Les élus et les éléments extrémistes

Le chef de l’opposition Bruce Fitch mérite un blâme pour le mépris des femmes qu’il a démontré dans sa réaction à l’annonce de l’abandon de critères politiques pour l’accès à l’avortement. Il en mérite un autre parce qu’il n’assume pas son rôle de chef communautaire – pire, il collabore avec des propagandistes – sur cette question.

Lorsque le gouvernement provincial a annoncé la semaine dernière les changements prochains dans l’accès à l’avortement, donnant aux femmes du Nouveau-Brunswick le même accès qu’ont les Canadiennes, 26 ans plus tard, M. Fitch n’a pas trouvé mieux à dire que demander si cela veut dire que les femmes vont pouvoir alors avorter au huitième mois de grossesse.

Il aurait pu dire qu’il n’est pas d’accord avec la nouvelle politique ni avec l’avortement. Il aurait pu revendiquer le statu quo. Il aurait pu reconnaître que les résultats de l’élection récente représentent un certain consensus pour un changement. Il aurait pu donner le ton pour un désaccord respectueux et un argument raisonné.

Mais il a choisi de faire de la désinformation et de nourrir les préjugés. Que veut-il bien dire, avorter à huit mois de grossesse ? Peut-il nous dire où de telles procédures sont pratiquées? Non, car il trafique dans l’illusion et n’est intéressé qu’à impressionner la galerie d’extrémistes. Il ne cherche pas à jouer le rôle pour lequel il reçoit un salaire – un chef démocratique devant trouver des solutions aux questions sociétales.

Va-t-il nous servir toutes les autres menteries provenant de la même usine à propagande anti-choix, par exemple que les « vraies » victimes de viol ne tombent pas enceinte, et que l’avortement met en danger la santé et la fécondité des femmes ?
Lorsqu’il aura à traiter des autres questions conflictuelles du Nouveau-Brunswick, est-ce que c’est là le niveau de sa contribution à laquelle on peut s’attendre? Reprendra-t-il par exemple, le refrain des semeurs de la haine sur la question de bilinguisme – Bilingue aujourd’hui, francophone demain? Au sujet de l’agression sexuelle, tentera-t-il de nous « rappeler » que les femmes mentent au sujet de ces choses?

Une personne occupant son poste de responsabilité doit prêcher d’exemple et viser la résolution de problèmes. Comme chef élu, il ne doit pas s’associer aux éléments extrémistes. Il devrait assurer le respect des droits des citoyens – et non pas seulement des droits et des citoyens qu’il aime.

Les obstacles actuels à l’obtention d’un avortement, que M. Fitch défend, contribuent à retarder les avortements – un retard qui ne se rapproche jamais du huitième mois mais qui frôle les limites du troisième ou quatrième mois. Les femmes sont à la recherche d’options aussitôt qu’elles savent qu’elles sont enceintes et ne veulent pas l’être.

Je ne pense pas réellement que Bruce Fitch croit que les femmes de cette province revendiquent le droit d’avorter alors qu’elles sont huit mois enceintes. Il répète cette idiotie afin de déformer la réalité autour de cette question. Donc, c’est de la démagogie – des propos qui exacerbent les préjugés et dénaturent la vérité.

Par ailleurs, la semaine dernière dans ce dossier de l’accès à l’avortement, certains medias ont cherché à savoir combien coûtera cette libéralisation de l’accès à l’avortement. Le gouvernement dit que le coût estimatif s’approche de 700 000$ par an. Pardon mais, s’il faut parler de coûts reliés à ce droit, il faudrait inclure des items comme le coût de donner naissance, les épargnes qui seront réalisées parce que les généralistes pourront dorénavant pratiquer l’avortement et pas seulement les spécialistes et le coût de ne pas avoir de stratégie de prévention des grossesses non désirées. Oh, et le coût de tolérer la pratique chez les pharmaciens de cette province de garder derrière leur comptoir la contraception d’urgence ‘Plan B’ au lieu de la vendre à même leurs étagères comme le permet Santé Canada – ce qui veut dire que les femmes doivent le demander, ce qui fait que selon le protocole des pharmaciens elles doivent répondre à des questions intimes et faire payer des frais de consultation. Aussi, le coût de pratiquer des avortements chirurgicales au lieu d’avortements médicamenteux, qui sont la majorité des avortements pratiqués en France, en Grande-Bretagne et dans les pays scandinaves. Les coûts reliés à nos taux élevés de natalité aux adolescentes, et surtout, les coûts, immédiats et tout au long d’une vie – découlant du fait que des filles et des femmes ont des enfants qu’elles ne désiraient pas ou ne se sentaient pas prête à avoir.

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