La perpétuation des inégalités par la charité

Si pour faire ton don « pour aider ceux dans le besoin », t’avais à spécifier si ton intention était de traiter les symptômes ou d’influencer les causes profondes, je devine que, moi et toi au moins, on préférerait s’en prendre aux causes.

Pourtant on n’en a que pour la charité, surtout en ces temps de fête. Des dindes, des boîtes de Noël, des jouets – pour se faire croire qu’on s’occupe de son prochain, ou afin que père Noël ou petit Jésus nous aime parce qu’on n’a pas été bon durant l’année.

Quand le choix est d’être charitable ou d’être Séraphin/ l’oncle Picsou/ Scrooge, tu donnes.

À chaque saison des fêtes, je rage contre la charité, non pas parce que j’haïs Noël, ou suis avare ou dénigre les personnes dans le besoin. Mais parce que je sais que la charité organisée perpétue souvent le problème qu’elle dit soulager, et parce que les chariteux pensent ainsi avoir fait leur part et ne feront rien d’autre. La charité perpétue le problème parce qu’elle remplace la recherche d’une solution ou laisse croire que le problème et la solution sont du niveau de l’individuel. La charité peut coexister avec l’action sur les causes, mais ici, maintenant, le plus souvent elle la remplace.

Même les médias, et même les médias publics, qui ne penseraient jamais faire une campagne pour une augmentation du salaire minimum par exemple, ne se gênent pas pour monter des campagnes de dons d’argent ou de dindes, surtout à ce temps-ci de l’année. Pourtant, la charité, surtout à ce niveau, est un choix politique.

Les banques alimentaires, même les gouvernements n’en ont pas honte de nos jours. Elles subventionnent les employeurs mal-payants, les emplois qui n’en sont pas, et les taux misérables des prestations officielles. Pour les personnes qui y ont accès. On est bien loin d’un revenu minimum garanti, là. Si les médias traitent des banques alimentaires, c’est pour dire que leurs tablettes sont vides ou leur clientèle augmente, jamais pour traiter de l’injustice que représente cette façon de procéder comme société, et comme gouvernement.

Comme le dit Louise Arbour*, « La pauvreté et l’exclusion sont trop facilement acceptées par la majorité qui les trouve regrettablement accidentelles, ou naturelles ou inévitables, plutôt que le résultat de choix politiques conscients. Tous les agendas sous-entendus et toutes les préférences cachées doivent faire surface si on veut que ces débats mènent à des décisions de politique qui produisent des résultats justes…
La raison pour laquelle les revendications basées sur les droits font l’objet d’une résistance de la part du pouvoir est justement parce qu’elles menacent — ou promettent — de corriger une distribution du pouvoir politique, économique et social qui est, selon les normes internationales déjà acceptées, injuste.
»

Si au lieu du don à la charité, on donnait aux collectifs d’action, aux groupes de pression sur les politiques, aux campagnes pour le changement, aux regroupements pour la justice sociale – tout ce qui pourrait réduire les rangs des personnes dans le besoin, tout ce qui tente de traiter les citoyens dans le besoin en égaux?

Si on a droit à la vie, au traitement égal, et au contrôle de son propre destin, on a droit de ne pas dépendre du caprice des mieux nantis et des puissants.
____
* http://policyoptions.irpp.org/issues/defending-north-america/discours-lafontaine-baldwin-2005-liberer-du-besoin-de-la-charite-a-la-justice/

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2 Commentaires

  1. Noella Richard

    Moi, j’ai décidé de ne plus me culpabiliser. Je donne aux groupes qui veulent changer le monde, et souvent ces groupes n’ont pas de numéro de charité aux fins fiscales.

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