la première fois qu’on nous menace d’égalité : « Tu veux l’égalité ? On va t’la baillé… » Voici une récente fois : Après de nombreuses années de pression par les femmes, le gouvernement provincial a évalué certains postes à prédominance féminine pour vérifier l’équité salariale. Un tel exercice est d’habitude encadré par une loi et effectué par un organisme indépendant ayant une expertise. Ici, une méthode « élaborée au Nouveau-Brunswick » a donné des résultats étonnants. Le salaire de la plupart des postes à prédominance féminine examinés serait excessif, dont celui des administrateurs dans les services de garde et les travailleuses de soutien et d’approche dans les maisons de transition. Ces postes seraient trop payés alors que leurs salaires sont plus faibles ici que dans d’autres provinces où le coût de la vie est sensiblement le même ? Puis on apprend que la méthode employée par le gouvernement était une « adaptation » des méthodes acceptées d’évaluation des emplois et que chacune des adaptations avait comme effet de réduire la chance qu’un ajustement salarial soit dû.

Comme par hasard.

Un autre exemple du genre, « bon, on va le faire, mais tu ne vas pas aimer » :

Voilà cinq ans ce mois-ci que les Conservateurs de David Alward ont aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme et sa loi – et cela six mois après avoir été élu avec une promesse dans leur programme de travailler en collaboration avec le CCCF (je souris lorsque je me rappelle mon emballement naïf lorsque j’avais lu ça). Suite aux protestations que l’abolition a soulevées, les Conservateurs, rendu proche aux prochaines élections, ont voulu corrigé leur gaffe en créant un comité, Voix, pour aviser sur les questions féminines. Sans loi ou Ordre-en-conseil ou cahier de charge. C’était du classique « il faut faire quelque chose, ceci est quelque chose ».

Les gouvernements savent comment créer une agence indépendante, et ils savent que ce qu’ils ont fait ici ne répond pas à ces critères.

J’étais la directrice générale du Conseil pendant ses dix dernières années, et employée du Conseil pendant près de 20 ans avant ça. Je me souviens de confrontations avec des représentants de gouvernement qui s’opposaient à une position ou un projet du Conseil consultatif, parce que c’était pour eux malcommode, problématique politiquement, ou simplement féministe. Le Conseil a pu continuer sur son chemin lorsque nous avons su répondre, « Ma foi, nous ne faisons qu’essayer de s’acquitter du mandat prescrit par notre loi, parce que nous aurons des ennuis si nous acceptons des fonds publics sans faire le travail. »

Essaye de dire ça sans rien en main. Ce serait semblable à se retrouver dans un pays étranger sans pièce d’identification.

Puis est venu le gouvernement Gallant avec une promesse de donner une vraie indépendance à ce comité.

Vu l’attitude démontrée par ce gouvernement à l’égard de ses agences indépendantes ces derniers temps, il vaut peut-être mieux ne pas attirer d’attention sur Voix des femmes. Être ignorée serait bien s’en sortir, il peut sembler.

Mais voilà plus de deux ans que Voix a été créé et je blâme le manque de statut et de pouvoir accordé au comité pour le fait que Voix n’a pas lancé ses activités. Pourtant il y a tant de dossiers à traiter. Je peux vous en faire une liste. Elle est longue.

Une dernière question. Le gouvernement provincial a récemment annoncé qu’une analyse inclusive selon le genre fera partie du processus de décision du gouvernement. Chaque option qui sera examinée sera analysé pour son impact potentiel sur l’égalité entre les genres. Sauf que les documents ne seront pas rendus publics, puisque, nous dit-on, ils sont des conseils au Cabinet, donc secret. C’est là une façon de faire, mais ce n’est pas la façon transparente et crédible. Ils auraient dû demandé ces analyses d’une entité indépendante, mais même si elles sont réalisées au sein du gouvernement, les études pourraient être publiques sauf les conseils au Cabinet qui se basent sur ces études. Autrement, nous devons présumer que rien n’a changé, surtout vu l’absence d’effet visible de ces analyses, et vu que le gouvernement n’a pas dit qu’il adoptera que les options qui ont un effet positif ou neutre sur l’égalité. On peut présumer qu’une case à cocher a été ajoutée aux documents soumis au Cabinet – Analyse inclusive complétée ? – mais il est sage de demander de voir ces documents et de connaître le processus suivi. Ce n’est pas du cynisme, c’est de l’expérience.

 

 

Getting it Right – Women’s Day

If you were to compile a list of the gains New Brunswick women have made in recent decades, it would be long and impressive. We have more rights, and greater autonomy and standing.

However, if you were also to list the issues that should be addressed in New Brunswick to bring about equality between the sexes, that list, too, would be long, and somewhat similar to the first list. That’s because the job isn’t finished, often because it is being done badly. For instance:

Quality child care remains unaffordable for many and unaffordable child care is about as useful as a washed-out bridge when trying to get to work.

We know how to take a sexual assault complaint. We just don’t seem to know what to do with it.

We have shown we care for female victims of male violence, but we don’t do much to prevent the violence before it starts (which, if you think about it, is kind of creepy).

We wanted jobs, but we weren’t told so many jobs earn you poverty.

What is it about “I’m the boss of my own body” that we don’t understand?

With every election, we get the same results: little diversity, even though every election the main parties say they really, really, yes, really want more female candidates. How can that be? Don’t incantations work?

We remember the first time we are threatened with equality. Here’s a recent example from that « You want equality, you’ll get it with a vengeance! » school of thuggery: when some traditionally female jobs – such as child care administration and transition house work – were evaluated via a « made-in-New Brunswick » pay equity analysis, they were found to pay too much (even though they paid less than similar jobs in other provinces with similar costs of living). The government – both stripes – said they had « adapted » the generally accepted methods for evaluating pay equity, but this had the result of reducing the chance of a salary adjustment to female workers. Some call it an adaptation, I call it rigging the game.

Another recent entry in the « ok, we’ll do it, but you won’t like it » file:

Five years ago this month, David Alward’s Conservatives shocked the province by abolishing the Council, months after being elected on a platform to « work with the Advisory Council on the Status of Women » (I still smile at my naive relief on hearing that). Then, having failed to quell the reaction, they tried to smooth things over before facing another election, by creating an internal committee (Voices) to advise on women’s issues, calling it independent. However, no legislation, no Order-in-Council, no authority to back it up. The old political attempt at « You asked for something, this is something ». Governments know how to create an independent agency, and they knew this was not it.

I was the executive director during the Council’s last ten years, and had worked for it for some 20 years before that. I remember showdowns with government representatives at various levels who were upset by a position or project of the Council because it was politically problematic, inconvenient, or just feminist. We were able to persist and prevail, and continue on our road when we said, « Golly, we’re just trying to fulfill our legislated mandate because if we don’t do our job, you and women will be all over us for taking public funding but not doing the job. »

Try doing that when you don’t have that piece of paper. It’d be like finding yourself in a strange country without identification.

Then came Brian Gallant and the Liberal government which promised to fix this and restore independent status to Voices. Given what appears to be the Gallant government’s attitude towards independent watch-dog agencies, it might actually not be helpful to bring this up. To be ignored is maybe to be let off easy. Still, it’s been two years since the new committee, Voices, was created, and we haven’t heard anything. The likely reasons are the lack of structure and legal status. I raise this because there are a lot of issues that need to be addressed; I can give you a list. It’s long.

One final word: the provincial government recently announced it has begun doing gender-based analysis as part of its policy planning. Each option government is studying will be analyzed for its impact on gender equality. However, the analysis documents will not be made public because they are « advice to Cabinet ». That’s one way of doing it. Not the transparent or trustworthy way. The government should have chosen to have it done by an independent body, but even if it is done in-house, the research, at least, could be made public, and not the advice to Cabinet based on the research. Otherwise, and especially in the absence of any visible effect on policy of these analyses, I assume that it’s still business as usual. We have no reason to believe that anything more than a checkbox was added to ministers’ briefing notes: GBA done? Check. The government hasn’t said whether it is going ahead with policies that have a positive, negative, or neutral impact on gender equality, so what do we know? I don’t doubt that analysis is being done, but we should insist on seeing the analyses and knowing the process. That’s not cynicism; it’s experience.

Electoral Reform – Seize the day

A shorter version of this text first appeared in the New Brunswick Telegraph Journal, February 19, 2016.

Do you believe the number of seats that a political party gets after an election should have some relation to the number of votes they got?

Have you thought of not voting because your preferred candidate or party had no chance of being elected? Or perhaps you are sick of voting strategically, instead of sincerely?

If yes, the majority of Canadians agrees with you.

Discussion of electoral reform, I am told, can put some Canadians to sleep, or worse.  But we are shooting ourselves in the foot if we don’t seize every occasion to improve our system, since it works against the interests of ordinary Canadians like us, and of regional and minority issues.

During the recent federal election campaign, electoral reform was a surprisingly big issue. Three of the parties proposed that, if elected, they would modify the system by which we elect governments. Those parties obtained 68 per cent of the vote and the new government has begun a process towards change.

Expect to hear a lot more about this in the next months.

Given the importance of such a change, and in order to, first, stay awake, and mostly, not get bamboozled, we may need a course in self-defence against the misinformation which will come from those who are confused and, most certainly, from those who have long been well served by our current dysfunctional system.

The occasion is not likely to present itself again soon: we have a majority government, which has, frankly, benefitted from the unfairness of the current system, but which wants to modify it so that no future government wins such a jackpot without a majority of votes, and so that Canadians’ diversity is better reflected in our elected body.

This is an unlikely scenario, so it certainly is in our interest to play along and see what can be won from the exercise.

The great majority of countries, and, more to the point, about 90 percent of developed countries have adopted a more proportional electoral system than our medieval one. Canada has had several expensive Commissions and studies on the issue of reform, but their recommendations, all advocating changes towards a more accurate rendering of people’s votes into seats, were all set aside.

New Brunswick actually has an advantage on this issue: About 10 years ago, the Bernard Lord multi-party Commission on Electoral Democracy produced a much-acclaimed report on how to improve democracy, no less, including how to reform our voting system.  The commission concluded that our system does not meet our values, especially those of fairness and equality, and it recommended changing to a mixed-member proportional voting system, which, to be brief, reminds me of the system used by several local municipalities of having us vote for a ward councillor and an at-large councillor. New Brunswickers could get a head start on this issue by revisiting that Commission’s report, still available on Elections NB site.

A final word on the misinformation to be expected soon, and for months to come. Some will show us what they say would have been the results of recent elections if we had had another voting system, but think of this: the whole idea is that another system would change everything: most of us would have voted differently under a different voting system where all votes counted, parties might have nominated different candidates, had different platforms, run different campaigns. Some will try to get us to fixate on whether or not a referendum should be held – not that most countries with a truer voting system held referendums nor that it has been a Canadian tradition for questions related to electoral or democratic issues. But if we’re talking of referendums, we’re not having the conversation we could be having, and anyway, couldn’t we test drive the preferred option in the next election?

If our apathy, which is partly caused by our silly voting system, kills this rare chance to change that system to something more democratic, then we are chumps.

We’ve got it covered, girly

The New Brunswick government is finally doing analysis of the potential impact of its decisions on gender equality. Now there’s good news. Each option under study for a new program, or changes or cuts to programs, will be analyzed for its impact on gender (as well as potential fiscal and economic impacts).

Some applause has come from women’s groups, though it was muted: they want to “see the documents”.

But overall, that’s good news, right? How hard can it be? How can anything go wrong?

Well, let me count the ways.

 

What we know:

The government says its employees did a gender-based analysis.

 

Which suggests:

The government is only going ahead with policies that have a positive or neutral impact on equality, that pass the “gender” test.

Their gender-based analysis includes all genders, all women, all men, and the relative situation of all New Brunswickers in all their diversity.

 

What we fear:

“Mr. Minister, here’s the impact analysis for gender on that proposed policy. We found that it would set back equality between women and men. We recommend against that policy. In fact the committee says “Under no circumstances should …””

“Excuse me. You did a gender-based analysis? I can say that?

“Yes, but…”

“Thank you.”

“Mr. Minister, I’m happy to inform you that we did a gender-based analysis on your platform policies. However, we did not have any statistics by race, income group, location, and, actually, sex was a problem too. But we have a feeling this will play well.”

“Good job once again, thank you.”

 

There is no reason to mistrust this government over any other. But giving any party-cum-government the power to self-police is never a good idea. Think of what recent NB governments have done to pay equity analysis*.

Finally, remember Sheila Fraser, Canada’s super Auditor General? She “found out” the federal government on this issue in 2009. A House of Commons Standing Committee requested that her office examine how well the federal government was implementing gender-based analysis. Fraser asked Treasury Board and other departments to provide their gender-analysis documents. “We-l-ll, actually there are no records, but…”, came the response. “But…”

No documentation, no analysis, she concluded.

 

* https://rosellam.wordpress.com/?s=paid+too+much

Le voile et la citoyenne

C’était une journée blizzardesque d’un hiver magistral récent – je sais ce n’est pas très précis, disons qu’il s’agit de 3-4 hivers passés -, j’étais arrêtée à un coin de rue avec mon balaklava obligatoire – sans ça tu mourais drette-là – et la femme devant moi se retourne. C’est une musulmane portant le voile – le niqab. On se regarde. Je vois qu’elle se détend en me voyant. Je me demande combien de fois dans la journée elle relaxe comme ça. Je lui souris. Je me demande si mes yeux sourient lorsque je souris. Je suis amusée de voir que mon balaklava est plus total que le sien. Je note que son voile n’est pas fait pour la protéger d’un hiver canadien.

Aujourd’hui, une journée exceptionnelle de septembre, alors que je suis assise presque au même coin de rue, je pense à elle. J’ai la face tournée vers la douceur du vent et du soleil, avec un sourire béat et une robe d’été.

Et je pense à elle. Que fait-elle ?

Pour quelle raison absurde doit-elle se cacher la face par une telle journée ? Je sais, y’a culte, coutume, religion, contrainte. Et je leur donne tout le respect que nous leur devons.

Mais pourquoi se cacher la face à moins qu’il y ait une tempête ?

On me demande – je me demande ! – quelle est mon opinion au sujet du « voile et la citoyenne canadienne », et je n’ai pas d’opinion parce que je suis fixée sur cette question. Je ne peux pas dépasser cette question. Et ce n’est pas un point politique, légal ou religieux. Il semble qu’au lieu d’une opinion, j’ai un sentiment.

L’Acadie rétrécit à vue d’œil

Par une journée de gros frette de février 2006, je me suis rendue après l’ouvrage à une conférence à Fredericton par l’historien de Yale University, John Mack Faragher, reconnu « historian of the American Frontier ». Je n’avais pas encore lu son livre alors tout récent, « A Great and Noble Scheme, The Tragic Story of the Expulsion of the Acadians from their American Homeland ».

Quelque temps plus tard, j’ai lu son livre, une lecture ébarouissante.

Je me rappelle comme une plaie les premières minutes de sa conférence. Le monde assemblé ce soir-là était surtout des historiens amateurs et professionnels de Fredericton, Moncton et du Maine, surtout des hommes d’un certain âge. Après les premières minutes de mise en situation par M. Faragher, ces hommes se mouchaient ou avaient les yeux à l’eau. Moi je reprenais mon souffle et avais la gorge trop grosse pour poser mes questions. M. Faragher avait, avec une innocence simple, décrit ce qu’il savait de Pointe Sainte-Anne, ce qui est aujourd’hui Fredericton – que c’était le siège d’échanges entre peuples autochtones depuis temps immémoriaux, que les Acadiens y avaient vécu pendant une centaine d’années avant les troubles, et que très près d’où nous étions, en un même mois de février, en 1759, le colonel britannique Monckton, entre autres, y avait mené un massacre connu pour avoir été particulièrement barbare. 2 000 soldats britanniques montaient la rivière Saint-Jean pour purger les terres. M. Faragher décrit le scalpage de familles acadiennes entières à Pointe Sainte-Anne, le viol de femmes, après avoir amarré l’homme de la maison à une chaise, avant de tuer tout le monde et de mettre le feu. Et pire. Disons que ce n’était pas l’analyse géopolitique sobre d’un incident historique qu’on nous sert souvent.

Récemment, lorsque le maire de Fredericton exprimait à quel point il est exaspéré de voir que les Acadiens sont encore là et prennent de la place, j’ai repensé à cette conférence de M. Faragher. Et au fait que cette « capitale » n’est toujours pas une terre d’accueil. J’en aurais long à dire sur ce Fredericton.

Quelle annus horribilis, par moment, en Acadie jusqu’à date, hein ? Je ne pense pas seulement au maire Brad Woodside et aux organismes anti-francophones qui poussent comme des champignons dans la merde. Je réagis surtout au fait que ces choses peuvent se faire sans qu’une belle masse de politiques ou d’anglophones raisonnables se lèvent, ou lèvent le petit doigt.

Faut-il être malchanceux pour que, juste en même temps, la SANB soit « en réparation ». Et le gouvernement, comptant pour une fois une belle bouillée d’Acadiens, qui semble croire que c’est là la raison même qu’il ne peut pas se permettre de nous défendre.  Peut-être qu’entre-temps la SPCA pourrait nous venir en aide ?

Pis la réponse du gouvernement à la suggestion de la Commissaire aux langues officielles que les plus hauts des hauts fonctionnaires, s’ils sont vraiment les plus brillants, devraient être bilingues. Le gouvernement ne lui a pas même laissé finir sa phrase avant de la dénoncer.

Pis notre journal national, important comme il est quand même, y’a du monde comme moi qui diront qu’ils ont plus d’espace à donner aux concours de beauté bidons qu’à ces enjeux déterminants pour l’Acadie.

L’Acadie rétrécit à vue d’œil.

La seule Acadie qu’il va nous rester bintôt est celle de la musique et des arts, parce que tout le monde, y compris « nos amis les ennemis », nous aime lorsqu’on s’en tient à ça. Ils aiment notre « joie de vivre », qui a plus à voir avec Maurice Chevalier qu’avec nous autres Acadiens, rescalpés malcommodes.

Peut-être qu’il y a moyen de négocier pour que les prix Éloizes ajoutent au moins des catégories « projet de société »? Question de tiendre en vie cette idée folle pour un boute. Tsé, un prix Espoir et un prix Désespoir. Un prix Résistant et un prix Vendu. Un prix Événement Bénaise, et un prix Événement Misère noire.

Cette année je réclame pour moi le prix  « Il pleure dans mon cœur ».

T’es pu au berceau

Si la fête des mères était une fête des … mères et non pas la fête d’expiation de l’exploitation des mères, elle aurait été, ces derniers jours, l’occasion d’une exploration des conditions de cette situation de vie, que d’être mère en Acadie, au N.-B., au Canada.
Au lieu de ça, on nous gave de textes, de publicités et de commentaires gratuits sur la valeur astronomique des fleurs qui vont se vendre (des fleurs cultivées et cueillies par des femmes exploitées dans d’autres pays), comment il est heureux que le homard nouveau sera arrivé pour la fête et comment tout cela prouve que tout le monde aime sa mère.

Des enfants au berceau peuvent prendre leur mère pour acquis. Pas nous.

Les mères sont les PDG de cette économie des soins qui rend possible l’économie du marché. Même de nos jours quand la grande majorité des mères, surtout au N.-B., ont un emploi rémunéré, elles sont les participants du marché du travail qui assument les sacrifices – « fournissent la flexibilité nécessaire» – pour faire en sorte que la famille et le travail roulent rondement.

Je sais que les hommes font leur part comme jamais auparavant – nous avons eu un excellent exemple de la chose dans Jim Prentice cette semaine, qui nouvellement élu député en Alberta, s’est rappelé de ses obligations de père auprès de ses enfants …dans la jeune trentaine, et a démissionné.

Non, mais 269 pères ont pris un congé parental, – et 2,634 mères ! – en 2013 au N.-B. On fait pitié pas à moitié. Le nombre d’heures que les mères consacrent au travail à la maison comparativement au nombre de … minutes des pères… c’est à faire pleurer.

La condition des mères au Nouveau-Brunswick : qui vous en a parlé en anticipation de cette « fête » des mères ? La pauvreté, l’accès aux services d’aide dont ceux de garde, les congés familiaux inexistants, les congés de maladie non payés, les congés de maternité menant à une cessation d’emploi, les plaintes de discrimination, les violences faites aux femmes enceintes, la disparition des services de tribunal familial des dernières décennies, le manque d’intérêt pour le dossier de la santé des mères – les sages-femmes, les césariennes, etc.

Si les besoins des mères ne font pas les manchettes lors de la fête des mères, quand allons-nous en entendre parler ?

Bien des mères ressentent ce manque d’intérêt politique, public, familial pour leurs intérêts. Donc, je recommande que lorsque vous visitez votre mère ce dimanche, et lui donnez la carte ou la fleur, attendez-vous à être questionné – « Merci ben, mais t’as pu 6 ans, donc dis-moi cosse tu fais pour restructurer l’économie pour que le bien-être des familles fasse partie du produit national mesuré, ah pis la paix pour toutes les enfants de toutes les mères. »

Si l’Acadie était féministe

Un sommaire du discours prononcé à l’Université de Moncton campus de Shippagan, le 20 mars 2015.

Je veux premièrement reconnaître que cette activité a lieu sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui n’ont pas cédé ce territoire à la Couronne.

Un projet féministe de société est ambitieux, parce qu’il ne s’arrête pas à se comparer aux hommes, ce qui ne serait pas très ambitieux – et je ne me moque pas des hommes – c’est plus vaste que ça. Une société féministe cherche à éliminer toutes formes de dominations et d’inégalités – entre hommes et femmes, entre les femmes, entre les peuples.

Dans une société inspirée du féminisme, il faudrait par exemple une refonte du système économique et politique afin que l’État soutienne les mouvements sociaux qui luttent contre les inégalités.

Si l’Acadie avait été féministe, du débutEh ben, pour l’être, féministe, il aurait fallu que l’Acadie soit très différente de son temps. Pour commencer, aurait fallu qu’elle ne soit pas sous l’emprise de l’Église, ou que l’Église ait été féministe. Parce que le rôle de la femme était limité, pas seulement par les coutumes et les lois, mais il était fixé par les enseignements de l’église.

Il y a quelques années, Josette Brun, historienne et professeure à Université Laval, a publié une étude Vie et mort du couple en Nouvelle-France. Elle a examiné les rôles joués par les hommes et les femmes au sein du couple et ce qui arrive aux veufs et veuves, de 1710 à 1744, à Louisbourg, Port-Royal (et au Québec). Pour un échantillon de 25 couples de Louisbourg, elle a analysé les archives notariées, la correspondance religieuse et administrative, les recensements.

Elle a trouvé qu’une fois mariées, les femmes, n’importe leur rang social ou l’occupation du mari, sont rarement associées à la paperasse signée devant notaire, … sauf lorsqu’il s’agit de signer pour une dette. Lorsqu’il s’agit de la vie professionnelle du mari, presque rien. Presque pas d’hommes à Louisbourg n’ont donné une procuration à leur femme pour les remplacer devant le notaire. L’homme dirige le couple et la famille. Les femmes sont confinées à la vie privée. Il y a des cas exceptionnels, mais la grande majorité des femmes de cette Acadie sont tenues à l’écart des affaires conjugales. Les veuves sont plus affligées que les hommes par «l’image négative associée à la vieillesse». Celles de plus de 40 ans ont plus de difficultés à se remarier et l’église n’encourage pas ces veuves qui dépassent la quarantaine à se remarier – le but du mariage étant de faire des enfants – elles devraient consacrer le reste de leur vie aux bonnes oeuvres. Aussitôt veuve, l’Église leur enlève le droit de succession au « banc d’église ».

Un âge d’or de la condition féminine en Acadie ? Oublie ça. Ni le contexte colonial ou l’avantage démographique n’ont entrainé une redéfinition des rôles…

Je ne connais rien non plus, au 18e siècle ou au jour d’aujourd’hui, qui me laisse croire que l’Acadie a été féministe.

Bien sûr, il y a eu des femmes fortes, féministes, qui ont agi et réagi au nom de l’égalité ou la dignité – l’idée de féminisme n’est pas né hier, ou dans les années 60.

Mais Acadie féministe ? Non :

Les acadiennes n’ont pas eu droit à l’éducation avant les autres femmes, ni même en même temps que les Acadiens. Les sœurs qui ont voulu organiser des collèges pour filles ont rencontré de l’opposition, de leur archevêque et d’ailleurs, à l’occasion.

Lorsque les femmes du Nouveau-Brunswick pétitionnaient et manifestaient pour le droit de vote – sur une période de 50 ans elles l’ont fait -, les Acadiennes n’y étaient presque pas. À part les lettres de Marichette dans l’Évangéline, les Acadiennes étaient absentes du débat des suffragettes.

Sept ans après l’obtention du droit de vote par les femmes du Nouveau-Brunswick, le journal l’Évangéline publie un éditorial en première page : « L’immense majorité des Acadiens verrait sans objection le rappel de la loi qui donne le droit de vote aux femmes. » Treize ans après l’obtention du droit de vote, le journal Le Fermier acadien publie un article demandant aux bonnes Acadiennes de rester au foyer, de ne pas sortir voter…

La « patente » acadienne n’a pas inclus de femmes, n’a pas travaillé pour l’égalité. Nos Chevaliers de Colomb ne sont pas plus féministes, inclusifs, qu’ailleurs.

Nos curriculums scolaires n’ont pas parlé des femmes plus que les autres ; nous n’avons pas un meilleur taux de femmes dans les domaines non traditionnels, au contraire. Notre Université de Moncton a peu de femmes dans les postes de décision, n’offre pas de programme en études féministes, ses instituts et ses professeurs publient très peu des données ou d’études sur des questions d’égalité ou qui font mention de la variable sexe.

Nos municipalités francophones ont moins de mairesses et de conseillères que les autres, n’ont pas plus de politiques familiales ou d’analyse inclusive.

Les Acadiennes élues au provincial sont rares, et l’élection des premières n’a pas lancer une tendance, loin de là.

L’Assemblée législative compte 8 femmes sur 49 députés, soit 16 % de représentation féminine. La moyenne mondiale toutes chambres confondues est de 22 %. Les États arabes (18 %) font meilleure figure que le Nouveau-Brunswick. En 2006, lorsque Liane Roy, alors consultante, a publié une chronique, Pourquoi si peu d’acadiennes en politique?, elle a suggéré qu’on doit regarder l’éducation des enfants et le statut accordé aux femmes. Elle a aussi dit que très peu d’Acadiennes se sentent interpellés par la politique, qu’elles ne sont pas certaines qu’elles seraient entendues et pourraient faire une différence.

Nos médias ne font certainement pas plus de place aux femmes et aux questions féministes que d’autres médias. Aucune femme n’a occupé un poste d’éditorialiste au sein de L’Évangéline, Le Matin, ou l’Acadie Nouvelle.

Marie-Linda Lord s’est penché sur cette question : « Les études sur les femmes en Acadie sont rares. Il n’existe pas de lignée de femmes porte-parole médiatiques en Acadie. » « Véritable archétype des exclus, la Sagouine est une personnification féminine d’une prise de parole acadienne, voire universelle, qui n’était rien de moins qu’un geste d’affirmation qui a réussi à se faire remarquer. Près de 40 ans plus tard, la Sagouine émerveille toujours, et le succès de cette prise de parole par une femme, même fictive, reste inégalé dans la réalité médiatique acadienne. » * http://www.umoncton.ca/umcm-crea/files/umcm-crea/wf/wf/pdf/ournalisme_en_Acadie__un_enjeu_d__mocratique.pdf

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick a conclu, dans son Analyse de la représentation des femmes dans l’actualité de la presse écrite provinciale francophone Nouveau-Brunswick, publié en 2011 :

Les femmes sont sous-représentées dans presque tous les sujets d’actualité même dans ceux où elles sont en réalité fortement présentes – santé, éducation, communautaire, arts. Dans les 494 reportages de l’actualité de L’Acadie Nouvelle examinés, les femmes étaient 25% des intervenants. Dans les 185 articles traitant d’enjeux relatifs au gouvernement ou la politique, elles étaient 18% des intervenants. L’examen du cahier provincial de L’Étoile a donné des résultats semblables.

Le Regroupement a conclu que la contribution des femmes dans la société n’est pas reflétée justement et les médias participent à cet état de chose. Le groupe a donc produit une liste d’intervenantes prêtes à prendre la parole et l’a diffusée, offert des ateliers pour aider les femmes à se préparer aux entrevues avec les médias et co-organisé un colloque sur la place de la femme dans les médias, avec l’Association acadienne des journalistes. * https://www.youtube.com/watch?v=k4Pr_h96XUI

Ce mois-ci, le journal l’Étoile a publié un long article* sur ce travail du Regroupement féministe, en anticipation de la publication prochaine par le groupe d’une deuxième analyse de la place des femmes dans les médias acadiens. (* Comment augmenter la visibilité des femmes dans les médias acadiens?, 9 mars 2015, L’Étoile.)

Dans l’article, le président de l’Association acadienne des journalistes (AAJ) confie que le genre n’est pas un facteur considéré par les membres de son association lorsqu’ils cherchent des intervenants : « Une des cibles (du Regroupement) était de travailler avec les journalistes pour qu’ils incluent plus de femmes comme sources dans le contenu médiatique. On a essayé de leur expliquer notre réalité, parce que lorsque nous travaillons sur un sujet, on va chercher l’intervenante ou l’intervenant le plus habilité à nous répondre, la personne qui a l’information … On a dit au Regroupement féministe que c’est important de sensibiliser les organisations afin qu’elles donnent plus de place aux femmes, et de sensibiliser les femmes afin qu’elles prennent plus de place ». Lire la suite

La méthode Tout le monde pisse debout

Un sommaire d’un discours livré le 8 mars 2015, Journée internationale des femmes, à Moncton.

Je veux dire premièrement, que je suis fière d’être à une célébration féministe du 8 mars ! Avec la récupération qui se fait de cette journée… Eh ! Y’a des fêtes du 8 mars où y’a un cours de danse du poteau – pole dancing – donc disons Brava à nos organisatrices…

Depuis des années, il m’arrive de dire à certaines personnes, au sujet de la situation des femmes :

Si tu penses que les femmes ont atteint l’égalité, tu connais pas assez de femmes, tu connais pas les statistiques.

Et si tu penses que rien a changé, tu connais pas l’histoire, comment la situation des femmes était pire y’a pas si longtemps.

Mais aujourd’hui, je m’entends aussi dire, …surtout aux jeunes journalistes dernièrement…

Si tu penses que les questions de femmes se limitent à l’avortement, le viol, le harcèlement sexuel et les autres violences faites aux femmes, eh ben, soit tu veux cantonner les femmes, et ça c’est la définition même du sexisme, soit tu connais pas l’envergure du mouvement et des changements nécessaires pour l’égalité.

Les questions de femmes, c’est aussi, je dirais surtout, la réforme fiscale, la réforme du système électoral, les politiques économiques, la démocratie, et la non reconnaissance du fait que l’économie du marché dépend de l’économie des soins.

Les problèmes qui font les manchettes – la violence, le manque d’équité salariale – sont des symptômes. Les hommes qui battent leur femme, ces hommes sont des symptômes. Le salaire payé aux employées de service de garde, c’est un symptôme.

Le vrai problème, causal, est l’inégalité entre les sexes. La non valorisation de tout ce qui est femme. Une inégalité historique, traditionnelle, confortable pour certains, invisible pour presque tout le monde.

Est-ce qu’en traitant des symptômes, on peut espérer réduire le problème de base? J’sais pas.

Si tu traites une infection, peut-être que tu retrouveras la santé.

Mais il faut dire que l’image qui me vient souvent en tête, c’est qu’on est en train d’essuyer le plancher – pis on s’occupe pas assez de fermer le robinet.

C’est comme donner des premiers soins pis prétendre qu’on fait de la prévention. Les services aux femmes, ça ne change pas le monde.

Le mouvement féministe est plus qu’une série de dossiers. C’est une analyse critique de la société, une mouvance pour un monde meilleur, en repensant le monde. Cette analyse critique, provenant d’un mouvement féministe en santé, est importante pour savoir si on travaille sur ce qui est le plus pertinent et prometteur pour l’égalité.

La semaine passée, un nouveau rapport confirmait que les initiatives gouvernementales pour relancer l’économie ont surtout favorisé les hommes, tandis que les mesures d’austérité ont désavantagé les femmes.

C’était un rapport du Québec, par leur Institut de recherche et d’informations socio-économiques. Ils ont analysé les budgets des derniers 6 ans, et conclut que la stratégie de sortie de crise a créé une différence d’environ 7 milliards de dollars entre les hommes et les femmes. Les femmes sont doublement perdantes.

C’est pas unique au Québec. L’Europe a fait des études semblables arrivant à des conclusions semblables.

Ça rappelle le temps au Canada quand, selon les tribunaux, « les femmes étaient des personnes pour ce qui est des peines et des châtiments, mais non pour ce qui est des droits et des privilèges ».

On a réussi des changements dramatiques dans la condition féminine, ces dernières décennies. Mais ce sont surtout les femmes qui ont changé, pas la société. Pensons à notre niveau d’instruction, notre participation sur le marché du travail, au nombre d’enfants qu’on n’a pas.

Ce qui a moins changé sont les systèmes, les politiques, les façons de faire qui favorisent les hommes, mais aussi qui favorisent une vision très restreinte de l’économie, de la politique. Des changements de cet ordre-là attirent la résistance. Lire la suite

Things New Brunswick cannot afford

New Brunswick cannot afford working under the presumption that everybody will benefit no matter how we get New Brunswick’s economy going. We know that places with similar levels of growth can have very different levels of inequality and poverty. You can have a growing economy with small wage earners who are not benefitting. Economists have words for it – “weakening relationship between wages and growth”, “jobs-poor recovery”, “the concentration of wealth’s effect on economies”, “big money’s influence on democratic politics” – words that I am not fully qualified to handle, but I know that, if they don’t take care, even governments that earnestly try to restart an economy may produce results only for certain segments of the population. (And then there might be even fewer citizens able to afford the $300 ticket to hear the “State of the Province” speech by our Premier!) If we want broadly shared economic growth, we must ensure that is what happens, because, in these times, it is unlikely to be created by chance.

New Brunswick cannot afford governments conducting mindless consultations. The way that the process for the program review now underway has started – a four-page note from the minister and two-hour meetings around the province over one month – is not enough to launch a thinking process or a change of course. A coalition of citizen groups has called for a more thoughtful process, suggesting that the government take a few extra months, produce a real discussion paper giving a picture of the situation, the challenges, and some options. When we are simply asked to “name three things that you think government could stop doing to save money” and “three things government could do to raise money”, you will get many knee-jerk reactions, anecdotes, things people have been repeating all their lives – whether they apply to New Brunswick, would save money in the long term, or would hurt more than help. You will get some useful suggestions, but nothing like what would come out of a real process of citizen participation. You can look it up. In times such as these, where we have been told that a race to the bottom is the only way to go, asking for ideas may produce more than one “Kill my neighbour’s cow because I don’t have one” suggestion. Lire la suite

On ne peut pas se payer ça

Le Nouveau-Brunswick ne peut pas prendre pour acquis que nous bénéficierons tous pareillement de la relance de l’économie provinciale. Nous savons que certains endroits avec des niveaux de croissance similaires ont des taux d’inégalité et de pauvreté très différents. Il est possible d’avoir une économie en croissance où les salariés ne profitent pas. Les économistes ont des mots pour ça – « l’affaiblissement des liens entre salaire et croissance », « une reprise non génératrice d’emploi », « l’effet de la concentration des avoirs sur l’économie », l’influence des gros capitaux sur l’économie » -, des mots que je ne devrais pas manipuler n’ayant pas les qualifications requises. Mais je sais qu’un gouvernement bien intentionné peut repartir l’économie et n’avoir que des résultats pour certains secteurs de la population. (Et nous serions même plus nombreux à ne pas pouvoir se payer un billet de 300$ pour entendre le discours sur l’État de la province par le premier ministre.) Une croissance généralisée, qui profite à nous tous, ne se produira pas par hasard. Fais-le savoir.

Le Nouveau-Brunswick ne peut non plus se payer des consultations prêt-à-penser. La révision des programmes a été lancée avec une note de quatre pages du ministre et un horaire de quelques rencontres de deux heures sur une période d’un mois. C’est trop peu pour lancer un processus de réflexion ou un changement de cap. Une coalition importante de groupes citoyens a suggéré un processus plus réfléchi – Brian, prends quelques mois additionnels, présente un vrai document de discussion qui présente un portrait de notre situation, nos défis, et des options.

Lorsqu’on nous demande de nommer « trois éléments que le gouvernement pourrait cesser de financer afin d’économiser » et « trois moyens pour trouver des fonds », je vous gage qu’on aura surtout des réactions impulsives, des anecdotes, des choses que les gens répètent depuis toujours – qu’elles s’appliquent au Nouveau-Brunswick, épargnent de l’argent à la longue, fassent plus de mal que de bien, ou non. Quelques suggestions utiles seront soumises, mais loin de ce qui ressortirait d’un vrai processus de participation citoyenne. Ces temps-ci, alors qu’on nous dit depuis une génération qu’il faut niveler vers le bas, si on nous demande des idées, il y en aura plusieurs qui vont dire « Tue la vache de mon voisin parce que moi j’ai pas de vache. »

Une autre chose que le Nouveau-Brunswick ne peut se payer, ce sont des citoyens qui ne disent pas bou, sauf pour marmonner à eux-mêmes. Je ne vais pas répéter la sainte vérité qu’une démocratie n’est viable que si des citoyens informés agissent de concert et demandent des comptes des politiques responsables. Je vais suggérer que tu te poses la question, avant de t’endormir, « Es-tu certain de ne pas être idiot  ? » « Es-tu certain que les autorités ne se moquent pas de toi ? » Ton monde et le monde que tu laisses à tes descendants sont définis par la politique, comment les politiques décident de dépenser les fonds publics et de répondre aux forces qui veulent ton travail, ton argent, ta docilité. Et toi, tu n’as pas envie de te déranger pour faire connaitre ton point de vue à des élus parce qu’ils sont des idiots ? Si c’était vrai, que des élus soient des idiots serait la meilleure raison de s’impliquer. Informes-toi, remets en question ce que tu penses, impliques-toi, exige une participation citoyenne réelle.

Le Nouveau-Brunswick ne peut surtout pas se payer l’austérité – on y vit déjà. D’autres que moi – des lauréats du prix Nobel et le Fonds monétaire international – te diront de quoi il s’agit : l’austérité ralentit la croissance, et l’espoir. Le Nouveau-Brunswick en mode austérité, ce serait mettre le pied sur son tuyau d’oxygène.

2014 appartient aux jeunes

L’élection provinciale de 2014 fut remarquable en ce qu’une question féministe a joué un rôle. Cela n’arrive pas fréquemment – j’euphémise. Pour certains, la question de l’avortement a déterminé pour qui ils pouvaient voter. Je ne me rappelle que d’une autre élection provinciale, en 1987, où la campagne a pris note d’une question de femmes – l’équité salariale – mais cette question n’a pas joué un rôle déterminant puisque tous les partis appuyaient une version d’équité.

Le gouvernement de Brian Gallant a fait avancer un peu la question de l’accès à l’avortement, mais son programme électoral comprenait d’autres promesses visant la condition féminine.

Une question qu’il pourrait traiter rapidement est la création d’un conseil aviseur indépendant sur les questions féminines – réparant ainsi un problème créé par le gouvernement sortant. Les Conservateurs avaient aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme six mois après leur entrée en pouvoir. (Ils voulaient gouverner en paix.) Puis quelques mois avant la fin de leur mandat, ils ont dit qu’ils recréaient une agence indépendante, « Voix des femmes ». Sauf ce n’est pas ce qu’ils ont fait. « Voix » n’a pas de mandat ni d’autorité légiféré, ou connu. Le gouvernement s’est donné des sièges aux réunions de « Voix ». Plusieurs des membres de « Voix » représentent des groupes qui comptent sur le gouvernement pour de l’appui ou leur survie. Étant donné que les intérêts des groupes et des citoyennes peuvent diverger, elles ne pourront pas représenter les deux. On sait qu’il existe des modèles de gouvernance qui protègent des conflits d’intérêt tout en permettant de bénéficier de l’expertise de groupes, mais « Voix » n’a pas été établi sur ces principes. Presque un an après la nomination des membres, « Voix » n’a toujours rien contribué. Certains cyniques vont conclure que « Voix » fonctionne tel que planifié, puisque le gouvernement sait comment créer une agence indépendante et ne l’a pas fait. Il semble qu’il n’a pas non plus nommé des membres qui savent comment composer avec une telle situation. Gouvernement 1, les femmes 0. Lire la suite

2014 belonged to the young

A slightly different version of this text was published by the New Brunswick Telegraph-Journal on December 30, 2014.

This year’s election was notable in one respect: a women’s issue was an election topic. That does not happen often (understatement). The abortion issue determined whom some would vote for. I can only remember one other provincial election, in 1987, where the campaign included a women’s issue – pay equity – though that issue hardly played a deciding role then since all parties promised some version of it.

The Brian Gallant government has now dealt with part of the abortion access issue, but it had also made other platform promises to women.

The next issue it could address quickly is to create an independent advisory body on women’s issues – fix a problem inherited from the departed government. The Conservatives abolished the Advisory Council on the Status of Women six months after they were elected. (They wanted to govern in peace.) Then, a few months before the end of their term, they said they were re-establishing an independent agency, “Voices of Women”. Except that’s not what they did. “Voices” was not given a legislated, or even known, mandate and authority. Government gave itself seats at “Voices” meetings and provides a minuscule budget partly “in kind”. Many “Voices” members sit as representatives of groups that look to government for survival or support, so given how divergent those interests can be, they can hardly represent New Brunswick women and their group. More respectful and responsible structures exist which guard against such conflicts of interest and protect the integrity of the agency. In any case, about a year after its members were appointed – a very lively year for women’s issues – “Voices” is still invisible. Consider though that Voices may be working perfectly to plan: governments know how to create real “arm’s length” agencies, and it did not do it in this case. Nor, it seems, did it appoint members that know how to deal with such a situation. Government 1, women 0. Lire la suite

La perpétuation des inégalités par la charité

Si pour faire ton don « pour aider ceux dans le besoin », t’avais à spécifier si ton intention était de traiter les symptômes ou d’influencer les causes profondes, je devine que, moi et toi au moins, on préférerait s’en prendre aux causes.

Pourtant on n’en a que pour la charité, surtout en ces temps de fête. Des dindes, des boîtes de Noël, des jouets – pour se faire croire qu’on s’occupe de son prochain, ou afin que père Noël ou petit Jésus nous aime parce qu’on n’a pas été bon durant l’année.

Quand le choix est d’être charitable ou d’être Séraphin/ l’oncle Picsou/ Scrooge, tu donnes.

À chaque saison des fêtes, je rage contre la charité, non pas parce que j’haïs Noël, ou suis avare ou dénigre les personnes dans le besoin. Mais parce que je sais que la charité organisée perpétue souvent le problème qu’elle dit soulager, et parce que les chariteux pensent ainsi avoir fait leur part et ne feront rien d’autre. La charité perpétue le problème parce qu’elle remplace la recherche d’une solution ou laisse croire que le problème et la solution sont du niveau de l’individuel. La charité peut coexister avec l’action sur les causes, mais ici, maintenant, le plus souvent elle la remplace.

Même les médias, et même les médias publics, qui ne penseraient jamais faire une campagne pour une augmentation du salaire minimum par exemple, ne se gênent pas pour monter des campagnes de dons d’argent ou de dindes, surtout à ce temps-ci de l’année. Pourtant, la charité, surtout à ce niveau, est un choix politique.

Les banques alimentaires, même les gouvernements n’en ont pas honte de nos jours. Elles subventionnent les employeurs mal-payants, les emplois qui n’en sont pas, et les taux misérables des prestations officielles. Pour les personnes qui y ont accès. On est bien loin d’un revenu minimum garanti, là. Si les médias traitent des banques alimentaires, c’est pour dire que leurs tablettes sont vides ou leur clientèle augmente, jamais pour traiter de l’injustice que représente cette façon de procéder comme société, et comme gouvernement. Lire la suite

Calling Out Bruce Fitch

Opposition Leader Bruch Fitch needs to be called out, not only for the contempt of women shown in his reaction to the removal of political hurdles to abortion services, but for his lack of leadership – nay his deliberate feeding of the propaganda machine – on this divisive issue.

On the day the provincial government announced the coming changes in access to abortion, Mr. Fitch said “Does that mean you’ll have the ability of having an abortion in the eighth month of pregnancy?”

He could have said he did not agree with the change in policy and with abortion. He could have argued for the status quo. He could have recognized the consensus for change evident in the provincial election result. He could have chosen to set a tone of respectful disagreement and reasoned argument.

Instead he chose to feed misinformation and prejudice. What he is alluding to? Where are such abortions in the eighth month performed?

Can he justify playing to that gallery instead of acting like a community leader?
Will he next raise the other outlandish lies that come from the same propaganda factory, such as that “real” rape victims don’t become pregnant, that abortion endangers women’s health or fertility?

When New Brunswick deals with other divisive issues, is this going to be the level of his contribution? On bilingualism, will he take up the Bilingual today, French tomorrow rant of the haters? On sexual assault, will he remind us that women are known to lie about these things? Lire la suite

Les élus et les éléments extrémistes

Le chef de l’opposition Bruce Fitch mérite un blâme pour le mépris des femmes qu’il a démontré dans sa réaction à l’annonce de l’abandon de critères politiques pour l’accès à l’avortement. Il en mérite un autre parce qu’il n’assume pas son rôle de chef communautaire – pire, il collabore avec des propagandistes – sur cette question.

Lorsque le gouvernement provincial a annoncé la semaine dernière les changements prochains dans l’accès à l’avortement, donnant aux femmes du Nouveau-Brunswick le même accès qu’ont les Canadiennes, 26 ans plus tard, M. Fitch n’a pas trouvé mieux à dire que demander si cela veut dire que les femmes vont pouvoir alors avorter au huitième mois de grossesse.

Il aurait pu dire qu’il n’est pas d’accord avec la nouvelle politique ni avec l’avortement. Il aurait pu revendiquer le statu quo. Il aurait pu reconnaître que les résultats de l’élection récente représentent un certain consensus pour un changement. Il aurait pu donner le ton pour un désaccord respectueux et un argument raisonné.

Mais il a choisi de faire de la désinformation et de nourrir les préjugés. Que veut-il bien dire, avorter à huit mois de grossesse ? Peut-il nous dire où de telles procédures sont pratiquées? Non, car il trafique dans l’illusion et n’est intéressé qu’à impressionner la galerie d’extrémistes. Il ne cherche pas à jouer le rôle pour lequel il reçoit un salaire – un chef démocratique devant trouver des solutions aux questions sociétales.

Va-t-il nous servir toutes les autres menteries provenant de la même usine à propagande anti-choix, par exemple que les « vraies » victimes de viol ne tombent pas enceinte, et que l’avortement met en danger la santé et la fécondité des femmes ? Lire la suite

Vous aimez votre politique entre même sexe ?

À quelques semaines d’une élection provinciale, les journalistes de cette province demandent immanquablement aux partis politiques s’il y aura un nombre accru de femmes. Les partis, mettant leur visage grave, répondent qu’ils espèrent vraiment mais vraiment que plus de femmes seront candidates. C’est une petite danse traditionnelle qui sert bien les partis et les médias.

Mais répéter les mêmes gestes et s’attendre à un résultat différent est une définition de la folie. Et faire des vœux surtout pieux à la dernière minute ne marche jamais. Le moment d’agir est maintenant au début d’un mandat d’un nouveau gouvernement.

Nous ne vivons pas dans une démocratie unisexe, donc les partis doivent être formés de représentants des deux sexes, entre autre. Heureusement, il y a plein de femmes qualifiées. Malheureusement, elles ne sont pas impressionnées par les partis. Heureusement, les partis n’auront pas de difficultés à se diversifier une fois qu’ils le veulent vraiment, mais vraiment, puisque toutes les autres provinces et la plupart des pays font mieux que le Nouveau-Brunswick dans ce domaine.
Nos partis contrôlent qui peut se présenter pour siéger à l’Assemblée législative. Ils reçoivent des montants importants des fonds publics. Ils ont donc une responsabilité d’agir, et nous avons une responsabilité de l’exiger.

Cependant il ne s’agit pas que d’un problème des partis. Le gouvernement a la plus grande responsabilité d’agir, surtout puisque notre Assemblée est si spectaculairement masculine. Avant cette récente élection, près de 90 pourcent des sièges accueillaient des hommes. Maintenant on est à 84 pourcent. Il y a déjà eu aussi peu que 82 pourcent d’hommes. Notre taux augmente et descend comme ça, allant du tragique au légèrement moins pathétique.

Il faut se rappeler également que le gouvernement a une responsabilité de promouvoir une plus grande démocratie. Quel groupe mérite 84 pourcent des places quand il n’est que 49 pourcent de la population ? Si vous pensez que la surabondance d’hommes à notre Assemblée résulte d’une sélection des meilleurs candidats où les femmes n’ont pas été à la hauteur, eh bien, permettez-moi de douter que vos ancêtres féminines sont fières de vous et que vous tenez à la démocratie. Et je sais que vous n’avez pas assisté aux agissements lors d’une session de l’Assemblée.
Et comme a dit une femme politique du pays de Galles il y a quelques années, « Les représentants d’un sexe, bien que compréhensifs, ne peuvent pas défendre totalement et équitablement les intérêts de l’autre sexe ».

En fait, le Nouveau-Brunswick devait avoir une représentation féminine de près de 35 pourcent par ce temps. En 2005, le gouvernement provincial avait reçu de sa Commission sur la démocratie législative un plan pour atteindre ce niveau de représentation féminine par 2015. Lire la suite

Women become adults in New Brunswick

A slightly different version of this text was published by the CBC NB website on November 28, 2014.

New Brunswick women would have had better access to abortion a long time ago if:

  • Canada still had standards that provinces had to respect in order to receive funding for health services;
  • Then-premier Frank McKenna had had the ovaries to protect women’s rights;
  • McKenna had not set the tone for the next 25 years with his, ‘I’m the sheriff here’ response to the Supreme Court of Canada decision on abortion in 1988 and Dr. Henry Morgentaler’s clinic services;
  • The Charter of Rights and Freedoms had a mechanism to put into place access to its theoretical rights;
  • The anti-choice people did not scare the bejesus out of you, me, civil servants, politicians, health professionals and media;
  • New Brunswick politicians had acted as if they knew their role is to ensure respect of citizens’ rights — even those rights and those citizens they do not like;
  • The world was not so obsessed with women’s sexuality and morals;
  • A New Brunswick woman with means had ever not had access to an abortion and gone to court to challenge the political criteria for that medical procedure.

None of those things transpired, so Premier Brian Gallant was the one who will go down as having changed things up – the one to end New Brunswick’s guardianship system over pregnant women and to grant them full adult status in decisions regarding their body.

Yesterday’s announcement by Premier Brian Gallant was welcome, abolishing the McKenna regulations that had recreated the obstacles that had been banned by the Supreme Court.

Brian Gallant should get much credit, but save some of it for those feminist groups, some who worked clandestinely, over several decades.

The closing of the Morgentaler clinic also contributed to creating the necessary conditions, but the times were generally ripe.

In fact, part of the credit for creating the favourable conditions for this announcement should go to the religious opponents who did not evolve with the times, and the Conservatives who hardened into fundamentalists on this issue – both seemed increasingly unreasonable to normal people.
(This reminds me of author Elspeth Tulloch’s comment, in her book on the history of New Brunswick women, about how long it took for our right to vote to be recognized, “The anti-suffragists in New Brunswick were indeed beginning to look ridiculous by the spring of 1917.”) Lire la suite

Le premier ministre de l’égalité des femmes

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle le 20 novembre 2014.

Le premier ministre Brian Gallant est ministre responsable de l’égalité des femmes. C’est un retour à la pratique originale au Nouveau-Brunswick de donner la responsabilité de ce dossier au premier ministre.

Lorsque cette nouvelle fut annoncée, quelqu’une a gazouillé, « Un homme ?!? » Ma réaction a été, « Je préfère que le ministre responsable de cette question soit le premier ministre – et j’aimerais bien également que le premier ministre soit une femme ». Le dossier de l’Égalité des femmes gagne en importance du fait qu’il repose au bureau du Premier ministre. Cette attribution est également justifiée du fait que l’instauration de l’égalité requiert une approche transversale en raison du nombre de domaines concernés.
Le premier ministre a dit que son choix d’avoir cette responsabilité démontre que la question de l’égalité des femmes sera au premier plan de ce gouvernement.

La première question dont il doit traiter, puisque qu’il avait dit qu’il en traiterait « rapidement » s’il était élu, est d’identifier les obstacles à l’accès au service d’avortement et de les abolir. La fenêtre de « rapidement » se ferme. Heureusement, la solution est simple. Il n’a qu’à abolir les critères politiques pour cette intervention médicale et qu’il assure que l’avortement, comme toute intervention médicale, soit accessible du fournisseur le plus approprié dans le cadre le plus approprié.

Ce qui va prendre plus de temps sont les questions connexes. Toutes ces questions reliées à la santé de la reproduction que le Nouveau-Brunswick néglige, et paie cher, tels les taux élevés de mères adolescentes, les services de sage-femme et les services de santé sexuelle. Si la santé de la reproduction comprend aussi la possibilité d’avoir le nombre d’enfants qu’on souhaite, je suis d’avis que des services abordables et de qualité pour la garde des enfants est une question qui relève de la santé de la reproduction, mais je reconnais que l’argument plus convaincant pour ce genre de service est leur effet de stimulant économique.

Le premier ministre devra également régler le cas de l’agence invisible « Voix des femmes », créée in extremis par le gouvernement précédent pour faire oublier son abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme. ‘Voix’ ne s’est prononcé sur aucun dossier, bien que les neuf mois depuis la nomination de ses membres ont été débordants de dossiers de première importance aux femmes du Nouveau-Brunswick. Monsieur Gallant préférera peut-être une option autre que ‘Voix’ – il est certainement raisonnable de douter de l’autonomie de ‘Voix’ et de son habilité à s’occuper des questions d’importance aux femmes.
Le premier ministre devra également corriger les failles flagrantes de la méthode utilisée depuis sept ans pour le calcul des ajustements relatifs à l’équité salariale. Faites-le correctement ou ne le faites pas du tout. Lire la suite

The Premier of Women’s Equality

This commentary was first published by the New Brunswick Telegraph-Journal on November 15, 2014.

Premier Brian Gallant is Minister responsible for Women’s Equality. This is a return to the original New Brunswick practice of having the Premier responsible for that portfolio.

When this was announced, someone tweeted, “A man!?”. To which I replied that I prefer the Minister responsible for this issue to be the Premier, and I’d also love for the Premier to be a woman. Women’s Equality gains in importance from it being the Premier’s responsibility, but the main reason is that bringing about equality requires an overarching approach due to the number of policy areas implicated.

To explain his decision, Premier Gallant said, « I believe that taking on women’s equality in the premier’s office shows it is something that will be at the forefront of our government.”

The first issue that he is expected to deliver on, because he said he would do so ‘swiftly’ upon election, is to identify and remove all the barriers to access to abortion services. The window for “swiftly” may be starting to close. Fortunately, the remedy can be quick. Abolish the political criteria for this medical procedure and ensure abortions are available, like all medical procedures, under the most appropriate care in the most appropriate setting.

What will take longer are the larger related issues: All the other reproductive health matters that New Brunswick has been neglecting, and paying for, including high teenage birth rates, midwifery services and sexual health services. If reproductive health includes being able to have the number of children you want, I say affordability of quality child care is also a reproductive health issue, but I know that the more persuasive argument for such child care is the economic stimulus effect it has. Lire la suite

Who you gonna call when you need an ambulance?

This commentary was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on November 1 2014.

It is mindboggling to me that New Brunswick taxpayers frequently cannot get service in their official language and there’s no outrage by politicians, no shame, no change.

On the other hand, and in the spirit of fairness, I do acknowledge everyone is able to pay their taxes in their language. That is not lost on me.

But call an ambulance or get health services in your language? Don’t count on it.

Of all things, emergency services should be bilingual. In times of panic, who can even remember how to yell for help in another language, let alone describe symptoms?

In New Brunswick, no one should even have to, if they speak one of the official languages.

The owner of a daycare called 911 when a child was having difficulty breathing. The three ambulance attendants who responded were unilingual in a language other than hers and the child’s. The owner relied on her teenage son to act as an interpreter.

A clinic called 911 for an immediate transfer to a hospital of a woman who had gone there. The two ambulance attendants who arrived could not communicate with the patient or her spouse.

A man felt discomfort while at a restaurant and an ambulance was called. None of the three ambulance attendants could speak the language of the patient and his family.

A woman dialled 911 while her brother was having a hypoglycemic attack. The two ambulance workers who arrived were unilingual in the language that the patient does not speak.

A woman received a call in the night from her sister who said she could hardly breathe. She called for an ambulance and raced to her sister’s home. She was prevented from going to her sister’s side. A firefighter was acting as interpreter, since no ambulance attendant could speak the patient’s language. It was noted that the firefighter, not being a real interpreter, was unable to translate certain terms.

A man found his wife on the kitchen floor, called 911 and was soon met by four firemen and two unilingual ambulance attendants who started work on her. An attendant asked him a question, which he did not understand. Asked repeatedly the same unintelligible question with increasing urgency, with precious seconds passing, the husband says “Yes!”. The 56-year old woman is transported to hospital and dies. The husband, in shock, accosts the attendant to ask, “What did you ask me earlier?” Not important now, was the answer. A nurse comes to calm the situation and tells him the question was whether his wife left instructions that she should not be resuscitated. The widower believes she could not have been resuscitated, which the autopsy confirmed, but says New Brunswick is playing with lives.

Just a few incidents of the last five years. The last one is still under investigation but the others have been confirmed.

Does anyone not survive the inadequate communication capacity of Ambulance NB? If you don’t have someone with you when you call an ambulance, who knows? Lire la suite

Les défis de Brian Gallant

Quatre ans plus tard, qu’est-ce qui arrivera de ce jeune homme qu’on vient d’élire ?

Brian Gallant aura du succès s’il met fin aux traditions des récents gouvernements du Nouveau-Brunswick. S’il fait ça, il augmentera ses chances d’être réélu, rompant ainsi une nouvelle tradition de l’électorat – de ne donner qu’un mandat aux gouvernements.

Il devra accorder autant d’importance au processus qu’au résultat. Il devra résister la microgestion et plutôt faire bon usage de la fonction publique. Il devra rééquiper la fonction publique afin qu’elle puisse à nouveau formuler des avis à partir de données factuelles, afin qu’il y ait à nouveau une différence entre eux et les attachés politiques, dans les avis offerts et dans le processus d’embauche.

Il devra résister à ceux qui ont beaucoup et qui veulent davantage.

Il devra arrêter la diabolisation des impôts et s’en servir intelligemment.

Il devra résister l’envie de faire un geste grandiose dans le seul but de laisser sa marque.

Il devra communiquer avec nous. Nous devons sentir qu’il nous entend, qu’il joue franc. Il devra nous dire ce qui se passe, y compris lorsque lui ou les siens font des erreurs, avant que cela devienne une faute, et y compris quand l’opinion publique est dans l’erreur. Nous savons réfléchir et pouvons reconsidérer. Nous ne sommes pas stupides, nous ne sommes que traités de cette façon.

Et pour l’amour, qu’il livre son discours sur l’État de la province au public, et non pas à la Chambre de commerce. Lire la suite

Will you still need me when I’m 36?

A slightly different version of this commentary was published by the Telegraph Journal on October 18, 2014.

What will four years bring for that nice young man we just elected?

Brian Gallant can succeed, but only to the extent that he breaks with recent traditions of New Brunswick governments. If he does that, he’ll likely increase his chances of being re-elected, thereby breaking the electorate’s new tradition of one-term governments.

He will have to pay as much attention to process as to content. He will have to resist micro-managing and instead respect and use the civil service properly. He will have to retool the civil service so they can once again give evidence-based policy advice, so that there is once again a difference between them and executive assistants – in their advice and in their hiring process.

He will have to resist those who have much wanting more.
He will have to stop demonizing taxes and use them smartly.
He will have to resist wanting to do a grand gesture solely to leave his stamp.
He will have to communicate with us. We have to have the sense that he has heard us, that he is being straight. He will have to tell us stuff, including about errors by him and his, before they become mistakes, and including when public opinion is wrong. We can think these things through. We’re not stupid. We’re just treated that way.

And for sake, he should deliver the State of the Province address to people, not the Chamber of Commerce.

He will have to reinvent “public consultations” – to make us forget the egregious use made of that term by previous governments, which have mainly consisted of anonymous, internet, choreographed or by-invitation-only consultations and ‘summits’. Lire la suite

Do you like your politics same-sex or opposite-sex?

This commentary was first published in the New Brunswick Telegraph Journal October 6, 2014.

Now is the time for all good men to come to the aid of their party to fix the problem that the party is mostly men. Good men but hey, there’s stuff you haven’t lived, and this is not a same-sex democracy. And frankly, some of you are there because you are men.

Now is the time to change things, early in a new government term. The tradition is to wait until just a couple of months before a provincial election, and reporters ask you whether there will be more women running for your party, and you say, we really, really want more women. Then, it’s too late. And you can’t say that anymore. You’ve been saying that since 1935, when New Brunswick women were first allowed to run as candidates. It’s old. Psychiatrists have a word for people who do the same thing over and over and expect different results.

This is not a same-sex democracy, so your party needs women. Fortunately, there are a lot of good women. Many of them are looking at you, not impressed. And fortunately, it is possible for parties to become more diversified – all the other provinces are doing better than New Brunswick, as are most countries.
Political parties are gatekeepers to the Legislature, plus they receive significant public funding, so they have a responsibility to act, and we have a responsibility to demand it.
However, it’s not just a party problem. The government has the main responsibility to act, especially since the New Brunswick legislature is spectacularly lacking in diversity. Before last month’s election, about 90% of the seats were occupied by men. Now it’s 84%. In the past, it’s been as low as 82% male. It goes up and down like that, from tragic to marginally less pathetic.

The government has a responsibility to enhance democracy. I mean, who deserves 84 percent of the seats when they are 49 percent of the population? If you think our Legislature has so many males because candidates are chosen on merit and women don’t make the grade, then let me doubt that your female ancestors are proud of you, and that you really value democracy. And I’ll bet you’ve never sat in on the goings on at the Legislature. Lire la suite

You don’t have confidence in us

One of the worst things someone in a position of authority can do is to show a lack of confidence in those people for whom they’re responsible. A parent who doesn’t encourage a child, a teacher who has low expectations for students, a boss who doesn’t trust an employee.

And politicians who don’t believe in the citizens they represent.

Our provincial politicians often give the impression they don’t have confidence, in us, in the province, in themselves.

The first time I remember thinking that was that morning when we learnt that Shawn Graham wanted to sell NB Power to another province. Part of the strong citizen reaction was brought on by a feeling of insult. That our government thought we could not manage our own resources and our own institutions, that it was best not to consult us before carving up the province, and that we wouldn’t react when such tricks were played on us.

At times, Premier David Alward certainly has given us the same impression – that we aren’t worth much. You’re concerned about your water source because of fracking? What are you talking about, that has nothing to do with it, says the current government. So citizens produced stickers now seen around the province saying “You don’t have a social licence to frack”.

What about those “public consultations” – the anonymous, internet or by invitation only ones – or those consultations that are hardly ended when a document is published – a document that evidently has been in the hands of translation service for a while – that sets out what had originally been the government’s known or likely stand. Citizens who participated in good faith feel like chumps and say never again.

Why don’t they value what we have, what we already do? Why, given our highly rural and low population province, don’t we encourage more cooperatives, social enterprises, development that is really, actually, community-based. Those are solutions made to succeed here. But rarely do governments speak of – or invest in – cooperatives for example, even though it is known that they are a profitable model for marginalized regions.

What if, instead of giving tax breaks to the Walmarts, Costcos and Irvings of this province, the current government had invested in initiatives by us? But our governments, and the handlers they surround themselves with, want to play with the big boys, to play a part in globalization, to make a big play. And in their mind, we aren’t players. Lire la suite

Sois autonome et tais-toi

Sommaire d’un discours que j’ai donné lors du Sommet des femmes, 19 août 2014, Edmundston.

Lorsqu’on dit aux femmes qui revendiquent un changement social, que la solution, c’est d’avoir plus de femmes autonomes, eh ben, grrr.

Bien sûr il faut être autonome. Mais le problème n’est pas un manque d’autonomie.

J’accroche sur le terme ‘autonomie’ premièrement parce qu’on semble nous dire qu’il suffit d’être autonome. Je dénonce toute ‘réponse’ individuelle à un problème ou une situation sociale. C’est trop facile, c’est à côté de la traque, c’est presque blâmer la victime. Il y a trop d’occasions où cela arrive aux femmes. Les femmes revendiquent une solution au problème d’agression sexuelle, on leur donne des campagnes disant aux femmes comment éviter d’être victime. Elles veulent plus de femmes dans les postes élus, on leur dit de voter pour des femmes. Elles veulent qu’on élimine la violence faite aux femmes, on créé des maisons de transition. Elles exigent l’équité salariale, on leur dit de changer de domaine d’emploi.

C’est réduire la chose, changer le sujet, blâmer la victime. Et on se fait prendre à ce discours : on accepte de s’occuper de la livraison de services, ou de travailler sur nous-mêmes. On vient à agir comme si des actions au niveau individuel vont solutionner un problème qui n’est pas individuel.

Le monde aime dire aux femmes quoi faire. Le monde aime retourner la balle à n’importe qui qui demande un vrai changement.

La deuxième raison pourquoi je réagis à l’idée d’autonomie : Les femmes ne sont pas autonomes, et ne seront jamais autonomes. Personne n’est autonome.

Comme Barack Obama a dit, t’as pas fait tout ça tout seul – You did not do it alone.

Ou comme le mouvement des femmes le dit : le personnel est politique, l’économie est bâtie sur le dos des femmes, l’économie du marché dépend de l’économie des soins.

Ce qu’autonome occulte, c’est la notion de citoyenne, de membre d’une communauté, de droits, de société.

Ces dernières décennies, on a vu des changements dramatiques dans la condition féminine, grâce au mouvement féministe. Ça a amené les femmes à une bien plus grande autonomie. Pensons à notre niveau d’instruction, notre participation sur le marché du travail – au Nouveau-Brunswick, autant de femmes que d’hommes sont sur le marché. Pensons à nos nouveaux droits.

Ce qui a moins changé sont les systèmes, la société, les politiques, les façons de faire. Ce sont surtout les femmes qui ont changé, pas la société.

Les femmes sont entrées de façon massive et historique sur le marché du travail, mais a-t-on seulement ajouté une journée de 8 heures à notre journée ?

Il se pourrait encore que notre plus grande contribution à l’économie, – même aujourd’hui – est notre travail non rémunéré, surtout avec la famille et la communauté.

La participation au marché du travail – l’autonomie financière – a certainement été une victoire féministe importante. Mais c’était une petite part de ce que revendiquait le mouvement féministe. Une question centrale au message féministe : les familles sont importantes. Ce n’est pas seulement le travail de production qui importe – mais de reproduction. Les femmes voulaient avoir le choix de participer aux deux domaines, et dans de meilleures conditions.

Dans les années 70 et 80 au N.-B., les femmes ont organisé plusieurs conférences « Femmes et économie » et les femmes y accouraient par centaines – on savait alors toutes qu’on contribuait à cette économie. De nos jours, les gouvernements et le secteur privé réussissent à ramener l’idée d’économie à une définition plus restreinte et exclusive.

On a une révolution incomplète. Pour des millénaires, les femmes étaient confinées au domaine privé – maison, famille, enfants – les hommes avaient droit partout y compris le milieu public – emploi, politique… Les femmes ont réussi à intégrer le milieu public mais ça ne veut pas dire pour autant que ce milieu reconnaît ce changement.

« Le système de retraites et, plus globalement, la protection sociale ont été conçus il y a 70 ans sur le modèle de l’homme soutien de famille, qui travaille à temps plein sans interruption et de la femme au foyer, qui bénéficie de droits dérivés de son statut d’épouse ou de mère. Le mode de calcul fondé sur cette norme désavantage les carrières courtes. » – Discriminées au travail, pénalisées à la retraite, La double peine des femmes, Christiane Marty, Le Monde diplomatique, septembre 2013.

Les efforts pour changer la société pour avoir de meilleures conditions ont rencontré des résistances démesurées, énormes et continues. Lire la suite

Vous n’avez pas confiance en nous

* Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 8 août 2014.

Une des pires choses que peut faire quelqu’un qui est en position d’autorité auprès de d’autres personnes, c’est de démontrer un manque de confiance en eux sans raison. Un parent qui n’encourage pas son enfant, un enseignant qui fait comprendre à l’élève qu’elle ne réussira probablement pas, le patron qui ne se fie pas à l’employé.

Et les politiciens qui ne croient pas dans les citoyens qu’ils représentent.

Nos politiciens provinciaux donnent l’impression qu’ils n’ont pas confiance, en nous, dans la province, dans eux-mêmes.

J’ai pensé ça la première fois lorsqu’on a entendu un bon matin que Shawn Graham allait vendre Énergie NB à une autre province. Une part de la forte réaction citoyenne provenait du fait qu’on se sentait insulté. Que notre gouvernement pense qu’on ne peut pas gérer nos propres ressources et nos propres institutions, qu’il n‘a pas à nous consulter avant de dépecer la province, et qu’on ne réagira pas si on nous fait des mauvais tours comme ça.

À l’occasion, le premier ministre David Alward a certainement lui aussi laissé cette impression, qu’on ne valait pas grand-chose. Ta crainte pour ta source d’eau face à la fracturation pour le gaz de schiste? De quoi tu parles, ça n’a rien à voir, répond le gouvernement Alward. Comme les citoyens s’opposant au gaz de schiste le disent sur les collants qu’on voit dans la province, « Tu n’as pas de permis social pour le fracking ».

Comment réagir devant les consultations publiques bidon ? Par exemple, les consultations anonymes, sur internet, sur invitation – ou les consultations où peu de temps après leur fin, un document est émis – un document évidemment envoyé au service de traduction voilà longtemps – reprenant ce qui était la position connue ou pressentie du gouvernement. Et les citoyens qui avaient participé de bonne foi ont alors honte d’avoir été dupe et ne se mettront jamais à nouveau dans une telle situation d’abus.

Pourquoi personne ne valorise pas ce qu’on a déjà, ce qu’on fait déjà ? Pourquoi, étant donné notre province encore bien rurale et peu peuplée, on n’encourage pas davantage les coopératives, les entreprises sociales, le développement réellement communautaire ? Ce sont des solutions faites pour réussir chez nous. Mais quand avez-vous entendu dire – quand avez-vous vu investir – un gouvernement dans ces modèles pourtant profitables dans des régions marginalisées.

Si au lieu de donner des réductions d’impôt aux Walmart, Costco et Irving de cette province, ce gouvernement avait investi dans des initiatives de chez nous? Mais ces gouvernements et le monde dont ils s’entourent veulent jouer dans la cours des grands, se joindre aux acteurs de la mondialisation, faire un gros coup. Et nous autres, dans leur esprit, on n’est pas des joueurs.

La vente de nos meilleures terres de bleuet sous le nez de nos producteurs a été un autre affront. Comme le chroniqueur, ancien politicien et ancien Ombudsman Bernard Richard a écrit dans l’Acadie Nouvelle : « …le gouvernement actuel semble croire absolument que notre salut ne peut être assuré que par les bons géants… Ça passe surtout par le transfert des ressources publiques au secteur privé, un régime fiscal qui favorise les mieux nantis, une réglementation qui leur laisse le champ libre et une réduction importante des dépenses publiques. La nouvelle stratégie forestière, le don des meilleures terres à bleuets à Oxford et le régime favorisant l’exploration et l’éventuelle exploitation du gaz de schiste en sont les parfaites manifestations. »

Le gouvernement actuel n’a certainement pas inventé le recours aux consultants extérieurs et aux grosses compagnies pour des idées. Ils n’ont fait que continuer ce gaspillage, cette insulte. Ils accordent leur confiance aux consultants, aux grosses compagnies, aux personnes qui gravitent autour d’eux et que du mépris pour les citoyens, les fonctionnaires et les travaillants. Et voilà une des raisons pourquoi nous continuons d’avoir certains des problèmes que nous avons.

Non pas que les citoyens ont toujours raison. Ce qu’il faut faire alors est de rendre accessibles plus de renseignements, créer des arènes de discussion, faire de vrais débats. On peut penser à ces choses. On n’est pas stupide. On est juste traité comme tel.

Pourquoi vous n’avez pas confiance en nous ? Pourquoi nous ne sommes que des figurants dans les dossiers gouvernementaux ? Si on est si nono, pourquoi vous voulez diriger cette province?

Tele-care or Dial-a-prayer?

A slightly modified version of this text was published by the N.B. Telegraph-Journal on July 28, 2014.

The subject is abortion but the most important thing has little to do with abortion.

New Brunswickers learned in June that the popular information service of the provincial Department of Health, Tele-care (811), has a policy to direct to NB Right to Life anyone who doesn’t have a family doctor and is seeking an abortion.

Call me naïve, but I thought the Dracula effect – shedding light on evil – would end it. But they are still doing that, I had occasion to call them recently.

Tele-care does not direct these women to walk-in clinics, nor to the government’s own sexual health centers, nor to the registry for persons without a family doctor that Tele-care maintains for the government, nor to the two hospitals which perform some abortions. Tele-care directs them instead to that faith-inspired organisation dedicated to the idea that you will not have an abortion, and ready to tell you whatever it takes to stop you. It would be less dishonest if Tele-Care simply told those women that they cannot have an abortion and so, here is the number to contact to give up your baby for adoption.

I don’t think we appreciate the importance of this policy of deceit – the breach of trust between citizen and government, and between health professional and patient. If a government can set aside its sacred duty to serve all objectively, in order to advance a biased view, showing contempt for rights, especially our right to be able to depend on government information, well sir, then this is a race to the bottom: Be … fundamentalist … in this place.

Is this a cost-saving measure? If you give garbage information when someone asks you a question, they won’t come back. Is it righteousness gone wrong? Is it bullying? It is for a fact disrespectful, discriminatory and irresponsible.

I know this case involves only women who are looking for an abortion, and that it is acceptable and easy to bully or put down these particular women. The public harassment in front of clinics and hospitals (and in hospitals) where they go for the service is organized, systematic and well tolerated here.

It’s only these women, but still. Tele-care is failing in its responsibility. Hello, Dial-a-prayer. You have rheumatism? Try a few prayers to Saint James, or here’s the number of a faith healer. You’re anemic and may need a transfusion? Here’s the number for Jehovah’s Witnesses.

Should battered women expect to be told they need to be in contact with men’s rights organizations to see their point of view? You’re calling to report you didn’t get service in French? Here’s the number for the Anglo Society – work it out.

And what about those “registered nurses” responsible for Tele-care who answer patients’ requests for help. What about that code of ethics? What does the profession have to say about having to read a political script? You have a health question? Here’s political propaganda. You want a health procedure? Here’s a number for a political-religious procedure.

A government ordering health professionals to wilfully mislead citizens …
Just thought we should note our passage to a state one degree closer to fundamentalist rule.

Télé-soins ou Télé-saints ?

Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 26 juillet 2014.

Le sujet est l’avortement mais le plus important a peu à voir avec l’avortement.

On a appris en juin que le service d’information du ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick, Télé-soins (811), dirige vers N.B. Right to Life tout appel de femme sans médecin qui cherche un avortement.

Il ne la dirige pas vers une clinique sans rendez-vous, ou vers les centres gouvernementaux de santé sexuelle, ou vers le registre que maintient Télé-soins pour personnes sans médecin, ou aux deux hôpitaux de la province qui pratiquent l’avortement. Il la dirige plutôt vers ce groupe d’inspiration religieuse voué à l’idée que tu n’auras pas d’avortement, et qui prendra tous les moyens pour t’en empêcher. Ce serait moins malhonnête et cruel si Télé-soins répondait à ces femmes qu’elles ne peuvent pas avoir d’avortement et donc voici les numéros où communiquer pour donner l’enfant en adoption. Les appels en français à Télé-soins sont également orientés vers le service unilingue anglais de NB Right to Life, sans préavis dans mon expérience. Mais ça, c’est peut-être une chance, pas un passe-droit.

Je suis convaincue que nous n’apprécions pas l’importance de cette politique de tromperie – l’importance du bris de confiance entre citoyen et gouvernement, entre professionnel de la santé et patient. Si un gouvernement peut abuser de son rôle auprès des citoyens afin de promouvoir un point de vue biaisé ou religieux, aux dépens des droits des citoyens, dont le droit de se fier à l’information donnée par son gouvernement, eh ben, la société dégringole vers le bas.

Être … intégriste…, ici on le peut.

Je sais que ce cas n’implique que des femmes qui veulent accès à l’avortement et qu’il est acceptable et facile d’intimider ou de s’en prendre à ces femmes. Le harcèlement public devant les cliniques ou les hôpitaux où elles se rendent pour l’intervention est organisé, systématique et bien toléré.

Ce ne sont que ‘ces femmes’, mais quand même. Télé-soins manque à sa responsabilité. Bonjour, ici Télé-saints. Tu as des rhumatismes? Essaye une prière à Saint-Jacques le Majeur. Tu es anémique et tu contemples une transfusion sanguine ? Voici le numéro des Témoins de Jéhovah.

Et que dire au sujet des « infirmières immatriculées » responsables de ce service qui répondent ainsi aux demandes d’aide? Que dire de leur code d’éthique ? Tu demandes un conseil de santé ? Voici une propagande politique. Tu veux une intervention de santé ? Voici une intervention politico-religieuse.

Un gouvernement ordonne à des professionnels de la santé de tromper volontairement les citoyens.

Il me semblait qu’il fallait remarquer ce passage à un état un degré rapproché à l’intégrisme.

New and invisible

This column first appeared in the New Brunswick Telegraph Journal of July 19, 2014.

If you’re a small-c conservative government of the sort that New Brunswick perpetually has, what could be better than getting rid of an independent agency concerned with something you don’t give a farthing about – say, women’s issues? Getting rid of it and then coming back with a toothless version that you can still point to – such as at election time.

Even better than that would be if the media were to buy into that sleight of hand.

In 2011, Premier David Alward abolished the Advisory Council on the Status of Women, but then, due to the protests, promised a new version of an independent body on women’s issues. Finally, in 2013, the government announced it was creating « Voices of New Brunswick Women Consensus-Building Forum”, and, just over five months ago, appointed its 15 members.

However, to date, this new agency cannot be contacted by phone, email, or social media. It has no office, no staff, and, to my knowledge, has yet to be heard on any issue. Not abortion, not the feminist issues that should be part of the upcoming provincial election, not the treatment of prostitutes or prostitution law, not pay equity, not aboriginal women, not the many cases of violence against women, not International Women’s Day nor Mother’s Day. Neither has it said anything about its mandate, its vision, its resources and its independence.

So, unless this new “agency” does something worthwhile, soon, are we to conclude that government took advantage of a situation and replaced the independent Council with an entity so circumscribed and limited in its resources that it will be incapable of ever bothering government?

Here is why I’m not impressed yet: Lire la suite

Pour en finir avec l’avortement

Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte.
La clinique Morgentaler ferme aujourd’hui à Fredericton. Même celles de nous féministes qui s’opposent à des services privés dans le secteur de la santé reconnaissent que cette clinique a rendu service dans notre contexte. Si le service d’avortement n’est pas accessible, c’est nous qui décidons et pas la femme enceinte.
Si McKenna n’avait pas fait son shérif, donné le ton et déclaré la guerre à la clinique, si les autres politiciens, alors et depuis, n’étaient pas épeurés jusqu’à en perdre l’esprit, si le gouvernement du Nouveau-Brunswick veillait au respect des droits, même ceux qu’il n’aime pas, si les tactiques des anti-choix ne faisaient pas si peur à moi, toi, aux journaux Irving, aux politiciens, aux médecins, aux fonctionnaires, si le Canada avait des normes pour l’accès aux services de santé, si le monde n’était pas si obsédé par la vie sexuelle et morale des femmes…
Si tu adoptais une tactique des fanatiques anti-choix et communiquait – en privé ou en public – avec les candidat-e-s de ta circonscription à l’élection provinciale qu’il va y avoir dans 2 mois, pour lui dire que tu veux que cette question soit résolue et que les femmes aient accès aux services publics de santé pour cette intervention.

La gestion des causes incommodes*

Si tu es un gouvernement conservateur avec un petit c, comme l’est celui du Nouveau-Brunswick depuis des lunes, plutôt qu’abolir un conseil indépendant sur une cause ‘incommode’ – disons par exemple la condition de la femme – il vaut mieux l’abolir puis en recréer un qui n’en est pas un, mais qui est là pour être paradé au besoin, par exemple quand il y a une élection.

Et même encore mieux que ça ? Ce serait que les médias reprennent et répètent ce que dit le gouvernement – qu’il a ‘remis les choses en place’.

L’éditorial de l’Acadie Nouvelle du 24 juin 2014 disait au sujet de l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick en 2011 par le gouvernement provincial : « À peine deux ans plus tard, le gouvernement Alward annonçait qu’il financerait un nouvel organisme, Les voix des femmes du Nouveau-Brunswick. Ses preuves restent encore à faire, mais sa simple existence reste une belle victoire pour toutes les Néo-Brunswickoises… » et «En l’espace d’un mandat, le gouvernement a plié. »

Et si le gouvernement n’avait pas plié, mais avait plutôt saisi l’occasion des protestations pour finaliser la disparition d’une voix indépendante en installant une entité si encadrée, si circonvenue et si limitée dans ses ressources qu’elle ne peut plus incommoder le gouvernement ?

En tout cas, voici pourquoi je dis qu’il est trop tôt pour dire Brava :

Voix des femmes a été annoncé il y a plus d’un an, et les membres ont été nommées il y a cinq mois. Mais l’agence n’est toujours pas accessible par téléphone, par courriel ou par les médias sociaux, n’a ni employées ou bureau, et ne s’est pas prononcé sur un dossier à ma connaissance. Ni l’avortement, ni les femmes en politique ou les enjeux féministes de l’élection provinciale de cet automne, ni le traitement des femmes prostituées ou les lois sur la prostitution, ni l’équité salariale, ni les femmes autochtones, ni les taux élevés de violence faite aux Néo-brunswickoises, ni la journée internationale des femmes ni la fête des mères. Rien non plus sur son mandat, sa vision, ses ressources et son indépendance.
Le Conseil consultatif était un organisme créé par une loi adoptée par l’Assemblée législative.
Voix des femmes n’a ni loi, ni ordre en conseil, ni mandat connu.
Le Conseil était mandaté par la loi de porter à l’attention du public et du gouvernement les questions d’intérêt aux femmes, de recommander des lois et des politiques, d’assurer la collecte, l’étude et la diffusion d’information, et de favoriser le réseautage entre les organismes féminins.
Nous n’avons qu’un communiqué de presse gouvernemental, mais Voix des femmes doit « promouvoir l’égalité des femmes et des filles et améliorer leur vie ».
Le Conseil consultatif contrôlait près de 600 000 $ par an en fonds et accès à des services.

Selon les communiqués, Voix des femmes a peut-être accès avec des conditions non dévoilées à 200 000$ en argent et en services.

Laissez-moi rêver un instant : Voix des femmes pourrait déclarer qu’il opère sous la Loi créant le Conseil consultatif sur la condition de la femme ou une loi semblable, et attend que le gouvernement – celui-ci ou le prochain – confirme leur nomination en vertu d’une telle Loi. Il pourrait également mettre ses critères pour son indépendance : un mandat clair et connu qui comprend l’autorité de rendre public ses avis, le pouvoir de choisir ses activités, ses priorités et ses recommandations et de décider de la dépense de son budget, et le contrôle de l’embauche et la direction de son personnel. Si elles n’ont pas tout ça, le gouvernement peut cesser de dire que Voix est indépendant.

Les membres de Voix des femmes sont 15 Néo-brunswickoises, représentantes de groupes ou individus, nommées par la ministre. Elles sont d’excellentes nominations. L’organisme serait-il pris dans un piège par le dévouement de ses membres à la cause de l’égalité – un dévouement exploité ? ‘J’ai été si bas tellement longtemps, que cela ressemble à une remontée?’ Sinon, pourquoi le silence alors que les Néo-brunswickoises font si pauvre figure dans tant de domaines, au Canada pour commencer ?

Ces dernières décennies, plusieurs gouvernements provinciaux auraient aboli le Conseil consultatif s’ils avaient pu. Année après année, le Conseil maintenait des positions tannantes pour des gouvernements tannés des positions féministes. Le Conseil maintenait sa position pour l’accès à l’avortement et aux contraceptions, même d’urgence; il insistait que les questions féministes ne se confinent pas au domaine social mais ont affaire aux réformes économiques, fiscales et électorales, et que l’équité salariale était une question de droits humains, non pas des mots à éplucher dans une plateforme électorale.

Sais-tu à quel point un tel Conseil peut être agaçant et menacé dans un système politique comme nous avons ?

C’est pourquoi moi, avant de dire Brava !, j’exige que Voix des femmes fasse quelque chose, n’importe quoi, qui met l’intérêt des femmes au Nouveau-Brunswick en premier.

Le dénouement dépend en partie de David Alward, de la ministre Marie-Claude Blais, des co-présidentes Kim Nash-McKinley et Phylomène Zangio, des membres individuelles Kyla LaPointe, Noëlla Richard, Paulette Sonier Rioux et Stéphanie Beaulieu, et des représentantes du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, du YWCA de Moncton, du Urban Core Support Network, du Sussex Committee for the Prevention of Family Violence, du Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Fredericton, du UNB Women’s Studies, de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, et de l’Association des CBDC du Nouveau-Brunswick.

En fait, le dénouement dépend de l’ensemble des femmes du Nouveau-Brunswick.

Mieux un vide qu’une fiction.

*Ce texte a été d’abord publié dans l’Acadie Nouvelle du 14 juillet 2014.

Gagner fait accourir ceux que ça enrage

Dans les luttes des femmes pour les droits qu’ont les autres humains, il arrive qu’on célèbre une victoire trop tôt et on se fait avoir. On se fie à la promesse arrachée et on n’assure pas la livraison. Il y a des exceptions mais souvent après avoir eu gain de cause, on passe trop vite à la prochaine iniquité à combattre ou à refaire connaissance avec sa famille et la vie, et on n’est plus là pour mettre le changement en place comme il faut. Il me semble qu’il y a une analogie à faire avec l’art de la guerre – quelque chose à voir avec les troupes qui restent après la victoire pour s’assurer que l’ennemi ne reprend pas l’attaque, instaurer la nouvelle gestion, libérer les prisonniers.

Pourtant on sait que gagner fait accourir ceux que ça enrage. Un exemple. Il arrive que des femmes qui ont obtenu des ajustements de salaire grâce à l’adoption de l’équité salariale par leur employeur, voient les hommes, occupant les postes à qui on les avait comparés pour fin d’évaluation, se servir plus tard de l’augmentation accordée aux femmes pour demander des augmentations compensatoires.

La situation entourant l’avortement au Canada est un autre type d’exemple de ce que je veux dire – les femmes ont obtenu la décriminalisation du service d’avortement et puis, si tu es au Nouveau-Brunswick par exemple, rien n’a changé. L’accès est toujours bloqué par ceux qui ne sont pas d’accord avec la victoire.
La plupart du temps, le problème post victoire est causé par l’engagement chancelant de l’autre. L’autre veut bien mais ne veut pas que ça coûte ou que ça dérange ou déplaise à certains. Des exemples.

Lorsque le gouvernement du Nouveau-Brunswick s’est engagé en 2010, à défaut d’établir l’équité salariale pour tous, de le faire dans trois secteurs d’emplois à prédominance féminine –les services de garde d’enfants, des maisons de transition et de soutien à domicile -, qui aurait pensé que l’évaluation conclurait que ces postes sont déjà trop rémunérées (sauf le personnel des services de soutien à domicile et les quelques personnes responsables dans les garderies des enfants à besoins spéciaux). Ces évaluations ont conclu par exemple que les administratrices dans le secteur de la garde d’enfants devraient être payées 12$ l’heure et non 14$ ; et dans les maisons de transition, les travailleuses devraient être payées 13,40$ l’heure au lieu de 15,60$. Le salaire des femmes qui travaillent dans de tels services de proximité au Nouveau-Brunswick pourtant sont très faibles comparativement à 7 provinces examinées, alors que le coût de la vie n’est pas moindre.

Puis on apprend que le gouvernement a « adapté », pour ne pas dire ignorer, les méthodes consacrées pour faire une évaluation d’équité salariale, et, coïncidence, chaque adaptation avait pour conséquence prévisible de réduire les chances qu’un ajustement de salaire serait dû aux femmes. Et les employées des secteurs sous évaluation avaient un statut minoritaire sur les Comités directeurs créés pour superviser le processus d’équité salariale.

La Coalition pour l’équité salariale a documenté le dérapage des bonnes intentions*.

Dans un exercice d’équité salariale où les entreprises n’ont aucun comparateur masculin, il faut choisir des comparateurs externes ou fictives. Le Nouveau-Brunswick a fait appel à la méthodologie du Québec, avec des variations : des emplois fictifs de préposé à l’entretien et de contremaître ont été utilisés comme le prescrit l’approche québécoise. Comme l’a dit l’économiste experte dans le domaine, Ruth Rose, « L’important est d’évaluer les deux comparateurs masculins et les différentes catégories d’emploi à prédominance féminine de façon exempte de biais sexistes, et d’utiliser des salaires de comparaison pour les emplois masculins que l’on retrouve réellement dans le marché du travail…. Puisqu’il y a tellement de latitude dans la façon d’identifier les deux comparateurs masculins, le Règlement du Québec spécifie que « le taux horaire de rémunération attribué à la catégorie d’emplois « préposé à la maintenance » doit correspondre à 60% du taux horaire de rémunération attribué à la catégorie d’emplois « contremaître ». »
Selon la Commission de l’équité salariale au Québec, la norme de 60% est recommandée parce qu’il s’agit de la relativité entre les deux catégories d’emplois selon les données recueillies par Statistique Canada depuis 1991, un sondage en 2004 auprès de 542 entreprises qui avaient réalisé l’équité salariale, les données de la fonction publique québécoise, un sondage des employeurs au sujet des salaires réels versés, les données des recensements des personnes salariées ainsi que l’examen des revenus d’emploi annuels pour six groupes de catégories professionnelles.

Mais, le Nouveau-Brunswick, lui, a décidé de se servir du ratio de 80% parce que… ben aucune raison n’a été donnée, donc la raison semble évidente : Lire la suite

Robert Goguen fait son smarte

Sa question ne fait aucun sens, donc on ne peut pas en discuter. Voir: http://www.cbc.ca/player/News/Politics/ID/2471590396/

Le député fédéral (Conservateur) de Moncton-Riverview-Dieppe Robert Goguen a voulu faire son smarte, et c’est pas son fort. Il aurait pu demander ‘es-tu d’avis que le projet de loi brimerait ta liberté d’expression ?’.

C’est pas le scandale de l’année, mais il devrait être rappelé qu’il peut toujours poser une question simple, ou se taire. Au lieu de faire honte.

Le Canada n’est pas en train d’avoir le débat qui serait nécessaire pour faire avancer la question de la prostitution. On aurait dû avoir un débat avant le dépôt d’un projet de loi.

Une chance qu’on a les pauvres

Le Nouveau-Brunswick a un deuxième plan pour réduire la pauvreté. Il est audacieux : il reconnaît ouvertement qu’il n’est pas important de réduire la pauvreté, il suffit d’avoir un plan qui parle de la réduire. En fait, il suffit de faire une liste des choses que les gens t’ont dit qu’ils aimeraient. Parce que les rencontres avec les gens, ça il y en a en masse. On aura brûlé une génération de personnes qui veulent le changement avec tout ça …
Quelles mesures nous permettront de savoir qu’on a atteint les objectifs ? Ça c’est une question pas gentille et tu n’as évidemment pas bu assez de l’eau du puits. Parce que c’est la pensée qui compte. Il est important de rencontrer des personnes vivant dans la pauvreté, donner quelques montants pour des projets et ainsi atteindre les vrais objectifs de cet exercice: satisfaire les politiciens qui veulent quelque chose à faire miroiter afin d’« éloigner de moi cette coupe », combler les non pauvres qui souhaitent que la pauvreté leur soit rendue plus tolérable, et acheter la coopération des associations oeuvrant avec les affligés de la pauvreté qui vivent de miettes et ne peuvent être blâmées de vouloir survivre.
Des objectifs qui semblent adéquats pour tenir en vie cet exercice de misère que le Nouveau-Brunswick a entamé, bien que les médias et certains politiciens dans l’opposition laissent voir un certain désenchantement avec cette dernière sortie de la société de la couronne de la pauvreté.

Si tu crois que les temps sont durs…

S’attendre à l’équité salariale alors que le Nouveau-Brunswick fait face à des temps durs, est-ce raisonnable ? Nous qui revendiquons l’équité salariale recevons à l’occasion les expressions indulgentes de gens qui semblent penser, « Ce n’est vraiment pas le moment de demander pour plus. D’accord sur le principe, mais les temps sont durs… »

Si tu crois que les temps sont durs, essaie de vivre avec le salaire moyen des emplois dits de femme. Si tu vis avec une injustice salariale, crois-tu que les temps sont moins durs ?

Les temps ne sont pas durs pour les gros employeurs (les Walmart, Irving, McDonalds, Costco etc) et pourtant ils ont des réductions d’impôts provinciaux*. Des réductions qui ajoutent à la « nécessité » de couper dans les services publics, qui bénéficient justement ceux ayant des faibles salaires. (Ou est-ce que les coupures dans les services sont le but et les réductions d’impôt, le moyen ?) (*Businesses reap big property tax savings under new plan, CBC NB, http://www.cbc.ca/news/canada/new-brunswick/businesses-reap-big-property-tax-savings-under-new-plan-1.2610390 )

Si les gouvernements provinciaux successifs du Nouveau-Brunswick avaient parlé et joué franc dans le dossier d’équité salariale depuis le début, nous serions bien plus proches de l’équité.

En 1987, en pleine campagne électorale, les chefs des partis politiques (McKenna, Hatfield et Little) ont participé à un débat sur la condition des femmes. Tous ont promis d’instaurer l’équité salariale. L’élu McKenna, qui n’avait pas voulu spécifier si cela comprendrait le secteur privé (où la grande majorité de nous travaillons), a fait adopter une loi en 1989 touchant les employé-e-s des ministères seulement, « une première phase » qui n’en a pas eu d’autre dans le règne McKenna. Selon un sommaire par le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B., cette loi « a permis de réduire l’écart salarial pour 96% (3 960 sur 4 142) des employées dans des emplois traditionnellement féminins. L’augmentation salariale moyenne était de 1,31 $ l’heure, allant de 12 cents à 5,38 $ l’heure. L’application de la loi en 1994 aux employées de la Partie 2 (conseils scolaires) a mené à des augmentations semblables. »

Le gouvernement Lord qui a succédé a mis sur pied un plan sur cinq ans (2005-10) qui encourageait et aidait les employeurs du secteur privé à instaurer l’équité salariale. Après cette période, une évaluation indépendante devait jauger quel progrès avait été atteint, et si le progrès n’était pas important, le gouvernement devait adopter une loi. L’initiative a été lancée mais les rapports d’étape ont cessé après trois ans et aucune évaluation indépendante n’a été faite après les cinq ans écoulés.

Une loi adoptée par le prochain gouvernement (libéral) ne touche que la fonction publique. Et l’application d’une soi-disant « méthodologie » pour mesurer l’iniquité dans certains postes a « bénéficié » d’un manque de rigueur (pour vous convaincre de mes dires, lisez si ce n’est que le sommaire de ce « Commentaires sur les résultats du programme d’équité salariale du gouvernement du Nouveau-Brunswick dans les secteurs non légiférés », de la Coalition pour l’équité salariale au N.-B., http://www.equite-equity.com/userfiles/file/Brief_2012_pay_equity_3groups_FRE%281%29.pdf ).

Récemment, lors de son congrès des politiques, le Parti libéral du Nouveau-Brunswick a adopté une résolution, qui paraîtra ou non dans la plateforme du parti pour l’élection de cet automne, voulant qu’un gouvernement libéral exige « que les entreprises qui souhaitent faire des affaires avec le gouvernement aient établi l’équité salariale au sein de leur entreprise ».

Forte de l’expérience des actions et tergiversations des dernières décennies, je prédirais qu’une telle clause tel quel n’aura aucun impact – sauf de nuire à la confiance publique dans le concept d’équité salariale. Si « équité salariale » n’est pas définie et qu’aucune certification est prescrite pour vérifier si elle existe ou non, un mécanisme bidon de certification sera créé et même les chameaux passeront dans le chas de l’aiguille…

En politique, je brûle des lampions

Je brûle des lampions pour que Justin Trudeau fassent l’affaire, soit la personne pour la job. Je n’ai jamais été de ce parti, ou d’aucun autre, mais la prochaine élection (prévue pour octobre 2015), notre seule chance de sauver des meubles au Canada – c’est-à-dire sortir les conservateurs – repose sur ses chances de gagner.

Donc je brûle des lampions, ou plutôt je fais l’équivalent pour les athées, je parle toute seule. « Woyons, Justin, ça pu de bon sens, y faut que tu sois paré pi bon, pi que tu gagnes. Es-tu sûre que tu prépares ben ton coup? … »

Si Mulcair avait autant de chances pan Canada, je serais heureuse de lui allumer des lampions et lui diriger mes marmonnements. Mais difficile d’espérer qu’il l’emportera, sauf en coalition.

Il y a longtemps que je vote de façon stratégique, sans honte et pour la bonne cause. Je ne me pose presque plus la question : ton cœur choisirait qui ? Parce que notre système donne trop de pouvoir au premier ministre et trop peu aux députés, on ne peut pas voter que pour un tel candidat. Parce que notre système biaise le résultat du scrutin, on perd son vote si on ne vote pas dans le contexte du probable, c.-à-d., de façon stratégique, pour celui des partis en tête qui fera moins de mal et moins honte et peut gagner.

Dans l’Actualité d’octobre 2011, le chroniqueur, chercheur et futur ministre PQ Jean-François Lisée signait un texte « Comment battre Harper en 2015 ! ». Sa proposition n’est pas très praticable – elle avait de bon qu’elle se terminait en 2020 avec Harper demandant l’asile politique au Texas – mais l’idée d’organiser demeure bonne.

Depuis trois ans, Harper majoritaire

Lors de l’élection fédérale du 2 mai 2011, 24 000 000 Canadiens auraient pu voter, 14 800 000 l’ont fait et 5 800 000 de ceux-ci ont voté pour Stephen Harper. Notre système électoral antique et biaisé – et les appels trompeurs ? – aidant, ce 39 pourcent des bulletins de vote étaient suffisants pour que Harper obtienne un gouvernement majoritaire. En fait les 5 800 000 qui ont voté pour Harper ne sont que 24 pourcent du nombre total d’électeurs inscrits (24 000 000).
Tous ces Canadiens qui n’ont pas voté lors de cette dernière élection fédérale, 9 400 000, je mets une partie du blâme sur eux pour le fait qu’on a un gouvernement majoritaire Harper, parce que la majorité de ces désabusés de la politique n’étaient probablement pas des amis de Harper. 9 400 000 adultes qui ont cru que d’autres feraient un meilleur choix qu’eux pour protéger leurs intérêts. On sait que plusieurs des personnes qui ne votent pas sont plus pauvres ou plus jeunes que celles qui votent. Ceux qui votent sont aussi plus religieux et plus conservateurs que ceux qui ne votent pas.
En fait, ce serait le comble de blâmer les individus. Les Canadiens sont dépourvus de choix, désabusés par leur expérience, et certains de nous souffrons d’une forme du syndrome de victime d’abus. Tsé, où suite à nos expériences avec l’autre, on développe « une soumission et ou une apathie qui mine notre estime de soi et amoindrit notre capacité de jugement ». Je pense exagérer seulement un peu.
Ce qui me préoccupe même plus est la possibilité que certains de nous sommes sujets à une forme de syndrome de Stockholm, tsé, où des otages développent une empathie ou prennent la défense de leur ravisseur ou geôlier. Parce qu’il devient apparent que des personnes de la classe moyenne ou pauvre appuient les politiques conservatrices (du parti Conservateur et des autres).
Pourquoi est-ce que des personnes à revenu moyen ou faible appuieraient des politiciens et les partis qui ne veulent que réduire les impôts et démanteler les institutions et les services qui ont créé le niveau de vie canadien dont ces classes ont bénéficié, si ce n’est qu’elles s’identifient aux riches ?
Je cherche à comprendre pourquoi les pauvres votent contre leurs intérêts, pourquoi une certaine partie de la classe moyenne vote à droite. Mes lectures sont à date très insatisfaisantes. Une réflexion que je poursuis, qui me poursuit…
Les essais et les théories sortant des États-Unis sont point très transposables ailleurs, non plus celles de France. Mais un livre lu récemment, titré en français ‘Pourquoi les pauvres votent à droite’, de Thomas Frank (traduction de son livre paru en 2004, ‘What’s the matter with Kansas : How conservatives won the heart of America’), a des idées intéressantes.
Premièrement de la préface par Serge Halimi dans l’édition en français :
« L’insécurité économique déchaînée par le nouveau capitalisme a conduit une partie du prolétariat et des classes moyennes à rechercher la sécurité ailleurs, dans un univers ‘moral’ qui lui, ne bougerait pas trop, voire qui réhabiliterait des comportement anciens, plus familiers… C’est là une vieille recette de la droite : pour ne pas avoir à s’étendre sur la question des intérêts (économiques) – ce qui est sage quand on défend ceux d’une minorité de la population -, il faut se montrer intarissable sur le thème des valeurs, des postures : ordre, autorité, travail, mérite, moralité, famille… »
« Le succès de la droite en terrain populaire ne s’explique pas uniquement par la pugnacité ou par le talent de ses porte-parole. Aux États-Unis, comme en France, elle profita de transformations sociologiques et anthropologiques, en particulier d’un affaiblissement des collectifs ouvriers et militants qui a conduit nombre d’électeurs aux revenus modestes à vivre leur rapport à la politique et à la société; sur un mode plus individualiste, plus calculateur. Le discours du « choix », du « mérite », de la « valeur travail » les a ciblés. Ils veulent choisir (leur école, leur quartier) pour ne pas devoir subir ce qu’il y a de pire ; ils estiment avoir du mérite et n’en être pas récompensés ; ils travaillent dur et gagnent peu, guère plus, estiment-ils, que les chômeurs et les immigrés. Les privilèges des riches leurs semblent tellement inaccessibles qu’ils ne les concernent plus. À leurs yeux, la ligne de fracture économique passe moins entre privilégiés et pauvres, capitalistes et ouvriers, davantage entre salariés et « assistés », Blancs et « minorités’, travailleurs et fraudeurs… »
L’auteur Thomas Frank, parlant de la situation au Kansas et aux États-Unis, vers 2004 :
« Les Démocrates ne s’adressent plus aux perdants du système de libre marché, qui est de plus en plus brutal et plus arrogant chaque jour… La stratégie politique des Démocrates consiste à se contenter de croire que les gens savent exactement où se situent leurs intérêts économiques et qu’ils agiront quasi instinctivement en conséquence… Mais l’erreur fatidique des Démocrates est que les gens ne comprennent généralement pas spontanément la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils ne connaissent pas forcément les choix disponibles pour passer à l’action, les organisations auxquells ils devraient adhérer ni les raisons pour lesquelles ils devraient se battre. Le libéralisme n’est pas une force kharmique qui viendrait faire contrepoids au monde des affaires lorsque ce dernier va trop loin. C’est une création des hommes aussi sujette aux revers et aux défaites que n’importe quelle autre. Prenons notre système de sécurité sociale, notre fiscalité, les règlementations et l’assurance sociale qui sont en permanence visée par la réaction. La sécurité sociale, les services alimentaires et médicaux, comme tout le reste, ne sont pas sortis par magie du sol pour pallier les excès évidents du système de laisser-faire. Non, ce sont les produits de décennies de militantisme, de luttes sanglantes entre grévistes et milices de l’État, de mobilisation, d’information et d’activisme ingrat.
On trouve dans la pratique électorale des travailleurs syndiqués une illustration encore plus claire de l’importance des organisations dans les choix de vote. En 2000, l’électeur blanc moyen de sexe masculin a choisi GW Bush à une majorité confortable. Les électeurs blancs syndiqués ont, de leur côté, voté majoritairement pour Al Gore. On constate le même phénomène quelle que soit la catégorie démographique choisie : femmes, détenteurs d’armes à feu, retraités, etc. Quand ils sont syndiqués, tous penchent à gauche. Et c’est vrai même quand les électeurs syndiqués en question ont peu de contact avec les dirigeants de leurs organisations. Le simple fait d’être syndiqué influe à l’évidence sur la manière dont on considère la politiqu3e et semble vacciner contre la maladie réactionnaire. Dans ce cadre, la question des valeurs n’a guère d’importance alors que l’économie, les soins médicaux et l’enseignement sont les questions fondamentales… »

Les Néo-brunswickoises attendent des nouvelles – Voix des femmes

Le Nouveau-Brunswick a un nouveau conseil aviseur sur les droits des femmes, appelé Voix des femmes. Ceci est peu connu parce qu’il n’y a pas eu de débat officiel ou un événement pour concrétiser sa création et attirer l’attention.

« C’est pour mieux te faire disparaître sans problème, mon enfant »? ou « Sois tranquille, on te sortira du tiroir quand on aura besoin de toi » ??

Peut-être, mais c’est probablement une question de priorité. Le nouveau conseil aviseur est le remplacement par David Alward après 3 ans – le temps d’un mandat tranquille, quoi – du Conseil consultatif sur la condition de la femme. Il avait aboli le CCCF six mois après son élection avec une plateforme électorale qui promettait de travailler en plus étroite collaboration avec le CCCF… (J’étais directrice du CCCF à ce moment, et suis maintenant à la retraite, sans intérêt pécuniaire ou philosophique dans cette affaire, mais je suis d’avis qu’il est évident que le gouvernement avait alors mal fait, que les femmes n’ont pas l’égalité et que les gouvernements ont besoin d’avis… Je demeure intéressée à voir que les questions d’égalité soient traitées).

À mon avis, les 15 femmes nommées par le gouvernement sont potentiellement d’excellentes membres, si la structure et les conditions sont bonnes. Leur nomination, février 2014, a peu attiré d’attention et aucun reportage ou événement n’a présenté au public ses deux coprésidentes, Phylomène Zangio et Kim Nash-McKinley.

À l’opposé des autres organismes indépendants reconnus du gouvernement – tel le Bureau de l’Ombudsman, le Conseil sur la condition des personnes handicapées, et autres – Voix des femmes n’est pas créé par une loi. Aucun document contenant la charge ou le mandat donné par le gouvernement, ce qui accompagne d’ordinaire des fonds, n’a été rendu public.

Deux mois après être nommées, les membres de Voix des femmes apprennent en même temps que le public que la clinique Morgentaler prévoit fermer ses portes en quelques mois. Le premier dossier auquel elles auront à faire face est une des plus anciennes questions féministes, un dossier déterminant et clair pour l’égalité des femmes. On pourrait maudire le moment de ce débat dans la mise en place de Voix des femmes mais, au fond, toute occasion de faire avancer l’égalité doit être célébrée.

Voix des femmes a décidé de ne pas participer dans la réaction et la manifestation organisée par des Néo-brunswickoises à ce sujet, mais éventuellement Voix émet un communiqué revendiquant un meilleur accès public à ce service de santé, un communiqué qui est plutôt ignoré par les médias sauf une brève dans l’Acadie nouvelle. Le surlendemain, la coprésidente interviewée par Radio-Canada Télévision au sujet de l’avortement renie la position prise dans le communiqué : à la question demandant si Voix a une position sur l’accès à l’avortement, elle répond que Voix œuvre pour une société juste, égalitaire et démocratique et doit conseiller le gouvernement, donc il en parlera avec la ministre qui siège à la table de concertation. Il se serait passé quelque chose entre le communiqué et l’interview ? La crise autour de l’accès à l’avortement demeure une excellente chance pour Voix des femmes de se faire connaître et pour contribuer.

Il faut donner la chance à la coureuse mais il faut aussi qu’on sache qu’elle court. La seule raison de recréer un organisme indépendant, Voix, était pour qu’il puisse mettre les intérêts des femmes en évidence. Voix devra démontrer son indépendance dans sa capacité de faire cela. Il doit aussi être transparent quant à son mandat et son fonctionnement. Ce sont aux femmes que les membres de Voix doivent l’honneur d’être en place et ce sont à elles qu’il doit parler.

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Communiqué du gouvernement annonçant la nomination des membres, février 2014 : http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/nouvelles/communique.2014.02.0142.html

Reportage sur Voix des femmes, Radio-Canada, Téléjournal Acadie, 18 avril 2014 : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7048840

Communiqué sur l’accès à l’avortement, Acadie Nouvelle, 16 avril, page 6.

Juchés sur les épaules d’un géant

« Si un individu laissé à lui-même sur une île déserte est incapable de produire un bien donné, alors il ne mérite pas entièrement les bénéfices qu’il peut en retirer sur le marché. »
C’est une citation d’un livre récemment lu qui était de ceux qu’en lisant, on regrette ne pas l’avoir lu plus tôt, et qu’aussitôt terminé, on veut le faire lire par certaines personnes si pas tout le monde. Dans ce cas, il s’agit du livre « La juste part – Repenser les inégalités, la richesse et la fabrication des grille-pains », de David Robichaud et Patrick Turmel, deux philosophes qui en moins de 100 pages, présentent une analyse de ce qui est juste dans la distribution de la richesse et des impôts dans une société avancée, avec un œil sur les libertés individuelles.
Les philosophes devraient se faire entendre plus souvent sur nos questions d’actualité. Si la politique est trop importante pour la laisser aux politiciens, il est ici démontré que l’économie est trop importante pour n’écouter que les économistes sur le sujet. (Il faut admettre que certains économistes ont des interventions semblables, bien que souvent livrées de façon moins compréhensibles).
« Dès notre naissance, nous baignons dans une tradition culturelle qui dépend notamment d’une adaptation à un environnement physique et sociopolitique et a répondu à des besoins collectifs. Nous profitons aussi des connaissances et du savoir-faire des générations passées. Bref, une multitude d’instruments physiques (comme une lance ou un ordinateur) ou symboliques (comme le langage ou la morale) ont permis de rendre la vie individuelle et sociale plus facile, confortable et efficace, et déterminent le genre de civilisation dans laquelle nous vivons et les possibilités qu’elle nous offre. »
Dans un monde où on est censé croire que la seule action possible des gouvernements est de réduire l’impôt des riches (c’est supposément la seule condition sous laquelle ils continueront de jouer avec nous), et les services à la collectivité, il est bon de se rappeler l’apport de cette collectivité et que « la valeur marchande de tous les biens, services ou idées dans les sociétés modernes avancées a une dimension radicalement collective, et ne peut être entièrement attribuée au mérite, aux talents ou aux efforts d’individus ».
Je me permets plusieurs extraits mais encourage la lecture du bouquin au complet. Ce qu’il faut faire pour comprendre la référence aux grille-pains dans le titre. Lire la suite

Y’a plus que la question Morgentaler

Si on va débattre la question de l’accès à l’avortement au Nouveau-Brunswick, voici des points souvent oubliés que j’aimerais ajouter au mélange :

Plan B – Quand tu sais que, vivant au Nouveau-Brunswick, t’aurais probablement pas d’avortement, il devient plus important encore d’avoir accès à la pilule du lendemain (contraception d’urgence, ‘Plan B’ – même affaire). Elle sert dans les 72 heures après que t’as eu des relations sexuelles non protégées – t’as été agressée, le condom a déchiré, t’as oublié de prendre tes anovulants, t’as utilisé des antibiotiques qui ont nui à l’efficacité de tes anovulants ou t’as omis de te protéger. Santé Canada permet aux pharmacies de vendre ces pilules sur les étagères. Icitte au N.-B., nos pharmaciens se mêlent de la vie privée des femmes autant qu’un politicien… Ils pourraient mettre ces pilules sur leurs étagères et les vendre à 20$ – même une ado pourrait se les payer. Mais la dernière fois que j’ai vérifié, ceux qui la vendent au N.-B. la gardent derrière leur comptoir, donc il faut leur demander, répondre à leurs questions, souvent à la caisse ! (« Est-ce que ton cycle menstruel est régulier ? Quand as-tu eu des rapports sexuels non protégés ? » …) et payer des frais de ‘consultation’ (20$, même si t’as 40 ans, t’en es servi plusieurs fois et n’as point besoin de consulter). Y’a pas de controverse dans la pilule, elle ne fait pas avorter, elle prévient la grossesse – si t’es enceinte, ça ne changera pas ton état. Ce sont des hormones similaires aux contraceptifs oraux, administrées à des doses différentes. (Certains pharmaciens au N.-B. refusent par religiosité aiguë de les vendre, comme certains de nos médecins refusent d’aider une femme non mariée au sujet de la contraception.)

Filles-mères – « La baisse plutôt marquée entre 2002 et 2003 dans la proportion des grossesses s’étant soldées par un avortement était accompagnée d’une hausse de la proportion de grossesses se soldant par une naissance, surtout chez les adolescentes plus jeunes. », selon le Bureau du médecin-hygiéniste en chef au Nouveau Brunswick. (www2.gnb.ca/content/dam/gnb/Departments/h-s/pdf/fr/Publications/Indicateurs_sante1.pdfa baisse)
En 2002, l’hôpital ‘anglaise’ de Moncton a annoncé que les avortements n’y seraient plus pratiqués – manque d’appui par le provincial, intimidation des médecins et de l’hôpital par les anti-choix, etc. Alors qu’en 2002 au N.-B., 36 pour cent des grossesses chez les filles de 17 ans et moins se terminaient en un avortement thérapeutique ; en 2003, seulement 18 pour cent.
Suite à la perte du service à Moncton, le Nouveau-Brunswick a connu la réduction du nombre d’avortements la plus importante au Canada. Cette diminution a touché surtout les adolescentes.
En 2006, au tour de l’hôpital Everett-Chalmers de Fredericton d’abandonner la procédure pour un peu les mêmes raisons. Suite à un effort gargantuesque par les femmes et du Conseil consultatif, le gouvernement provincial a éventuellement organisé un accès à l’avortement – à 2 endroits secrets de la province mais c’est à toi d’apprendre où dans les quelques semaines que tu as suite à avoir appris que tu es enceinte – si tu n’as pas de médecin familial, abandonne avant de commencer. Reste qu’en 2009, le nombre de naissances pour 1 000 filles de 15 à 19 ans était de 21 au N.-B., mais de seulement 14 au niveau canadien. Honte.

Les gynéco – La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada a envoyé une lettre au gouvernement du Nouveau-Brunswick vers 2005 disant qu’il n’est pas nécessaire qu’un avortement soit effectué par un spécialiste dans une salle d’opération d’un hôpital. Ailleurs au monde, dans la plupart des cas, des médecins de famille effectuent des avortements dans des cliniques.

Sans chirurgie – Si j’avais à orienter quelqu’une cherchant un avortement, je l’encouragerais de s’informer si l’avortement « médical » est possible dans son cas. Il s’agit d’obtenir de son médecin, ou de d’autres sources, les pilules et les instructions qu’il faut pour provoquer, chez elle, un avortement non chirurgical. C’est la méthode utilisée pour la majorité des avortements en France, Royaume-Uni, les pays scandinaves. Branchons-nous.
http://www.canadiansforchoice.ca/francais/optionsabortion.htm
http://www.arcc-cdac.ca/fr/postionpapers/18_Diff%E9rentes-m%E9thodes-davortement-aper%E7u.pdf