Catégorie : Nouveau-Brunswick

La grâce de la langue

Ce texte a été publié en premier dans l’Acadie Nouvelle du 10 août 2017.

So, qu’est-ce qu’on fait pour faire mentir la prédiction de notre disparition – pour que l’Ode à l’Acadie ne soit pas éventuellement l’hymne funéraire de l’Acadie ?

Il paraît que ce qu’on fait déjà, c’est pas assez.

Un éditorial de l’Acadie Nouvelle, en réaction aux nouveaux chiffres du Recensement, l’a bien dit, « La tendance est lourde et ne se renversera pas de sitôt (…) Est-il même possible de complètement renverser la vapeur ? (…) Le Nouveau-Brunswick ne deviendra pas unilingue anglais demain matin (…) Mais le déclin de notre langue a des conséquences. ».

Vous voyez le ton, comme un médecin qui vous dit, « tu as encore des chances de t’en sortir ».

Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Et premièrement, pourquoi faire quelque chose ? Pour perpétuer ce qui a été ? Pour honorer nos ancêtres et leur acharnement à demeurer qui ils étaient ? Pour faire enrager les Leonard Jones ? Pour que la dernière brique de notre colonisation ne soit pas posée ? Pour résister à la mondialisation, au rouleau compresseur de l’anglais ?

Un brin de tout ça. Et parce que l’Acadie qu’on a bâtie au Nouveau-Brunswick n’est pas rien.

Mais, pour moi, il y a surtout ceci : le bonheur que je ressens d’avoir le français en héritage, le bonheur de profiter de cette langue. C’est là le fonds de ma motivation.

Ce n’est pas dire que le français est spécial ou supérieur, bien que sa littérature et sa richesse ont peu d’égales, et bien que le français est plus précis que mon autre langue. C’est plutôt dire que je veux pour moi, pour les Acadiens à venir, pour le Nouveau-Brunswick, l’accès au monde en français, à la richesse du monde francophone, ses arts, la musique et la littérature, ses vues sur le politique et le monde. Ce n’est pas par devoir que je veux qu’on se batte, mais par goût du plaisir. C’est pour faire continuer le plaisir que je lutterais. Perdre sa langue, c’est gaspiller, c’est perdre un atout.

Toute langue crée son monde, donne une autre perspective. Perdre une langue, c’est réduire sa perspective. Et je suis d’avis que le monde a dont besoin d’autant de façons de voir et de concevoir que possible.

Sauvez les églises si vous voulez. Moi, c’est la langue qui me mobilise. Défendez ou célébrez le chiac si vous voulez. Ça me semble une distraction, utile pour soulever les passions et se penser moderne. Ce qui m’intéresse plutôt serait un débat et une mobilisation autour des conditions nécessaires pour notre survie comme francophones.

Pour moi, être moderne, c’est faire face à une situation, avoir conscience que les faits ont des causes, les actes ont des conséquences. C’est ne pas se conter d’histoires.

J’ai vu les statistiques. On est au front, qu’on soit militant ou irrésistant. On peut trouver ce qu’il faut faire – obliger le gouvernement de gouverner, insister que nos institutions se réveillent, nous outiller avec les idées gagnantes. D’autres ont des idées quant aux actions prioritaires – politique familiale, immigration francophone, enrichissement de l’éducation – et je veux les entendre. Mais je pense qu’il est tout aussi important de savoir pourquoi on veut se battre, que savoir quoi faire pour réussir. C’est cette clarté de motivation qui fait qu’on y met l’effort. Lorsqu’on prise le but, la voie facile est de lutter. Lorsqu’on ne le prise pas, on suit la Sirène de l’assimilation.

Peut-être que demain ça ira mieux. Je nous souhaite la grâce de la langue.

Notes d’observation

  1. Les unilingues francophones

Ces personnes ne comprennent pas la plupart des enseignes commerciales de leur entourage et ailleurs au Nouveau-Brunswick.

Elles ne savent pas que certains concitoyens doutent de leur existence et de leur droit d’exister.

La plupart de ces personnes ont élaboré des stratégies d’adaptation pour fonctionner dans leur société. Par exemple, avant de téléphoner pour une ambulance ou la police, elles font appel à leur réseau de personnes bilingues afin d’être certaines de comprendre et d’être comprises.

Ces personnes n’ont jamais eu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles n’ont jamais eu un poste d’agent de l’Assemblée législative, et rarement un emploi de service direct au public, comme caissier.

Elles comprennent certaines formules en anglais, dont :
« For service in French, press 2 »
« Do you speak English?»
… « I don’t speak French. »

Par contre, certaines autres formulations fréquentes leurs sont inconnues : “I was a government minister, and my lack of French was not a problem”.

Ajout, le 26 juin 2017 : Il semble que la raison qu’elles sont demeurées unilingue n’a rien à voir avec le fait que, aux yeux de nombre de leurs concitoyens, si elles apprennent l’anglais, elles perdront leur droit à un service en français, ou cela réduira la nécessité d’offrir ce service. Peu d’elles ont connaissance de cette réalité qui les attend.

  1. Les unilingues anglophones

Souvent ces personnes ont eu un emploi comme caissier, par exemple au Irving à Bouctouche, au centre d’achat Champlain de Dieppe, ou au Tim Horton de Cap Pelé.

Elles croient qu’au N.-B. tous les citoyens obtiennent service en leur langue.

Nombre d’elles ont détenu ou ont été interviewés pour un poste d’agent de l’Assemblée législative.

Nombre d’elles ont détenu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles pensent que les bons postes au sein du Nouveau-Brunswick vont aux personnes bilingues.

Nombre d’elles sont d’avis que « French is being rammed down our throat”.

Elles ne comprennent pas certaines questions, même en anglais, par exemple, “What has been your best strategy to get service in your language?”

Elles ne savent pas ce qui vient après « For service in English, press 1. »

Ajout, le 26 juin 2017 : Peu de ces personnes se plaignent de ne pas pouvoir parler à leurs petits-enfants en raison de la langue.

Ajout, le 5 juillet 2017 : Ces personnes sont bien plus visibles et bruyantes que les anglophones bilingues, sur les questions de langue.

Qui a peur des femmes à l’Assemblée ?

Il y a cent ans, les femmes du Nouveau-Brunswick ne pouvaient pas voter. Non, je ne vais vous entretenir sur la chance et le sort heureux des femmes d’aujourd’hui, ni notre reconnaissance.

En 1917, les femmes, qui agitaient depuis des décennies déjà pour le droit de vote au Nouveau-Brunswick, avaient espoir que cette année serait la bonne. Étant donné leur effort de guerre et que les femmes de cinq autres provinces avaient gagné le droit de vote, elles avaient le moral. Lorsqu’un projet de loi sur le suffrage fut proposé, les femmes ont été si nombreuses à se rendre à l’Assemblée qu’elles ont eu la salle à elles-mêmes et les députés sont allés dans la tribune, selon le procès-verbal du « Women’s Enfranchisement Association ».

Ce projet de loi a été rejeté comme d’autres avant lui, en raison de l’indifférence et des jeux politiques. Le suffrage des femmes n’était qu’un jeton dans un jeu entre les partis. Une tradition politique à ce jour, diront mes amies.

Mais ce jour-là en 1917, dans un couloir de la législature, les femmes ont entouré et effarouché des députés, dont Peter Veniot (alias Pierre-Jean Vigneau, de Richibouctou) qui serait cinq ans plus tard le premier Premier ministre acadien de la province. Cet opposant au suffrage féminin était pratiquant de ces jeux politiques au point d’en être un symbole.

Ce « fiasco » de 1917 a fait que la classe politique a réalisé comment les choses tournaient. Les femmes du Nouveau-Brunswick ont gagné le vote en 1919, après 50 ans de lutte.

Alors qu’ailleurs on « accordait » aux femmes le droit de se présenter aux élections en même temps que le droit de vote, la « solution-néo-brunswickoise » était de ne pas faire ça. La suggestion que des femmes pourraient siéger à l’Assemblée ayant suscité tant de jovialité, on a attendu encore 15 ans avant d’accepter cette idée folle.

Ne cherchez pas dans l’histoire du Nouveau-Brunswick un enthousiasme pour les droits des femmes. Non pas que la province soit pire que d’autres en ce domaine, mais nous réussissons à nous assurer que nous ne sommes pas mieux.

Ces dernières années, nous avons souvent été la province avec la plus faible proportion de femmes élues à l’assemblée provinciale, bien que récemment l’Île-du-Prince-Édouard nous a volé ce trophée. Non pas parce que notre taux s’est amélioré, mais le leur s’est empiré.

Aujourd’hui, 84 pour cent de nos députés à l’Assemblée sont des hommes. Ce taux a déjà été aussi peu que 82 pour cent. La représentation féminine tergiverse entre tragique et pathétique.

Quel groupe devrait avoir 84 pour cent des sièges dans une démocratie alors qu’il représente 49 pour cent de la population? C’est le principe du mérite qui détermine les élus, vous dites? Rendez vous à l’Assemblée législative afin de voir travailler nos élus et on s’en reparle.

Cette faible représentation des femmes n’est évidemment pas considérée comme un problème puisqu’aucune tentative de changement n’a jamais été faite, à part les incantations entendues des partis politiques avant chaque élection : « Nous souhaitons vraiment mais vraiment qu’il y ait plus de femmes. »

Voici la chose: les partis politiques contrôlent l’accès à l’arène politique, et ils reçoivent un financement public important. Ils ont une responsabilité d’agir et, ont depuis des décennies déjà une myriade d’exemples à travers le monde de ce qui fonctionne. Mais c’est au gouvernement la responsabilité principale d’agir.

En 2003, lorsque le gouvernement du Nouveau-Brunswick a créé la Commission sur la démocratie législative afin de « renforcer et moderniser les institutions et les pratiques démocratiques », son mandat ne comprenait pas la quasi-absence des femmes de notre Assemblée. Toutefois, le rapport final de la Commission, qui fut loué à l’échelle nationale, comprenait une bonne discussion du problème et des leviers qui doivent être mis en œuvre pour accroître la représentation des femmes et améliorer la démocratie.

Le plan qu’a présenté la Commission nous aurait vu atteindre 35 pourcent de représentation féminine par 2015. La Commission recommandait d’augmenter l’allocation annuelle versée des fonds publics aux partis pour chaque vote obtenu lors de l’élection précédente.  Elle suggérait de verser 1 $ de plus pour chaque vote à tout parti où les hommes n’étaient pas plus que deux tiers des candidats. Le gouvernement devrait également appuyer les groupes qui travaillent à encourager les femmes à entrer en politique, selon la Commission.

Le Nouveau-Brunswick est un bel endroit où vivre. Les Néo-Brunswickois sont des gens gentils et bons. Si seulement nous faisions notre politique de façon plus responsable. Cela va pour partout ces jours-ci.

The Unfounding of Rapes

When I look at sexual assault numbers – cases reported and the proportion that lead to charges – I am always reminded of a favourite Seinfeld episode about a car rental reservation that did not produce a car. Seinfeld says to the clerk, “You know how to take a reservation. You just don’t know how to hold the reservation. And that’s really the most important part of the reservation, the holding. Anyone can just take them.”

In 2010, queried about the fact Saint John had the second highest rate of sexual assaults reported to police, a Saint John police Inspector said he was “absolutely proud of that number being high.” He was probably even prouder the next year when Saint John had the highest rate of reported sexual assaults of the 100 municipalities considered across Canada.

So the police know how to take a complaint. Do they know what to do with that complaint?

Saint John has had a high rate of sexual assaults for decades. Don’t go crediting new victim support programs or improved police training or recent attitude shifts. The reported rates have been high for longer than that. Saint John has also historically had a low rate of charges being laid following those reports of sexual assaults.

From the late 1980s to 2012, New Brunswick’s rate of reported sexual assaults was higher than the Canadian average *

Now, thanks to some good journalism by the Globe and Mail, we find out that while  nationally 19% of reports of sexual assault were determined to be “unfounded” (2010-2014) – dramatically more than for other types of crime, New Brunswick’s rate is 32%**. That’s partly due to Saint John which had a 51% rate of “unfounded” reports. Fredericton police have a 16% rate. Codiac RCMP, 33%. Go figure.

Unfounded means the investigating officer does not believe a crime occurred.

Might some of those officers’ beliefs be unfounded?

Are New Brunswickers who report sexual assault less credible than other Canadians?

Why would people who walk into the Saint John police station to report a sexual assault be more likely to be making up the story, given all that we know that discourages people from reporting sexual assaults?

Why do police not clear the charges using the other checkboxes: “not enough evidence” “complainant doesn’t want to proceed with charges”? Is there some bureaucratic benefit to clearing it as “unfounded”? Once they are “unfounded”, no one counts them as unsolved. The Globe states: “Inflated unfounded rates create the impression that police receive fewer complaints of sexual assault than they actually do. In turn, that gives the appearance that more complaints lead to an arrest.”

So I ask the proud police inspector, why are Saint John sexual assault victims so keen to report if little happens after they lay complaints? Or are you just proud police know how to take a complaint? Anyone can just take them.

 

 

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* Statistics Canada, Canadian Centre for Justice Statistics; CANSIM table 252-0051.  These statistics were publicized and denounced by the New Brunswick Advisory Council on the Status of Women in the Status Report it published from early 1990s to 2011 when the Council was abolished by the provincial government. The government then pledged it would continue to publish the Status Report. It has not been published since 2014

** http://www.theglobeandmail.com/news/investigations/compare-unfounded-sex-assault-rates-across-canada/article33855643/#saint-john-nb

La grue tristesse

Grue 1.JPGJ’adore ces engins. Et depuis cet automne IL Y EN A UN DEVANT CHEZ MOI ! Plus d’une fois je suis sortie du lit tôt parce que peut-être je verrais l’opérateur de la grue monter l’échelle vers son poste de travail (on m’a dit qu’il monte avec son dîner et son siau). Des fois j’ai presque prié, athée comme je suis, qu’il se rende au faît malgré le verglas ou le -35, ou qu’il finisse sa journée sans incident.

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J’ai surveillé les dizaines d’autres braves hommes – point vu une femme – qui bâtissent cette Hilton qui va bloquer ma vue et dont Fredericton a absolument pas besoin mais que j’adore voir monter !

Mais lundi matin de cette semaine, vers 9h30, tout s’est arrêté. Un travaillant est tombé du 3e étage et est mort. Rien n’a bougé depuis. De ma situation perchée, le site est accablant par son silence et sa fixité. C’est triste.  Grue 4 lune.jpg

What I loved about 2016

The following text was written following my participation in the CBC NB year-end political panel on Shift radio program, December 30, 2016.

I don’t submit well to all exercises. Year-end reviews for example. Year-end reviews are influenced by news headlines which necessarily focus on recent political or legal events and often, also necessarily, negative events like terrorism attacks and natural disasters. It doesn’t seem the right moment to raise long-term trends for how things are going, but that’s what I’m wanting to do.  What made the year tolerable was the knowledge that the bigger picture shows a somewhat different reality than recent events.

The trials and madness of the daily news – especially the tragedy that is becoming the United States – are easier to take knowing that some things have been going in the right direction. There are fewer wars in the world than most other times in history. More than 90% of children in the world are learning to read and write. One out of two humans in the world lives in a democracy. Women have more power, education and rights than ever. World population growth has slowed to a fraction of 1% annually. Extreme poverty in the world has now fallen below 10%. Those are firsts. For as long as such progress continues, and there is no guarantee it will, we improve chances of dealing with the difficulties, such as wars, looting leaders, climate change, fanatic religions. It’s what I loved about 2016.

Having said that, here are some of the trials and madness of 2016 in New Brunswick:

The issue that was there every time I looked up, especially if I was walking around Fredericton, was bilingualism, most often the anti-bilingualism forces. The world is blaming Mr. Trump for his use of fake news, online funny stuff, made-up statistics, but I think New Brunswick haters should get some credit for doing it first. The made-up stories were everywhere about who did or said what, about the percentage of civil service jobs that require bilingualism, about the dollars potentially saved from combining school buses or doing away with duality, or was that doing away with Acadians.  The federal minister for Official Languages just did a cross-Canada consultation on official languages and she said that it was the consultation in Moncton that attracted the most anti-bilingualism forces. Through most of the year the provincial government avoided playing its role on the issue – not defending its policies, not calming the rhetoric and the hate, attacking the Official Languages Commissioner, openly disrespecting her report before and after it was released, telling her that her role is to be a cheerleader not an auditor. Then in September, there was Brian Gallant’s coming out, his saying he is an Acadian, and that New Brunswick’s experience with French-English cohabitation is reasonable. That week, the government spoke and acted responsibly. We shall see if they are consistent on this issue.

The court decision last April that it is unconstitutional to forbid bringing in liquor from other provinces was an important one that will make news again next year. The court decision was the result of the happy circumstance of a determined client, a bright lawyer and a lower court judge who delivered a thesis of a decision – it takes three hours to read. Next year hopefully the Supreme Court will speak on the case, but expect repercussions on similar cases and on other interprovincial trade.

Blaine Higgs’s election to lead the “Progressive” Conservative Party was a surprise of the “all that for that?” sort. Blast from the past. The party doesn’t look like a 21st century party. It actually doesn’t feel like a provincial party.

No, Mr. Gallant, your problem is not that your government has not communicated well about your effort to change the Judicature Act. The problem is that you have not communicated. What is the problem that this is a solution to? Of all the issues in the province that need attention, why is this one getting attention?  If we were handing out stupidity awards, this would get it along with the provincial government’s seemingly natural revulsion for all its independent agencies like the Auditor General, Ombudsman, Official Languages Commissioner etc. You do know, I hope, that these agencies and their commissioners (and judges, by the way) are held in higher esteem by New Brunswickers than are politicians. Oh and give one of those awards to Liquor NB for wanting to sue the Right to Information Commissioner because she wanted information.

If you want to know what will happen in 2017, I will tell you.

Opposition leaders will not like one idea in any Speech from the throne anywhere, and that will still make headlines.

Around the world, people will do terrible things out of love for their god, not caring that that love is not reciprocated.

Women will break some glass ceilings, climb through and someone will raise the ladder behind them.

Many will worry and bemoan NB’s weak performance in various things but no one will worry about the historic hold and ongoing influence of large corporations and fortunes on our economy, politics, and public debates.

Our apathy will prove to be our enemy, once again.

The winners in 2017 will be the ones among us who can find a way to handle news from the United States without giving up on humanity, democracy, or worse, giving up our responsibilities as citizens to keep informed and think critically.

Santé.

La prévention après coup

Si la société s’était attaquée au problème de l’ivresse au volant de la même façon que nous traitons de la violence faite aux femmes, au lieu de campagnes « Évitez l’alcool au volant » nous aurions des messages publicitaires nous enjoignant de se sortir du chemin des chauffeurs saouls, de prendre le train peut-être.

Ces dernières semaines, alors que le mois de la « prévention » de la violence se termine par ce 6 décembre de commémoration de la tuerie de Montréal, on a encore une fois vu que les organismes qui disent faire la prévention de la violence faite aux femmes n’ont de conseils que pour la victime : sors-toi de là, chère. Ça c’est dans la province qui détient ou a récemment détenu les pires résultats en violence familiale. Allez voir les trois vidéos lancés récemment par le gouvernement provincial, surtout celui Une rencontre sociale. On passe si proche de ce qu’il fallait faire, mais n’a pas eu le courage : http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/ministeres/jsp/securite_publique/content/securite_et_protection/content/LaViolenceEntrePartenairesIntimes/InfoGraphics.html .  Allez lire les articles de ces dernières semaines sur le sujet de la violence faite aux femmes. L’hypothèse de travail semble être que cette violence tombe du ciel.

Pourtant, « les services aux victimes de violence dans les relations sont à la prévention ce que les salles d’urgence sont aux ceintures de sécurité. Ne me dites pas que vos dons aux maisons de transition vont résoudre le problème. Montrez-moi un crime éliminé par le port d’un ruban coloré. Montrez-moi une question, une maladie, un problème résout par le biais des services offerts aux victimes. Ces gestes ne préviennent pas la violence. Ces gestes sont confortables … et ils aident à perpétuer le problème en prétendant de s’en occuper, si on ne fait que ça. »*

La nouvelle campagne anti violence du gouvernement fédéral fait un peu plus de bon sens : les affiches « Vos gestes comptent » dénoncent nos attitudes qui font qu’on blâme les femmes (« Ses choix vestimentaires ne vous regardent pas. » « Y’a rien de drôle dans le fait de dévaloriser les femmes »). Peut-être éventuellement on parlera des hommes.

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* Tiré de mon billet sur le même sujet de 2015 : https://rosellam.wordpress.com/2015/12/08/la-violence-quon-aime/

Tout le temps il faut s’aider

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle, le 12 août 2016.

Lorsque j’écrivais une chronique politique hebdomadaire, les textes qui suscitaient le plus de réaction étaient ceux portant sur l’Acadie et les droits linguistiques. Un bon nombre de francophones m’écrivaient mais je veux vous parler de la réaction des anglophones.

Ma chronique était en anglais. Les réactions des anglophones à mes chroniques étaient en grande majorité positives. (L’autre partie était de la haine crachée, et je les oubliais aussitôt à moitié lu). La majorité donc, – disons une centaine d’individus dans les 18 mois que j’ai signé une chronique provinciale – m’écrivaient pour me dire soit, ‘je ne savais pas que c’était comme ça’ ou ils me confiaient leur propre cheminement sur cette question. Pour ces derniers, j’ai souvent été surprise que le point de départ de leur cheminement était du mépris, du racisme pur, appris aux genoux de leurs parents, de leur société, de l’école. Mais ils m’écrivaient avec une toute autre perspective, me disaient qui ou quoi les avait changé et exprimaient une belle appréciation de la solution Néo-Brunswickoise à la coexistence.

Hier je me rappelais d’un de ces correspondants, un homme de Brooklyn qui avait reçu ma chronique du 15 août 2000 de sa deuxième cousine du N.-B.  Sa grand-mère était acadienne, déménagée aux États-Unis il y a 100 ans. La famille n’a jamais parlé le français, mais ils ont mangé acadien. Il dit qu’il se sent Acadien en esprit et que de son appartement à Brooklyn, il rêve de l’Acadie.

Il avait visité l’Acadie en 1972. Je ris encore de ses histoires de sa recherche, en anglais avec l’accent Brooklyn pour « une famille Robichaud » dans un village de la région de Kouchibouguac. « Mister, y’a presque pas de famille qui ne sont pas des Robichaud ».

Mais je veux vous parler de sa deuxième visite, en 2000.  Ç’a été une visite réussie, il a visité ‘toute son monde’. Mais en s’en retournant aux États, il s’arrête à Fredericton. Il fait connaissance de gens, très accueillants jusqu’à ce que on lui demande ce qui l’amenait de New York au Nouveau-Brunswick.  Il répond qu’il est Acadien et visitait la parenté. Il dit que la salle s’est figé. Froid immédiat. Il m’écrit, « Je suis Acadien mais je suis aussi New Yorker avec l’attitude qu’on leur connaît et j’ai plus de 6 pieds et 240 livres ». Il poursuit, « Je leur réponds, ‘Hey pal, you gotta problem wit dat?’« .  Ils ne semblaient pas s’attendre à cela, dit-il.

Il cherchait par tous les moyens à déménager en Acadie. Je lui ai dit que je le lui souhaite et je nous le souhaite.

S’il est parmi nous, toutes ces années plus tard, j’aimerais qu’il nous donne des cours, « Hey pal, you gotta problem wit dat?« . Ayant appris récemment un peu au sujet du concept des universités populaires, je me dis, pourquoi est-ce que notre université n’a pas une branche « populaire ». Il ne manque pas de besoin dans l’Acadie du Nouveau-Brunswick. Voilà un thème que l’on pourrait envisager d’offrir : « L’auto défense en Acadie ».

Qu’est-ce qui était si difficile ?

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a proposé une loi créant un conseil des femmes indépendant. Il a donc abandonné la structure interne, Voix, que les gouvernements avaient baptisé « indépendante » sauf que le comité interne n’a jamais pu se mettre à l’oeuvre, dépenser son budget ou embaucher du personnel.

La loi proposée aujourd’hui est une chose positive. Bravo au premier ministre qui a accepté de changer son idée. Brava à Voix qui a éventuellement accepté qu’il n’y avait aucune autre façon d’avancer.

Cependant.

Avait-on vraiment besoin d’apprendre que sans statut, on est rien – surtout pas indépendante ? Ce dernier siècle de l’histoire des femmes n’a-t-il pas été une lutte pour statut et indépendance ?

N’importe qui qui sait quelque chose du fonctionnement des gouvernements et des politiques sait qu’une entité ne sera indépendante que si elle dépend d’une loi. N’importe qui qui connaît les questions féminines – la controverse qui les entoure et le type de changement qu’elles exigent – sait que cette législation devra être forte.

Un gouvernement sait comment créer un organisme indépendant. Ils le font lorsqu’ils créent des commissions et des conseils – les bureaux d’ombudsman, de défenseur de l’enfant, des langues officielles. Mais pour les femmes, ils n’ont pas suivi la formule consacrée. Pour les femmes, ils ont créé un comité interne et ont dit « la bonne entente nous mènera loin, chère. »

Sans statut, on est invisible. S’il y a quelqu’un qui sait ça, ce sont les femmes.

Mais c’est une journée positive. Après cinq ans sans conseil indépendant, et trois ans à mettre tant d’effort et d’argent dans un exercice frustrant et inutile, il y aura une loi. Je peux vous fournir la liste des occasions manquées entretemps, depuis 2011.

Aux petites jeunes assises autour du feu, je leur ai toujours dit : « vous verrez, mes belles, quand y’a toi pis le gouvernement dans une confrontation à la mort, ce que tu veux avoir à portée de main est une loi et un microphone. C’est comme ça que tu maintiens la bonne entente dans la cabane, et que tu fais des changements. »

 

Was that so hard?

The New Brunswick government has introduced a law to create an independent women’s Council. That means it gave up on the internal committee structure, Voices, which governments insisted was independent except the committee found it could not work on its priorities, spend its budget or hire staff.

The legislation proposed today is a good thing. Bravo to the Premier who allowed his mind to be changed. Brava to Voices who eventually saw no other way to make it work.

But.

Did we really need to learn that without status, you’re nothing, and certainly not independent? Ain’t that what the last century of women’s history has been about, getting status and independence?

Anyone who knows how government works knew an independent body required legislation. And anyone who knows women’s issues – the controversial nature of much of it, the kind of change they require – knew that only strong legislation would work.

Governments know how to set up an independent body. They do it for commissions, advisory groups, advocacy offices – the ombudsman, official languages, child advocacy, and other offices. For women, they didn’t follow the template.  For women, it was “let’s just have an internal committee? Can’t we all get along?”

Without legal status, you don’t have status. Women of all people know that, over and over.

So this is a good day. After 5 years without an independent Council, and 3 years where so much effort and money was put in a frustrating unnecessary exercise, there will be a law. I could give you a list of lost opportunities since 2011.

Like I tell the young’uns around the fire, when you face a showdown with government because you think women should be treated as equals, as some of us have, what do you do? What do you reach for? You reach for the law, and the microphone.  That’s how we all get along, and get change done.

 

Du travail à refaire – Journée des femmes

Dresse une liste des domaines où la vie des femmes du Nouveau-Brunswick s’est améliorée dans les dernières décennies, et elle sera longue et impressionnante – nous avons davantage d’autonomie, de droits et, la plupart du temps, de respect.

Ensuite dresse la liste des domaines où l’égalité n’est pas atteinte – celle-là également sera longue … et assez semblable à la première liste. Le travail n’est pas achevé en partie parce que le travail n’est pas bien fait :

Des services de garde inabordables valent autant qu’un pont défoncé lorsqu’il est question de se rendre au travail.

Nous savons recueillir les plaintes d’agression sexuelle, mais nous ne semblons pas savoir quoi faire de ces plaintes.

Nous nous empressons comme pas un autour des femmes victimes de violence, mais faisons peu pour prévenir la violence avant qu’elle ne se produise. Ça semble pervers ça, à la longue.

Lorsque nous les femmes avons dit qu’on voulait un emploi, on n’avait pas d’idée que tant d’emplois payaient en pauvreté.

Mon corps, j’en suis capitaine et maîtresse – c’est pas compliqué mais on est dur de comprenure.

Aussitôt une élection lancée, les partis politiques principaux s’époumonent à dire ‘on souhaite vraiment avoir un plus grand nombre de candidates, … oui, vraiment.’ Pis après chaque élection, les mêmes résultats : peu de diversité. Les incantations n’auraient pas d’effet ?

On se rappelle toutes la première fois qu’on nous menace d’égalité : « Tu veux l’égalité ? On va t’la baillé… » Voici une récente fois : Après de nombreuses années de pression par les femmes, le gouvernement provincial a évalué certains postes à prédominance féminine pour vérifier l’équité salariale. Un tel exercice est d’habitude encadré par une loi et effectué par un organisme indépendant ayant une expertise. Ici, une méthode « élaborée au Nouveau-Brunswick » a donné des résultats étonnants. Le salaire de la plupart des postes à prédominance féminine examinés serait excessif, dont celui des administrateurs dans les services de garde et les travailleuses de soutien et d’approche dans les maisons de transition. Ces postes seraient trop payés alors que leurs salaires sont plus faibles ici que dans d’autres provinces où le coût de la vie est sensiblement le même ? Puis on apprend que la méthode employée par le gouvernement était une « adaptation » des méthodes acceptées d’évaluation des emplois et que chacune des adaptations avait comme effet de réduire la chance qu’un ajustement salarial soit dû.

Comme par hasard.

Un autre exemple du genre, « bon, on va le faire, mais tu ne vas pas aimer » :

Voilà cinq ans ce mois-ci que les Conservateurs de David Alward ont aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme et sa loi – et cela six mois après avoir été élu avec une promesse dans leur programme de travailler en collaboration avec le CCCF (je souris lorsque je me rappelle mon emballement naïf lorsque j’avais lu ça). Suite aux protestations que l’abolition a soulevées, les Conservateurs, rendu proche aux prochaines élections, ont voulu corrigé leur gaffe en créant un comité, Voix, pour aviser sur les questions féminines. Sans loi ou Ordre-en-conseil ou cahier de charge. C’était du classique « il faut faire quelque chose, ceci est quelque chose ».

Les gouvernements savent comment créer une agence indépendante, et ils savent que ce qu’ils ont fait ici ne répond pas à ces critères.

J’étais la directrice générale du Conseil pendant ses dix dernières années, et employée du Conseil pendant près de 20 ans avant ça. Je me souviens de confrontations avec des représentants de gouvernement qui s’opposaient à une position ou un projet du Conseil consultatif, parce que c’était pour eux malcommode, problématique politiquement, ou simplement féministe. Le Conseil a pu continuer sur son chemin lorsque nous avons su répondre, « Ma foi, nous ne faisons qu’essayer de s’acquitter du mandat prescrit par notre loi, parce que nous aurons des ennuis si nous acceptons des fonds publics sans faire le travail. »

Essaye de dire ça sans rien en main. Ce serait semblable à se retrouver dans un pays étranger sans pièce d’identification.

Puis est venu le gouvernement Gallant avec une promesse de donner une vraie indépendance à ce comité.

Vu l’attitude démontrée par ce gouvernement à l’égard de ses agences indépendantes ces derniers temps, il vaut peut-être mieux ne pas attirer d’attention sur Voix des femmes. Être ignorée serait bien s’en sortir, il peut sembler.

Mais voilà plus de deux ans que Voix a été créé et je blâme le manque de statut et de pouvoir accordé au comité pour le fait que Voix n’a pas lancé ses activités. Pourtant il y a tant de dossiers à traiter. Je peux vous en faire une liste. Elle est longue.

Une dernière question. Le gouvernement provincial a récemment annoncé qu’une analyse inclusive selon le genre fera partie du processus de décision du gouvernement. Chaque option qui sera examinée sera analysé pour son impact potentiel sur l’égalité entre les genres. Sauf que les documents ne seront pas rendus publics, puisque, nous dit-on, ils sont des conseils au Cabinet, donc secret. C’est là une façon de faire, mais ce n’est pas la façon transparente et crédible. Ils auraient dû demandé ces analyses d’une entité indépendante, mais même si elles sont réalisées au sein du gouvernement, les études pourraient être publiques sauf les conseils au Cabinet qui se basent sur ces études. Autrement, nous devons présumer que rien n’a changé, surtout vu l’absence d’effet visible de ces analyses, et vu que le gouvernement n’a pas dit qu’il adoptera que les options qui ont un effet positif ou neutre sur l’égalité. On peut présumer qu’une case à cocher a été ajoutée aux documents soumis au Cabinet – Analyse inclusive complétée ? – mais il est sage de demander de voir ces documents et de connaître le processus suivi. Ce n’est pas du cynisme, c’est de l’expérience.

 

 

We’ve got it covered, girly

The New Brunswick government is finally doing analysis of the potential impact of its decisions on gender equality. Now there’s good news. Each option under study for a new program, or changes or cuts to programs, will be analyzed for its impact on gender (as well as potential fiscal and economic impacts).

Some applause has come from women’s groups, though it was muted: they want to “see the documents”.

But overall, that’s good news, right? How hard can it be? How can anything go wrong?

Well, let me count the ways.

 

What we know:

The government says its employees did a gender-based analysis.

 

Which suggests:

The government is only going ahead with policies that have a positive or neutral impact on equality, that pass the “gender” test.

Their gender-based analysis includes all genders, all women, all men, and the relative situation of all New Brunswickers in all their diversity.

 

What we fear:

“Mr. Minister, here’s the impact analysis for gender on that proposed policy. We found that it would set back equality between women and men. We recommend against that policy. In fact the committee says “Under no circumstances should …””

“Excuse me. You did a gender-based analysis? I can say that?

“Yes, but…”

“Thank you.”

“Mr. Minister, I’m happy to inform you that we did a gender-based analysis on your platform policies. However, we did not have any statistics by race, income group, location, and, actually, sex was a problem too. But we have a feeling this will play well.”

“Good job once again, thank you.”

 

There is no reason to mistrust this government over any other. But giving any party-cum-government the power to self-police is never a good idea. Think of what recent NB governments have done to pay equity analysis*.

Finally, remember Sheila Fraser, Canada’s super Auditor General? She “found out” the federal government on this issue in 2009. A House of Commons Standing Committee requested that her office examine how well the federal government was implementing gender-based analysis. Fraser asked Treasury Board and other departments to provide their gender-analysis documents. “We-l-ll, actually there are no records, but…”, came the response. “But…”

No documentation, no analysis, she concluded.

 

* https://rosellam.wordpress.com/?s=paid+too+much

Avortement 2016

L’accès au service d’avortement est meilleur au Nouveau-Brunswick que dans la majorité des autres juridictions du Canada.* L’accès au service d’avortement au Nouveau-Brunswick, et ailleurs, est médiocre, et pourrait être bien moins coûteux.

Le Nouveau-Brunswick a 4 points d’accès à l’avortement, donc 1 pour 95 000 femmes. L’Alberta a 2 points d’accès pour une population féminine de plus de 2 millions, un par million de femmes. Au Québec chacun des 14 7 points d’accès dessert 594 000 femmes. La Nouvelle-Écosse, un point d’accès pour 481 000 femmes. Bien sûr tous les points d’accès ne s’équivalent pas. Par exemple, un des 4 points d’accès au N.-B. exige 700$-800$ pour l’intervention, puisqu’il opère hors du système de santé public (et ne publie pas le nombre d’interventions pratiquées, qui me semble irresponsable). Enfin, certains points d’accès ont une capacité limitée ou un horaire d’opération restreint.

Mais le Nouveau-Brunswick, et la plupart du Canada, pratique encore trop exclusivement l’avortement chirurgical. Alors que la majorité des avortements en Europe sont médicamenteux, ici, à peine 3 pour cent (possiblement jusqu’à 15 pour cent en Colombie-Britannique selon une étude) le sont. Des médicaments provoquant un avortement sont disponibles depuis nombre d’années, mais depuis l’été 2015 le Ru486, plus sûr et efficace, est approuvé au Canada (25 ans après la France !). Il faut un médecin pour le prescrire mais le reste se fait chez soi avec une dernière visite au médecin dans les deux semaines suivantes.

Même quand l’avortement est une intervention chirurgicale, nul besoin de le faire dans un hôpital et les arguments pour préférer la clinique sont nombreux.

Mais nous ne sommes pas près de penser à cette question d’avortement de façon raisonnable.

 

* http://www.cbc.ca/news/canada/prince-edward-island/abortion-access-canada-1.3390494?cmp=rss&utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter ; http://www.arcc-cdac.ca/list-abortion-clinics-canada.pdf

L’Acadie rétrécit à vue d’œil

Par une journée de gros frette de février 2006, je me suis rendue après l’ouvrage à une conférence à Fredericton par l’historien de Yale University, John Mack Faragher, reconnu « historian of the American Frontier ». Je n’avais pas encore lu son livre alors tout récent, « A Great and Noble Scheme, The Tragic Story of the Expulsion of the Acadians from their American Homeland ».

Quelque temps plus tard, j’ai lu son livre, une lecture ébarouissante.

Je me rappelle comme une plaie les premières minutes de sa conférence. Le monde assemblé ce soir-là était surtout des historiens amateurs et professionnels de Fredericton, Moncton et du Maine, surtout des hommes d’un certain âge. Après les premières minutes de mise en situation par M. Faragher, ces hommes se mouchaient ou avaient les yeux à l’eau. Moi je reprenais mon souffle et avais la gorge trop grosse pour poser mes questions. M. Faragher avait, avec une innocence simple, décrit ce qu’il savait de Pointe Sainte-Anne, ce qui est aujourd’hui Fredericton – que c’était le siège d’échanges entre peuples autochtones depuis temps immémoriaux, que les Acadiens y avaient vécu pendant une centaine d’années avant les troubles, et que très près d’où nous étions, en un même mois de février, en 1759, le colonel britannique Monckton, entre autres, y avait mené un massacre connu pour avoir été particulièrement barbare. 2 000 soldats britanniques montaient la rivière Saint-Jean pour purger les terres. M. Faragher décrit le scalpage de familles acadiennes entières à Pointe Sainte-Anne, le viol de femmes, après avoir amarré l’homme de la maison à une chaise, avant de tuer tout le monde et de mettre le feu. Et pire. Disons que ce n’était pas l’analyse géopolitique sobre d’un incident historique qu’on nous sert souvent.

Récemment, lorsque le maire de Fredericton exprimait à quel point il est exaspéré de voir que les Acadiens sont encore là et prennent de la place, j’ai repensé à cette conférence de M. Faragher. Et au fait que cette « capitale » n’est toujours pas une terre d’accueil. J’en aurais long à dire sur ce Fredericton.

Quelle annus horribilis, par moment, en Acadie jusqu’à date, hein ? Je ne pense pas seulement au maire Brad Woodside et aux organismes anti-francophones qui poussent comme des champignons dans la merde. Je réagis surtout au fait que ces choses peuvent se faire sans qu’une belle masse de politiques ou d’anglophones raisonnables se lèvent, ou lèvent le petit doigt.

Faut-il être malchanceux pour que, juste en même temps, la SANB soit « en réparation ». Et le gouvernement, comptant pour une fois une belle bouillée d’Acadiens, qui semble croire que c’est là la raison même qu’il ne peut pas se permettre de nous défendre.  Peut-être qu’entre-temps la SPCA pourrait nous venir en aide ?

Pis la réponse du gouvernement à la suggestion de la Commissaire aux langues officielles que les plus hauts des hauts fonctionnaires, s’ils sont vraiment les plus brillants, devraient être bilingues. Le gouvernement ne lui a pas même laissé finir sa phrase avant de la dénoncer.

Pis notre journal national, important comme il est quand même, y’a du monde comme moi qui diront qu’ils ont plus d’espace à donner aux concours de beauté bidons qu’à ces enjeux déterminants pour l’Acadie.

L’Acadie rétrécit à vue d’œil.

La seule Acadie qu’il va nous rester bintôt est celle de la musique et des arts, parce que tout le monde, y compris « nos amis les ennemis », nous aime lorsqu’on s’en tient à ça. Ils aiment notre « joie de vivre », qui a plus à voir avec Maurice Chevalier qu’avec nous autres Acadiens, rescalpés malcommodes.

Peut-être qu’il y a moyen de négocier pour que les prix Éloizes ajoutent au moins des catégories « projet de société »? Question de tiendre en vie cette idée folle pour un boute. Tsé, un prix Espoir et un prix Désespoir. Un prix Résistant et un prix Vendu. Un prix Événement Bénaise, et un prix Événement Misère noire.

Cette année je réclame pour moi le prix  « Il pleure dans mon cœur ».

Les citoyens ont tous les intérêts

Je suis en Grèce depuis quelques mois. Je lis beaucoup ici – voyager pour moi est une part découvrir un pays, une part lire ce que j’ai en réserve depuis toujours, et une part chercher à comprendre ce que je vois. Heureusement, tous les restaurants en Grèce, tous, ont des nappes en papier, donc je prends en note ces choses qui m’ont fait dire Hein ? et plus tard, je fouine sur internet. Et, étant en Grèce, étant donné les références que je vois, mes recherches ont souvent affaire aux notions de démocratie, de citoyenneté, et de la philosophie. (Je lis aussi au sujet du traitement abusif par les Allemands, par l’Europe et par le Fonds monétaire international de la Grèce, mais je dérape …)

Et voilà que mes méandres me sont utiles dans ma réflexion sur une question bien de chez nous. La représentation au sein d’un organisme d’individus et de représentants de groupe.

Disons qu’une religion demandait d’être représentée à la Chambre des communes du Canada parce qu’une majorité de Canadiens sont de cette religion-là. Ou parce que la religion représente une minorité de Canadiens qui est souvent victime de discrimination.

Ou disons que la Chambre de commerce du Canada demande d’avoir un siège réservé à la Chambre des communes … officiellement, je veux dire.

Ou, rêvons, disons que les Canadiennes forment à nouveau un regroupement national sérieux et qu’elles exigent quelques sièges au sein du pouvoir législatif.

Qu’est-ce qu’on fait ?

On dit non. Ça ne doit pas se faire.

Parce que le citoyen prime, la citoyenne itou.

Les citoyens ont des droits, selon la Charte canadienne des droits et libertés. Les citoyens ont tous les intérêts.

Les groupes ? Pas pareil. Ils ont des intérêts spécifiques. Ces groupes, associations, coalitions, organismes, qui sont essentiels, ne sont que nos instruments. Les citoyens font des groupes mais les groupes ne sont pas des citoyens. Ils ont certains intérêts différents, même. Les groupes doivent défendre l’intérêt de leurs membres. L’assemblée, elle, – que ce soit la Chambre des Communes, la SANB, ou Voix des femmes, par exemple – doit également s’occuper de l’intérêt général et du bien commun.

Dans un organisme formé à la fois de citoyens et de représentants de groupes, il y a forcément tension et dysfonction. Les représentants de groupe devront consulter leurs membres, ou ils n’agissent pas tels des membres à part entière, libre de réfléchir et décider à leur guise. Ou ils ont des conflits d’intérêt entre le bien commun et le bien de leur groupe, ou ils exigent une survalorisation de leur vote et opinion en raison du nombre de personnes qu’ils représentent. Il arrive que des représentants de groupes proposent un raccourci – un court-circuit, si vous voulez : étant donné qu’ils ont étudié les dossiers, qu’ils ont des employés même, qu’ils sont mandatés, et étant donné la faible participation des citoyens ou la difficulté d’attirer la participation d’individus, les groupes peuvent représenter la population générale.

Ce serait malheureux, pour nous et la démocratie.

Il faut mettre l’effort pour redécouvrir ou inventer un format de participation citoyenne qui attire et qui fonctionne. Revaloriser le citoyen, la citoyenne itou.

Si l’Acadie était féministe

Un sommaire du discours prononcé à l’Université de Moncton campus de Shippagan, le 20 mars 2015.

Je veux premièrement reconnaître que cette activité a lieu sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui n’ont pas cédé ce territoire à la Couronne.

Un projet féministe de société est ambitieux, parce qu’il ne s’arrête pas à se comparer aux hommes, ce qui ne serait pas très ambitieux – et je ne me moque pas des hommes – c’est plus vaste que ça. Une société féministe cherche à éliminer toutes formes de dominations et d’inégalités – entre hommes et femmes, entre les femmes, entre les peuples.

Dans une société inspirée du féminisme, il faudrait par exemple une refonte du système économique et politique afin que l’État soutienne les mouvements sociaux qui luttent contre les inégalités.

Si l’Acadie avait été féministe, du débutEh ben, pour l’être, féministe, il aurait fallu que l’Acadie soit très différente de son temps. Pour commencer, aurait fallu qu’elle ne soit pas sous l’emprise de l’Église, ou que l’Église ait été féministe. Parce que le rôle de la femme était limité, pas seulement par les coutumes et les lois, mais il était fixé par les enseignements de l’église.

Il y a quelques années, Josette Brun, historienne et professeure à Université Laval, a publié une étude Vie et mort du couple en Nouvelle-France. Elle a examiné les rôles joués par les hommes et les femmes au sein du couple et ce qui arrive aux veufs et veuves, de 1710 à 1744, à Louisbourg, Port-Royal (et au Québec). Pour un échantillon de 25 couples de Louisbourg, elle a analysé les archives notariées, la correspondance religieuse et administrative, les recensements.

Elle a trouvé qu’une fois mariées, les femmes, n’importe leur rang social ou l’occupation du mari, sont rarement associées à la paperasse signée devant notaire, … sauf lorsqu’il s’agit de signer pour une dette. Lorsqu’il s’agit de la vie professionnelle du mari, presque rien. Presque pas d’hommes à Louisbourg n’ont donné une procuration à leur femme pour les remplacer devant le notaire. L’homme dirige le couple et la famille. Les femmes sont confinées à la vie privée. Il y a des cas exceptionnels, mais la grande majorité des femmes de cette Acadie sont tenues à l’écart des affaires conjugales. Les veuves sont plus affligées que les hommes par «l’image négative associée à la vieillesse». Celles de plus de 40 ans ont plus de difficultés à se remarier et l’église n’encourage pas ces veuves qui dépassent la quarantaine à se remarier – le but du mariage étant de faire des enfants – elles devraient consacrer le reste de leur vie aux bonnes oeuvres. Aussitôt veuve, l’Église leur enlève le droit de succession au « banc d’église ».

Un âge d’or de la condition féminine en Acadie ? Oublie ça. Ni le contexte colonial ou l’avantage démographique n’ont entrainé une redéfinition des rôles…

Je ne connais rien non plus, au 18e siècle ou au jour d’aujourd’hui, qui me laisse croire que l’Acadie a été féministe.

Bien sûr, il y a eu des femmes fortes, féministes, qui ont agi et réagi au nom de l’égalité ou la dignité – l’idée de féminisme n’est pas né hier, ou dans les années 60.

Mais Acadie féministe ? Non :

Les acadiennes n’ont pas eu droit à l’éducation avant les autres femmes, ni même en même temps que les Acadiens. Les sœurs qui ont voulu organiser des collèges pour filles ont rencontré de l’opposition, de leur archevêque et d’ailleurs, à l’occasion.

Lorsque les femmes du Nouveau-Brunswick pétitionnaient et manifestaient pour le droit de vote – sur une période de 50 ans elles l’ont fait -, les Acadiennes n’y étaient presque pas. À part les lettres de Marichette dans l’Évangéline, les Acadiennes étaient absentes du débat des suffragettes.

Sept ans après l’obtention du droit de vote par les femmes du Nouveau-Brunswick, le journal l’Évangéline publie un éditorial en première page : « L’immense majorité des Acadiens verrait sans objection le rappel de la loi qui donne le droit de vote aux femmes. » Treize ans après l’obtention du droit de vote, le journal Le Fermier acadien publie un article demandant aux bonnes Acadiennes de rester au foyer, de ne pas sortir voter…

La « patente » acadienne n’a pas inclus de femmes, n’a pas travaillé pour l’égalité. Nos Chevaliers de Colomb ne sont pas plus féministes, inclusifs, qu’ailleurs.

Nos curriculums scolaires n’ont pas parlé des femmes plus que les autres ; nous n’avons pas un meilleur taux de femmes dans les domaines non traditionnels, au contraire. Notre Université de Moncton a peu de femmes dans les postes de décision, n’offre pas de programme en études féministes, ses instituts et ses professeurs publient très peu des données ou d’études sur des questions d’égalité ou qui font mention de la variable sexe.

Nos municipalités francophones ont moins de mairesses et de conseillères que les autres, n’ont pas plus de politiques familiales ou d’analyse inclusive.

Les Acadiennes élues au provincial sont rares, et l’élection des premières n’a pas lancer une tendance, loin de là.

L’Assemblée législative compte 8 femmes sur 49 députés, soit 16 % de représentation féminine. La moyenne mondiale toutes chambres confondues est de 22 %. Les États arabes (18 %) font meilleure figure que le Nouveau-Brunswick. En 2006, lorsque Liane Roy, alors consultante, a publié une chronique, Pourquoi si peu d’acadiennes en politique?, elle a suggéré qu’on doit regarder l’éducation des enfants et le statut accordé aux femmes. Elle a aussi dit que très peu d’Acadiennes se sentent interpellés par la politique, qu’elles ne sont pas certaines qu’elles seraient entendues et pourraient faire une différence.

Nos médias ne font certainement pas plus de place aux femmes et aux questions féministes que d’autres médias. Aucune femme n’a occupé un poste d’éditorialiste au sein de L’Évangéline, Le Matin, ou l’Acadie Nouvelle.

Marie-Linda Lord s’est penché sur cette question : « Les études sur les femmes en Acadie sont rares. Il n’existe pas de lignée de femmes porte-parole médiatiques en Acadie. » « Véritable archétype des exclus, la Sagouine est une personnification féminine d’une prise de parole acadienne, voire universelle, qui n’était rien de moins qu’un geste d’affirmation qui a réussi à se faire remarquer. Près de 40 ans plus tard, la Sagouine émerveille toujours, et le succès de cette prise de parole par une femme, même fictive, reste inégalé dans la réalité médiatique acadienne. » * http://www.umoncton.ca/umcm-crea/files/umcm-crea/wf/wf/pdf/ournalisme_en_Acadie__un_enjeu_d__mocratique.pdf

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick a conclu, dans son Analyse de la représentation des femmes dans l’actualité de la presse écrite provinciale francophone Nouveau-Brunswick, publié en 2011 :

Les femmes sont sous-représentées dans presque tous les sujets d’actualité même dans ceux où elles sont en réalité fortement présentes – santé, éducation, communautaire, arts. Dans les 494 reportages de l’actualité de L’Acadie Nouvelle examinés, les femmes étaient 25% des intervenants. Dans les 185 articles traitant d’enjeux relatifs au gouvernement ou la politique, elles étaient 18% des intervenants. L’examen du cahier provincial de L’Étoile a donné des résultats semblables.

Le Regroupement a conclu que la contribution des femmes dans la société n’est pas reflétée justement et les médias participent à cet état de chose. Le groupe a donc produit une liste d’intervenantes prêtes à prendre la parole et l’a diffusée, offert des ateliers pour aider les femmes à se préparer aux entrevues avec les médias et co-organisé un colloque sur la place de la femme dans les médias, avec l’Association acadienne des journalistes. * https://www.youtube.com/watch?v=k4Pr_h96XUI

Ce mois-ci, le journal l’Étoile a publié un long article* sur ce travail du Regroupement féministe, en anticipation de la publication prochaine par le groupe d’une deuxième analyse de la place des femmes dans les médias acadiens. (* Comment augmenter la visibilité des femmes dans les médias acadiens?, 9 mars 2015, L’Étoile.)

Dans l’article, le président de l’Association acadienne des journalistes (AAJ) confie que le genre n’est pas un facteur considéré par les membres de son association lorsqu’ils cherchent des intervenants : « Une des cibles (du Regroupement) était de travailler avec les journalistes pour qu’ils incluent plus de femmes comme sources dans le contenu médiatique. On a essayé de leur expliquer notre réalité, parce que lorsque nous travaillons sur un sujet, on va chercher l’intervenante ou l’intervenant le plus habilité à nous répondre, la personne qui a l’information … On a dit au Regroupement féministe que c’est important de sensibiliser les organisations afin qu’elles donnent plus de place aux femmes, et de sensibiliser les femmes afin qu’elles prennent plus de place ». Lire la suite

La méthode Tout le monde pisse debout

Un sommaire d’un discours livré le 8 mars 2015, Journée internationale des femmes, à Moncton.

Je veux dire premièrement, que je suis fière d’être à une célébration féministe du 8 mars ! Avec la récupération qui se fait de cette journée… Eh ! Y’a des fêtes du 8 mars où y’a un cours de danse du poteau – pole dancing – donc disons Brava à nos organisatrices…

Depuis des années, il m’arrive de dire à certaines personnes, au sujet de la situation des femmes :

Si tu penses que les femmes ont atteint l’égalité, tu connais pas assez de femmes, tu connais pas les statistiques.

Et si tu penses que rien a changé, tu connais pas l’histoire, comment la situation des femmes était pire y’a pas si longtemps.

Mais aujourd’hui, je m’entends aussi dire, …surtout aux jeunes journalistes dernièrement…

Si tu penses que les questions de femmes se limitent à l’avortement, le viol, le harcèlement sexuel et les autres violences faites aux femmes, eh ben, soit tu veux cantonner les femmes, et ça c’est la définition même du sexisme, soit tu connais pas l’envergure du mouvement et des changements nécessaires pour l’égalité.

Les questions de femmes, c’est aussi, je dirais surtout, la réforme fiscale, la réforme du système électoral, les politiques économiques, la démocratie, et la non reconnaissance du fait que l’économie du marché dépend de l’économie des soins.

Les problèmes qui font les manchettes – la violence, le manque d’équité salariale – sont des symptômes. Les hommes qui battent leur femme, ces hommes sont des symptômes. Le salaire payé aux employées de service de garde, c’est un symptôme.

Le vrai problème, causal, est l’inégalité entre les sexes. La non valorisation de tout ce qui est femme. Une inégalité historique, traditionnelle, confortable pour certains, invisible pour presque tout le monde.

Est-ce qu’en traitant des symptômes, on peut espérer réduire le problème de base? J’sais pas.

Si tu traites une infection, peut-être que tu retrouveras la santé.

Mais il faut dire que l’image qui me vient souvent en tête, c’est qu’on est en train d’essuyer le plancher – pis on s’occupe pas assez de fermer le robinet.

C’est comme donner des premiers soins pis prétendre qu’on fait de la prévention. Les services aux femmes, ça ne change pas le monde.

Le mouvement féministe est plus qu’une série de dossiers. C’est une analyse critique de la société, une mouvance pour un monde meilleur, en repensant le monde. Cette analyse critique, provenant d’un mouvement féministe en santé, est importante pour savoir si on travaille sur ce qui est le plus pertinent et prometteur pour l’égalité.

La semaine passée, un nouveau rapport confirmait que les initiatives gouvernementales pour relancer l’économie ont surtout favorisé les hommes, tandis que les mesures d’austérité ont désavantagé les femmes.

C’était un rapport du Québec, par leur Institut de recherche et d’informations socio-économiques. Ils ont analysé les budgets des derniers 6 ans, et conclut que la stratégie de sortie de crise a créé une différence d’environ 7 milliards de dollars entre les hommes et les femmes. Les femmes sont doublement perdantes.

C’est pas unique au Québec. L’Europe a fait des études semblables arrivant à des conclusions semblables.

Ça rappelle le temps au Canada quand, selon les tribunaux, « les femmes étaient des personnes pour ce qui est des peines et des châtiments, mais non pour ce qui est des droits et des privilèges ».

On a réussi des changements dramatiques dans la condition féminine, ces dernières décennies. Mais ce sont surtout les femmes qui ont changé, pas la société. Pensons à notre niveau d’instruction, notre participation sur le marché du travail, au nombre d’enfants qu’on n’a pas.

Ce qui a moins changé sont les systèmes, les politiques, les façons de faire qui favorisent les hommes, mais aussi qui favorisent une vision très restreinte de l’économie, de la politique. Des changements de cet ordre-là attirent la résistance. Lire la suite

Things New Brunswick cannot afford

New Brunswick cannot afford working under the presumption that everybody will benefit no matter how we get New Brunswick’s economy going. We know that places with similar levels of growth can have very different levels of inequality and poverty. You can have a growing economy with small wage earners who are not benefitting. Economists have words for it – “weakening relationship between wages and growth”, “jobs-poor recovery”, “the concentration of wealth’s effect on economies”, “big money’s influence on democratic politics” – words that I am not fully qualified to handle, but I know that, if they don’t take care, even governments that earnestly try to restart an economy may produce results only for certain segments of the population. (And then there might be even fewer citizens able to afford the $300 ticket to hear the “State of the Province” speech by our Premier!) If we want broadly shared economic growth, we must ensure that is what happens, because, in these times, it is unlikely to be created by chance.

New Brunswick cannot afford governments conducting mindless consultations. The way that the process for the program review now underway has started – a four-page note from the minister and two-hour meetings around the province over one month – is not enough to launch a thinking process or a change of course. A coalition of citizen groups has called for a more thoughtful process, suggesting that the government take a few extra months, produce a real discussion paper giving a picture of the situation, the challenges, and some options. When we are simply asked to “name three things that you think government could stop doing to save money” and “three things government could do to raise money”, you will get many knee-jerk reactions, anecdotes, things people have been repeating all their lives – whether they apply to New Brunswick, would save money in the long term, or would hurt more than help. You will get some useful suggestions, but nothing like what would come out of a real process of citizen participation. You can look it up. In times such as these, where we have been told that a race to the bottom is the only way to go, asking for ideas may produce more than one “Kill my neighbour’s cow because I don’t have one” suggestion. Lire la suite

On ne peut pas se payer ça

Le Nouveau-Brunswick ne peut pas prendre pour acquis que nous bénéficierons tous pareillement de la relance de l’économie provinciale. Nous savons que certains endroits avec des niveaux de croissance similaires ont des taux d’inégalité et de pauvreté très différents. Il est possible d’avoir une économie en croissance où les salariés ne profitent pas. Les économistes ont des mots pour ça – « l’affaiblissement des liens entre salaire et croissance », « une reprise non génératrice d’emploi », « l’effet de la concentration des avoirs sur l’économie », l’influence des gros capitaux sur l’économie » -, des mots que je ne devrais pas manipuler n’ayant pas les qualifications requises. Mais je sais qu’un gouvernement bien intentionné peut repartir l’économie et n’avoir que des résultats pour certains secteurs de la population. (Et nous serions même plus nombreux à ne pas pouvoir se payer un billet de 300$ pour entendre le discours sur l’État de la province par le premier ministre.) Une croissance généralisée, qui profite à nous tous, ne se produira pas par hasard. Fais-le savoir.

Le Nouveau-Brunswick ne peut non plus se payer des consultations prêt-à-penser. La révision des programmes a été lancée avec une note de quatre pages du ministre et un horaire de quelques rencontres de deux heures sur une période d’un mois. C’est trop peu pour lancer un processus de réflexion ou un changement de cap. Une coalition importante de groupes citoyens a suggéré un processus plus réfléchi – Brian, prends quelques mois additionnels, présente un vrai document de discussion qui présente un portrait de notre situation, nos défis, et des options.

Lorsqu’on nous demande de nommer « trois éléments que le gouvernement pourrait cesser de financer afin d’économiser » et « trois moyens pour trouver des fonds », je vous gage qu’on aura surtout des réactions impulsives, des anecdotes, des choses que les gens répètent depuis toujours – qu’elles s’appliquent au Nouveau-Brunswick, épargnent de l’argent à la longue, fassent plus de mal que de bien, ou non. Quelques suggestions utiles seront soumises, mais loin de ce qui ressortirait d’un vrai processus de participation citoyenne. Ces temps-ci, alors qu’on nous dit depuis une génération qu’il faut niveler vers le bas, si on nous demande des idées, il y en aura plusieurs qui vont dire « Tue la vache de mon voisin parce que moi j’ai pas de vache. »

Une autre chose que le Nouveau-Brunswick ne peut se payer, ce sont des citoyens qui ne disent pas bou, sauf pour marmonner à eux-mêmes. Je ne vais pas répéter la sainte vérité qu’une démocratie n’est viable que si des citoyens informés agissent de concert et demandent des comptes des politiques responsables. Je vais suggérer que tu te poses la question, avant de t’endormir, « Es-tu certain de ne pas être idiot  ? » « Es-tu certain que les autorités ne se moquent pas de toi ? » Ton monde et le monde que tu laisses à tes descendants sont définis par la politique, comment les politiques décident de dépenser les fonds publics et de répondre aux forces qui veulent ton travail, ton argent, ta docilité. Et toi, tu n’as pas envie de te déranger pour faire connaitre ton point de vue à des élus parce qu’ils sont des idiots ? Si c’était vrai, que des élus soient des idiots serait la meilleure raison de s’impliquer. Informes-toi, remets en question ce que tu penses, impliques-toi, exige une participation citoyenne réelle.

Le Nouveau-Brunswick ne peut surtout pas se payer l’austérité – on y vit déjà. D’autres que moi – des lauréats du prix Nobel et le Fonds monétaire international – te diront de quoi il s’agit : l’austérité ralentit la croissance, et l’espoir. Le Nouveau-Brunswick en mode austérité, ce serait mettre le pied sur son tuyau d’oxygène.

2014 appartient aux jeunes

L’élection provinciale de 2014 fut remarquable en ce qu’une question féministe a joué un rôle. Cela n’arrive pas fréquemment – j’euphémise. Pour certains, la question de l’avortement a déterminé pour qui ils pouvaient voter. Je ne me rappelle que d’une autre élection provinciale, en 1987, où la campagne a pris note d’une question de femmes – l’équité salariale – mais cette question n’a pas joué un rôle déterminant puisque tous les partis appuyaient une version d’équité.

Le gouvernement de Brian Gallant a fait avancer un peu la question de l’accès à l’avortement, mais son programme électoral comprenait d’autres promesses visant la condition féminine.

Une question qu’il pourrait traiter rapidement est la création d’un conseil aviseur indépendant sur les questions féminines – réparant ainsi un problème créé par le gouvernement sortant. Les Conservateurs avaient aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme six mois après leur entrée en pouvoir. (Ils voulaient gouverner en paix.) Puis quelques mois avant la fin de leur mandat, ils ont dit qu’ils recréaient une agence indépendante, « Voix des femmes ». Sauf ce n’est pas ce qu’ils ont fait. « Voix » n’a pas de mandat ni d’autorité légiféré, ou connu. Le gouvernement s’est donné des sièges aux réunions de « Voix ». Plusieurs des membres de « Voix » représentent des groupes qui comptent sur le gouvernement pour de l’appui ou leur survie. Étant donné que les intérêts des groupes et des citoyennes peuvent diverger, elles ne pourront pas représenter les deux. On sait qu’il existe des modèles de gouvernance qui protègent des conflits d’intérêt tout en permettant de bénéficier de l’expertise de groupes, mais « Voix » n’a pas été établi sur ces principes. Presque un an après la nomination des membres, « Voix » n’a toujours rien contribué. Certains cyniques vont conclure que « Voix » fonctionne tel que planifié, puisque le gouvernement sait comment créer une agence indépendante et ne l’a pas fait. Il semble qu’il n’a pas non plus nommé des membres qui savent comment composer avec une telle situation. Gouvernement 1, les femmes 0. Lire la suite

2014 belonged to the young

A slightly different version of this text was published by the New Brunswick Telegraph-Journal on December 30, 2014.

This year’s election was notable in one respect: a women’s issue was an election topic. That does not happen often (understatement). The abortion issue determined whom some would vote for. I can only remember one other provincial election, in 1987, where the campaign included a women’s issue – pay equity – though that issue hardly played a deciding role then since all parties promised some version of it.

The Brian Gallant government has now dealt with part of the abortion access issue, but it had also made other platform promises to women.

The next issue it could address quickly is to create an independent advisory body on women’s issues – fix a problem inherited from the departed government. The Conservatives abolished the Advisory Council on the Status of Women six months after they were elected. (They wanted to govern in peace.) Then, a few months before the end of their term, they said they were re-establishing an independent agency, “Voices of Women”. Except that’s not what they did. “Voices” was not given a legislated, or even known, mandate and authority. Government gave itself seats at “Voices” meetings and provides a minuscule budget partly “in kind”. Many “Voices” members sit as representatives of groups that look to government for survival or support, so given how divergent those interests can be, they can hardly represent New Brunswick women and their group. More respectful and responsible structures exist which guard against such conflicts of interest and protect the integrity of the agency. In any case, about a year after its members were appointed – a very lively year for women’s issues – “Voices” is still invisible. Consider though that Voices may be working perfectly to plan: governments know how to create real “arm’s length” agencies, and it did not do it in this case. Nor, it seems, did it appoint members that know how to deal with such a situation. Government 1, women 0. Lire la suite

Si on doit comptabiliser les droits

Si on doit parler du coût de respecter des droits, on se doit de la faire avec respect et soin au moins.
Le gouvernement provincial dit qu’il va coûter 500 000$ de plus par an pour la pratique d’avortements au Nouveau-Brunswick lorsque les obstacles politiques seront levés. On ne peut qu’espérer – mais je le doute fortement – que ce montant est le solde du calcul qui comprend :
Les épargnes sur le coût de l’accouchement à l’hôpital.
Les épargnes qui seront réalisées parce que les généralistes pourront dorénavant pratiquer l’avortement et pas seulement les spécialistes.
Le coût de ne pas avoir de stratégie de prévention des grossesses non désirées.
Les épargnes dans les services d’aide aux femmes et aux enfants si on analyse la probabilité de se trouver dans le besoin si les femmes voulant avorter n’ont pas l’option d’avorter – des analyses économiques ont conclu qu’il en coûte de 10 à 20 fois plus que le coût de payer les avortements.
Le coût de tolérer la pratique chez les pharmaciens de cette province de garder derrière leur comptoir la contraception d’urgence ‘Plan B’ au lieu de la vendre à même leurs étagères comme le permet Santé Canada, et à des prix si variant – allant de 25$ à 45$.
Les épargnes réalisées dans les frais d’avocats et le temps des tribunaux puisque la province ne sera plus en cour à répondre aux poursuites ou à défendre son non-respect des droits des femmes – un montant très considérable depuis 20 ans.
Les épargnes réalisées par le fait que deux médecins n’auront pas à être consultés avant qu’un avortement soit potentiellement pratiqué.
Les coûts reliés à nos taux élevés de natalité aux adolescentes.
Les coûts, immédiats et tout au long d’une vie, découlant du fait que des filles et des femmes ont des enfants qu’elles ne désiraient pas ou ne se sentaient pas prête à avoir.
Et ajoutons à ce calcul une note faisant référence aux épargnes potentielles si des avortements médicamenteux étaient pratiqués au lieu d’avortements chirurgicaux, qui sont la majorité des avortements pratiqués en France, en Grande-Bretagne et dans les pays scandinaves.

La perpétuation des inégalités par la charité

Si pour faire ton don « pour aider ceux dans le besoin », t’avais à spécifier si ton intention était de traiter les symptômes ou d’influencer les causes profondes, je devine que, moi et toi au moins, on préférerait s’en prendre aux causes.

Pourtant on n’en a que pour la charité, surtout en ces temps de fête. Des dindes, des boîtes de Noël, des jouets – pour se faire croire qu’on s’occupe de son prochain, ou afin que père Noël ou petit Jésus nous aime parce qu’on n’a pas été bon durant l’année.

Quand le choix est d’être charitable ou d’être Séraphin/ l’oncle Picsou/ Scrooge, tu donnes.

À chaque saison des fêtes, je rage contre la charité, non pas parce que j’haïs Noël, ou suis avare ou dénigre les personnes dans le besoin. Mais parce que je sais que la charité organisée perpétue souvent le problème qu’elle dit soulager, et parce que les chariteux pensent ainsi avoir fait leur part et ne feront rien d’autre. La charité perpétue le problème parce qu’elle remplace la recherche d’une solution ou laisse croire que le problème et la solution sont du niveau de l’individuel. La charité peut coexister avec l’action sur les causes, mais ici, maintenant, le plus souvent elle la remplace.

Même les médias, et même les médias publics, qui ne penseraient jamais faire une campagne pour une augmentation du salaire minimum par exemple, ne se gênent pas pour monter des campagnes de dons d’argent ou de dindes, surtout à ce temps-ci de l’année. Pourtant, la charité, surtout à ce niveau, est un choix politique.

Les banques alimentaires, même les gouvernements n’en ont pas honte de nos jours. Elles subventionnent les employeurs mal-payants, les emplois qui n’en sont pas, et les taux misérables des prestations officielles. Pour les personnes qui y ont accès. On est bien loin d’un revenu minimum garanti, là. Si les médias traitent des banques alimentaires, c’est pour dire que leurs tablettes sont vides ou leur clientèle augmente, jamais pour traiter de l’injustice que représente cette façon de procéder comme société, et comme gouvernement. Lire la suite

Calling Out Bruce Fitch

Opposition Leader Bruch Fitch needs to be called out, not only for the contempt of women shown in his reaction to the removal of political hurdles to abortion services, but for his lack of leadership – nay his deliberate feeding of the propaganda machine – on this divisive issue.

On the day the provincial government announced the coming changes in access to abortion, Mr. Fitch said “Does that mean you’ll have the ability of having an abortion in the eighth month of pregnancy?”

He could have said he did not agree with the change in policy and with abortion. He could have argued for the status quo. He could have recognized the consensus for change evident in the provincial election result. He could have chosen to set a tone of respectful disagreement and reasoned argument.

Instead he chose to feed misinformation and prejudice. What he is alluding to? Where are such abortions in the eighth month performed?

Can he justify playing to that gallery instead of acting like a community leader?
Will he next raise the other outlandish lies that come from the same propaganda factory, such as that “real” rape victims don’t become pregnant, that abortion endangers women’s health or fertility?

When New Brunswick deals with other divisive issues, is this going to be the level of his contribution? On bilingualism, will he take up the Bilingual today, French tomorrow rant of the haters? On sexual assault, will he remind us that women are known to lie about these things? Lire la suite

Les élus et les éléments extrémistes

Le chef de l’opposition Bruce Fitch mérite un blâme pour le mépris des femmes qu’il a démontré dans sa réaction à l’annonce de l’abandon de critères politiques pour l’accès à l’avortement. Il en mérite un autre parce qu’il n’assume pas son rôle de chef communautaire – pire, il collabore avec des propagandistes – sur cette question.

Lorsque le gouvernement provincial a annoncé la semaine dernière les changements prochains dans l’accès à l’avortement, donnant aux femmes du Nouveau-Brunswick le même accès qu’ont les Canadiennes, 26 ans plus tard, M. Fitch n’a pas trouvé mieux à dire que demander si cela veut dire que les femmes vont pouvoir alors avorter au huitième mois de grossesse.

Il aurait pu dire qu’il n’est pas d’accord avec la nouvelle politique ni avec l’avortement. Il aurait pu revendiquer le statu quo. Il aurait pu reconnaître que les résultats de l’élection récente représentent un certain consensus pour un changement. Il aurait pu donner le ton pour un désaccord respectueux et un argument raisonné.

Mais il a choisi de faire de la désinformation et de nourrir les préjugés. Que veut-il bien dire, avorter à huit mois de grossesse ? Peut-il nous dire où de telles procédures sont pratiquées? Non, car il trafique dans l’illusion et n’est intéressé qu’à impressionner la galerie d’extrémistes. Il ne cherche pas à jouer le rôle pour lequel il reçoit un salaire – un chef démocratique devant trouver des solutions aux questions sociétales.

Va-t-il nous servir toutes les autres menteries provenant de la même usine à propagande anti-choix, par exemple que les « vraies » victimes de viol ne tombent pas enceinte, et que l’avortement met en danger la santé et la fécondité des femmes ? Lire la suite

Vous aimez votre politique entre même sexe ?

À quelques semaines d’une élection provinciale, les journalistes de cette province demandent immanquablement aux partis politiques s’il y aura un nombre accru de femmes. Les partis, mettant leur visage grave, répondent qu’ils espèrent vraiment mais vraiment que plus de femmes seront candidates. C’est une petite danse traditionnelle qui sert bien les partis et les médias.

Mais répéter les mêmes gestes et s’attendre à un résultat différent est une définition de la folie. Et faire des vœux surtout pieux à la dernière minute ne marche jamais. Le moment d’agir est maintenant au début d’un mandat d’un nouveau gouvernement.

Nous ne vivons pas dans une démocratie unisexe, donc les partis doivent être formés de représentants des deux sexes, entre autre. Heureusement, il y a plein de femmes qualifiées. Malheureusement, elles ne sont pas impressionnées par les partis. Heureusement, les partis n’auront pas de difficultés à se diversifier une fois qu’ils le veulent vraiment, mais vraiment, puisque toutes les autres provinces et la plupart des pays font mieux que le Nouveau-Brunswick dans ce domaine.
Nos partis contrôlent qui peut se présenter pour siéger à l’Assemblée législative. Ils reçoivent des montants importants des fonds publics. Ils ont donc une responsabilité d’agir, et nous avons une responsabilité de l’exiger.

Cependant il ne s’agit pas que d’un problème des partis. Le gouvernement a la plus grande responsabilité d’agir, surtout puisque notre Assemblée est si spectaculairement masculine. Avant cette récente élection, près de 90 pourcent des sièges accueillaient des hommes. Maintenant on est à 84 pourcent. Il y a déjà eu aussi peu que 82 pourcent d’hommes. Notre taux augmente et descend comme ça, allant du tragique au légèrement moins pathétique.

Il faut se rappeler également que le gouvernement a une responsabilité de promouvoir une plus grande démocratie. Quel groupe mérite 84 pourcent des places quand il n’est que 49 pourcent de la population ? Si vous pensez que la surabondance d’hommes à notre Assemblée résulte d’une sélection des meilleurs candidats où les femmes n’ont pas été à la hauteur, eh bien, permettez-moi de douter que vos ancêtres féminines sont fières de vous et que vous tenez à la démocratie. Et je sais que vous n’avez pas assisté aux agissements lors d’une session de l’Assemblée.
Et comme a dit une femme politique du pays de Galles il y a quelques années, « Les représentants d’un sexe, bien que compréhensifs, ne peuvent pas défendre totalement et équitablement les intérêts de l’autre sexe ».

En fait, le Nouveau-Brunswick devait avoir une représentation féminine de près de 35 pourcent par ce temps. En 2005, le gouvernement provincial avait reçu de sa Commission sur la démocratie législative un plan pour atteindre ce niveau de représentation féminine par 2015. Lire la suite

Women become adults in New Brunswick

A slightly different version of this text was published by the CBC NB website on November 28, 2014.

New Brunswick women would have had better access to abortion a long time ago if:

  • Canada still had standards that provinces had to respect in order to receive funding for health services;
  • Then-premier Frank McKenna had had the ovaries to protect women’s rights;
  • McKenna had not set the tone for the next 25 years with his, ‘I’m the sheriff here’ response to the Supreme Court of Canada decision on abortion in 1988 and Dr. Henry Morgentaler’s clinic services;
  • The Charter of Rights and Freedoms had a mechanism to put into place access to its theoretical rights;
  • The anti-choice people did not scare the bejesus out of you, me, civil servants, politicians, health professionals and media;
  • New Brunswick politicians had acted as if they knew their role is to ensure respect of citizens’ rights — even those rights and those citizens they do not like;
  • The world was not so obsessed with women’s sexuality and morals;
  • A New Brunswick woman with means had ever not had access to an abortion and gone to court to challenge the political criteria for that medical procedure.

None of those things transpired, so Premier Brian Gallant was the one who will go down as having changed things up – the one to end New Brunswick’s guardianship system over pregnant women and to grant them full adult status in decisions regarding their body.

Yesterday’s announcement by Premier Brian Gallant was welcome, abolishing the McKenna regulations that had recreated the obstacles that had been banned by the Supreme Court.

Brian Gallant should get much credit, but save some of it for those feminist groups, some who worked clandestinely, over several decades.

The closing of the Morgentaler clinic also contributed to creating the necessary conditions, but the times were generally ripe.

In fact, part of the credit for creating the favourable conditions for this announcement should go to the religious opponents who did not evolve with the times, and the Conservatives who hardened into fundamentalists on this issue – both seemed increasingly unreasonable to normal people.
(This reminds me of author Elspeth Tulloch’s comment, in her book on the history of New Brunswick women, about how long it took for our right to vote to be recognized, “The anti-suffragists in New Brunswick were indeed beginning to look ridiculous by the spring of 1917.”) Lire la suite

Le premier ministre de l’égalité des femmes

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle le 20 novembre 2014.

Le premier ministre Brian Gallant est ministre responsable de l’égalité des femmes. C’est un retour à la pratique originale au Nouveau-Brunswick de donner la responsabilité de ce dossier au premier ministre.

Lorsque cette nouvelle fut annoncée, quelqu’une a gazouillé, « Un homme ?!? » Ma réaction a été, « Je préfère que le ministre responsable de cette question soit le premier ministre – et j’aimerais bien également que le premier ministre soit une femme ». Le dossier de l’Égalité des femmes gagne en importance du fait qu’il repose au bureau du Premier ministre. Cette attribution est également justifiée du fait que l’instauration de l’égalité requiert une approche transversale en raison du nombre de domaines concernés.
Le premier ministre a dit que son choix d’avoir cette responsabilité démontre que la question de l’égalité des femmes sera au premier plan de ce gouvernement.

La première question dont il doit traiter, puisque qu’il avait dit qu’il en traiterait « rapidement » s’il était élu, est d’identifier les obstacles à l’accès au service d’avortement et de les abolir. La fenêtre de « rapidement » se ferme. Heureusement, la solution est simple. Il n’a qu’à abolir les critères politiques pour cette intervention médicale et qu’il assure que l’avortement, comme toute intervention médicale, soit accessible du fournisseur le plus approprié dans le cadre le plus approprié.

Ce qui va prendre plus de temps sont les questions connexes. Toutes ces questions reliées à la santé de la reproduction que le Nouveau-Brunswick néglige, et paie cher, tels les taux élevés de mères adolescentes, les services de sage-femme et les services de santé sexuelle. Si la santé de la reproduction comprend aussi la possibilité d’avoir le nombre d’enfants qu’on souhaite, je suis d’avis que des services abordables et de qualité pour la garde des enfants est une question qui relève de la santé de la reproduction, mais je reconnais que l’argument plus convaincant pour ce genre de service est leur effet de stimulant économique.

Le premier ministre devra également régler le cas de l’agence invisible « Voix des femmes », créée in extremis par le gouvernement précédent pour faire oublier son abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme. ‘Voix’ ne s’est prononcé sur aucun dossier, bien que les neuf mois depuis la nomination de ses membres ont été débordants de dossiers de première importance aux femmes du Nouveau-Brunswick. Monsieur Gallant préférera peut-être une option autre que ‘Voix’ – il est certainement raisonnable de douter de l’autonomie de ‘Voix’ et de son habilité à s’occuper des questions d’importance aux femmes.
Le premier ministre devra également corriger les failles flagrantes de la méthode utilisée depuis sept ans pour le calcul des ajustements relatifs à l’équité salariale. Faites-le correctement ou ne le faites pas du tout. Lire la suite

Who you gonna call when you need an ambulance?

This commentary was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on November 1 2014.

It is mindboggling to me that New Brunswick taxpayers frequently cannot get service in their official language and there’s no outrage by politicians, no shame, no change.

On the other hand, and in the spirit of fairness, I do acknowledge everyone is able to pay their taxes in their language. That is not lost on me.

But call an ambulance or get health services in your language? Don’t count on it.

Of all things, emergency services should be bilingual. In times of panic, who can even remember how to yell for help in another language, let alone describe symptoms?

In New Brunswick, no one should even have to, if they speak one of the official languages.

The owner of a daycare called 911 when a child was having difficulty breathing. The three ambulance attendants who responded were unilingual in a language other than hers and the child’s. The owner relied on her teenage son to act as an interpreter.

A clinic called 911 for an immediate transfer to a hospital of a woman who had gone there. The two ambulance attendants who arrived could not communicate with the patient or her spouse.

A man felt discomfort while at a restaurant and an ambulance was called. None of the three ambulance attendants could speak the language of the patient and his family.

A woman dialled 911 while her brother was having a hypoglycemic attack. The two ambulance workers who arrived were unilingual in the language that the patient does not speak.

A woman received a call in the night from her sister who said she could hardly breathe. She called for an ambulance and raced to her sister’s home. She was prevented from going to her sister’s side. A firefighter was acting as interpreter, since no ambulance attendant could speak the patient’s language. It was noted that the firefighter, not being a real interpreter, was unable to translate certain terms.

A man found his wife on the kitchen floor, called 911 and was soon met by four firemen and two unilingual ambulance attendants who started work on her. An attendant asked him a question, which he did not understand. Asked repeatedly the same unintelligible question with increasing urgency, with precious seconds passing, the husband says “Yes!”. The 56-year old woman is transported to hospital and dies. The husband, in shock, accosts the attendant to ask, “What did you ask me earlier?” Not important now, was the answer. A nurse comes to calm the situation and tells him the question was whether his wife left instructions that she should not be resuscitated. The widower believes she could not have been resuscitated, which the autopsy confirmed, but says New Brunswick is playing with lives.

Just a few incidents of the last five years. The last one is still under investigation but the others have been confirmed.

Does anyone not survive the inadequate communication capacity of Ambulance NB? If you don’t have someone with you when you call an ambulance, who knows? Lire la suite

Les défis de Brian Gallant

Quatre ans plus tard, qu’est-ce qui arrivera de ce jeune homme qu’on vient d’élire ?

Brian Gallant aura du succès s’il met fin aux traditions des récents gouvernements du Nouveau-Brunswick. S’il fait ça, il augmentera ses chances d’être réélu, rompant ainsi une nouvelle tradition de l’électorat – de ne donner qu’un mandat aux gouvernements.

Il devra accorder autant d’importance au processus qu’au résultat. Il devra résister la microgestion et plutôt faire bon usage de la fonction publique. Il devra rééquiper la fonction publique afin qu’elle puisse à nouveau formuler des avis à partir de données factuelles, afin qu’il y ait à nouveau une différence entre eux et les attachés politiques, dans les avis offerts et dans le processus d’embauche.

Il devra résister à ceux qui ont beaucoup et qui veulent davantage.

Il devra arrêter la diabolisation des impôts et s’en servir intelligemment.

Il devra résister l’envie de faire un geste grandiose dans le seul but de laisser sa marque.

Il devra communiquer avec nous. Nous devons sentir qu’il nous entend, qu’il joue franc. Il devra nous dire ce qui se passe, y compris lorsque lui ou les siens font des erreurs, avant que cela devienne une faute, et y compris quand l’opinion publique est dans l’erreur. Nous savons réfléchir et pouvons reconsidérer. Nous ne sommes pas stupides, nous ne sommes que traités de cette façon.

Et pour l’amour, qu’il livre son discours sur l’État de la province au public, et non pas à la Chambre de commerce. Lire la suite

Will you still need me when I’m 36?

A slightly different version of this commentary was published by the Telegraph Journal on October 18, 2014.

What will four years bring for that nice young man we just elected?

Brian Gallant can succeed, but only to the extent that he breaks with recent traditions of New Brunswick governments. If he does that, he’ll likely increase his chances of being re-elected, thereby breaking the electorate’s new tradition of one-term governments.

He will have to pay as much attention to process as to content. He will have to resist micro-managing and instead respect and use the civil service properly. He will have to retool the civil service so they can once again give evidence-based policy advice, so that there is once again a difference between them and executive assistants – in their advice and in their hiring process.

He will have to resist those who have much wanting more.
He will have to stop demonizing taxes and use them smartly.
He will have to resist wanting to do a grand gesture solely to leave his stamp.
He will have to communicate with us. We have to have the sense that he has heard us, that he is being straight. He will have to tell us stuff, including about errors by him and his, before they become mistakes, and including when public opinion is wrong. We can think these things through. We’re not stupid. We’re just treated that way.

And for sake, he should deliver the State of the Province address to people, not the Chamber of Commerce.

He will have to reinvent “public consultations” – to make us forget the egregious use made of that term by previous governments, which have mainly consisted of anonymous, internet, choreographed or by-invitation-only consultations and ‘summits’. Lire la suite

Les hommes, paraît-il, font pitié

La fine fleur de la population étudiante de l’université acadienne, mise à profit pour la publication de son journal fleuron, Le Front, a publié une caricature qui voulait nous faire apprécier la situation intolérable dans laquelle les hommes se trouvent.
À notre surprise, ils ne s’en prennent pas au système qui prescrit sans équivoque des valeurs et des comportements à ceux dotés d’un zizi. Ils avaient mieux que de nous parler de la cage dorée et du système patriarcal qui gâche des vies d’hommes et déforme des sociétés. Provoqués par une femme qui avait fait un discours remarqué invitant les hommes à contribuer à l’égalité des sexes, ils s’en prennent au fait que, paraît-il, les femmes agressent les hommes et leurs enfants sans conséquences, que les femmes ont même carte blanche pour prétendre viol, évidemment parce que délices et bénéfices tombent du ciel lorsqu’une femelle crie au viol. Non, non, ne pensez pas à dénombrer le sexe des corps morts, estropiés ou violés que voient nos institutions. Laissons-nous plutôt être guidé par cette jeunesse et déplorons le fait que les hommes n’ont plus les droits qu’ils avaient et, pire encore, que les femmes ont le droit de ne pas les trouver drôle.

12 octobre 2014 – Des excuses ayant été publiées par l’exécutif du journal Le Front, je modifie mon texte afin d’enlever les noms du caricaturiste et du rédacteur en chef en question. Cela me semble la chose à faire. À ce sujet, la Fédération des étudiantes et des étudiants du campus universitaire de Moncton a accusé de révisionnistes ceux qui auraient voulu voir les caricatures enlevées des versions électroniques du journal. Nuance là : On ne cherche pas à cacher ce qui s’est passé. Par exemple, je décris ci-haut ce qui était dit dans ces caricatures et cela doit se savoir, même après les excuses.
Enfin, les excuses du journal sont basées sur le fait que les personnes qui auraient dû voir les caricatures avant publication ne les ont pas vues, et que l’exécutif n’a pas droit de regard avant les faits. Cela va pour la sortie du journal le mercredi. Mais par vendredi, ce rédacteur et cet exécutif ne pouvaient pas dire qu’ils ne les avaient pas vues. Il a fallu les réactions hors campus pour qu’enfin ils lisent leur propre journal ?

Do you like your politics same-sex or opposite-sex?

This commentary was first published in the New Brunswick Telegraph Journal October 6, 2014.

Now is the time for all good men to come to the aid of their party to fix the problem that the party is mostly men. Good men but hey, there’s stuff you haven’t lived, and this is not a same-sex democracy. And frankly, some of you are there because you are men.

Now is the time to change things, early in a new government term. The tradition is to wait until just a couple of months before a provincial election, and reporters ask you whether there will be more women running for your party, and you say, we really, really want more women. Then, it’s too late. And you can’t say that anymore. You’ve been saying that since 1935, when New Brunswick women were first allowed to run as candidates. It’s old. Psychiatrists have a word for people who do the same thing over and over and expect different results.

This is not a same-sex democracy, so your party needs women. Fortunately, there are a lot of good women. Many of them are looking at you, not impressed. And fortunately, it is possible for parties to become more diversified – all the other provinces are doing better than New Brunswick, as are most countries.
Political parties are gatekeepers to the Legislature, plus they receive significant public funding, so they have a responsibility to act, and we have a responsibility to demand it.
However, it’s not just a party problem. The government has the main responsibility to act, especially since the New Brunswick legislature is spectacularly lacking in diversity. Before last month’s election, about 90% of the seats were occupied by men. Now it’s 84%. In the past, it’s been as low as 82% male. It goes up and down like that, from tragic to marginally less pathetic.

The government has a responsibility to enhance democracy. I mean, who deserves 84 percent of the seats when they are 49 percent of the population? If you think our Legislature has so many males because candidates are chosen on merit and women don’t make the grade, then let me doubt that your female ancestors are proud of you, and that you really value democracy. And I’ll bet you’ve never sat in on the goings on at the Legislature. Lire la suite

Murder-suicides are none of our business?

A modified version of this text was published in the NB Telegraph Journal of Sept. 26, 2014 (without the list of murderers and victims).

We think that much has changed for battered women – and it’s true that doctors and most clergy will no longer tell her to go back home and try harder to be a good wife, and police will not rebuff her by saying her assault is a private matter. And yes, some victims can now find a refuge to run to.

But that is far from the feminist dream of ending violence. We don’t end anything by merely helping victims. Sometimes we perpetuate.

There is even a type of violence against women that remains a private matter. Murder-suicides.

New Brunswick has the worst rate of murder-suicides in Canada. If you did not know that, it’s not surprising. To know that, you would have to read news briefs, where you regularly learn that another man shot his partner – the most frequent scenario – then killed himself. Police announce they are investigating two deaths (unless there were also children killed) and that they are not looking for any suspects. A few days later, police confirm, following the autopsy, that it was a murder-suicide and that, at the request of the family, other details – names, who killed whom, history, etc. – will not be made public. Those grieving families deserve our consideration, but this is not a private crime. Public interest requires that we know that it happened, or else no one will care, no one will be outraged, nothing will change. It also requires that we know what happened in order to avoid future cases, especially if you have the worst rate of murder-suicides in the country.

There was a time when families did not want the battered wife and mother to lay a complaint. Eventually, we realized that it was in everyone’s interest, especially wives’ and mothers’, to treat assault of women as a crime.

If they could, would victims of murder-suicides say something different than grieving families say?

When a spousal murder is not followed by a suicide, we don’t worry about the fact some grieving families don’t like to see their issues in the media, because we still have to concern ourselves with justice and the public interest.

Setting aside the long list of women in New Brunswick killed by a partner who doesn’t then commit suicide, let us limit ourselves to murder-suicides in New Brunswick since 2010. Lire la suite

Women’s jobs are paid too much?

* This commentary was pubished in the New Brunswick Telegraph Journal on September 17, 2014.

Home support workers in New Brunswick were happy to hear that they will be getting an increase thanks to the pay equity evaluation that the provincial government launched in 2006 and finished recently. That evaluation concluded that home support workers were getting $2.15 less per hour than they should have been. They will soon be getting what pay equity determines the job should be paid.

Or will they?

The New Brunswick pay equity evaluation was undertaken after much lobbying, over decades, by workers, women’s groups and unions.

But usually, in other jurisdictions, there is public debate, legislation, and an independent body directing how to do pay equity properly. How did we ensure that government did pay equity evaluation properly?

In New Brunswick, it seems governments just got ‘something’ done any old way.
Workers in home support, child care, transition houses and community residences had their job descriptions examined under the recent pay equity evaluation.
The results were astounding.

In this in-house government process, which went on under two governments, from 2006 to 2014, only four out of the dozen or so job categories studied were found to deserve significant pay adjustments. Three of those four were being paid close to minimum wage levels. (Thank you for minimum wage levels.)

Home support workers were lucky to be among those few who deserved something, eventually bringing their hourly pay to $13.15. Workers in child care centres responsible for special needs children were also found to be underpaid – by $2.52 per hour: their hourly wage will eventually be $12.52. Caregivers in adult community residences were found to be underpaid by $2.85 per hour, eventually bringing their wage to $14.80 per hour. Supervisors of adult caregivers, underpaid by $0.83 per hour, will eventually have an hourly wage just over $16.

But the astounding part was that the government concluded that the pay of most female-dominated jobs it examined was excessive. Administrators in the child care sector are paid $2.16 per hour too much. Support workers in transition houses are being paid $2.21 per hour too much, and outreach workers in transition houses, $5.39 per hour more than they are worth.
These jobs are paid less than similar jobs in other provinces, yet they are being paid too much? But New Brunswick’s cost of living is not significantly lower than the average across Canada.
The governments’ “made in New Brunswick” pay equity results seemed odd to me. They seemed odd to the New Brunswick Coalition for Pay Equity, too, so they asked distinguished economist and pay equity expert, Ruth Rose, of Montreal, to look at how our provincial government had done the pay equity evaluations.
A few months later, Ruth Rose reported back:

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Les emplois traditionnellement féminins… trop payés ?

Ce texte a été publié dans l’Acadie Nouvelle le 16 septembre 2014.

Les travailleuses des services de soins à domicile au Nouveau-Brunswick étaient heureuses d’apprendre qu’elles recevront une augmentation de leur salaire grâce à l’évaluation d’équité salariale lancée par le gouvernement provincial en 2006 et complété récemment. Cette évaluation a conclu que ce personnel était payé 2,15$ moins que ce qu’elles devraient recevoir. Elles recevront bientôt ce que l’équité salariale a déterminé est la vraie valeur de leur travail.

Mais est-ce vrai ?

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick accepta d’entamer l’évaluation d’emplois après de nombreuses années de pression des travailleuses, des groupes de femmes et des syndicats.

Dans d’autres juridictions, un tel exercice est d’habitude encadré par une loi et effectué par un organisme indépendant ayant une expertise dans l’équité salariale. Comment a-t-on assuré que l’évaluation faite ici a été faite correctement ?

Il est permis de craindre le pire.

Les emplois dans les soins à domicile, les services de garde d’enfant, les maisons de transition et les résidences communautaires ont été examinées et une évaluation de l’équité salariale effectuée.

Les résultats étaient étonnants.

L’exercice, fait à l’interne sous deux gouvernements de 2006 à 2014, a conclu que seulement quatre de la douzaine de postes méritaient une augmentation. Trois de ces quatre emplois recevaient à peu près le salaire minimum. Une chance qu’on a des niveaux minimums.

Le personnel de services de soutien à domicile était chanceux d’être de ces rares qui ont eu quelque chose de ce processus, et que leur salaire horaire sera bientôt 13,15$. Le personnel responsable des enfants avec des besoins spéciaux dans les services de garde a eu droit à une augmentation de 2,52$ l’heure, faisant passer leur salaire à 12,52$. Les fournisseurs de soins aux adultes dans les résidences communautaires ont eu droit à une augmentation de 2,85 $, faisant passer leur salaire à 14,80$, et leurs surveillantes auront droit à une augmentation de 0,83 $.

Mais le plus étonnant était que le salaire de la plupart des postes à prédominance féminine est excessif selon cet exercice. Les administrateurs dans le secteur de la garde d’enfants percevraient 2,16$ l’heure en dessus de la valeur de leur poste ; les travailleuses de soutien dans les maisons de transition, 2,21$ en trop ; et les travailleuses d’approche dans les maisons de transition, 5,39$ en trop.

Les salaires de ces postes sont plus faibles ici que dans les autres provinces, mais nos travailleuses sont trop payées ? Alors que le coût de la vie ici n’est pas sensiblement inférieur à la moyenne canadienne ?

La méthode « faite au Nouveau-Brunswick » pour calculer l’équité salariale a semblé bizarre à la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, qui a donc demandé à l’économiste de renommée et experte en équité salariale Ruth Rose de Montréal d’examiner la méthode utilisée par notre gouvernement. Lire la suite

Je ne suis pas là pour ton Facebook

Chère parenté, ami-e, connaissance, inconnu-e,

Personne n’t’a appris à demander permission ?
Tu ne m’as pas demandé, pis si tu avais demandé, j’aurais dit non.
Non, tu ne peux pas prendre mon image et me mettre sur ton Facebook.
Lorsqu’on me dit qu’on m’a vu sur Facebook, je sais que c’est vous autres, et ça, c’est pas correct. Vous me désappointez.
Dans la langue fancy, c’est de l’appropriation.
Vous entrez dans l’intimité et vous prenez une photo, comme ça se fait depuis 100 ans,- mais vous ne dites pas que c’est pas pour l’album de famille. Vous ne dites pas que c’est pour alimenter votre personnage Facebook, votre vie virtuelle.
Je ne suis pas une décoration.
Pis, Facebook ? Vraiment ? Misère, vous êtes vieux jeu, en plus d’être mal élevé.

You don’t have confidence in us

One of the worst things someone in a position of authority can do is to show a lack of confidence in those people for whom they’re responsible. A parent who doesn’t encourage a child, a teacher who has low expectations for students, a boss who doesn’t trust an employee.

And politicians who don’t believe in the citizens they represent.

Our provincial politicians often give the impression they don’t have confidence, in us, in the province, in themselves.

The first time I remember thinking that was that morning when we learnt that Shawn Graham wanted to sell NB Power to another province. Part of the strong citizen reaction was brought on by a feeling of insult. That our government thought we could not manage our own resources and our own institutions, that it was best not to consult us before carving up the province, and that we wouldn’t react when such tricks were played on us.

At times, Premier David Alward certainly has given us the same impression – that we aren’t worth much. You’re concerned about your water source because of fracking? What are you talking about, that has nothing to do with it, says the current government. So citizens produced stickers now seen around the province saying “You don’t have a social licence to frack”.

What about those “public consultations” – the anonymous, internet or by invitation only ones – or those consultations that are hardly ended when a document is published – a document that evidently has been in the hands of translation service for a while – that sets out what had originally been the government’s known or likely stand. Citizens who participated in good faith feel like chumps and say never again.

Why don’t they value what we have, what we already do? Why, given our highly rural and low population province, don’t we encourage more cooperatives, social enterprises, development that is really, actually, community-based. Those are solutions made to succeed here. But rarely do governments speak of – or invest in – cooperatives for example, even though it is known that they are a profitable model for marginalized regions.

What if, instead of giving tax breaks to the Walmarts, Costcos and Irvings of this province, the current government had invested in initiatives by us? But our governments, and the handlers they surround themselves with, want to play with the big boys, to play a part in globalization, to make a big play. And in their mind, we aren’t players. Lire la suite

Sois autonome et tais-toi

Sommaire d’un discours que j’ai donné lors du Sommet des femmes, 19 août 2014, Edmundston.

Lorsqu’on dit aux femmes qui revendiquent un changement social, que la solution, c’est d’avoir plus de femmes autonomes, eh ben, grrr.

Bien sûr il faut être autonome. Mais le problème n’est pas un manque d’autonomie.

J’accroche sur le terme ‘autonomie’ premièrement parce qu’on semble nous dire qu’il suffit d’être autonome. Je dénonce toute ‘réponse’ individuelle à un problème ou une situation sociale. C’est trop facile, c’est à côté de la traque, c’est presque blâmer la victime. Il y a trop d’occasions où cela arrive aux femmes. Les femmes revendiquent une solution au problème d’agression sexuelle, on leur donne des campagnes disant aux femmes comment éviter d’être victime. Elles veulent plus de femmes dans les postes élus, on leur dit de voter pour des femmes. Elles veulent qu’on élimine la violence faite aux femmes, on créé des maisons de transition. Elles exigent l’équité salariale, on leur dit de changer de domaine d’emploi.

C’est réduire la chose, changer le sujet, blâmer la victime. Et on se fait prendre à ce discours : on accepte de s’occuper de la livraison de services, ou de travailler sur nous-mêmes. On vient à agir comme si des actions au niveau individuel vont solutionner un problème qui n’est pas individuel.

Le monde aime dire aux femmes quoi faire. Le monde aime retourner la balle à n’importe qui qui demande un vrai changement.

La deuxième raison pourquoi je réagis à l’idée d’autonomie : Les femmes ne sont pas autonomes, et ne seront jamais autonomes. Personne n’est autonome.

Comme Barack Obama a dit, t’as pas fait tout ça tout seul – You did not do it alone.

Ou comme le mouvement des femmes le dit : le personnel est politique, l’économie est bâtie sur le dos des femmes, l’économie du marché dépend de l’économie des soins.

Ce qu’autonome occulte, c’est la notion de citoyenne, de membre d’une communauté, de droits, de société.

Ces dernières décennies, on a vu des changements dramatiques dans la condition féminine, grâce au mouvement féministe. Ça a amené les femmes à une bien plus grande autonomie. Pensons à notre niveau d’instruction, notre participation sur le marché du travail – au Nouveau-Brunswick, autant de femmes que d’hommes sont sur le marché. Pensons à nos nouveaux droits.

Ce qui a moins changé sont les systèmes, la société, les politiques, les façons de faire. Ce sont surtout les femmes qui ont changé, pas la société.

Les femmes sont entrées de façon massive et historique sur le marché du travail, mais a-t-on seulement ajouté une journée de 8 heures à notre journée ?

Il se pourrait encore que notre plus grande contribution à l’économie, – même aujourd’hui – est notre travail non rémunéré, surtout avec la famille et la communauté.

La participation au marché du travail – l’autonomie financière – a certainement été une victoire féministe importante. Mais c’était une petite part de ce que revendiquait le mouvement féministe. Une question centrale au message féministe : les familles sont importantes. Ce n’est pas seulement le travail de production qui importe – mais de reproduction. Les femmes voulaient avoir le choix de participer aux deux domaines, et dans de meilleures conditions.

Dans les années 70 et 80 au N.-B., les femmes ont organisé plusieurs conférences « Femmes et économie » et les femmes y accouraient par centaines – on savait alors toutes qu’on contribuait à cette économie. De nos jours, les gouvernements et le secteur privé réussissent à ramener l’idée d’économie à une définition plus restreinte et exclusive.

On a une révolution incomplète. Pour des millénaires, les femmes étaient confinées au domaine privé – maison, famille, enfants – les hommes avaient droit partout y compris le milieu public – emploi, politique… Les femmes ont réussi à intégrer le milieu public mais ça ne veut pas dire pour autant que ce milieu reconnaît ce changement.

« Le système de retraites et, plus globalement, la protection sociale ont été conçus il y a 70 ans sur le modèle de l’homme soutien de famille, qui travaille à temps plein sans interruption et de la femme au foyer, qui bénéficie de droits dérivés de son statut d’épouse ou de mère. Le mode de calcul fondé sur cette norme désavantage les carrières courtes. » – Discriminées au travail, pénalisées à la retraite, La double peine des femmes, Christiane Marty, Le Monde diplomatique, septembre 2013.

Les efforts pour changer la société pour avoir de meilleures conditions ont rencontré des résistances démesurées, énormes et continues. Lire la suite

L’Acadie qu’on s’imagine

Un texte que j’ai écrit et livré en 2000. Je ne sais pas ce que j’en pense 14 ans plus tard… mais Bon 15 août toi !

Nous vivons dans un pays imaginé, l’Acadie. Mon Acadie a un drapeau, une langue, un hymne. Des artistes, des héroines, une université.

Mon pays n’a pas de terre mais il a une identité.

Ma journée nationale du 15 août sera une industrie avant de devenir un congé férié.

C’est un endroit virtuel, une communauté vivante, une nation invisible. La Sagouine est une personne imaginaire avec un vrai pays – pas loin d’ici. Les Acadiens sont de vrais gens avec un pays imaginaire. Comme les tsiganes, les juifs et les noirs d’Amérique, a-t-on dit.

L’Acadie n’a pas de terre mais elle a des places – des espaces – et les Acadiens se rencontrent dans ces places communes – les écoles, les associations, l’église, la mer. Les Acadiens voient même des frontières à leur terre et demandent un ‘café’ au Tim Horton de Dieppe et un ‘coffee’ au Tim Horton de Moncton.

L’Acadie n’a pas de terre mais elle est la championne quant au nombre de chansons et de poèmes qui mentionnent ses noms de place.

J’ai des auteurs, des humoristes, des musiciens connus autour du monde mais inconnus par l’autre moitié du Nouveau-Brunswick. J’ai des poètes au lieu d’avoir de politiciens. Mes poètes parlent de politique. Comme Herménégilde Chiasson, qui a dit, « Faites-nous un beau ghetto, non pas dans un territoire, non, ici, à l’intérieur de chacun de nous. »

Mes héros sont Ti-Louis, Antonine et Hermé. Et nous avons une catégorie spéciale pour les héros comme Leonard Jones. Ils avancent la cause acadienne en nous obligeant tous de confronter les attitudes anti-francophones parmi nous. Cet élément anti-francophone, je le crains, mais pas autant que je crains la timidité acadienne – ce ‘ghetto à Lire la suite

Vous n’avez pas confiance en nous

* Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 8 août 2014.

Une des pires choses que peut faire quelqu’un qui est en position d’autorité auprès de d’autres personnes, c’est de démontrer un manque de confiance en eux sans raison. Un parent qui n’encourage pas son enfant, un enseignant qui fait comprendre à l’élève qu’elle ne réussira probablement pas, le patron qui ne se fie pas à l’employé.

Et les politiciens qui ne croient pas dans les citoyens qu’ils représentent.

Nos politiciens provinciaux donnent l’impression qu’ils n’ont pas confiance, en nous, dans la province, dans eux-mêmes.

J’ai pensé ça la première fois lorsqu’on a entendu un bon matin que Shawn Graham allait vendre Énergie NB à une autre province. Une part de la forte réaction citoyenne provenait du fait qu’on se sentait insulté. Que notre gouvernement pense qu’on ne peut pas gérer nos propres ressources et nos propres institutions, qu’il n‘a pas à nous consulter avant de dépecer la province, et qu’on ne réagira pas si on nous fait des mauvais tours comme ça.

À l’occasion, le premier ministre David Alward a certainement lui aussi laissé cette impression, qu’on ne valait pas grand-chose. Ta crainte pour ta source d’eau face à la fracturation pour le gaz de schiste? De quoi tu parles, ça n’a rien à voir, répond le gouvernement Alward. Comme les citoyens s’opposant au gaz de schiste le disent sur les collants qu’on voit dans la province, « Tu n’as pas de permis social pour le fracking ».

Comment réagir devant les consultations publiques bidon ? Par exemple, les consultations anonymes, sur internet, sur invitation – ou les consultations où peu de temps après leur fin, un document est émis – un document évidemment envoyé au service de traduction voilà longtemps – reprenant ce qui était la position connue ou pressentie du gouvernement. Et les citoyens qui avaient participé de bonne foi ont alors honte d’avoir été dupe et ne se mettront jamais à nouveau dans une telle situation d’abus.

Pourquoi personne ne valorise pas ce qu’on a déjà, ce qu’on fait déjà ? Pourquoi, étant donné notre province encore bien rurale et peu peuplée, on n’encourage pas davantage les coopératives, les entreprises sociales, le développement réellement communautaire ? Ce sont des solutions faites pour réussir chez nous. Mais quand avez-vous entendu dire – quand avez-vous vu investir – un gouvernement dans ces modèles pourtant profitables dans des régions marginalisées.

Si au lieu de donner des réductions d’impôt aux Walmart, Costco et Irving de cette province, ce gouvernement avait investi dans des initiatives de chez nous? Mais ces gouvernements et le monde dont ils s’entourent veulent jouer dans la cours des grands, se joindre aux acteurs de la mondialisation, faire un gros coup. Et nous autres, dans leur esprit, on n’est pas des joueurs.

La vente de nos meilleures terres de bleuet sous le nez de nos producteurs a été un autre affront. Comme le chroniqueur, ancien politicien et ancien Ombudsman Bernard Richard a écrit dans l’Acadie Nouvelle : « …le gouvernement actuel semble croire absolument que notre salut ne peut être assuré que par les bons géants… Ça passe surtout par le transfert des ressources publiques au secteur privé, un régime fiscal qui favorise les mieux nantis, une réglementation qui leur laisse le champ libre et une réduction importante des dépenses publiques. La nouvelle stratégie forestière, le don des meilleures terres à bleuets à Oxford et le régime favorisant l’exploration et l’éventuelle exploitation du gaz de schiste en sont les parfaites manifestations. »

Le gouvernement actuel n’a certainement pas inventé le recours aux consultants extérieurs et aux grosses compagnies pour des idées. Ils n’ont fait que continuer ce gaspillage, cette insulte. Ils accordent leur confiance aux consultants, aux grosses compagnies, aux personnes qui gravitent autour d’eux et que du mépris pour les citoyens, les fonctionnaires et les travaillants. Et voilà une des raisons pourquoi nous continuons d’avoir certains des problèmes que nous avons.

Non pas que les citoyens ont toujours raison. Ce qu’il faut faire alors est de rendre accessibles plus de renseignements, créer des arènes de discussion, faire de vrais débats. On peut penser à ces choses. On n’est pas stupide. On est juste traité comme tel.

Pourquoi vous n’avez pas confiance en nous ? Pourquoi nous ne sommes que des figurants dans les dossiers gouvernementaux ? Si on est si nono, pourquoi vous voulez diriger cette province?

Tele-care or Dial-a-prayer?

A slightly modified version of this text was published by the N.B. Telegraph-Journal on July 28, 2014.

The subject is abortion but the most important thing has little to do with abortion.

New Brunswickers learned in June that the popular information service of the provincial Department of Health, Tele-care (811), has a policy to direct to NB Right to Life anyone who doesn’t have a family doctor and is seeking an abortion.

Call me naïve, but I thought the Dracula effect – shedding light on evil – would end it. But they are still doing that, I had occasion to call them recently.

Tele-care does not direct these women to walk-in clinics, nor to the government’s own sexual health centers, nor to the registry for persons without a family doctor that Tele-care maintains for the government, nor to the two hospitals which perform some abortions. Tele-care directs them instead to that faith-inspired organisation dedicated to the idea that you will not have an abortion, and ready to tell you whatever it takes to stop you. It would be less dishonest if Tele-Care simply told those women that they cannot have an abortion and so, here is the number to contact to give up your baby for adoption.

I don’t think we appreciate the importance of this policy of deceit – the breach of trust between citizen and government, and between health professional and patient. If a government can set aside its sacred duty to serve all objectively, in order to advance a biased view, showing contempt for rights, especially our right to be able to depend on government information, well sir, then this is a race to the bottom: Be … fundamentalist … in this place.

Is this a cost-saving measure? If you give garbage information when someone asks you a question, they won’t come back. Is it righteousness gone wrong? Is it bullying? It is for a fact disrespectful, discriminatory and irresponsible.

I know this case involves only women who are looking for an abortion, and that it is acceptable and easy to bully or put down these particular women. The public harassment in front of clinics and hospitals (and in hospitals) where they go for the service is organized, systematic and well tolerated here.

It’s only these women, but still. Tele-care is failing in its responsibility. Hello, Dial-a-prayer. You have rheumatism? Try a few prayers to Saint James, or here’s the number of a faith healer. You’re anemic and may need a transfusion? Here’s the number for Jehovah’s Witnesses.

Should battered women expect to be told they need to be in contact with men’s rights organizations to see their point of view? You’re calling to report you didn’t get service in French? Here’s the number for the Anglo Society – work it out.

And what about those “registered nurses” responsible for Tele-care who answer patients’ requests for help. What about that code of ethics? What does the profession have to say about having to read a political script? You have a health question? Here’s political propaganda. You want a health procedure? Here’s a number for a political-religious procedure.

A government ordering health professionals to wilfully mislead citizens …
Just thought we should note our passage to a state one degree closer to fundamentalist rule.

Télé-soins ou Télé-saints ?

Ce texte a été publié par l’Acadie Nouvelle le 26 juillet 2014.

Le sujet est l’avortement mais le plus important a peu à voir avec l’avortement.

On a appris en juin que le service d’information du ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick, Télé-soins (811), dirige vers N.B. Right to Life tout appel de femme sans médecin qui cherche un avortement.

Il ne la dirige pas vers une clinique sans rendez-vous, ou vers les centres gouvernementaux de santé sexuelle, ou vers le registre que maintient Télé-soins pour personnes sans médecin, ou aux deux hôpitaux de la province qui pratiquent l’avortement. Il la dirige plutôt vers ce groupe d’inspiration religieuse voué à l’idée que tu n’auras pas d’avortement, et qui prendra tous les moyens pour t’en empêcher. Ce serait moins malhonnête et cruel si Télé-soins répondait à ces femmes qu’elles ne peuvent pas avoir d’avortement et donc voici les numéros où communiquer pour donner l’enfant en adoption. Les appels en français à Télé-soins sont également orientés vers le service unilingue anglais de NB Right to Life, sans préavis dans mon expérience. Mais ça, c’est peut-être une chance, pas un passe-droit.

Je suis convaincue que nous n’apprécions pas l’importance de cette politique de tromperie – l’importance du bris de confiance entre citoyen et gouvernement, entre professionnel de la santé et patient. Si un gouvernement peut abuser de son rôle auprès des citoyens afin de promouvoir un point de vue biaisé ou religieux, aux dépens des droits des citoyens, dont le droit de se fier à l’information donnée par son gouvernement, eh ben, la société dégringole vers le bas.

Être … intégriste…, ici on le peut.

Je sais que ce cas n’implique que des femmes qui veulent accès à l’avortement et qu’il est acceptable et facile d’intimider ou de s’en prendre à ces femmes. Le harcèlement public devant les cliniques ou les hôpitaux où elles se rendent pour l’intervention est organisé, systématique et bien toléré.

Ce ne sont que ‘ces femmes’, mais quand même. Télé-soins manque à sa responsabilité. Bonjour, ici Télé-saints. Tu as des rhumatismes? Essaye une prière à Saint-Jacques le Majeur. Tu es anémique et tu contemples une transfusion sanguine ? Voici le numéro des Témoins de Jéhovah.

Et que dire au sujet des « infirmières immatriculées » responsables de ce service qui répondent ainsi aux demandes d’aide? Que dire de leur code d’éthique ? Tu demandes un conseil de santé ? Voici une propagande politique. Tu veux une intervention de santé ? Voici une intervention politico-religieuse.

Un gouvernement ordonne à des professionnels de la santé de tromper volontairement les citoyens.

Il me semblait qu’il fallait remarquer ce passage à un état un degré rapproché à l’intégrisme.

New and invisible

This column first appeared in the New Brunswick Telegraph Journal of July 19, 2014.

If you’re a small-c conservative government of the sort that New Brunswick perpetually has, what could be better than getting rid of an independent agency concerned with something you don’t give a farthing about – say, women’s issues? Getting rid of it and then coming back with a toothless version that you can still point to – such as at election time.

Even better than that would be if the media were to buy into that sleight of hand.

In 2011, Premier David Alward abolished the Advisory Council on the Status of Women, but then, due to the protests, promised a new version of an independent body on women’s issues. Finally, in 2013, the government announced it was creating « Voices of New Brunswick Women Consensus-Building Forum”, and, just over five months ago, appointed its 15 members.

However, to date, this new agency cannot be contacted by phone, email, or social media. It has no office, no staff, and, to my knowledge, has yet to be heard on any issue. Not abortion, not the feminist issues that should be part of the upcoming provincial election, not the treatment of prostitutes or prostitution law, not pay equity, not aboriginal women, not the many cases of violence against women, not International Women’s Day nor Mother’s Day. Neither has it said anything about its mandate, its vision, its resources and its independence.

So, unless this new “agency” does something worthwhile, soon, are we to conclude that government took advantage of a situation and replaced the independent Council with an entity so circumscribed and limited in its resources that it will be incapable of ever bothering government?

Here is why I’m not impressed yet: Lire la suite

Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins NB

Mesdames, je viens de composer le 811 de Télé-soins – service téléphonique gratuit, bilingue et confidentiel du gouvernement du N.-B. « où des infirmières immatriculées…  » – parce que je devais trouver où référer quelqu’une qui veut un avortement mais trouve difficile pour l’instant de faire face à la bureaucratie d’un avortement au N.-B.
Je m’identifie et leur présente la situation.
On me dit de dire à ma femme d’aller à son médecin de famille.
Ouain ben, elle est une de celles-là qui n’en ont pas, de pro-choix au moins.
Oh, laissez-moi lire les nouvelles consignes. Bon, voici les numéros où la référer, Madame : 1-866-980-2273. Ou puisque tu es à Fredericton, 459-5901.
Merci.
Je compose.
NB Right to Life. Hello.
Sorry no one speaks French.
Sûrement…, l’autre numéro…
NB Right to Life. Hello
Sorry no one speaks French.
Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins : si je téléphone avec une question ayant affaire à mon arthrite, vous me donnez le numéro d’un guérisseur religieux ou d’un médecin ?

Une amie vient de me rappeler qu’il y a des centres de santé sexuelle au N.-B. Pourquoi vous ne me référez pas là? Au moins on se serait débarrassé de moi en français.
http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/ministeres/bmhc/maladies_transmissibles/content/centres_de_santesexuelle.html

Pour en finir avec l’avortement

Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte.
La clinique Morgentaler ferme aujourd’hui à Fredericton. Même celles de nous féministes qui s’opposent à des services privés dans le secteur de la santé reconnaissent que cette clinique a rendu service dans notre contexte. Si le service d’avortement n’est pas accessible, c’est nous qui décidons et pas la femme enceinte.
Si McKenna n’avait pas fait son shérif, donné le ton et déclaré la guerre à la clinique, si les autres politiciens, alors et depuis, n’étaient pas épeurés jusqu’à en perdre l’esprit, si le gouvernement du Nouveau-Brunswick veillait au respect des droits, même ceux qu’il n’aime pas, si les tactiques des anti-choix ne faisaient pas si peur à moi, toi, aux journaux Irving, aux politiciens, aux médecins, aux fonctionnaires, si le Canada avait des normes pour l’accès aux services de santé, si le monde n’était pas si obsédé par la vie sexuelle et morale des femmes…
Si tu adoptais une tactique des fanatiques anti-choix et communiquait – en privé ou en public – avec les candidat-e-s de ta circonscription à l’élection provinciale qu’il va y avoir dans 2 mois, pour lui dire que tu veux que cette question soit résolue et que les femmes aient accès aux services publics de santé pour cette intervention.

La gestion des causes incommodes*

Si tu es un gouvernement conservateur avec un petit c, comme l’est celui du Nouveau-Brunswick depuis des lunes, plutôt qu’abolir un conseil indépendant sur une cause ‘incommode’ – disons par exemple la condition de la femme – il vaut mieux l’abolir puis en recréer un qui n’en est pas un, mais qui est là pour être paradé au besoin, par exemple quand il y a une élection.

Et même encore mieux que ça ? Ce serait que les médias reprennent et répètent ce que dit le gouvernement – qu’il a ‘remis les choses en place’.

L’éditorial de l’Acadie Nouvelle du 24 juin 2014 disait au sujet de l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick en 2011 par le gouvernement provincial : « À peine deux ans plus tard, le gouvernement Alward annonçait qu’il financerait un nouvel organisme, Les voix des femmes du Nouveau-Brunswick. Ses preuves restent encore à faire, mais sa simple existence reste une belle victoire pour toutes les Néo-Brunswickoises… » et «En l’espace d’un mandat, le gouvernement a plié. »

Et si le gouvernement n’avait pas plié, mais avait plutôt saisi l’occasion des protestations pour finaliser la disparition d’une voix indépendante en installant une entité si encadrée, si circonvenue et si limitée dans ses ressources qu’elle ne peut plus incommoder le gouvernement ?

En tout cas, voici pourquoi je dis qu’il est trop tôt pour dire Brava :

Voix des femmes a été annoncé il y a plus d’un an, et les membres ont été nommées il y a cinq mois. Mais l’agence n’est toujours pas accessible par téléphone, par courriel ou par les médias sociaux, n’a ni employées ou bureau, et ne s’est pas prononcé sur un dossier à ma connaissance. Ni l’avortement, ni les femmes en politique ou les enjeux féministes de l’élection provinciale de cet automne, ni le traitement des femmes prostituées ou les lois sur la prostitution, ni l’équité salariale, ni les femmes autochtones, ni les taux élevés de violence faite aux Néo-brunswickoises, ni la journée internationale des femmes ni la fête des mères. Rien non plus sur son mandat, sa vision, ses ressources et son indépendance.
Le Conseil consultatif était un organisme créé par une loi adoptée par l’Assemblée législative.
Voix des femmes n’a ni loi, ni ordre en conseil, ni mandat connu.
Le Conseil était mandaté par la loi de porter à l’attention du public et du gouvernement les questions d’intérêt aux femmes, de recommander des lois et des politiques, d’assurer la collecte, l’étude et la diffusion d’information, et de favoriser le réseautage entre les organismes féminins.
Nous n’avons qu’un communiqué de presse gouvernemental, mais Voix des femmes doit « promouvoir l’égalité des femmes et des filles et améliorer leur vie ».
Le Conseil consultatif contrôlait près de 600 000 $ par an en fonds et accès à des services.

Selon les communiqués, Voix des femmes a peut-être accès avec des conditions non dévoilées à 200 000$ en argent et en services.

Laissez-moi rêver un instant : Voix des femmes pourrait déclarer qu’il opère sous la Loi créant le Conseil consultatif sur la condition de la femme ou une loi semblable, et attend que le gouvernement – celui-ci ou le prochain – confirme leur nomination en vertu d’une telle Loi. Il pourrait également mettre ses critères pour son indépendance : un mandat clair et connu qui comprend l’autorité de rendre public ses avis, le pouvoir de choisir ses activités, ses priorités et ses recommandations et de décider de la dépense de son budget, et le contrôle de l’embauche et la direction de son personnel. Si elles n’ont pas tout ça, le gouvernement peut cesser de dire que Voix est indépendant.

Les membres de Voix des femmes sont 15 Néo-brunswickoises, représentantes de groupes ou individus, nommées par la ministre. Elles sont d’excellentes nominations. L’organisme serait-il pris dans un piège par le dévouement de ses membres à la cause de l’égalité – un dévouement exploité ? ‘J’ai été si bas tellement longtemps, que cela ressemble à une remontée?’ Sinon, pourquoi le silence alors que les Néo-brunswickoises font si pauvre figure dans tant de domaines, au Canada pour commencer ?

Ces dernières décennies, plusieurs gouvernements provinciaux auraient aboli le Conseil consultatif s’ils avaient pu. Année après année, le Conseil maintenait des positions tannantes pour des gouvernements tannés des positions féministes. Le Conseil maintenait sa position pour l’accès à l’avortement et aux contraceptions, même d’urgence; il insistait que les questions féministes ne se confinent pas au domaine social mais ont affaire aux réformes économiques, fiscales et électorales, et que l’équité salariale était une question de droits humains, non pas des mots à éplucher dans une plateforme électorale.

Sais-tu à quel point un tel Conseil peut être agaçant et menacé dans un système politique comme nous avons ?

C’est pourquoi moi, avant de dire Brava !, j’exige que Voix des femmes fasse quelque chose, n’importe quoi, qui met l’intérêt des femmes au Nouveau-Brunswick en premier.

Le dénouement dépend en partie de David Alward, de la ministre Marie-Claude Blais, des co-présidentes Kim Nash-McKinley et Phylomène Zangio, des membres individuelles Kyla LaPointe, Noëlla Richard, Paulette Sonier Rioux et Stéphanie Beaulieu, et des représentantes du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, du YWCA de Moncton, du Urban Core Support Network, du Sussex Committee for the Prevention of Family Violence, du Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Fredericton, du UNB Women’s Studies, de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, et de l’Association des CBDC du Nouveau-Brunswick.

En fait, le dénouement dépend de l’ensemble des femmes du Nouveau-Brunswick.

Mieux un vide qu’une fiction.

*Ce texte a été d’abord publié dans l’Acadie Nouvelle du 14 juillet 2014.

1973 en premières pages

J’ai récemment passé beaucoup (trop) de temps à lire l’Évangéline de 1973 sur microfilm (je ne veux pas en parler, je cherchais une citation, j’ai pas trouvée), mais les impressions et les souvenirs que les manchettes des premières pages faisaient apparaître me restent en tête. Pourtant, étant de Moncton, je sais que 1973 n’était pas si brassée que ça – c’était pas Moncton 1968, 1969, 1970… mais quand même, quelle année, comparée à ces temps de guimauve d’aujourd’hui.

Quelques titres de la page une du tabloïd :

‘Faut-il vider le Nord Est ou regrouper des gens ?’ – 2 février 1973.
‘Une vieille église acadienne sera détruite’, 8 mars 1973.
‘Première convention politique du Parti acadien’, 12 mars 1973
‘Il faudrait créer un conseil économique acadien’, 6 avril 1973.
‘Les exposés des experts peuvent servir aux experts mais pas aux pêcheurs’, 23 avril 1973, au sujet d’une rencontre des ostréiculteurs du Nord-est.
‘Nous avons besoin d’industries mais pas à n’importe quel prix’, le premier ministre Richard Hatfield, 14 mai 1973.
‘La S.A.N.B. est créée’, 4 juin 1973.
‘Bagarre entre pêcheurs et chômeurs au Parc Kouchibouguac,’ 19 juin 1973.
‘La situation d’inégalité ne peut plus être tolérée,’ 20 juin 1073 1973, la SANB au ministère de l’Éducation.
‘Le Nouveau-Brunswick produirait des voitures dès septembre’, 22 juin 1973.
‘Jones est réélu’, 26 juin 1973.
‘Un homme mort le 3, enterré le 5, a voté à Moncton le 25 juin’, 28 juin 1973.
‘Les anglophones sont bilingues. Ils comprennent l’anglais et la violence’, 15 novembre 1973, citant Pierre Poulin, président de la SANB (créé quelques mois plus tôt) au sujet du refus du conseil municipal de Fredericton d’examiner la question de services bilingues.
‘Le bien-être social ne doit plus enrichir les compagnies,’ 24 mai 1973, « le » ministre Brenda Robertson.
‘Avez-vous déjà vu des riches monter sur l’échafaud?’, 31 janvier 1973, l’ancien premier ministre John Diefenbaker au sujet de la peine capitale. Ce que Diefenbaker a dit, également en 1973, au sujet du bilinguisme dans la fonction publique fédérale ne fait pas autant chaud au cœur – plutôt bouillir le sang.
‘Heureusement pour nous que les Acadiens sont gentils et patients,’ titre d’un article de France Daigle, 8 novembre 1973, citant Jack Keefe devant le club Kinsmen (ou c’était-y les Rotary …, des hommes en tout cas, j’ai pas pris de note parce que je cherchais ma maudite citation). Jack Keefe était une bonne personne qui a tenté d’arrêter Leonard C. Jones (mon cœur pleure quand je dois dire ce nom), mais qui a perdu l’élection de juin 1973 faute quelques centaines voix.
‘Le gouvernement veut encore étudier les études,’ 31 juillet 1973. Richard Hatfield était au pouvoir, la prochaine élection prévue en 1974.
‘Tout semble planifié comme si les Acadiens n’existaient pas’, 16 octobre 1973, Gilbert Finn au Conseil économique des provinces atlantiques.
‘Un francophone du N.-B. doit obéir à un ordre unilingue anglais de la Cour,’ 2 novembre 1973, l’aumônier de l’Université de Moncton Sylvio Doiron doit obéir, dit le ministre de la Justice John Baxter.
‘M. Vautour veut se faire le martyr de cette cause mais la justice ne jouera pas le jeu – le juge’, 19 décembre 1973, le juge dans l’affaire du parc Kouchibouguac.

En lisant, je me disais tout était alors si différent, tout de suite après je me disais rien ne change! Une page je rageais, l’autre je pensais j’ai rien vu d’aussi bien dit depuis longtemps, plus loin je me moquais…

Presque dans chaque numéro, et sur beaucoup de pages couvertures, un article ou une photo d’un concours de beauté, souvent en maillot de bain – Mlle Pêcheries, Pétoncle, Exposition de bateau, Moncton, Dieppe, Navet … si ce n’était pas des photos de chacune des candidates avec texte. Je crois bien que sans ces concours, il n’y aurait presque pas eu de femmes dans l’Évangéline de 1973.

Parmi les événements de l’année rapportés dans les pages intérieures, il y a ce pauvre Émile Babin, journaliste de Moncton, emprisonné pendant trois jours après avoir reçu une contravention unilingue qu’il avait refusée. Un des articles donnait froid lorsqu’on lisait au sujet des gardiens qui l’engueulaient en lui apportant son Évangéline et les lettres d’appui, dont un, venu lui dire que tout devrait être écrit qu’en anglais, qui était encouragé par les autres détenus à frapper notre Émile. M. Babin aura eu gain de cause à la fin.

Plusieurs vieux numéros de L’Évangéline sont en ligne sur Google Newspaper Archive, des années 1880 jusqu’à la fin prématurée de ce quotidien.

Gagner fait accourir ceux que ça enrage

Dans les luttes des femmes pour les droits qu’ont les autres humains, il arrive qu’on célèbre une victoire trop tôt et on se fait avoir. On se fie à la promesse arrachée et on n’assure pas la livraison. Il y a des exceptions mais souvent après avoir eu gain de cause, on passe trop vite à la prochaine iniquité à combattre ou à refaire connaissance avec sa famille et la vie, et on n’est plus là pour mettre le changement en place comme il faut. Il me semble qu’il y a une analogie à faire avec l’art de la guerre – quelque chose à voir avec les troupes qui restent après la victoire pour s’assurer que l’ennemi ne reprend pas l’attaque, instaurer la nouvelle gestion, libérer les prisonniers.

Pourtant on sait que gagner fait accourir ceux que ça enrage. Un exemple. Il arrive que des femmes qui ont obtenu des ajustements de salaire grâce à l’adoption de l’équité salariale par leur employeur, voient les hommes, occupant les postes à qui on les avait comparés pour fin d’évaluation, se servir plus tard de l’augmentation accordée aux femmes pour demander des augmentations compensatoires.

La situation entourant l’avortement au Canada est un autre type d’exemple de ce que je veux dire – les femmes ont obtenu la décriminalisation du service d’avortement et puis, si tu es au Nouveau-Brunswick par exemple, rien n’a changé. L’accès est toujours bloqué par ceux qui ne sont pas d’accord avec la victoire.
La plupart du temps, le problème post victoire est causé par l’engagement chancelant de l’autre. L’autre veut bien mais ne veut pas que ça coûte ou que ça dérange ou déplaise à certains. Des exemples.

Lorsque le gouvernement du Nouveau-Brunswick s’est engagé en 2010, à défaut d’établir l’équité salariale pour tous, de le faire dans trois secteurs d’emplois à prédominance féminine –les services de garde d’enfants, des maisons de transition et de soutien à domicile -, qui aurait pensé que l’évaluation conclurait que ces postes sont déjà trop rémunérées (sauf le personnel des services de soutien à domicile et les quelques personnes responsables dans les garderies des enfants à besoins spéciaux). Ces évaluations ont conclu par exemple que les administratrices dans le secteur de la garde d’enfants devraient être payées 12$ l’heure et non 14$ ; et dans les maisons de transition, les travailleuses devraient être payées 13,40$ l’heure au lieu de 15,60$. Le salaire des femmes qui travaillent dans de tels services de proximité au Nouveau-Brunswick pourtant sont très faibles comparativement à 7 provinces examinées, alors que le coût de la vie n’est pas moindre.

Puis on apprend que le gouvernement a « adapté », pour ne pas dire ignorer, les méthodes consacrées pour faire une évaluation d’équité salariale, et, coïncidence, chaque adaptation avait pour conséquence prévisible de réduire les chances qu’un ajustement de salaire serait dû aux femmes. Et les employées des secteurs sous évaluation avaient un statut minoritaire sur les Comités directeurs créés pour superviser le processus d’équité salariale.

La Coalition pour l’équité salariale a documenté le dérapage des bonnes intentions*.

Dans un exercice d’équité salariale où les entreprises n’ont aucun comparateur masculin, il faut choisir des comparateurs externes ou fictives. Le Nouveau-Brunswick a fait appel à la méthodologie du Québec, avec des variations : des emplois fictifs de préposé à l’entretien et de contremaître ont été utilisés comme le prescrit l’approche québécoise. Comme l’a dit l’économiste experte dans le domaine, Ruth Rose, « L’important est d’évaluer les deux comparateurs masculins et les différentes catégories d’emploi à prédominance féminine de façon exempte de biais sexistes, et d’utiliser des salaires de comparaison pour les emplois masculins que l’on retrouve réellement dans le marché du travail…. Puisqu’il y a tellement de latitude dans la façon d’identifier les deux comparateurs masculins, le Règlement du Québec spécifie que « le taux horaire de rémunération attribué à la catégorie d’emplois « préposé à la maintenance » doit correspondre à 60% du taux horaire de rémunération attribué à la catégorie d’emplois « contremaître ». »
Selon la Commission de l’équité salariale au Québec, la norme de 60% est recommandée parce qu’il s’agit de la relativité entre les deux catégories d’emplois selon les données recueillies par Statistique Canada depuis 1991, un sondage en 2004 auprès de 542 entreprises qui avaient réalisé l’équité salariale, les données de la fonction publique québécoise, un sondage des employeurs au sujet des salaires réels versés, les données des recensements des personnes salariées ainsi que l’examen des revenus d’emploi annuels pour six groupes de catégories professionnelles.

Mais, le Nouveau-Brunswick, lui, a décidé de se servir du ratio de 80% parce que… ben aucune raison n’a été donnée, donc la raison semble évidente : Lire la suite

Robert Goguen fait son smarte

Sa question ne fait aucun sens, donc on ne peut pas en discuter. Voir: http://www.cbc.ca/player/News/Politics/ID/2471590396/

Le député fédéral (Conservateur) de Moncton-Riverview-Dieppe Robert Goguen a voulu faire son smarte, et c’est pas son fort. Il aurait pu demander ‘es-tu d’avis que le projet de loi brimerait ta liberté d’expression ?’.

C’est pas le scandale de l’année, mais il devrait être rappelé qu’il peut toujours poser une question simple, ou se taire. Au lieu de faire honte.

Le Canada n’est pas en train d’avoir le débat qui serait nécessaire pour faire avancer la question de la prostitution. On aurait dû avoir un débat avant le dépôt d’un projet de loi.