Pauvreté – je ne trépigne pas d’impatience

L’an prochain, en théorie, il sera révélé si le Nouveau-Brunswick a rencontré son objectif de réduction de la pauvreté : en 2010, nous nous étions engagés à réduire la pauvreté monétaire de 25 pour cent avant 2015 ! Pis, tant qua faire, la pauvreté monétaire extrême de 50 pour cent, aussi avant 2015.

Disons que je ne trépigne pas d’impatience avant la grande révélation. Surtout quand je lis les comptes rendus des efforts faits pour réaliser une réduction. Une prière à Saint-Antoine de Padoue aurait des meilleurs résultats, il me semble.

Lorsque les partis politiques du Nouveau-Brunswick se sont mis d’accord pour travailler ensemble en vue d’un plan de réduction de la pauvreté, vers 2009, on aurait cru, si on se fiait au bruit médiatique, que c’était un événement significatif en soi. Pourtant, ce n’est pas si rare que les partis soient en collusion : dites-moi pas que vous pouvez distinguer les Libéraux des Conservateurs, lorsque chacun est au pouvoir, sur les dossiers de l’avortement ou de la réforme électorale. Ou, maintenant, de la pauvreté. Agir en collusion leur est utile pour enlever un irritant que ni l’un ni l’autre ne veut confronter pour de vrai.

Dans tous les cas, on a eu notre ‘stratégie’ de réduction de la pauvreté (2010) – une liste d’épicerie pour dire vrai, et non pas une stratégie, qui voudrait dire, tsé, des actions cohérentes suivant une logique séquentielle. Et pour dire que dans certains pays, grâce à des efforts mieux pensés, par exemple, les familles monoparentales ne sont pas archi-pauvres, avoir un salaire veut dire t’es pas pauvre, et les tarifications citoyennes, pour les garderies, les contraventions, les permis de conduire, les repas à l’école, etc, sont différenciées selon la capacité de payer, selon ta carte indiquant ton quintile.  Admettons que ce n’est pas le niveau de discussion qu’il y a eu au Nouveau-Brunswick.

Il y a eu enthousiasme pour la stratégie pas seulement parce que tout le monde, dont la presse, a prétendu qu’un accord entre partis est rare et signifie qu’on est prêt à prendre les grands moyens, mais aussi parce que personne n’en revenait qu’un Irving était assis avec une assistée sociale, un Oland itou, et des entrepreneurs avec des travailleurs pauvres à la même table ! On aurait cru que les lois de la physique avaient été enfreintes, que des aimants qui devraient se repousser tout d’un coup s’attirent.  Ça fait nouvelle ça, au N.-B.  Un Irving qui se demande comment contrer la pauvreté. 

Personne n’a remarqué qu’aucun des comités créés par le gouvernement n’a inclus un regroupement féministe, un groupe de femmes dont le mandat est de mettre de l’avant les intérêts de l’égalité. Ce doit être parce qu’au N.-B., on aime traiter des problèmes séparément – tsé comment on sauve sur les salaires des aidantes en littératie, des enseignantes de maternelles, ou des aides familiales, puis ensuite on étudie pourquoi les femmes gagnent moins que les hommes.

Quelles sont les chances d’un plan de réduction de la pauvreté qui prétend en partant que les causes et les portes de sorties de la pauvreté sont les mêmes pour les hommes et les femmes. On a un taux très élevé de naissances aux adolescentes ainsi qu’un accès très limité aux services de garde, aux avortements, à l’aide juridique en matière civile, à l’équité salariale, etc., et on est censé croire que cela n’affecte pas un sexe plus que l’autre et cela n’a rien à voir avec la pauvreté ? (Aux hommes à énumérer des aspects de la culture qui affectent les hommes en situation de la pauvreté).

Il est permis de douter que nous faisons le nécessaire pour réduire le niveau de pauvreté. Ce qui a été fait au niveau provincial pour appuyer la transition vers l’emploi et l’alphabétisation, pour atteindre un salaire viable et pour mousser les économies locales – tsé, ces interventions qui pourraient avoir un vrai impact – ont été médiocres ou non existantes. Pas beaucoup des 158 projets mis en branle autour de la province par des comités locaux dans le cadre de la Stratégie de réduction de la pauvreté vont aider de façon significative. Un centre de jeunes organise des journées ‘spa’ pour filles de familles pauvres, avec des coiffeuses et esthéticiennes bénévoles ; et pour celles à l’école secondaire, on leur fourni des robes de bal de finissants. C’est là une des « histoires de réussite » mises de l’avant par la Société d’inclusion économique et sociale, la société de la couronne créée pour chapeauter les efforts.

D’autres histoires parmi les 158 projets : quelques jardins communautaires, des programmes d’achat de nourriture en vrac à rabais, de la formation à l’entraide pour personnes ayant vécu des problèmes de santé mentale, d’itinérance ou de dépendance qui sont prêtes à aider d’autres rencontrant ces problèmes, etc. Certains projets ont des chances de changer des vies mais même ceux-là touchent très peu de personnes, dans un petit coin de la province, et dans une langue seulement souvent. Tant d’efforts et de fonds publics pour 158 « projets pilotes ».  Si tu dis le faire pour lutter contre la pauvreté, tu peux faire ce que tu veux, même si ta principale contribution sera de maintenir la pauvreté ou la rendre plus tolérable pour les non pauvres.

Il est vrai que le gouvernement a augmenté les taux de base de l’assistance sociale et du salaire minimum, mais pas assez pour devancer l’inflation et gagner du terrain.  Le nouveau programme de services dentaires et de la vue pour enfants dans les familles à faible revenu est bien, mais cela ne réduit pas le nombre de familles à faible revenu. Le régime promis pour une assurance pour les médicaments sur ordonnance est bienvenu mais n’aura pas un grand impact statistique.

S’il y a un aspect du plan de réduction de la pauvreté qui sera atteint, ce sera probablement d’améliorer l’inclusion économique et sociale. Après toute, s’il y a un pauvre – ou un entrepreneur – qui n’est pas sur un comité de la Stratégie, c’est parce qu’ils n’essaient pas. La Société a un conseil d’administration de 22 personnes (avec un président et 4 co-présidents), trois comités aviseurs avec chacun 12 membres, 12 réseaux d’inclusion avec près de 200 personnes sur leurs conseils, etc…

Entretemps, le taux de pauvreté ne bouge pas, ou s’il bouge ce n’est pas toujours dans la bonne direction.

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