La violence qu’on aime

La violence dans les relations intimes est plus fréquente parmi les jeunes couples. Donc ne me dites pas que le problème sera bientôt résout avec les nouvelles générations.

Le Nouveau-Brunswick détient ou a récemment détenu les pires résultats en violence familiale surtout par rapport aux meurtres-suicides. Ne me dites pas que nos programmes sont exemplaires, que nous faisons tout notre possible.

Les services aux victimes de violence dans les relations sont à la prévention ce que les salles d’urgence sont aux ceintures de sécurité. Ne me dites pas que vos dons aux maisons de transition vont résoudre le problème.

Montrez-moi un crime éliminé par le port d’un ruban coloré.

Montrez-moi une question, une maladie, un problème résout par le biais des services offerts aux victimes.

Montrez-moi comment on peut dépenser tant de millions sur un problème sans se préoccuper des résultats.

Les femmes du Nouveau-Brunswick ont soulevé la question de la violence dans les années 70. Je me souviens des questions de politiques et des médias à savoir si ça existait réellement ici et pas seulement dans les grandes villes. Je me souviens être accusée de briser les familles en aidant les femmes battues. Je me souviens avoir communiqué avec des prêtres et des policiers afin de leur suggérer qu’ils auraient pu faire autre chose que de lui dire d’essayer d’être une meilleure épouse et la renvoyer chez elle.

Quelqu’un devrait communiquer avec le gouvernement afin de leur suggérer de faire autre chose que d’allumer des chandelles, de porter des rubans et de secourir les victimes. Parce que ces gestes ne préviennent pas la violence. Ces gestes sont confortables et faciles mais, si on ne fait que ça, ils aident à perpétuer le problème en prétendant de s’en occuper.

L’effort pour éliminer la violence faite aux femmes – c’était ça l’objectif des femmes dans les années 70, pas de créer des services pour les victimes – a été coopté et neutralisé par la politique. En 2002, le gouvernement a commandité un sondage des attitudes des Néo-brunswickois sur la violence faite aux femmes, prévoyant une deuxième étape qui, selon leur dire, aurait tenté de corriger tout problème révélé par ce sondage. Le sondage a révélé des attitudes horrifiantes, mais aucune campagne ou initiative n’a été approuvée suite aux « révélations ». Un deuxième sondage a cependant été commandité sept ans plus tard, révélant des attitudes encore pires sur quelques-unes de ces questions. On s’attendait, évidemment, que les attitudes allaient changer s’améliorer naturellement ?

Pourquoi acceptons-nous si facilement nos taux élevés de violence et d’homicide des femmes ? Nous savons qu’il est possible de prévenir la violence dans les relations. Nous savons que d’autres juridictions font mieux que nous sur cette question.

Pourquoi on se préoccupe point de réduire la violence ? Est-ce que le statu quo est un peu trop confortable ? La violence serait une maladie qu’on ne peut prévenir – cela ça passe mieux, hein ? On accepte l’idée de femmes victimes bien mieux que l’idée de confronter les bourreaux qui agressent les femmes ?

De nos jours, un moteur principal de la violence faite aux femmes dans les relations est que les hommes sont figés dans des rôles et des attentes genrés. Très peu a été fait pour éduquer les hommes au sujet de leur genre, et très peu a changé dans le non-respect du « féminin » dans notre société.

Il faut toute une société pour élever des garçons et des hommes violents, et nous le faisons.

Si nous voulons réduire la violence dans les relations, nous devrons adopter une panoplie d’actions qui se renforcent mutuellement qui confrontent les rôles genrés et visent à créer l’égalité réelle entre les sexes dans la société. Cela signifie des campagnes de conscientisation publique et des initiatives dans les programmes d’étude portant sur ces « normes » qui contribuent à la violence, dont la représentation des femmes comme objet, et l’acceptation de la violence. Il faudra faire en sorte que les femmes sont plus nombreuses dans les postes non traditionnels, dont les postes de décision du domaine public. Il faudra confronter la glorification de la violence dans la vie publique et privée.

Il faudra également des mesures post violence puisque nous gaspillons certainement beaucoup d’argent dans les services après les faits. Nous devrions avoir un vrai comité d’examen des décès découlant de la violence familiale – non pas le semblant de comité que nous avons. Nous devrions cesser de cacher nos meurtres suicides. Nous devrions étendre nos projets pilotes à succès à toute la province lorsqu’ils ont du succès (nos projets demeurent « pilotes » perpétuellement) – je pense à la cour spécialisée sur la violence familiale de Moncton et à la cour santé mentale de Saint John.

Il faudra se préoccuper des résultats de nos actions et de nos investissements. Ça, chère, ça voudrait dire qu’on prend la question au sérieux.

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