Un allié vulgaire, féroce et juste

Je suis perplexe, déconcertée, un peu obsédée par la réaction de quelques-uns à Charlie Hebdo. Comme on serait perplexe, blessée même, si deux de nos meilleures amies ne s’aimaient pas. Tsé, on se dit, cosse qui se passe, pis WTF ?

Hier, je terminais la lecture du Charlie Hebdo du 22 avril, toujours ravie d’en avoir trouvé une copie et surtout, comme toujours, exaltée suite à la lecture des textes et des caricatures qui défendent la bonne cause avec une indignation sans limite. Je pensais gazouiller au sujet des textes lus donc je me mets sur Internet, et découvre que dans la dernière heure, certains – surtout des anglophones – réagissent à ce qu’ils se sont mis d’accord de prétendre être une caricature dans le dernier Charlie Hebdo. Sauf qu’elle n’y était pas – je finissais de lire le numéro, je sais. Ça ne semble pas déranger que la rumeur est fausse, les dénonciateurs y trouvent presque la justification des meurtres des travaillants de Charlie Hebdo de janvier dernier. La caricature en question n’est pas dans CH, mais elle aurait pu y être – elle est du genre. D’autres avec les mêmes idées y sont : la couverture du numéro que j’avais lu montre une Marine LePen figure de proue sur le Titanic chantant la chanson tannante de ce film, et des immigrants africains, condamnés comme on le sait, qui lui crient « ta gueule », avec l’entête « Un Titanic par semaine ». À l’intérieur, parmi les caricatures sur d’autres sujets, plusieurs portent sur cette immigration damnée, dont une où les piranhas se plaignent qu’ils ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde. Un autre montrant l’Europe offrant une bouée de sauvetage d’enfant à un immigrant. Et un autre montrant les immigrants dans un bateau périlleux se disant « Pourvu que le copilote ne soit pas dépressif… »

Ces caricatures seraient racistes, disent certains !?! Non. Quel est le message? La sympathie qu’on éprouve est pour qui? N’est-ce pas qu’on y afflige les dirigeants ?

Pis ça c’est yinque les caricatures. Les textes dans Charlie Hebdo laissent aucun doute qui ils méprisent et pour quoi ils revendiquent.

Oui, Charlie Hebdo est comme ce cher ami, cet allié un peu juvénile qui déborde dans ses injures – qui fait appel à l’absurde lorsque l’injustice dénoncée est absurde. C’est un allié vulgaire, féroce et juste. Et quoi ? Les seuls alliés fréquentables sont nos semblables ? Le seul appui tolérable est celui exprimé à notre façon, dans les salons de thé avec le petit doigt levé ?

Quelques heures plus tard, j’apprends qu’une poignée d’écrivains ne sont pas d’accord avec le prix que va accorder PEN United States, l’association pour la liberté d’expression, à Charlie Hebdo. Ils ne sont qu’une poignée alors que 800 autres vont assister au gala de présentation du prix, mais quand même, je me dis, comment tu peux vivre de ta plume et être pour la censure ?

Je sens que ce qui se passe est révélateur, éloquent, le nœud de quelque chose important.

Des gens sensibles, éduqués, des écrivains mêmes, – France Daigle, Michael Ondaatje… – refusent de se ranger derrière ce cas de droit à la liberté d’expression – c’est Charlie Hebdo donc c’est question du droit de se moquer des racistes, des ripoux, des exploitants des petites gens. Ils ne peuvent pas se ranger derrière Charlie Hebdo, même s’ils sont du même avis général ? Quoi, parce que Charlie Hebdo ne dénonce pas poliment ? Ou est-ce que leur petite tête ne comprend une caricature qu’à son premier degré ? Tsé, le méchant et le bon, et un message clair, non exigeant et réconfortant.

Voir du bon monde être tant à côté de la traque par manque de rigueur, de vision, de responsabilité, ça me fait me demander si je suis aussi aveugle ou fais preuve d’autant de « légèreté » dans ce que je dénonce comme étant raciste, sexiste, exploitatif…

Cette incompréhension de l’intention de Charlie Hebdo, est-ce que ce serait un mécanisme de protection, … mais contre quoi?

Je me calme parce que je sais que celle et celui qui a lu Charlie Hebdo l’appuie. Sont rares celles et ceux qui ont une opinion négative sur Charlie Hebdo et qui l’ont lu.

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Un commentaire

  1. Noella Richard

    Bravo. Moi aussi, j’ai été offusquée ce matin quand j’ai vu que certains écrivains boycottaient le prix PEN. Pas besoin d’aimer Charlie Hebdo pour lui reconnaître son droit de parole.

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