Catégorie : féminisme

Qui a peur des femmes à l’Assemblée ?

Il y a cent ans, les femmes du Nouveau-Brunswick ne pouvaient pas voter. Non, je ne vais vous entretenir sur la chance et le sort heureux des femmes d’aujourd’hui, ni notre reconnaissance.

En 1917, les femmes, qui agitaient depuis des décennies déjà pour le droit de vote au Nouveau-Brunswick, avaient espoir que cette année serait la bonne. Étant donné leur effort de guerre et que les femmes de cinq autres provinces avaient gagné le droit de vote, elles avaient le moral. Lorsqu’un projet de loi sur le suffrage fut proposé, les femmes ont été si nombreuses à se rendre à l’Assemblée qu’elles ont eu la salle à elles-mêmes et les députés sont allés dans la tribune, selon le procès-verbal du « Women’s Enfranchisement Association ».

Ce projet de loi a été rejeté comme d’autres avant lui, en raison de l’indifférence et des jeux politiques. Le suffrage des femmes n’était qu’un jeton dans un jeu entre les partis. Une tradition politique à ce jour, diront mes amies.

Mais ce jour-là en 1917, dans un couloir de la législature, les femmes ont entouré et effarouché des députés, dont Peter Veniot (alias Pierre-Jean Vigneau, de Richibouctou) qui serait cinq ans plus tard le premier Premier ministre acadien de la province. Cet opposant au suffrage féminin était pratiquant de ces jeux politiques au point d’en être un symbole.

Ce « fiasco » de 1917 a fait que la classe politique a réalisé comment les choses tournaient. Les femmes du Nouveau-Brunswick ont gagné le vote en 1919, après 50 ans de lutte.

Alors qu’ailleurs on « accordait » aux femmes le droit de se présenter aux élections en même temps que le droit de vote, la « solution-néo-brunswickoise » était de ne pas faire ça. La suggestion que des femmes pourraient siéger à l’Assemblée ayant suscité tant de jovialité, on a attendu encore 15 ans avant d’accepter cette idée folle.

Ne cherchez pas dans l’histoire du Nouveau-Brunswick un enthousiasme pour les droits des femmes. Non pas que la province soit pire que d’autres en ce domaine, mais nous réussissons à nous assurer que nous ne sommes pas mieux.

Ces dernières années, nous avons souvent été la province avec la plus faible proportion de femmes élues à l’assemblée provinciale, bien que récemment l’Île-du-Prince-Édouard nous a volé ce trophée. Non pas parce que notre taux s’est amélioré, mais le leur s’est empiré.

Aujourd’hui, 84 pour cent de nos députés à l’Assemblée sont des hommes. Ce taux a déjà été aussi peu que 82 pour cent. La représentation féminine tergiverse entre tragique et pathétique.

Quel groupe devrait avoir 84 pour cent des sièges dans une démocratie alors qu’il représente 49 pour cent de la population? C’est le principe du mérite qui détermine les élus, vous dites? Rendez vous à l’Assemblée législative afin de voir travailler nos élus et on s’en reparle.

Cette faible représentation des femmes n’est évidemment pas considérée comme un problème puisqu’aucune tentative de changement n’a jamais été faite, à part les incantations entendues des partis politiques avant chaque élection : « Nous souhaitons vraiment mais vraiment qu’il y ait plus de femmes. »

Voici la chose: les partis politiques contrôlent l’accès à l’arène politique, et ils reçoivent un financement public important. Ils ont une responsabilité d’agir et, ont depuis des décennies déjà une myriade d’exemples à travers le monde de ce qui fonctionne. Mais c’est au gouvernement la responsabilité principale d’agir.

En 2003, lorsque le gouvernement du Nouveau-Brunswick a créé la Commission sur la démocratie législative afin de « renforcer et moderniser les institutions et les pratiques démocratiques », son mandat ne comprenait pas la quasi-absence des femmes de notre Assemblée. Toutefois, le rapport final de la Commission, qui fut loué à l’échelle nationale, comprenait une bonne discussion du problème et des leviers qui doivent être mis en œuvre pour accroître la représentation des femmes et améliorer la démocratie.

Le plan qu’a présenté la Commission nous aurait vu atteindre 35 pourcent de représentation féminine par 2015. La Commission recommandait d’augmenter l’allocation annuelle versée des fonds publics aux partis pour chaque vote obtenu lors de l’élection précédente.  Elle suggérait de verser 1 $ de plus pour chaque vote à tout parti où les hommes n’étaient pas plus que deux tiers des candidats. Le gouvernement devrait également appuyer les groupes qui travaillent à encourager les femmes à entrer en politique, selon la Commission.

Le Nouveau-Brunswick est un bel endroit où vivre. Les Néo-Brunswickois sont des gens gentils et bons. Si seulement nous faisions notre politique de façon plus responsable. Cela va pour partout ces jours-ci.

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Pas de honte à être anglophone

Il n’y a pas de honte à être anglophone. Pourtant certains organismes prétendent être bilingue alors qu’ils ne le sont pas. Et pire, while feminist ! C’est surtout là que je me regriche.

Prétends pas d’être bilingue en comptant sur ma gratitude. Je suis tannée de nous entendre marmonner entre nous, pauvres féministes de la francophonie.

Nombre d’organismes « canadiens », dont plusieurs à vocation féministe, se dorent les épaulettes en adoptant une traduction de leur nom, en traduisant un petit pourcentage de leurs publications, en ajoutant une dentelle à leurs discours – genre « et une pensée pour nos sœurs francophones » – tout en n’analysant jamais un problème autre que du point de vue dominant pour ne pas dire Toronto, tout en croyant qu’une conférence bilingue c’est avoir l’interprétation simultanée et dire bonjour avant de présenter la prochaine présentation toujours en anglais, tout en ne communiquant jamais en français sur les réseaux sociaux – ne cherchez pas les fils Twitter ou Facebook en français de la Fondation canadienne des femmes, de l’Alliance féministe pour l’action internationale, ou d’À Voix égale, par exemple.

Cette prétention d’être inclusivement bilingue est antiféministe, et néfaste pour les francophones. Ces organismes donnent l’image que rien ne se passe dans la francophonie, que tout se passe dans le monde anglophone. Ils s’attirent les dons, les accolades et les subventions d’un organisme « national » qui ne l’est pas.

Demande-leur quand est la dernière fois qu’ils ont traduit un texte du français vers l’anglais, quand ils ont consulté ou organisé une activité avec les féministes de la francophonie.

Ces groupes font du travail essentiel. Et font du tort. Ils occupent de l’espace à nos dépens. Vous nous assimilez. How feminist is that?