Je nous sens complices

Nous méritons des médailles de déshonneur pour les taux de violence faite aux femmes et une autre de ces médailles pour notre insouciance devant cette situation.

Un sondage de 2009 nous apprend que 48 pour cent des francophones au Nouveau-Brunswick ne voient pas comme un crime le fait de violer son épouse, comparativement à 21 pour cent des anglophones. 74 pour cent des francophones, et 33 pour cent des anglophones, ne voient pas comme un crime le fait qu’un homme gifle sa petite amie lorsqu’il pense qu’elle a flirté avec un autre. (1)

Deux des trois villes canadiennes ayant le taux le plus élevé d’agressions sexuelles signalées à la police sont au Nouveau-Brunswick : Fredericton et Saint-Jean.

Statistique Canada nous informe également que la province affiche le taux le plus élevé de meurtres-suicides familiaux au pays. (2)

Ce sont ces drames qu’on tait qui me préoccupent :

Les Leclair de Kedgwick, 65 et 64 ans, morts après qu’il ait tiré sur elle puis s’est tué.  Le couple Haché de Caraquet, à peu près du même âge, morts également à la suite d’un meurtre suicide. Les Moreau de Sainte Anne du Madawaska, du même âge, morts de la même façon. Les Guitard de Charlo, 51 et 59, morts de la même façon. Les Tozer de Cassilis, 75 et 73 ans, morts de même. Les Michaud de Saint-André, 70 ans, il a tiré sur elle puis sur lui-même. La dame Wylie de Moncton tuée par un ami dont le nom n’a jamais été donné parce qu’il s’est tué par la suite. La dame de Clifton tuée par son ami qui s’est ensuite tué. Les Sharpe de la région de Fredericton, 38 et 47 ans, morte elle aussi de la main de celui qui s’est ensuite tué.

Et ce ne sont là que les meurtres-suicides. Et que ceux depuis 2010.

Pourrait-on avoir un débat de société soutenu à ces sujets ?  Bien sûr, nous entendons parler des femmes battues grâce aux services que nombreuses communautés organisent pour elles. Mais c’est là où s’arrête la discussion. Rien sur l’incidence hallucinante, sur la prévention, sur les hommes, sur les causes.

Dans le cas des meurtres-suicides, le coroner de la province n’aide pas en taisant les faits quand les familles en deuil le demandent. Ainsi, dans l’espace de 1-2 jours, l’histoire disparaît. Dans les médias, ces cas sont si fréquents et « ordinaires » que certains ne dépassent pas la rubrique des « Brèves ». Moyennant de se tuer lui aussi, le meurtrier réussit son coup de tuer et de taire.

Les gouvernements provinciaux successifs n’ont pas voulu stimuler le débat nécessaire. Et le Comité d’examen de la mortalité liée à la violence familiale qui, cinq ans après sa création, n’a toujours pas contribué, devrait être reconnu comme un modèle failli.

Je nous sens complices avec le meurtrier parce que nous lui permettons de garder cachés ses méfaits, et complices avec cette violence historique faite aux femmes – une des causes de l’inégalité intériorisée et sociale des femmes.

_____

  1.  Sondage attitudinal à propos de la violence faite aux femmes, Harris Décima pour le gouvernement du Nouveau-Brunswick, 2009. www.gnb.ca/0012/violence/PDF/AttitudinalSurvey-f.pdf
  2.  La violence familiale au Canada: un profil statistique, 2011, Statistique Canada www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2013001/article/11805/11805-2-fra.htm#a1
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