Catégorie : Age

Les jeunes et les vieux qui m’agacent

Lorsqu’il n’est plus acceptable de vitupérer certains groupes, y’en a toujours d’autres, que tu peux vitupérer et demeurer fréquentable.

Alors que j’écris, on peut encore se moquer de ben du monde – les jeunes, les vieux, les croyants de certaines religions, les politiciens, les fonctionnaires …

Dernièrement, j’ai eu des conversations troublantes avec des gens que j’aime, impliqués dans des causes que j’aime.  Des jeunes se plaignaient que ceux d’une autre génération dans l’organisme sont un problème, que ces vieux et vieilles coupent les ailes aux jeunes. À d’autres moments, dans d’autres contextes, des vieilles/vieux m’ont dit que « la relève » ne comprend pas les enjeux, et vont nous faire perdre les acquis gagnés, etc. À une autre occasion la conversation a commencé avec ‘Ah, le jeune monde d’aujourd’hui, tsé’…

Je ne sais pas ce que je leurs ai répondu. Ce que j’ai pensé, dans tous ces cas : VOUS CROYEZ VRAIMENT QUE LE MONDE EST EN NOIR ET BLANC ?  VOUS CROYEZ QUE JE PENSE COMME TOUS LES AUTRES DE MON ÂGE ? En majuscule, je pense ça. Quand je pense en majuscule, je ne peux pas répondre. J’ai des feux d’artifice à l’intérieur, et je me tais.

J’aimerais dont bien que l’âge fasse une différence, que les jeunes soient différents des vieux, j’aimerais croire que la prochaine génération nous sauvera de notre bêtise. Mais même Darwin ne promettait pas une évolution si rapide.

Et je ne crois pas pour une minute que les jeunes sont pires que les aînés. En fait, je ne pense pas que les générations sont bien différentes. Il n’y a que des individus et dans chaque génération il y a plus de diversité que de traits caractéristiques de la génération.

Il me semble que les jeunes sont tout aussi stupides – et à l’occasion brillants – que les vieux et les vieilles. Et malheureusement, ces vieux sont aussi stupides et tout aussi rarement brillants que leurs ancêtres et leur progéniture.

Pis si au moins, comme disait Les Colocs, y’en avait moins de pauvres crétins.

Depuis longtemps je remarque que des parents vous décriront « les jeunes d’aujourd’hui »… selon ce qu’ils voient des amis de leurs enfants.  Ainsi les jeunes d’aujourd’hui seraient plus ambitieux, plus blasés, plus drogués, plus sérieux, selon la petite clique que leurs propres enfants fréquentent. Savez-vous combien de cliques, de coteries, il y avait dans mon école secondaire ? Des douzaines. À en croire les gens d’aujourd’hui, il n’y avait alors que les hippies, mais il y avait les Stephen Harper et bien d’autres genres, je vous assure.

Aux jeunes qui croient que tous les jeunes pensent comme eux et que ceux qui ne pensent pas comme eux, c’est parce qu’ils sont d’une autre génération, je leur conseille qu’ils élargissent leur cercle de connaissances – tous les jeunes ne pensent pas comme vous. La chose est ailleurs. Ton problème avec les vieux, ce pourrait-il que ce soit une question d’attitude et d’approche ou que tu as tombé sur les mauvais vieux ?

Aux vieux qui crient que les jeunes vont gâcher leur vie ou gaspiller les acquis durement gagnés, je dis, vous voyez-vous faire ? Vous connaissez combien de jeunes en fait ?

Mettez-moi dans une cohorte de personnes de mon âge ou dans une de gens 30 ans plus jeune que moi, j’y trouverai autant et aussi peu d’âmes sœurs dans un groupe que l’autre. Ce qui en décide est ailleurs que leur âge.

Les médias et les sociologues à court d’idées ont inventé les générations alphabet – X, Y, Z – comme si à tous les 25 ans la société produisait une nouvelle gang qui pense et agit tous pareils, et différemment des générations précédentes.

Il peut exister des conflits de génération. Et il est vrai que les sociétés évoluent. Mais ce dont je vous parle n’a rien à voir à cela. Ça rappelle plutôt la discrimination. Blâmer l’âge, c’est comme blâmer une race, c’est une invitation à cesser de penser.