Catégorie : Acadiennes

Sur ces terres Wabanaki

Comme bien des Acadiennes, j’ai des ancêtres autochtones. Des femmes surtout, probablement exclusivement parce qu’il semble pas avoir grands hommes autochtones qui ont marié des Acadiennes. Y’a une thèse là.

Mes grands-mères Micmac, je pense à elles de plus en plus. Je leur dois probablement plein d’affaires. Probablement le fait que je brûle presque pas au soleil. L’amour de la cueillette des fruits sauvages et du beau temps qu’on a en se parlant en ramassant. Le fou rire facile, comme nombre d’Autochtones que j’ai connu.

J’aimerais savoir ce qu’elles pensaient en épousant ces Acadiens, en donnant naissance et élevant leurs enfants, mes ancêtres.  Va savoir ce que les femmes ont pensé à travers le temps.

Les Autochtones autour de nous prennent de plus en plus la parole de nos jours. C’est bien leur tour. Certains et certaines semblent même quelque peu optimistes – déterminés en tout cas. On ne cesse de leur donner des raisons de s’organiser, de s’indigner, de nous montrer notre arrogance.

Le 21 juin est la Journée nationale des Autochtones. La saison des pow-wow a débuté. Le Canada fête 150 ans. D’appropriation. Nous aurons bien des occasions d’écouter et d’apprendre si on y est ouvert*. Et tout ce sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui ne l’ont pas cédé à la Couronne.

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* La Commission Vérité et Réconciliation, dont le travail de 2008 à 2015 fut subventionnée par les survivants des écoles résidentielles, a créé des ressources excellentes pour en apprendre davantage.  http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=15

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Le voile et la citoyenne

C’était une journée blizzardesque d’un hiver magistral récent – je sais ce n’est pas très précis, disons qu’il s’agit de 3-4 hivers passés -, j’étais arrêtée à un coin de rue avec mon balaklava obligatoire – sans ça tu mourais drette-là – et la femme devant moi se retourne. C’est une musulmane portant le voile – le niqab. On se regarde. Je vois qu’elle se détend en me voyant. Je me demande combien de fois dans la journée elle relaxe comme ça. Je lui souris. Je me demande si mes yeux sourient lorsque je souris. Je suis amusée de voir que mon balaklava est plus total que le sien. Je note que son voile n’est pas fait pour la protéger d’un hiver canadien.

Aujourd’hui, une journée exceptionnelle de septembre, alors que je suis assise presque au même coin de rue, je pense à elle. J’ai la face tournée vers la douceur du vent et du soleil, avec un sourire béat et une robe d’été.

Et je pense à elle. Que fait-elle ?

Pour quelle raison absurde doit-elle se cacher la face par une telle journée ? Je sais, y’a culte, coutume, religion, contrainte. Et je leur donne tout le respect que nous leur devons.

Mais pourquoi se cacher la face à moins qu’il y ait une tempête ?

On me demande – je me demande ! – quelle est mon opinion au sujet du « voile et la citoyenne canadienne », et je n’ai pas d’opinion parce que je suis fixée sur cette question. Je ne peux pas dépasser cette question. Et ce n’est pas un point politique, légal ou religieux. Il semble qu’au lieu d’une opinion, j’ai un sentiment.

Si l’Acadie était féministe

Un sommaire du discours prononcé à l’Université de Moncton campus de Shippagan, le 20 mars 2015.

Je veux premièrement reconnaître que cette activité a lieu sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui n’ont pas cédé ce territoire à la Couronne.

Un projet féministe de société est ambitieux, parce qu’il ne s’arrête pas à se comparer aux hommes, ce qui ne serait pas très ambitieux – et je ne me moque pas des hommes – c’est plus vaste que ça. Une société féministe cherche à éliminer toutes formes de dominations et d’inégalités – entre hommes et femmes, entre les femmes, entre les peuples.

Dans une société inspirée du féminisme, il faudrait par exemple une refonte du système économique et politique afin que l’État soutienne les mouvements sociaux qui luttent contre les inégalités.

Si l’Acadie avait été féministe, du débutEh ben, pour l’être, féministe, il aurait fallu que l’Acadie soit très différente de son temps. Pour commencer, aurait fallu qu’elle ne soit pas sous l’emprise de l’Église, ou que l’Église ait été féministe. Parce que le rôle de la femme était limité, pas seulement par les coutumes et les lois, mais il était fixé par les enseignements de l’église.

Il y a quelques années, Josette Brun, historienne et professeure à Université Laval, a publié une étude Vie et mort du couple en Nouvelle-France. Elle a examiné les rôles joués par les hommes et les femmes au sein du couple et ce qui arrive aux veufs et veuves, de 1710 à 1744, à Louisbourg, Port-Royal (et au Québec). Pour un échantillon de 25 couples de Louisbourg, elle a analysé les archives notariées, la correspondance religieuse et administrative, les recensements.

Elle a trouvé qu’une fois mariées, les femmes, n’importe leur rang social ou l’occupation du mari, sont rarement associées à la paperasse signée devant notaire, … sauf lorsqu’il s’agit de signer pour une dette. Lorsqu’il s’agit de la vie professionnelle du mari, presque rien. Presque pas d’hommes à Louisbourg n’ont donné une procuration à leur femme pour les remplacer devant le notaire. L’homme dirige le couple et la famille. Les femmes sont confinées à la vie privée. Il y a des cas exceptionnels, mais la grande majorité des femmes de cette Acadie sont tenues à l’écart des affaires conjugales. Les veuves sont plus affligées que les hommes par «l’image négative associée à la vieillesse». Celles de plus de 40 ans ont plus de difficultés à se remarier et l’église n’encourage pas ces veuves qui dépassent la quarantaine à se remarier – le but du mariage étant de faire des enfants – elles devraient consacrer le reste de leur vie aux bonnes oeuvres. Aussitôt veuve, l’Église leur enlève le droit de succession au « banc d’église ».

Un âge d’or de la condition féminine en Acadie ? Oublie ça. Ni le contexte colonial ou l’avantage démographique n’ont entrainé une redéfinition des rôles…

Je ne connais rien non plus, au 18e siècle ou au jour d’aujourd’hui, qui me laisse croire que l’Acadie a été féministe.

Bien sûr, il y a eu des femmes fortes, féministes, qui ont agi et réagi au nom de l’égalité ou la dignité – l’idée de féminisme n’est pas né hier, ou dans les années 60.

Mais Acadie féministe ? Non :

Les acadiennes n’ont pas eu droit à l’éducation avant les autres femmes, ni même en même temps que les Acadiens. Les sœurs qui ont voulu organiser des collèges pour filles ont rencontré de l’opposition, de leur archevêque et d’ailleurs, à l’occasion.

Lorsque les femmes du Nouveau-Brunswick pétitionnaient et manifestaient pour le droit de vote – sur une période de 50 ans elles l’ont fait -, les Acadiennes n’y étaient presque pas. À part les lettres de Marichette dans l’Évangéline, les Acadiennes étaient absentes du débat des suffragettes.

Sept ans après l’obtention du droit de vote par les femmes du Nouveau-Brunswick, le journal l’Évangéline publie un éditorial en première page : « L’immense majorité des Acadiens verrait sans objection le rappel de la loi qui donne le droit de vote aux femmes. » Treize ans après l’obtention du droit de vote, le journal Le Fermier acadien publie un article demandant aux bonnes Acadiennes de rester au foyer, de ne pas sortir voter…

La « patente » acadienne n’a pas inclus de femmes, n’a pas travaillé pour l’égalité. Nos Chevaliers de Colomb ne sont pas plus féministes, inclusifs, qu’ailleurs.

Nos curriculums scolaires n’ont pas parlé des femmes plus que les autres ; nous n’avons pas un meilleur taux de femmes dans les domaines non traditionnels, au contraire. Notre Université de Moncton a peu de femmes dans les postes de décision, n’offre pas de programme en études féministes, ses instituts et ses professeurs publient très peu des données ou d’études sur des questions d’égalité ou qui font mention de la variable sexe.

Nos municipalités francophones ont moins de mairesses et de conseillères que les autres, n’ont pas plus de politiques familiales ou d’analyse inclusive.

Les Acadiennes élues au provincial sont rares, et l’élection des premières n’a pas lancer une tendance, loin de là.

L’Assemblée législative compte 8 femmes sur 49 députés, soit 16 % de représentation féminine. La moyenne mondiale toutes chambres confondues est de 22 %. Les États arabes (18 %) font meilleure figure que le Nouveau-Brunswick. En 2006, lorsque Liane Roy, alors consultante, a publié une chronique, Pourquoi si peu d’acadiennes en politique?, elle a suggéré qu’on doit regarder l’éducation des enfants et le statut accordé aux femmes. Elle a aussi dit que très peu d’Acadiennes se sentent interpellés par la politique, qu’elles ne sont pas certaines qu’elles seraient entendues et pourraient faire une différence.

Nos médias ne font certainement pas plus de place aux femmes et aux questions féministes que d’autres médias. Aucune femme n’a occupé un poste d’éditorialiste au sein de L’Évangéline, Le Matin, ou l’Acadie Nouvelle.

Marie-Linda Lord s’est penché sur cette question : « Les études sur les femmes en Acadie sont rares. Il n’existe pas de lignée de femmes porte-parole médiatiques en Acadie. » « Véritable archétype des exclus, la Sagouine est une personnification féminine d’une prise de parole acadienne, voire universelle, qui n’était rien de moins qu’un geste d’affirmation qui a réussi à se faire remarquer. Près de 40 ans plus tard, la Sagouine émerveille toujours, et le succès de cette prise de parole par une femme, même fictive, reste inégalé dans la réalité médiatique acadienne. » * http://www.umoncton.ca/umcm-crea/files/umcm-crea/wf/wf/pdf/ournalisme_en_Acadie__un_enjeu_d__mocratique.pdf

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick a conclu, dans son Analyse de la représentation des femmes dans l’actualité de la presse écrite provinciale francophone Nouveau-Brunswick, publié en 2011 :

Les femmes sont sous-représentées dans presque tous les sujets d’actualité même dans ceux où elles sont en réalité fortement présentes – santé, éducation, communautaire, arts. Dans les 494 reportages de l’actualité de L’Acadie Nouvelle examinés, les femmes étaient 25% des intervenants. Dans les 185 articles traitant d’enjeux relatifs au gouvernement ou la politique, elles étaient 18% des intervenants. L’examen du cahier provincial de L’Étoile a donné des résultats semblables.

Le Regroupement a conclu que la contribution des femmes dans la société n’est pas reflétée justement et les médias participent à cet état de chose. Le groupe a donc produit une liste d’intervenantes prêtes à prendre la parole et l’a diffusée, offert des ateliers pour aider les femmes à se préparer aux entrevues avec les médias et co-organisé un colloque sur la place de la femme dans les médias, avec l’Association acadienne des journalistes. * https://www.youtube.com/watch?v=k4Pr_h96XUI

Ce mois-ci, le journal l’Étoile a publié un long article* sur ce travail du Regroupement féministe, en anticipation de la publication prochaine par le groupe d’une deuxième analyse de la place des femmes dans les médias acadiens. (* Comment augmenter la visibilité des femmes dans les médias acadiens?, 9 mars 2015, L’Étoile.)

Dans l’article, le président de l’Association acadienne des journalistes (AAJ) confie que le genre n’est pas un facteur considéré par les membres de son association lorsqu’ils cherchent des intervenants : « Une des cibles (du Regroupement) était de travailler avec les journalistes pour qu’ils incluent plus de femmes comme sources dans le contenu médiatique. On a essayé de leur expliquer notre réalité, parce que lorsque nous travaillons sur un sujet, on va chercher l’intervenante ou l’intervenant le plus habilité à nous répondre, la personne qui a l’information … On a dit au Regroupement féministe que c’est important de sensibiliser les organisations afin qu’elles donnent plus de place aux femmes, et de sensibiliser les femmes afin qu’elles prennent plus de place ». Lire la suite

Miss Canada, Gérald LeBlanc et l’Acadie

Mon quotidien, le seul quotidien acadien, a beaucoup d’espace à accorder au concours Miss Canada. Ça me trouble mais il se peut que j’exagère.

Pourtant, je sais que mon Acadie Nouvelle est le seul quotidien qui a rapporté les résultats de ce concours. Trois jours après « le couronnement », il est toujours le seul au monde à en parler. Quoi penser ?

Est-ce signe que les réalisations acadiennes sont encore comme toujours écartées et que je devrais être offusquée, comme Acadienne et comme femme ? Après tout, une Acadienne a été enfirouapée par l’entreprise qui a repris le nom « Miss Canada », elle a payé de la bonne argent pour ses frais d’inscriptions et obtenu les « votes internet » qu’il faut pour gagner ce concours bidon présenté par une entreprise douteuse. MAIS le Canada, le monde ne célèbre pas avec nous ! Une insulte ! Atteinte à nos droits de communauté linguistique officielle !

Ou est-ce que je peux laisser libre cours à mon sentiment de deuil du journalisme écrit en Acadie, et dire, pourquoi on a tant de meneurs de claques.

Ou, ayant une Maîtrise en journalisme et ayant été journaliste, connaissant les conditions honteuses dans lequel cette profession noble est pratiquée et sachant que la Miss a été couronnée un 8 mars, la tannante Journée internationale des femmes pour les journalistes, est-ce que je devrais être solidaire avec ceux qui ont trouvé judicieux de consacrer toute cette surface journalistique à la Miss, aye, ça rempli des colonnes.

Non. À y penser, la poésie du regretté poète acadien Gérald LeBlanc m’offre, encore comme toujours, une porte de sortie :

« On peut répondre fuck ouère off et ça change le rythme encore une fois : qu’est-ce que ça veut dire, venir de nulle part ? »

https://rosellam.wordpress.com/2015/02/03/les-valeurs-acadiennes/

Les valeurs acadiennes

La nouvelle – présentée avec éclat dans une pleine page par mon quotidien national – qu’il y a une possibilité – o mon cœur – que les prochaines Miss Canada et Miss Teen Canada pourraient être Acadiennes m’a mise dans un état.

Non, mais penses-y ! Une Acadienne qui est Miss Canada et une autre Miss Teen Canada ! Eh ben là on dira que les temps ont bien changé ! Parce qu’une Acadienne au trône abolira le concours. Étant Acadienne, elle dira qu’un concours basé sur les restants d’un système discriminatoire n’a pas de raison d’être. Les jeunes – l’espoir de l’Acadie ! – ne sauraient tolérer ça, de la même façon que les Acadiens ne tolèrent plus les politiques qui les font se taire, les font agir contre leur intérêt, les font perdre leur âme pour être acceptés…

Une Miss Canada Acadienne révélera le côté bidon de ces concours. Elle révélera l’histoire trouble du concours, ce que d’anciennes reines ont à dire, comment les profits sont générés, comment ce n’est même pas pertinent de discuter si c’est un concours de beauté ou de personnalité parce que en partant, il s’agit d’une initiative pour tirer le maximum de ce qui reste comme possibilité d’exploitation sexiste dans la société. Si les médias veulent entendre que c’est un concours de personnalité, c’est ce qu’elle dit, le journaliste ne vérifie rien. Pour faire court, elle pourrait inviter tout le monde à visiter le site internet de Miss Canada et Miss Teen Canada. MDR!

Et elle serait couronnée le 8 mars, la Journée internationale des femmes ! Quelle fierté. Et quel soulagement ce serait pour les médias acadiens. Ils n’auraient pas à chercher un sujet « femme » pour le 8 mars – tsé, comme le manque d’action en Acadie contre le manque d’Acadiennes en politique élue, la violence faite aux femmes, l’absence de services de garde abordables et en français, les problèmes causées par l’objectivation des femmes … Ouf. Sauvé !

Je me trouve bien bête parce que ma première réaction, en lisant cet article dans l’Acadie Nouvelle de ce matin, était que le journaliste avait perdu son objectivité devant le sujet, que la rédaction avait sauté une étape à cause des tempêtes, que la tradition acadienne de mollesse face à la lutte au sexisme se maintenait. Mais non, la relève jeunesse nous sauvera.

Le journaliste nous l’affirme ce matin, les deux jeunes femmes «  ont un bel avenir devant elles ».

Les hommes, paraît-il, font pitié

La fine fleur de la population étudiante de l’université acadienne, mise à profit pour la publication de son journal fleuron, Le Front, a publié une caricature qui voulait nous faire apprécier la situation intolérable dans laquelle les hommes se trouvent.
À notre surprise, ils ne s’en prennent pas au système qui prescrit sans équivoque des valeurs et des comportements à ceux dotés d’un zizi. Ils avaient mieux que de nous parler de la cage dorée et du système patriarcal qui gâche des vies d’hommes et déforme des sociétés. Provoqués par une femme qui avait fait un discours remarqué invitant les hommes à contribuer à l’égalité des sexes, ils s’en prennent au fait que, paraît-il, les femmes agressent les hommes et leurs enfants sans conséquences, que les femmes ont même carte blanche pour prétendre viol, évidemment parce que délices et bénéfices tombent du ciel lorsqu’une femelle crie au viol. Non, non, ne pensez pas à dénombrer le sexe des corps morts, estropiés ou violés que voient nos institutions. Laissons-nous plutôt être guidé par cette jeunesse et déplorons le fait que les hommes n’ont plus les droits qu’ils avaient et, pire encore, que les femmes ont le droit de ne pas les trouver drôle.

12 octobre 2014 – Des excuses ayant été publiées par l’exécutif du journal Le Front, je modifie mon texte afin d’enlever les noms du caricaturiste et du rédacteur en chef en question. Cela me semble la chose à faire. À ce sujet, la Fédération des étudiantes et des étudiants du campus universitaire de Moncton a accusé de révisionnistes ceux qui auraient voulu voir les caricatures enlevées des versions électroniques du journal. Nuance là : On ne cherche pas à cacher ce qui s’est passé. Par exemple, je décris ci-haut ce qui était dit dans ces caricatures et cela doit se savoir, même après les excuses.
Enfin, les excuses du journal sont basées sur le fait que les personnes qui auraient dû voir les caricatures avant publication ne les ont pas vues, et que l’exécutif n’a pas droit de regard avant les faits. Cela va pour la sortie du journal le mercredi. Mais par vendredi, ce rédacteur et cet exécutif ne pouvaient pas dire qu’ils ne les avaient pas vues. Il a fallu les réactions hors campus pour qu’enfin ils lisent leur propre journal ?

Sois autonome et tais-toi

Sommaire d’un discours que j’ai donné lors du Sommet des femmes, 19 août 2014, Edmundston.

Lorsqu’on dit aux femmes qui revendiquent un changement social, que la solution, c’est d’avoir plus de femmes autonomes, eh ben, grrr.

Bien sûr il faut être autonome. Mais le problème n’est pas un manque d’autonomie.

J’accroche sur le terme ‘autonomie’ premièrement parce qu’on semble nous dire qu’il suffit d’être autonome. Je dénonce toute ‘réponse’ individuelle à un problème ou une situation sociale. C’est trop facile, c’est à côté de la traque, c’est presque blâmer la victime. Il y a trop d’occasions où cela arrive aux femmes. Les femmes revendiquent une solution au problème d’agression sexuelle, on leur donne des campagnes disant aux femmes comment éviter d’être victime. Elles veulent plus de femmes dans les postes élus, on leur dit de voter pour des femmes. Elles veulent qu’on élimine la violence faite aux femmes, on créé des maisons de transition. Elles exigent l’équité salariale, on leur dit de changer de domaine d’emploi.

C’est réduire la chose, changer le sujet, blâmer la victime. Et on se fait prendre à ce discours : on accepte de s’occuper de la livraison de services, ou de travailler sur nous-mêmes. On vient à agir comme si des actions au niveau individuel vont solutionner un problème qui n’est pas individuel.

Le monde aime dire aux femmes quoi faire. Le monde aime retourner la balle à n’importe qui qui demande un vrai changement.

La deuxième raison pourquoi je réagis à l’idée d’autonomie : Les femmes ne sont pas autonomes, et ne seront jamais autonomes. Personne n’est autonome.

Comme Barack Obama a dit, t’as pas fait tout ça tout seul – You did not do it alone.

Ou comme le mouvement des femmes le dit : le personnel est politique, l’économie est bâtie sur le dos des femmes, l’économie du marché dépend de l’économie des soins.

Ce qu’autonome occulte, c’est la notion de citoyenne, de membre d’une communauté, de droits, de société.

Ces dernières décennies, on a vu des changements dramatiques dans la condition féminine, grâce au mouvement féministe. Ça a amené les femmes à une bien plus grande autonomie. Pensons à notre niveau d’instruction, notre participation sur le marché du travail – au Nouveau-Brunswick, autant de femmes que d’hommes sont sur le marché. Pensons à nos nouveaux droits.

Ce qui a moins changé sont les systèmes, la société, les politiques, les façons de faire. Ce sont surtout les femmes qui ont changé, pas la société.

Les femmes sont entrées de façon massive et historique sur le marché du travail, mais a-t-on seulement ajouté une journée de 8 heures à notre journée ?

Il se pourrait encore que notre plus grande contribution à l’économie, – même aujourd’hui – est notre travail non rémunéré, surtout avec la famille et la communauté.

La participation au marché du travail – l’autonomie financière – a certainement été une victoire féministe importante. Mais c’était une petite part de ce que revendiquait le mouvement féministe. Une question centrale au message féministe : les familles sont importantes. Ce n’est pas seulement le travail de production qui importe – mais de reproduction. Les femmes voulaient avoir le choix de participer aux deux domaines, et dans de meilleures conditions.

Dans les années 70 et 80 au N.-B., les femmes ont organisé plusieurs conférences « Femmes et économie » et les femmes y accouraient par centaines – on savait alors toutes qu’on contribuait à cette économie. De nos jours, les gouvernements et le secteur privé réussissent à ramener l’idée d’économie à une définition plus restreinte et exclusive.

On a une révolution incomplète. Pour des millénaires, les femmes étaient confinées au domaine privé – maison, famille, enfants – les hommes avaient droit partout y compris le milieu public – emploi, politique… Les femmes ont réussi à intégrer le milieu public mais ça ne veut pas dire pour autant que ce milieu reconnaît ce changement.

« Le système de retraites et, plus globalement, la protection sociale ont été conçus il y a 70 ans sur le modèle de l’homme soutien de famille, qui travaille à temps plein sans interruption et de la femme au foyer, qui bénéficie de droits dérivés de son statut d’épouse ou de mère. Le mode de calcul fondé sur cette norme désavantage les carrières courtes. » – Discriminées au travail, pénalisées à la retraite, La double peine des femmes, Christiane Marty, Le Monde diplomatique, septembre 2013.

Les efforts pour changer la société pour avoir de meilleures conditions ont rencontré des résistances démesurées, énormes et continues. Lire la suite

La gestion des causes incommodes*

Si tu es un gouvernement conservateur avec un petit c, comme l’est celui du Nouveau-Brunswick depuis des lunes, plutôt qu’abolir un conseil indépendant sur une cause ‘incommode’ – disons par exemple la condition de la femme – il vaut mieux l’abolir puis en recréer un qui n’en est pas un, mais qui est là pour être paradé au besoin, par exemple quand il y a une élection.

Et même encore mieux que ça ? Ce serait que les médias reprennent et répètent ce que dit le gouvernement – qu’il a ‘remis les choses en place’.

L’éditorial de l’Acadie Nouvelle du 24 juin 2014 disait au sujet de l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick en 2011 par le gouvernement provincial : « À peine deux ans plus tard, le gouvernement Alward annonçait qu’il financerait un nouvel organisme, Les voix des femmes du Nouveau-Brunswick. Ses preuves restent encore à faire, mais sa simple existence reste une belle victoire pour toutes les Néo-Brunswickoises… » et «En l’espace d’un mandat, le gouvernement a plié. »

Et si le gouvernement n’avait pas plié, mais avait plutôt saisi l’occasion des protestations pour finaliser la disparition d’une voix indépendante en installant une entité si encadrée, si circonvenue et si limitée dans ses ressources qu’elle ne peut plus incommoder le gouvernement ?

En tout cas, voici pourquoi je dis qu’il est trop tôt pour dire Brava :

Voix des femmes a été annoncé il y a plus d’un an, et les membres ont été nommées il y a cinq mois. Mais l’agence n’est toujours pas accessible par téléphone, par courriel ou par les médias sociaux, n’a ni employées ou bureau, et ne s’est pas prononcé sur un dossier à ma connaissance. Ni l’avortement, ni les femmes en politique ou les enjeux féministes de l’élection provinciale de cet automne, ni le traitement des femmes prostituées ou les lois sur la prostitution, ni l’équité salariale, ni les femmes autochtones, ni les taux élevés de violence faite aux Néo-brunswickoises, ni la journée internationale des femmes ni la fête des mères. Rien non plus sur son mandat, sa vision, ses ressources et son indépendance.
Le Conseil consultatif était un organisme créé par une loi adoptée par l’Assemblée législative.
Voix des femmes n’a ni loi, ni ordre en conseil, ni mandat connu.
Le Conseil était mandaté par la loi de porter à l’attention du public et du gouvernement les questions d’intérêt aux femmes, de recommander des lois et des politiques, d’assurer la collecte, l’étude et la diffusion d’information, et de favoriser le réseautage entre les organismes féminins.
Nous n’avons qu’un communiqué de presse gouvernemental, mais Voix des femmes doit « promouvoir l’égalité des femmes et des filles et améliorer leur vie ».
Le Conseil consultatif contrôlait près de 600 000 $ par an en fonds et accès à des services.

Selon les communiqués, Voix des femmes a peut-être accès avec des conditions non dévoilées à 200 000$ en argent et en services.

Laissez-moi rêver un instant : Voix des femmes pourrait déclarer qu’il opère sous la Loi créant le Conseil consultatif sur la condition de la femme ou une loi semblable, et attend que le gouvernement – celui-ci ou le prochain – confirme leur nomination en vertu d’une telle Loi. Il pourrait également mettre ses critères pour son indépendance : un mandat clair et connu qui comprend l’autorité de rendre public ses avis, le pouvoir de choisir ses activités, ses priorités et ses recommandations et de décider de la dépense de son budget, et le contrôle de l’embauche et la direction de son personnel. Si elles n’ont pas tout ça, le gouvernement peut cesser de dire que Voix est indépendant.

Les membres de Voix des femmes sont 15 Néo-brunswickoises, représentantes de groupes ou individus, nommées par la ministre. Elles sont d’excellentes nominations. L’organisme serait-il pris dans un piège par le dévouement de ses membres à la cause de l’égalité – un dévouement exploité ? ‘J’ai été si bas tellement longtemps, que cela ressemble à une remontée?’ Sinon, pourquoi le silence alors que les Néo-brunswickoises font si pauvre figure dans tant de domaines, au Canada pour commencer ?

Ces dernières décennies, plusieurs gouvernements provinciaux auraient aboli le Conseil consultatif s’ils avaient pu. Année après année, le Conseil maintenait des positions tannantes pour des gouvernements tannés des positions féministes. Le Conseil maintenait sa position pour l’accès à l’avortement et aux contraceptions, même d’urgence; il insistait que les questions féministes ne se confinent pas au domaine social mais ont affaire aux réformes économiques, fiscales et électorales, et que l’équité salariale était une question de droits humains, non pas des mots à éplucher dans une plateforme électorale.

Sais-tu à quel point un tel Conseil peut être agaçant et menacé dans un système politique comme nous avons ?

C’est pourquoi moi, avant de dire Brava !, j’exige que Voix des femmes fasse quelque chose, n’importe quoi, qui met l’intérêt des femmes au Nouveau-Brunswick en premier.

Le dénouement dépend en partie de David Alward, de la ministre Marie-Claude Blais, des co-présidentes Kim Nash-McKinley et Phylomène Zangio, des membres individuelles Kyla LaPointe, Noëlla Richard, Paulette Sonier Rioux et Stéphanie Beaulieu, et des représentantes du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, du YWCA de Moncton, du Urban Core Support Network, du Sussex Committee for the Prevention of Family Violence, du Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Fredericton, du UNB Women’s Studies, de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, et de l’Association des CBDC du Nouveau-Brunswick.

En fait, le dénouement dépend de l’ensemble des femmes du Nouveau-Brunswick.

Mieux un vide qu’une fiction.

*Ce texte a été d’abord publié dans l’Acadie Nouvelle du 14 juillet 2014.

1973 en premières pages

J’ai récemment passé beaucoup (trop) de temps à lire l’Évangéline de 1973 sur microfilm (je ne veux pas en parler, je cherchais une citation, j’ai pas trouvée), mais les impressions et les souvenirs que les manchettes des premières pages faisaient apparaître me restent en tête. Pourtant, étant de Moncton, je sais que 1973 n’était pas si brassée que ça – c’était pas Moncton 1968, 1969, 1970… mais quand même, quelle année, comparée à ces temps de guimauve d’aujourd’hui.

Quelques titres de la page une du tabloïd :

‘Faut-il vider le Nord Est ou regrouper des gens ?’ – 2 février 1973.
‘Une vieille église acadienne sera détruite’, 8 mars 1973.
‘Première convention politique du Parti acadien’, 12 mars 1973
‘Il faudrait créer un conseil économique acadien’, 6 avril 1973.
‘Les exposés des experts peuvent servir aux experts mais pas aux pêcheurs’, 23 avril 1973, au sujet d’une rencontre des ostréiculteurs du Nord-est.
‘Nous avons besoin d’industries mais pas à n’importe quel prix’, le premier ministre Richard Hatfield, 14 mai 1973.
‘La S.A.N.B. est créée’, 4 juin 1973.
‘Bagarre entre pêcheurs et chômeurs au Parc Kouchibouguac,’ 19 juin 1973.
‘La situation d’inégalité ne peut plus être tolérée,’ 20 juin 1073 1973, la SANB au ministère de l’Éducation.
‘Le Nouveau-Brunswick produirait des voitures dès septembre’, 22 juin 1973.
‘Jones est réélu’, 26 juin 1973.
‘Un homme mort le 3, enterré le 5, a voté à Moncton le 25 juin’, 28 juin 1973.
‘Les anglophones sont bilingues. Ils comprennent l’anglais et la violence’, 15 novembre 1973, citant Pierre Poulin, président de la SANB (créé quelques mois plus tôt) au sujet du refus du conseil municipal de Fredericton d’examiner la question de services bilingues.
‘Le bien-être social ne doit plus enrichir les compagnies,’ 24 mai 1973, « le » ministre Brenda Robertson.
‘Avez-vous déjà vu des riches monter sur l’échafaud?’, 31 janvier 1973, l’ancien premier ministre John Diefenbaker au sujet de la peine capitale. Ce que Diefenbaker a dit, également en 1973, au sujet du bilinguisme dans la fonction publique fédérale ne fait pas autant chaud au cœur – plutôt bouillir le sang.
‘Heureusement pour nous que les Acadiens sont gentils et patients,’ titre d’un article de France Daigle, 8 novembre 1973, citant Jack Keefe devant le club Kinsmen (ou c’était-y les Rotary …, des hommes en tout cas, j’ai pas pris de note parce que je cherchais ma maudite citation). Jack Keefe était une bonne personne qui a tenté d’arrêter Leonard C. Jones (mon cœur pleure quand je dois dire ce nom), mais qui a perdu l’élection de juin 1973 faute quelques centaines voix.
‘Le gouvernement veut encore étudier les études,’ 31 juillet 1973. Richard Hatfield était au pouvoir, la prochaine élection prévue en 1974.
‘Tout semble planifié comme si les Acadiens n’existaient pas’, 16 octobre 1973, Gilbert Finn au Conseil économique des provinces atlantiques.
‘Un francophone du N.-B. doit obéir à un ordre unilingue anglais de la Cour,’ 2 novembre 1973, l’aumônier de l’Université de Moncton Sylvio Doiron doit obéir, dit le ministre de la Justice John Baxter.
‘M. Vautour veut se faire le martyr de cette cause mais la justice ne jouera pas le jeu – le juge’, 19 décembre 1973, le juge dans l’affaire du parc Kouchibouguac.

En lisant, je me disais tout était alors si différent, tout de suite après je me disais rien ne change! Une page je rageais, l’autre je pensais j’ai rien vu d’aussi bien dit depuis longtemps, plus loin je me moquais…

Presque dans chaque numéro, et sur beaucoup de pages couvertures, un article ou une photo d’un concours de beauté, souvent en maillot de bain – Mlle Pêcheries, Pétoncle, Exposition de bateau, Moncton, Dieppe, Navet … si ce n’était pas des photos de chacune des candidates avec texte. Je crois bien que sans ces concours, il n’y aurait presque pas eu de femmes dans l’Évangéline de 1973.

Parmi les événements de l’année rapportés dans les pages intérieures, il y a ce pauvre Émile Babin, journaliste de Moncton, emprisonné pendant trois jours après avoir reçu une contravention unilingue qu’il avait refusée. Un des articles donnait froid lorsqu’on lisait au sujet des gardiens qui l’engueulaient en lui apportant son Évangéline et les lettres d’appui, dont un, venu lui dire que tout devrait être écrit qu’en anglais, qui était encouragé par les autres détenus à frapper notre Émile. M. Babin aura eu gain de cause à la fin.

Plusieurs vieux numéros de L’Évangéline sont en ligne sur Google Newspaper Archive, des années 1880 jusqu’à la fin prématurée de ce quotidien.

Y’a une tiare pour vous

Fais quatre colonnes.

Dans une colonne, mets Miss, Ms, Mlle, Mini-Miss, Princesse, Mrs, …
Dans une autre – Teen, Beauty, Charity, Perfect…
Dans une autre – International, America, Galaxy, All-Canadian, …
Et enfin, des localités – Canada, New Brunswick, Maritime, Atlantic, …

Crée-toi un titre en pigeant dans 2 ou plus de ces colonnes et tu peux probablement trouver un concours de beauté pour t’avoir ce titre. Voilà pourquoi, à tout moment donné, une ou plusieurs ‘Miss quelque chose New Brunswick’ (le titre est toujours en anglais) est dans les parages au Nouveau-Brunswick.

Il semble qu’on pourrait toutes être une ‘reine’ de quelque chose.

Dans l’espace d’une semaine ce mois-ci, deux longs articles avec deux Miss Teen quelquechose New Brunswick régnantes dans le seul quotidien acadien. Aucune explication de cette anomalie, de cette prolifération, ou du flair journalistique qui a déterminé que ce pouvait être une nouvelle. On lit que ‘loin d’être un concours de beauté traditionnel’ le concours était ouvert à tous. Euh, si tu es née de sexe féminin, est jeune, paye les frais d’inscription, et, pour la plupart des concours, n’as jamais donné naissance (tu peux peut-être avoir été enceinte…) et n’as jamais été mariée… (les organisateurs pensent ne plus pouvoir spécifier « vierge » comme ces concours spécifiaient y’a pas si longtemps).

Malgré le fait que ces concours bidon sont des créations commerciales inventées ailleurs, que la plupart ont des réputations ‘colorées’, et qu’ils perpétuent les stéréotypes dévastateurs qu’on connaît, quand les médias en parlent, c’est avec respect, comme si ces concours avaient une valeur en soi et une importance pour la collectivité. Ce qui arrive quand le journalisme laisse sa place à la promotion nationaliste ?

J’entends les filles et femmes qui se donnent dans les actions pour changer le monde, actions qui souffrent du peu de couverture journalistique, disputer que si la tiare et l’écharpe attirent les journalistes, elles vont s’en trouver une. Pis elles sont pas malaisées à trouver.

Achetez-vous une catin !

Si on est pour faire une liste des choses que j’aimerais que les parents arrêtent de faire, les concours de beauté pour des filles de 5 ans seraient dans la liste. Bien d’autres affaires aussi.

Ces concours sont risibles, ridicules et nuisibles.

Aux parents irresponsables de Kent-Sud* qui inscrivent leur fillette à un concours de beauté : honte à vous, on récoltera toutes, ces fillettes en premier, ce que vous semez.

Vous pouvez vraiment pas penser à une autre façon d’encourager votre enfant de socialiser que de la faire se maquiller et se parader et quêter des commentaires sur comment cute elle est ? Pis pourquoi une enfant de moins de 10 ans a besoin d’apprendre à parler en public ? Vous savez, hein, que le monde a évolué, que les concours de beauté font rire plus que rien d’autre, que les femmes continuent de souffrir et de lutter contre les effets du fait qu’historiquement on ne les a jugées que pour leur beauté ou leur sexualité, et que l’estime de soi qui est lié à ce que d’autres pensent de ton quotient de cute est le contraire de l’estime de soi.

Achetez-vous une catin et jouez avec, mais laissez ces enfants être des enfants.

*Voir le Téléjournal Acadie de samedi 24 mai vers 3 minutes 30 secondes : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7073688

Le temps des garantis

On me dit que bientôt, 15 femmes Néo-brunswickoises vont entreprendre un passage périlleux, éclairées par une braise gardée par les femmes fières qui ont foulé ce sol abénaki depuis les temps, en quête elles aussi d’une place au soleil…

Sans autre emportée allégorique, les 15 femmes nommées au forum Voix des femmes vont se rencontrer bientôt, avant la fin de l’année financière supposément, convoquées par le gouvernement provincial. Le forum est créé par ce gouvernement ‘en réaction à la réaction’ à son abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme, il y a 3 ans cette semaine, lors du premier budget Alward.

Ces 15 femmes vont tenter une action qui devrait être assurée de succès tant leur enthousiasme est sincère, et le besoin d’un tel conseil aviseur légitime. Elles vont tenter d’arracher au gouvernement un engagement qui leur permettra de créer un espace de travail indépendant, et de se pencher sur les prochaines étapes de la longue lutte des femmes pour l’égalité.

La seule chose que l’on sait du forum est le nom des 15 femmes. On ne sait pas quel sera leur mandat, ou quelle législation ou énoncé leur donnera indépendance et autorité pour donner leur avis au public et au gouvernement sur ce qui doit changer pour amener l’égalité. Le gouvernement a pris trois ans pour être au point de possiblement remettre en place ce qu’il a aboli en 10 jours, donnant à Alward un plein mandat sans conseil aviseur indépendant sur les questions féministes.

Un conseil aviseur qui est dans la poche de celui qui demande d’être avisé, ce serait du gaspillage, mais pire dans ce cas, ce serait léser les femmes en besoin d’égalité, et trahir la fière histoire des féministes du Nouveau-Brunswick.

C’est le temps d’obtenir des garantis, les femmes. Des garantis que vous aurez les conditions nécessaires pour faire le travail que vous jugez nécessaire sur les priorités des femmes – des priorités qui peuvent être très divergentes de celles d’un gouvernement.

Vous devez obtenir un mandat clair et fort. Laissez-moi vous dire, ça vous servira lorsqu’on tentera de vous taire. Vous aurez besoin du droit de parler publiquement de vos avis et de votre analyse des questions parce que c’est toute une société qui créé l’égalité, pas seulement un gouvernement. Vous devez être maitresse de votre groupe, de vos priorités, de vos activités et de votre budget.

Avec ça, vous pourrez faire du bon travail. Sans ça, vous risquez de perdre notre temps et pire, d’occuper l’espace qui devrait être celle d’une entité efficace.