Catégorie : Bilinguisme

La grâce de la langue

Ce texte a été publié en premier dans l’Acadie Nouvelle du 10 août 2017.

So, qu’est-ce qu’on fait pour faire mentir la prédiction de notre disparition – pour que l’Ode à l’Acadie ne soit pas éventuellement l’hymne funéraire de l’Acadie ?

Il paraît que ce qu’on fait déjà, c’est pas assez.

Un éditorial de l’Acadie Nouvelle, en réaction aux nouveaux chiffres du Recensement, l’a bien dit, « La tendance est lourde et ne se renversera pas de sitôt (…) Est-il même possible de complètement renverser la vapeur ? (…) Le Nouveau-Brunswick ne deviendra pas unilingue anglais demain matin (…) Mais le déclin de notre langue a des conséquences. ».

Vous voyez le ton, comme un médecin qui vous dit, « tu as encore des chances de t’en sortir ».

Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Et premièrement, pourquoi faire quelque chose ? Pour perpétuer ce qui a été ? Pour honorer nos ancêtres et leur acharnement à demeurer qui ils étaient ? Pour faire enrager les Leonard Jones ? Pour que la dernière brique de notre colonisation ne soit pas posée ? Pour résister à la mondialisation, au rouleau compresseur de l’anglais ?

Un brin de tout ça. Et parce que l’Acadie qu’on a bâtie au Nouveau-Brunswick n’est pas rien.

Mais, pour moi, il y a surtout ceci : le bonheur que je ressens d’avoir le français en héritage, le bonheur de profiter de cette langue. C’est là le fonds de ma motivation.

Ce n’est pas dire que le français est spécial ou supérieur, bien que sa littérature et sa richesse ont peu d’égales, et bien que le français est plus précis que mon autre langue. C’est plutôt dire que je veux pour moi, pour les Acadiens à venir, pour le Nouveau-Brunswick, l’accès au monde en français, à la richesse du monde francophone, ses arts, la musique et la littérature, ses vues sur le politique et le monde. Ce n’est pas par devoir que je veux qu’on se batte, mais par goût du plaisir. C’est pour faire continuer le plaisir que je lutterais. Perdre sa langue, c’est gaspiller, c’est perdre un atout.

Toute langue crée son monde, donne une autre perspective. Perdre une langue, c’est réduire sa perspective. Et je suis d’avis que le monde a dont besoin d’autant de façons de voir et de concevoir que possible.

Sauvez les églises si vous voulez. Moi, c’est la langue qui me mobilise. Défendez ou célébrez le chiac si vous voulez. Ça me semble une distraction, utile pour soulever les passions et se penser moderne. Ce qui m’intéresse plutôt serait un débat et une mobilisation autour des conditions nécessaires pour notre survie comme francophones.

Pour moi, être moderne, c’est faire face à une situation, avoir conscience que les faits ont des causes, les actes ont des conséquences. C’est ne pas se conter d’histoires.

J’ai vu les statistiques. On est au front, qu’on soit militant ou irrésistant. On peut trouver ce qu’il faut faire – obliger le gouvernement de gouverner, insister que nos institutions se réveillent, nous outiller avec les idées gagnantes. D’autres ont des idées quant aux actions prioritaires – politique familiale, immigration francophone, enrichissement de l’éducation – et je veux les entendre. Mais je pense qu’il est tout aussi important de savoir pourquoi on veut se battre, que savoir quoi faire pour réussir. C’est cette clarté de motivation qui fait qu’on y met l’effort. Lorsqu’on prise le but, la voie facile est de lutter. Lorsqu’on ne le prise pas, on suit la Sirène de l’assimilation.

Peut-être que demain ça ira mieux. Je nous souhaite la grâce de la langue.

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Notes d’observation

  1. Les unilingues francophones

Ces personnes ne comprennent pas la plupart des enseignes commerciales de leur entourage et ailleurs au Nouveau-Brunswick.

Elles ne savent pas que certains concitoyens doutent de leur existence et de leur droit d’exister.

La plupart de ces personnes ont élaboré des stratégies d’adaptation pour fonctionner dans leur société. Par exemple, avant de téléphoner pour une ambulance ou la police, elles font appel à leur réseau de personnes bilingues afin d’être certaines de comprendre et d’être comprises.

Ces personnes n’ont jamais eu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles n’ont jamais eu un poste d’agent de l’Assemblée législative, et rarement un emploi de service direct au public, comme caissier.

Elles comprennent certaines formules en anglais, dont :
« For service in French, press 2 »
« Do you speak English?»
… « I don’t speak French. »

Par contre, certaines autres formulations fréquentes leurs sont inconnues : “I was a government minister, and my lack of French was not a problem”.

Ajout, le 26 juin 2017 : Il semble que la raison qu’elles sont demeurées unilingue n’a rien à voir avec le fait que, aux yeux de nombre de leurs concitoyens, si elles apprennent l’anglais, elles perdront leur droit à un service en français, ou cela réduira la nécessité d’offrir ce service. Peu d’elles ont connaissance de cette réalité qui les attend.

  1. Les unilingues anglophones

Souvent ces personnes ont eu un emploi comme caissier, par exemple au Irving à Bouctouche, au centre d’achat Champlain de Dieppe, ou au Tim Horton de Cap Pelé.

Elles croient qu’au N.-B. tous les citoyens obtiennent service en leur langue.

Nombre d’elles ont détenu ou ont été interviewés pour un poste d’agent de l’Assemblée législative.

Nombre d’elles ont détenu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles pensent que les bons postes au sein du Nouveau-Brunswick vont aux personnes bilingues.

Nombre d’elles sont d’avis que « French is being rammed down our throat”.

Elles ne comprennent pas certaines questions, même en anglais, par exemple, “What has been your best strategy to get service in your language?”

Elles ne savent pas ce qui vient après « For service in English, press 1. »

Ajout, le 26 juin 2017 : Peu de ces personnes se plaignent de ne pas pouvoir parler à leurs petits-enfants en raison de la langue.

Ajout, le 5 juillet 2017 : Ces personnes sont bien plus visibles et bruyantes que les anglophones bilingues, sur les questions de langue.

What I loved about 2016

The following text was written following my participation in the CBC NB year-end political panel on Shift radio program, December 30, 2016.

I don’t submit well to all exercises. Year-end reviews for example. Year-end reviews are influenced by news headlines which necessarily focus on recent political or legal events and often, also necessarily, negative events like terrorism attacks and natural disasters. It doesn’t seem the right moment to raise long-term trends for how things are going, but that’s what I’m wanting to do.  What made the year tolerable was the knowledge that the bigger picture shows a somewhat different reality than recent events.

The trials and madness of the daily news – especially the tragedy that is becoming the United States – are easier to take knowing that some things have been going in the right direction. There are fewer wars in the world than most other times in history. More than 90% of children in the world are learning to read and write. One out of two humans in the world lives in a democracy. Women have more power, education and rights than ever. World population growth has slowed to a fraction of 1% annually. Extreme poverty in the world has now fallen below 10%. Those are firsts. For as long as such progress continues, and there is no guarantee it will, we improve chances of dealing with the difficulties, such as wars, looting leaders, climate change, fanatic religions. It’s what I loved about 2016.

Having said that, here are some of the trials and madness of 2016 in New Brunswick:

The issue that was there every time I looked up, especially if I was walking around Fredericton, was bilingualism, most often the anti-bilingualism forces. The world is blaming Mr. Trump for his use of fake news, online funny stuff, made-up statistics, but I think New Brunswick haters should get some credit for doing it first. The made-up stories were everywhere about who did or said what, about the percentage of civil service jobs that require bilingualism, about the dollars potentially saved from combining school buses or doing away with duality, or was that doing away with Acadians.  The federal minister for Official Languages just did a cross-Canada consultation on official languages and she said that it was the consultation in Moncton that attracted the most anti-bilingualism forces. Through most of the year the provincial government avoided playing its role on the issue – not defending its policies, not calming the rhetoric and the hate, attacking the Official Languages Commissioner, openly disrespecting her report before and after it was released, telling her that her role is to be a cheerleader not an auditor. Then in September, there was Brian Gallant’s coming out, his saying he is an Acadian, and that New Brunswick’s experience with French-English cohabitation is reasonable. That week, the government spoke and acted responsibly. We shall see if they are consistent on this issue.

The court decision last April that it is unconstitutional to forbid bringing in liquor from other provinces was an important one that will make news again next year. The court decision was the result of the happy circumstance of a determined client, a bright lawyer and a lower court judge who delivered a thesis of a decision – it takes three hours to read. Next year hopefully the Supreme Court will speak on the case, but expect repercussions on similar cases and on other interprovincial trade.

Blaine Higgs’s election to lead the “Progressive” Conservative Party was a surprise of the “all that for that?” sort. Blast from the past. The party doesn’t look like a 21st century party. It actually doesn’t feel like a provincial party.

No, Mr. Gallant, your problem is not that your government has not communicated well about your effort to change the Judicature Act. The problem is that you have not communicated. What is the problem that this is a solution to? Of all the issues in the province that need attention, why is this one getting attention?  If we were handing out stupidity awards, this would get it along with the provincial government’s seemingly natural revulsion for all its independent agencies like the Auditor General, Ombudsman, Official Languages Commissioner etc. You do know, I hope, that these agencies and their commissioners (and judges, by the way) are held in higher esteem by New Brunswickers than are politicians. Oh and give one of those awards to Liquor NB for wanting to sue the Right to Information Commissioner because she wanted information.

If you want to know what will happen in 2017, I will tell you.

Opposition leaders will not like one idea in any Speech from the throne anywhere, and that will still make headlines.

Around the world, people will do terrible things out of love for their god, not caring that that love is not reciprocated.

Women will break some glass ceilings, climb through and someone will raise the ladder behind them.

Many will worry and bemoan NB’s weak performance in various things but no one will worry about the historic hold and ongoing influence of large corporations and fortunes on our economy, politics, and public debates.

Our apathy will prove to be our enemy, once again.

The winners in 2017 will be the ones among us who can find a way to handle news from the United States without giving up on humanity, democracy, or worse, giving up our responsibilities as citizens to keep informed and think critically.

Santé.

Tout le temps il faut s’aider

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle, le 12 août 2016.

Lorsque j’écrivais une chronique politique hebdomadaire, les textes qui suscitaient le plus de réaction étaient ceux portant sur l’Acadie et les droits linguistiques. Un bon nombre de francophones m’écrivaient mais je veux vous parler de la réaction des anglophones.

Ma chronique était en anglais. Les réactions des anglophones à mes chroniques étaient en grande majorité positives. (L’autre partie était de la haine crachée, et je les oubliais aussitôt à moitié lu). La majorité donc, – disons une centaine d’individus dans les 18 mois que j’ai signé une chronique provinciale – m’écrivaient pour me dire soit, ‘je ne savais pas que c’était comme ça’ ou ils me confiaient leur propre cheminement sur cette question. Pour ces derniers, j’ai souvent été surprise que le point de départ de leur cheminement était du mépris, du racisme pur, appris aux genoux de leurs parents, de leur société, de l’école. Mais ils m’écrivaient avec une toute autre perspective, me disaient qui ou quoi les avait changé et exprimaient une belle appréciation de la solution Néo-Brunswickoise à la coexistence.

Hier je me rappelais d’un de ces correspondants, un homme de Brooklyn qui avait reçu ma chronique du 15 août 2000 de sa deuxième cousine du N.-B.  Sa grand-mère était acadienne, déménagée aux États-Unis il y a 100 ans. La famille n’a jamais parlé le français, mais ils ont mangé acadien. Il dit qu’il se sent Acadien en esprit et que de son appartement à Brooklyn, il rêve de l’Acadie.

Il avait visité l’Acadie en 1972. Je ris encore de ses histoires de sa recherche, en anglais avec l’accent Brooklyn pour « une famille Robichaud » dans un village de la région de Kouchibouguac. « Mister, y’a presque pas de famille qui ne sont pas des Robichaud ».

Mais je veux vous parler de sa deuxième visite, en 2000.  Ç’a été une visite réussie, il a visité ‘toute son monde’. Mais en s’en retournant aux États, il s’arrête à Fredericton. Il fait connaissance de gens, très accueillants jusqu’à ce que on lui demande ce qui l’amenait de New York au Nouveau-Brunswick.  Il répond qu’il est Acadien et visitait la parenté. Il dit que la salle s’est figé. Froid immédiat. Il m’écrit, « Je suis Acadien mais je suis aussi New Yorker avec l’attitude qu’on leur connaît et j’ai plus de 6 pieds et 240 livres ». Il poursuit, « Je leur réponds, ‘Hey pal, you gotta problem wit dat?’« .  Ils ne semblaient pas s’attendre à cela, dit-il.

Il cherchait par tous les moyens à déménager en Acadie. Je lui ai dit que je le lui souhaite et je nous le souhaite.

S’il est parmi nous, toutes ces années plus tard, j’aimerais qu’il nous donne des cours, « Hey pal, you gotta problem wit dat?« . Ayant appris récemment un peu au sujet du concept des universités populaires, je me dis, pourquoi est-ce que notre université n’a pas une branche « populaire ». Il ne manque pas de besoin dans l’Acadie du Nouveau-Brunswick. Voilà un thème que l’on pourrait envisager d’offrir : « L’auto défense en Acadie ».

Dear English New Brunswickers

It has come to my attention that you may well have words of wisdom for New Brunswick Acadians. Your community seems to be doing well and I probably should have thought of asking for advice before. I have the impression that you all have a better way of dealing with some issues than we do. Can you help me here:

What do you do when you cannot get served in English? When it’s the tenth time that day, do you do anything different?

Before you go the hospital or call the ambulance, how do you prepare to be understood – do you call a bilingual child or neighbour, or do you have an app for that?

What do you think has been your best strategy for obtaining service in English?

What measures does your community take to avoid assimilation? Do you worry when you hear your children speaking another language with their friends? What do you do to ensure your community has media in its own language?

What has been your best strategy for the survival of your language?

Because I think this is important to our getting along, I really need for any English New Brunswicker speaking on bilingualism or Acadians to first give me their answers to those questions.

Mais que veulent ces anglos ?

Mais que veulent ces associations pour les droits des anglophones ? En cette journée nationale, je partage ce que je comprends de ce qui se passe.  Les anglos qui ragent veulent nous rappeler que:

  • Le fonctionnaire doit primer sur le citoyen – le fonctionnaire a le droit de décider de la langue de service du citoyen. Ceci vaut pour les fonctionnaires anglophones.
  • Le citoyen a le droit de payer ses impôts et se taire. Ceci vaut pour les citoyens francophones. Ah oui, et ces citoyens-là devraient changer de langue lorsque des anglophones arrivent dans la salle
  • L’anglais est plus important que le français. Parce qu’ils sont une majorité, parce qu’il doit y avoir un dominant, parce que les anglais ont gagné la guerre.
  • Le français fait mal aux yeux des anglophones. Chaque enseigne bilingue, chaque dépliant de vente à l’épicerie dans les deux langues, et surtout chaque affiche en français écorche ces anglos. C’est comme ça. Et les francophones semblent insensibles à ce fait.

Une Course d’aveugles

Mon gouvernement nous trouve tanants et veut nous envoyer à une institution. Au moins on nous envoie à Dialogue NB et pas la SPCA. Donc je m’informe quel est ce groupe que je ne connais point, et je vois que ça existe depuis longtemps – who knew? – et que son activité de l’année est une course qui a lieu demain, 14 août 2015.

La Course étoilée pour le dialogue a lieu la nuit sur 5 et 10 km le long des sentiers de Fredericton. On vous invite à venir courir et dialoguer. Avec une lampe et des bâtons lumineux.

Je ne me moque pas. C’est ça que c’est.

Ce serait plus croyable comme embuscade, c’est ma première réaction. Je me raisonne et me dit que c’est peut-être une farce. Tsé, proposons une activité si folle, si peu pertinente au problème énoncé, qu’on ne peut que pouffer de rire, anglo et franco d’une seule voix.

Je ne comprends plus rien. Je sais juste qu’il faut se méfier de gens qui t’attendent au coin de la grange avec un fanal et un bâton.

L’Acadie rétrécit à vue d’œil

Par une journée de gros frette de février 2006, je me suis rendue après l’ouvrage à une conférence à Fredericton par l’historien de Yale University, John Mack Faragher, reconnu « historian of the American Frontier ». Je n’avais pas encore lu son livre alors tout récent, « A Great and Noble Scheme, The Tragic Story of the Expulsion of the Acadians from their American Homeland ».

Quelque temps plus tard, j’ai lu son livre, une lecture ébarouissante.

Je me rappelle comme une plaie les premières minutes de sa conférence. Le monde assemblé ce soir-là était surtout des historiens amateurs et professionnels de Fredericton, Moncton et du Maine, surtout des hommes d’un certain âge. Après les premières minutes de mise en situation par M. Faragher, ces hommes se mouchaient ou avaient les yeux à l’eau. Moi je reprenais mon souffle et avais la gorge trop grosse pour poser mes questions. M. Faragher avait, avec une innocence simple, décrit ce qu’il savait de Pointe Sainte-Anne, ce qui est aujourd’hui Fredericton – que c’était le siège d’échanges entre peuples autochtones depuis temps immémoriaux, que les Acadiens y avaient vécu pendant une centaine d’années avant les troubles, et que très près d’où nous étions, en un même mois de février, en 1759, le colonel britannique Monckton, entre autres, y avait mené un massacre connu pour avoir été particulièrement barbare. 2 000 soldats britanniques montaient la rivière Saint-Jean pour purger les terres. M. Faragher décrit le scalpage de familles acadiennes entières à Pointe Sainte-Anne, le viol de femmes, après avoir amarré l’homme de la maison à une chaise, avant de tuer tout le monde et de mettre le feu. Et pire. Disons que ce n’était pas l’analyse géopolitique sobre d’un incident historique qu’on nous sert souvent.

Récemment, lorsque le maire de Fredericton exprimait à quel point il est exaspéré de voir que les Acadiens sont encore là et prennent de la place, j’ai repensé à cette conférence de M. Faragher. Et au fait que cette « capitale » n’est toujours pas une terre d’accueil. J’en aurais long à dire sur ce Fredericton.

Quelle annus horribilis, par moment, en Acadie jusqu’à date, hein ? Je ne pense pas seulement au maire Brad Woodside et aux organismes anti-francophones qui poussent comme des champignons dans la merde. Je réagis surtout au fait que ces choses peuvent se faire sans qu’une belle masse de politiques ou d’anglophones raisonnables se lèvent, ou lèvent le petit doigt.

Faut-il être malchanceux pour que, juste en même temps, la SANB soit « en réparation ». Et le gouvernement, comptant pour une fois une belle bouillée d’Acadiens, qui semble croire que c’est là la raison même qu’il ne peut pas se permettre de nous défendre.  Peut-être qu’entre-temps la SPCA pourrait nous venir en aide ?

Pis la réponse du gouvernement à la suggestion de la Commissaire aux langues officielles que les plus hauts des hauts fonctionnaires, s’ils sont vraiment les plus brillants, devraient être bilingues. Le gouvernement ne lui a pas même laissé finir sa phrase avant de la dénoncer.

Pis notre journal national, important comme il est quand même, y’a du monde comme moi qui diront qu’ils ont plus d’espace à donner aux concours de beauté bidons qu’à ces enjeux déterminants pour l’Acadie.

L’Acadie rétrécit à vue d’œil.

La seule Acadie qu’il va nous rester bintôt est celle de la musique et des arts, parce que tout le monde, y compris « nos amis les ennemis », nous aime lorsqu’on s’en tient à ça. Ils aiment notre « joie de vivre », qui a plus à voir avec Maurice Chevalier qu’avec nous autres Acadiens, rescalpés malcommodes.

Peut-être qu’il y a moyen de négocier pour que les prix Éloizes ajoutent au moins des catégories « projet de société »? Question de tiendre en vie cette idée folle pour un boute. Tsé, un prix Espoir et un prix Désespoir. Un prix Résistant et un prix Vendu. Un prix Événement Bénaise, et un prix Événement Misère noire.

Cette année je réclame pour moi le prix  « Il pleure dans mon cœur ».

Who you gonna call when you need an ambulance?

This commentary was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on November 1 2014.

It is mindboggling to me that New Brunswick taxpayers frequently cannot get service in their official language and there’s no outrage by politicians, no shame, no change.

On the other hand, and in the spirit of fairness, I do acknowledge everyone is able to pay their taxes in their language. That is not lost on me.

But call an ambulance or get health services in your language? Don’t count on it.

Of all things, emergency services should be bilingual. In times of panic, who can even remember how to yell for help in another language, let alone describe symptoms?

In New Brunswick, no one should even have to, if they speak one of the official languages.

The owner of a daycare called 911 when a child was having difficulty breathing. The three ambulance attendants who responded were unilingual in a language other than hers and the child’s. The owner relied on her teenage son to act as an interpreter.

A clinic called 911 for an immediate transfer to a hospital of a woman who had gone there. The two ambulance attendants who arrived could not communicate with the patient or her spouse.

A man felt discomfort while at a restaurant and an ambulance was called. None of the three ambulance attendants could speak the language of the patient and his family.

A woman dialled 911 while her brother was having a hypoglycemic attack. The two ambulance workers who arrived were unilingual in the language that the patient does not speak.

A woman received a call in the night from her sister who said she could hardly breathe. She called for an ambulance and raced to her sister’s home. She was prevented from going to her sister’s side. A firefighter was acting as interpreter, since no ambulance attendant could speak the patient’s language. It was noted that the firefighter, not being a real interpreter, was unable to translate certain terms.

A man found his wife on the kitchen floor, called 911 and was soon met by four firemen and two unilingual ambulance attendants who started work on her. An attendant asked him a question, which he did not understand. Asked repeatedly the same unintelligible question with increasing urgency, with precious seconds passing, the husband says “Yes!”. The 56-year old woman is transported to hospital and dies. The husband, in shock, accosts the attendant to ask, “What did you ask me earlier?” Not important now, was the answer. A nurse comes to calm the situation and tells him the question was whether his wife left instructions that she should not be resuscitated. The widower believes she could not have been resuscitated, which the autopsy confirmed, but says New Brunswick is playing with lives.

Just a few incidents of the last five years. The last one is still under investigation but the others have been confirmed.

Does anyone not survive the inadequate communication capacity of Ambulance NB? If you don’t have someone with you when you call an ambulance, who knows? Lire la suite

L’Acadie qu’on s’imagine

Un texte que j’ai écrit et livré en 2000. Je ne sais pas ce que j’en pense 14 ans plus tard… mais Bon 15 août toi !

Nous vivons dans un pays imaginé, l’Acadie. Mon Acadie a un drapeau, une langue, un hymne. Des artistes, des héroines, une université.

Mon pays n’a pas de terre mais il a une identité.

Ma journée nationale du 15 août sera une industrie avant de devenir un congé férié.

C’est un endroit virtuel, une communauté vivante, une nation invisible. La Sagouine est une personne imaginaire avec un vrai pays – pas loin d’ici. Les Acadiens sont de vrais gens avec un pays imaginaire. Comme les tsiganes, les juifs et les noirs d’Amérique, a-t-on dit.

L’Acadie n’a pas de terre mais elle a des places – des espaces – et les Acadiens se rencontrent dans ces places communes – les écoles, les associations, l’église, la mer. Les Acadiens voient même des frontières à leur terre et demandent un ‘café’ au Tim Horton de Dieppe et un ‘coffee’ au Tim Horton de Moncton.

L’Acadie n’a pas de terre mais elle est la championne quant au nombre de chansons et de poèmes qui mentionnent ses noms de place.

J’ai des auteurs, des humoristes, des musiciens connus autour du monde mais inconnus par l’autre moitié du Nouveau-Brunswick. J’ai des poètes au lieu d’avoir de politiciens. Mes poètes parlent de politique. Comme Herménégilde Chiasson, qui a dit, « Faites-nous un beau ghetto, non pas dans un territoire, non, ici, à l’intérieur de chacun de nous. »

Mes héros sont Ti-Louis, Antonine et Hermé. Et nous avons une catégorie spéciale pour les héros comme Leonard Jones. Ils avancent la cause acadienne en nous obligeant tous de confronter les attitudes anti-francophones parmi nous. Cet élément anti-francophone, je le crains, mais pas autant que je crains la timidité acadienne – ce ‘ghetto à Lire la suite

1973 en premières pages

J’ai récemment passé beaucoup (trop) de temps à lire l’Évangéline de 1973 sur microfilm (je ne veux pas en parler, je cherchais une citation, j’ai pas trouvée), mais les impressions et les souvenirs que les manchettes des premières pages faisaient apparaître me restent en tête. Pourtant, étant de Moncton, je sais que 1973 n’était pas si brassée que ça – c’était pas Moncton 1968, 1969, 1970… mais quand même, quelle année, comparée à ces temps de guimauve d’aujourd’hui.

Quelques titres de la page une du tabloïd :

‘Faut-il vider le Nord Est ou regrouper des gens ?’ – 2 février 1973.
‘Une vieille église acadienne sera détruite’, 8 mars 1973.
‘Première convention politique du Parti acadien’, 12 mars 1973
‘Il faudrait créer un conseil économique acadien’, 6 avril 1973.
‘Les exposés des experts peuvent servir aux experts mais pas aux pêcheurs’, 23 avril 1973, au sujet d’une rencontre des ostréiculteurs du Nord-est.
‘Nous avons besoin d’industries mais pas à n’importe quel prix’, le premier ministre Richard Hatfield, 14 mai 1973.
‘La S.A.N.B. est créée’, 4 juin 1973.
‘Bagarre entre pêcheurs et chômeurs au Parc Kouchibouguac,’ 19 juin 1973.
‘La situation d’inégalité ne peut plus être tolérée,’ 20 juin 1073 1973, la SANB au ministère de l’Éducation.
‘Le Nouveau-Brunswick produirait des voitures dès septembre’, 22 juin 1973.
‘Jones est réélu’, 26 juin 1973.
‘Un homme mort le 3, enterré le 5, a voté à Moncton le 25 juin’, 28 juin 1973.
‘Les anglophones sont bilingues. Ils comprennent l’anglais et la violence’, 15 novembre 1973, citant Pierre Poulin, président de la SANB (créé quelques mois plus tôt) au sujet du refus du conseil municipal de Fredericton d’examiner la question de services bilingues.
‘Le bien-être social ne doit plus enrichir les compagnies,’ 24 mai 1973, « le » ministre Brenda Robertson.
‘Avez-vous déjà vu des riches monter sur l’échafaud?’, 31 janvier 1973, l’ancien premier ministre John Diefenbaker au sujet de la peine capitale. Ce que Diefenbaker a dit, également en 1973, au sujet du bilinguisme dans la fonction publique fédérale ne fait pas autant chaud au cœur – plutôt bouillir le sang.
‘Heureusement pour nous que les Acadiens sont gentils et patients,’ titre d’un article de France Daigle, 8 novembre 1973, citant Jack Keefe devant le club Kinsmen (ou c’était-y les Rotary …, des hommes en tout cas, j’ai pas pris de note parce que je cherchais ma maudite citation). Jack Keefe était une bonne personne qui a tenté d’arrêter Leonard C. Jones (mon cœur pleure quand je dois dire ce nom), mais qui a perdu l’élection de juin 1973 faute quelques centaines voix.
‘Le gouvernement veut encore étudier les études,’ 31 juillet 1973. Richard Hatfield était au pouvoir, la prochaine élection prévue en 1974.
‘Tout semble planifié comme si les Acadiens n’existaient pas’, 16 octobre 1973, Gilbert Finn au Conseil économique des provinces atlantiques.
‘Un francophone du N.-B. doit obéir à un ordre unilingue anglais de la Cour,’ 2 novembre 1973, l’aumônier de l’Université de Moncton Sylvio Doiron doit obéir, dit le ministre de la Justice John Baxter.
‘M. Vautour veut se faire le martyr de cette cause mais la justice ne jouera pas le jeu – le juge’, 19 décembre 1973, le juge dans l’affaire du parc Kouchibouguac.

En lisant, je me disais tout était alors si différent, tout de suite après je me disais rien ne change! Une page je rageais, l’autre je pensais j’ai rien vu d’aussi bien dit depuis longtemps, plus loin je me moquais…

Presque dans chaque numéro, et sur beaucoup de pages couvertures, un article ou une photo d’un concours de beauté, souvent en maillot de bain – Mlle Pêcheries, Pétoncle, Exposition de bateau, Moncton, Dieppe, Navet … si ce n’était pas des photos de chacune des candidates avec texte. Je crois bien que sans ces concours, il n’y aurait presque pas eu de femmes dans l’Évangéline de 1973.

Parmi les événements de l’année rapportés dans les pages intérieures, il y a ce pauvre Émile Babin, journaliste de Moncton, emprisonné pendant trois jours après avoir reçu une contravention unilingue qu’il avait refusée. Un des articles donnait froid lorsqu’on lisait au sujet des gardiens qui l’engueulaient en lui apportant son Évangéline et les lettres d’appui, dont un, venu lui dire que tout devrait être écrit qu’en anglais, qui était encouragé par les autres détenus à frapper notre Émile. M. Babin aura eu gain de cause à la fin.

Plusieurs vieux numéros de L’Évangéline sont en ligne sur Google Newspaper Archive, des années 1880 jusqu’à la fin prématurée de ce quotidien.

Vous avez appelé une ambulance, Mister?

Vous avez appelé une ambulance ?

Pardon me? Oh you’re the ambulance. Come in. Over here.

Quel est le problème ?

I don’t understand you. He’s over here. Come. Help him.

Merci. Qu’est-ce qui est arrivé ?

Are you talking French? What’s wrong here? I called for an ambulance.

Du calme. Nous allons lui donner les meilleurs soins possibles, mais il nous faut connaître les symptômes. Il a mal où ?

E a what ? What’s happening here? Are you really the ambulance? I’m calling the police…

Hello police. I need help. I called the ambulance and they arrived but they only speak French. What? WHAT? Oh, OK. Dearie, they say I have to take it up with the Supreme Court. You go on ahead. I’ll join you in the hospital. Don’t worry. This won’t take long.

Si bilingue voulait dire bilingue

J’ai comme l’impression que « bilingue » n’est pas une appellation contrôlée. En tout cas pas au Nouveau-Brunswick.
Je ne suis pas la cour suprême, mais je statue comme simple citoyenne que pour se dire bilingue, la province devrait me permettre de faire affaire avec le gouvernement dans ma langue – au minimum faire des choses comme voter ; parler à l’ambulancier qui répond à mon appel d’urgence ; recevoir des services à l’hôpital.
À ce sujet :
Je n’ai jamais pu voter en français. J’ai 61 ans. C’est sans doute ma faute, j’ai résidé à Fredericton ou dans le mauvais quartier de Moncton. Si jamais je réussis à voter en français, je ne saurai que faire du lendemain du scrutin, jusqu’à date presque toujours dédié à déposer une plainte auprès du bureau responsable – tsé, celui qui te dit c’est ton élu qui décide de l’embauche des employé-e-s des bureaux de scrutin.
Je n’ai jamais eu à appeler l’ambulance mais je lis les plaintes au sujet du manque de service et je lis surtout les doléances de la Commission aux langues officielles, qui nous assure – 45 ans après l’adoption de deux langues officielles au Nouveau-Brunswick pour l’amour – qu’elle a fait part de préoccupations aux dirigeants d’Ambulance NB. Préoccupations. En 2014. Aucun commentaire d’Alward ou des députés acadiens.
Je n’ai jamais eu de services en français à l’hôpital de Fredericton. Jamais. Il y a 13 ans que je demeure à Fredericton.