Catégorie : Acadie

Notes d’observation

  1. Les unilingues francophones

Ces personnes ne comprennent pas la plupart des enseignes commerciales de leur entourage et ailleurs au Nouveau-Brunswick.

Elles ne savent pas que certains concitoyens doutent de leur existence et de leur droit d’exister.

La plupart de ces personnes ont élaboré des stratégies d’adaptation pour fonctionner dans leur société. Par exemple, avant de téléphoner pour une ambulance ou la police, elles font appel à leur réseau de personnes bilingues afin d’être certaines de comprendre et d’être comprises.

Ces personnes n’ont jamais eu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles n’ont jamais eu un poste d’agent de l’Assemblée législative, et rarement un emploi de service direct au public, comme caissier.

Elles comprennent certaines formules en anglais, dont :
« For service in French, press 2 »
« Do you speak English?»
… « I don’t speak French. »

Par contre, certaines autres formulations fréquentes leurs sont inconnues : “I was a government minister, and my lack of French was not a problem”.

Ajout, le 26 juin 2017 : Il semble que la raison qu’elles sont demeurées unilingue n’a rien à voir avec le fait que, aux yeux de nombre de leurs concitoyens, si elles apprennent l’anglais, elles perdront leur droit à un service en français, ou cela réduira la nécessité d’offrir ce service. Peu d’elles ont connaissance de cette réalité qui les attend.

  1. Les unilingues anglophones

Souvent ces personnes ont eu un emploi comme caissier, par exemple au Irving à Bouctouche, au centre d’achat Champlain de Dieppe, ou au Tim Horton de Cap Pelé.

Elles croient qu’au N.-B. tous les citoyens obtiennent service en leur langue.

Nombre d’elles ont détenu ou ont été interviewés pour un poste d’agent de l’Assemblée législative.

Nombre d’elles ont détenu un poste de direction ou de niveau supérieur au sein du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Elles pensent que les bons postes au sein du Nouveau-Brunswick vont aux personnes bilingues.

Nombre d’elles sont d’avis que « French is being rammed down our throat”.

Elles ne comprennent pas certaines questions, même en anglais, par exemple, “What has been your best strategy to get service in your language?”

Elles ne savent pas ce qui vient après « For service in English, press 1. »

Ajout, le 26 juin 2017 : Peu de ces personnes se plaignent de ne pas pouvoir parler à leurs petits-enfants en raison de la langue.

Sur ces terres Wabanaki

Comme bien des Acadiennes, j’ai des ancêtres autochtones. Des femmes surtout, probablement exclusivement parce qu’il semble pas avoir grands hommes autochtones qui ont marié des Acadiennes. Y’a une thèse là.

Mes grands-mères Micmac, je pense à elles de plus en plus. Je leur dois probablement plein d’affaires. Probablement le fait que je brûle presque pas au soleil. L’amour de la cueillette des fruits sauvages et du beau temps qu’on a en se parlant en ramassant. Le fou rire facile, comme nombre d’Autochtones que j’ai connu.

J’aimerais savoir ce qu’elles pensaient en épousant ces Acadiens, en donnant naissance et élevant leurs enfants, mes ancêtres.  Va savoir ce que les femmes ont pensé à travers le temps.

Les Autochtones autour de nous prennent de plus en plus la parole de nos jours. C’est bien leur tour. Certains et certaines semblent même quelque peu optimistes – déterminés en tout cas. On ne cesse de leur donner des raisons de s’organiser, de s’indigner, de nous montrer notre arrogance.

Le 21 juin est la Journée nationale des Autochtones. La saison des pow-wow a débuté. Le Canada fête 150 ans. D’appropriation. Nous aurons bien des occasions d’écouter et d’apprendre si on y est ouvert*. Et tout ce sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui ne l’ont pas cédé à la Couronne.

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* La Commission Vérité et Réconciliation, dont le travail de 2008 à 2015 fut subventionnée par les survivants des écoles résidentielles, a créé des ressources excellentes pour en apprendre davantage.  http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=15

Je hais traduire

Je hais traduire, vous ne pouvez pas savoir comment. Comme on hait la douleur, je hais traduire, que ce soit du français à l’anglais, de malpoli à poli, ou vice versa.

J’ai donc toujours été reconnaissante que d’autres peuvent trouver plaisir à traduire. Merci ! Comment vous faites ?

Je hais surtout me traduire, parce que je finis toujours par vouloir arrêter la traduction pour modifier ma version originale, et ça devient un cercle vicieux. Je hais aussi traduire des textes des autres, parce qu’on est « l’esclave de l’auteur », comme a dit Andreï Makine.

Mais y’a itou que je vis au Nouveau-Brunswick et que j’ai travaillé longtemps au sein du gouvernement de cette province bilingue –  tsé, anglais à gauche, français à droite ; la symétrie obligatoire et la traduction rigidement conforme à l’original. À cette école, j’ai appris une attitude biaisée : la traduction est ennuyeuse à lire et à faire.**

Au lieu de lire des choses traduites, je cherche la version originale si celle-ci est en français ou en anglais, parce que je sais que d’ordinaire une traduction est fidèle aux mots mais pas toujours à la culture ou au sentiment tel qu’interprété dans cette autre culture. On perd dans la traduction, dit-on, mais je pense que c’est plutôt que, même lorsqu’elle est bonne, la traduction est une oeuvre différente de l’originale, bien sûr surtout lorsqu’il s’agit d’une œuvre littéraire ou poétique.  Pour donner la pleine pensée d’Andreï Makine à ce sujet, « le traducteur de la prose est l’esclave de l’auteur, et le traducteur de la poésie est son rival ».

Bien sûr je lis souvent des articles, des études et des romans traduits de d’autres langues que le français et l’anglais. C’est la seule façon de s’ouvrir au monde, autre que de voyager. Mais en lisant des textes traduits, je me demande souvent comment l’auteur original avait formulé une tournure de phrase ou une formulation imagée. On peut y perdre la touche de l’auteur, la couleur locale. Si c’est ce que l’œuvre voulait surtout partager ou exprimer, c’est à se demander si ça vaut la peine de lire. Quelqu’un de bien intentionné m’a un jour donné une traduction à l’anglais de La Sagouine. Du travail qui ne valait pas la peine d’être fait, selon moi. Y’a rien qui reste.

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** Je ne parle pas de l’interprétation simultanée, parce que des interprètes sont ici, maintenant, tsé, en simultané. J’ai une admiration sans borne pour les interprètes. Leur travail est une prouesse ; c’est comme surveiller un chauffeur de semi-remorques dans une manœuvre délicate, ça me laisse bouche bée

Excu-u-use me si vous n’êtes pas bilingue

J’ai probablement mal compris ou je ne devrais pas les prendre au mot, mais je crois entendre une note nouvelle dans le ronron des revendications de ceux qui sont contre le bilinguisme au Nouveau-Brunswick.

Je crois comprendre que certains de ces gens dénoncent la politique de bilinguisme parce que peu d’anglophones sont bilingues. Le dernier à présenter cet argument est le nouveau chef du parti conservateur, Blaine Higgs, qui a dit à l’Acadie Nouvelle la semaine dernière, « Quand 70% de tes enfants (anglophones) dans le système scolaire obtiennent leur diplôme sans parler les deux langues officielles, ils sortent de l’école avec une main attachée dans le dos. Ça ne peut pas être ça la vision de départ (du bilinguisme officiel). Et c’est ça qui provoque des émotions. »

Ces derniers mois, plusieurs autres anglophones unilingues ont avancé cette objection. Certains disent ensuite que c’est là la preuve que le bilinguisme ne marche pas et qu’il faut soit l’abolir, ou leur donner des emplois dans la fonction publique parce que tout Néo-brunswickois a droit à un poste de fonctionnaire, ou au moins les laisser embarquer pour une ride dans les autobus scolaires des petits francophones. Pardon, j’ai de la misère à suivre leurs arguments mais c’est quelque chose comme ça.

Well, excuse me si vous n’êtes pas bilingue. Ç’aurait peut-être affaire au fait que vous ne l’avez pas revendiqué ? Peut-être ça affaire au fait que le discours ambiant des anglophones de la province était depuis toujours que « French is being rammed down our throat » ? On doit présumer que ça ce n’était pas vrai ? Peut-être si la motivation pour l’inscription de ses enfants à l’immersion était plus saine et forte, et si l’engagement à une province bilingue était plus réel, vous auriez une panoplie d’options pour devenir bilingue. Je suis d’accord que vos services d’immersion sont peu glorieux – j’ai rarement vu un jeune qui en sort avec qui je peux avoir une petite conversation en français qui n’est pas pénible à mourir.

En tout cas, vous n’aviez qu’à vous organiser pour revendiquer des services. Bravo si vous le faites maintenant. Ce n’est point la faute des Acadiens ou notre responsabilité de le faire pour vous. Ça s’appelle la dualité…

Ah, pis en passant le but de la politique de bilinguisme n’était pas de vous rendre bilingue. You can look it up. C’était que le gouvernement traite de manière respectueuse avec tous les citoyens, pardon, contribuables.

Si je n’ai pas tout mal compris et ils veulent devenir bilingue par amour pour le français, pour le Nouveau-Brunswick, le Québec, la France et les Acadiens, je leur souhaite bonne chance et bon apprentissage. Ce que je ne leur souhaite pas, c’est de découvrir la meilleure façon que j’aie trouvé pour apprendre une autre langue : n’avoir pas de service dans ta langue.

Pas de honte à être anglophone

Il n’y a pas de honte à être anglophone. Pourtant certains organismes prétendent être bilingue alors qu’ils ne le sont pas. Et pire, while feminist ! C’est surtout là que je me regriche.

Prétends pas d’être bilingue en comptant sur ma gratitude. Je suis tannée de nous entendre marmonner entre nous, pauvres féministes de la francophonie.

Nombre d’organismes « canadiens », dont plusieurs à vocation féministe, se dorent les épaulettes en adoptant une traduction de leur nom, en traduisant un petit pourcentage de leurs publications, en ajoutant une dentelle à leurs discours – genre « et une pensée pour nos sœurs francophones » – tout en n’analysant jamais un problème autre que du point de vue dominant pour ne pas dire Toronto, tout en croyant qu’une conférence bilingue c’est avoir l’interprétation simultanée et dire bonjour avant de présenter la prochaine présentation toujours en anglais, tout en ne communiquant jamais en français sur les réseaux sociaux – ne cherchez pas les fils Twitter ou Facebook en français de la Fondation canadienne des femmes, de l’Alliance féministe pour l’action internationale, ou d’À Voix égale, par exemple.

Cette prétention d’être inclusivement bilingue est antiféministe, et néfaste pour les francophones. Ces organismes donnent l’image que rien ne se passe dans la francophonie, que tout se passe dans le monde anglophone. Ils s’attirent les dons, les accolades et les subventions d’un organisme « national » qui ne l’est pas.

Demande-leur quand est la dernière fois qu’ils ont traduit un texte du français vers l’anglais, quand ils ont consulté ou organisé une activité avec les féministes de la francophonie.

Ces groupes font du travail essentiel. Et font du tort. Ils occupent de l’espace à nos dépens. Vous nous assimilez. How feminist is that?

 

Tout le temps il faut s’aider

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle, le 12 août 2016.

Lorsque j’écrivais une chronique politique hebdomadaire, les textes qui suscitaient le plus de réaction étaient ceux portant sur l’Acadie et les droits linguistiques. Un bon nombre de francophones m’écrivaient mais je veux vous parler de la réaction des anglophones.

Ma chronique était en anglais. Les réactions des anglophones à mes chroniques étaient en grande majorité positives. (L’autre partie était de la haine crachée, et je les oubliais aussitôt à moitié lu). La majorité donc, – disons une centaine d’individus dans les 18 mois que j’ai signé une chronique provinciale – m’écrivaient pour me dire soit, ‘je ne savais pas que c’était comme ça’ ou ils me confiaient leur propre cheminement sur cette question. Pour ces derniers, j’ai souvent été surprise que le point de départ de leur cheminement était du mépris, du racisme pur, appris aux genoux de leurs parents, de leur société, de l’école. Mais ils m’écrivaient avec une toute autre perspective, me disaient qui ou quoi les avait changé et exprimaient une belle appréciation de la solution Néo-Brunswickoise à la coexistence.

Hier je me rappelais d’un de ces correspondants, un homme de Brooklyn qui avait reçu ma chronique du 15 août 2000 de sa deuxième cousine du N.-B.  Sa grand-mère était acadienne, déménagée aux États-Unis il y a 100 ans. La famille n’a jamais parlé le français, mais ils ont mangé acadien. Il dit qu’il se sent Acadien en esprit et que de son appartement à Brooklyn, il rêve de l’Acadie.

Il avait visité l’Acadie en 1972. Je ris encore de ses histoires de sa recherche, en anglais avec l’accent Brooklyn pour « une famille Robichaud » dans un village de la région de Kouchibouguac. « Mister, y’a presque pas de famille qui ne sont pas des Robichaud ».

Mais je veux vous parler de sa deuxième visite, en 2000.  Ç’a été une visite réussie, il a visité ‘toute son monde’. Mais en s’en retournant aux États, il s’arrête à Fredericton. Il fait connaissance de gens, très accueillants jusqu’à ce que on lui demande ce qui l’amenait de New York au Nouveau-Brunswick.  Il répond qu’il est Acadien et visitait la parenté. Il dit que la salle s’est figé. Froid immédiat. Il m’écrit, « Je suis Acadien mais je suis aussi New Yorker avec l’attitude qu’on leur connaît et j’ai plus de 6 pieds et 240 livres ». Il poursuit, « Je leur réponds, ‘Hey pal, you gotta problem wit dat?’« .  Ils ne semblaient pas s’attendre à cela, dit-il.

Il cherchait par tous les moyens à déménager en Acadie. Je lui ai dit que je le lui souhaite et je nous le souhaite.

S’il est parmi nous, toutes ces années plus tard, j’aimerais qu’il nous donne des cours, « Hey pal, you gotta problem wit dat?« . Ayant appris récemment un peu au sujet du concept des universités populaires, je me dis, pourquoi est-ce que notre université n’a pas une branche « populaire ». Il ne manque pas de besoin dans l’Acadie du Nouveau-Brunswick. Voilà un thème que l’on pourrait envisager d’offrir : « L’auto défense en Acadie ».

C’est au tour des nations autochtones

Ce texte a été publié en premier par l’Acadie nouvelle le 13 avril 2016.

J’ai un biais en faveur des autochtones.

Ils ont sauvé mes ancêtres, à notre arrivée et pendant la Terreur au 18e siècle. Ils vivent parmi nous et on ne sait rien d’eux. Malgré nos meilleurs efforts ignobles, leur culture est toujours vivante, pour la plupart et pour l’instant. On partage un pays – le leur – mais ils n’ont pas notre qualité de vie.

Malgré ce qui leur est arrivé et leur situation actuelle, ils ne sont pas des terroristes. Les autochtones d’aujourd’hui sont des rescapés de nos tentatives d’ethnocide, et ces tentatives pourraient « réussir » à retardement.

Ils ont un sens d’humour et le fou rire facile, de mon expérience.  Ils ont sauvé mes ancêtres. Certaines de mes ancêtres sont autochtones.

Pour ces raisons donc, j’ai un biais en faveur des autochtones.

Mais ce n’est pas pour tout ça que je pense que la question la plus critique pour le Canada est la question autochtone.

Je pense ça parce qu’on n’aura jamais la paix si on ne règle pas cette question. Non pas parce qu’on va être tanné et traqué par les partis concernés – on le sera peut-être. Et non pas parce que la réputation du Canada va en souffrir – elle en souffre déjà mais pas assez. Cette question est cruciale parce qu’on est dans le tort, et si on ne fait rien, on ne fait que remettre à plus tard. Le Canada a un malaise qui dérange notre conscience, et notre bonheur.

C’est comme vivre d’argent volé – crois-tu vraiment qu’on peut être heureux sans régler ça ?

Donc, le Canada a un problème : nous. Nous sommes le problème des autochtones.

Ils étaient sur ces terres depuis des millénaires lorsqu’ils nous ont accueillis. Les autochtones d’ici n’ont pas cédé leurs terres, mais plus tard le gouvernement les a rassemblés dans des camps et leur a imposé une forme de gouvernement qui ne leur a pas donné les mêmes droits que nous autres citoyens, et qui souvent n’a pas respecté les traités. La Loi sur les Indiens imposée a toujours des effets très néfastes dans leurs communautés.

Des centaines de milliers d’eux, aussi jeunes que 5 ans, sont arrachés à leurs parents et envoyés à des écoles résidentielles, afin « d’éliminer le rôle des parents dans l’épanouissement intellectuel, culturel et spirituel des enfants autochtones », le mandat officiel de ces écoles, dont la dernière a fermé en 1996.

La Commission Vérité et Réconciliation, dont le travail de 2008 à 2015 a été subventionnée par les survivants de ces écoles, a créé des ressources excellentes pour en apprendre davantage.  Sept générations ont passées à travers l’enfer de ces écoles. La Commission a conclu qu’il faudra sept générations pour recréer une relation saine entre nos nations. Il faudrait s’y mettre.

N’importe le passé, la chose qui compte est ce qu’on en fait au présent.

Heureusement, une majorité de Canadiens et Canadiennes sont favorables à la priorisation politique de la question autochtone. Cela peut surprendre puisqu’il peut sembler que les horreurs qu’ont vécu et que vivent les autochtones ont peu de pouvoir pour nous arracher de notre léthargie. Se mobiliser pour des réfugiés, on sait le faire mais que des milliers de femmes autochtones disparaissent, des milliers de jeunes autochtones se tuent, des milliers d’autochtones vivent dans des conditions tiers-mondaines, … bof. Je suis d’avis que le problème est en partie que ce n’est pas une situation où, comme le curé personage dans le roman de George Bernanos, on trouve « une injustice qui se promène toute seule …et à ma taille, ni trop faible ni trop forte », et alors on « saute dessus, et l’étrangle. » Essaie de trouver quelque chose à ta taille dans cette situation. Moi je trouve peu.

N’essayons pas de régler cette question à coup de sympathie et de travail social.

Ce sont les décisions politiques qui nous ont amené à ce point, à un point où le syndrome de stress post-traumatique est presque dans l’ADN de nombres d’autochtones, comme ils disent. Tu crois que des excuses et des cérémonies vont faire l’affaire ?

C’est plutôt un problème politique et une question de justice. Nous avons à reconnaître leur droit à un partage équitable des territoires et des ressources.

Nous devrons négocier nation à nation, entre égaux. À la fin, il faut que les autochtones soient aussi autonomes et heureux que nous.

Heureusement, le nouveau gouvernement fédéral fait des bruits dans ce sens, de vouloir s’attaquer à la question de nation à nation.

Voilà une tâche à notre taille : Tenons-les à leur mot. Mettons la question au haut de notre liste de priorités pour le pays. Ce n’est pas un passe-droit, mais son contraire.

C’est une question de justice à résoudre, avec quelques siècles de retard, afin qu’on puisse vivre de plein droit dans ce beau et jeune pays.

Dear English New Brunswickers

It has come to my attention that you may well have words of wisdom for New Brunswick Acadians. Your community seems to be doing well and I probably should have thought of asking for advice before. I have the impression that you all have a better way of dealing with some issues than we do. Can you help me here:

What do you do when you cannot get served in English? When it’s the tenth time that day, do you do anything different?

Before you go the hospital or call the ambulance, how do you prepare to be understood – do you call a bilingual child or neighbour, or do you have an app for that?

What do you think has been your best strategy for obtaining service in English?

What measures does your community take to avoid assimilation? Do you worry when you hear your children speaking another language with their friends? What do you do to ensure your community has media in its own language?

What has been your best strategy for the survival of your language?

Because I think this is important to our getting along, I really need for any English New Brunswicker speaking on bilingualism or Acadians to first give me their answers to those questions.

Le voile et la citoyenne

C’était une journée blizzardesque d’un hiver magistral récent – je sais ce n’est pas très précis, disons qu’il s’agit de 3-4 hivers passés -, j’étais arrêtée à un coin de rue avec mon balaklava obligatoire – sans ça tu mourais drette-là – et la femme devant moi se retourne. C’est une musulmane portant le voile – le niqab. On se regarde. Je vois qu’elle se détend en me voyant. Je me demande combien de fois dans la journée elle relaxe comme ça. Je lui souris. Je me demande si mes yeux sourient lorsque je souris. Je suis amusée de voir que mon balaklava est plus total que le sien. Je note que son voile n’est pas fait pour la protéger d’un hiver canadien.

Aujourd’hui, une journée exceptionnelle de septembre, alors que je suis assise presque au même coin de rue, je pense à elle. J’ai la face tournée vers la douceur du vent et du soleil, avec un sourire béat et une robe d’été.

Et je pense à elle. Que fait-elle ?

Pour quelle raison absurde doit-elle se cacher la face par une telle journée ? Je sais, y’a culte, coutume, religion, contrainte. Et je leur donne tout le respect que nous leur devons.

Mais pourquoi se cacher la face à moins qu’il y ait une tempête ?

On me demande – je me demande ! – quelle est mon opinion au sujet du « voile et la citoyenne canadienne », et je n’ai pas d’opinion parce que je suis fixée sur cette question. Je ne peux pas dépasser cette question. Et ce n’est pas un point politique, légal ou religieux. Il semble qu’au lieu d’une opinion, j’ai un sentiment.

Mais que veulent ces anglos ?

Mais que veulent ces associations pour les droits des anglophones ? En cette journée nationale, je partage ce que je comprends de ce qui se passe.  Les anglos qui ragent veulent nous rappeler que:

  • Le fonctionnaire doit primer sur le citoyen – le fonctionnaire a le droit de décider de la langue de service du citoyen. Ceci vaut pour les fonctionnaires anglophones.
  • Le citoyen a le droit de payer ses impôts et se taire. Ceci vaut pour les citoyens francophones. Ah oui, et ces citoyens-là devraient changer de langue lorsque des anglophones arrivent dans la salle
  • L’anglais est plus important que le français. Parce qu’ils sont une majorité, parce qu’il doit y avoir un dominant, parce que les anglais ont gagné la guerre.
  • Le français fait mal aux yeux des anglophones. Chaque enseigne bilingue, chaque dépliant de vente à l’épicerie dans les deux langues, et surtout chaque affiche en français écorche ces anglos. C’est comme ça. Et les francophones semblent insensibles à ce fait.

Une Course d’aveugles

Mon gouvernement nous trouve tanants et veut nous envoyer à une institution. Au moins on nous envoie à Dialogue NB et pas la SPCA. Donc je m’informe quel est ce groupe que je ne connais point, et je vois que ça existe depuis longtemps – who knew? – et que son activité de l’année est une course qui a lieu demain, 14 août 2015.

La Course étoilée pour le dialogue a lieu la nuit sur 5 et 10 km le long des sentiers de Fredericton. On vous invite à venir courir et dialoguer. Avec une lampe et des bâtons lumineux.

Je ne me moque pas. C’est ça que c’est.

Ce serait plus croyable comme embuscade, c’est ma première réaction. Je me raisonne et me dit que c’est peut-être une farce. Tsé, proposons une activité si folle, si peu pertinente au problème énoncé, qu’on ne peut que pouffer de rire, anglo et franco d’une seule voix.

Je ne comprends plus rien. Je sais juste qu’il faut se méfier de gens qui t’attendent au coin de la grange avec un fanal et un bâton.

L’Acadie rétrécit à vue d’œil

Par une journée de gros frette de février 2006, je me suis rendue après l’ouvrage à une conférence à Fredericton par l’historien de Yale University, John Mack Faragher, reconnu « historian of the American Frontier ». Je n’avais pas encore lu son livre alors tout récent, « A Great and Noble Scheme, The Tragic Story of the Expulsion of the Acadians from their American Homeland ».

Quelque temps plus tard, j’ai lu son livre, une lecture ébarouissante.

Je me rappelle comme une plaie les premières minutes de sa conférence. Le monde assemblé ce soir-là était surtout des historiens amateurs et professionnels de Fredericton, Moncton et du Maine, surtout des hommes d’un certain âge. Après les premières minutes de mise en situation par M. Faragher, ces hommes se mouchaient ou avaient les yeux à l’eau. Moi je reprenais mon souffle et avais la gorge trop grosse pour poser mes questions. M. Faragher avait, avec une innocence simple, décrit ce qu’il savait de Pointe Sainte-Anne, ce qui est aujourd’hui Fredericton – que c’était le siège d’échanges entre peuples autochtones depuis temps immémoriaux, que les Acadiens y avaient vécu pendant une centaine d’années avant les troubles, et que très près d’où nous étions, en un même mois de février, en 1759, le colonel britannique Monckton, entre autres, y avait mené un massacre connu pour avoir été particulièrement barbare. 2 000 soldats britanniques montaient la rivière Saint-Jean pour purger les terres. M. Faragher décrit le scalpage de familles acadiennes entières à Pointe Sainte-Anne, le viol de femmes, après avoir amarré l’homme de la maison à une chaise, avant de tuer tout le monde et de mettre le feu. Et pire. Disons que ce n’était pas l’analyse géopolitique sobre d’un incident historique qu’on nous sert souvent.

Récemment, lorsque le maire de Fredericton exprimait à quel point il est exaspéré de voir que les Acadiens sont encore là et prennent de la place, j’ai repensé à cette conférence de M. Faragher. Et au fait que cette « capitale » n’est toujours pas une terre d’accueil. J’en aurais long à dire sur ce Fredericton.

Quelle annus horribilis, par moment, en Acadie jusqu’à date, hein ? Je ne pense pas seulement au maire Brad Woodside et aux organismes anti-francophones qui poussent comme des champignons dans la merde. Je réagis surtout au fait que ces choses peuvent se faire sans qu’une belle masse de politiques ou d’anglophones raisonnables se lèvent, ou lèvent le petit doigt.

Faut-il être malchanceux pour que, juste en même temps, la SANB soit « en réparation ». Et le gouvernement, comptant pour une fois une belle bouillée d’Acadiens, qui semble croire que c’est là la raison même qu’il ne peut pas se permettre de nous défendre.  Peut-être qu’entre-temps la SPCA pourrait nous venir en aide ?

Pis la réponse du gouvernement à la suggestion de la Commissaire aux langues officielles que les plus hauts des hauts fonctionnaires, s’ils sont vraiment les plus brillants, devraient être bilingues. Le gouvernement ne lui a pas même laissé finir sa phrase avant de la dénoncer.

Pis notre journal national, important comme il est quand même, y’a du monde comme moi qui diront qu’ils ont plus d’espace à donner aux concours de beauté bidons qu’à ces enjeux déterminants pour l’Acadie.

L’Acadie rétrécit à vue d’œil.

La seule Acadie qu’il va nous rester bintôt est celle de la musique et des arts, parce que tout le monde, y compris « nos amis les ennemis », nous aime lorsqu’on s’en tient à ça. Ils aiment notre « joie de vivre », qui a plus à voir avec Maurice Chevalier qu’avec nous autres Acadiens, rescalpés malcommodes.

Peut-être qu’il y a moyen de négocier pour que les prix Éloizes ajoutent au moins des catégories « projet de société »? Question de tiendre en vie cette idée folle pour un boute. Tsé, un prix Espoir et un prix Désespoir. Un prix Résistant et un prix Vendu. Un prix Événement Bénaise, et un prix Événement Misère noire.

Cette année je réclame pour moi le prix  « Il pleure dans mon cœur ».

Les citoyens ont tous les intérêts

Je suis en Grèce depuis quelques mois. Je lis beaucoup ici – voyager pour moi est une part découvrir un pays, une part lire ce que j’ai en réserve depuis toujours, et une part chercher à comprendre ce que je vois. Heureusement, tous les restaurants en Grèce, tous, ont des nappes en papier, donc je prends en note ces choses qui m’ont fait dire Hein ? et plus tard, je fouine sur internet. Et, étant en Grèce, étant donné les références que je vois, mes recherches ont souvent affaire aux notions de démocratie, de citoyenneté, et de la philosophie. (Je lis aussi au sujet du traitement abusif par les Allemands, par l’Europe et par le Fonds monétaire international de la Grèce, mais je dérape …)

Et voilà que mes méandres me sont utiles dans ma réflexion sur une question bien de chez nous. La représentation au sein d’un organisme d’individus et de représentants de groupe.

Disons qu’une religion demandait d’être représentée à la Chambre des communes du Canada parce qu’une majorité de Canadiens sont de cette religion-là. Ou parce que la religion représente une minorité de Canadiens qui est souvent victime de discrimination.

Ou disons que la Chambre de commerce du Canada demande d’avoir un siège réservé à la Chambre des communes … officiellement, je veux dire.

Ou, rêvons, disons que les Canadiennes forment à nouveau un regroupement national sérieux et qu’elles exigent quelques sièges au sein du pouvoir législatif.

Qu’est-ce qu’on fait ?

On dit non. Ça ne doit pas se faire.

Parce que le citoyen prime, la citoyenne itou.

Les citoyens ont des droits, selon la Charte canadienne des droits et libertés. Les citoyens ont tous les intérêts.

Les groupes ? Pas pareil. Ils ont des intérêts spécifiques. Ces groupes, associations, coalitions, organismes, qui sont essentiels, ne sont que nos instruments. Les citoyens font des groupes mais les groupes ne sont pas des citoyens. Ils ont certains intérêts différents, même. Les groupes doivent défendre l’intérêt de leurs membres. L’assemblée, elle, – que ce soit la Chambre des Communes, la SANB, ou Voix des femmes, par exemple – doit également s’occuper de l’intérêt général et du bien commun.

Dans un organisme formé à la fois de citoyens et de représentants de groupes, il y a forcément tension et dysfonction. Les représentants de groupe devront consulter leurs membres, ou ils n’agissent pas tels des membres à part entière, libre de réfléchir et décider à leur guise. Ou ils ont des conflits d’intérêt entre le bien commun et le bien de leur groupe, ou ils exigent une survalorisation de leur vote et opinion en raison du nombre de personnes qu’ils représentent. Il arrive que des représentants de groupes proposent un raccourci – un court-circuit, si vous voulez : étant donné qu’ils ont étudié les dossiers, qu’ils ont des employés même, qu’ils sont mandatés, et étant donné la faible participation des citoyens ou la difficulté d’attirer la participation d’individus, les groupes peuvent représenter la population générale.

Ce serait malheureux, pour nous et la démocratie.

Il faut mettre l’effort pour redécouvrir ou inventer un format de participation citoyenne qui attire et qui fonctionne. Revaloriser le citoyen, la citoyenne itou.

Si l’Acadie était féministe

Un sommaire du discours prononcé à l’Université de Moncton campus de Shippagan, le 20 mars 2015.

Je veux premièrement reconnaître que cette activité a lieu sur le territoire traditionnel des peuples autochtones de la Confédération Wabanaki, qui n’ont pas cédé ce territoire à la Couronne.

Un projet féministe de société est ambitieux, parce qu’il ne s’arrête pas à se comparer aux hommes, ce qui ne serait pas très ambitieux – et je ne me moque pas des hommes – c’est plus vaste que ça. Une société féministe cherche à éliminer toutes formes de dominations et d’inégalités – entre hommes et femmes, entre les femmes, entre les peuples.

Dans une société inspirée du féminisme, il faudrait par exemple une refonte du système économique et politique afin que l’État soutienne les mouvements sociaux qui luttent contre les inégalités.

Si l’Acadie avait été féministe, du débutEh ben, pour l’être, féministe, il aurait fallu que l’Acadie soit très différente de son temps. Pour commencer, aurait fallu qu’elle ne soit pas sous l’emprise de l’Église, ou que l’Église ait été féministe. Parce que le rôle de la femme était limité, pas seulement par les coutumes et les lois, mais il était fixé par les enseignements de l’église.

Il y a quelques années, Josette Brun, historienne et professeure à Université Laval, a publié une étude Vie et mort du couple en Nouvelle-France. Elle a examiné les rôles joués par les hommes et les femmes au sein du couple et ce qui arrive aux veufs et veuves, de 1710 à 1744, à Louisbourg, Port-Royal (et au Québec). Pour un échantillon de 25 couples de Louisbourg, elle a analysé les archives notariées, la correspondance religieuse et administrative, les recensements.

Elle a trouvé qu’une fois mariées, les femmes, n’importe leur rang social ou l’occupation du mari, sont rarement associées à la paperasse signée devant notaire, … sauf lorsqu’il s’agit de signer pour une dette. Lorsqu’il s’agit de la vie professionnelle du mari, presque rien. Presque pas d’hommes à Louisbourg n’ont donné une procuration à leur femme pour les remplacer devant le notaire. L’homme dirige le couple et la famille. Les femmes sont confinées à la vie privée. Il y a des cas exceptionnels, mais la grande majorité des femmes de cette Acadie sont tenues à l’écart des affaires conjugales. Les veuves sont plus affligées que les hommes par «l’image négative associée à la vieillesse». Celles de plus de 40 ans ont plus de difficultés à se remarier et l’église n’encourage pas ces veuves qui dépassent la quarantaine à se remarier – le but du mariage étant de faire des enfants – elles devraient consacrer le reste de leur vie aux bonnes oeuvres. Aussitôt veuve, l’Église leur enlève le droit de succession au « banc d’église ».

Un âge d’or de la condition féminine en Acadie ? Oublie ça. Ni le contexte colonial ou l’avantage démographique n’ont entrainé une redéfinition des rôles…

Je ne connais rien non plus, au 18e siècle ou au jour d’aujourd’hui, qui me laisse croire que l’Acadie a été féministe.

Bien sûr, il y a eu des femmes fortes, féministes, qui ont agi et réagi au nom de l’égalité ou la dignité – l’idée de féminisme n’est pas né hier, ou dans les années 60.

Mais Acadie féministe ? Non :

Les acadiennes n’ont pas eu droit à l’éducation avant les autres femmes, ni même en même temps que les Acadiens. Les sœurs qui ont voulu organiser des collèges pour filles ont rencontré de l’opposition, de leur archevêque et d’ailleurs, à l’occasion.

Lorsque les femmes du Nouveau-Brunswick pétitionnaient et manifestaient pour le droit de vote – sur une période de 50 ans elles l’ont fait -, les Acadiennes n’y étaient presque pas. À part les lettres de Marichette dans l’Évangéline, les Acadiennes étaient absentes du débat des suffragettes.

Sept ans après l’obtention du droit de vote par les femmes du Nouveau-Brunswick, le journal l’Évangéline publie un éditorial en première page : « L’immense majorité des Acadiens verrait sans objection le rappel de la loi qui donne le droit de vote aux femmes. » Treize ans après l’obtention du droit de vote, le journal Le Fermier acadien publie un article demandant aux bonnes Acadiennes de rester au foyer, de ne pas sortir voter…

La « patente » acadienne n’a pas inclus de femmes, n’a pas travaillé pour l’égalité. Nos Chevaliers de Colomb ne sont pas plus féministes, inclusifs, qu’ailleurs.

Nos curriculums scolaires n’ont pas parlé des femmes plus que les autres ; nous n’avons pas un meilleur taux de femmes dans les domaines non traditionnels, au contraire. Notre Université de Moncton a peu de femmes dans les postes de décision, n’offre pas de programme en études féministes, ses instituts et ses professeurs publient très peu des données ou d’études sur des questions d’égalité ou qui font mention de la variable sexe.

Nos municipalités francophones ont moins de mairesses et de conseillères que les autres, n’ont pas plus de politiques familiales ou d’analyse inclusive.

Les Acadiennes élues au provincial sont rares, et l’élection des premières n’a pas lancer une tendance, loin de là.

L’Assemblée législative compte 8 femmes sur 49 députés, soit 16 % de représentation féminine. La moyenne mondiale toutes chambres confondues est de 22 %. Les États arabes (18 %) font meilleure figure que le Nouveau-Brunswick. En 2006, lorsque Liane Roy, alors consultante, a publié une chronique, Pourquoi si peu d’acadiennes en politique?, elle a suggéré qu’on doit regarder l’éducation des enfants et le statut accordé aux femmes. Elle a aussi dit que très peu d’Acadiennes se sentent interpellés par la politique, qu’elles ne sont pas certaines qu’elles seraient entendues et pourraient faire une différence.

Nos médias ne font certainement pas plus de place aux femmes et aux questions féministes que d’autres médias. Aucune femme n’a occupé un poste d’éditorialiste au sein de L’Évangéline, Le Matin, ou l’Acadie Nouvelle.

Marie-Linda Lord s’est penché sur cette question : « Les études sur les femmes en Acadie sont rares. Il n’existe pas de lignée de femmes porte-parole médiatiques en Acadie. » « Véritable archétype des exclus, la Sagouine est une personnification féminine d’une prise de parole acadienne, voire universelle, qui n’était rien de moins qu’un geste d’affirmation qui a réussi à se faire remarquer. Près de 40 ans plus tard, la Sagouine émerveille toujours, et le succès de cette prise de parole par une femme, même fictive, reste inégalé dans la réalité médiatique acadienne. » * http://www.umoncton.ca/umcm-crea/files/umcm-crea/wf/wf/pdf/ournalisme_en_Acadie__un_enjeu_d__mocratique.pdf

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick a conclu, dans son Analyse de la représentation des femmes dans l’actualité de la presse écrite provinciale francophone Nouveau-Brunswick, publié en 2011 :

Les femmes sont sous-représentées dans presque tous les sujets d’actualité même dans ceux où elles sont en réalité fortement présentes – santé, éducation, communautaire, arts. Dans les 494 reportages de l’actualité de L’Acadie Nouvelle examinés, les femmes étaient 25% des intervenants. Dans les 185 articles traitant d’enjeux relatifs au gouvernement ou la politique, elles étaient 18% des intervenants. L’examen du cahier provincial de L’Étoile a donné des résultats semblables.

Le Regroupement a conclu que la contribution des femmes dans la société n’est pas reflétée justement et les médias participent à cet état de chose. Le groupe a donc produit une liste d’intervenantes prêtes à prendre la parole et l’a diffusée, offert des ateliers pour aider les femmes à se préparer aux entrevues avec les médias et co-organisé un colloque sur la place de la femme dans les médias, avec l’Association acadienne des journalistes. * https://www.youtube.com/watch?v=k4Pr_h96XUI

Ce mois-ci, le journal l’Étoile a publié un long article* sur ce travail du Regroupement féministe, en anticipation de la publication prochaine par le groupe d’une deuxième analyse de la place des femmes dans les médias acadiens. (* Comment augmenter la visibilité des femmes dans les médias acadiens?, 9 mars 2015, L’Étoile.)

Dans l’article, le président de l’Association acadienne des journalistes (AAJ) confie que le genre n’est pas un facteur considéré par les membres de son association lorsqu’ils cherchent des intervenants : « Une des cibles (du Regroupement) était de travailler avec les journalistes pour qu’ils incluent plus de femmes comme sources dans le contenu médiatique. On a essayé de leur expliquer notre réalité, parce que lorsque nous travaillons sur un sujet, on va chercher l’intervenante ou l’intervenant le plus habilité à nous répondre, la personne qui a l’information … On a dit au Regroupement féministe que c’est important de sensibiliser les organisations afin qu’elles donnent plus de place aux femmes, et de sensibiliser les femmes afin qu’elles prennent plus de place ». Lire la suite

Miss Canada, Gérald LeBlanc et l’Acadie

Mon quotidien, le seul quotidien acadien, a beaucoup d’espace à accorder au concours Miss Canada. Ça me trouble mais il se peut que j’exagère.

Pourtant, je sais que mon Acadie Nouvelle est le seul quotidien qui a rapporté les résultats de ce concours. Trois jours après « le couronnement », il est toujours le seul au monde à en parler. Quoi penser ?

Est-ce signe que les réalisations acadiennes sont encore comme toujours écartées et que je devrais être offusquée, comme Acadienne et comme femme ? Après tout, une Acadienne a été enfirouapée par l’entreprise qui a repris le nom « Miss Canada », elle a payé de la bonne argent pour ses frais d’inscriptions et obtenu les « votes internet » qu’il faut pour gagner ce concours bidon présenté par une entreprise douteuse. Pis le Canada, le monde ne célèbre pas avec nous ! Une insulte ! Atteinte à nos droits de communauté linguistique officielle !

Ou est-ce que je peux laisser libre cours à mon sentiment de deuil du journalisme écrit en Acadie, et dire, pourquoi on a tant de meneurs de claques.

Ou, ayant une Maîtrise en journalisme et ayant été journaliste, connaissant les conditions honteuses dans lequel cette profession noble est pratiquée et sachant que la Miss a été couronnée un 8 mars, la tannante Journée internationale des femmes pour les journalistes, est-ce que je devrais être solidaire avec ceux qui ont trouvé judicieux de consacrer toute cette surface journalistique à la Miss, aye, ça rempli des colonnes.

Non. À y penser, la poésie du regretté poète acadien, Gérald LeBlanc, m’offre, encore comme toujours, une porte de sortie :

« On peut répondre fuck ouère off et ça change le rythme encore une fois : qu’est-ce que ça veut dire, venir de nulle part ? »

https://rosellam.wordpress.com/2015/02/03/les-valeurs-acadiennes/

Les valeurs acadiennes

La nouvelle – présentée avec éclat dans une pleine page par mon quotidien national – qu’il y a une possibilité – o mon cœur – que les prochaines Miss Canada et Miss Teen Canada pourraient être Acadiennes m’a mise dans un état.

Non, mais penses-y ! Une Acadienne qui est Miss Canada et une autre Miss Teen Canada ! Eh ben là on dira que les temps ont bien changé ! Parce qu’une Acadienne au trône abolira le concours. Étant Acadienne, elle dira qu’un concours basé sur les restants d’un système discriminatoire n’a pas de raison d’être. Les jeunes – l’espoir de l’Acadie ! – ne sauraient tolérer ça, de la même façon que les Acadiens ne tolèrent plus les politiques qui les font se taire, les font agir contre leur intérêt, les font perdre leur âme pour être acceptés…

Une Miss Canada Acadienne révélera le côté bidon de ces concours. Elle révélera l’histoire trouble du concours, ce que d’anciennes reines ont à dire, comment les profits sont générés, comment ce n’est même pas pertinent de discuter si c’est un concours de beauté ou de personnalité parce que en partant, il s’agit d’une initiative pour tirer le maximum de ce qui reste comme possibilité d’exploitation sexiste dans la société. Si les médias veulent entendre que c’est un concours de personnalité, c’est ce qu’elle dit, le journaliste ne vérifie rien. Pour faire court, elle pourrait inviter tout le monde à visiter le site internet de Miss Canada et Miss Teen Canada. MDR!

Et elle serait couronnée le 8 mars, la Journée internationale des femmes ! Quelle fierté. Et quel soulagement ce serait pour les médias acadiens. Ils n’auraient pas à chercher un sujet « femme » pour le 8 mars – tsé, comme le manque d’action en Acadie contre le manque d’Acadiennes en politique élue, la violence faite aux femmes, l’absence de services de garde abordables et en français, les problèmes causées par l’objectivation des femmes … Ouf. Sauvé !

Je me trouve bien bête parce que ma première réaction, en lisant cet article dans l’Acadie Nouvelle de ce matin, était que le journaliste avait perdu son objectivité devant le sujet, que la rédaction avait sauté une étape à cause des tempêtes, que la tradition acadienne de mollesse face à la lutte au sexisme se maintenait. Mais non, la relève jeunesse nous sauvera.

Le journaliste nous l’affirme ce matin, les deux jeunes femmes «  ont un bel avenir devant elles ».

Pis notre droit au blasphème, bordel ?

Quelle tristesse, cette semaine. D’abord, l’assassinat des travaillants de la revue Charlie Hebdo – non mais quelle tristesse. Les Charlie Hebdo du monde sont des hymnes à la vie. Charlie sévit contre les idées et les systèmes qui s’en prennent à l’humain. Et on les tue ! Parce qu’ils sont vulgaires. C’est comme tuer quelqu’un parce qu’il est laid.

Ensuite, quelques jours plus tard, on entend des commentaires – rares mais si surprenants et si triste à entendre – de personnes, même d’ordinaire sympathiques, disant que, en fin de compte, Charlie Hebdo cherchait le trouble, qu’il provoquait. Tsé comme on dit, as-tu vu comment courte était la jupe de la victime. Il y en a même pour suggérer que c’était une publication raciste. Il faut ne pas avoir besoin de savoir avant de parler pour dire ça. Ce qui m’attriste est que des gens biens puissent se tromper si bêtement. Moins bête que méchant, comme disent des personnages de Charlie Hebdo. « Nous nous moquons de nous, des politiques, des religions, c’est un état d’esprit », dit Richard Malka, un des associés de la revue.

Je voudrais dire à ces gens : Donc quand Yvon Deschamps parlait des juifs, vous pensiez qu’il est raciste? Pis son monologue ‘J’haïs les bébés’ – il cherchait le trouble ? Qui veut vivre dans un monde où on peut pas se moquer de tout? La vraie morale se moque de la morale (Blaise Pascal).

Notre droit au blasphème sera important à notre survie. On doit le protéger contre tout. Parce que as-tu vu ce à quoi on a à faire face, nous, petits gens – les religions, les religieux, les idéologies, les forces organisées, les cons.

Comment ne pas reconnaître que les caricatures de dieu qui pleure parce que c’est dur dur d’être aimé par des cons, ou du bébé Jésus qui nous dit Merde!, ce sont des cadeaux à nous, petits gens. L’usage abusif des dieux, ce sont les intégristes qui le font, pas les Charlie Hebdo. Comme l’a dit le Pape depuis le massacre, lui qui est aussi fréquemment une cible de la revue, l’intégrisme élimine non pas seulement des humains, mais aussi le dieu même puisque dieu ne devient qu’un prétexte idéologique.

Également triste, la réalisation que cette violence ne va pas arrêter bientôt. Les religieux ne savent pas plus que moi comment éviter la mauvaise appropriation – l’instrumentalisation – des dieux, des religions. Comme dit Abdennour Bidar, philosophe spécialiste des évolutions contemporaines de l’islam, «La religion peut être le cœur de réacteur d’une civilisation humaine… L’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière. »* Et comme dit Bernard Richard dans l’Acadie Nouvelle de ce matin, « Je rêve du jour où les religions, les croyances, les idéologies, les politiques ou peut-être l’absence de celles-ci produiront un monde meilleur. » Lire la suite

Who you gonna call when you need an ambulance?

This commentary was first published by the New Brunswick Telegraph Journal on November 1 2014.

It is mindboggling to me that New Brunswick taxpayers frequently cannot get service in their official language and there’s no outrage by politicians, no shame, no change.

On the other hand, and in the spirit of fairness, I do acknowledge everyone is able to pay their taxes in their language. That is not lost on me.

But call an ambulance or get health services in your language? Don’t count on it.

Of all things, emergency services should be bilingual. In times of panic, who can even remember how to yell for help in another language, let alone describe symptoms?

In New Brunswick, no one should even have to, if they speak one of the official languages.

The owner of a daycare called 911 when a child was having difficulty breathing. The three ambulance attendants who responded were unilingual in a language other than hers and the child’s. The owner relied on her teenage son to act as an interpreter.

A clinic called 911 for an immediate transfer to a hospital of a woman who had gone there. The two ambulance attendants who arrived could not communicate with the patient or her spouse.

A man felt discomfort while at a restaurant and an ambulance was called. None of the three ambulance attendants could speak the language of the patient and his family.

A woman dialled 911 while her brother was having a hypoglycemic attack. The two ambulance workers who arrived were unilingual in the language that the patient does not speak.

A woman received a call in the night from her sister who said she could hardly breathe. She called for an ambulance and raced to her sister’s home. She was prevented from going to her sister’s side. A firefighter was acting as interpreter, since no ambulance attendant could speak the patient’s language. It was noted that the firefighter, not being a real interpreter, was unable to translate certain terms.

A man found his wife on the kitchen floor, called 911 and was soon met by four firemen and two unilingual ambulance attendants who started work on her. An attendant asked him a question, which he did not understand. Asked repeatedly the same unintelligible question with increasing urgency, with precious seconds passing, the husband says “Yes!”. The 56-year old woman is transported to hospital and dies. The husband, in shock, accosts the attendant to ask, “What did you ask me earlier?” Not important now, was the answer. A nurse comes to calm the situation and tells him the question was whether his wife left instructions that she should not be resuscitated. The widower believes she could not have been resuscitated, which the autopsy confirmed, but says New Brunswick is playing with lives.

Just a few incidents of the last five years. The last one is still under investigation but the others have been confirmed.

Does anyone not survive the inadequate communication capacity of Ambulance NB? If you don’t have someone with you when you call an ambulance, who knows? Lire la suite

Les hommes, paraît-il, font pitié

La fine fleur de la population étudiante de l’université acadienne, mise à profit pour la publication de son journal fleuron, Le Front, a publié une caricature qui voulait nous faire apprécier la situation intolérable dans laquelle les hommes se trouvent.
À notre surprise, ils ne s’en prennent pas au système qui prescrit sans équivoque des valeurs et des comportements à ceux dotés d’un zizi. Ils avaient mieux que de nous parler de la cage dorée et du système patriarcal qui gâche des vies d’hommes et déforme des sociétés. Provoqués par une femme qui avait fait un discours remarqué invitant les hommes à contribuer à l’égalité des sexes, ils s’en prennent au fait que, paraît-il, les femmes agressent les hommes et leurs enfants sans conséquences, que les femmes ont même carte blanche pour prétendre viol, évidemment parce que délices et bénéfices tombent du ciel lorsqu’une femelle crie au viol. Non, non, ne pensez pas à dénombrer le sexe des corps morts, estropiés ou violés que voient nos institutions. Laissons-nous plutôt être guidé par cette jeunesse et déplorons le fait que les hommes n’ont plus les droits qu’ils avaient et, pire encore, que les femmes ont le droit de ne pas les trouver drôle.

12 octobre 2014 – Des excuses ayant été publiées par l’exécutif du journal Le Front, je modifie mon texte afin d’enlever les noms du caricaturiste et du rédacteur en chef en question. Cela me semble la chose à faire. À ce sujet, la Fédération des étudiantes et des étudiants du campus universitaire de Moncton a accusé de révisionnistes ceux qui auraient voulu voir les caricatures enlevées des versions électroniques du journal. Nuance là : On ne cherche pas à cacher ce qui s’est passé. Par exemple, je décris ci-haut ce qui était dit dans ces caricatures et cela doit se savoir, même après les excuses.
Enfin, les excuses du journal sont basées sur le fait que les personnes qui auraient dû voir les caricatures avant publication ne les ont pas vues, et que l’exécutif n’a pas droit de regard avant les faits. Cela va pour la sortie du journal le mercredi. Mais par vendredi, ce rédacteur et cet exécutif ne pouvaient pas dire qu’ils ne les avaient pas vues. Il a fallu les réactions hors campus pour qu’enfin ils lisent leur propre journal ?

Sois autonome et tais-toi

Sommaire d’un discours que j’ai donné lors du Sommet des femmes, 19 août 2014, Edmundston.

Lorsqu’on dit aux femmes qui revendiquent un changement social, que la solution, c’est d’avoir plus de femmes autonomes, eh ben, grrr.

Bien sûr il faut être autonome. Mais le problème n’est pas un manque d’autonomie.

J’accroche sur le terme ‘autonomie’ premièrement parce qu’on semble nous dire qu’il suffit d’être autonome. Je dénonce toute ‘réponse’ individuelle à un problème ou une situation sociale. C’est trop facile, c’est à côté de la traque, c’est presque blâmer la victime. Il y a trop d’occasions où cela arrive aux femmes. Les femmes revendiquent une solution au problème d’agression sexuelle, on leur donne des campagnes disant aux femmes comment éviter d’être victime. Elles veulent plus de femmes dans les postes élus, on leur dit de voter pour des femmes. Elles veulent qu’on élimine la violence faite aux femmes, on créé des maisons de transition. Elles exigent l’équité salariale, on leur dit de changer de domaine d’emploi.

C’est réduire la chose, changer le sujet, blâmer la victime. Et on se fait prendre à ce discours : on accepte de s’occuper de la livraison de services, ou de travailler sur nous-mêmes. On vient à agir comme si des actions au niveau individuel vont solutionner un problème qui n’est pas individuel.

Le monde aime dire aux femmes quoi faire. Le monde aime retourner la balle à n’importe qui qui demande un vrai changement.

La deuxième raison pourquoi je réagis à l’idée d’autonomie : Les femmes ne sont pas autonomes, et ne seront jamais autonomes. Personne n’est autonome.

Comme Barack Obama a dit, t’as pas fait tout ça tout seul – You did not do it alone.

Ou comme le mouvement des femmes le dit : le personnel est politique, l’économie est bâtie sur le dos des femmes, l’économie du marché dépend de l’économie des soins.

Ce qu’autonome occulte, c’est la notion de citoyenne, de membre d’une communauté, de droits, de société.

Ces dernières décennies, on a vu des changements dramatiques dans la condition féminine, grâce au mouvement féministe. Ça a amené les femmes à une bien plus grande autonomie. Pensons à notre niveau d’instruction, notre participation sur le marché du travail – au Nouveau-Brunswick, autant de femmes que d’hommes sont sur le marché. Pensons à nos nouveaux droits.

Ce qui a moins changé sont les systèmes, la société, les politiques, les façons de faire. Ce sont surtout les femmes qui ont changé, pas la société.

Les femmes sont entrées de façon massive et historique sur le marché du travail, mais a-t-on seulement ajouté une journée de 8 heures à notre journée ?

Il se pourrait encore que notre plus grande contribution à l’économie, – même aujourd’hui – est notre travail non rémunéré, surtout avec la famille et la communauté.

La participation au marché du travail – l’autonomie financière – a certainement été une victoire féministe importante. Mais c’était une petite part de ce que revendiquait le mouvement féministe. Une question centrale au message féministe : les familles sont importantes. Ce n’est pas seulement le travail de production qui importe – mais de reproduction. Les femmes voulaient avoir le choix de participer aux deux domaines, et dans de meilleures conditions.

Dans les années 70 et 80 au N.-B., les femmes ont organisé plusieurs conférences « Femmes et économie » et les femmes y accouraient par centaines – on savait alors toutes qu’on contribuait à cette économie. De nos jours, les gouvernements et le secteur privé réussissent à ramener l’idée d’économie à une définition plus restreinte et exclusive.

On a une révolution incomplète. Pour des millénaires, les femmes étaient confinées au domaine privé – maison, famille, enfants – les hommes avaient droit partout y compris le milieu public – emploi, politique… Les femmes ont réussi à intégrer le milieu public mais ça ne veut pas dire pour autant que ce milieu reconnaît ce changement.

« Le système de retraites et, plus globalement, la protection sociale ont été conçus il y a 70 ans sur le modèle de l’homme soutien de famille, qui travaille à temps plein sans interruption et de la femme au foyer, qui bénéficie de droits dérivés de son statut d’épouse ou de mère. Le mode de calcul fondé sur cette norme désavantage les carrières courtes. » – Discriminées au travail, pénalisées à la retraite, La double peine des femmes, Christiane Marty, Le Monde diplomatique, septembre 2013.

Les efforts pour changer la société pour avoir de meilleures conditions ont rencontré des résistances démesurées, énormes et continues. Lire la suite

L’Acadie qu’on s’imagine

Un texte que j’ai écrit et livré en 2000. Je ne sais pas ce que j’en pense 14 ans plus tard… mais Bon 15 août toi !

Nous vivons dans un pays imaginé, l’Acadie. Mon Acadie a un drapeau, une langue, un hymne. Des artistes, des héroines, une université.

Mon pays n’a pas de terre mais il a une identité.

Ma journée nationale du 15 août sera une industrie avant de devenir un congé férié.

C’est un endroit virtuel, une communauté vivante, une nation invisible. La Sagouine est une personne imaginaire avec un vrai pays – pas loin d’ici. Les Acadiens sont de vrais gens avec un pays imaginaire. Comme les tsiganes, les juifs et les noirs d’Amérique, a-t-on dit.

L’Acadie n’a pas de terre mais elle a des places – des espaces – et les Acadiens se rencontrent dans ces places communes – les écoles, les associations, l’église, la mer. Les Acadiens voient même des frontières à leur terre et demandent un ‘café’ au Tim Horton de Dieppe et un ‘coffee’ au Tim Horton de Moncton.

L’Acadie n’a pas de terre mais elle est la championne quant au nombre de chansons et de poèmes qui mentionnent ses noms de place.

J’ai des auteurs, des humoristes, des musiciens connus autour du monde mais inconnus par l’autre moitié du Nouveau-Brunswick. J’ai des poètes au lieu d’avoir de politiciens. Mes poètes parlent de politique. Comme Herménégilde Chiasson, qui a dit, « Faites-nous un beau ghetto, non pas dans un territoire, non, ici, à l’intérieur de chacun de nous. »

Mes héros sont Ti-Louis, Antonine et Hermé. Et nous avons une catégorie spéciale pour les héros comme Leonard Jones. Ils avancent la cause acadienne en nous obligeant tous de confronter les attitudes anti-francophones parmi nous. Cet élément anti-francophone, je le crains, mais pas autant que je crains la timidité acadienne – ce ‘ghetto à Lire la suite

Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins NB

Mesdames, je viens de composer le 811 de Télé-soins – service téléphonique gratuit, bilingue et confidentiel du gouvernement du N.-B. « où des infirmières immatriculées…  » – parce que je devais trouver où référer quelqu’une qui veut un avortement mais trouve difficile pour l’instant de faire face à la bureaucratie d’un avortement au N.-B.
Je m’identifie et leur présente la situation.
On me dit de dire à ma femme d’aller à son médecin de famille.
Ouain ben, elle est une de celles-là qui n’en ont pas, de pro-choix au moins.
Oh, laissez-moi lire les nouvelles consignes. Bon, voici les numéros où la référer, Madame : 1-866-980-2273. Ou puisque tu es à Fredericton, 459-5901.
Merci.
Je compose.
NB Right to Life. Hello.
Sorry no one speaks French.
Sûrement…, l’autre numéro…
NB Right to Life. Hello
Sorry no one speaks French.
Dites-moi, les ‘professionnels de la santé’ de Télé-soins : si je téléphone avec une question ayant affaire à mon arthrite, vous me donnez le numéro d’un guérisseur religieux ou d’un médecin ?

Une amie vient de me rappeler qu’il y a des centres de santé sexuelle au N.-B. Pourquoi vous ne me référez pas là? Au moins on se serait débarrassé de moi en français.
http://www2.gnb.ca/content/gnb/fr/ministeres/bmhc/maladies_transmissibles/content/centres_de_santesexuelle.html

La gestion des causes incommodes*

Si tu es un gouvernement conservateur avec un petit c, comme l’est celui du Nouveau-Brunswick depuis des lunes, plutôt qu’abolir un conseil indépendant sur une cause ‘incommode’ – disons par exemple la condition de la femme – il vaut mieux l’abolir puis en recréer un qui n’en est pas un, mais qui est là pour être paradé au besoin, par exemple quand il y a une élection.

Et même encore mieux que ça ? Ce serait que les médias reprennent et répètent ce que dit le gouvernement – qu’il a ‘remis les choses en place’.

L’éditorial de l’Acadie Nouvelle du 24 juin 2014 disait au sujet de l’abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick en 2011 par le gouvernement provincial : « À peine deux ans plus tard, le gouvernement Alward annonçait qu’il financerait un nouvel organisme, Les voix des femmes du Nouveau-Brunswick. Ses preuves restent encore à faire, mais sa simple existence reste une belle victoire pour toutes les Néo-Brunswickoises… » et «En l’espace d’un mandat, le gouvernement a plié. »

Et si le gouvernement n’avait pas plié, mais avait plutôt saisi l’occasion des protestations pour finaliser la disparition d’une voix indépendante en installant une entité si encadrée, si circonvenue et si limitée dans ses ressources qu’elle ne peut plus incommoder le gouvernement ?

En tout cas, voici pourquoi je dis qu’il est trop tôt pour dire Brava :

Voix des femmes a été annoncé il y a plus d’un an, et les membres ont été nommées il y a cinq mois. Mais l’agence n’est toujours pas accessible par téléphone, par courriel ou par les médias sociaux, n’a ni employées ou bureau, et ne s’est pas prononcé sur un dossier à ma connaissance. Ni l’avortement, ni les femmes en politique ou les enjeux féministes de l’élection provinciale de cet automne, ni le traitement des femmes prostituées ou les lois sur la prostitution, ni l’équité salariale, ni les femmes autochtones, ni les taux élevés de violence faite aux Néo-brunswickoises, ni la journée internationale des femmes ni la fête des mères. Rien non plus sur son mandat, sa vision, ses ressources et son indépendance.
Le Conseil consultatif était un organisme créé par une loi adoptée par l’Assemblée législative.
Voix des femmes n’a ni loi, ni ordre en conseil, ni mandat connu.
Le Conseil était mandaté par la loi de porter à l’attention du public et du gouvernement les questions d’intérêt aux femmes, de recommander des lois et des politiques, d’assurer la collecte, l’étude et la diffusion d’information, et de favoriser le réseautage entre les organismes féminins.
Nous n’avons qu’un communiqué de presse gouvernemental, mais Voix des femmes doit « promouvoir l’égalité des femmes et des filles et améliorer leur vie ».
Le Conseil consultatif contrôlait près de 600 000 $ par an en fonds et accès à des services.

Selon les communiqués, Voix des femmes a peut-être accès avec des conditions non dévoilées à 200 000$ en argent et en services.

Laissez-moi rêver un instant : Voix des femmes pourrait déclarer qu’il opère sous la Loi créant le Conseil consultatif sur la condition de la femme ou une loi semblable, et attend que le gouvernement – celui-ci ou le prochain – confirme leur nomination en vertu d’une telle Loi. Il pourrait également mettre ses critères pour son indépendance : un mandat clair et connu qui comprend l’autorité de rendre public ses avis, le pouvoir de choisir ses activités, ses priorités et ses recommandations et de décider de la dépense de son budget, et le contrôle de l’embauche et la direction de son personnel. Si elles n’ont pas tout ça, le gouvernement peut cesser de dire que Voix est indépendant.

Les membres de Voix des femmes sont 15 Néo-brunswickoises, représentantes de groupes ou individus, nommées par la ministre. Elles sont d’excellentes nominations. L’organisme serait-il pris dans un piège par le dévouement de ses membres à la cause de l’égalité – un dévouement exploité ? ‘J’ai été si bas tellement longtemps, que cela ressemble à une remontée?’ Sinon, pourquoi le silence alors que les Néo-brunswickoises font si pauvre figure dans tant de domaines, au Canada pour commencer ?

Ces dernières décennies, plusieurs gouvernements provinciaux auraient aboli le Conseil consultatif s’ils avaient pu. Année après année, le Conseil maintenait des positions tannantes pour des gouvernements tannés des positions féministes. Le Conseil maintenait sa position pour l’accès à l’avortement et aux contraceptions, même d’urgence; il insistait que les questions féministes ne se confinent pas au domaine social mais ont affaire aux réformes économiques, fiscales et électorales, et que l’équité salariale était une question de droits humains, non pas des mots à éplucher dans une plateforme électorale.

Sais-tu à quel point un tel Conseil peut être agaçant et menacé dans un système politique comme nous avons ?

C’est pourquoi moi, avant de dire Brava !, j’exige que Voix des femmes fasse quelque chose, n’importe quoi, qui met l’intérêt des femmes au Nouveau-Brunswick en premier.

Le dénouement dépend en partie de David Alward, de la ministre Marie-Claude Blais, des co-présidentes Kim Nash-McKinley et Phylomène Zangio, des membres individuelles Kyla LaPointe, Noëlla Richard, Paulette Sonier Rioux et Stéphanie Beaulieu, et des représentantes du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, du YWCA de Moncton, du Urban Core Support Network, du Sussex Committee for the Prevention of Family Violence, du Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Fredericton, du UNB Women’s Studies, de la Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick, du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, et de l’Association des CBDC du Nouveau-Brunswick.

En fait, le dénouement dépend de l’ensemble des femmes du Nouveau-Brunswick.

Mieux un vide qu’une fiction.

*Ce texte a été d’abord publié dans l’Acadie Nouvelle du 14 juillet 2014.

1973 en premières pages

J’ai récemment passé beaucoup (trop) de temps à lire l’Évangéline de 1973 sur microfilm (je ne veux pas en parler, je cherchais une citation, j’ai pas trouvée), mais les impressions et les souvenirs que les manchettes des premières pages faisaient apparaître me restent en tête. Pourtant, étant de Moncton, je sais que 1973 n’était pas si brassée que ça – c’était pas Moncton 1968, 1969, 1970… mais quand même, quelle année, comparée à ces temps de guimauve d’aujourd’hui.

Quelques titres de la page une du tabloïd :

‘Faut-il vider le Nord Est ou regrouper des gens ?’ – 2 février 1973.
‘Une vieille église acadienne sera détruite’, 8 mars 1973.
‘Première convention politique du Parti acadien’, 12 mars 1973
‘Il faudrait créer un conseil économique acadien’, 6 avril 1973.
‘Les exposés des experts peuvent servir aux experts mais pas aux pêcheurs’, 23 avril 1973, au sujet d’une rencontre des ostréiculteurs du Nord-est.
‘Nous avons besoin d’industries mais pas à n’importe quel prix’, le premier ministre Richard Hatfield, 14 mai 1973.
‘La S.A.N.B. est créée’, 4 juin 1973.
‘Bagarre entre pêcheurs et chômeurs au Parc Kouchibouguac,’ 19 juin 1973.
‘La situation d’inégalité ne peut plus être tolérée,’ 20 juin 1073 1973, la SANB au ministère de l’Éducation.
‘Le Nouveau-Brunswick produirait des voitures dès septembre’, 22 juin 1973.
‘Jones est réélu’, 26 juin 1973.
‘Un homme mort le 3, enterré le 5, a voté à Moncton le 25 juin’, 28 juin 1973.
‘Les anglophones sont bilingues. Ils comprennent l’anglais et la violence’, 15 novembre 1973, citant Pierre Poulin, président de la SANB (créé quelques mois plus tôt) au sujet du refus du conseil municipal de Fredericton d’examiner la question de services bilingues.
‘Le bien-être social ne doit plus enrichir les compagnies,’ 24 mai 1973, « le » ministre Brenda Robertson.
‘Avez-vous déjà vu des riches monter sur l’échafaud?’, 31 janvier 1973, l’ancien premier ministre John Diefenbaker au sujet de la peine capitale. Ce que Diefenbaker a dit, également en 1973, au sujet du bilinguisme dans la fonction publique fédérale ne fait pas autant chaud au cœur – plutôt bouillir le sang.
‘Heureusement pour nous que les Acadiens sont gentils et patients,’ titre d’un article de France Daigle, 8 novembre 1973, citant Jack Keefe devant le club Kinsmen (ou c’était-y les Rotary …, des hommes en tout cas, j’ai pas pris de note parce que je cherchais ma maudite citation). Jack Keefe était une bonne personne qui a tenté d’arrêter Leonard C. Jones (mon cœur pleure quand je dois dire ce nom), mais qui a perdu l’élection de juin 1973 faute quelques centaines voix.
‘Le gouvernement veut encore étudier les études,’ 31 juillet 1973. Richard Hatfield était au pouvoir, la prochaine élection prévue en 1974.
‘Tout semble planifié comme si les Acadiens n’existaient pas’, 16 octobre 1973, Gilbert Finn au Conseil économique des provinces atlantiques.
‘Un francophone du N.-B. doit obéir à un ordre unilingue anglais de la Cour,’ 2 novembre 1973, l’aumônier de l’Université de Moncton Sylvio Doiron doit obéir, dit le ministre de la Justice John Baxter.
‘M. Vautour veut se faire le martyr de cette cause mais la justice ne jouera pas le jeu – le juge’, 19 décembre 1973, le juge dans l’affaire du parc Kouchibouguac.

En lisant, je me disais tout était alors si différent, tout de suite après je me disais rien ne change! Une page je rageais, l’autre je pensais j’ai rien vu d’aussi bien dit depuis longtemps, plus loin je me moquais…

Presque dans chaque numéro, et sur beaucoup de pages couvertures, un article ou une photo d’un concours de beauté, souvent en maillot de bain – Mlle Pêcheries, Pétoncle, Exposition de bateau, Moncton, Dieppe, Navet … si ce n’était pas des photos de chacune des candidates avec texte. Je crois bien que sans ces concours, il n’y aurait presque pas eu de femmes dans l’Évangéline de 1973.

Parmi les événements de l’année rapportés dans les pages intérieures, il y a ce pauvre Émile Babin, journaliste de Moncton, emprisonné pendant trois jours après avoir reçu une contravention unilingue qu’il avait refusée. Un des articles donnait froid lorsqu’on lisait au sujet des gardiens qui l’engueulaient en lui apportant son Évangéline et les lettres d’appui, dont un, venu lui dire que tout devrait être écrit qu’en anglais, qui était encouragé par les autres détenus à frapper notre Émile. M. Babin aura eu gain de cause à la fin.

Plusieurs vieux numéros de L’Évangéline sont en ligne sur Google Newspaper Archive, des années 1880 jusqu’à la fin prématurée de ce quotidien.

Robert Goguen fait son smarte

Sa question ne fait aucun sens, donc on ne peut pas en discuter. Voir: http://www.cbc.ca/player/News/Politics/ID/2471590396/

Le député fédéral (Conservateur) de Moncton-Riverview-Dieppe Robert Goguen a voulu faire son smarte, et c’est pas son fort. Il aurait pu demander ‘es-tu d’avis que le projet de loi brimerait ta liberté d’expression ?’.

C’est pas le scandale de l’année, mais il devrait être rappelé qu’il peut toujours poser une question simple, ou se taire. Au lieu de faire honte.

Le Canada n’est pas en train d’avoir le débat qui serait nécessaire pour faire avancer la question de la prostitution. On aurait dû avoir un débat avant le dépôt d’un projet de loi.

Y’a une tiare pour vous

Fais quatre colonnes.

Dans une colonne, mets Miss, Ms, Mlle, Mini-Miss, Princesse, Mrs, …
Dans une autre – Teen, Beauty, Charity, Perfect…
Dans une autre – International, America, Galaxy, All-Canadian, …
Et enfin, des localités – Canada, New Brunswick, Maritime, Atlantic, …

Crée-toi un titre en pigeant dans 2 ou plus de ces colonnes et tu peux probablement trouver un concours de beauté pour t’avoir ce titre. Voilà pourquoi, à tout moment donné, une ou plusieurs ‘Miss quelque chose New Brunswick’ (le titre est toujours en anglais) est dans les parages au Nouveau-Brunswick.

Il semble qu’on pourrait toutes être une ‘reine’ de quelque chose.

Dans l’espace d’une semaine ce mois-ci, deux longs articles avec deux Miss Teen quelquechose New Brunswick régnantes dans le seul quotidien acadien. Aucune explication de cette anomalie, de cette prolifération, ou du flair journalistique qui a déterminé que ce pouvait être une nouvelle. On lit que ‘loin d’être un concours de beauté traditionnel’ le concours était ouvert à tous. Euh, si tu es née de sexe féminin, est jeune, paye les frais d’inscription, et, pour la plupart des concours, n’as jamais donné naissance (tu peux peut-être avoir été enceinte…) et n’as jamais été mariée… (les organisateurs pensent ne plus pouvoir spécifier « vierge » comme ces concours spécifiaient y’a pas si longtemps).

Malgré le fait que ces concours bidon sont des créations commerciales inventées ailleurs, que la plupart ont des réputations ‘colorées’, et qu’ils perpétuent les stéréotypes dévastateurs qu’on connaît, quand les médias en parlent, c’est avec respect, comme si ces concours avaient une valeur en soi et une importance pour la collectivité. Ce qui arrive quand le journalisme laisse sa place à la promotion nationaliste ?

J’entends les filles et femmes qui se donnent dans les actions pour changer le monde, actions qui souffrent du peu de couverture journalistique, disputer que si la tiare et l’écharpe attirent les journalistes, elles vont s’en trouver une. Pis elles sont pas malaisées à trouver.

Achetez-vous une catin !

Si on est pour faire une liste des choses que j’aimerais que les parents arrêtent de faire, les concours de beauté pour des filles de 5 ans seraient dans la liste. Bien d’autres affaires aussi.

Ces concours sont risibles, ridicules et nuisibles.

Aux parents irresponsables de Kent-Sud* qui inscrivent leur fillette à un concours de beauté : honte à vous, on récoltera toutes, ces fillettes en premier, ce que vous semez.

Vous pouvez vraiment pas penser à une autre façon d’encourager votre enfant de socialiser que de la faire se maquiller et se parader et quêter des commentaires sur comment cute elle est ? Pis pourquoi une enfant de moins de 10 ans a besoin d’apprendre à parler en public ? Vous savez, hein, que le monde a évolué, que les concours de beauté font rire plus que rien d’autre, que les femmes continuent de souffrir et de lutter contre les effets du fait qu’historiquement on ne les a jugées que pour leur beauté ou leur sexualité, et que l’estime de soi qui est lié à ce que d’autres pensent de ton quotient de cute est le contraire de l’estime de soi.

Achetez-vous une catin et jouez avec, mais laissez ces enfants être des enfants.

*Voir le Téléjournal Acadie de samedi 24 mai vers 3 minutes 30 secondes : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7073688

L’industrie de décernement de prix

Il ne doit pas y avoir une entreprise au Nouveau-Brunswick qui n’a pas reçu un prix. C’est une des choses que je radote souvent en lisant les journaux locaux. À tout bout de champ, des prix pour l’entrepreneur de l’année, de la région, du secteur, puis la multitude pour l’entrepreneurE de l’année, de la région, du secteur…, puis ceux du jeune entrepreneur…

Si toi tu me donnes un prix et moi je t’en donne un, on a chacun un prix, pis on paraît tous les deux comme du monde franc et fiable.

Il nous faut peut-être un prix des prix, pour aider le public et les médias à distinguer les prix valides qui ont évalué quelque chose d’important avant d’être attribués, des prix bidons qui ne cherchent qu’à éblouir par de fausses apparences.

Ce qui me fait penser aux concours de beauté, qui ne sont plus ce qu’ils étaient non plus. Non pas que je suis nostalgique, juste surprise qu’ils pouvaient devenir plus honteux encore. Autrefois ces concours étaient des efforts pathétiques de communautés désireuses d’avoir une activité communautaire mais trop paresseuses pour penser pour elles-mêmes. Aujourd’hui la plupart de ces concours organisés localement ont disparus et plusieurs concours de beauté sont des entreprises nationales ou internationales qui exigent que les candidates paient un certain montant. On nous assure que ce sont des programmes de bourses, rien à voir avec la beauté. Des mensonges qui donnent une idée de l’entreprise. Ils ont des candidates, bien que de plus en plus rares. L’administration de certaines de ces entreprises est ce qu’en Acadie on dirait « loosse ». Mais ça n’empêche que la gagnante, si elle est Acadienne par exemple, fera les manchettes de nos médias comme si on avait entendu parler de ce concours, et qu’il y avait quelque chose à se fièrer. Je sais que la faute est au journalisme rah-rah nationaliste, mais ç’a l’effet contraire que de me faire sentir rah-rah.

J’ai été lancée sur cette réflexion par la nouvelle qu’une entreprise du Nouveau-Brunswick qui fabrique un alcool a gagné un prix outre-mer. Elle pourra dorénavant affixer une Médaille d’or à ses bouteilles. Nos médias fêtent cette nouvelle. Lorsqu’on voit un produit avec une Médaille d’or, on pense qu’il y avait un concours avec un gagnant Or et voici le gagnant, comme dans les sports. Ce n’est pas toujours le cas. Voilà la faille que les entreprises de décernement de prix exploitent.

Vous avez appelé une ambulance, Mister?

Vous avez appelé une ambulance ?

Pardon me? Oh you’re the ambulance. Come in. Over here.

Quel est le problème ?

I don’t understand you. He’s over here. Come. Help him.

Merci. Qu’est-ce qui est arrivé ?

Are you talking French? What’s wrong here? I called for an ambulance.

Du calme. Nous allons lui donner les meilleurs soins possibles, mais il nous faut connaître les symptômes. Il a mal où ?

E a what ? What’s happening here? Are you really the ambulance? I’m calling the police…

Hello police. I need help. I called the ambulance and they arrived but they only speak French. What? WHAT? Oh, OK. Dearie, they say I have to take it up with the Supreme Court. You go on ahead. I’ll join you in the hospital. Don’t worry. This won’t take long.

Le temps des garantis

On me dit que bientôt, 15 femmes Néo-brunswickoises vont entreprendre un passage périlleux, éclairées par une braise gardée par les femmes fières qui ont foulé ce sol abénaki depuis les temps, en quête elles aussi d’une place au soleil…

Sans autre emportée allégorique, les 15 femmes nommées au forum Voix des femmes vont se rencontrer bientôt, avant la fin de l’année financière supposément, convoquées par le gouvernement provincial. Le forum est créé par ce gouvernement ‘en réaction à la réaction’ à son abolition du Conseil consultatif sur la condition de la femme, il y a 3 ans cette semaine, lors du premier budget Alward.

Ces 15 femmes vont tenter une action qui devrait être assurée de succès tant leur enthousiasme est sincère, et le besoin d’un tel conseil aviseur légitime. Elles vont tenter d’arracher au gouvernement un engagement qui leur permettra de créer un espace de travail indépendant, et de se pencher sur les prochaines étapes de la longue lutte des femmes pour l’égalité.

La seule chose que l’on sait du forum est le nom des 15 femmes. On ne sait pas quel sera leur mandat, ou quelle législation ou énoncé leur donnera indépendance et autorité pour donner leur avis au public et au gouvernement sur ce qui doit changer pour amener l’égalité. Le gouvernement a pris trois ans pour être au point de possiblement remettre en place ce qu’il a aboli en 10 jours, donnant à Alward un plein mandat sans conseil aviseur indépendant sur les questions féministes.

Un conseil aviseur qui est dans la poche de celui qui demande d’être avisé, ce serait du gaspillage, mais pire dans ce cas, ce serait léser les femmes en besoin d’égalité, et trahir la fière histoire des féministes du Nouveau-Brunswick.

C’est le temps d’obtenir des garantis, les femmes. Des garantis que vous aurez les conditions nécessaires pour faire le travail que vous jugez nécessaire sur les priorités des femmes – des priorités qui peuvent être très divergentes de celles d’un gouvernement.

Vous devez obtenir un mandat clair et fort. Laissez-moi vous dire, ça vous servira lorsqu’on tentera de vous taire. Vous aurez besoin du droit de parler publiquement de vos avis et de votre analyse des questions parce que c’est toute une société qui créé l’égalité, pas seulement un gouvernement. Vous devez être maitresse de votre groupe, de vos priorités, de vos activités et de votre budget.

Avec ça, vous pourrez faire du bon travail. Sans ça, vous risquez de perdre notre temps et pire, d’occuper l’espace qui devrait être celle d’une entité efficace.

Ce texte ne traite pas de fluorure

À mon insu, bien des choses se passent. Je viens d’apprendre que la grande majorité des municipalités du Nouveau-Brunswick ont arrêté d’ajouter du fluorure à l’eau. Je n’ai pas d’opinion ou de sentiments forts à ce sujet – j’ai toutes mes dents, le fluorure et la solidarité des années babyboum aidants – mais j’ai un soupçon que ce mouvement de défluoruration est un signe de quelque chose. Le maire de Saint-Jean l’a presque exprimé lorsqu’il a expliqué son vote prépondérant contre la dépense annuel de 177 000 $ pour le fluorure : Il a « raisonné » que les soins de santé ne sont pas une responsabilité municipale et que les fonds de la ville devraient plutôt servir aux services récréatifs et les routes. Une conseillère qui a voté pour le maintien de la fluoruration a dit qu’elle sentait une responsabilité holistique. Vieille mode, celle-là.
Les municipalités sont les cousins pauvres des gouvernements et je leur suis solidaire et sympathique. Et il se peut que ce désistement soit un jeu de rapport de force qui espère amener la province à verser des fonds pour la fluoruration de l’eau. Ce serait là une des meilleures raisons suggérées durant le « débat » qui a précédé l’arrêt de la pratique, voilà le niveau du débat ! Je dois noter que la fluoruration comme complot communiste n’a pas été soulevé, à ma connaissance. Mais je trouve intéressant qu’on sacrifie le citoyen avant d’engager des pourparlers avec les niveaux de gouvernements qui recommandent la fluoruration (Santé Canada) et celui responsable pour la santé (Santé NB).
Ah, les gouvernements qu’on a. Ché pas pour toi, mais moi j’mérite mieux.

Pauvreté – je ne trépigne pas d’impatience

L’an prochain, en théorie, il sera révélé si le Nouveau-Brunswick a rencontré son objectif de réduction de la pauvreté : en 2010, nous nous étions engagés à réduire la pauvreté monétaire de 25 pour cent avant 2015 ! Pis, tant qua faire, la pauvreté monétaire extrême de 50 pour cent, aussi avant 2015.

Disons que je ne trépigne pas d’impatience avant la grande révélation. Surtout quand je lis les comptes rendus des efforts faits pour réaliser une réduction. Une prière à Saint-Antoine de Padoue aurait des meilleurs résultats, il me semble.

Lorsque les partis politiques du Nouveau-Brunswick se sont mis d’accord pour travailler ensemble en vue d’un plan de réduction de la pauvreté, vers 2009, on aurait cru, si on se fiait au bruit médiatique, que c’était un événement significatif en soi. Pourtant, ce n’est pas si rare que les partis soient en collusion : dites-moi pas que vous pouvez distinguer les Libéraux des Conservateurs, lorsque chacun est au pouvoir, sur les dossiers de l’avortement ou de la réforme électorale. Ou, maintenant, de la pauvreté. Agir en collusion leur est utile pour enlever un irritant que ni l’un ni l’autre ne veut confronter pour de vrai.

Dans tous les cas, on a eu notre ‘stratégie’ de réduction de la pauvreté (2010) – une liste d’épicerie pour dire vrai, et non pas une stratégie, qui voudrait dire, tsé, des actions cohérentes suivant une logique séquentielle. Et pour dire que dans certains pays, grâce à des efforts mieux pensés, par exemple, les familles monoparentales ne sont pas archi-pauvres, avoir un salaire veut dire t’es pas pauvre, et les tarifications citoyennes, pour les garderies, les contraventions, les permis de conduire, les repas à l’école, etc, sont différenciées selon la capacité de payer, selon ta carte indiquant ton quintile.  Admettons que ce n’est pas le niveau de discussion qu’il y a eu au Nouveau-Brunswick.

Il y a eu enthousiasme pour la stratégie pas seulement parce que tout le monde, dont la presse, a prétendu qu’un accord entre partis est rare et signifie qu’on est prêt à prendre les grands moyens, mais aussi parce que personne n’en revenait qu’un Irving était assis avec une assistée sociale, un Oland itou, et des entrepreneurs avec des travailleurs pauvres à la même table ! On aurait cru que les lois de la physique avaient été enfreintes, que des aimants qui devraient se repousser tout d’un coup s’attirent.  Ça fait nouvelle ça, au N.-B.  Un Irving qui se demande comment contrer la pauvreté. 

Personne n’a remarqué qu’aucun des comités créés par le gouvernement n’a inclus un regroupement féministe, un groupe de femmes dont le mandat est de mettre de l’avant les intérêts de l’égalité. Ce doit être parce qu’au N.-B., on aime traiter des problèmes séparément – tsé comment on sauve sur les salaires des aidantes en littératie, des enseignantes de maternelles, ou des aides familiales, puis ensuite on étudie pourquoi les femmes gagnent moins que les hommes.

Quelles sont les chances d’un plan de réduction de la pauvreté qui prétend en partant que les causes et les portes de sorties de la pauvreté sont les mêmes pour les hommes et les femmes. On a un taux très élevé de naissances aux adolescentes ainsi qu’un accès très limité aux services de garde, aux avortements, à l’aide juridique en matière civile, à l’équité salariale, etc., et on est censé croire que cela n’affecte pas un sexe plus que l’autre et cela n’a rien à voir avec la pauvreté ? (Aux hommes à énumérer des aspects de la culture qui affectent les hommes en situation de la pauvreté).

Il est permis de douter que nous faisons le nécessaire pour réduire le niveau de pauvreté. Ce qui a été fait au niveau provincial pour appuyer la transition vers l’emploi et l’alphabétisation, pour atteindre un salaire viable et pour mousser les économies locales – tsé, ces interventions qui pourraient avoir un vrai impact – ont été médiocres ou non existantes. Pas beaucoup des 158 projets mis en branle autour de la province par des comités locaux dans le cadre de la Stratégie de réduction de la pauvreté vont aider de façon significative. Un centre de jeunes organise des journées ‘spa’ pour filles de familles pauvres, avec des coiffeuses et esthéticiennes bénévoles ; et pour celles à l’école secondaire, on leur fourni des robes de bal de finissants. C’est là une des « histoires de réussite » mises de l’avant par la Société d’inclusion économique et sociale, la société de la couronne créée pour chapeauter les efforts.

D’autres histoires parmi les 158 projets : quelques jardins communautaires, des programmes d’achat de nourriture en vrac à rabais, de la formation à l’entraide pour personnes ayant vécu des problèmes de santé mentale, d’itinérance ou de dépendance qui sont prêtes à aider d’autres rencontrant ces problèmes, etc. Certains projets ont des chances de changer des vies mais même ceux-là touchent très peu de personnes, dans un petit coin de la province, et dans une langue seulement souvent. Tant d’efforts et de fonds publics pour 158 « projets pilotes ».  Si tu dis le faire pour lutter contre la pauvreté, tu peux faire ce que tu veux, même si ta principale contribution sera de maintenir la pauvreté ou la rendre plus tolérable pour les non pauvres.

Il est vrai que le gouvernement a augmenté les taux de base de l’assistance sociale et du salaire minimum, mais pas assez pour devancer l’inflation et gagner du terrain.  Le nouveau programme de services dentaires et de la vue pour enfants dans les familles à faible revenu est bien, mais cela ne réduit pas le nombre de familles à faible revenu. Le régime promis pour une assurance pour les médicaments sur ordonnance est bienvenu mais n’aura pas un grand impact statistique.

S’il y a un aspect du plan de réduction de la pauvreté qui sera atteint, ce sera probablement d’améliorer l’inclusion économique et sociale. Après toute, s’il y a un pauvre – ou un entrepreneur – qui n’est pas sur un comité de la Stratégie, c’est parce qu’ils n’essaient pas. La Société a un conseil d’administration de 22 personnes (avec un président et 4 co-présidents), trois comités aviseurs avec chacun 12 membres, 12 réseaux d’inclusion avec près de 200 personnes sur leurs conseils, etc…

Entretemps, le taux de pauvreté ne bouge pas, ou s’il bouge ce n’est pas toujours dans la bonne direction.

Une autre chose positive…

L’humeur me passera mais y’a d’autres choses que je veux proclamer que j’apprécie:
Les bibliothèques publiques – Plus d’une mère, surtout celles du type des acadiennes, a béni les saints pour les bibliothèques, ou voué de leur laisser de l’argent, si jamais elle en aurait, parce que ses enfants fréquentaient la bibliothèque publique. Il arrive que la bibliothèque ouvre des horizons que la culture et les pauvres écoles ont de la misère à faire miroiter, ou au moins occupe une jeune pendant des années troubles.
En tout cas, je sais qu’on peut se mettre d’accord que les bibliothécaires sont les meilleures personnes au monde. Point. Elles ont tout le temps possible pour toi, ne veulent que t’encourager dans tes intérêts, ont quelque chose à dire au sujet de tous les livres que tu empruntes et sont les premiers, et premières, nerds. Au Nouveau-Brunswick, elles maintiennent un Service de référence virtuelle où vous posez votre question au personnel des bibliothèques et ils s’engagent à vous répondre dans un délai de deux jours. Amour.
À Fredericton ce mois-ci, la bibliothèque publique du centre-ville se prépare à fermer pour plus de 2 mois pour des réparations. Elle a invité les citoyen-ne-s à emprunter des brassées de livres et de ne les ramener que 2 mois plus tard afin qu’elles n’aient pas à les transborder. Le nombre de personnes qui viennent, fortes de sacs et d’adolescents de somme, vous surprendraient. Bel esprit de communauté.
Comme l’écrivain Jack London, alors déjà célèbre à 30 ans, a écrit à la bibliothécaire qui avait « été la première à me complimenter sur le choix de mes lectures » : « J’étais un petit garçon enthousiaste, affamé, assoiffé – et un jour, à la bibliothèque, j’ai pris un volume de Pizarre au Pérou… En me le rendant, vous m’avez félicité de lire des choses de cette nature… Si vous saviez à quel point vos mots m’ont rendu fier. Je vous dois beaucoup. Vous étiez une déesse pour moi… Aucune femme n’a eu sur moi une aussi grande influence. Je n’étais qu’un gamin. Je ne savais absolument rien de vous. Et pourtant, après toutes ces années, je n’ai jamais rencontré de femme aussi noble que vous. »

Des choses à apprécier

Je trouve il semble facilement des situations et des actions qui m’indignent et me portent à écrire. Il m’arrive, plus rarement, d’être impressionnée ou reconnaissante pour une situation ou une action. L’autre jour, en lisant une chronique de Bernard Richard dans l’Acadie Nouvelle, j’ai eu ce sentiment et j’ai pensé à un nombre de personnes et groupes qui méritent d’être appréciés.

Monsieur Richard, ancien politicien, réprimandait son ancien parti et celui qui l’a remplacé au pouvoir pour les mêmes agissements. Voir cette analyse tirée de sa chronique : « Les initiatives annoncées par le gouvernement Graham promettaient aux électeurs que leur vote compterait, que le système fonctionnerait et que leur voix serait entendue. Un peu plus de deux ans plus tard, l’annonce de la vente des actifs d’Énergie NB à Hydro-Québec a éclaté comme une bombe. Les pourparlers menant à l’annonce s’étaient déroulés en secret… Le dossier d’Énergie NB, entre autres, a ouvert la porte toute grande à David Alward et, pour la première fois dans notre histoire, il a défait un gouvernement après un seul mandat. M. Alward avait bien appris sa leçon, promettant de consulter la population et critiquant sévèrement la décision du gouvernement Graham dans le dossier d’Énergie NB. Pourtant, peu de temps après son élection, c’est au tour du gouvernement Alward de s’aventurer dans le secteur énergétique sans informer et sans consulter avant de prendre sa décision, annonçant une stratégie agressive pour le développement du gaz de schiste par fracturation hydraulique. »

Les anciens politiciens qui contribuent de cette façon sont si rares qu’on doit applaudir, et maudire les autres.

De même, deux groupes m’épatent par leur travail et leur longévité.

La Coalition pour l’équité salariale est un regroupement provincial actif depuis 13 ans, arrivant à survivre sans financement gouvernemental depuis quelques années. En fait, la Coalition termine une autre campagne de financement. Sans pouvoir offrir de reçus pour fin des impôts, la Coalition réussi à ramasser 75 000$ à 90 000$ par an.  Chapeau !  Et l’objectif – l’équité salariale ou la comparaison de la valeur d’emplois non identiques – n’est pas facile à expliquer. Leurs tactiques sont toujours amusantes, justes et ou tranchantes. Peu de provinces ont un tel groupe, et aucune n’a de tel groupe ayant autant de visibilité et de respect populaire. On veut leur souhaiter longue vie, mais évidemment il faut plutôt leur souhaiter un succès rapide et l’équité jusqu’à la fin de leurs jours.

Le Front commun pour la justice sociale, qui « milite pour construire au Nouveau-Brunswick une société plus humaine », que ça, impressionne par sa constance et sa visibilité. Ce regroupement de personnes vivant ou ayant vécu dans la pauvreté fait souvent parler de lui et rares sont les journées spéciales ou événements provinciaux reliés à l’économique où les représentants du Front ne sont pas cités. Ils fonctionnent avec peu de fonds et mènent présentement une campagne d’un an pour amasser 30 000$. L’automne dernier, le Front commun a lancé une campagne pour faire de la pauvreté un enjeu électoral lors de la prochaine élection provinciale en septembre 2014. Car, comme ils le rappellent, plus de trois ans après l’adoption d’une loi visant la réduction de la pauvreté, « il y a encore des milliers de citoyennes et de citoyens qui vivent dans la pauvreté… Ce sont principalement les travailleurs à petit salaire qui travaillent, en majorité, au salaire minimum, soit à plein temps ou à temps partiel, dans les secteurs du commerce de détail, de l’hébergement, des services de restauration, et les industries saisonnières… » Ils ont une idée juste de la pauvreté, ses causes et son utilité sociale, et donc, sont actifs dans des dossiers tels que la révision de la Loi sur les accidents de travail, l’Assurance-emploi et les femmes, le budget et les revenus provinciaux. Justice sociale et non charité !

Si bilingue voulait dire bilingue

J’ai comme l’impression que « bilingue » n’est pas une appellation contrôlée. En tout cas pas au Nouveau-Brunswick.
Je ne suis pas la cour suprême, mais je statue comme simple citoyenne que pour se dire bilingue, la province devrait me permettre de faire affaire avec le gouvernement dans ma langue – au minimum faire des choses comme voter ; parler à l’ambulancier qui répond à mon appel d’urgence ; recevoir des services à l’hôpital.
À ce sujet :
Je n’ai jamais pu voter en français. J’ai 61 ans. C’est sans doute ma faute, j’ai résidé à Fredericton ou dans le mauvais quartier de Moncton. Si jamais je réussis à voter en français, je ne saurai que faire du lendemain du scrutin, jusqu’à date presque toujours dédié à déposer une plainte auprès du bureau responsable – tsé, celui qui te dit c’est ton élu qui décide de l’embauche des employé-e-s des bureaux de scrutin.
Je n’ai jamais eu à appeler l’ambulance mais je lis les plaintes au sujet du manque de service et je lis surtout les doléances de la Commission aux langues officielles, qui nous assure – 45 ans après l’adoption de deux langues officielles au Nouveau-Brunswick pour l’amour – qu’elle a fait part de préoccupations aux dirigeants d’Ambulance NB. Préoccupations. En 2014. Aucun commentaire d’Alward ou des députés acadiens.
Je n’ai jamais eu de services en français à l’hôpital de Fredericton. Jamais. Il y a 13 ans que je demeure à Fredericton.

Inégalité habilitante des autres inégalités

On ne sait jamais d’où viendront les idées qui nous poussent à l’action, ou dans mon cas, à la rédaction. Cette fois, je remercie le média paresseux et malhonnête qui a interviewé encore une fois l’employé d’Halifax du Canadian ‘Taxpayers Federation’ comme s’il représentait les intérêts des Néo-brunswickois ordinaires. Entre de tels média, les politiciens qui font payer pour une rencontre avec eux et ceux qui n’ont que faire d’un système politique ravigoté, il n’y a pas grand place dans l’agora pour le citoyen, même moins pour la citoyenne.

On parle beaucoup des inégalités dans les revenus – avec raison puisque au Canada, l’écart économique s’agrandit plus rapidement que la moyenne des pays riches.

Ce qui me préoccupe autant, ce sont les inégalités dans les voix entendues. Les voix qui comptent pour les médias et les politiques, y compris en Acadie et au Canada, sont de moins en moins celles du monde ordinaire. Les représentants de gouvernements font ouvertement fi des priorités des gens ordinaires ou des intérêts d’une société en santé. Ils sont si dispo pour rencontrer le monde des affaires, aller pêcher au Gulch, mais se font si rares pour les regroupements de citoyen-ne-s. Les médias sollicitent peut-être nos commentaires sur leur page Facebook, mais les dossiers qui les intéressent, les événements auxquels ils accourent, les points de vue reflétés dans les questions posées sont souvent autres que ceux des citoyen-ne-s ordinaires.

Bien sûr, s’ils ne s’intéressent pas à nous, nous on s’intéresse de moins en moins à eux, et vice versa. Ce n’est pas ces politiques et leurs amis qui en souffrent. D’autres plus cyniques diront que notre désintéressement est le but des agissements de la classe politique des dernières décennies. Nous pouvons nous désintéresser mais cela ne change rien au fait que la politique et les questions médiatisées décident de matières qui nous touchent : du salaire minimum à la protection à l’environnement, de la qualité – la présence même – des services publics à la création de l’égalité entre les sexes, entre les groupes linguistiques, entre les citoyens.

Sur chacune de ces questions, ce ne sera pas le Canadian ‘Taxpayers Federation’ qui vont défendre vos intérêts. (À moins que vous êtes de ceux qui, par exemple, gagnent le salaire minimum et pensent que votre situation s’améliorera si le gouvernement réduit les impôts. Ce masochisme, sans doute un produit de la même hégémonie politique que ce texte tente de dénoncer, devrait être le sujet d’un billet.) Comme l’a dit Jody Dallaire au sujet de la ‘Federation’ dans une chronique en janvier 2013, «  niveau crédibilité, c’est comme si 1 pour cent de la population décidait de fonder une association nommée ‘Nous sommes les 99 pour cent’ ».

L’excellente organisation canadienne Samara a récemment publié les résultats d’entrevues de citoyens «désabusés», ce 40 pour cent de la population n’ayant pas voté à la dernière élection fédérale. Samara a aussi rencontré des personnes qui participent à la vie politique et conclut que les deux groupes ont nombreux points en commun. Les personnes désabusées ne sont pas indifférentes ou peu informées, mais à la suite de leurs interactions avec le système, elles se sentent étrangères du système politique. Elles ne voient pas pourquoi elles « participeraient à la vie politique alors que le monde politique ne se souciait pas d’eux… » «  Si des raisons concrètes les ont amenés à se désintéresser de la politique, il est possible de les y intéresser de nouveau concrètement. De ce que nous avons entendu, les attentes des participants ne sont pas élevées. Ils souhaitent simplement sentir que les politiciens au pouvoir sont à leur écoute, et que la politique peut leur être utile au quotidien…»

Je nous sens complices

Nous méritons des médailles de déshonneur pour les taux de violence faite aux femmes et une autre de ces médailles pour notre insouciance devant cette situation.

Un sondage de 2009 nous apprend que 48 pour cent des francophones au Nouveau-Brunswick ne voient pas comme un crime le fait de violer son épouse, comparativement à 21 pour cent des anglophones. 74 pour cent des francophones, et 33 pour cent des anglophones, ne voient pas comme un crime le fait qu’un homme gifle sa petite amie lorsqu’il pense qu’elle a flirté avec un autre. (1)

Deux des trois villes canadiennes ayant le taux le plus élevé d’agressions sexuelles signalées à la police sont au Nouveau-Brunswick : Fredericton et Saint-Jean.

Statistique Canada nous informe également que la province affiche le taux le plus élevé de meurtres-suicides familiaux au pays. (2)

Ce sont ces drames qu’on tait qui me préoccupent :

Les Leclair de Kedgwick, 65 et 64 ans, morts après qu’il ait tiré sur elle puis s’est tué.  Le couple Haché de Caraquet, à peu près du même âge, morts également à la suite d’un meurtre suicide. Les Moreau de Sainte Anne du Madawaska, du même âge, morts de la même façon. Les Guitard de Charlo, 51 et 59, morts de la même façon. Les Tozer de Cassilis, 75 et 73 ans, morts de même. Les Michaud de Saint-André, 70 ans, il a tiré sur elle puis sur lui-même. La dame Wylie de Moncton tuée par un ami dont le nom n’a jamais été donné parce qu’il s’est tué par la suite. La dame de Clifton tuée par son ami qui s’est ensuite tué. Les Sharpe de la région de Fredericton, 38 et 47 ans, morte elle aussi de la main de celui qui s’est ensuite tué.

Et ce ne sont là que les meurtres-suicides. Et que ceux depuis 2010.

Pourrait-on avoir un débat de société soutenu à ces sujets ?  Bien sûr, nous entendons parler des femmes battues grâce aux services que nombreuses communautés organisent pour elles. Mais c’est là où s’arrête la discussion. Rien sur l’incidence hallucinante, sur la prévention, sur les hommes, sur les causes.

Dans le cas des meurtres-suicides, le coroner de la province n’aide pas en taisant les faits quand les familles en deuil le demandent. Ainsi, dans l’espace de 1-2 jours, l’histoire disparaît. Dans les médias, ces cas sont si fréquents et « ordinaires » que certains ne dépassent pas la rubrique des « Brèves ». Moyennant de se tuer lui aussi, le meurtrier réussit son coup de tuer et de taire.

Les gouvernements provinciaux successifs n’ont pas voulu stimuler le débat nécessaire. Et le Comité d’examen de la mortalité liée à la violence familiale qui, cinq ans après sa création, n’a toujours pas contribué, devrait être reconnu comme un modèle failli.

Je nous sens complices avec le meurtrier parce que nous lui permettons de garder cachés ses méfaits, et complices avec cette violence historique faite aux femmes – une des causes de l’inégalité intériorisée et sociale des femmes.

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  1.  Sondage attitudinal à propos de la violence faite aux femmes, Harris Décima pour le gouvernement du Nouveau-Brunswick, 2009. www.gnb.ca/0012/violence/PDF/AttitudinalSurvey-f.pdf
  2.  La violence familiale au Canada: un profil statistique, 2011, Statistique Canada www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2013001/article/11805/11805-2-fra.htm#a1

Voix des femmes

Fière-toi pas trop vite, dirait Marichette

En réaction aux bons choix faits dans la sélection des membres du nouvel organisme gouvernemental Voix des femmes (un « forum de concertation ») par la province du Nouveau-Brunswick, je suis … hésitante …

L’annonce pourrait être la continuation de la mainmise malveillante d’un gouvernement sur toute indépendance d’une agence sur les questions féministes. Le forum est créé pour remplacer le Conseil consultatif sur la condition de la femme, aboli brusquement au début du mandat du gouvernement Alward (qui avait promis six mois plus tôt dans son programme électoral de travailler avec le CCCF ; j’étais alors directrice générale).

Mais l’annonce pourrait autant être la proclamation d’une correction à cette mauvaise décision d’abolir le Conseil (mais 3 ans plus tard!?), décision qui avait soulevé tant de réaction en 2011 !

Mais il est quand même inquiétant, et bizarre, qu’on sâve (‘sache’ pour les non Acadiennes) si peu sur ce « forum de concertation ». Quinze femmes convoquées par le gouvernement pour un « forum » sur des questions choisies par le gouvernement (pour se « concerter » ?), ce n’est pas un conseil indépendant sur les questions décidées par les femmes. Surtout dans le contexte d’un gouvernement qui prépare des élections où il n’est pas le favori.

Non, non, j’m’dis, c’est bon signe qu’ils ont pris tant de soin pour le choix des membres… Toutes ces bonnes femmes et ces bons groupes qui vont siéger « sur le sein » de Voix des femmes, je leur fais confiance, c’est prometteur …

Mais, mais, j’me réponds, ça serait pas la première fois qu’on remplace quelque chose d’utile par du paraît bien (‘quelque chose de bidon’, pour vous autres). Ni la première fois qu’on ‘a’ du bon monde par l’usure, en appliquant un protocole de bonne entente qui n’est que du tais-toi et fais nous bien paraître.

Dites-moi juste qu’elles vont avoir l’autorité et les moyens de faire à leur idée surtout dans les temps durs, qu’elles auront un devoir incontournable de nous dire cosse qé quoi ; qu’elles n’ont pas été créés pour se réunir avec le gouvernement mais pour aussi et surtout rencontrer les femmes et le public.

J’hésite parce que j’ai ces questions et bien d’autres…

Charité de mauvaise conscience

De ces choses qu’on ne peut dire sans être rabat-joie :

Ces activités dans les écoles et universités (et que les médias rapportent sans question) qui encouragent les jeunes à la charité, comme si c’était la solution à quelque chose :

  • Une école de Moncton a invité les élèves à apporter des vieux jeans pour les démunis, dans le cadre d’une promotion de la chaîne Aéropostale qui offrait aux donnants un rabais de 25 pour cent à leur magasin. Ils en ont apporté plus de 1200. « On les encourageait en disant qu’ils allaient redonner à la communauté en plus d’obtenir un rabais de 25 pour cent chez Aéropostale. C’est motivant de donner à la communauté. » Qu’a-t-on appris cette journée-là à l’école ? Qu’on peut monnayer les pauvres? Qu’il y a des chanceux et des quêteux ? Ç’aurait été sitant plus intéressant d’organiser quelque chose qui réveille aux causes de la pauvreté, qui aurait (exemple imparfait) amené les jeunes à questionner le pouvoir d’achat du salaire minimum ou le salaire minimum comme fief des politiciens…
  • Des étudiant-e-s d’une université de la province, examinant la problématique de la pauvreté dans leur cours de criminologie, ont organisé une collecte de mitaines. Tout le campus a contribué. C’est pourtant à l’université qu’on devrait développer l’analyse critique. Les pauvres qui recevront des mitaines, eux, vont probablement avoir l’esprit critique plus développée, les mitaines aidant. Proposons aux étudiant-e-s de se pencher sur ce qu’a dit Roland Barthes au sujet de ces alibis qu’on s’autorise pour « substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice ».
  • Des élèves d’une école sont organisés pour faire une collecte de dinde à la période des fêtes. Eh, même une institution supposément apolitique comme CBC organise des collectes de dinde pour les pauvres. Pourquoi ils n’organisent jamais des sessions de lobbying ou d’action directe, en appui des solutions à la pauvreté. Ce seraient des actions politiques, soit, … autant que la charité annuelle qui rend possible et confortable notre inaction à l’année.

« Quand je donne à manger aux pauvres, on me dit saint ; quand je demande pourquoi les pauvres ont faim, on me dit communiste, » comme l’a dit l’évêque brésilien Hélder Cãmara.