Réforme électorale – une occasion rare

Ce texte a été publié dans l’Acadie Nouvelle le 29 février 2016.

Es-tu d’avis que le pourcentage de sièges qu’obtient un parti politique après une élection devrait avoir un rapport assez direct au pourcentage de votes reçus ?

As-tu déjà pensé ne pas voter parce que le candidat ou le parti que tu préfères n’avait pas de chance d’être élu ? Ou peut-être es-tu écœuré d’avoir à faire un vote « utile » ou stratégique, au lieu de donner libre cours à ton cœur de citoyen ?

Si oui, tu es comme la majorité des Canadiens.

On me dit qu’on peut provoquer un état de sommeil chez certains Canadiens en abordant le sujet de la « réforme électorale ». Mais ce serait se jouer un mauvais tour à soi-même si nous évitions l’occasion qui se présente d’améliorer le système en place, parce qu’il dessert si mal les intérêts des Canadiens ordinaires que nous sommes, et surtout ceux des jeunes, des femmes et des groupes minoritaires.

Penses-y : comme communauté minoritaire et comme région marginalisée, quelles sont nos chances de trouver notre compte dans un système national surnommé « le gagnant emporte tout » ?

Lors de la campagne électorale fédérale récente, il a beaucoup été question de réforme du système électoral. Trois des partis proposaient de modifier le système afin de ne plus jamais élire un gouvernement comme on le fait depuis toujours. Ces partis ont récolté 68 pour cent des scrutins et le nouveau gouvernement entame déjà un processus en vue d’un changement.

Attendons-nous, dans les prochains mois, à être sollicités par ce discours. Étant donné à quel point nous avons intérêt dans un tel changement, et afin de, premièrement, demeurer éveillé, et surtout ne pas se faire embobiné ou se désintéresser, il nous faudrait des cours d’autodéfense pour faire face à la désinformation qui va nous être dirigée des esprits confus et, certainement, de ceux qui sont bien servis par le système dysfonctionnel existant.

L’occasion ne se représentera pas de sitôt : nous avons un gouvernement majoritaire, qui a bien bénéficié du système actuel, comme l’autre parti traditionnel, mais qui se dit prêt à changer le système, afin qu’à l’avenir aucun ne gagne un gros lot avec moins qu’une majorité des voix, et afin que la pluralité de voix soit mieux représentée.

C’est improbable comme scénario, mais c’est certainement dans notre intérêt de saisir le moment, de les prendre au mot et de voir ce qu’on peut en soutirer.

La grande majorité des pays du monde, et, plus pertinemment, 90 pour cent des pays développés ont trouvé mieux que notre système électoral médiéval pour recenser les préférences des citoyens et refléter dans leur assemblée d’élus la gamme d’opinions présentes dans la société. Au Canada, une réforme a fait l’objet d’une dizaine de Commissions et d’études coûteuses, toutes sur les tablettes, et toutes en faveur d’un changement vers une meilleure distribution des sièges selon les votes obtenus.

Le Nouveau-Brunswick a fait un travail de fond – de main de maître – à ce sujet il y a 10 ans : le gouvernement de Bernard Lord avait créé une Commission multipartite avec un mandat de recommander des améliorations à la démocratie, non pas seulement au système électoral. Le rapport final, toujours sur le site internet d’Élections NB, témoigne de l’ambition de l’exercice. Nous aurions une longueur d’avance sur les autres Canadiens si nous reprenions connaissance de ce document. Les recommandations, qui touchent plusieurs domaines, proposent un ‘système électoral mixte de représentation proportionnelle’, qui, pour faire court, rappelle les élections de certaines municipalités où on vote pour un conseiller de quartier et un conseiller général (« at large »).

Un dernier mot sur la désinformation à prévoir. Certains s’amuseront à imaginer ce qu’auraient été les résultats d’élection sous un autre système plus proportionnel ; rappelons-nous qu’il est certain qu’un grand nombre de nous aurait fait un choix différent sous un système où tous les votes comptaient, et que la sélection de candidats par les partis et les campagnes électorales seraient aussi potentiellement bien différentes. Certains autres voudront qu’on décide de la tenue d’un referendum – que la plupart des autres pays n’ont pas tenu avant d’adopter leur système – avant même le début de la conversation nationale sur les options de réforme ; dans tous les cas, l’option choisie pourrait être « mise à l’essai » lors de l’élection de 2019.

Si notre apathie, qui est en partie due à notre système électoral tordu, fait qu’on gâche cette une occasion pour un système plus démocratique, ce serait tragique.

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