Catégorie : Journalisme

Blasphèmer pour défendre le dieu

Charlie Hebdo continue d’être lui-même, mais depuis que des tueurs ont décimé son équipe de journalistes, on remarque une volonté chez un certain secteur de l’humanité de faire le procès du journal. Comme si la question est toujours à régler à savoir si la tuerie de janvier 2015 était justifiée. Comme si la liberté d’expression était réservée à nos amis.

Dans l’état du monde, Charlie Hebdo n’est pas pour tout le monde. Sauf si tu y mets l’effort ou t’es habitué à la satire militante. Mais nous, en raison de l’industrialisation de notre humour et de notre culture, on est plutôt habitué à l’humour au degré 0, et inhabitué aux discussions des idées. Donc face à la tradition satirique européenne, on vire su’l’top comme dit Hilaire.

Entourée de tes amis les plus proches, qui connaissent tes valeurs et interprètent tes commentaires et tes exagérations avec l’avantage de ce contexte, tu dis des choses que des étrangers pourraient bien comprendre de travers.

De même que pour comprendre Charlie Hebdo, il faut l’avoir lu, pas seulement regarder les dessins, hors contexte.

Mais voici quand même :

Dans le Charlie Hebdo de cette semaine, une caricature, d’un genre assez fréquent dans ce journal, fait réagir certains. Le genre en question : une idée qui coupe le souffle, qui horripile même, mais, qui, une fois que tu y penses, ne fait que te mettre devant toi-même, ou d’exposer une réalité sociale de façon crue pour mieux la dénoncer. Le blasphème pour défendre le dieu.

La caricature en question* demande ce que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi, cet enfant réfugié mort sur une plage dont la photo a fait « découvrir » la crise des réfugiés. Le dessin répond « Tripoteur de fesses en Allemagne », faisant référence aux agressions de masse ayant eu lieu à Cologne la veille du Jour de l’an.

C’est dérangeant qu’on se sert de cet enfant, bien qu’il est vrai que le monde s’est servi de l’image de cet enfant au point qu’il est un personnage public, et que dire du fait que d’autres photos d’enfant mort ou souffrant n’ont pas l’effet Aylan et des réfugiés de d’autres coins ne valent pas les réfugiés syriens.

C’est provocant qu’on peint ce réfugié « bon » de la même brosse qu’on se sert pour peindre les réfugiés « mauvais », bien qu’il faut dire que c’est ce que font les bigots et xénophobes, non ? Il y en a pour suggérer que tous les croyants de telle religion ou tous ceux de telle origine sont terroriste/violeur/etc.

Eh bien voilà. C’est ce que la caricature me dit : qu’il est ridicule de peindre un groupe ou un individu de cette façon.

Nous aurions intérêt à encourager bien d’autres critiques et questionnements de nos attitudes au sujet des réfugiés. On n’a pas besoin d’être Charlie pour voir que nous ne pensons pas très claire au sujet des réfugiés, de l’immigration et des droits.

 

*Un de plusieurs dessins sous l’en-tête ‘La France, c’est pas c’qu’on dit’.

 

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A vulgar, ferocious and true ally

I am perplexed, confused and a bit obsessed by the reaction of some to Charlie Hebdo. Like one is perplexed, stunned even, when two of your best friends don’t like each other. How could that be? What is going on? WTF?

I have theories about those who like to say that Charlie Hebdo is racist or who cannot support its brand of expression. Not all of them are based on the fact that these people are mostly Anglophones, and some non-French-readers at that.

Yesterday, I was finishing reading the Charlie Hebdo of April 22, still buoyed by my having been able to find a copy while travelling, and excited by some of the ideas in the texts and cartoons that as always stand against the right things with unlimited outrage. I was thinking of tweeting a few of the ideas but then I find that in the last hour certain people, almost all Anglophones, are reacting on the Internet to what they seem to have agreed to pretend is a cartoon from the latest Charlie Hebdo. Except it’s not in there, I just finished reading it. The fact that the rumour is false does not stop anyone, even journalists, from denouncing and retweeting, some finding justification for the assassination of Charlie Hebdo workers last January. The cartoon was not published in CH but it could have been, it was that type. But I noted the bullying behaviour. Among cartoons that were in the latest CH on the same topic: the cover depicts the leader of the right-wing racist party Marine Le Pen as the ship figurehead on the Titanic, singing that tiresome song from the movie, with African immigrants on the boat yelling “shut up”, and with the title « A Titanic a week ». Other cartoons on the subject of the African immigration tragedies showed piranhas complaining that they cannot be expected to take in all of the world’s poor, and one showed Europe handing a child’s ducky ring buoy to an immigrant.

And this is the type of cartoon that some call racist?! Consider the message, ask with whom sympathy lies, consider that leaders and indifference are being accused and shamed.

Those are the cartoons. The texts in Charlie Hebdo leave no doubt for whom or what they have contempt, and what they are advocating.

Yes, Charlie Hebdo is like that friend who is a bit juvenile and sometimes over the top in their righteous reaction to injustice, who uses absurdity to fight absurd situations. They are a vulgar, ferocious and true ally. And what? The only approved allies are those exactly like us? The only tolerable support for our ideals are those expressed exactly as we express them, in a tea room with pinkies raised?

A few hours later, I hear the news that a handful of authors are not in agreement with PEN United States, the association fighting for freedom of expression, giving an award to Charlie Hebdo. They are just a handful and 800 others are attending the gala, but still, how can one live by the pen and support censure?

I feel that this issue is telling, that it’s at the heart of something important. Otherwise sensible, educated people, writers even – France Daigle, Michael Ondaatje… – refuse to support Charlie Hebdo, a case of freedom of expression, (and in CH’s case, freedom to mock racists and exploiters). They can’t support CH even when they are of the same opinion? Why, because CH doesn’t denounce politely? Or are they only able to understand a cartoon at the first degree – a good guy, a bad guy and a clear comforting message?

This missing the boat on Charlie Hebdo is sometimes a question of people blindly following others on social media, ganging up on a chosen target, without checking out the facts. Or people with hang-ups about propriety or authority, or France.

I know that anyone who reads Charlie Hebdo can support its existence. And I know few with a negative opinion of it actually read it.

Un allié vulgaire, féroce et juste

Je suis perplexe, déconcertée, un peu obsédée par la réaction de quelques-uns à Charlie Hebdo. Comme on serait perplexe, blessée même, si deux de nos meilleures amies ne s’aimaient pas. Tsé, on se dit, cosse qui se passe, pis WTF ?

Hier, je terminais la lecture du Charlie Hebdo du 22 avril, toujours ravie d’en avoir trouvé une copie et surtout, comme toujours, exaltée suite à la lecture des textes et des caricatures qui défendent la bonne cause avec une indignation sans limite. Je pensais gazouiller au sujet des textes lus donc je me mets sur Internet, et découvre que dans la dernière heure, certains – surtout des anglophones – réagissent à ce qu’ils se sont mis d’accord de prétendre être une caricature dans le dernier Charlie Hebdo. Sauf qu’elle n’y était pas – je finissais de lire le numéro, je sais. Ça ne semble pas déranger que la rumeur est fausse, les dénonciateurs y trouvent presque la justification des meurtres des travaillants de Charlie Hebdo de janvier dernier. La caricature en question n’est pas dans CH, mais elle aurait pu y être – elle est du genre. D’autres avec les mêmes idées y sont : la couverture du numéro que j’avais lu montre une Marine LePen figure de proue sur le Titanic chantant la chanson tannante de ce film, et des immigrants africains, condamnés comme on le sait, qui lui crient « ta gueule », avec l’entête « Un Titanic par semaine ». À l’intérieur, parmi les caricatures sur d’autres sujets, plusieurs portent sur cette immigration damnée, dont une où les piranhas se plaignent qu’ils ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde. Un autre montrant l’Europe offrant une bouée de sauvetage d’enfant à un immigrant. Et un autre montrant les immigrants dans un bateau périlleux se disant « Pourvu que le copilote ne soit pas dépressif… »

Ces caricatures seraient racistes, disent certains !?! Non. Quel est le message? La sympathie qu’on éprouve est pour qui? N’est-ce pas qu’on y afflige les dirigeants ?

Pis ça c’est yinque les caricatures. Les textes dans Charlie Hebdo laissent aucun doute qui ils méprisent et pour quoi ils revendiquent.

Oui, Charlie Hebdo est comme ce cher ami, cet allié un peu juvénile qui déborde dans ses injures – qui fait appel à l’absurde lorsque l’injustice dénoncée est absurde. C’est un allié vulgaire, féroce et juste. Et quoi ? Les seuls alliés fréquentables sont nos semblables ? Le seul appui tolérable est celui exprimé à notre façon, dans les salons de thé avec le petit doigt levé ?

Quelques heures plus tard, j’apprends qu’une poignée d’écrivains ne sont pas d’accord avec le prix que va accorder PEN United States, l’association pour la liberté d’expression, à Charlie Hebdo. Ils ne sont qu’une poignée alors que 800 autres vont assister au gala de présentation du prix, mais quand même, je me dis, comment tu peux vivre de ta plume et être pour la censure ?

Je sens que ce qui se passe est révélateur, éloquent, le nœud de quelque chose important.

Des gens sensibles, éduqués, des écrivains mêmes, – France Daigle, Michael Ondaatje… – refusent de se ranger derrière ce cas de droit à la liberté d’expression – c’est Charlie Hebdo donc c’est question du droit de se moquer des racistes, des ripoux, des exploitants des petites gens. Ils ne peuvent pas se ranger derrière Charlie Hebdo, même s’ils sont du même avis général ? Quoi, parce que Charlie Hebdo ne dénonce pas poliment ? Ou est-ce que leur petite tête ne comprend une caricature qu’à son premier degré ? Tsé, le méchant et le bon, et un message clair, non exigeant et réconfortant.

Voir du bon monde être tant à côté de la traque par manque de rigueur, de vision, de responsabilité, ça me fait me demander si je suis aussi aveugle ou fais preuve d’autant de « légèreté » dans ce que je dénonce comme étant raciste, sexiste, exploitatif…

Cette incompréhension de l’intention de Charlie Hebdo, est-ce que ce serait un mécanisme de protection, … mais contre quoi?

Je me calme parce que je sais que celle et celui qui a lu Charlie Hebdo l’appuie. Sont rares celles et ceux qui ont une opinion négative sur Charlie Hebdo et qui l’ont lu.

Si l’Acadie était féministe

Un sommaire du discours prononcé à l’Université de Moncton campus de Shippagan, le 20 mars 2015.

Je veux premièrement reconnaître que cette activité a lieu sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui n’ont pas cédé ce territoire à la Couronne.

Un projet féministe de société est ambitieux, parce qu’il ne s’arrête pas à se comparer aux hommes, ce qui ne serait pas très ambitieux – et je ne me moque pas des hommes – c’est plus vaste que ça. Une société féministe cherche à éliminer toutes formes de dominations et d’inégalités – entre hommes et femmes, entre les femmes, entre les peuples.

Dans une société inspirée du féminisme, il faudrait par exemple une refonte du système économique et politique afin que l’État soutienne les mouvements sociaux qui luttent contre les inégalités.

Si l’Acadie avait été féministe, du débutEh ben, pour l’être, féministe, il aurait fallu que l’Acadie soit très différente de son temps. Pour commencer, aurait fallu qu’elle ne soit pas sous l’emprise de l’Église, ou que l’Église ait été féministe. Parce que le rôle de la femme était limité, pas seulement par les coutumes et les lois, mais il était fixé par les enseignements de l’église.

Il y a quelques années, Josette Brun, historienne et professeure à Université Laval, a publié une étude Vie et mort du couple en Nouvelle-France. Elle a examiné les rôles joués par les hommes et les femmes au sein du couple et ce qui arrive aux veufs et veuves, de 1710 à 1744, à Louisbourg, Port-Royal (et au Québec). Pour un échantillon de 25 couples de Louisbourg, elle a analysé les archives notariées, la correspondance religieuse et administrative, les recensements.

Elle a trouvé qu’une fois mariées, les femmes, n’importe leur rang social ou l’occupation du mari, sont rarement associées à la paperasse signée devant notaire, … sauf lorsqu’il s’agit de signer pour une dette. Lorsqu’il s’agit de la vie professionnelle du mari, presque rien. Presque pas d’hommes à Louisbourg n’ont donné une procuration à leur femme pour les remplacer devant le notaire. L’homme dirige le couple et la famille. Les femmes sont confinées à la vie privée. Il y a des cas exceptionnels, mais la grande majorité des femmes de cette Acadie sont tenues à l’écart des affaires conjugales. Les veuves sont plus affligées que les hommes par «l’image négative associée à la vieillesse». Celles de plus de 40 ans ont plus de difficultés à se remarier et l’église n’encourage pas ces veuves qui dépassent la quarantaine à se remarier – le but du mariage étant de faire des enfants – elles devraient consacrer le reste de leur vie aux bonnes oeuvres. Aussitôt veuve, l’Église leur enlève le droit de succession au « banc d’église ».

Un âge d’or de la condition féminine en Acadie ? Oublie ça. Ni le contexte colonial ou l’avantage démographique n’ont entrainé une redéfinition des rôles…

Je ne connais rien non plus, au 18e siècle ou au jour d’aujourd’hui, qui me laisse croire que l’Acadie a été féministe.

Bien sûr, il y a eu des femmes fortes, féministes, qui ont agi et réagi au nom de l’égalité ou la dignité – l’idée de féminisme n’est pas né hier, ou dans les années 60.

Mais Acadie féministe ? Non :

Les acadiennes n’ont pas eu droit à l’éducation avant les autres femmes, ni même en même temps que les Acadiens. Les sœurs qui ont voulu organiser des collèges pour filles ont rencontré de l’opposition, de leur archevêque et d’ailleurs, à l’occasion.

Lorsque les femmes du Nouveau-Brunswick pétitionnaient et manifestaient pour le droit de vote – sur une période de 50 ans elles l’ont fait -, les Acadiennes n’y étaient presque pas. À part les lettres de Marichette dans l’Évangéline, les Acadiennes étaient absentes du débat des suffragettes.

Sept ans après l’obtention du droit de vote par les femmes du Nouveau-Brunswick, le journal l’Évangéline publie un éditorial en première page : « L’immense majorité des Acadiens verrait sans objection le rappel de la loi qui donne le droit de vote aux femmes. » Treize ans après l’obtention du droit de vote, le journal Le Fermier acadien publie un article demandant aux bonnes Acadiennes de rester au foyer, de ne pas sortir voter…

La « patente » acadienne n’a pas inclus de femmes, n’a pas travaillé pour l’égalité. Nos Chevaliers de Colomb ne sont pas plus féministes, inclusifs, qu’ailleurs.

Nos curriculums scolaires n’ont pas parlé des femmes plus que les autres ; nous n’avons pas un meilleur taux de femmes dans les domaines non traditionnels, au contraire. Notre Université de Moncton a peu de femmes dans les postes de décision, n’offre pas de programme en études féministes, ses instituts et ses professeurs publient très peu des données ou d’études sur des questions d’égalité ou qui font mention de la variable sexe.

Nos municipalités francophones ont moins de mairesses et de conseillères que les autres, n’ont pas plus de politiques familiales ou d’analyse inclusive.

Les Acadiennes élues au provincial sont rares, et l’élection des premières n’a pas lancer une tendance, loin de là.

L’Assemblée législative compte 8 femmes sur 49 députés, soit 16 % de représentation féminine. La moyenne mondiale toutes chambres confondues est de 22 %. Les États arabes (18 %) font meilleure figure que le Nouveau-Brunswick. En 2006, lorsque Liane Roy, alors consultante, a publié une chronique, Pourquoi si peu d’acadiennes en politique?, elle a suggéré qu’on doit regarder l’éducation des enfants et le statut accordé aux femmes. Elle a aussi dit que très peu d’Acadiennes se sentent interpellés par la politique, qu’elles ne sont pas certaines qu’elles seraient entendues et pourraient faire une différence.

Nos médias ne font certainement pas plus de place aux femmes et aux questions féministes que d’autres médias. Aucune femme n’a occupé un poste d’éditorialiste au sein de L’Évangéline, Le Matin, ou l’Acadie Nouvelle.

Marie-Linda Lord s’est penché sur cette question : « Les études sur les femmes en Acadie sont rares. Il n’existe pas de lignée de femmes porte-parole médiatiques en Acadie. » « Véritable archétype des exclus, la Sagouine est une personnification féminine d’une prise de parole acadienne, voire universelle, qui n’était rien de moins qu’un geste d’affirmation qui a réussi à se faire remarquer. Près de 40 ans plus tard, la Sagouine émerveille toujours, et le succès de cette prise de parole par une femme, même fictive, reste inégalé dans la réalité médiatique acadienne. » * http://www.umoncton.ca/umcm-crea/files/umcm-crea/wf/wf/pdf/ournalisme_en_Acadie__un_enjeu_d__mocratique.pdf

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick a conclu, dans son Analyse de la représentation des femmes dans l’actualité de la presse écrite provinciale francophone Nouveau-Brunswick, publié en 2011 :

Les femmes sont sous-représentées dans presque tous les sujets d’actualité même dans ceux où elles sont en réalité fortement présentes – santé, éducation, communautaire, arts. Dans les 494 reportages de l’actualité de L’Acadie Nouvelle examinés, les femmes étaient 25% des intervenants. Dans les 185 articles traitant d’enjeux relatifs au gouvernement ou la politique, elles étaient 18% des intervenants. L’examen du cahier provincial de L’Étoile a donné des résultats semblables.

Le Regroupement a conclu que la contribution des femmes dans la société n’est pas reflétée justement et les médias participent à cet état de chose. Le groupe a donc produit une liste d’intervenantes prêtes à prendre la parole et l’a diffusée, offert des ateliers pour aider les femmes à se préparer aux entrevues avec les médias et co-organisé un colloque sur la place de la femme dans les médias, avec l’Association acadienne des journalistes. * https://www.youtube.com/watch?v=k4Pr_h96XUI

Ce mois-ci, le journal l’Étoile a publié un long article* sur ce travail du Regroupement féministe, en anticipation de la publication prochaine par le groupe d’une deuxième analyse de la place des femmes dans les médias acadiens. (* Comment augmenter la visibilité des femmes dans les médias acadiens?, 9 mars 2015, L’Étoile.)

Dans l’article, le président de l’Association acadienne des journalistes (AAJ) confie que le genre n’est pas un facteur considéré par les membres de son association lorsqu’ils cherchent des intervenants : « Une des cibles (du Regroupement) était de travailler avec les journalistes pour qu’ils incluent plus de femmes comme sources dans le contenu médiatique. On a essayé de leur expliquer notre réalité, parce que lorsque nous travaillons sur un sujet, on va chercher l’intervenante ou l’intervenant le plus habilité à nous répondre, la personne qui a l’information … On a dit au Regroupement féministe que c’est important de sensibiliser les organisations afin qu’elles donnent plus de place aux femmes, et de sensibiliser les femmes afin qu’elles prennent plus de place ». Lire la suite

Miss Canada, Gérald LeBlanc et l’Acadie

Mon quotidien, le seul quotidien acadien, a beaucoup d’espace à accorder au concours Miss Canada. Ça me trouble mais il se peut que j’exagère.

Pourtant, je sais que mon Acadie Nouvelle est le seul quotidien qui a rapporté les résultats de ce concours. Trois jours après « le couronnement », il est toujours le seul au monde à en parler. Quoi penser ?

Est-ce signe que les réalisations acadiennes sont encore comme toujours écartées et que je devrais être offusquée, comme Acadienne et comme femme ? Après tout, une Acadienne a été enfirouapée par l’entreprise qui a repris le nom « Miss Canada », elle a payé de la bonne argent pour ses frais d’inscriptions et obtenu les « votes internet » qu’il faut pour gagner ce concours bidon présenté par une entreprise douteuse. MAIS le Canada, le monde ne célèbre pas avec nous ! Une insulte ! Atteinte à nos droits de communauté linguistique officielle !

Ou est-ce que je peux laisser libre cours à mon sentiment de deuil du journalisme écrit en Acadie, et dire, pourquoi on a tant de meneurs de claques.

Ou, ayant une Maîtrise en journalisme et ayant été journaliste, connaissant les conditions honteuses dans lequel cette profession noble est pratiquée et sachant que la Miss a été couronnée un 8 mars, la tannante Journée internationale des femmes pour les journalistes, est-ce que je devrais être solidaire avec ceux qui ont trouvé judicieux de consacrer toute cette surface journalistique à la Miss, aye, ça rempli des colonnes.

Non. À y penser, la poésie du regretté poète acadien Gérald LeBlanc m’offre, encore comme toujours, une porte de sortie :

« On peut répondre fuck ouère off et ça change le rythme encore une fois : qu’est-ce que ça veut dire, venir de nulle part ? »

https://rosellam.wordpress.com/2015/02/03/les-valeurs-acadiennes/

Les valeurs acadiennes

La nouvelle – présentée avec éclat dans une pleine page par mon quotidien national – qu’il y a une possibilité – o mon cœur – que les prochaines Miss Canada et Miss Teen Canada pourraient être Acadiennes m’a mise dans un état.

Non, mais penses-y ! Une Acadienne qui est Miss Canada et une autre Miss Teen Canada ! Eh ben là on dira que les temps ont bien changé ! Parce qu’une Acadienne au trône abolira le concours. Étant Acadienne, elle dira qu’un concours basé sur les restants d’un système discriminatoire n’a pas de raison d’être. Les jeunes – l’espoir de l’Acadie ! – ne sauraient tolérer ça, de la même façon que les Acadiens ne tolèrent plus les politiques qui les font se taire, les font agir contre leur intérêt, les font perdre leur âme pour être acceptés…

Une Miss Canada Acadienne révélera le côté bidon de ces concours. Elle révélera l’histoire trouble du concours, ce que d’anciennes reines ont à dire, comment les profits sont générés, comment ce n’est même pas pertinent de discuter si c’est un concours de beauté ou de personnalité parce que en partant, il s’agit d’une initiative pour tirer le maximum de ce qui reste comme possibilité d’exploitation sexiste dans la société. Si les médias veulent entendre que c’est un concours de personnalité, c’est ce qu’elle dit, le journaliste ne vérifie rien. Pour faire court, elle pourrait inviter tout le monde à visiter le site internet de Miss Canada et Miss Teen Canada. MDR!

Et elle serait couronnée le 8 mars, la Journée internationale des femmes ! Quelle fierté. Et quel soulagement ce serait pour les médias acadiens. Ils n’auraient pas à chercher un sujet « femme » pour le 8 mars – tsé, comme le manque d’action en Acadie contre le manque d’Acadiennes en politique élue, la violence faite aux femmes, l’absence de services de garde abordables et en français, les problèmes causées par l’objectivation des femmes … Ouf. Sauvé !

Je me trouve bien bête parce que ma première réaction, en lisant cet article dans l’Acadie Nouvelle de ce matin, était que le journaliste avait perdu son objectivité devant le sujet, que la rédaction avait sauté une étape à cause des tempêtes, que la tradition acadienne de mollesse face à la lutte au sexisme se maintenait. Mais non, la relève jeunesse nous sauvera.

Le journaliste nous l’affirme ce matin, les deux jeunes femmes «  ont un bel avenir devant elles ».

A joke is a serious thing

A slightly different version of this text was published by the New Brunswick Telegraph Journal on January 24, 2015.

I was once at an international conference where women from a Third World country spoke eloquently about not wanting to live in a society where there was as much freedom as there is in “Western countries”. It came down to freedom being scary. They felt better protected under repressive state and religious laws. The eloquence did not convince me but I felt for them. They also spoke eloquently about why polygamy had benefits: it gave them live-in sisters – the other wives – and it provided relief from and help with the job of taking care of the man. (I thought that more convincing, though it was basically about the same thing.) That discussion decades ago, though not persuasive, was a lesson in relativity and humility.

I was reminded of that in the aftermath of the Charlie Hebdo assassinations when a few commenters said the magazine should not have exercised its freedom of expression so much.

Freedom is scary. It is for adults only. It means risks. The alternative has even more risks.

But first, who says the Charlie Hebdo workers were killed because of their cartoons? The killers did. Killers have been known to say they killed someone because she burnt his toast, so excuse me if I form my own opinion.

Given that the Charlie Hebdo killers could hardly believe their action was going to forever stop such cartoons, let us concede that their reason might be something else – maybe to radicalize others, or give the troops something to cheer about or because they belong to a criminal gang and that is what gangs do to build their reputation.

So I don’t think the men who killed the Charlie Hebdo workers did it because they were offended by vulgar cartoons.

But do let us talk of Charlie Hebdo because I want to argue for more satire in our world. Among my favourite Charlie cartoons, the one with a prophet or a god crying because it is so, so hard being adored by asses. The one where a god organizes a supper as in the movie Dinner for Schmucks (Dîner des cons) with religious organizations as the guests. Coluche, the comedian who launched soup kitchens in France, making a soup of politicians because he despairs of soup kitchens. Two terrorists with “bomb” belts facing each other: the Israeli’s belt is new housing for Jerusalem, the Palestinian’s belt is bombs.

What is offensive is not the Charlie Hebdo cartoons but the world they denounce.

No one should be able to yell Fire! in a crowded theatre nor advocate killing. Limits to freedom of expression protect from potential harm. Apart from that, we must be able to say what we want. We may be shunned for it, but we should not be killed or arrested. Lire la suite

Pis notre droit au blasphème, bordel ?

Quelle tristesse, cette semaine. D’abord, l’assassinat des travaillants de la revue Charlie Hebdo – non mais quelle tristesse. Les Charlie Hebdo du monde sont des hymnes à la vie. Charlie sévit contre les idées et les systèmes qui s’en prennent à l’humain. Et on les tue ! Parce qu’ils sont vulgaires. C’est comme tuer quelqu’un parce qu’il est laid.

Ensuite, quelques jours plus tard, on entend des commentaires – rares mais si surprenants et si triste à entendre – de personnes, même d’ordinaire sympathiques, disant que, en fin de compte, Charlie Hebdo cherchait le trouble, qu’il provoquait. Tsé comme on dit, as-tu vu comment courte était la jupe de la victime. Il y en a même pour suggérer que c’était une publication raciste. Il faut ne pas avoir besoin de savoir avant de parler pour dire ça. Ce qui m’attriste est que des gens biens puissent se tromper si bêtement. Moins bête que méchant, comme disent des personnages de Charlie Hebdo. « Nous nous moquons de nous, des politiques, des religions, c’est un état d’esprit », dit Richard Malka, un des associés de la revue.

Je voudrais dire à ces gens : Donc quand Yvon Deschamps parlait des juifs, vous pensiez qu’il est raciste? Pis son monologue ‘J’haïs les bébés’ – il cherchait le trouble ? Qui veut vivre dans un monde où on peut pas se moquer de tout? La vraie morale se moque de la morale (Blaise Pascal).

Notre droit au blasphème sera important à notre survie. On doit le protéger contre tout. Parce que as-tu vu ce à quoi on a à faire face, nous, petits gens – les religions, les religieux, les idéologies, les forces organisées, les cons.

Comment ne pas reconnaître que les caricatures de dieu qui pleure parce que c’est dur dur d’être aimé par des cons, ou du bébé Jésus qui nous dit Merde!, ce sont des cadeaux à nous, petits gens. L’usage abusif des dieux, ce sont les intégristes qui le font, pas les Charlie Hebdo. Comme l’a dit le Pape depuis le massacre, lui qui est aussi fréquemment une cible de la revue, l’intégrisme élimine non pas seulement des humains, mais aussi le dieu même puisque dieu ne devient qu’un prétexte idéologique.

Également triste, la réalisation que cette violence ne va pas arrêter bientôt. Les religieux ne savent pas plus que moi comment éviter la mauvaise appropriation – l’instrumentalisation – des dieux, des religions. Comme dit Abdennour Bidar, philosophe spécialiste des évolutions contemporaines de l’islam, «La religion peut être le cœur de réacteur d’une civilisation humaine… L’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière. »* Et comme dit Bernard Richard dans l’Acadie Nouvelle de ce matin, « Je rêve du jour où les religions, les croyances, les idéologies, les politiques ou peut-être l’absence de celles-ci produiront un monde meilleur. » Lire la suite

La perpétuation des inégalités par la charité

Si pour faire ton don « pour aider ceux dans le besoin », t’avais à spécifier si ton intention était de traiter les symptômes ou d’influencer les causes profondes, je devine que, moi et toi au moins, on préférerait s’en prendre aux causes.

Pourtant on n’en a que pour la charité, surtout en ces temps de fête. Des dindes, des boîtes de Noël, des jouets – pour se faire croire qu’on s’occupe de son prochain, ou afin que père Noël ou petit Jésus nous aime parce qu’on n’a pas été bon durant l’année.

Quand le choix est d’être charitable ou d’être Séraphin/ l’oncle Picsou/ Scrooge, tu donnes.

À chaque saison des fêtes, je rage contre la charité, non pas parce que j’haïs Noël, ou suis avare ou dénigre les personnes dans le besoin. Mais parce que je sais que la charité organisée perpétue souvent le problème qu’elle dit soulager, et parce que les chariteux pensent ainsi avoir fait leur part et ne feront rien d’autre. La charité perpétue le problème parce qu’elle remplace la recherche d’une solution ou laisse croire que le problème et la solution sont du niveau de l’individuel. La charité peut coexister avec l’action sur les causes, mais ici, maintenant, le plus souvent elle la remplace.

Même les médias, et même les médias publics, qui ne penseraient jamais faire une campagne pour une augmentation du salaire minimum par exemple, ne se gênent pas pour monter des campagnes de dons d’argent ou de dindes, surtout à ce temps-ci de l’année. Pourtant, la charité, surtout à ce niveau, est un choix politique.

Les banques alimentaires, même les gouvernements n’en ont pas honte de nos jours. Elles subventionnent les employeurs mal-payants, les emplois qui n’en sont pas, et les taux misérables des prestations officielles. Pour les personnes qui y ont accès. On est bien loin d’un revenu minimum garanti, là. Si les médias traitent des banques alimentaires, c’est pour dire que leurs tablettes sont vides ou leur clientèle augmente, jamais pour traiter de l’injustice que représente cette façon de procéder comme société, et comme gouvernement. Lire la suite

Les hommes, paraît-il, font pitié

La fine fleur de la population étudiante de l’université acadienne, mise à profit pour la publication de son journal fleuron, Le Front, a publié une caricature qui voulait nous faire apprécier la situation intolérable dans laquelle les hommes se trouvent.
À notre surprise, ils ne s’en prennent pas au système qui prescrit sans équivoque des valeurs et des comportements à ceux dotés d’un zizi. Ils avaient mieux que de nous parler de la cage dorée et du système patriarcal qui gâchent des vies d’hommes et déforment des sociétés. Provoqués par une femme qui avait fait un discours remarqué invitant les hommes à contribuer à l’égalité des sexes, ils s’en prennent au fait que, paraît-il, les femmes agressent les hommes et leurs enfants sans conséquences, que les femmes ont même carte blanche pour prétendre viol, évidemment parce que délices et bénéfices tombent du ciel lorsqu’une femelle crie au viol. Non, non, ne pensez pas à dénombrer le sexe des corps morts, estropiés ou violés que voient nos institutions. Laissons-nous plutôt être guidé par cette jeunesse et déplorons le fait que les hommes n’ont plus les droits qu’ils avaient et, pire encore, que les femmes ont le droit de ne pas les trouver drôle.

12 octobre 2014 – Des excuses ayant été publiées par l’exécutif du journal Le Front, je modifie mon texte afin d’enlever les noms du caricaturiste et du rédacteur en chef en question. Cela me semble la chose à faire. À ce sujet, la Fédération des étudiantes et des étudiants du campus universitaire de Moncton a accusé de révisionnistes ceux qui auraient voulu voir les caricatures enlevées des versions électroniques du journal. Nuance là : On ne cherche pas à cacher ce qui s’est passé. Par exemple, je décris ci-haut ce qui était dit dans ces caricatures et cela doit se savoir, même après les excuses.
Enfin, les excuses du journal sont basées sur le fait que les personnes qui auraient dû voir les caricatures avant publication ne les ont pas vues, et que l’exécutif n’a pas droit de regard avant les faits. Cela va pour la sortie du journal le mercredi. Mais par vendredi, ce rédacteur et cet exécutif ne pouvaient pas dire qu’ils ne les avaient pas vues. Il a fallu les réactions hors campus pour qu’enfin ils lisent leur propre journal ?

New and invisible

This column first appeared in the New Brunswick Telegraph Journal of July 19, 2014.

If you’re a small-c conservative government of the sort that New Brunswick perpetually has, what could be better than getting rid of an independent agency concerned with something you don’t give a farthing about – say, women’s issues? Getting rid of it and then coming back with a toothless version that you can still point to – such as at election time.

Even better than that would be if the media were to buy into that sleight of hand.

In 2011, Premier David Alward abolished the Advisory Council on the Status of Women, but then, due to the protests, promised a new version of an independent body on women’s issues. Finally, in 2013, the government announced it was creating « Voices of New Brunswick Women Consensus-Building Forum”, and, just over five months ago, appointed its 15 members.

However, to date, this new agency cannot be contacted by phone, email, or social media. It has no office, no staff, and, to my knowledge, has yet to be heard on any issue. Not abortion, not the feminist issues that should be part of the upcoming provincial election, not the treatment of prostitutes or prostitution law, not pay equity, not aboriginal women, not the many cases of violence against women, not International Women’s Day nor Mother’s Day. Neither has it said anything about its mandate, its vision, its resources and its independence.

So, unless this new “agency” does something worthwhile, soon, are we to conclude that government took advantage of a situation and replaced the independent Council with an entity so circumscribed and limited in its resources that it will be incapable of ever bothering government?

Here is why I’m not impressed yet: Lire la suite

Pour en finir avec l’avortement

Ma seule opinion sur l’avortement est que si j’étais enceinte, y’a yinque mon opinion qui compte.
La clinique Morgentaler ferme aujourd’hui à Fredericton. Même celles de nous féministes qui s’opposent à des services privés dans le secteur de la santé reconnaissent que cette clinique a rendu service dans notre contexte. Si le service d’avortement n’est pas accessible, c’est nous qui décidons et pas la femme enceinte.
Si McKenna n’avait pas fait son shérif, donné le ton et déclaré la guerre à la clinique, si les autres politiciens, alors et depuis, n’étaient pas épeurés jusqu’à en perdre l’esprit, si le gouvernement du Nouveau-Brunswick veillait au respect des droits, même ceux qu’il n’aime pas, si les tactiques des anti-choix ne faisaient pas si peur à moi, toi, aux journaux Irving, aux politiciens, aux médecins, aux fonctionnaires, si le Canada avait des normes pour l’accès aux services de santé, si le monde n’était pas si obsédé par la vie sexuelle et morale des femmes…
Si tu adoptais une tactique des fanatiques anti-choix et communiquait – en privé ou en public – avec les candidat-e-s de ta circonscription à l’élection provinciale qu’il va y avoir dans 2 mois, pour lui dire que tu veux que cette question soit résolue et que les femmes aient accès aux services publics de santé pour cette intervention.

La gestion des causes incommodes*

Si tu es un gouvernement conservateur avec un petit c, comme l’est celui du Nouveau-Brunswick depuis des lunes, plutôt qu’abolir un conseil indépendant sur une cause ‘incommode’ – disons par exemple la condition de la femme – il vaut mieux l’abolir puis en recréer un qui n’en est pas un, mais qui est là pour être paradé au besoin, par exemple quand il y a une élection.

Et même encore mieux que ça ? Ce serait que les médias reprennent et répètent ce que dit le gouvernement – qu’il a ‘remis les choses en place’.

L’éditorial de l’Acadie Nouvelle du 24 juin 2014 disait au sujet de l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick en 2011 par le gouvernement provincial : « À peine deux ans plus tard, le gouvernement Alward annonçait qu’il financerait un nouvel organisme, Les voix des femmes du Nouveau-Brunswick. Ses preuves restent encore à faire, mais sa simple existence reste une belle victoire pour toutes les Néo-Brunswickoises… » et «En l’espace d’un mandat, le gouvernement a plié. »

Et si le gouvernement n’avait pas plié, mais avait plutôt saisi l’occasion des protestations pour finaliser la disparition d’une voix indépendante en installant une entité si encadrée, si circonvenue et si limitée dans ses ressources qu’elle ne peut plus incommoder le gouvernement ?

En tout cas, voici pourquoi je dis qu’il est trop tôt pour dire Brava :

Voix des femmes a été annoncé il y a plus d’un an, et les membres ont été nommées il y a cinq mois. Mais l’agence n’est toujours pas accessible par téléphone, par courriel ou par les médias sociaux, n’a ni employées ou bureau, et ne s’est pas prononcé sur un dossier à ma connaissance. Ni l’avortement, ni les femmes en politique ou les enjeux féministes de l’élection provinciale de cet automne, ni le traitement des femmes prostituées ou les lois sur la prostitution, ni l’équité salariale, ni les femmes autochtones, ni les taux élevés de violence faite aux Néo-brunswickoises, ni la journée internationale des femmes ni la fête des mères. Rien non plus sur son mandat, sa vision, ses ressources et son indépendance.
Le Conseil consultatif était un organisme créé par une loi adoptée par l’Assemblée législative.
Voix des femmes n’a ni loi, ni ordre en conseil, ni mandat connu.
Le Conseil était mandaté par la loi de porter à l’attention du public et du gouvernement les questions d’intérêt aux femmes, de recommander des lois et des politiques, d’assurer la collecte, l’étude et la diffusion d’information, et de favoriser le réseautage entre les organismes féminins.
Nous n’avons qu’un communiqué de presse gouvernemental, mais Voix des femmes doit « promouvoir l’égalité des femmes et des filles et améliorer leur vie ».
Le Conseil consultatif contrôlait près de 600 000 $ par an en fonds et accès à des services.

Selon les communiqués, Voix des femmes a peut-être accès avec des conditions non dévoilées à 200 000$ en argent et en services.

Laissez-moi rêver un instant : Voix des femmes pourrait déclarer qu’il opère sous la Loi créant le Conseil consultatif sur la condition de la femme ou une loi semblable, et attend que le gouvernement – celui-ci ou le prochain – confirme leur nomination en vertu d’une telle Loi. Il pourrait également mettre ses critères pour son indépendance : un mandat clair et connu qui comprend l’autorité de rendre public ses avis, le pouvoir de choisir ses activités, ses priorités et ses recommandations et de décider de la dépense de son budget, et le contrôle de l’embauche et la direction de son personnel. Si elles n’ont pas tout ça, le gouvernement peut cesser de dire que Voix est indépendant.

Les membres de Voix des femmes sont 15 Néo-brunswickoises, représentantes de groupes ou individus, nommées par la ministre. Elles sont d’excellentes nominations. L’organisme serait-il pris dans un piège par le dévouement de ses membres à la cause de l’égalité – un dévouement exploité ? ‘J’ai été si bas tellement longtemps, que cela ressemble à une remontée?’ Sinon, pourquoi le silence alors que les Néo-brunswickoises font si pauvre figure dans tant de domaines, au Canada pour commencer ?

Ces dernières décennies, plusieurs gouvernements provinciaux auraient aboli le Conseil consultatif s’ils avaient pu. Année après année, le Conseil maintenait des positions tannantes pour des gouvernements tannés des positions féministes. Le Conseil maintenait sa position pour l’accès à l’avortement et aux contraceptions, même d’urgence; il insistait que les questions féministes ne se confinent pas au domaine social mais ont affaire aux réformes économiques, fiscales et électorales, et que l’équité salariale était une question de droits humains, non pas des mots à éplucher dans une plateforme électorale.

Sais-tu à quel point un tel Conseil peut être agaçant et menacé dans un système politique comme nous avons ?

C’est pourquoi moi, avant de dire Brava !, j’exige que Voix des femmes fasse quelque chose, n’importe quoi, qui met l’intérêt des femmes au Nouveau-Brunswick en premier.

Le dénouement dépend en partie de David Alward, de la ministre Marie-Claude Blais, des co-présidentes Kim Nash-McKinley et Phylomène Zangio, des membres individuelles Kyla LaPointe, Noëlla Richard, Paulette Sonier Rioux et Stéphanie Beaulieu, et des représentantes du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, du YWCA de Moncton, du Urban Core Support Network, du Sussex Committee for the Prevention of Family Violence, du Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Fredericton, du UNB Women’s Studies, de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, et de l’Association des CBDC du Nouveau-Brunswick.

En fait, le dénouement dépend de l’ensemble des femmes du Nouveau-Brunswick.

Mieux un vide qu’une fiction.

*Ce texte a été d’abord publié dans l’Acadie Nouvelle du 14 juillet 2014.

1973 en premières pages

J’ai récemment passé beaucoup (trop) de temps à lire l’Évangéline de 1973 sur microfilm (je ne veux pas en parler, je cherchais une citation, j’ai pas trouvée), mais les impressions et les souvenirs que les manchettes des premières pages faisaient apparaître me restent en tête. Pourtant, étant de Moncton, je sais que 1973 n’était pas si brassée que ça – c’était pas Moncton 1968, 1969, 1970… mais quand même, quelle année, comparée à ces temps de guimauve d’aujourd’hui.

Quelques titres de la page une du tabloïd :

‘Faut-il vider le Nord Est ou regrouper des gens ?’ – 2 février 1973.
‘Une vieille église acadienne sera détruite’, 8 mars 1973.
‘Première convention politique du Parti acadien’, 12 mars 1973
‘Il faudrait créer un conseil économique acadien’, 6 avril 1973.
‘Les exposés des experts peuvent servir aux experts mais pas aux pêcheurs’, 23 avril 1973, au sujet d’une rencontre des ostréiculteurs du Nord-est.
‘Nous avons besoin d’industries mais pas à n’importe quel prix’, le premier ministre Richard Hatfield, 14 mai 1973.
‘La S.A.N.B. est créée’, 4 juin 1973.
‘Bagarre entre pêcheurs et chômeurs au Parc Kouchibouguac,’ 19 juin 1973.
‘La situation d’inégalité ne peut plus être tolérée,’ 20 juin 1073 1973, la SANB au ministère de l’Éducation.
‘Le Nouveau-Brunswick produirait des voitures dès septembre’, 22 juin 1973.
‘Jones est réélu’, 26 juin 1973.
‘Un homme mort le 3, enterré le 5, a voté à Moncton le 25 juin’, 28 juin 1973.
‘Les anglophones sont bilingues. Ils comprennent l’anglais et la violence’, 15 novembre 1973, citant Pierre Poulin, président de la SANB (créé quelques mois plus tôt) au sujet du refus du conseil municipal de Fredericton d’examiner la question de services bilingues.
‘Le bien-être social ne doit plus enrichir les compagnies,’ 24 mai 1973, « le » ministre Brenda Robertson.
‘Avez-vous déjà vu des riches monter sur l’échafaud?’, 31 janvier 1973, l’ancien premier ministre John Diefenbaker au sujet de la peine capitale. Ce que Diefenbaker a dit, également en 1973, au sujet du bilinguisme dans la fonction publique fédérale ne fait pas autant chaud au cœur – plutôt bouillir le sang.
‘Heureusement pour nous que les Acadiens sont gentils et patients,’ titre d’un article de France Daigle, 8 novembre 1973, citant Jack Keefe devant le club Kinsmen (ou c’était-y les Rotary …, des hommes en tout cas, j’ai pas pris de note parce que je cherchais ma maudite citation). Jack Keefe était une bonne personne qui a tenté d’arrêter Leonard C. Jones (mon cœur pleure quand je dois dire ce nom), mais qui a perdu l’élection de juin 1973 faute quelques centaines voix.
‘Le gouvernement veut encore étudier les études,’ 31 juillet 1973. Richard Hatfield était au pouvoir, la prochaine élection prévue en 1974.
‘Tout semble planifié comme si les Acadiens n’existaient pas’, 16 octobre 1973, Gilbert Finn au Conseil économique des provinces atlantiques.
‘Un francophone du N.-B. doit obéir à un ordre unilingue anglais de la Cour,’ 2 novembre 1973, l’aumônier de l’Université de Moncton Sylvio Doiron doit obéir, dit le ministre de la Justice John Baxter.
‘M. Vautour veut se faire le martyr de cette cause mais la justice ne jouera pas le jeu – le juge’, 19 décembre 1973, le juge dans l’affaire du parc Kouchibouguac.

En lisant, je me disais tout était alors si différent, tout de suite après je me disais rien ne change! Une page je rageais, l’autre je pensais j’ai rien vu d’aussi bien dit depuis longtemps, plus loin je me moquais…

Presque dans chaque numéro, et sur beaucoup de pages couvertures, un article ou une photo d’un concours de beauté, souvent en maillot de bain – Mlle Pêcheries, Pétoncle, Exposition de bateau, Moncton, Dieppe, Navet … si ce n’était pas des photos de chacune des candidates avec texte. Je crois bien que sans ces concours, il n’y aurait presque pas eu de femmes dans l’Évangéline de 1973.

Parmi les événements de l’année rapportés dans les pages intérieures, il y a ce pauvre Émile Babin, journaliste de Moncton, emprisonné pendant trois jours après avoir reçu une contravention unilingue qu’il avait refusée. Un des articles donnait froid lorsqu’on lisait au sujet des gardiens qui l’engueulaient en lui apportant son Évangéline et les lettres d’appui, dont un, venu lui dire que tout devrait être écrit qu’en anglais, qui était encouragé par les autres détenus à frapper notre Émile. M. Babin aura eu gain de cause à la fin.

Plusieurs vieux numéros de L’Évangéline sont en ligne sur Google Newspaper Archive, des années 1880 jusqu’à la fin prématurée de ce quotidien.

Y’a une tiare pour vous

Fais quatre colonnes.

Dans une colonne, mets Miss, Ms, Mlle, Mini-Miss, Princesse, Mrs, …
Dans une autre – Teen, Beauty, Charity, Perfect…
Dans une autre – International, America, Galaxy, All-Canadian, …
Et enfin, des localités – Canada, New Brunswick, Maritime, Atlantic, …

Crée-toi un titre en pigeant dans 2 ou plus de ces colonnes et tu peux probablement trouver un concours de beauté pour t’avoir ce titre. Voilà pourquoi, à tout moment donné, une ou plusieurs ‘Miss quelque chose New Brunswick’ (le titre est toujours en anglais) est dans les parages au Nouveau-Brunswick.

Il semble qu’on pourrait toutes être une ‘reine’ de quelque chose.

Dans l’espace d’une semaine ce mois-ci, deux longs articles avec deux Miss Teen quelquechose New Brunswick régnantes dans le seul quotidien acadien. Aucune explication de cette anomalie, de cette prolifération, ou du flair journalistique qui a déterminé que ce pouvait être une nouvelle. On lit que ‘loin d’être un concours de beauté traditionnel’ le concours était ouvert à tous. Euh, si tu es née de sexe féminin, est jeune, paye les frais d’inscription, et, pour la plupart des concours, n’as jamais donné naissance (tu peux peut-être avoir été enceinte…) et n’as jamais été mariée… (les organisateurs pensent ne plus pouvoir spécifier « vierge » comme ces concours spécifiaient y’a pas si longtemps).

Malgré le fait que ces concours bidon sont des créations commerciales inventées ailleurs, que la plupart ont des réputations ‘colorées’, et qu’ils perpétuent les stéréotypes dévastateurs qu’on connaît, quand les médias en parlent, c’est avec respect, comme si ces concours avaient une valeur en soi et une importance pour la collectivité. Ce qui arrive quand le journalisme laisse sa place à la promotion nationaliste ?

J’entends les filles et femmes qui se donnent dans les actions pour changer le monde, actions qui souffrent du peu de couverture journalistique, disputer que si la tiare et l’écharpe attirent les journalistes, elles vont s’en trouver une. Pis elles sont pas malaisées à trouver.

Une chance qu’on a les pauvres

Le Nouveau-Brunswick a un deuxième plan pour réduire la pauvreté. Il est audacieux : il reconnaît ouvertement qu’il n’est pas important de réduire la pauvreté, il suffit d’avoir un plan qui parle de la réduire. En fait, il suffit de faire une liste des choses que les gens t’ont dit qu’ils aimeraient. Parce que les rencontres avec les gens, ça il y en a en masse. On aura brûlé une génération de personnes qui veulent le changement avec tout ça …
Quelles mesures nous permettront de savoir qu’on a atteint les objectifs ? Ça c’est une question pas gentille et tu n’as évidemment pas bu assez de l’eau du puits. Parce que c’est la pensée qui compte. Il est important de rencontrer des personnes vivant dans la pauvreté, donner quelques montants pour des projets et ainsi atteindre les vrais objectifs de cet exercice: satisfaire les politiciens qui veulent quelque chose à faire miroiter afin d’« éloigner de moi cette coupe », combler les non pauvres qui souhaitent que la pauvreté leur soit rendue plus tolérable, et acheter la coopération des associations oeuvrant avec les affligés de la pauvreté qui vivent de miettes et ne peuvent être blâmées de vouloir survivre.
Des objectifs qui semblent adéquats pour tenir en vie cet exercice de misère que le Nouveau-Brunswick a entamé, bien que les médias et certains politiciens dans l’opposition laissent voir un certain désenchantement avec cette dernière sortie de la société de la couronne de la pauvreté.

L’industrie de décernement de prix

Il ne doit pas y avoir une entreprise au Nouveau-Brunswick qui n’a pas reçu un prix. C’est une des choses que je radote souvent en lisant les journaux locaux. À tout bout de champ, des prix pour l’entrepreneur de l’année, de la région, du secteur, puis la multitude pour l’entrepreneurE de l’année, de la région, du secteur…, puis ceux du jeune entrepreneur…

Si toi tu me donnes un prix et moi je t’en donne un, on a chacun un prix, pis on paraît tous les deux comme du monde franc et fiable.

Il nous faut peut-être un prix des prix, pour aider le public et les médias à distinguer les prix valides qui ont évalué quelque chose d’important avant d’être attribués, des prix bidons qui ne cherchent qu’à éblouir par de fausses apparences.

Ce qui me fait penser aux concours de beauté, qui ne sont plus ce qu’ils étaient non plus. Non pas que je suis nostalgique, juste surprise qu’ils pouvaient devenir plus honteux encore. Autrefois ces concours étaient des efforts pathétiques de communautés désireuses d’avoir une activité communautaire mais trop paresseuses pour penser pour elles-mêmes. Aujourd’hui la plupart de ces concours organisés localement ont disparus et plusieurs concours de beauté sont des entreprises nationales ou internationales qui exigent que les candidates paient un certain montant. On nous assure que ce sont des programmes de bourses, rien à voir avec la beauté. Des mensonges qui donnent une idée de l’entreprise. Ils ont des candidates, bien que de plus en plus rares. L’administration de certaines de ces entreprises est ce qu’en Acadie on dirait « loosse ». Mais ça n’empêche que la gagnante, si elle est Acadienne par exemple, fera les manchettes de nos médias comme si on avait entendu parler de ce concours, et qu’il y avait quelque chose à se fièrer. Je sais que la faute est au journalisme rah-rah nationaliste, mais ç’a l’effet contraire que de me faire sentir rah-rah.

J’ai été lancée sur cette réflexion par la nouvelle qu’une entreprise du Nouveau-Brunswick qui fabrique un alcool a gagné un prix outre-mer. Elle pourra dorénavant affixer une Médaille d’or à ses bouteilles. Nos médias fêtent cette nouvelle. Lorsqu’on voit un produit avec une Médaille d’or, on pense qu’il y avait un concours avec un gagnant Or et voici le gagnant, comme dans les sports. Ce n’est pas toujours le cas. Voilà la faille que les entreprises de décernement de prix exploitent.